‹ Mémoires secrets et inédits de Stanislas Auguste comte PoniatowskiChapitre 2 sur 2 · DU ROI · texte numérisé non relu

DU ROI

pendant son voyag'e en Russie pour le couronnement de l'empereur Paul I""".

Suivi

<i"uue relation de ses funérailles, depuis le 12 fe'vrier jusqu'au

8 mars 1798.

Ce journal du feu roi de Pologne, Stanislas Auguste,

que nous ofFrons au public, donne les détails les plus circonstanciés et les plus intéressants, sur ce qui lui est arrivé et sur ce qu'il a vu de plus remarquable depuis le 20 février 1797, jusqu'au 9 février de l'année suivante, c'est-à-dire depuis son arrivée à Vilna jusqu'à l'avant-surveille de sa mort. Il a été écrit sous sa propre dictée et envoyé par lui-même à son conseiller intime et agent privé à Varsovie, le S. Frédéric de Bacciarelli pour être communiqué aux personnes de l'auguste famille de ce souverain. On a joint au dit journal une relation des funérailles magnifiques que fit faire à ce prince S. M. l'empereur Paul I, évaluées à plus de vingt mille roubles, ainsi qu'une lettre du premier médecin du Roi M. Boeder écrite au susdit Bacciarelli contenant quelques particularités sur la véritable

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cause de sa mort subite. Certains détails de ce journal paraîtront minutieux et, par conséquent, de fort petit intérêt; mais il faut observer qu'il devait être communiqué à son frère, ses sœurs, ses neveux et nièces, à des parents qui attachaient du prix aux plus petites circonstances. Quantité de celles-ci n'en acquèrent que pour ceux qui connaissent les anciennes relations du Hoi avec la Kussie avant et après son avènement à la couronne.

S. Bacciaeelli.

Vilna ce 20 févrir 1707.

Le E,oi n'est arrivé ici qu'hier à cause de tous les incidents fâcheux qui ont retardé son voyage, comme: mauvais chevaux, manque de chevaux, mauvaise manière de les atteler, plusieurs voitures renversées et cassées, et enfin celle du E.oi même renversée hier d'une manière qui a brisé toutes les glaces et qui a blessé à la main gauche le comte Mniszech, mais si légèrement qu'il ne s'en ressent presque plus aujourd'hui.

Les dames n'ont pas eu de mal. Quant au E.oi, le contre-coup de cette chute a renouvelé le mal de tête qu'il a eu, il y a deux ans à Grodno. Mais cela est si peu considérable qu'il marche et agit comme à l'ordinaire et ce n'est qu'une bagatelle. D'ailleurs, sa santé est, Dieu merci, parfaite. Il n'a pas eu la moindre attaque de ses étouffements ni de ses maux de tête, de sorte qu'il se trouve fort heureux de ce côté-là. Il est contraint d'employer la journée d'aujourd'hui et celle de de-

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main à remettre en ordi'e tout son équipage, et à se préparer un nouvel arrangement pour tout le reste du voyage, qui puisse le faciliter et l'accélérer. — M. de Buthakow qui est comme gouvecneur ici à la place du général Tormansoft', n'est pas encore ici et l'on ne sait pas même quand il arrivera. M. Friesel remplit en attendant ces fonctions avec le titre de vice - gouverneur. En cette qualité, il a ordonné à tous les corps de métier de faire parade dans les rues à l'arrivée du Roi, avec leurs drapeaux de confrérie et au Horodniczy (qui est comme le maître de police) de lui présenter un rapport de l'état de la ville de Vilna, qui contient en tout 1334 maisons, et 17,512 habitants. Ensuite M. Friesel lui-même a présenté au Roi un rapport de l'état de toute la province de Lithuanie, dans laquelle n'est pas compris le gouvernement de Minsk, dont l'étendue comprend toute la partie orientale de la Lithuanie, presque égale à celle qu'on nomme aujourd'hui proprement Lithuanie. Dans cette partie occidentale de la Lithuanie dont Yilna est la capitale, se trouvent: 796,333 hommes, 771,560 femmes. Dans ce dénombrement sont compris tous les ecclésiastiques mâles, dont il y a 3,780, toutes les religieuses dont il y a 1,471, tous les desservants des églises et monastères mâles dont il y a 1,606 auprès des couvents de filles. La totalité du dénombrement est classé en gentilshommes, OhoUcy, bourgeois, artisans indigènes, artisans étrangers, maîtres aux différentes fabriques, médecins et gouver-

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neurs d'enfants, les paysans, les Russes domiciliés, les Tartares, les Juifs, les Caraïtes et les Bohémiens. Les têtes de la noblesse Oholicka ne sont pas comprises dans la somme générale de ci-dessus, mais on en fera un catalogue par ordre alphabétique comme en Russie. Il y a en hier au soir une illumination, malgré la prière instante que le Roi avait faite d'avance par le général Bezborodko, pour qu'aucun de ces appareils n'ait lieu. M. Friesel dit avoir ordre de faire politesse à S. E. le nonce Litto et de lui procurer toute sorte de commodités à son ari'ivée ici, laquelle il suppose prochaine.

„La vraie cause du départ du prince Repnin de „Pétersbourg est une révolte qui a eu lieu dans „plusieurs endroits au midi et à l'orient de Moscou. „Les paysans et beaucoup d'artisans prétendent „n'être plus serfs de leurs maîtres, et n'avoir d'au- „tre maître que l'Empereur. Ce n'est pas un Ja- „cobinisme parfait, mais cela ressemble à ce qui „se passait en Bohême, lorsque Joseph II y avait ^commencé les changements dont on se souvient. „Plusieurs anciens oflBciers, militaires retirés du „service, soufflent sur ce feu en Russie. La ville „de Tula, où est la principale fabrique d'armes, a „été aussi en révolte, mais celle-ci est déjà paci- ,,fiée; les troupes qu'on a fait marcher de Péters- „bourg et de Lithuanie vers des endroits qui sont „en troubles, se permettent beaucoup de cruautés, „qui empirent le mal, parce que l'indiscipline germe „dans le militaire russe, à cause du mécontentement

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„qui T règne à roccasion de toutes les innovations ^grandes et subites de Paul I. Son usage de pla- „cer dans les imprimeries publiques toutes les cor- „rections et censures qu'il juge à propos d'infli- „ger journellement tant aux civils qu'aux minutaires et qui se répandent dans toute TEurope, „sont des choses qui mortifient le plus vivement ;,ses sujets, d'autant plus que ces censures précipi- „tées se trouvent souvent injustes. Cela est arrivé „au chancelier x\stermann. Cela ^vient d'arriver au j.prince Labanow qui est ici, et qui en est si mor- ,,tifié qu'il veut demander son congé. Le cour«n- „nement de Paul I doit toujours se faire dans le „courant du mois d'avril , mais on ne fixe par le „jour.

„Quand vous remettrez mon bulletin aux per- „sonnes désignées dans votre instruction, vous leur „recommanderez toujours le secret sur la partie qui ,,suit la marque secrète."

Bulletin No. 2.

Yilna ce 23 février 1797.

Les dernières voitures de l'équipage du Roi n'étant arrivées à Vilna qu'hier au soir, le E,oi s'est vu obligé de partager son train en trois parties. Le comte Mniszech avec sa femme et ]Mme Tyszkiewicz avec cinq voitures, ont pris le devant hier. Ils attendront le Roi à Riga. Le Roi part

ce matin pour coucher aujourd'hui à Zyzmouy où les précédents ont couché hier, il en sera de même à tous les couchers jusqu'à Riga. Dans le train d'aujourd'hui vont avec le Roi treize voitures, y compris celle du général Bezborodko.

Dans deux ou trois jours, tout le reste du train composé de vingt voitures suivra sous la conduite du colonel Gordon, auquel le général Bezborodko a bien voulu joindre le major Cicionow et le major Wielki-Polski pour que rien ne leur manque en route. M. Eremo étant convalescent et 'plusieurs autres domestiques incommodés, ils n'iront qu'avec le troisième train, auquel le Roi a attaché un chirugien engagé à Vilna d'après de bonnes recommandations. Pendant ces deux jours on réparera toutes les voitures endommagées. Mmes de Mniszech et Tyszkiewicz ne s'étaient pas d'abord ressenties de la chute qu'elles avaient faite le jour auquel elles étaient ari'ivées à Vilna. Le surlendemain elles ont été un peu incommodées, mais hier matin elles sont parties bien portantes. Elles ont absolument refusé d'être accompagnées ou par M. Boceler ou par Henselmann comme le Roi le voulait. M. le comte de Mniszech s'est joint à ce refus. C'est ce qui fait que Boceler et Henselmann vont aujourd'hui avec le Roi, qui ne prend avec lui, outre eux, que le général Bezborodko, l'adjudant Kirkor, l'abbé Jurewicz secrétaire et Fabrice Poniatowski, lequel sachant parler et lire le russe se trouve être très à la main. Les frères Gfrabowski, les cham-

bellans Trembecki et Wolski, les colonels Byczewski, Gordon et Cichocki, le secrétaire Puzyna et Antoine Poniatowski iront dans le troisième train. Pendant les trois jours que le Roi a passé à Vilna, il a vu Werki et tous les endroits remarquables de cette ville et surtout l'académie fort en détail. Boeder n'est pas le premier étranger qui a reconnu que cette académie peut être comptée parmi les plus renommées de l'Europe , autant par le mérite des professeurs, que par celui des élèves, qu'ils ont formés dans toutes les classes, et par le nombre et la quantité des instruments astronomiques, mathématiques et appareils chimiques, physiques de tous genres. Le Eoi a été complimenté en français par un des membres des Visitandines, auxquelles Paul I a déjà promis de rendre une partie des revenus qu'on leur a ôtés. Boceler a trouvé les hôpitaux très -bien soignés. On ne voit pas de mendiants dans les rues de Vilna. L'empereur Paul I a ordonné que M. Vincent Potocki et sa femme ci-devant princesse Ligne , achèvent à leurs dépens l'église de Vilna. comme héritière des biens que le feu évêque Massalski s'est fait donner par le chapitre de Vilna à cette fin. Werki doit faire en été un endroit charmant. Tout ce que l'architecte Gacewicz y a fait, ainsi qu'à Vilna, fait grand honneur à son talent. Tout ce que l'évêque Massalski a fait faire par d'autres architectes avant Gacewicz , n'est pas à comparer. Mais le tout a été si fort négligé pendant, les dernières années

■ealamiteuses, que l'on voit à Werki et dans l'église cathédrale autant de ruines que de beaux- restes. Le moulin et la Gruing-uette du maréchal Tyszkiewicz sont réellement des objets d'utilité et d'agrément par eux-mêmes et par leur situation. Mme Bz'zostowska fille du chancelier Chreptowicz , est venue voir plus^ieurs fois Mmes Mniszech et Tyszkiewicz. Le comte Chreptowicz, élu délégué au couronnement de Paul I, se prépare à son voyage de Moscou. Le maréchal Tyszkiewicz n'est pas au nombre des délégués. 11 a marqué beaucoup d'attentions au Roi et lui a oftért une partie de son excellent vin de Hongrie. Le vice-gouverneur de Lithuanie, M. Friesel, a marqué la meilleure volonté au E,oi; on dit qu'il va devenir directeurgénéral des postes de Lithuanie. On n'a encore aucune nouvelle de l'époque de l'arrivée de M. Bulhakow. Le prince Labanow a fait pour le Roi à Vilna tout ce que le prince Repnin aurait pu faire. Le Roi a écrit au prince Stanislas pour lui marquer tous ses regrets de ce que tant de mésaventures de voyage rendront impossible au Roi l'arrivée à Pétersbourg le dernier jour de février. Le Roi espère cependant d'y être au moins le trois de mars. J'espère que le bulletin No. 1 et toutes les lettres qui l'accompagnaient, seront parvenus avant celui-ci. Le Roi demandera à Riga et à Narva et même à Pétersbourg les lettres qui y seront adressées à lui ou à M. Puzvna.

Bulletin No. 3.

Mitau ce 2 mars 1797.

Le E,oi n'est arrivé ici qu'avant hier à 11 heures du soir; l'eifet de toutes les contrariétés et malencontres qui peuvent retarder un voyage et le rendre aussi désagréable que possible. Personne n'en a été plus peiné que le général comte Bezborodko, lequel croyait avec raison pouvoir compter sur les dispositions du général Earmonsoff qui a été déplacé de son gouvernement peu de jours avant l'arrivée du Roi à Vilna. Cela a t'ait que toutes les dispositions ont été laissées à l'abandon, si bien que, dans les marches - routes , le nombre des milles s'est trouvé faussement désigné presque partout, et par conséquent le calcul des heures a produit les plus grands dérangements, et de plus la connaissance des chemins a tellement manqué, que . dans la première journée au sortir de Vilna, on a fait faire au Roi quatre milles de plus et par le plus mauvais des chemins, tandis que le chemin usité est bon et de quatre lieues plus court. Nombre d'autres accidents semblables se sont rencontrés dans le reste de la route. Les grands dégels et les gelées, qui se sont succédés alternativement, ont contribué de leur côté à gâter les chemins et ont été cause que plusieures voitures se sont cassées. Tous ces inconvénients réunis ont obligé le Roi à passer la journée à Mitau pour avoir le temps

de faire les réparations nécessaires à ses Yoitures et à celle du comte Mniszech. La fatigue et tous les contre-temps du voyage, ont agi sur la santé délicate de la comtesse Mniszech. Des maux de tête, une grande fluxion l'ont tourmentée d'abord, mais cela a produit et se termine par un écoulement considérable à l'oreille gauche, qui l'a préservée d'une maladie sérieuse ; elle n'a pas du tout de fièvre, et M. Boceler assure que l'on peut être parfaitement tranquille sur la santé de Mme Mniszech, qui d'ailleurs jouit d'un bon sommeil et d'un bon appétit.

La lenteur du voyage a permis au Uoi de visiter sur son passage la chartreuse de Pazayscie; c'est un monument étonnant des richesses du chancelier Pac, et de l'usage qu'il en a fait; parmi les peintures, la seule qui a paru au Eoi digne d'être citée, est la rencontre de la Sainte Vierge avec Ste Elisabeth, comme l'avait dit au Roi le chancelier Chreptowicz. Le Eoi s'est souvenu avoir vu il y a de cela 42 ans, dans les corridors de cette chartreuse, des tableaux qu'il n'a plus retrouvés à présent, et par un hasard singulier, il n'existe plus aujourd'hui dans toute la communauté un seul des moines qui y étaient alors, de sorte qu'on n'a pas pu dire ce que ces autres tableaux sont devenus. Une des plus grandes curiosités de cet endroit a disparu aussi. Il y a 42 ans que les corps de Pac fondateur et de sa femme étaient encore dans une conservation parfaite, depuis trois ans ils sont pour-

ris, il ne reste plus qu'une épitaphe pompeuse et d'un mauvais style , qui apprend aux curieux que l'épouse de ce chancelier Pac était de la maison de Moilly et prétendait être alliée aux maisons souveraines de Savoie, des Bourbons, des Lascaris, et des Cantacuzènes empereurs chrétiens de Constantinople.

La ville de Mitau 'est agrandie et embellie de beaucoup depuis 40 ans que le Roi ne l'a vue. Le château dans lequel le Roi est logé est un édifice très -vaste et magnifique d'après ce que l'on voit, qui est encore resté après un incendie qui en a consumé une grande partie il y a de cela quelques années. Tous ceux qui sont ici de la part de l'Empereur, ou de la régence, s'empressent de marquer au Roi et à sa suite les plus grandes attentions et surtout un M. Hurtko vice -gouverneur; il a été dans la chancellerie du feu prince chancelier Czartoryski. Ce M. Hurtko a su se concilier les témoignages les plus avantageux de la part des habitants de ce Duché.

M. Kloppman que l'on a vu à Varsovie auprès de la duchesse de Courlande est venu au devant du Roi jusqu'à Walwic, qui est la dernière station Lithuanienne. Il est oberhauptmann. Lui et tous les autres membres de la régence ont été rétablis dans leurs fonctions telles qu'ils les remplissaient du temps du duc de Biron. La forme du gouvernement que Catherine II avait donnée à la Courlande est abolie par Paul I.

Le Roi va employer le temps qu'il est contraint de passer ici à voir tout ce qui s'y trouve de remarquable, et l'académie instituée par le dernier Duc. La Dzwina tient encore sous Eiga et M. le gouverneur, BekendorfF a fait dire au Eoi, qu'il prendra toutes les mesures nécessaires, pour que lui et tous ses équipages puissent passer avec la plus grande sûreté — Pour augmenter le nombre des événements bizarres.

„Le vieux Stackelberg, ci -devant ambassadeur „en Pologne, est nommé par l'Empereur, pour faire „le service de chambellan auprès du Roi à Péters- „bourg. Kœnigfeis ci-devant secrétaire de Stackel- „berg, qui est ici, dit que cette nomination est une „humiliation de plus, par laquelle l'Empereur a voulu „caractériser sa déplaisance contre lui; son fils aîné „qui a quitté le service, dit qu'il ne conçoit pas „comment son père a voulu rester si longtemps à „Pétersbourg, y éprouvant tant de mortifications.

„La forme du gouvernement que l'Impératrice „avait donné à la Courlande contenait plusieurs „articles, dans lesquels la noblesse de Courlande „trouvait des avantages dont elle regrette la perte „par le rétablissement de la forme ancienne, et par „laquelle Paul I a voulu et cru leur faire une „grâce; on dit qu'il eu est de même en Livonie. „Buthakow qui a passé par ici cette nuit pour aller „prendre possession de son gouvernement à Vilna, „nous a assuré que la révolte des paysans est déjà „presque entièrement apaisée."

Bulletin No. 4.

Riga ce 3 mars 1797.

Le Eoi est arrivé hier à 9 heures du soir au faubourg de Riga, qui est sur la rive méridionale de la Dzwina. 11 aurait pu la passer d'abord si l'excès d'attentions et d'obligeances de M. le gouverneur militaire Bekendorff, et M. Kampenhausen, gouverneur civil de Riga, avaient voulu y consentir ; mais ils ont insisté pour que le Roi laissât à la gelée de la nuit le temps de raffermir la glace. Le Roi a donc passé la nuit dans une bonne maison d'une veuve de marchand de ce faubourg, où il a trouvé un très-bon repas. Deux cavaliers de la noblesse de Livonie, nommés Schitting et IJnger-Sternberg avaient été députés pour complimenter le Roi à deux lieues devant Riga, dans un endroit nommé Oley, où se termine le territoire de la Courlande. M. de Schitting avait depuis longtemps une patente de chambellan du Roi. Ce matin à 8 heures MM. Bekendorff et de Kampenhausen sont venus encore eux-mêmes prendre le Roi au logis^ et il a passé la Dzwina à pied avec eux après tous ses équipages. Au moment où le Roi posa le pied sur la Dzwina partit une raquette, qui donna le signal pour la canonnade de réception. Les gardes bourgeoises en beaux uniformes et fort bien montées, accompagnèrent le Roi jusqu'au château de Riga, où le Roi est logé dans l'apparte-

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ment du prince Repnin, et où il trouva déjà établis M. et Mmes Mniszech et Tvszkiewiez. A midi le général de BekendorfF a invité le Eoi à la parade qui s'est faite à quatre pas du château, elle était de 500 hommes, et tout s'y est fait selon le nouveau règlement ordonné par l'Empereur, qui ressemble beaucoup à celui de Prusse. Le Roi a retenu à dîner MM. de Bekendorff et de Kampenhausen, les généraux Wolff, Pahlen, Roll, Witt, Kille, et plusieurs autres de la régence. Le Witt ici nommé n'est pas le Witt de Kamieniec, mais un Hollandais, grand ami du pauvre général Vonzuchteln , qui est très-malade à Pétersbourg depuis une chute qu'il a faite à la porte de cette ville. Le général Elmt invité aussi par le Eoi, est tombé malade et s'est fait excuser. — A six heures du soir les dames de Riga sont venues voir le Roi. Mme de Viluoghoff malade au lit, a fait témoigner au Roi ses regrets de n'avoir pu y venir aussi. Il y a ici une vingtaine de dames à peu près autant qu'à Mitau.

Le baron Hattey se rend très-utile au Roi dans ce voyage; il l'accompagne jusqu'à Pétersbourg. Le général Oginski et le comte Michel Wielohorski sont ai'rivés ici quelques heures après le Roi et prétendent le devancer à Pétersbourg. Le général comte Bezborodko, d'après un ordre que lui a laissé le prince Repnin, doit 'quitter le Roi dans la journée de demain à quelques stations d'ici , pour le devancer aussi à Pétersbourg.

