‹ Mémoires secrets et inédits de Stanislas Auguste comte Poniatowski, dernier roi de Pologne, relatifs à ses rapports intimes avec l'impératrice Catherine II et à son avénement au trone. Journal privé du roi Stanislas Auguste pendant son voyage en Russie ... Suivi d'une relation de ses funérailles, depuis le 12 février jusqu'au 8 mars 1798Chapitre 2 sur 13 · MÉMOIKES SECRETS ET INÉDITS · texte numérisé non relu

MÉMOIKES SECRETS ET INÉDITS

, a qui font connaître ses opinions personnelles sur

les objets les plus intéressants de religion, morale, politique et autres. Le Roi s'est réservé de voir j en détail, pièce par pièce, après son voyage de Mos-

J cou, tout ce qu'il n'a vu ce jour-là qu'en gros et

j! fort à la hâte. Dans l'après-dîiler se sont présen-

ç tées au Roi la princesse Biron* née Poninska, la

C veuve du prince Antoine Sulkowski, Mme Gzacka

j^ née Dembinska, la prince Czetwerlynska née Gro-

C cholska, la nièce de la princesse Biron née Bier-

^ zyriska et madame Ilinska née Komorowska, sœur

3 de la première femme de M. Szczçsny Potocki. Le

ï prince Calixte • Poniiiski que l'on supposait mort est

venu se présenter au Roi, ainsi que nombre d'autrea Polonais moins connus; les deux frères Gzacki

viennent voir souvent le Roi

Le ci-devant président Zakrzewski compte se fixer ici. Le fils aîné de M. Szczçsny Potocki, attaché comme chambellan au grand duc Alexandre, s'est présenté au Roi et lui a dit que son père a demandé à l'Empereur la permission de venir à Moscou, mais qu'il ignorait encore si elle lui sera accordée. Le même jour l'envoyé d'Angleterre, M. de Withwort, a soupe chez le Roi. La princesse Radziwill y vient pr^sqpe tous les soirs, elle part poxir Moscou avec ses filles, son mari reste encore à Pétersbourg. Il conserve la tutelle du petit RadziwiU. Le lendemain, 5/17 mars, le Roi avec les personnes de sa famille s'est rendu à Pawlowski, maison de campagne que l'Empereur a construite et achevée,

DE STANISLAS AUGITSTE. Oîf

«tant encore ^rand duc. La disposition, l'ameublement^ et toutes les décorations de cette maison, sont de fort bon goût, si achevés et en même temps «i magnifiques, que le seul embarras qu'on a, c'est -qu'en parlant à TEmpereur, il croit que toutes les louanges qu'on donne à son ouvrage sont des com- 5

pliments qu'on doit à tout auteur et surtout à un ^

«ouverain, mais c'est au contraire l'expression de la ^

pure vérité. Le Roi en a demandé le plan àl'Em- «^

pereur. Entre autres mérites de cette maison, c'est -^

•que la disposition intérieure est telle qu'elle con- ^

tient beaucoup de pièces, des logements très-com- g

modes et qui se suivent bien, quoiqu'en dehors elles ^

ne paraissent pas fort vastes. On y trouve plusieurs S

peintures en mignatures et à l'huile, de la main de l'Impératrice, lesquelles feraient honneur à des ar- 5

tistes de profession. Il y a surtout une copie de Oreuze, qu'on a de la peine à croire copie, tant elle est parfaite; ce n'est pas non plus un compliment, mais l'exacte vérité. Le Roi a vu en outre un grand nombre d'ouvrages en ivoire et en pierres ^

gravés par l'Impératrice, à l'Hermitage et à Pawlowski, 3

qui ont de quoi surprendre par leur, qualité et leur mérita Le Roi n'a pas pu aller aux jardins de Pawlowski parce qu'ils sont encore couverts de neige. La situation de la maison est bien choisie, car, malgré cette couverture blanche universelle, on aperçoit par les fenêtres que le paysage doit être très-riant autour de l'habitation. Mais ce qui est au-dessus de tous les agréments locaux, c'est la

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manière dont les maîtres en font les honneurs. Elle a été si grande, si obligeante pour le Koi, qu'il amis cette journée au nombre des plus agréablesj qu'il a passées; il a manqué seulement à sa satis-

4 faction d'y voir le grand duc Alexandre qu'un rhume

2 retenait dans sa chambre, son épouse lui tenait com-

pagnie. Le Roi n'a donc vu ce jour -là que le > grand duc Constantin et son épouse, les grande»

r duchesses n'y ont pas été non plus. Le jour d'hier,

Q 6/18 mars, le S»oi a été voir le palais nommé delà

^ Tauride; l'immensité des pièces qu'on y trouve étonne.