M. Priesel ayant mandé au E,oi que le palais de marbre de Pétersbourg- donnera un logement au Roi et à quelques personnes seulement de sa suite, que l'humidité du rez-de-chaussée est telle, qu'il devient indispensable de louer d'autres logements dans le voisinage du palais pour le reste de la suite, et pour cela et pour plusieurs autres objets qu'il a mandés, il demande de l'argent. Ryx part cette nuit à cause de cela, il pourra être deux ou trois jours avant le E,oi, qui part d'ici demain matin. L'extrême obligeance de MM. de Bekendortf et de Kampenhausen fait qu'ils ont changé fort en mieux la marche-route du Roi , de sorte qu'il pourra arriver 24 heures plutôt à Pétersbourg et y trouver encore l'Empereur.

Bulletin No. 5.

Narva le 8 mars 1797.

Messieurs de Bekendorff et de Kampenhausen ont donné au Roi les plus grandes preuves d'attentions, et l'on peut dire de cordialité, en lui procurant par leurs ordres , sur la route depuis Riga jusqu'ici, toutes les commodités imaginables ; en quoi ils ont été parfaitement secondés par les cavaliers députés de la noblesse du pays, qui ont accompagné le Roi successivement sur toute la route. j\'IM. Sievers, frères du ci-devant ambassadeur, de Schillegg, d'Unger-Sternberg, de Lowenstern, de

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Stackelberg et une dixaine d'autres se sont empressés à l'envie de procurer au Eoi, par les soins les plus assidus , tout ce qui a pu faciliter son voyage ; M. Lowenstern jouit de 10(t mille roubles de rentes. Le baron de Hattey va suivre le Eoi jusqu'à Pétersbourg. Le général Bezbowdko a montré au Roi une lettre de son frère le ministre, en conséquence de laquelle le Roi réglera sa marche; il couchera demain à Rapsch environ quatorze lieues d'ici et après demain il sera à Pétersbourg entre quatre et cinq heures du soir. . Heureusement le dépai't de l'Empereur est retardé de quelques jours.

La comtesse Mniszech, tout à fait rétablie de son incommodité, est partie d'ici avec son mari et la comtesse Tyszkiewicz il y a de cela quelques heures. Un petit chariot cassé est resté en arrière avec Gryszkowski et la Schultz. Le Roi a été reçu au bruit du canon, il loge dans la maison du gouverneur. C'est un édifice construit il y a cinq siècles par les Danois, lorsqu'ils étaient les maîtres de IS^arva.

M. de Tiesenhauze, gouverneur de !Xarva, a fait les honneurs avec une politesse infinie. En général il est impossible de traiter un voyageur étranger avec plus d'attention et d'aisance, que toute la noblesse de Livonie ne fait à l'égard du Roi ; elle y met même un air de cordialité extrêmement touchant. Le Roi a trouvé ici M. de Lambert, lequel avait voulu s'excuser de service militaire sur son âge et qu'il ne savait pas le russe, mais l'Empereur

a voulu qu'il acceptât un régiment et le titre d'inspecteur; il est ici en cette double qualité; ses deux fils sont à l'armée de Perone, probablement sur leur retour ainsi que le comte de Broglie. Le prince Zubow a passé par Mitati lorsque le Roi y était, il est allé demeurer à Ruliendahl, terre qui appartenait au duc de Courlande, où il a un palais vaste et magnifique ; cette terre a été donnée par l'Impératrice défunte au comte Yalérien Zubow. Le prince va Y demeurer parce que l'économie de Szow donnée aussi par Catherine II ne contient pas de palais. Les paysans de Szow étaient employés lors du passage du Roi à voiturer toutes espèces de provisions de Szowel à Ruhendahl. „Dites à Vincent Ponia- „towski, qu'il ne m'écrive plus de conseils pour moi, „comme il a fait le 20 février; cela pourrait préju- „dicier à moi et à lui ; on ouvre toutes les lettres „à Pétersbourg; qu'il se borne à me donner lès nou- „velles de Pologne."

St. Pétersbourg le 3,15 mars 1797.

Le 9 mars le Roi est arrivé à Ropscha, maison de campagne située à trente-cinq verstes d'ici, qui a autrefois appartenu à la cour et où Pierre III est mort. Cette maison avait été donnée au défunt prince Orlofî", qui l'a vendue à un arménien, nommé Lazuroô', extrêmement riche, né à Ispahan; c'est lui qui a

■vendu le grand diamant qui fait aujourd'hui le bouton du sceptre impérial. Il a embelli cet endroit non-seulement avec beaucoup de dépenses, mais aussi beaucoup de goût. Le Roi y a trouvé un splendide et très-bon souper. Il y a trouvé le maréchal de la cour Wielohorski de la part de l'Empereur, avec cinquante autres cavaliers de la part des grand-ducs Alexandre et Constantin, de leurs épouses et de la princesse Alexandre, fille aînée de l'Empereur; lesquels étaient chargés de complimenter le Roi; tous en habit de gala. Le prince Stanislas s'y est trouvé aussi. L'Empereur a fait suspendre le deuil pendant trois jours pour l'arrivée du Roi. Le lendemain 10 mars, le Roi ayant pris le prince Stanislas dans sa voiture, est descendu à la maison de campagne appartenant à la comtesse Skowronska à deux verstes de Pétersbourg, où l'attendait le vice-chancelier prince Kurakin, avec nombre d'autres seigneurs et les équipages de la cour.

Le Roi est monté dans le carrosse de parade avec le prince Kurakin, dans le fond, le prince Stanislas sur le devant, les pages de la cour à côté du carrosse, l'écuyer de l'Empereur, le prince Galitzin, à cheval auprès de la portière. Un détachement des chevaliers de la garde, un autre de hussards précédaient et suivaient la voiture. Depuis cet endroit une foule de peuple entourant la voiture, l'a accompagnée jusqu'au palais de marbre, dans le principal appartement duquel le Roi trouva S. M. l'Empereur dont il fut embrassé cordialement, et qui

s'entretint avec lui dans une chambre à part pendant près d'une heure ; après quoi S. M. l'Empereur se retira chez lui. LL. AA. Impériales Alexandre et Constantin se trouvèrent aussi à l'arrivée du Roi.

Il faudrait un volume pour décrire toutes les richesses de ce palais. Le E-oi trouva M. et Mme de Mniszech et Mme Tyszkiewicz tout établis. Le lendemain 11 mars, le Roi dîna chez S. M. l'Empereur, qui voulut que le Roi fût placé à table, entre l'Empereur à droite et l'Impératrice à gauche. La table en fer à cheval contenait une cinquantaine de personnes.

Sa 'Majesté l'Impératrice et toutes les grandes duchesses sont véritablement un assemblage de beautés; et les deux grands ducs des modèles d'obligeances et de prévenances; mais rien n'égale la manière dont S. M. l'Empereur veut témoigner la bonté dé son cœur et la recherche fine et nullement ordinaire de ses attentions gracieuses envers ceux qui en sont l'objet. Par la manière dont on l'a vu s'entretenir avec le Roi, et d'après le peu qu'on a pu entendre, l'amitié la plus affectueuse a présidé à leur entretien. Le comte Mniszech, le comte Tyszkiewicz et le prince Stanislas, ont diné à la même table, avec leurs Majestés.

Le lendemain 12 mars, le Roi , sa suite et les personnes de sa famille ont été chez Messeigneurs les grands ducs, leurs épouses et la grande duchesse Alexandre, l'aînée des princesses non mariées,

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dans leurs appartements respectifs, et ont ensuite dîné avec leurs Majestés comme le jour précédent. Comme LL. MM. Impériales devaient partir dans l'après-dîner pour Pawlowski, où elles séjourneront une semaine, l'Empereur a agréé le désir du Roi d'une visite qu'il compte lui faire dans cet endroit. La comtesse Tyszkiewicz a pris congé de L. L. M. M. Impériales, mais B. M. l'Impératrice lui ayant témoigné qu'elle la verrait encore avec plaisir à Pétersbourg, elle s'y rendra ainsi que M. et Mme Mniszech avec le Eoi après-demain. Le même jour, l'Empereur après son dépai't, procura au Roi une surprise bien flatteuse. Vers le soir à six heures, il vit entrer dans sa chambre le jeune comte Pociey, qui vint lui dire: „Le vice-chancelier, prince Kurakin, m'ayant fait sortir de prison, m'a dit : allez remercier le Roi, qui a prié pour vous." Le Roi en fut d'autant plus touché et réjoui, que lorsqu'il demanda sa grâce à S. M. l'Empereur, celui-ci ne la lui refusa pas, mais il ajouta „il sera utile à ce jeune homme d'apprendre à s'ennuyer un peu." Ce qui faisait croire, que sa détention serait encore de quelque durée. Lorsque S. M. l'Empereur sera parti de Pawlowski pour Moscou, il est convenu, que le Roi le suivra cinq jours après avec M. et Mme Mniszech et le prince Stanislas. La comtesse Tyszkiewicz partira pour Varsovie ou Vienne. — Le couronnement impérial est fixé au jour de Pâques 5/17 avril; pendant ces trois jours, toutes les personnes de marque se sont présentées au Roi

dans son palais. Le corps diplomatique composé d'une vingtaine de personnes s'est acquitté de cette attention dans la matinée d' avant-hier. Le seul ministre d'Espag-ne n'a pu y venir à cause qu'il est malade, et par cette raison, il ne va pas même à Moscou. M. de Tauenzien, ministre de Prusse, quoique déjà rappelé, y va pourtant encore, ainsi que le comte Charles Briihl, le comte Dietrichstein et tous ceux des autres Cours, qui sont venus complimenter l'Empereur sur son avènement. Dans l' après-dîner le Roi est allé voir la fameuse statue de Pierre-le- Grand, et le quai de la îfeva. L'Empereur a laissé ordre de faire voir au Iloi tout ce qui doit intéresser sa curiosité.

Les chambellans Trembecki et Wolski, les deux frères Stanislas et Michel Grabowski, sont arrivés hier. Le reste de la suite du Roi, sous la conduite du colonel Gordon, est attendu sous peu de jours.

„Le palais de marbre a coûté bien des millions; mais il est si disposé que le Eoi s'y trouve non „seulement à l'étroit, mais dénué de toute commo- „dité; lorsque le grand duc Constantin l'a Cjuitté après „son mariage, ses gens ont emporté non-seulement „les chaises et les tables, mais jusqu'aux serrures „des portes. Il faut acheter tout cela à neuf. Stackel- „berg n'a pas été nommé pour servir le Roi; il est „si mal en cour, qu'il a résolu de se retirer sur „ses terres. Branicki a voulu quitter Pétersbourg. „L'Empereur lui a ordonné de rester sans lui parler „et lui laisse ignorer ce qu'il deviendra. Il est

„venu parmi la foule saluer le Roi, qui lui a rë- „pondu par un coup de tête sans lui parler. L'Em- „pereur a dit au E-oi que les révoltes sont apaisées. ,,Le prince Repnin écrit qu'il recevra le Eoi à Mos- ,;Cou. Les actions prussiennes ont beaucoup baissé „par une raison que Mme Tyszkiewicz dira; le Eoi „écrira par elle. La non-venue du prince Joseph „n'a point produit d'aigreur. Les affaires pécuniaires „du Eoi prennent une bonne tournure."

Bulletin No. 7.

Pétersbourg ce 018 mars 1797.

Le 4/16 mars le Eoi suivi de M. et Mme Mniszech, de Mme Tyszkiewicz et du prince Stanislas, est allé voir l'Hermitage, qui fait une grande partie du château impérial et qui contient une galerie de tableaux, le muséum, le cabinet de curiosités, et la galerie copiée d'après Eaphael des arabesques du Vatican; l'ensemble de tout cela est si vaste, qu'en ne faisant presque que marcher continuellement pour le parcourir et prendre simplement une idée du total, il faut deux heures. Les dernières pièces que le Eoi a vues ce jour-là, contenaient le modèle de la maison de Voltaire à Ferney et toute sa bibliothèque, particulièrement curieuse en ce qu'un grand nombre de livres des anciens auteurs, ainsi que des contemporains de Voltaire, sont apostilles de notes de sa main, parmi lesquelles il y en

a qui font connaître ses opinions personnelles sur les objets les plus intéressants de relig-ion, morale, politique et autres. Le Roi s'est réservé de voir en détail, pièce par pièce, après son voyage de Moscou, tout ce qu'il n'a vu ce jour-là qu'en gros et fort à la hâte. Dans l' après-dîner se sont présentées au E,oi la princesse Biron née Poniiiska, la veuve du prince Antoine Sulkowski, Mme Czacka née Dembinska . la prince Czetwerlyriska née Grocholska, la nièce de la princesse Biron née Bierzyriska et madame Ilinska née Komorowska, sœur de la première femme de M. Szczesny Potocki. Le prince Calixte Poniiîski que l'on supposait mort est venu se présenter au Roi, ainsi que nombre d'autres Polonais moins connus; les deux frères Czacki

viennent voir souvent le Boi

Le ci-devant président Zakrzewski compte se fixer ici. Le . fils aîné de M. Szczçsny Potocki , attaché comme chambellan au grand duc Alexandre, s'est présenté au Roi et lui a dit que son père a demandé à l'Empereur la permission de venir à Moscou, mais qu'il ignorait encore si elle lui sera accordée. Le même jour l'envoyé d'Angleterre, M. de Withwort, a soupe chez le Roi. La princesse Radziwill y vient presque tous les soirs, elle part pour Moscou avec ses filles, son mari reste encore à Pétersbourg. Il conserve la tutelle du petit RadziwilL Le lendemain, 5/17 mars, le Roi avec les personnes de sa famille s'est rendu à Pawlowski, maison de campagne que l'Empereur a construite et achevée,

étant encore grand duc. La disposition, l'ameublement, et toutes 'les décorations de cette maison, sont de fort bon goût, si achevés et en même temps si magnifiques, que le seul embarras qu'on a, c'est qu'en parlant à l'Empereur, il croit que toutes les louang"es qu'on donne à son ouvrage sont des compliments qu'on doit à tout auteur et surtout à un souverain, mais c'est au contraire l'expression de la pure vérité. Le Roi en a demandé le plan à l'Empereur. Entre autres mérites de cette maison, c'est que la disposition intérieure est telle qu'elle contient beaucoup de pièces, des logements très-commodes et qui se suivent bien, quoiqu'en deliors elles ne paraissent pas fort vastes. On y trouve plusieurs peintures en mignatures et à l'huile, de la main de l'Impératrice, lesquelles feraient honneur à des artistes de profession. Il y a surtout une copie de Grreuze, qu'on a de la peine à croire copie, tant elle est parfaite; ce n'est pas non plus un compliment, mais l'exacte vérité. Le Roi a vu en outre un grand nombre d'ouvrages en ivoire et en piei'res gravés par l'Impératrice, à l'Hermitage et à Pawlov^ski, qui ont de quoi surprendre par leur qualité et leur mérite. Le Roi n'a pas pu aller aux jardins de Pawlowski parce qu'ils sont encore couverts de neige. La situation de la maison est bien choisie, car, malgré cette couverture blanche universelle, on aperçoit par les fenêtres que le paysage doit être très-riant autour de l'habitation. Mais ce qui est au-dessus de tous les agréments locaux, c'est la

70 mém:oikes secrets et inédits

manière dont les maîtres en font les honneurs. Elle a été si grande, si obligeante j^our le Roi, qu'il a mis cette journée au nombre des plus agréables qu'il a passées; il a manqué seulement à sa satisfaction d'y voir le grand duc Alexandre qu'un rhume retenait dans sa chambre, son épouse lui tenait compagnie. Le E,oi n'a donc vu ce jour -là que le grand duc Constantin et son épouse, les grandes duchesses n'y ont pas été non plus. Le jour d'hier, 6/18 mars, le Roi a été voir le palais nommé de la Tauride ; l'immensité des pièces qu'on y trouve étonne. Dans la salle où le prince Potemkin a donné sa dernière f^te à l'Impératrice défunte, l'Empereur actuel a fait exercer tout un bataillon. C'est dans ce palais que l'on voit les originaux de tableaux qui représentent les victoires maritimes de la flotte russe dans la Méditerranée et ceux des prises d'Oczakow et d'Ismaïl, outre un nombre infini d'autres tableaux. Catherine II affectionnait particulièrement cette habitation dans les dernières années de son règne, parce qu'elle y demeurait au rez-de-chaussée et en sortait de plein pied dans le jardin attenant. On a fait remarquer au Roi qu'elle a écrit de sa main sur un chambranle de porte la date de son entrée dans ce palais, la toute dernière fois avant sa mort.

„Coinme la ratification de la convention qui con- „cerne mes afiaires doit avoir été échangée dans la „soirée d'hier, entre le ministre russe et celui de „Prusse, je compte pouvoir mander avec certitude par

DE STANISLAS ATJGrSTE. 7 l

„M. Vincent, tout ce qni concerne cet objet ; ce que „je puis mander aujourd'hui, c'est qu'au jour du 5 „avril au plus tard si ce n'est même au premier de „Yotre style, M. Schlée, directeur de la compagnie „prussienne, remettra au major E-yx, 10 mille ducats, ..dont 3,000 seront à la disposition du grand écuyer „Kicki, auquel vous direz que sur ces 3,000, il pourra „en employer deux pour commencer à congédier mes „domestiques inutiles et 1000 pour les autres objets ,,dont il m'a parlé à Grrodno. Quant aux 7,000, le „major Hyx les emploiera pour le payement courant „de la feuille du 1 avril; ajoutez àM. Kicki que je ,,lui écrirai à part par Mme Tyszkiewicz,' ainsi qu'à „mes sœurs et à Mme Grabowska.'" —

Bulletin No. 8.

Pétersbourg ce 10/22 mars 1797.

Le 7/19 mars le Roi, accompagné de deux dames de sa famille et du comte Muiszech, des chevaliers de sa suite, est allé visiter l'atelier de la fameuse Mme le Brun, laquelle avait redemandé à plusieurs personnes les portraits faits par elle; ce qui s'est trouvé ce jour dans son atelier, a bien répondu à la grande réputation de cette artiste célèbre. Elle parait ne plus vouloir prolonger son séjour ici, et parle d'aller en Angleterre.

L'Empereur a désiré que le comte Muiszech allât voir Kamienny- Ostrow, maison de campagne qu'il

destine à l'habitation du Roi, pendant Tété. Le comte Mniszech a trouvé cette maison fort belle et extrêmement commode, et dans une situation trèsagréable. On achève de la meubler à neuf. C'est l'Empereur régnant qui l'a bâtie pendant qu'il était grand duc. C'est le même endroit, mais non pas la même maison, dans lequel le Roi a vu souvent le chancelier Bestucheff, il y a de cela 40 ans. La distance de cet endroit au palais de marbre n'est guère plus éloignée que Lazienki ne l'est du château de Varsovie.

Ce M. Brenua qu'on a vu à Varsovie il y a de ça quelques années, est actuellement celui que l'Empereur emploie le plus souvent comme architecte. Il dirige tout ce que l'on fait à Kamienny-Ostrow, il en a promis le plan au Roi. Le 7/19 le prince Repnin est revenu à Pawlowski de la tournée considérable qu'il a faite, pour remplir la commission dont il avait été chargé, et qu'il a heureusement terminée en apaisant les petites émeutes qu'un malentendu avait occasionnées entre les paysans. Le lendemain, 8/20, il est venu passer quelques heures en ville et il a dîné chez le Roi, qui a eu la satisfaction de le revoir mieux portant qu'il ne l'avait vu dernièrement à Grodno, et de retrouver en lui la même cordialité, dont il a éprouvé la douceur pendant deux ans à Grodno. D'abord après dîner le prince Repnin est reparti pour Pavrlowski. Il doit accompagner l'Empereur dans son voyage à Moscou

L'Empereur part aujourd'hui de Pawlowski pour

Moscou, sa nombreuse famille le suit successivement d'un jour à l'autre pendant toute cette semaine. Le Hoi par conséquent ne pourra partir que le 16/28 ou 17 selon la marche-route qui lui a été marquée. Il arrivera à Moscou le 27 mars; le logement qui lui est destiné dans cette ville est la maison qui était autrefois celle du gouverneur de cette capitale. L'Empereur en arrivant logera d'abord dans un de ses palais nommé Petrowski, qui est hors de la ville, son entrée solennelle se fera, dit-on, le lendemain de l'arrivée du Roi à Moscou et passera devant sa maison.

Bulletin No. 9.

Pétersbourg le 12 24 mars 1797.

Le 11 le Roi s'est occupé à placer dans la pièce du palais de marbre qui est destinée à une bibliothèque, tous les livres qu'il a apportés et tous ceux de ses compagnons de voyage dont les propriétaires principaux sont: MM. Trembecki, Wolski, Poniatovs^ski, Puzyna et Grabowski. Ces derniers se sont employés avec activité et une diligence particulières à aider le Roi dans cette occupation , qui n'a pas laissé que de devenir un vrai travail. Le 12/24 comme le voyage du Roi se trouve arrangé de manière qu'il n'arrivera à Moscou que dans le courant de la quinzaine de Pâques, et que lui et toute sa suite ne pourraient probablement y trouver toutes

les facilités désirables, pour les devoirs de la semaine sainte, surtout pendant les solennités du couronnement, le Roi après s'être consulté là-dessus avec ceux qui desservent et dirigent ici l'église catholique, a pris le parti de faire lui-même et de faire faire à toute sa suite et sa maison, la Communion pascale dans le courant de la semaine actuelle. Le Roi a fait la sienne dans ce jour 12 24 mars. L'église catholique d'ici est vraiment belle et d'un bon goût d'architecture. Elle a coûté plus 100 mille roubles. Les charités des catholiques indigènes d'ici et étrangers ont fourni cette somme. Différents artistes catholiques y ont employé gratis leurs talents. Deux vastes maisons attenant à cette église, construites en même temps qu'elle, lui donnent par leur loyer un revenu de 14 mille roubles, qui sert d'un côté à acquitter peu à peu les dettes de cette église et à entretenir le clergé qui la dessert. Le supérieur est un frère de l'ancien métropolite polonais uni Eostocki. Il a pour compagnons un prêtre français, allemand, varmiien, et un ragusais, qui est comme Italien; de sorte qu'il y a tour à tour, chaque dimanche, un sermon dans une de ces langues, et des confesseurs pour les habitants catholiques de Pétersbourg de chacune de ces nations.

Le métropolitain uni Rostocki demeure aussi dans une de ces maisons attenant à l'église depuis plus de deux ans. Car il lui a été ordonné de quitter son siège et de choisir sa demeure ou à B)Ome ou ici. Dans cette même maison demeure

aussi l'abbé Dederko, prélat mitre latin d'Olyka, de la collation de Radziwill. 11 est chargé ici des sollicitations du clergé latin des ci-devant provinces méridionales de la Pologne. Le fils de ce Dembowski, qui est coadjuteur de l'évêque de Kamieniec Krasinski, accompagné de son cousin, fils du castellan de Czeskow, est venu ici et va à Moscou pour tâcher d'obtenir que le régime ecclésiastique latin du diocèse de Kamieniec soit rerais entre les mains de ce coadjuteur Dembowski , auquel l'évêque Krasinski a transmis toute son autorité, laquelle est exercée depuis deux ans par ce Sierakowski qui s'est fait si fort connaîti'e pendant la dernière diète de Grodno, et qui n'use du pouvoir qu'on lui a permis de prendre, que pour rançonner les curés du diocèse et pour faire (à ce que dit la voix publique) un trafic scandaleux de ce qui est réservé à l'autorité épiscopale légitime. Le comte et la comtesse de Panin que l'on a vus à Grodno ont renouvelé au Roi ici le témoignage de leurs attentions les plus affectueuses, jusqu'à ce jour où la mort de leur enfant les a plongés dans la douleur. Le fioi s'est empressé de leur marquer la part qu'il y prend, en y envoyant M. Boceler, qui espère pourtant que cette aff'aire n'influera pas sur les couches prochaines de la comtesse, dont le mari est obligé de se rendre

dans peu de jours à Moscou Deux princesses

Galitzin, une Mme de Guriew, une comtesse E,ozumofiski ont déjà fait connaissance avec Mmes Mniszech et Tyszkiewicz, chez lesquelles le Eoi les

a vues. Le Roi a revu avec plaisir M. E,og-erson, médecin de feu l'Impératrice, et qui est à présent attaché au petit grand duc jS^icolas, et à la toute cadette grande duchesse, qui sont les deux seuls

enfants de la famille impériale qui sont restés ici

Le 13/25 le E,oi a eu la satisfaction de revoir chez lui le frère du baron d'Asch, qui est le chef du collège de médecine de cet empire, et qui est le même qui a guéri le Eoi il y a 40 ans de la petite vérole volante. Il jouit d'une bonne santé ; c'est un homme qui, par toutes ses qualités personnelles, est bien digne d'être le frère du baron d'Asch qui est à Yarsovie. Dans la matinée du même jour, le Roi est allé avec sa famille voir la belle maison du comte Bezborodko, ministre; elle fait preuve également de sa magnificence et de son goût pour les arts, dont elle contient de bien beaux morceaux en- fait de peinture, sculpture, bronze, meubles, etc. etc. Ce ministre est actuellement en route avec S. M. I. pour Moscou. Le général comte Bezborodko a montré la maison de son frère au Roi, qui aura la satisfaction d'être accompagné de ce digne général encore à Moscou. „Comme l'Em- ,,pereur et tous ses ministres sont partis, je n'ai pu „encore rien faire de mieux pour le cardinal Albani, „que d'envoyer dès aujourd'hui au prince Repnin la „copie du mémoire que vous m'avez envoyé à son „sujet. Quand je serai sur le lieu, je verrai ce que „je pourrai effectuer; j'y porterai certainement la ,, meilleure volonté. Je m'entendrai là-dessus avec

„le nonce Litto, mais ce ne sera pas facile à Mos- „cou, à cause des fêtes du couronnement et parce „que l'Empereur doit bientôt après faire une tournée „dans les provinces, qui sera dit-on de deux mois."

Bulletin Xo. 10.

T,, , 28 mars

Moscou le - rrj.(yi.

9 avril

Après un voyage de neuf jours et demi, le Roi est arrivé ce matin à onze heures ici, deux jours plus tard qu'il ne l'avait compté à cause de quinze voitures brisées en chemin , dont plusieurs l'ont été deux fois, à cause des chemins gâtés au-delà de toute expression, par les variations continuelles du temps et par la quantité innombrable de voitures qui depuis trois semaines ont labouré cette route. Le général Bezborodko ayant quitté le Eoi à la dernière couchée, est allé en avant prendre les ordres de S. M. l'empereur à Petrowski, maison de campagne impériale, à six verstes d'ici. Il est revenu de là^ au-devant du E,oi , pour lui dire que S. M. l'Empereur désirait sa bien venue, mais que, surchargé d'occupations comme il était, il ne pouvait pas le voir avant samedi ^ '^^, jour auquel l'Empereur fera son entrée solennelle dans Moscou, pour laquelle on fait les plus grands préparatifs. Le Roi est descendu dans un palais bâti par le défunt feld-maréchal Zachar Czerniszew, et qui depuis sa mort, était devenu l'habitation du gouverneur général de

iS MÉMOIRES SECRETS ET INÉDITS

cette capitale et de cette province. Ce palais est en marbre, presque guère moins magnifique que celui que le Eoi habite à Pétersbourg. Le Roi a trouvé dans cette maison le prince Gagarin, chargé de la part de l'Empereur d'en l'aire les honneurs au Roi. Il s'en acquitte avec la meilleure volonté et la plus grande attention. C'est le même qui a passé par Varsovie, il y a de cela quelques années avec sa femme, née princesse Galitzin.

Le prince Stanislas est arrivé avec le Roi, qui a trouvé le comte et la comtesse Mniszech déjà établis dans cette même maison. Au milieu des •embarras inévitables, en arrivant après un si grand voyage et dans une ville aussi immense et si occupée des préparatifs que les circonstances amènent, ce bulletin d'aujourd'hui ne pourra guère être plus long.

„Les- domestiques du dernier gouverneur qui a „habité ce palais, ont fait la même • chose que ceux „du grand duc Constantin ont fait au palais de „marbre, dans presque tous les logements où l'on „a placé la suite du Roi ; ils ont emporté presque „toutes les tables, chaises, et serrures des portes. „Les chevaux et les voitures du Roi n'ont trouvé „d' emplacement qu'en partie. Dites à Kicki qu'il „ne pense seulement pas à faire imprimer mes bul- „letins, ou à les insérer dans la gazette."

Bulletin No. 11.

-, 1 30 mars ,«.

Moscou le ,- — ^ 179^ 11 avril

Le 27 mars le Roi avec les personnes de sa famille et sa suite est allé voir la maison du comte Bezborodko ministre, destinée^ l'habitation de l'Empereur. Elle mérite bien d'être vue, car de l'aveu de toutes les personnes qui ont voyagé et de L. M. I. mêmes, il n'existe pas dans l'Europe une maison, où l'on ait employé plus de magnificence et plus de goût, surtout en bronze, tapisseries et en meubles, dont les formes sont aussi belles que riches. On a évalué le prix de cette maison à sept cent mille roubles. Elle est l'ouvrage de neuf années à ce que dit le comte Bezborodko, qui s'y est trouvé luimême, pour en faire les honneurs au Roi. Sa maison de Pétersbourg contient plus de tableaux précieux, mais à cela près elle est très-inférieure à celle-ci. Les personnes qui ont vu St. Cloud au moment où la Reine de France venait de l'acheter, disent qu'elles trouvent les ornements de cette maison encore plus riches et plus finis. La plus grande partie des boiseries dorées et les chaises ont été faites à Vienne. La plupart des bronzes ont été vendus au comte Bezborodko par les émigrés français les plus riches. Dans la salle à manger il y a un buffet de parade, dont les gradins sont garnis de plus de 200 vases d'or, d'argent, d'ivoire,

cle corail etc; tous aussi précieux par l'oiivrag'e i^ue par la matière; outre de fort belles hautes lisses étrangères, il y en a de très-belles fabriquées en Russie. Il y a surtout une tapisserie en soie chargée d'un dessin en arabesque, faite en Russie, vraiment charmante. Les meubles chinois s'y trouvent en profusion. Un péristyle en colonnes précédé d'une quinzaine de marches forme l'entrée. Un jardin embellit cette maison, d'ailleurs très-bien située, ouverte de tout côté ; mais elle est placée à l'extrémité de la ville de Moscou opposée au palais Petrowski, de sorte que l'Empereur a eu environ six verstes à faire, pour venir de Petrowski jusqu'au centre de Moscou et autant du centre de la ville jusqu'au palais Bezborodko, c'est-à-dire près de deux lieues d'Allemagne. Le 28 mars l'entrée solennelle de LL. MM. Impériales s'est faite de la manière suivante : La marche a commencé entre midi et une heure, de Petrowski. Une centaine de cosaques en uniformes bleus, armés de piques peintes en rouge, ouvrirent la marche; ils étaient suivis du régiment des hussards, du corps ; après venait le régiment des gardes à cheval, cuirassiers, aujourd'hui habillés en blanc au lieu de bleu, comme ils étaient autrefois. Venait ensuite le corps des chevaliers gardes habill-'s en blanc, suivi d'une centaine de carrosses des principaux seigneurs; les dernières voitures étaient ouvertes et portaient les maréchaux de cour Tysenhauss et Wielohorski qui tenaient leurs bâtons d'argent surmontés d'aigles, et

le grand maréchal comte Szeremetieff. Ensuite ont passé à cheval et revêtus de surtouts brodés et chaussés de g-uêtres de satin blanc, une quarantaine de gentilshommes de la chambre et de chambellans. Après a passé Sa Majesté l'Empereur à cheval devant la maison que le Roi habite, à deux heures après midi, les deux grands ducs étaient également à cheval à ses côtés, un peu en arrière le feldmaréchal prince Repnin l'épée à la main, comme commandant en chef des 40 mille hommes de troupes actuellement réunis dans cette capitale. Une quarantaine de généraux et d'adjudants de différents grades précédaient et suivaient l'Empereur, lequel a salu-é avec une attention très-marquée le Roi qui se tenait dans une fenêtre, qui, ainsi que le balcon du bel étage, était couverte de tapis de velours et autres étoffes. Outre toute la suite du Roi, beaucoup d'autres personnes, tant polonaises que russes, s'étaient rassemblées dans cette maison, pour jouir de ce grand spectacle, entre autre Mlle î^elidow, première fille d'honneur de S. M. l'Impératrice, avec plusieurs personnes de sa famille.

Immédiatement après le groupe qui entourait l'Empereur, marchait le premier régiment des gardes Preobrazenski; après venait le grand carrosse de parade dans lequel se trouvaient S. M. l'Impératrice assise seule dans le fond, et devant la grande duchesse épouse du grand duc Alexandre, et la grande duchesse Hélène fille de LL. MM. Impériales, toujours remarquable par sa beauté et qui paraissait en avoir encore

davantage ce jour-là. Sa parure n'était voilée par aucune pelisse quoiqu'il gelât assez fortement. Elle n"a pas cessé de saluer de tous les côtés de la manière la plus gracieuse. Son carrosse était suivi du régiment des gardes Siemianowski. -Venait ensuite le carrosse dans lequel étaient les grandes duchesses Marie et Catherine, filles de LL. MM. Impériales, et Mme de Lieven leur gouvernante sur le devant. La grande duchesse épouse du grand duc Constantin et la grande duchesse Elisabeth fille aînée de LL. MM. Impériales, se trouvant incommodées d'un gros rhume, sont restées à Petrowski, d'où elles ont été transportées ici. —

• Une quarantaine de voitures contenant les principales dames de la cour suivaient les princesses. Le régiment des chasseurs du corps fermait la marche. Toutes les rues par lesquelles l'Empereur a passé étaient bordées des deux côtés par trois et quatre rangs de banquettes en amphithéâtre peintes en festons. Le même entrepreneur qui les a construites s'est fait payer les places jusqu'à cinq roubles; si cela est vrai, il doit avoir gagné 40 à 50 mille roubles. Le soir du même jour la plus grande partie de la ville a été illuminée.

Lorsque l'Empereur est arrivé au palais où il loge, le comte Bezborodko lui a présenté sur le perron, le pain et le sel, et un nombreux clergé a entonné un hymne avec lequel il a conduit le souverain à la chapelle du palais, après quoi il y a eu présentation de 300 à 400 dames et puis encore

les vêpres du dimanche des E-ameaux. Le 29 mars, quatorze personnes de la suite du Roi ont été présentées par le général comte Bezborodko, au chambellan de service Massalski, lequel les a présentées ensuite à LL. MM. Impériales. Toutes leur ont baisé la main; l'adjudant Kirkor, le secrétaire Puzyna, les deux écuyers Kawecki et Akamitowski, l'abbé Jurewicz et Freisse ont dû ajouter les génuflexions au baise-main, comme sujets actuels de l'Empereur. Une heure après le Roi, accompagné du comte et de la comtesse Mniszech et du prince Stanislas, est allé chez l'Empereur, qui l'a embrassé comme de coutume; après quelques moments d'entretien, l'Empereur permit à sa cour d'achever *le baise-main qui est d'usage ici tous les dimanches. Ensuite l'Empereur fit passer le Roi dans le cabinet de l'Impératrice avec la famille impériale, où il laissa le Roi pour vaquer à quelques occupations du jour, et surtout pour l'audience du nonce apostolique Litto qui devait avoir lieu dans cette matinée, et qui, par je ne sais quelle raison, n'a pas eu lieu, et le nonce est retourné chez lui sans avoir vu l'Empereur. L'Impératrice fit appeler dans le cabinet où le Roi se trouvait, la comtesse Mniszech, et lui attacha de ses mains son portrait avec le ruban bleu en cocarde, ce qui l'a constituée dame du portrait; elle lui a promis en même temps de remplacer cet ancien portrait mal peint, qu'elle lui avait donné à Wisniowiec en 1781, par un meilleur. A dîner le Roi fut placé comme à Pétersbourg

entre LL. MM. Impériales. L'Impératrice demanda au Roi des nouvelle de Mme de Cracovie, de la comtesse Thérèse Tyszkiewicz et du prince Joseph. Comme le Roi savait qu'une grande présentation de dames devait avoir lieu l'après dîner, il se retira bientôt.

Le 2fi/ lil^ l'ambassadeur d'Autriche Cobentzel, l'envoyé d'Angleterre Withwort, le prince Repnin avec sa femme et sa fille, et la princesse Radziwill, née Przezdziecka, ont soupe chez le Roi. Le lendemain la princesse Gagarin née Galitzin, épouse de celui qui fut chargé par l'Empereur de la recevoir dans la maison qu'il habite, le comte Charles Efiihl, le comte Jean Potocki, celui qui a voyagé en Afrique et qui est ici délégué de Braclaw, les deux frères Chreptowicz, ont soupe chez le Roi- Le aiême jour dans l'après dîner, l'archevêque latin catholique de Polock, Siestrencewicz, et nombre de délégués polonais de toutes les provinces, sont venus se présenter au Roi, ainsi que l'aîné comte Dzialynski, revenu de son exil, où il a été assez près de la mer glaciale, dont il a rapporté différentes curiosités en habits, armures qu'on appelle piesoh et des renards bleus. Le ., '"^'■'!, le mal-entendu qui

11 avril' T-

a empêché le nonce Litto de voir l'Empereur hier se trouvant éclairci, son audience doit avoir lieu aujourd'hui. —

DE sïa:Sîislas auguste. 85

Bulletin Xo. 12.

Moscou ce 6/18 avril 1797.

Le 30 mars. Le nonce Litto a eu audience dans l'après dîner; il a été ti'ès-satisfait de l'accueil que LL. MM. Impériale.^ ainsi que leur famille lui ont fait. Le 11 avril, différents seigneurs de la cour de Russie sont venus se présenter au Roi. Le 12 le Roi a eu le plaisir de voir chez lui à souper le nonce Litto, son frère le bailli de Malte et l'auditeur Benvenutti. Le 13 le Roi a communié dans l'église qu'on appelle ici l'église allemande, pour la distinguer d'une plus petite, qu'on appelle l'église française, où le Roi avait entendu la messe la veille. L'archevêque latin de Polock, Siestrencev^icz, officia en personne dans ces deux jours et donna la communion au Roi le jeudi saint. Le Roi a trouvé les deux églises remplies de monde. Elles ne sont habituellement desservies que par très-peu de prêtres, mais comme l'Archevêque en a amené plusieurs avec lui, le service pendant la semaine sainte s'est fait avec décence, autant que cela était possible dans ces deux églises beaucoup plus petites que celle de Pétersbourg. Le 14 le Roi a assisté à l'office du jour dans l'église allemande, laquelle probablement a été fondée sous les auspices de l'empereur d'Autriche Charles VI, parce que l'on y voit son portrait en grand, près du maître-autel... Comme il y a tous les jours un petit détachement du corps de cheva-

86 MÉMOIRES SECKETS ET INEDITS

liers gardes, qui est de garde dans l'antichambre du Roi, le Roi a désiré que l'officier qui le commande, dine avec lui. Ils ont cru ne pas devoir accepter cette invitation sans un ordre exprès du comte Puszkin, général en chef et qui est leur commandant. Le Roi a demandé son consentement, et il l'a donné très-volontiers. Le prince Repnin a dîné ce jour chez le Roi, mais il n'a voulu manger que des plats à l'huile. Le général comte Bezborodko a remis au Roi la notice par écrit du temps et des lieux où le Roi est invité de se trouver pendant la cérémonie du sacre. Les places pour sa famille et sa suite sont aussi désignées dans cette notice. —

Le 15 rien de remarquable.

Le 16 le comte Mniszech élu, quoique absent, délégué de Volhynie a dû se rendre dès six heures du matin au Kremlin avec tous les autres délégués des différentes provinces de l'empire, au nombre de près de 200. Comme il manquait quelques délégués, pour cause de maladie, les délégués présents ont élu des suppléants, l'un desquels a été M. Dzialynski tout récemment revenu de Sibérie. Le prince Sanguszko n'est pas venu pour cause de maladie. Le prince Michel Lubomirski élu quoique absent et le prince François Sapieha, Bukaly l'ex-ministre en Angleterre, Jean Potocki le voyageur, le général Kozlowski, l'aîné Chreptowicz, le palatin Zaba et une infinité d'antres Polonais faisaient nombre.