g Dans la salle où le prince Potemkin a donné sa

^ dernière fête à l'Impératrice défunte, l'Empereur

2 actuel a fait exercer tout un bataillon. C'est dans. • ce palais que l'on voit les originaux de tableaux

3 qui représentent les victoires maritimes de la flotte 3 russe dans la Méditerranée et ceux des prises d'Ocza- ^ kow et d'Ismaïl, outre un nombre infini d'autre» ^ tableaux. Catherine II affectionnait particulièrement s cette habitation dans les dernières années de son

règne, parce qu'elle y demeurait au rez-de-chaussée et en sortait de plein pied dans le jardin attenant» On a fait remarquer au Roi qu'elle a écrit de sa main sur un chambranle de porte la date de son entrée dans ce palais, la toute dernière fois avant sa mort,

„Comme la ratification de la convention qui con- „cerne mes affaires doit avoir été échangée dans la „soirée d'hier, entre le ministre russe et celui de „Pru8se, je compte pouvoir mander avec certitude par

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^M. Vincent, tout ce qui concerne cet olDJet ; ce que ,jje puis mander aujourd'hui, c'est qu'au jour du 5 „avril au plus tard si ce n'est même au premier de „votre style, M. Schlée, directeur de la compa^ie ^prussienne, remettra au major Ryx, 10 mille ducats, „dont 3,000 seront à la disposition du grand écuyer „Kicki, auquel vous direz que sur ces 3,000, il pourra ?

„en employer deux pour commencer à congédier mes ?

^domestiques inutiles et 1000 pour les autres objets Z

„dont il m'a parlé à Grodno. Quant aux 7,000, le îj

„major Eyx les emploiera pour le payement courant „de la feuille du 1 avril; ajoutez àM. Kicki que je .ybii écrirai à part parMmeTyszkiewicz, ainsi qu'à 5

„mee sœurs et à Mme Grabowska." — 9?

Bulletin No. 8. S

Pétersbourg ce 10/22 mars 1797. S

Le 7/19 mars le Roi, accompagné de deux dames Z

de sa famille et du comte Mniszech, des chevaliers q

de sa suite, est allé visiter l'atelier de la fameuse Mme le Brun, laquelle avait redemandé à plusieurs personnes les portraits faits par elle; ce qui s'est trouvé ce jour dans son atelier, a bien répondu à la grande réputation de cette artiste célèbre. Elle paraît ne plus vouloir prolonger son séjour ici, et parle d'aller en Angleterre.

L'Empereur a désiré que le comte Mniszech allât . voir Xami^ny-Ostrow, maison de campagne qu'il

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destine à l'habitation du Roi, pendant Tété. Le comte Mniszech a trouvé cette maison fort belle et extrêmement commode , et dans une situation trèsj agréable. On achève de la meubler à neuf. C'est

2 TEmpereur régnant qui Ta bâtie pendant qu'il était

J grand duc. C'est le même endroit, mais non pas

C la même maison, dans lequel le Boia vu souvent

% le chancelier Bestucheff, il y a de cela 40 ans. La

|I distance de cet endroit au palais de marbre n'est

2 guère plus éloignée que Lazienki' ne l'est du cbâ-

^ teau de Varsovie.

g . Ce M. Brenua qu'on a vu à Varsovie il y a de

31 ça quelques années, est actuellement celui que l'Em-

;:| pereur emploie le plus souvent comme architecte.

, Il dirige tout ce que l'on fait à Kamienny-Ostrow,

^ il en a promis le plan au Boi. Le 7/19 le prince

g Bepnin est revenu à Pawlowski de la tournée con-

sidérable qu'il a faite, pour remplir la commission

dont il avait été chargé , et qu'il a heureusement C terminée en apaisant les petites émeutes qu'un mal- 2 entendu avait occasionnées entre les paysans. Le g lendemain, 8/20, il est venu passer quelques heures en ville et il a dîné chez le Boi, qui a eu la satisfaction dje le revoir mieux portant qu'il ne l'avait vu dernièrement à Grodno, et de retrouver en lui la même cordialité, dont il a éprouvé la douceur pendant deux ans à Grodno. B'abord après dîner le prince Bepnin est reparti pour Pawlowski. Il doit accompagner l'Empereur dans son voyage à Moscou

L'Empereur part aujourd'hui de Pawlowski pour

DE STANISLAS AUOFSTE. 73

Moscou, sa nombreuse famille le suit successivement d'un jour à Tautre pendant toute cette semaine. Le Roi par conséquent ne pourra partir que ^ le 16/28 ou 1 7 selon la marche-route qui lui a été marquée. Il arrivera à Moscou le 27 mars; le logement qui lui est destiné dans cette ville est la a! I maison qui était autrefois celle du gouverneur de cette -jl capitale. L'Empereur en an'ivant logera d'abord 3 dans un de ses palais nommé Fetrowski, qui est |!^ hors de la ville, son entrée solennelle se fera, dit-on, 5 le lendemain de l'arrivée du Roi à Moscou et pas- ■* sera devant sa maison. 31

Bulletin No. 9.