Le Roi, Mme de Mniszech et le prince Stanislas^

après la messe dite chez le Eoi par l'abbé Jure wicz, se sont rendus au Kremlin à 7 heures; Mme Mniszech a été placée parmi les dames du portrait. Le prince Stanislas a été placé parmi les généraux en «hef. Le Roi a été conduit dans une espèce de tribune située directement derrière le trône de l'Empereur et un peu plus haut, de sorte qu'il a pu voii' ■tout ce qui s'est passé pendant la cérémonie. Cette église cathédrale est un bâtiment carré dont quatre très-gros piliers ronds font les arcs boutans des voûtes, qui vont en tous sens; deux rangs de fenêtres peu grandes, des deux, côtés opposés au dôme, éclairent ce carré, qui peut avoir environ 80 pas en tous sens, donnent moins de jour que n'en ont communément nos églises. Celle-ci n'est cependant pas d'une obscurité effrayante comme celle de Nowogrod. Le>; quatre parvis, ainsi que les quatres piliers et toutes les voiites, sont remplis depuis le pavé jusqu'au haut (par compartiments) d'images de saints peintes sur le mur en même temps ou peu après que l'édifice a été construit, il y a de cela cinq siècles. On croit parler modérément en réduisant le nombre de ces saints et saintes à 3 mille, il y en a de toutes les tailles, peintes sur un fond d'or dans le goût grec du bas-empire. Autour des trois côtés de cet édifice on a placé cinq rangs de bancs revêtus de drap rouge, mais seulement pour y être debout, tant hommes que femmes. Il n'y avait qu'une chaise dans le réduit ou l'espèce de chaire du Roi, sur le quatrième côté de ce carré et le sanctuaire séparé

88 MÉMOIKES SiECKXTS ET INEDITS

du reste par une décoration, dans laquelle se trouve ce qu'on appelle Carskie Dwiery. Entre les quatre grands piliers on a pratiqué un emplacement auquel on monte par une dixaine de marches ; cet emplacement couvert de drap rouge portait encore une petite estrade sur laquelle furent placés les manteaux de l'Empereur et de l'Impératrice, le globe, le sceptre,, et les couronnes, qui furent portés sur des coussins de drap d'or par les premières personnes de la cour au devant de LL. MM. Impériales, qui entrèrent à l'église vers 9 heures. L'Empereur était revêtu comme à l'ordinaire de son . uniforme très-simple, en bottes; avant de s'asseoir, LL. MM. Impériales saluèrent le Roi. Les deux grands ducs Alexandre et Constantin accompagnaient l'Empereur, qui fut précédé par tous les maréchaux et tous les grands dignitaires de la cour. Une partie du service divin avait été- récitée et chantée avant leur arrivée; il fut repris. Pendant le service, l'Empei'eur fut revêtu par ses fils d'une espèce de dalmatique de velours rouge, ensuite du manteau impérial de drap d'or parsemé d'aigles, doublé d'hermine, fort long et soutenu par plusieurs chambellans. Le manteau de l'Impératrice était pareil. Sur le manteau de l'Empereur était attaché de plus, la chaîne de diamants de l'ordre de Saint André. —

Le métropolitain de îs^owogrod, qui est le premier en rang et celui de Moscou, Platon, qui a enseigné la religion à l'Empereur dans son enfance, et qui passe pour le plus éloquent du clergé russe,

DE STANISLAS AVGTJSTE. 89

présentèrent ensemble la couronne à l'Empereur qui la prit de leurs mains, et se la mit lui-même sur la tête. Après quelques prières et discours que lui adressa Platon, l'Empereur souleya sa couronne de dessus sa tête, et avec cette couronne toucha un peu la tête découverte de l'Impératrice, après quoi il la remit sur sa tête et en posa une plus petite, sur celle de l'Impératrice; elle fut attachée ensuite fixement par les quatre premières dames dont Anna Nikityczna îfaryszkin fut la première. Après on présenta à l'Empereur une espèce de livre qui ne contenait en très-grandes lettres que le Credo qu'il lut à haute voix. L'évangile fut présenté à baiser à LL. MM. Impériales aussi dans une espèce de livre dont le titre supérieur était tout décoré d'émail et de pierreries. Ensuite LL. MM. Impériales s'approchèrent du sanctuaire ; rEmjjereur entra pour y communier ; l'Impératrice communia dans la porte même. Ensuite on procéda à leur onction sacrée. De là LL. ]\IM. Impériales remontèrent sur l'emplacement élevé mentionné ci-dessus. Audessus de leurs têtes était suspendu un dais de velours rouge brodé avec la plus grande richesse et attaché à la voûte par des cordes. Entre ce dais et le sanctuaire pendait un lustr.e d'argent rempli d'une centaine de torches allumées, le poids de ce lustre doit être énorme ; on dit qu'il pèse huit quintaux.. Dans cet emplacement se trouvaient, outre une trentaine de premiers seigneurs et les quatre premières dames, huit chevaliers gardes, Tépée nue

90 MÉMOIRES SECRETS Eï INEDITS

à- la main et armés de casques, cuirasses, brassards, et cuissards, tout d'argent massif et poli et cloué d'or; les mentonnières fermaient les casques. Une centaine de chevaliers armés pareillement et panachés de blanc étaient répandus dans le temple, et ont précédé l'Empereur toute' cette journée dans toutes ^ses différentes marches. L'église contenait en tout, au plus deux mille personnes ; aux deux côtés de l'endroit où le Eoi était placé se trouvait tout le corps diplomatique, composé d'une quarantaine de personnes y compris tous les secrétaires. Le nonce Litto avait la première place, les ambassadeurs impériaux et de Suède le suivaient, les autres s'étaient placés indistinctement. Les épouses des envoyés de Naples, de Venise, et de Saxe, étaient dans les bouts à la gauche du Roi, tout cela sur le même paroi derrière le dais impérial. Sur le paroi à droite étaient lés grandes duchesses et toutes les dames- Sur le paroi à gauche et dans tous les autres bancs étaient répandus tous les hommes des quatre premières classes , militaires et civiles. Le comte Pouszkin, général en chef, à présent feld-maréchal, en qualité de commandant des chevaliers gardes, était armé de toutes pièces, aux cuissards près à cause de la faiblesse de ses jambes et de son âge. Les deux feld-maréchaux Soltykow étaient auprès de l'Empereur. Le feld-maréchal prince Repnin n'a fait que passer par l'église quelque temps avant que l'Empereur y entrât. Ensuite il resta en dehors pendant toute la cérémonie, comme commandant gé-

néral des troupes qui sont ici. Daus la petite loge du Roi, ses deux chambellans Trembecki et Wolski, les adjudants Kirkor et Byczewski, et ses deux seci'étaires Puzyna et Fabian Poniatowski, eurent permission d'être auprès du Roi. Le général Bezborodko et le prince Odiejiewski s'y tinrent également. Après la messe, l'Empereur lut à haute voix une nouvelle loi, par laquelle- il fixe l'ordre de succession; dès qu'on l'aura, elle sera jainte au bulletin prochain. Après cette lecture l'Impératrice et chaoun de ses enfants vint lui baiser la main et il les embrassa. Environ à midi et demi LL. MM. Impériales et toute leur famille sortirent de cette cathédrale qui s'appelle Uspieiislcaja, en polonais JJspienia, c'est-à-dire l'assomption de la Sainte- Yierge. L'Empereur et toute la cour visitèrent ensuite deux autres églises, qui ont aussi le titre de cathédrale, qui sont plus petites que la Uspienskaja, mais fort près d'elle et également dans le Kremlin. Dans cette marche l'Empereur était précédé de ses chevaliers gardes, des héraults d'armes, de toute la cour, du grand maréchal comte Szeremetieff, du maréchal du couronnement prince Jousoupoff, de tous les maréchaux inférieurs, de tous les maîtres de cérémonies, qui tous portaient leurs bâtons d'argent différemment ornés selon les grades.

L'Empereur portait la couronne, le sceptre, le globe et était revêtu de sa dalmatique et de son grand manteau, soutenu par ses deux fils ; il marchait sous un dais dont les bâtons étaient portés par dix

92 MÉMOIKES SECKETS ET INEDITS

généraux et les cordons d'argent par dix autres. L'Impératrice suivait sous le même dais. Après la visite des trois églises LL. MM. Impériales se rendirent dans la grande salle du palais, nommé Ch-anowita Palata. Cette pièce est éclairée de deux rangs de fenêtres des deux côtés. Au milieu est un grand pilier auquel aboutissent les voûtes de tous les côtés- Ce pilier carré était garni du haut en bas d'un millier de pièces d'orféverie, qui composaient le buflfet tle parade. Le ti'ône impériale était placé entre deux fenêtres du troisième pa,roi. Sur cinq marches couvertes de velours était placé le siège de l'Empereur, et à sa gauche un plus petit d'ivoire pour l'Impératrice; devant eux la table de leur dîner; avant qu'ils fussent servis, le général major Arakczeyew lut à haute voix la liste de toutes les grâces et décorations accordées ce jour-là aux personnes du' militaire. Et le conseiller d'État Troszczyriski lut la liste de toutes les grâces et décorations accordées au civil. La plus marquante de toutes fut le titre de prince de l'empire russe au comte Bezborodko, avec le don de dix mille paysans, et une phrase d'éloge des services rendus au Souverain et à l'Etat par le nouveau prince. 11 avait îi^';^ reçu peu de jours auparavant le premier portrait donné par l'Empereur régnant. Son frère qui est auprès du Hoi a eu le cordon de St. Alexandre t.t 13,000 mille paysans. Le prince Repnin a eu 6,000 paysans, tous les' noms des bénéfices se trouvent dans les gazettes. Il y en a environ deux

DE STANISLAS ATTGTTSTE. 93

cents. A différentes autres tables étaient placées les dames et seigneurs des trois premières classes. Le prince Stanislas et le comte Mniszech étaient placés parmi ceux de la seconde classe, c'est-à-dire des généraux en chef. Les ministres étrangers disparurent lorsque l'Empereur eut bu son premier verre. Dans le même temps les deux grands ducs, leurs épouses et les quatres grandes duchesses, filles de LL. MM. Impériales, vinrent trouver le Roi dans l'endroit élevé où il était et d'où, par l'ouverture d'une arcade, il avait vue sur toute la salle; à côté de cet endroit se trouvait une table servie, où le Roi dîna avec toute cette jeune famille impériale et les trois dames attachées à LL. MM. Impériales. Après le dîner l'Impératrice fit appeler dans sa chambre de dais des dames déjà décorées et celles qui doivent l'être. La princesse Repnin a eu le cordon de Ste Catherine ; la princesse Radziwill et Mme Nelidow sont devenues dames du portrait et ont eu le cordon de Ste Catherine de la seconde classe, qui est sans plaque ; l'Empereur a envoyé l'écuyer prince Galitziu au Roi pour lui porter la médaille de son couronnement, laquelle porte d'un côté son buste trèsressemblant, et de l'autre tout simplement une croix sans aucune inscription. Ce qui rend cette médaille particulièrement remarquable, c'est que le coin en a été gravé par l'Impératrice, de sorte qu'au bas du buste où les médailleurs placent ordinairement leur nom, elle a placé le sien; c'est sur le coin de la grande médaille-, car la petite n'est qu'une imitation

94 MÉMOIRES SECKETS ET INÉPITS

faite à la monnaie et moins bonne que ToriginaL Vers le soir, l'Impératrice a envoyé à Mme de Mniszeeh son portrait enrichi de brillants beaucoup mieux peint que celui qu'elle lui avait donné à Yisnio"wiec, et déjà décoré du cordon de St. André, que l'Impératrice est censée avoir reçu ensemble avec le couronnement. —

Bulletin Xo. 13.

Moscou ce 9/21 avril 1797.

Lundi ce 16 avril, cette journée fut employée par LL. MM. Impériales à recevoir les hommages d'office des seigneurs et dames des premières classes. Mardi 7 avril tous les ministres étrangers ont fait leurs compliments de félicitations à LL. MM. Impériales. Le nonce Litto parla le premier et son discours bien prononcé fut le seul qui put être entendu des assistants, et il fut généralement trouvé fort bon. Pendant ces audiences des ministres étrangers, toutes les dames du portrait étaient rangées Je long de la salle, du côté où était assise l'Impératrice; les seigneurs étaient placés à la droite de la salle, du côté de l'Empereur; cela se passa de même dans Granowita Palata. Pendant la solennité de ces trois jours, l'Empereur était constamment revêtu de ses vêtements impériaux avec la grande couronne en tête. La princesse Radziwill, quoique dame du portrait, ne put arriver qu'après

DE STANISLAS ArGUSTE. 95

les audiences à cause que l'essieu de sa voiture avait cassé en chemin. Après ces audiences l'Empereur sortit de ses appartements pour jeter un coup d'oeil sur la fête vraiment impériale qu'il donnait ce jour -là. Des tables dressées dans toutes les rues du Kremlin et dans plusieurs des places longues de la ville, étaient servies eu viande, pâtisseries et boissons pour le peuple de Moscou, auquel il fut permis d'emporter, après avoir mangé, non seulement les plats de bois, mais jusqu'aux tables; on compte que plus de 100 mille habitants des deux sexes ont dîné ce jour-là aux dépens de l'Empereur ; il ne s'est rien vu de pareil depuis les Congiari'a que quelques empereurs romains ont donné au peuple de leur capitale ; le tout s'est passé sans le moindre désordre. Le même jour, le E,oi fit une promenade à cheval pour aller voir le Dziexoîczy Monaster, situé à quelque distance de la ville. C'est là où la princesse Sophie, sœur de Pierre-le-Grand^ a passé les dernières années de sa vie. On a montré au Roi son tombeau, le logement qu'elle a occupé, son portrait; elle y paraît la couronne sur la tête, le sceptre en main; septante religieuses y habitent et quatre prêtres. Ce monastère est rente aujourd'hui de deux mille roubles. Une église principale et deux moindres sont contenues dans l'enceinte formée par un mur à crénaux et plusieurs tours qui en faisaient autrefois une espèce de forteresse. La mère abbesse pria le Roi de passer dans son logement où elle lui présenta un petit déjeuner. Le

96 MÉMOIRES SECEETS ET INEDITS

Roi alla ensuite visiter une autre personne décorée d'une croix pectorale, qui passe ses derniers jours en retraite, après avoir quitté Pétershourg, où elle devait devenir abbesse du grand monastère que l'Impératrice Elisabeth avait bâti et qui fut employé ensuite i^ar Catherine II pour y placer cette communauté de demoiselles, dont le St. Cyr de Louis XIV lui avait donné l'idée, et dont l'Impératrice actuelle a bien voulu devenir elle-même la directrice, en augmentant même le nombre des demoiselles qui y sont élevées.

Le 8 avril, le Roi et les personnes de sa famille, ont diné au Kremlin dans le logement personnel de l'Empereur, lequel, ainsi que l'Impératrice, les ont accueillis toujours avec la même bienveillance. LL. MM. Impériales, voyant combien la comtesse Mniszech avait fait d'efforts pour venir en robe de cour malgré sa migraine violente, l'ont dispensée de comparaître au bal paré de ce même jour, qui a eu lieu au Kremlin dans la Granowita Palata. L'Empereur a bien voulu faire dire au Roi par le prince Repnin, que, depuis le dimanche dernier, il ne l'avait pas invité à assister aux solennités de cour qui se continuèrent encore après le couronnement, parce qu'il n'aurait pas pu toujours désigner une place convenable au Roi, mais s'il voulait assister à celles qui auraient encore lieu, l'Empereur laissait à la volonté du Roi d'y intervenir publiquement dans cette loge (causée secrète) où il avait été le dimanche passé. Le Roi sensible à la délicatesse si obligeante de

DE STAKIKLAS AUGUSTE. 97

l'Empereur, s'est rendu, ce même jour vers les 6 heures, dans la loge sus-mentionnée, d'où il a vu le bal paré pendant que LL. MM. Impériales restaient assises sur leurs fauteuils de cérémonies, pendant que les menuets dansés par les pi'inces et princesses de la famille impériale ont duré ; lorsqu'ils furent finis, LL. MM. Impériales se levèrent et passèrent- successivement dans tous les endroits de la salle en adressant la parole aux uns et aux autres. Alors le Roi descendit dans la salle où LL. MM. Impériales causèrent plusieurs fois avec lui. Les personnes de la cour qui devaient danser les menuets, étaient appelées successivement par M. Valuyen grand maître de cérémonies. A ce bal, ni les ambassadeurs, ni les feld-maréchaux n'ont dansé; après les menuets succéda une contredanse anglaise, dans laquelle les grandes duchesses dansèrent avec les princes et avec d'autres cavaliers. A la fin de cette contredanse le Roi se retira. Quoiqu'il fît encore jour pendant le bal, mais comme le ciel était couvert ce jour-là, les lumières ne parurent pas superflues et cette salle, dans sa forme antique, parut belle et très-propre à la fête, qui était ornée de la parure des dames et des cavaliers d'une grande richesse. Il va sans dire que celle de l'Impératrice et de toutes les princesses étaient les plus brillantes, mais, ce qui arrive rarement dans les Cours, c'est que la beauté et les grâces des princesses de celle-ci effaçaient réellement celles de toutes les personnes de leur suite.

98 MÉJIOIRES 6ECEETS ET INEDITS

Le Roi rentré vers les 9 heures chez lui, trouva Mme de Mniszeck toujours souffrante, mais pourtant en état de se lever lorsqu'elle vit arriver Mme Szczesna Potocka avec ses deux filles, dont l'aînée est fille d'honneur de l'Impératrice, toutes deux aussi grandes et plus g-rasses qu'elle. La vivacité, la volubilité et la gaieté de cette dame ne peuvent trouver de place dans ce bulletin. Elle parait n'avoir vu que peu la famille Poliguac, quoique établie près de Tulczyn, dans un village dont le mari, qui n'est pas venu, leur a donné la jouissance. Les deux princes Czartoryski ont été élus, quoiqu'absents, délégués de provinces, mais ils ont été dispensés de paraîti'e avec leurs collègues, depuis qu'ils ont été nommés adjudants des deux grands ducs.

Le 9 avril, le matin, les délégués de toutes les provinces acquises de l'empire russe depuis le règne de Pierre I*^"" , ont été admis au baise-main d'hommage de LL. jMjVI. Impériales ; cela a duré depuis 9 heures du matin jusqu'à midi. Les délégués de Livonie et de Courlande, par un privilège particulier, ont prononcé des discours, auxquels aucune réponse n'a été faite, tous les autres ont fait leur b.aise-main en silence. Lorsque le tour de ceux de Volhynie est venu, LL. j^IM. Impériales ont demandé au comte Mniszeck des nouvelles de la santé de la comtesse Mniszeck qui se trouve mieux. Hier LL. MM. Impériales ont demandé comment se portait le médecin Boeder, lequel est traité par le médecin de l'Empereur. M. Boceler est hors de danger,

mais sa convalescence sera lente, parce que sa maladie a été une complication de goutte rentrée, d'estomac dérangé et même d'un peu d'asthme, —

Bulletin No. 14.

Moscou ce 13/25 avril 1797.

Le 10 avril. Les baise-mains ont continué à la cour, ainsi que le 22, ce qui a pris, tous les jours, plusieurs heures, à cause du nombre considérable de personnes des deux sexes, civiles et militaires que LL. MM. Impériales y ont admis. Le 22 c'était le tour des dames du portrait. La comtesse Mniszeck déjà rétablie s'y est rendu; l'Emperear est allé voir le monastère nommé Diewice avec sa fanr''le. Le même jour un grand nombre de dames et de cavaliers y sont allés dans leurs plus beaux équipages, ce qui a fait nommer cette promenade le Longchamp de Moscou; l'Empereur y est allé à chevc.]. Il y a eu la satisfaction de se voir entouré d'une trèsgrande foule de peuple empressé de jouir de la vue de leur monarque, comme cela arrive toutes les fois qu'il sort à cheval. Le bulletin actuel corrige une faute qui s'est glissée dans un des précédents. Le prince Bezborodko a reçu le jour du couronnement non pas dix, mais seize mille paysans; on suppose que ce seul don ajoutera plus de 100 mille roubles de revenu à celui qa'il possédait déjà. LEmpereur a fait publier un Ukaz par lequel il rappelle à tous

100 MÉMOIRES SECEETS ET INEDITS

les sujets, l'obligation d'observer le repos le dimanche;, afin qu'aucun des seigneurs terriers n'oblige ses sujets à travailler ce jour-là. Dans le même ZTkaz il est dit que les six jours de la semaine doivent, suffir à tous les travaux de la campagne, que lors même qu'ils seront partagés par moitié entre les champs propres du maître et ceux appartenant aux paysans. Le 12 avril, il y a eu le soir appartement sans jeu et concert à la cour. Le E,oi ne s'y est pas trouvé. Le 13 avril, dans la matinée, après le service d'église, a été faite la lecture des statuts de différents ordres de Russie avec l'établissement des conimanderies attachées à quelques uns. Le soir il y aura bal à la cour. Le Roi y assistera comme il a fait aux cérémonies du matin.. La comtesse Mniszech n'écrit pas aujourd'hui à sa mère, car elle a été à la cour depuis 9 heures; elle va retourner d'abord après dîner. Il gèle et neiffe comme si l'hiver allait recommencer.

Bulletin No. 15.

Moscou ce 16/28 avril 1797.

Le 13 avril le Roi a assisté au bal paré de la cour, mais il n'y a pas dansé, non plus qu'aucun des ministres étrangers, quoique ce fiit là la coutume autrefois. Le 14, les baise-mains ont continué à la cour. Le 16, il y a eu cour pendant laquelle l'Empereur a déposé les 0,-nements impériaux

■dont il était revêtu à toutes les fonctions publiques, depuis le joiïr du couronnement, et ils resteront exposés aux yeux du public pendant quelques jours , encore au Kremlin. Dans l'après dîner l'Empereur à cheval avec ses deux fils et l'Impératrice et toutes les princesses en cari'osses se sont rendus du Kremlin au palais du prince Bezborodko, avec le même appareil qu'à l'entrée solennelle de LL. JVLM. Impériales du palais Petrowski en ville. Le E.oi a vu passer la pompe de ce jour des fenêtres d'une maison appartenant à M. Totiszew, ancien major des gardes, d'où il a salué LL. MM. Impériales. L'Empereur dans ces marches solennelles a presque toujours le chapeau à la main. On dit que LL. MM. Impériales vont faire une visite de dévotion au fameux monastère de Troïtza à 40 verstes d'ici et qu'ils seront de retour après demain.

Bulletin No. 10.

Moscou ce -- — — 11»!.

2 mai

Dans la journée du 17 avril LL. MM. Impériales sont allées voir non le monastère de Troïtza, mais celui de la nouvelle Jérusalem. Le Roi a pris le temps de l'absence de la cour pour faire le tour de ce qu'il y a de plus curieux à voir dans le Kremlin, qui est rempli de tout ce qui a servi aux magnificences des anciens Czars et des anciens patriarches; parmi les tuniques chargées de perles

et de broderies, il y en a qui pèsent précisément autant que l'armure des chevaliers gardes actuels, c'est-à-dire 60 livres. On a montré au E,oi un volume de parchemin roulé en spirale contenant une espèce de code du Czar Alexis Michalowicz, père de Pierre - le - Grand, enfermé dans une boîte d'or, par ordre de l'impératrice Catherine II , laquelle a donné à la cathédrale de Moscou des ornements pontificaux et des vases sacrés d'une beauté et d'une richesse étonnante. Ils sont d'or massif, garnis de brillants, de peinture en émail, le tout d'un dessin et d'un travail qui surpasse tout ce qu'on a vu de plus fini dans les ouvrages d'orfèvrerie française la plus recherchée. Le tombeau d'argent qu'elle a fait faire pour un des Saints dernièrement canonisé ici et les ornements qui l'entourent, sont d'un goût tout difierent de celui qui a régné à Constantinople sous les Empereurs chréJens; on a montré la couronne de Wladimir-le-Grand , premieur fondateur de Kijow et de la monar;hie russe. 11 est à remarquer, que, dans les habillements les plus anciens, on voit attachées des petites sonnettes, qui rappellent les parures d'Aaron. Dans les équipages des anciens Czars, on remarque de longues chaînes d'argent qui servaient de traits aux voitures de cérémonies. Une des plus grandes salles du Kremlin est toute remplie par le modèle fait par un architecte russe, nommé BozenoAv, d'un palais impérial qui devait embrasser tout l'espace triangulaire de cette espèce de forteresse qu'on appelle proprement le Kremlin, et dont

les différentes cours intérieures devaient embrasser toutes les ég-lises qui j existent et dont aucune ne peut être détruite selon les règles de l'église grecque. Dans la principale de celles-ci où s'est fait le couronnement, sont conservées des reliques transportées autrefois de Constantinople, une desquelles a fait partie- des vêtements de I^otre Seigneur; on y montre aussi un des clous qui a dii servir à son crucifiement.

Près de cette église on montre les tombeaux des Czars prédécesseurs de Pierre-le-Grand, tout couverts d'étoffes les plus riches, la tombe d'Iwan Bazylewicz, surnommé Gi-ozny, est couverte de velours noir, en mémoire de ce qu'il s'est fait revêtir de l'habit monacal pendant sa dernière maladie. Le Roi est monté dans la tour nommé Iwan Wieliki, pour contempler de là l'immense circonférence de Moscou. Il y a trouvé une cloche dont le diamètre est de neuf aunes de Pologne, faite par ordre de l'impératrice Elisabeth; elle sert encore; elle est beaucoup plus petite que celle qui fut fondue par l'ordre de l'impératrice x\nne; celle-ci dans sa chute s'est enfoncée entièrement sous terre, pour la rendre visible aux curieux, on a creusé le terrain tout autour; le morceau que la chute a fait éclater laisse voir l'épaisseur du métal, qui est de plus d'une demi aune; elle doit avoir coûté au moins 100 mille roubles; son diamètre est à peu près de 12 aunes et sa hauteur de 15; à quelque distance de cette cloche, l'on voit une batterie de 7 canons énormes

dont les bouches portent sur la rivière, mais dont aucun n'est employé depuis longtemps pour ne pas ébranler les édifices voisins. Le calibre du canon principal du milieu porterait un boulet de 150 livres, c'est , dit-on, un monument d'Iwan Baz}-lewicz.

Dans les salles du Kremlin qui contiennent des armures antiques, sont conservées deux épées dont se servait Pierre-le-Grrand, elles étaient proportionnées à sa taille et à sa force, ainsi que ses bottes fortes; on montre à côté l'habillement de Pierre II, son petit fils, analogue à sa petite taille et à son âge de 15 ans, auquel il est mort. La coupe de son habit est celle qui était usitée en France de son temps. On fait remarquer que l'étoile de l'ordre de St. Alexandre est attachée à la veste comme celle de St. André l'est au juste-au-corps.

L'Empereur d'aujourd'hui ne porte que ces deux étoiles, toutes deux sur son juste-au-corps. Le ruban de St. André sur l'habit, celui de St. Alexandre sur la veste et celui de Ste Anne sur le col. Il ne porte point les marques de l'ordre de St. Georges ni de St. Wladimir. Il a classé les ordres de St. Alexandre et de Ste Anne ainsi qu'on le verra quand nous pourrons joindre à l'un des bulletins les trois Ulufz dont on a fait mention.

L'Empereur a fait déposer dans la cathédrale du couronnement, dans une boite d'argent d'un trèsbeau travail, l'original de la loi de succession qu'il a prononcée lui-même d'abord après son sacre j son.

DE STANIiSLAS AUGUSTE. 105

portrait est placé dans une des chambres du Kremlin au milieu de ses prédécesseurs, au-dessus d'un fauteuil à deux places qui a servi au couronnement et aux solennités des frères Iwan et Pierre P"^, qui régnèrent pendant quelque temps ensemble, et l'on y fait remarquer la place cachée qu'occupait la princesse Sophie, sœur aîné de ces deux princes, et d'où l'on dit qu'elle soufflait à Pierre 1*^^ alors encoi'e enfant, les réponses qu'il devait faire.

Il paraît superflu de mentionner ici l'innombrable quantité de vases riches et des meubles de tout genre, qui ont servi aux anciens Czars. Une monti'e qu'on dit avoir servi au petit-fils d'Iwan Bazylewicz est un des plus curieux monuments. Une horloge automate, à peu près du même temps, se fait remarquer particulièrement par ce qu'on y voit et entend un coq chantant aussi bien que le coq bronze doré, que l'on montre au palais de la ïauride à Pétersbourg comme une des curiosités du règne de Catherine IL

Le 18 avril, LL. MM. Impériales avec leur famille, sont revenues à 8 heures du soir de leur course au monastère de la nouvelle Jérusalem; le temps ne les a pas favorisés, la gelée et la neige nous donne depuis plusieurs jours l'aspect d'un mortel hiver. Le 19, il y a eu appartement le soir; le Roi ne s'y est pas trouvé.

Le 20 avril LL. MM. Impériales sont allées voir deux maisons de campagne impériales à 10 verstes d'ici, nommées Kolomenskoje et Czarycyn,

106 jméîioiees sf.ceets et inédits

elles reviennent ce soir. Le Roi est allé voir une église nommée Pokrowskaja, c'est la plus singulière de toutes. Iwan Bazylewicz la fit construire, elle contient treize églises toutes petites et toutes entourées d'une galei"ie ou corridor. On raconte que l'architecte avait promis un chef-d'œuvre à Iwan Bazylewicz, lequel la voyant achevée en parut fort content, mais lorsqu'il demanda à cet architecte s'il lui serait possible de faire encore mieux, il eut la maladresse de répondre qu'il saurait faire quelque chose d'encore plus beau, sur quoi la tradition dit que Iwan Bazylewicz le fit pendre comme désobéissant; mais cela est regardé comme une fable. Le médecin Boceler est entièrement rétabli.

Bulletin No. 17.

-. 23 avril ^__

Moscou ce -; — li\ii.

o mai

Le 21 avril, le grand chancelier, comte Ostermann a résigné sa charge. L'Empereur lui a conservé son rang, ses pensions, l'a gratifié d'un beau service d'argent et surtout d'un témoignage fort honorable de ses services. Le prince Bezborodko est devenu grand chancelier. Le 22 avril, il y a eu bal paré à la cour dans le palais du prince Bezborodko, où la cour demeure actuellement. A ce bal, après les menuets dansés par la famille Impériale, l'ambassadeur Cobentzel a été prié par une des grandes duchesses ù danser un menuet avec

elle, après l'Impératrice a prié le E.oi de danser une polonaise avec elle, c'est la seule fois que le E-oi a dansé; après les autres polonaises et les contredanses le bal tirant à sa fin vers les neuf heures du soir, le E.oi s'est retiré. Le E.oi a prié LL. MM. Impériales et leur famille de dîner chez lui et de marquer le jour. Ils ont choisi dimanche prochain 28 avril, en témoignant que cette invitation leur était fort agréable.

Le 23, LL. MM. Impériales et leur famille sont allées voir le fameux monastère de Troïtza. Ils reviennent demain au soir. Il est dit à présent, que l'Empereur part d'ici le 5 mai non pas pour les provinces intérieures, comme on le supposait, mais pour Smolensk, Minsk, Slonini, Grodno, d'où il retournera par Yilna, Kowno, Riga, à Pétersbourg pour la fête de la St. Pieire et Paul.

L'Impératrice doit, dit-on, quitter Moscou après le départ de l'Empereur pour se rendre à Pawlouishi avec les princesses. Les grand-ducs doivent accompagner l'Empereur. Le Roi compte quitter Moscou le 10 mai et être à Pétersbourg le 3 juin au plus tard. „Le prince Repnin part dans quatre jours „avec une commission pour le roi de Prusse, et ^ensuite pour l'empereur d'Allemagne. On sup- „pose que c'est pour offrir la médiation de la „E,ussie aux belligérants. Il n'est pas encore cer- „tain, si le prince Repnin passera par Varsovie, ou „par un autre chemin, on pense que peut-être le „Roi de Prusse viendra de Varsovie jusqu'à G-rodno

lOS MÉMOIRES SECRETS ET INÉDITS

„poiir y voir l'Empereur, mais cela n'est pas certain ; „on fait espérer que les affaires du Roi et celles „des princes qui doivent se traiter à Varsovie seront „décidées finalement ici dans le cours de la semaine „prochaine."

Bulletin No. 18.

, 27 avril

Moscou ce — :- 1(9(.

9 mai

Le 25 , l'Empereur a acheté le beau palais Eezborodko pour 690 mille roubles et lui a donné une place dans Moscou, qu'on regarde comme la plus belle de toutes celles de la ville, sur laojielle le prince compte de faire bâtir une nouvelle maison. Ce jour- là le Roi est allé à cheval sur une montagne, qu'on appelle Worobjeioa Gora, c'està-dire montagne des moineaux, qui est à quelques verstes hors de la dernière enceinte de Moscou. On voit de là toute cette grande capitale dans le plus beau point de vue. Comme il se trouvait depuis longtemps un escalier de pierre de taille qui conduisait à un grand rez-de-chaussée construit en briques, à la crête de la montagne, l'impératrice Catherine II ordonna d'y placer un grand palais de bois de deux étages, qui avait été construit dans Moscou uniquement pour y donner des fêtes à la paix qui suivit la première guerre turque; ce palais abandonné tombe en ruine. Comme la montée de cette montagne est fort douce, ainsi la situation

oTi est niag'Dilique et qu'elle est adossée à ini joli îiois, on regrette que ce séjour reste désert.

Le 26 avril, le grand duc Alexandre se trouvant incommodé d'un mal de dents, a été empêché ainsi que la grande duchesse son épouse qui lui tenait compagnie , de venir au diner du Roi avec LL. MM. Impériales et tontes les autres personnes de la famille régnante, qui sont venues après deux heures chez le Roi. Le prince vStanislas et M. et Mme Mniszeck les ont reçus à la portière.

Le Roi était au haut de l'escalier. Dès que l'on eut servi, le Roi comptait que LL. MM. Impériales passeraient seules les premières, l'Empereur voulut que l'Impératrice donnât le bras au Roi et parut croire que le Roi se placerait entre LL. MM. Impériales, comme cela se faisait à la cour, mais le Roi, après que toute la famille Impériale fut placée et adossée aux fenêtres pour n'avoir pas la lumière dans les yeux, se plaça vis-à-vis de LL. MM. Impériales. A la droite du Roi était M. de Mniszeck; tous les deux ayant devant eux des terrines à soupe, en servirent à leurs MM. Impériales, à cause qu'on avait remarqué que chez LL. MM. Impériales l'usage était, qu'il y eût devant l'Impératrice une terrine à soupe, dont elles se servaient elles-mêmes; les assiettes furent portées par les chambellans Trembecki et Wolski; LL. MM. ne voulurent pas qu'ils continuassent à les servir et les obligèrent d'aller dîner. MM. Grabowski ont servi la famille Impériale pendant le reste du repas, le second des

maîtres d'hôtel du Roi remettait successivement les plats aux pages de la cour, qui les présentaient à leurs maîtres et maîtresses; au reste des convives les plats étaient servis par les valets de chambre, comme il est d'usage chez le Roi. LL. MM. burent .à la santé du Eoi vers le milieu du repas, le E,oi réciproqua quelque temps après, l'Empereur dans l'attention d'obliger Tremo, dit au Eoi qu'il voyait bien que sa cuisine n'avait pas dégénéré depuis Wisniowiec. Le grand - écuyer Is^aryszkin est allé en personne faire visite à Tremo, comme à son ancien ami. La table a été de 06 couverts; outre la famille Impériale et celle du E,oi. il y avait Mmes de Lieven et de Eenne, gouvernantes des grandes duchesses. Mlle de îfelidow, première fille d'honneur, Mlle Kolossow se trouvant incom modée n'est pas venue. Les princesses Eepnin et Wolkonski, et la princesse Eadziwill, les feldmaréchaux Eepnin, deux Soltykow et Mchel Pouszkin, le grand-écuyer Naryszkin, le général comte Szeremetieff, les princes Joussoupofl' et Gagarin et les deux adjudants de l'Empereur, Kuszelovret Nelidow, étaient présents ; Eostopczyn, quoique invité, ne s'y est pas trouvé à cause de son incommodité. Après le dîner S. M. s'entretint encore quelque temps avec le Eoi de la manière la plus amicale et finit par le prier à dîner pour le lendemain. Après que la cour fut partie , le Eoi , M. et ' Mme de Mniszech et le prince et la princesse Eadziwill sont allés à Woronzowo à une dixaine de verstes d'ici à la maison

de campagne' du prince Repnin; il a reçu cette compagnie avec sa femme et sa fille. Il y avait dix ans que lui-même n'y avait pas été à cause des différents emplois dont il a été chargé.

Le 27, le Roi a dîné à la cour où il a été reçu et traité par LL. MM. Impériales toujours de la façon la plus amicale. L'Empereur part le 5 mai et annonce son retour à Pétersbourg pour le 27 mai. M. et Mme Mniszeck ont remercié l'Empereur pour Spikolosy, Rayai et autres villages, enclavés dans la Wisniowieczyzna que le souverain leur a donnés en hérédité.

Dans ce moment arrive le No. XVII des extraits de gazettes et le bulletin de Vienne du 12 avril.

„E,epnin part après demain pour Vilna, Var- „sovie, Berlin et Vienne. Je lui donne des notes „relatives tant à nos propres affaires qu'à celles de „Bachminski, auquel vous direz qu'il pourra se pré- „senter chez Repnin comme étant celui que je lui „ai recommandé ainsi que tous les subalternes du „grand conseil, afin que le prince Repnin puisse ^obtenir du Roi de Prusse qu'il fasse pour eux ce „qu'il a commencé de faire pour les autres sub- „alternes des discatères, ainsi que pour vous et „pour Antoine Poniatowski. Dites à M. Kicki, que „sur ma demande, si je puis avoir deux commissaires „autorisés de ma part pour signer dans la com- „mission relative à mes affaires, avec la commission „des trois autres puissances, il m'a été répondu

j 12 JiÉAIOIKES SECRETS ET INÉDITS

„positivement aujourd'hui que cela ne se peut pas; ,,mais que l'on aui^a toutes sortes d'ég-ards pour ,,ceux que je charge de mes pleins pouvoirs pour ..répondre dans tous les cas relativement à mes „afïaires, et dans ce but je recommande particu- „lièrement aux ministres d'ici, à Repnin, à Cobentzel „et à Tauenzien, les personnes du grand-écuyer „Kicki et de Meissner; dites à Mme Czynska que ,,je la prie de ne pas trouver mauvais que je ne ., réponde pas moi-même à sa lettre, mais que ni le „sieur J. Sanguszko ni sa femme n'ont pas été ici „et ce qu'elle craignait de leur part, n'a pas eu „lieu. Dans ce moment la nouvelle de la paix ,, faite entre les Français et l'Empereur d'Allemagne ., produit ce changement, que Repnin ne va pas à „Berlin , ni à V' ienne , mais avec l'Empereur à „Vilna; puis il doit rester en Lithuanie jusque vers „le 7 de mai, pour assister à un camp que l'Em- „pereur doit former près de Pétersbourg, ainsi, au ,,lieu de ce que je vous ai chargé pour Eachminski ,. là-dessus, dites-lui que je vais tâcher d'obtenir ce ,, qu'il lui faut d'une autre manière, à moins que le ..prince Eepnin ne soit pourtant envoyé à Varsovie „au Roi de Prusse."

Bulletin No. 19.

-r , 30 avril »

Moscou le -— — 1/(J<.

12 mai

Le 28 avril , le Koi est allé voir l'académie de Moscou. C'est un grand bâtiment fondé par le

«omte Iwan Iwanowicz Schouwalow, du temps de l'impératrice Elisabeth, qui y a attaché un revenu ■de 50 mille roubles, que l'Empereur régnant a augmenté de 10 mille; sur ces fonds sont entretenus des professeurs et des maîtres pour toutes les classes. On y enseig-ne le latin à 150 élèves, qui y sont logés et nourris; le président actuel est un M. Cheraskow, célèbre par différents poèmes russes très-estimés. Le vice-président est un prince Galitzin, neveu du fondateur, homme très-instruit, et qui s'est souvenu qu'étant encore enfant dans une maison de campagne de son oncle, le Koi, alors ministre d'Auguste III à la cour de Hussie, lui avait enseigné à tirer du pistolet.

L'Empereur a fait donner l'opéra italien Didon de Métastase, mais dont la musique était composée de celle de différents maîtres. Il n'y a eu qu'un air de Paesiello; le rôle de Didon a été rempli par une chanteuse, nommée Magiorletti, qui a une grande agilité de voix et qui, dans bien des passages, rappelle Morchesi. Mondini le cadet a fait le rôle de Jorba, c'est une belle basse; un musico a fait le rôle d'Enée. S. M. a fait raccourcir la pièce, de sorte qu'elle n'a eu que deux actes qui n'ont pas duré deux heures. La loge du fond a été celle où l'Empereur a fait placer le Roi avec les personnes de sa famille. Après l'opéra LL. MM. Impériales et le E,oi avec sa suite ont passé dans les salles attenant au théâtre et qui servent aux redoutes au temps de carnaval. Elles sont

114 MÉMOIRES SECKETS ET INEDITS

l'oiiYrag-e d'un entreprerieur anglais, nommé Maddax, le même qui avait été il y 30 ans entrepreneur d'une chasse par force à l'anglaise à Varsovie, du temps que Mogthon était ministre d'Angleterre. Il y a parmi ces salles une rotonde principale soutenue de colonnes dont le diamètre est le double de celle de Jablonna.