Pétersbourg le 12/24 mars 1797. E

Le 11 le Roi s'est occupé à placer dans la pièce ft

du palais de marbre qui est destinée à une biblio- «^

thèque, tous les livres qu'il a apportés et tous ceux S

de ses compagnons de voyage dont les propriétaires principaux sont: MM. Trembecki, Wolski, Poniatowski, Puzyna et G-rabowski. Ces derniers se sont employés avec activité et une dilig.ence particulières à-aid^r le Roi dans cette occupation ^ qui n'a pas laissé que de devenir un vrai travail. Le 12/24 comme le voyage du Roi se trouve arrangé de ma* nière qu'il n'arrivera à Moscou que dans le courant de la quinzaine de Pâques , et que lui et toute sa suite ne pourraient probablement y trouver toutes

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]e8 facilités désirableR» pour les devoirs de la semaine sainte, surtout pendant les solennités du cou* j ronnement, le Roi après s'être consulté là-^iessus avec

1 oeux qui desservent et dirigent ici l'église catholique^ ]| a pris le parti de faire lui-même et de faire faire à toute

2 sa suite et sa maison, la Communion pascale dans le ^ courant de la semaine actuelle. Le Eoi a fait la S sienne dans ce jour 12/24 mars. L'église catholique j^ d'ici est vraiment belle et d'un bon goût d'arehi- ^ teoture. Elle a coûté plus 100 mille roubles. Les

charités des catholiques indigènes d'ici et étrangers^ ont fourni cette somme. Différents artistes catholiques y ont employé gratis leurs talents. Deux vastes maisons attenant à cette église, construites en même temps qu'elle, lui donnent par leur loyer un revenu de 14 mille roubles, qui sert d'un côté à acquitter peu à peu les dettes de cette église et à entretenir le clergé qui la dessert. Le supérieur est. un frère de l'ancien métropolite polonais uni E,obtocki. Il a pour compagnons un prêtre français^ allemand, varmien, et un ragiusais, qui est comme Italien; de sorte qu'il y a tour à tour, chaque dimanche, un sermon dans une de ces langues, et de& confesseurs pour les habitants catholiques de Pétersbourg de chacune de ces nations.

Le métropolitain uni Rostocki demeure aussi

dans une de ces maisons attenant à l'église depuis^

plus de deux ans. Car il lui a été ordonné de

quitter son siège et de choisir sa demeure ou à.

Rome ou ici. Dans cette même maison demeure

DE STAiriSLiiS AUGUSTE. 75

aussi Tabbé Dederko, prélat mitre latin d'Olyka, de la collation de Radziwill. Il est chargé ici des sollicitations du clergé latin des ci-devant provinces ^ méridionales de la Pologne. Le fils de ce Dembows- Isi, qui est coadjuteur de l'évêque de Eamieniec ' Krasinski, accompagné de son cousin, fils du castel- î lan de Czeskow, est venu ici et va à Moscou pour ^ tâcher d'obtenir que le régime ecclésiastique latin* î du diocèse de Kamieniec soit remis entre les mains !^ de ce coadjuteur Dembowski , auquel Tévêque Kra- S sinski a transmis toute son autorité, laqaelle est • exercée depuis deux ans par ce Sierakowski qui 9 s'est fait si fort connaître pendant la dernière diète m de Grodno, et qui n'use du pouvoir qu'on lui a. C permis de prendre, que pour rançonner les curés du ^ diocèse et pour faire (à ce que dit la voix publique) 5 un trafic scandaleux de ce qui est réservé à Vau^ p torité épiscopale légitime. Le comte et la comtesse 9 de Panin que Ton a vus à Grodno ont renouvelé » aulloi ici le témoignage de leurs attentions les glus . 3 affectueuses, jusqu'à ce jour où la mort de leur en- » fant les a plongés dans la douleur. Le Roi s'est ? empressé de leur marquer la part qu'il y prend, en y envoyant M. Boceler, qui espère pourtant que cette affaire n'influera pas sur les couches prochaines de la comtesse, dont le mari est obligé de se rendre

àBXiB peu de jours à Moscou Deux princesses

Galitzin, une Mme de Guriew, une comtesse Roztunoffeki ont déjà fait connaissance avec Mmes Moiszech et Tyszkiewicz, chez lesquelles le Roi les

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