Le 29 avril, s'est faite la cérémonie d'église de la bénédiction de l'eau, diflërente de celle qui se fait le jour des Rois. Elle s'est faite ici sur les bords de la riyière Moskowa, avec beaucoup d'appareil et de pompe. Tous les régiments de la garde j ont assisté en parade, l'Empereur en personne, l'Espantore à la main, a commandé son bataillon de Preobrazenski et ses deux iils ont commandé les leurs; cette cérémonie a duré 4 heures. Le Roi ne sachant pas que l'Empereur commanderait en personne ne s'y est pas trouvé. Mais il est allé voir l'hôpital des enfants trouvés; c'est un bâtiment vaste à quatre étages pour lequel le premier fonds de 250 mille roubles a été donné par M. Demidovv', possesseur très -riche de mines de fer. Il a fait mettre des plaques de fer fondu sur les degrés de tous les escaliers, et sur presque tous les seuils des portes de ce grand édifice, dont les revenus ont été successivement et sont encore augmentés journellement par les dons des particuliers et des souverairns. Feu M. Belzkoï a été le premier directeur de cet établissement, lequel comprend et nourrit plus de 40U0 enfants des

deux sexes, tant ceux qui demeurent dans' cette maison que ceux que l'on met en nourrice dans les villages; par les différents enseignements que l'on y donne, cela devient une espèce d'Académie. Après la mort de M. Belzkoï, un comte Mucius, fils du fameux feld-maréchal, en a été directeur. Plusieurs classes d'enseignement, surtout pour les langues étrangères, devraient être réformées d'après son avis. On suppose que le comte Sievers, le même qui a été ambassadeur en Pologne, directeur actuel, rétablira et augmentera tout ce qui semblait décliner dans cet établissement, dans lequel depuis peu de temps qu'il y préside, il a déjà fait beaucoup d'améliorations, surtout dans l'administration économique qui manquait à cet établissement. Dans l'après dîner de ce même jour le Hoi s'est rendu dans une maison que la noblesse de Moscou a achetée et embellie, et qu'elle entretient par une souscription volontaire, qui monte à 40 mille roubles par an, et dans laquelle depuis plusieurs années, s'assemble chaque semaine le club composé des personnes des deux sexes, pour y causer, jouer, souper, danser, et y inviter tous les étrangers de passage. La mise était de 20 roubles pour les cavaliers et de 10 pour les dames; outre un grand nombre de chambres attenantes, on y voit une très-grande salle carrée longue en colonnade. Le Roi y fut invité de la part de la noblesse par un prince Ivurakin, frère du vice-chancelier et du procureur, et par le général Suchotîn,

lie MÉMOIRES SECRETS ET INEDITS

tous les deux membres de cette association de la noblesse. L'Empereur a voulu qu'elle ne portât plus le nom de club qui est actuellement répandu dans tout l'Empire. LL. MM. Impériales avec toute leur famille y sont venues un quart d'heure api'ès le Roi, environ vers les 6 heures du soir. On compte qu'il s'y est trouvé environ 2000 personnes. L'on assure qu'au commencement de l'hiver, quand la saison de la campagne est passée, il s'y rassemble près de 4000 personnes. Quand leurs ^LM. Impériales sont entrées, l'orchestre a entonné une cantate russe, accompagnée de tous les instruments, sur un air de danse polonaise composée encore du temps du prince Potemkin. S. M. l'Impératrice a prié le Roi d'ouvrir le bal avec elle. L'Empereur a dansé lui-même, ce qu'il n'a pas fait depuis bien des années.

La noblesse a paru infiniment touchée de cette marque de sa bienveillance, avec laquelle ce souverain a bien voulu témoigner sa satisfaction sur la fête que sa noblesse lui donnait. La famille Impériale s'est retirée vers les 9 heures, le Roi en a fait autant.

Malgré le jour qui ne finit plus qu'à neuf heures, l'illumination de la salle a fait un très-bon effet.

„Le départ de l'Empereur pour la Lithuanie „reste fixé au 3 de mai. Le prince Repnin le pré- „cède le 1. Avant hier l'échange des ratifications „entre les trois couronnes de Russie, de Vienne et „de Berlin, s'est fait pour la convention qui institue „les commissions qui doivent régler à Varsovie au

„inois de juillet les affaires des dettes du Roi et ,,celles des banquiers. On prépare actuellement les „instructions pour les commissaires; mais elles ne jjSeront signées qu'à Pétersbourg, au retour de l'Em- „pereur, qui, dans ce voyage, sera accompagné du „prince Bezborodko, seul du ministère. — Miecz- „kowski est nommé commissaire pour l'affaire des „banquiers. Meissner partira dans quelques jours „et portera à Varsovie tout ce qui sera nécessaire „pour donner à M. Kicki toutes les informations „requises pour le bien des affaires du Roi, et pour „qu'il n'arrive plus de retard à la caisse de Varso- „vie du major Ryx tous les mois."

Bulletin No. 20.

Moscou ce 4/16 mai 1797.

Le 30 avril, l'Empereur a fait donner gratis l'opéra buffa intitulé La MoUnora qui a été fort bien exécuté. — Le 1 mai, qui est regardé ici comme la date de l'ouverture du printemps, LL. MM. Impériales avec leur famille et au moins 40 mille habitants de Moscou, se sont rendus à quelques verstes sur une pelouse située entre deux petits bois, dont l'un s'appelle Maria Boche et l'autre Niemieckie Stany; c'est une promenade publique qui rappelle beaucoup celle qui se fait à Bielany le second jour de Pentecôte. L'Empereur était à cheval. Il est venu jusqu'auprès du landau dans

1 18 MÉMOIRES gECEETS ET INEDITS

lequel se trouvait le Roi avec M. et Mme Mniszeck, et s'est entretenu un moment avec eux ainsi que l'Impératrice, qui était dans une espèce de char ouvert fort élégant, avec toutes les princesses. Le grand duc Constantin était à cheval avec son père. Le grand duc Alexandre ne s'y est pas trouvé par ménagement pour une suite de mal de dents dont Loignard, dentiste du E,oi, l'a très-heureusement guéri. Comme la transition de Thiver à l'été se fait ici beaucoup plus promptement qu'en Pologne, de sorte que la saison du printemps n'y existe presque pas, on a éprouvé ce jour-là une très-grande chaleur, tandis que le jour auparavant on avait vu encore de la neige et beaucoup de glaces dans les rues de Moscou. Les feuilles commençaient à paraître ce jour-là sur les arbres.

Le 2 mai, l'Empereur a exercé dans ce même endroit son régiment des gardes à cheval. Le soir il y a eu appartement, auquel le E,oi s'est rendu pour prendre congé de LL. MM. Après l'appartement, la famille Impériale est allée au jardin attenant à présent au palais acheté du prince Bezborodko pour en voir l'illumination, malgré le froid très-vif qui a succédé à la chaleur de la veille. Le jardin se trouve placé entre ce palais et un autre grand palais que l'impératrice Catherine II a fait bâtir, mais qui n'est pas encore achevé. Une rivière, nommée Jauza, passe par ce jardin, lequel planté encore par Pierre-le-Grand, paraît l'avoir été sur des dessins français, parce qu'il ressemble

beaucoup aux jardins plantés du temps de Louis XIV par le fameux Le Nôtre. Le 3, l'Empereur est parti à huit heures pour la Lithuanie, avec ses deux fils et le prince Bezborodko. L'Impératrice est partie en même temps pour Pétersbourg* ou plutôt pour Pawlowski avec les princesses. Ce même jour l'ambassadeur Cobentzel, et le ministre d'Angleterre Withworth ont demandé à dîner au E,oi, à titre de gourmands. Ils ont gracieuse M. Tremo comme ancienne connaissance; l'ambassadeur de Suède baron de Steding', le chevalier Itorla ministre de Portugal, ainsi que le comte Dietrichstein et le baron de Leykam, se sont trouvés aussi à ce dîner, ainsi que M. Lloyd, neveu de M. Withworth. Le comte Dietrichstein, le même qui a passé par Grodno lorsque le Hoi y était encore, a été envoyé pour complimenter l'Empereur sur son avènement au trône. Il ira encore à Pétersbourg' avec le comte Cobentzel, jeudi pi'ochain. Le baron de Leykam retourne à Vienne. Le soir le Roi avec M. et Mme Mniszech sont allés voir le jardin du défunt Orloff. C'est un des plus jolis jardins dans le goût anglais qu'on puisse voir, et dans la situation la plus pittoresque au bord de la Moskowa, tout à l'extrémité de la ville. La princesse E,adziwill qui a accompagné le Roi dans cette promenade, part dans peu de jours avec son mari et ses deux fils pour Boryssow, qu'ils ont obtenu en hérédité. Le Roi est invité avec sa famille le 7 mai par le général Szereraetieff, le particulier le plus riche de

"la Russie, à sa maison de campagne à quelques verstes de Moscou où il a aussi traité la famille impériale. Les incluses sont recommandées comme à l'ordinaire. Le départ du Roi aura lieu le 9 au plus tard.

„Dites à Boruaval que j'ai reçu hier sa lettre „du 17 avril, que le prince Repnin et tous les mi- „nistres étant absents, je ne puis rien faire pour lui „par eux jusqu'à leur retour à Pétersbourg et^ „pour ce qu'il me demande directement à moi, j'y „satisferai, écrivant sous peu de jours à M. Kicki „par Meissner, qui ira droit à Varsovie, par Smolensk „et G-rodno. Il partira le même jour que moi,. „dites cela à Kicki. Quant à ce qui regarde l'im- „pression dans la gazette de Varsovie du contenu „de mes bulletins, la raison pour laquelle je veux „que cette impression n'ait pas lieu, c'est que, va „la disposition des esprits d'ici, j'ai lieu de sou- „liaiter qu'il soit le moins question possible de moi „dans la gazette de Varsovie, sur laquelle sont fait „ici souvent les raisonnements les plus inattendus. „Personnellement, je suis toujours bien traité; mais „on me répète souvent qu'on ne voudrait pas que „je parle poiir d'autres. Nos compatriotes qui ap- „prennent les marques d'amitié que l'Empereur me ,, donne, m'accablent de demandes qu'il m'est très- „douloureux de ne pouvoir effectuer. Les Czarto- „ryski sont devenus adjudants des deux grands „ducs sans l'avoir demandé, et ils partent demain et „doivent revenir au 1 septembre. — Dites à Chrep-

„towicz, que Chominski, après avoir beaucoup souf- „tert, après s'être.pleinement justifié à Pétersbourg, „après y avoir reçu les témoignages les plus flat- „teurs du regret de l'Empereur de l'avoir affligé, „après avoir reçu un ordre de revenir ici, n'a pu „rien effectuer finalement. Il retourne en Lithuanie „et veut revenir à Pétersbourg dans deux mois, „pour voir l'issue de ses demandes. Envoyez-moi „pour essai le premier No. du nouveau Spectateur „du nord."

Bulletin No. 21.

Pétersboure; — ^^ 1797.

:i juin

Le 7 mai dînèrent chez le E,oi le prince Gfeorge Wladimir Dolgorouki, gouverneur actuel militaire et civil de Moscou, et sa femme. C'est le même, lequel ayant été pendant un an en quartier à Labun en Volhynie, s'y est conduit de façon à mériter la plus grande reconnaissance des habitants de cette province. Sa douceur et sa bonté le font honorer généralement dans Moscou, ainsi que son épouse^ fille du feld- maréchal Euturlin, que le Roi a connue encore demoiselle il y a 40 ans. Ce même jour le Roi invité avec sa famille et sa suite par le grand maréchal comte SzeremetiefF, se rendit vers les 7 heures du soir à la maison de campagne de ce seigneur, nommée Ostankine, à trois verstes hors

122 MÉMOIKES SECKETS ET INEDITS

de Moscou. Il y trouva plus de 200 personnes des deux sexes de la première qualité. Cette maison n'avait au mois de novembre dernier qu'un rez-de-chaussée. Depuis, jusqu'au jour où l'Empereur y a été, il y a de çà huit jours, tout le bel-étage y a été ajouté, pendant le cours de l'hiver, le tout en bois, mais tellement masqué et décoré qu'on ne s'en douterait pas. Sur quelques centaines d'ouvriers et d'artistes qui y ont travaillé, il n'y en a que quati'e ou cinq étrangers, tous les autres sont non-seulement Russes, mais ses sujets. On aurait peine à le croire, vu l'exécution aussi parfaite en tout genre. Par tout ce qui compose cette maison, le E,oi n'en a jamais vu de plus propre à y donner des fêtes. Si les pièces d'en bas paraissent un peu basses, toutes celles du bel-étage sont d'une belle et grande élévation. Quant à la richesse de l'ameublement, on ne peut la comparer qu'au palais Bezborodko. Les boiseries, dorures, glaces, serrures, portes, fenêtres, parquets, tout cela a été fait sur les lieux. On ne peut décrire rien de plus fini. Six grandes tables, dont les plateaux d'une seule pièce sont de la malaquite de Sibérie, font des ornements de cette maison. Vouloir parler des tableaux, bronzes et marbres, qui la remplissent, c'est entreprendre un catalogue. L'Empereur actuel n'ayant permis qu'une fois qu'on fasse son portrait en buste, le comte Szeremetieif en a fait faire une copie en pied des mieux composée et avantageuse, et qui a le mérite d'une grande ressemblance. La richesse

et l'exécution du cadre sont vraiment charmantes. Après avoir laissé prendre au Roi une vue générale des appartements, de la façade et du jardin, le maître de la maison a conduit le E,oi au théâtre. Toute la partie destinée au spectacle est en demi cercle. Les bancs s'élèvent les uns au-dessus des autres, et sont terminés par un balcon. A la levée de la toile, on a vu donner en langue russe une représentation des mariages Samnites, musique de Grrétry mêlée seulement de quelques airs d'autres maîtres. Le tout exécuté par plus de .300 personnes, tous sujets de Bzeremetieflf. Les gestes et la déclamation copiés sur des acteurs français , les costumes les mieux dessinés et enrichis de diamants de la comtesse Szeremetieff pour plus de 100 mille roubles. Dans le corps du ballet formé aussi de sujets on a observé surtout deux danseuses. Après le spectacle, le Roi et toute la compagnie rentrèrent dans les appartements et de là dans la grande salle de bal composée de l'amphithéâtre et du théâtre. La partie sur laquelle les acteurs avaient représenté, était ornée des deux côtés d'une colonnade ionienne laquelle pendant la pièce avait été attenante au paroi et avait été après avancée à bras d'hommes des deux côtés descendant de la salle, de manière qu'on circulait entre cette colonnade et le paroi. Le comte Szeremetieff a dit au Roi qu'il s'occupe d'un projet qui doit faire mouvoir ces colonnes plus vite et à la vue même des spectateurs. Le fond du théâtre était une décoration

dont le milieu était une imitation colossale en plâtre de la fameuse statue de Roland. Vers les onze heures, après que le E,oi eut été spectateur du bal pendant une heure, il se rendit ainsi que toute la compagnie sur le balcon, d'où la vue donne sur le jardin illuminé de la manière la plus agréable et dont une des colonnes portait le chiffre du Roi , ce qui fut suivi d'un souper de 100 personnes, dont toutes les tables étaient servies en vermeil et en porcelaines les plus chères pour assiettes. L'ambassadeur Cobentzel fut placé à la droite du Roi, la princesse Repnin à sa gauche; elle doit venir à Pétersbourg dans un mois avec sa fille et sa petite fille, devenue fille d'honneur de l'Impératrice. Mme Mniszech à la droite de l'ambassadeur, les maîtres de la maison vis- à-vis du Roi. D'autres tables plus petites contenaient le reste des convives. Après le souper, le comte Szeremetiefl" répéta au Roi les expressions les plus affectueuses de la reconnaissance héréditaire qu'il disait lui devoir, pour les décorations de l'ordre de Pologne que lui et son père avaient reçues, et reconduisit S. M. à sa voiture. Le chemin depuis Ostankine jusqu'à Moscou était bordé de tonneaux de poix résine en feu. Le 8, le comte Szeremetieff fit faire des excuses au Roi de ce que pour cause d'incommodité il ne venait pas en personne le remercier encore d'avoir honoré la fête de sa présence; le même jour le comte et la comtesse Mniszech sont partis pour Pétersbourg, et M. Wolski pour Itialistok. Ce jour-là beaucoup

de personnes, tant russes que polonaises, vinrent prendre congé du Uoi. Le comte de Choiseul- Oouffier, le même qui a été ambassadeur de France à Constantinople de la pai-t de Louis XVI et qui a fait le voyage pittoresque en Grèce, après les -désastres de son pays, est venu se réfugier à la cour de Russie; il a dîné chez le Roi auquel il témoigne en toute occasion les plus grandes attentions. Le soir le Roi retint à souper le comte Dzialyriski, revenu depuis peu de Sibérie, dont il fait les relations les plus intéressantes, et le comte Jean Potocki, lequel n'ayant pas obtenu les passeports généraux qu'il avait demandés pour voyager dans toute la Sibérie, compte pourtant pouvoir voyager libi'ement en Crimée.

Le 9 mai. Le Roi est parti de Moscou à neuf heures dix matin avec le général Bezborodko, les deux Grabowski, son aumônier, l'adjudant Byszewski et le secrétaire Pabian Poniatowski, pour aller voir le monastère nommé Woskresenski, c'est-à-dire de la résurrection, situé à 45 verstes de Moscou. Cet édilice attire la curiosité des étrangers parce qu'on lui attribue généralement une ressemblance avec l'église chrétienne de Jérusalem. Son enceinte extérieure flanquée de tours donne à ce monastère ainsi qu'à presque tous les couvents russes, l'air de forteresse antique. A ce mur d'enceinte sont appuyés intérieurement les logements des moines qui desservent cette église, il n'y en a aujourd'hui que 50 avec les élève.-^, autrefois il y en avait plus de

126 MÉMOIRES SECKETS ET INEDITS

100 du temps qu'ils avaient 14 mille paysans à eux. Depuis que Catherine II a uni à la couronne toutes les terres des ecclésiastiques de son empire, en assignant sur son trésor des pensions, ce monastère ne reçoit que 3000 roubles par an dont 500 pour l'abbé, le reste pour la communauté et l'entretien de l'église. L'espace vide entre l'enceinte et le corps de l'église est un gazon traversé seulement par quelques routes, en carreaux de 1er de fonte ainsi que le pavé de l'église, elle a quelque ressemblance avec les temples indiens qu'on nomme pagodes. Un vaste cercle de maçonnerie, qui sert de soubassement, supporte plusieurs cercles concentriques de maçonnerie, qui vont toujours en se rétrécissant jusqu'au dôme, et au l'aîte la hauteur totale est plus grande que son diamètre. Chacun de ces cercles et des arcades ouvertes ont vue sur l'intérieur de l'église, qui contient une espèce de tabernacle de bois tout doré, qui peut avoir environ quinze aunes de diamètre et vingt de hauteur. Dans ce tabernacle est un escalier qui descend dans un caveau très -petit, où est placé une espèce de coffre de pierre, qui doit représenter le sépulcre de Notre Seigneur; il est couvert d'une toile sur laquelle est peinte l'image de Jésus -Christ mort. Dans ce caveau pend une petite lampe, qui y donne à peine assez de jour pour y distinguer les objets. Derrière ce tabernacle est l'église, composée comme il est d'usage dans les églises grecques des Carskie Dwiery et du sanctuaire, derrière lequel se trouve

une partie demi circulaire composée de plusieurs g'radins en amphithéâtre couverte de drap rouge^ adossée à cinq grandes arcades.

Toute cette partie doit, à ce que disent les moines, représenter les lieux où s'assemblaient les conciles des premiers siècles de la chrétienté; le chef de ces moines soutient que les cinq arcades marquent les places qu'occupaient dans les conciles les patriarches de Jérusalem, d'Antioche, d'Alexandrie, de Constantinople, et selon lui de Moscou, juscju'au temps où ce dernier fut aboli par Pierrele-Grand. Dans les différentes parties du rez-dechaussée de cet édifice sont pi^ojetés en dehors différentes chapelles contenant chacune la commémoration ou la représentation des endroits où se sont passés les différents faits de la passion de Notre Seigneur.

Entre autres, l'endroit où l'impératrice Hélène,, mère de Oonstantin-le-Grrand doit avoir trouvé la vraie croix, est marqué ici par un puits surmonté d'un petit dôme qui, par sa lunette, éclaire le fond du puits. Tout ce grand édifice a été fondé par le patriarche Nicon dont on y voit le tombeau. Le E-oi a demandé, si ce patriarche est réputé saint? l'abbé a répondu que non et a ajouté que ce Nicon a eu de grands démêlés avec le Czar Alexis Michalowicz, père de Pierre-le-Grand.

Celui qui l'a agrandi, achevé et décoré de peintures modernes intérieurement est ce métropolitain Adrien de Moscou, qui fut assassiné dans cette ca-

pitale pendant la première guerre turque du règne de Catherine II, pour avoir voulu empêcher la populace de Moscou d'accourir en un certain endroit de la ville où l'on révérait et révère encore une image de la Vierge, réputée miraculeuse, à cause que dans ce même quartier la peste faisait alors le plus de ravage. Après avoir tout vu dans l'église, le Roi a demandé à voir le logement de l'abbé. Il y trouva une estampe représentant la coupe de l'église de Jérusalem, laquelle diffère beaucoup de celle de Woskresenski, et principalement daiTs la forme du dôme, lequel à Jérusalem est ouvert par le haut comme le Panthéon de Home et ne l'est point à Woskresenski. L'abbé a dit que l'empereur Paul projette de remplacer ce tabernacle de bois doré par un autre de marbre. Au sortir de l'enceinte, l'abbé a conduit le Roi à un édifice qui paraît être un petit temple plus haut que large, qui contient trois étages remplis de très-petites chambres où logeait ce Nicon, fondateur de cette nouvelle Jérusalem, pendant qu'on la bâtissait. A quelque distance, dans la campagne, est un autre petit temple qui représente le jardin des oliviers ; un petit ruisseau qui serpente dans le voisinage est nommé Cédron d'après l'évangile.

Lorsque le Roi eut tout vu, il prit congé de l'abbé et alla prendre dans une maison appartenant à un gentilhomme du voisinage mais alors absent, un léger déjeuner, comptant trouver son dîner ou souper à la couchée. Deux moines apportèrent au

Roi une petite image de la Vierg-e qui leur valut un présent.

Vers les six heures du soir le Roi ne voyant pas arriver le prince Stanislas, qui avait promis de venir le joindre dans cet endroit, partit pour Podsolnecznaja-Gora où l'attendaient le souper et toute sa suite, qui y était allée directement de Moscou par le grand chemin. Les premières verstes le Roi fit bonne route par un paysage, assez agréable, mais au coucher du soleil, par la faute du guide, il fut conduit dans un endroit si marécageux, qu'il y passa toute la nuit jusqu'au matin, par un froid très-sensible, pendant les efforts inutiles de tous ceux qui travaillaient dans l'eau à mi-jambes, pour en retirer les voitures, jusqu'à ce que des paysans et des chevaux appelés de Podsolnecznaja-Gora, parvinrent à l'en tirer.

Le 10 mai, arrivé à sept heures du matin, il trouva le prince Stanislas, lequel par une autre erreur de guide avait été conduit droit à Podsolnecznaja au lieu d'être conduit à Woskresenski. Le Roi et tous ceux qui l'avaient accompagné à la nouvelle Jérusalem prirent du repos , et après quelques heures se trouvèrent tellement rétablis des fatigues de la nuit, que personne n'en fut malade. Boceler auquel le Roi a défendu de l'accompagner continue à se rétablir de sa rechute.

Le commandant d'une partie du régiment des gardes de l'Empereur, qui passait justement dans sa marche pour Pétersbourg, nommé le général

Czerkoff, voulut d'abord donner une garde d'honneur au Roi, qui le dispensa de cette surcharge de fatigues pour sa troupe, et séjourna le reste de la journée à Podsolnecznaja, tant pour se reposer que pour faire réparer les voitures, qui ne l'avaient pas été comme il faut à Moscou par la tromperie du charron, lequel au lieu de restaurer réellement quelques roues n'avait fait que les repeindre.

Le 11, le pi'ince Stanislas prit congé du Roi pour retourner à Moscou d'où, après un séjour d'une semaine, il compte aller visiter ses terres en Ukraine et aller de là à Varsovie au mois d'août. Ce jourlà le Roi lit jjar Klin, Zawidowo jusqu'à Starodnia 75 verstes, le 12 par Twer, Miednoï et Tarjok, 91 verstes. Il est à remarquer, que dans les deux voyages de Pétersbourg à Moscou et de Moscou à Pétersbourg le Roi est descendu à chaque station, et chaque gite dans deux maisons que Catherine II a fait bâtir et meubler pour elle. l'Empereur Paul a ordonné que le Roi et toute sa suite fussent reçus par les officiers civils et militaires ainsi que lui-même l'a été. Dans les mêmes endroits M. et Mme de Mniszech ont été reçus comme faisant partie de la suite du Roi. Ces maisons, excepté deux ou trois, sont toutes bâties en briques avec un étage, spacieuses et bien conditionnées dans tous les points. Les autres voyageurs qui changent de chevaux aux mêmes stations, descendent dans les maisons de paysans, lesquelles sur toute la route sont construites en bois, de la manière suivante: Sur la rue on ne voit point de

porte dans les maisons, mais à côté d'elles il y en a une cochère par laquelle on entre dans une petite cour, qui contient l'écurie du paysan, par là on trouve sur le derrière de la maison un escalier d'une dixaine de marches, qui mène à la chambre du paysan qui a sept ou huit pas en carré, un banc fixé au paroi dont il fait le tour, une table à tiroir et deux fenêtres, dont l'une environ d'une aune en carré et l'autre à sa droite d'un pied en carré; une pareille petite fenêtre à gauche éclaire une chambrette où se trouve la cuisine, dont la cheminée est ordinairement en maçonnerie, et une trappe avec une échelle qui descend dans un rezde-chaussée sombre. Le toit généralement composé de rondins avance environ d'une aune sur la rue, pour couvrir le banc extérieur. Les bords de cette espèce de fronton sont ornés d'une planche d'environ un pied de large et qui se termine par une découpure de cette même planche qui a l'air d'une dentelle. Les paysans plus aisés augmentent cette dentelle en diiférentes formes et entourent leurs fenêtres avec d'autres découpures quelquefois peintes en couleurs. Ordinairement les greniers de ces paysans sont assemblés à quelque distance de leurs habitations. Celles-ci ont généralement l'inconvénient qu'elles se touchent, puisqu'il n'y a que la porte qui les sépare, ce qui augmente le danger des incendies. L'aisance du paysan de cette route est attribuée à ce que presque tous ces villages sont du domaine impéi'ial , et comme tels sont nommés

132 MÉMOIRES SICCEETS ET INEDITS

Jamy et les paysans Jemczyki et qu'ils payent des redevances plus légères, en place desquelles ils sont obligés d'entretenir des chevaux qui servent à la poste , non seulement pour le souverain , mais aussi pour les autres passagers. Le prix de la poste est de deux kopecks par verste. Les verstes depuis Riga jusqu'à îfarva sont de 700 toises,^ chaque toise un peu plus de trois aunes. De Narva à Pétersbourg et de là à Moscou les verstes sont de 500 toises. Dans les endroits de cette route-ci, qui ne sont pas des terrains bas, on roule bien vite sur le grand chemin partout fort large; tous les ponts sont bons. Dans les endroits marécageux le chemin est pavé de rondins, ce qui ruine les voitures. La cause qu'il y a beaucoup d'endroits marécageux est que depuis Pierre I on a voulu assigner et abréger le chemin depuis Pétersbourg, Moscou et Nowogrod. Dans tout ce qui porte le nom de ville on voit les églises et les édifices du gouvernement construits en briques sous le règne de Catherine II ; leur forme les fait distinguer d'avec les autres; à Twer il y a 18 mille habitants et trois églises, à Tarjok 8 mille habitants et- vingt-quatre églises.

Le 1 3, le Roi est venu par Widropusk à Wyszni- Woloczok, ce qui fait 71 verstes. Après les chaleurs déjà éprouvées à Moscou, deux heures de neige dans ce jour ont eu de quoi étonner. Cet endroit est remarquable par la jonction de plusieurs rivières et canaux qui font communiquer le commerce de Sibérie et de plusieurs autres provinces

éloignées avec le port de Pétersbourg'. On compte année commune 4000 barques qui déposent au comptoir d'ici leur charge, dont on estime la valeur à 44 millions de roubles. Les principaux objets sont le chauve, le fer, les cuirs. Chaque barque qui n'a que 17 toises de longueur, paye à peu près 1 ^/2 rouble au comptoir, pour en défrayer les gages des employés et autres menues dépenses du comptoir. Cette mesure de 17 toises est fixée comme la mieux proportionnée à la grandeur des «cluses qui environnent cet endroit. Si un marchand veut employer une plus longue barque, on l'oblige à payer 2 roubles de plus pour chaque toise qui dépasse la longeur de 17. Plusieurs marchands subissent volontiers cette redevance additionnelle afin de pouvoir charger davantage sur un même vaisseau, quoiqu'ils risquent davantage au passage des écluses. On compte à peu près six, sept barques sur 100, qui périssent annuellement dans ce passage. Le 14 mai dans la matinée, le Koi alla voir le jeu d'écluse, oii l'on fit passer les barques devant lui seus la direction d'un nommé Vogt, ingénieur directeur né en Russie, d'un père saxon, qui fut ingénieur lui-même. Les revêtements du quai de cette écluse, ainsi que les maisons attenantes, sont construits de granit, dont une carrière est voisine de cet endroit; cet ouvrage a été achevé en 1792. Originairement le tout était en bois. Celui qui présida le premier à cette entreprise mécanique et commerciale fut un Kalmouk, nommé

Serdukow, auquel Pierre-le-Grrand accorda eu récompense de grands droits sur cette navigation, ce qui le rendit lui et ses descendants fort riches, jusqu'à ce que Cailierine II rachetât ces droits d'un de ses petit-fils avec 260 mille roubles. Les barques qui passent par cette écluse sont gouvernées par quatre grandes rames, dont deux sont attachées à la poupe et deux à la proue, elles servent en même temps d'aviron et de gouvernail.

Le Roi continua sa route par Chotilowo, pour aller coucher à Jedrowo à 72 verstes de là par Valdai, Jagelbiu; il alla coucher à Krestey à 81 verstes, et de là par Raycowo à Bronnica à 59 verstes. Depuis Wyszniwstoczok jusqu'à Bronnica la contrée est beaucoup moins plate et produit des situations pittoresques, elle est mêlée de beaucoup de bois et de marais dans les parties basses. On voit beaucoup de ces moulins qu'on appelle mogily; en général dans toute la traversée entre Moscou et Pétersbourg on voit peu de terres labourées^ beaucoup de prairies et presque continuellement à droite et à gauche du grand chemin des forêts de sapins et de bouleaux. Il est rare d'y voir d'autres arbres.

Il faut que les grandes récoltes de grain se fassent en de là de ces forêts plus avant dans le pays, et par des cultivateurs qui ne sont pas chargés de l'entretien des chevaux pour la poste. Pendant le voyage ils ont dû fournir jusqu'à 800 chevaux aux postes.

En sortant de Jedrowo, un des Jemczyki ivre depuis la fête de la veille tomba du siège et se cassa la jambe. Le Roi le fit mener sur une charrette louée exprès et remplie de paille à V^aldai et le remit là entre les mains du Horodniczii et du médecin de la province avec 100 roubles, dont la moitié pour le chirurgien et la moitié pour le Zv^oszczyk. Catherine II a institué ces chirurgiens provinciaux et ces Horodniczy et des capitaines Sprawnik dans toutes les petites villes des cercles. Ils y président à la police et -au grand chemin. Le long de cette route se trouvent plusieurs familles de Roskolszczyki que l'on regarde ici comme hérétiques. Il y a beaucoup de sectes différentes. Les unes diffèrent de l'église russe dans. les dogmes et d'autres seulement dans les pratiques. La plupart sont très-industrieux, entre autres ils font beaucoup de vaisselle d'un bois très-léger, vernissé en noir et doré, dans laquelle ils mangent. On trouve entre eux beaucoup de charrons et maréchaux ferrants, mais on prétend qu'ils ont pour maxime de raccommoder vite, mais faiblement les voitures endommagées des passants, afin de procurer de l'ouvrage à leurs camarades des autres villages.

Plus on approche de Nowogrod et plus on rencontre des lacs à côté du chemin et des rivières à passer. Ce voisinage pourra probablement faciliter un jour le dessèchement de cette quantité de marais par des découpures, d'autant plus facilement qu'elles seront très-peu longues. Une vraie eurio-

site que l'on voit à Broimica où le Roi a couché, c'est une montagne toute ronde et seule dans une plaine, dont la coupe est fort douce et couveite de gazon et dont la hauteur perpendiculaire paraît être à Yue de pays de 30 toises. Presque tout au haut se trouvent deux puits assez profonds, mais dont la surface touche à celle de la montagne; comme à plusieurs lieues à la rdnde il n'y a aucune montagne ni plus haute ni approchant de sa hauteur, on conçoit difficilement d'où provient l'eau de ces puits. La tradition du pays porte, que ces puits sortirent autrefois par miracle. Catherine II a fait construire au haut de cette montagne une église russe, la vue porte de là à plusieurs milles.

Plus on approche de Pétersbourg et plus souvent on trouve du pavé en pierre sur le grand chemin, près des ponts et à l'entrée et sortie des petites villes.

Le 19 mai, le Roi arriva à Sofia, dernière poste devant Pétersbourg; cet endroit tout attenant à Zarskoselo, a été érigé en ville par Catherine IL Elle y a fait construire une église dont le dôme est soutenu par huit colonnes de marbre du pays, la sacristie a été garnie par elle de vases sacrés, lesquels, aux diamants près, sont aussi riches et aussi beaux que ceux de la cathédrale de Moscou. M. et Mme de Mniszeeh y sont venus de Pétersbourg au devant du Roi, après avoir vu ensemble avec le Roi tout le palais da Zarskoselo et celui du grand duc Alexandre, achevé peu avant la mort

de Catherine II ; ils retournèrent en ville, et le Roi employa le reste du jour à parcourir tout le jardin de cette résidence impériale; presque toutes les statues et bustes les plus célèbres de Rome se voient à Zarskoselo , imités en bronze d'après des moules pris sur les originaux. Comme le reste des magnij&cences de cet endroit sont fort connues par une infinité de descriptions, on ne s'étendra pas ici sur les détails. Le même soir le Roi et toute sa suite sont arrivés à Pétersbourc".

Bulletin No. 22.

Pétersbourç le „ . . — 1797.

° 7 jum

Le 22 mai, le Roi est allé voir la maison do campagne de Kamienny Ostrow, que l'Empereur lui destinait. 11 l'a trouvée belle et agréable en tout sens, mais les réparations, surtout pour les domestiques, ne pouri'ont pas être prêtes avant le 15. En attendant le Roi s'occupe tous les jours à voii* quelques maisons et jardins qui ornent cette capitale.

Le 23 mai, le Roi accompagné de M. et Mme de Mniszech est allé sur le port où les vaisseaux débarquent près de la bourse, laquelle n'était pas fréquentée ce jour-là, ne l'étant communément que les mardis et vendredis. Ce jour-là les vaisseaux dantzicois étaient en plus grand nombre; la partie

138 MÉMOIRES SECEETS ET INEDITS

la plus apparente de leur cargaison était composée d'oiseaux en cages, dont ils font annuellement ici un grand débit, sans parler des perroquets, rossignols, et serins; les oiseaux les plus communs sont achetés avec avidité. Une simple alouette se paye 25 roubles. Dans la bourse, le Eoi est allé voir le modèle de l'église d'Isaac, dont le bâtiment commencé depuis plus de 15 ans n'est encore parvenu qu'à la corniche ; tout ce qui est fait, est couvert de marbre dont la plus grande partie est tirée des carrières de Jinlondo et de Olonète; si les travaux , actuellement suspendus de cet édifice sont repris, il faudra encore huit ans pour l'achever selon l'opinion du sénateur LiontiefF qui préside à cet ouvrage.

Le soir le E.oi est allé à pied au jardin d'été, peu d'arbres de ce jardin avaient déjà des feuilles. A un des côtés on fait actuellement les fondements du nouveau palais et de la nouvelle église de St. Michel, que l'Empereur va faire bâtir. Les ambassadeurs d'Autriche et de Suède, le comte Choiseul, M. et Mme Szczesna et M. et Mme Mniszech ont été dans la matinée voir le beau jardin de la Tauride et dans la soirée le joli bois de KatczynhofF, qui fait le pendant de celui de Bielani.

Le 25 mai après la messe célébrée dans l'église catholique, le Roi avec M. et Mme de Mniszech sont allés voir les derniers ouvrages de Mme Le Brun, qui sont d'une grande perfection ; dans la soirée ils sont allés voir la belle maison de Mme

de Ribas, cette pupille chérie de feu M. Bedzki, ancien ami du Roi. Cette maison mérite particulièrement d'être vue par le g-oût singulier et la grande propreté qui y règ-ne. Le jardin tout entier est sur des voûtes, il contient déjà d'assez g-rands arbres, il a servi de modèle à l'imitation de tous les jardins à la Sémiramis, qu'on a faits depuis dans ce pays.

Le 26 mai, le Roi est allé voir à sept verstes de Pétersbourg le palais triangulaire de Czesme, où Catherine II a institué l'ordre de St. Georges. L'inscription du vestibule dit que l'église de ce palais a été fondée en présence de Gustave III, roi de Suède, et achevée et dédiée en présence de Joseph II, lors de sa première visite. Toutes les chambres du bel-étage de ce palais contiennent les portraits de presque tous les princes et princessesde l'Europe alors vivants. Au-dessus et en bas sont des reliefs de tous les Czars antérieurs à Michel RomanofF.

La salle ronde du milieu contient en bas-reliefs les portraits de la dynastie régnante; au-dessus du portrait de Catherine II est un dais sous lequel est nne table, sur laquelle est placée un écritoire d'or composé d'une infinité de pièces et décoré de tableaux en émail tous relatifs aux exploits maritimes russes. Au rez-de-chaussée de ce singulier palais on conserve un grand service de table de faïence d'Angleterre, dont chaque pièce présente en peinkire grisaille la vue d'une des maisons de cam-

140 MÉMOIEES SECRETS ET INEDITS

pagne d'Ang-leterre et, en guise d'armoiries, une grenouille peinte en vert sur le bord des assiettes- Cet endroit s'appelle Czesme en commémoration de l'incendie de la flotte turque à Kikiziki, apparemment en l'honneur des grenouilles qui y abondent. En revenant de Czesme le E,oi a rendu visite à l'éléphant que le Khan du Boukarie a donné à l'Impératrice défunte; quand ses conducteurs persans lui parlent indien, il leur obéit exactement. L'Empereur arrive demain à Gaczyn, de là aprèsdemain à Pawlowski où la St. Paul va être célébrée.

Bulletin No. 23.

29 mai

Pétersbourff le ——-4— 1797.

° 10 jum

Le 27 mai, le Roi est allé voir l'académie des arts. Plus de 200 sujets y sont nourris et instruits dans les langues allemande et française et dans tout ce qui est relatif à la peinture, sculpture et architecture. A cette fin ce vaste édifice est rempli de modèles en plâtre de tous les bustes, statues et groupes les plus estimés, tant antiques que modernes, de tous les tableaux originaux les plus estimés des difterents maîtres étrangers, qui ont été successivement ici ou par les élèves de cette maison, qui servent à l'instruction des nouveaux

élèves. A l'examen annuel plusieurs prix de médailles en or et en argent sont distribués aux plus méritants, lesquels voyagent ensuite en Italie et ailleurs, aux dépens du souverain. Tout récemment venait d'arriver un grand transport de Vienne, qui contenait entre autre plusieurs plâtres nouveaux d'après Canova, et un grand tableau de Casanova.

Parmi les plâtres se distingue un groupe de l'Amour et de Psyché par Canova d'une composition toute nouvelle et très-voluptueuse. Le tableau de Casanova représente en gi*andeur de demi-nature l'empereur Joseph II à cheval avec son neveu l'Empereur d'aujourd'hui et tous les généraux autrichiens les plus célèbres. Tout est beau dans ce tableau, seulement la manière défectueuse de placer l'œil et l'oreille des chevaux y fait reconnaître le cachet de Casanova.

Le 28 mai, le prince JousoupofF, le même qu'on a vu à Varsovie, qui est ici sénateur et directeur des trois manufactures de haute-lisse, de porcelaine et de glaces, a eu l'attention obligeante d'y conduire lui-même le Roi. Pour exprimer à quel degré de perfection la première est portée, il suffit de dire que l'on y a montré au Roi quelques tableaux déjà achevés et d'autres encore en ouvrage, dans lesquels la même image se trouve presqu'également bien exécutée des deux côtés, quoiqu'en les voyant travailler, il n'est pas aisé d'apercevoir comment l'ouvrier cache entre les deux images les nœuds

de chaque fil. La vue de cette première manufacture a occupé le Roi presque toute la matinée.

Dans l'après - dîner le prince Jousoupoft' a fait voir au Roi à sept Yerstes d'ici la manufacture de porcelaine. On ig-nore si la qualité de la masse est aussi forte que celle de Saxe, mais on peut dire avec vérité que l'on trouve ici, pour la beauté des formes et de peinture, presque tout ce qu'on a vu de mieux dans les fabriques de porcelaine de France et de Vienne. De là le Roi fut conduit à la manufacture de g-laces, où il a vu fondre une colonne de verre violet de plusieurs archines et un miroir de plus de cinq archines de hauteur sur une demie de larg-eur. L'archine est une mesure qui surpasse environ d'un quart l'aune de Varsovie, Dans chacune de ces trois fabriques il y a plus de 2Û() élèves auxquels sont données presque les mêmes instructions, avec le même secours pour l'étude du dessin et de la peinture, comme à l'académie des arts, de laquelle plusieurs sujets des plus formés passent à ces trois manufactures pour enseigner les commençants. Dans la. fabrique de haute-lisse il ne se trouve plus un seul hom-me, ni maître ni apprenti, qiii ne soit Russe. Le prince JousoupofF, depuis huit ans qu'il dirige ces fabriques, a su en acquitter toutes les dettes, subvenir à tous les besoins, encourager et perfectionner les talents d'un grand nombre de sujets d'une manière vraiment étonnante. Les endroits où les fabriques de porcelaine et de glaces sont placées, sont des plus agréables, au bord de la Narva, au-dessus de Pé-

tersbourg. Les nombreuses habitations des ouvriers répandues au milieu d'une grande plantation d'arbres et de beaucoup de beaux gazons, donnent à ces deux endroits une ressemblance avec l'idée qu'on a des établissements des Herrnhut, en Saxe et en Hollande. Le prince Jousoupoff a fait au E,oi la galanterie de lui faii'e trouver et de lui oftrir dans la fabrique de porcelaine et de glaces plusieurs morceaux ornés de son chiffre. Car dans celle de glaces on fait aussi toute sorte de verreries, des tables, et des vases de toutes les couleiirs, dont plusieurs imitent si parfaitement la porcelaine, qu'on n'en est détrompé que par le son. Le prince Jousoupoff a offert en même temps plusieurs pièces de porcelaine et de verrerie au comte Mniszech pour son épouse qu'une migraine empêchait ce jour-là d'accompagner le Uoi.

Le 29 mai, le Roi est allé voir le palais de l'académie des sciences, dans lequel se trouve l'observatoire ; on lui a fait remarquer deux taches du soleil justement visibles, et toutes les curiosités que cet édifice contient. M. de Bakounin lui en a fait les honneurs, et sous ses ordres M. Past, bibliothécaire de l'académie. La figure en cire de Pierrele-G-rand bien conservée et le fameux globe de Grottorp, dans lequel le roi de Suède a diné avec plusieurs personnes, et dans lequel on a proposé au roi de Pologne de faire le tour du monde en une minute, sont des choses trop connues pour en parler.

144 MÉMOIKES SECEETS ET INEDITS

Bulletin Xo. 24.'

Pétersbourg ce 12 24 jiiiu 1797.

Le 30 mai, le Roi, aecompag-né de M. et Mme de Mniszech et de Grabowski, est allé chez le prince Jousoiipoiï, pour le remercier dans sa propre maison de Tattention si oblig-eante avec laquelle il l'a conduit aux fabriques qu'il dirige. La maison de ce prince est une chose des plus remarquables qu'il y a à voir ici et de particulier en Europe en ce qu'on a su et pu rassembler autant des belles choses en tous genres qu'il s'en trouve là. Mais aussi peu d'étrangers ont voyagé en Italie avec autant de goût et de connaissances que ce seigneur, d'ailleurs fort riche.

Le 31 mai, le E,oi est allé en chaloupe revoir Kamienny Ostrow et y a soupe avec sa suite. On lui promet que dans huit jours il pourra y loger. Le 1 juin il est allé voir la maison du Lombai'd, qui a été destinée par la défunte Impératrice au maintien de plusieurs centaines d'enfants trouvés. Comme cet établissement avait souffert quelques déchets, l'Impératrice d'aujourd'hui s'est constituée elle-même directrice de cette maison de charité, de même qu'elle a fait à Moscou. Ensuite le prince JousoupofF, par un nouveau trait de son obligeance est venu lui-même chez le Roi pour le conduire à l'Hermitage, que le Roi a vu cette fois plus à son

aise que la première. Mais pourtant il n'a pu en voir bien qu'une partie , tant cette collection est grande et nombreuse. La partie des dessins originaux des plus grands maîtres remplit toute une armoire et demandera encore une matinée entière. Peu de galeries contiennent autant de Claude Lorrain. Plusieurs des plus fameux Tenniers se trouvent ici réunis, ainsi que presque toutes les exquisses originales de K.ubens, des mêmes tableaux dont il est fait mention dans un livre de la collection des estampes du Roi, qui rend compte des fêtes données au cardinal Infant, fils de Philippe III, le jour qu'il faisait son entrée à Bruxelles. Le tableau, que le prince Jousoupoiï regarde comme le plus beau de toute la collection impériale est de Guido Reni, représente les quatres Docteurs de l'Eglise avec la Ste Vierge planant dans les airs. Ensuite le prince Jousoupofi^ avec son épouse et la comtesse Skowroiiska, sœur de sa femme, le comte Choiseul, le comte Charles Briihl, le prince François Sulkowski, M. et Mme Szczesna ont dîné chez le Roi ; il est ici de la part du prince-évêque de Lubeck, parent de l'Empereur par la maison de Holstein. Le comte Stolberg est un des seigneurs allemands, comte immédiat de l'Empire. Sa sœur a épousé le comte de Bernsdorff, premier ministre de Danemark, c'est un homme très - estimable et un grand littérateur.

Bulletin Xo. 25.

Pétersbourg ce 5/17 juin 1797.

Le 2 juin, le Roi a été voir la g-alerie du comte StrogoDoiï. Il était absent lui-même, mais il se trouvait dans sa maison des personnes fort en état d'en faire les honneurs. Cette collection est moins nombreuse que celle que le Roi a vue précédemment , mais elle a l'avantage de ne contenir aucune pièce de remplissage et que les tableaux de chaque maître qui s'y trouvent sont des meilleurs de chacun de ces artistes. Le soir le Roi est allé à cheval à Kamienny Ostrow, dont les gardiens l'ont assuré que le 6 juin tout y serait fini, de sorte que le Roi pourra s'y transporter le 8.

Le 3, le Roi a été voir la comtesse Panin qu'il a trouvée dans l'abattement après la perte cruelle de ses enfants. Ensuite le Roi est allé voir la maison de la princesse Michel Gralitzin, née Schouvaloff. C'est un petit modèle de l'élégance la plus recherchée en tout genre, bien digne de la dame qui l'habite. Ce même soir elle a soupe chez le Roi, dans le petit jardin qui existe sur une des voiites dans le palais de marbre, il y a eu encore pour convives le marquis d'Antichamp qui vient d'entrer au service russe; il est regardé comme un des meilleurs officiers généraux de cavalerie qu'ait eus la France; il est venu ici d'Angleterre.

Le comte de Choiseul, ci-devant ambassadeur à Constantinople, a été aussi de ce souper. Le 4 juin, le Roi est allé à l'église catholique pour y assister à la grand-messe célébrée par le nonce Litto; la procession n'a eu lieu que dans l'intérieur de l'église. Le même soir le Roi avec M. de Mniszecli est allé rendre visite à son ancienne amie la comtesse Anna Nikityczna Karyszkin, étant aujourd'hui grande maîtresse de l'Impératrice, il en a été reçu avec la plus grande cordialité dans sa maison de campagne sur le chemin de Peterhoff. C'est peutêtre la plus belle de toutes pour le beau et vaste panorama de la mer. Le 5, le Roi est allé voir la collection du sénateur SoymonofF, qui n'est pas nombreuse, mais dans laquelle se trouvent quelques tableaux précieux et surtout un gi'and Luc Giordano, qui représente le combat des amazones contre les centaures. Dans la disposition de ce tableau on aperçoit la grande fidélité avec laquelle l'artiste a suivi la description qu'Ovide a faite du même sujet. On y remarque aussi, entre les beautés communes des ouvrages de ce peintre, deux figures, dont l'une se trouve presque exactement dans la bataille de Constantin de Jules Romain et l'autre dans la bataille d'Orbelle de Le Brun, avec cette difl'érence seulement que Luc Giordano a donné à des figures de femmes les mêmes attitudes que les deux autres peintres ont données à des hommes. Outre ce tableau, M. de Soymonoff possède une décoration de Ressert dans le genre de celle qu'a-

vait le Roi à Varsovie, mais avec un choix de marbres et même de pierres fines, comme jaspe, cristaux et aig'ues-marines , qui rendent celle-ci supérieure d'abord pour la matière et aussi pour le travail beaucoup plus fini et des pierres et des bronzes. Il y a à Catherinebourg en Sibérie à 100 verstes d'ici en de çà de Tobolsk des carrières de presque toutes les pierres qui composent la plupart des décorations, que l'on voit ici et que l'on a employées nommément pour ce dessert. On a su fixer depuis plusieurs années à Catherinebourg- plusieurs artistes habiles auxquels il suffit d'envover des dessins pour être sûr de l'exécution la plus exacte en pierreries ; et les ouvriers en bronze et en or travaillent ici aussi bien qu'en France. D'ailleurs ce M. de Soymonoff lui-même est un homme de ce pays qui mérite le plus d'être nommé par ses connaissances et sa manière d'être.

Bulletin No. 26.

Pe'tersbourg ce 719 juin 1797.

Le 5 au soir le E-oi avec M. et Mme de Mniszech s'est rendu à l'invitation de la princesse Dolgorouki, née princesse Baratyiiska, dans un endroit nommé Aiexandrowski à sept vertes d'ici où elle et plusieurs autres personnes et surtout l'ambassadeur Cobentzel passent la saison de campag'ue. Après un g-oûter élégant dans une salle à colonnes ouverte

DE STANISLAS ATIGUSTK. 149

il y a eu promenade dans le jardin planté à l'anglaise, ensuite concert exécuté par trois bonnes chanteuses italiennes, suivi d'un fort beau souper. Ce qui a le plus relevé l'agrément de cette soirée, a été la manière infiniment cordiale dont la princesse mère, qui demeure avec sa fille, a témoigné au Hoi qu'elle se rappelle le temps qu'elle a passé à Varsovie en revenant de France.

Le 6, le Roi est allé revoir la galerie du comte Strogonoff. Le soir il est allé a Kamienny Ostrow voir s'il pourra s'établir déjà dans cette maison. Le 8, le E-oi avec sa suite s'y est établi. Le même soir le prince et la princesse Dolgorouki allèrent avec l'ambassadeur Cobentzel et le comte Chreptowicz en chaloupe, suivis d'une autre remplie de musique , souper chez le Koi. M. Withworth, le comte Grolowkin, qui a été ministre de Russie à Naples, avec M. Walcki y vinrent aussi.

Bulletin No. 27.

Kamienny Ostrow 14 2G juin 1797.

Depuis que le Roi est établi ici, il a l'ait diverses promenades pour faire connaissance des iles voisines et de leurs habitants. La plus intéressante a été celle qu'il a faite dans l'île de l'ajjothicaire , parce qu'elle contient le dépôt des remèdes qu'on y prépare pour toute l'armée. On y fabrique aussi les instruments de chirurgie qu'on distribue successive-

ment à tous les rég'iments. L'acier nécessaire pour ces instruments est tiré d'Angleterre, l'ouvrage en est si beau, qu'il approche des ouvrages anglais. Les ouvriers sont tous Russes.

Dans cette même île on a établi une école d'histoire naturelle et un jardin botanique. Le Roi ayant écrit à l'Empereur combien ce séjour lui est agréable, l'Empereur a envoyé aujourd'hui le chambellan Naszczokin pour en marquer sa satisfaction.

Bulletin No. 28.

Kamienuy Ostriîw 16,28 juin 1797.

Aujourd'hui le Eoi est allé voir l'église du couvent de J^ewski, que Catherine II a bâti à neuf avec beaucoup de magnificence, en faisant enclore dans l'enceinte de ce couvent l'ancienne église avec toutes ses attenances, construite par Pierre I. Elle y a fait transporter la chaîne d'argent dont Elisabeth avait fait entourer le cercueil de St. Alexandre îfewski, que Pierre I avait déclaré le Patron de Pétersbourg. Le palais de l'archevêque est un des édifices qu'enferme ce monastère. Le cimetière de cet endroit contient un grand nombre de monuments en marbre et granit, dont plusieurs sont même décorés de statues de marbre et de bronze. La premièi'e femme et la dernière fille de l'Empereur régnant sont enterrées dans l'ancienne église, mais sans aucun monument. La nouvelle est décorée de

plusieurs beaux tableaux, dont aucun n'est de la vieille peinture grecque , et entre autres deux fort beaux portraits de Pierre I et de Catherine IL Dans une pièce attenante se trouve un fort beau tableau qui représente le baptême de l'épouse du grand duc Alexandre . toutes les personnes de la fan^ille Impériale s'y voient peintes en pied, ainsi que les principales personnes de la cour de Catherine II. Les vases sacrés qu'elle a donnés à cette église surpassent presque en magnificence ceux qu'elle a donnés à Moscou.

Bulletin No. 29.

Kamienny Ostr(5w . — 1797.

■^ 6 juiUet

Le 17, le Roi est allé voir des machines destinées à filer le coton et la laine; c'est l'abbé Ossowski qui est parvenu à avoir connaissance de cette invention, dont les Anglais ont fait mystère depuis plus de vingt ans. Les machines sont telles que deux hommes peuvent faire dans le même espace de temps ce que cent hommes feront. Les machines ont déjà été examinées et approuvées par le collège des manufactures d'ici, qui en prépare le rapport à l'Empereur, pour qu'il en ordonne l'usage. Les Anglais tirent le coton de l'Orient par leur navigation. On suppose que la Russie pourra tirer le coton de la Boucharie. —

Bulletin Xo. 30.

Kamieuny Ostrôw 3/15 juillet 1797.

Pendant les premiers jours de juillet, le Koi fit journellement quelques excursions pour aller voir ou quelques ateliers d'artistes, ou quelques magasins de brocanteurs, ou quelques campagnes dont un g-rand nombre embellissent les environs de Pétersbourg'. Parmi les premiers, un des meilleurs est un peintre, nommé Guttenbrun , Viennois qui a voyagé en Italie et dernièrement en Angleterre. Il s'est appliqué particulièrement à imiter la manière et le coloris du Titien. Il fait assez joliment aussi les paysages; il tait des portraits en. ligure entière, mais en petite proportion. Dans cette manière il l'ait des ressemblances fort heureuses et des attitudes et des draperies très-bien composées. Parmi les brocanteurs, il y en a un nommé Labencki, Polonais, dont le frère est garde des tableaux de l'Hermitage, il a été un des élèves de Bacciarelli; le brocanteur Labencki, revenu récemment de Hambourg, en a apporté beaucoup de tableaux dont la plupart proviennent des émigrés français ; chez un autre brocanteui-, Anglais de nation, le Roi a trouvé un portrait de Louis XIV peint par Mignard, si beau qu'on le compare aux mignatures en émail de Petiteau. Le comte Strogonoff ayant su que le Roi avait été frappé de la beauté

DE STANISLAS AUGUSTK. 153

d'un portrait du cardinal de Richelieu par Philippe Champagne, le lui a oft'ert. Le portrait de Louis XIV paraît être de la même main que le portrait de Colbert, que le Roi avait acheté de M. Meilhau. Lorsque le Roi a été le 2 H juin à ZarskoselQ, il y a trouvé le général-major Kadiubicki, adjudant de l'Empereur, lequel l'y a complimenté de la part de l'Empereur. Le Roi a invité à souper chez lui le conseiller d'Etat Izoff, qui est comme le gouverneur de Zarskoselo, et le prince Metcherski, commandant du régiment de cavalerie, qui y est en garnison. La beauté de la soirée a engagé le Roi de faire encore après souper une promenade avec M. et Mme de Mniszech et sa suite.

L'Empereur a voulu que le Roi occupât dans ce palais les mêmes appartements qu'il occupait du temps de sa mère. Le 29 juin la grande chapelle se trouvant tout à côté du logement du Roi, il passa dans sa tribune d'oii il a vu une partie du service de cette fête. Il a fait connaissance avec M. Pouszkin, nouvellement créé sénateur, qui a été directeur de l'académie des arts; il a pris de lui un plan de la ville de Pékin, gravé dans cette capitale et l'a fait copier, il aura l'avantage sur l'original en ce que les noms des rues seront en langue européenne ; l'original a été apporté en Russie par un des élèves de l'école que la Russie entretient depuis longtemps à Pékin, tant pour y élever des interprêtes, que pour y desservir une chapelle russe; cet établissement subsiste toujours.

154 JIÉMOIKES SECKETS ET INEDITS

malgré les fréquentes mésintelligences que produisent souvent des interruptions de commerce entre la Russie et la Chine. Le Eoi a rendu visite à M. et Mmes Matuszkin et Naryszkin, première et deuxième g-randes maîtresses, ses anciennes connaissances, qui passaient par Zarskoselo pour se rendre à Pawlowski. Le E.oi s'y est rendu avec MM. de Mniszech et le général Bezborodko à sept heures et a trouvé l'Empereur et toute sa famille et sa cour au jardin, occupés d'un goûter de fruits et de glaces dont l'Impératrice faisait les honneurs comme étant celle qui donnait la fête à l'Empereur. Le Roi, après avoir fait son compliment de félicitation à l'Empereur, lui offrit pour bouquet les deux grands groupes de marbre, qui sont encore encaissés à Lazienki, ce qui fut accepté gracieusement. Le Roi pria le prince Bezborodko d'écrire au baron d'Arch, pour qu'il ait à recevoir ces groupes et prenne le soin de les faire transporter à Pétersbourg. Après le goûter LL. MM. firent monter avec elles le Roi dans une ligne pour aller au théâtre, où l'on donne un opéra comique français. Gaillard qui a longtemps joué à Varsovie le rôle de la basse, fut remplacé par Mondini, ci-devant fameux acteur de la troupe italienne de Paris. La composition des paroles est d'un nommé Gaston, Erauçais, la musique de Martini ; le trio fut répété par ordre de l'Empereur pendant et après la pièce, qui fut terminée par des couplets très-bien faits et analogues à la fête. On se transporta après sur une

île, qui fait le milieu d'un lac, dont le tour illuminé ainsi que la tente placée au milieu de l'île faisait un brillant spectacle. Ce fut de dessous cette tente ouverte de tous côtés que la cour l'envisagea. Sept et à huit mille personnes assises sur des gradins en amphithéâtre tout autour du lac, entre lequel et le bord de l'eau, passèrent successivement quatre grands chars, attelés chacun de huit chevaux blancs, remplis d'un certain nombre de personnes, qui représentaient chacun un des quatre âges de la vie, sous des berceaux de feuilles mouvantes. Ceux qui précédaient ces chars étaient armés de différents instruments propres au labourage et aux autres occupations de la vie champêtre, comme la chasse, la pêche etc. etc.

Tout ce monde exécuta ensuite des danses au son des instruments de musique répandus par bandes autour du lac, dans les bosquets qui en forment l'enceinte; les danses furent mêlées de chant, il y eut encore des courses de chevaliers armés de lances. Toute la cour a joui de ce spectacle pendant le souper servi sous la tente, après lequel on passa dans une partie du jardin planchayé, où l'on dansa des danses polonaises; dans l'une l'Impératrice dansa avec le Roi. A minuit la cour se retira; l'Empereur invita le Roi à venir dans quelques jours à PeterhofF, où la cour se rend pour célébrer le mariage du comte Dietrichstein avec la demoiselle d'honneur Schouvaloff". Le 30 juin, l'Empereur envoya le général Mozowski (nouvellement engagé

156 MÉMOIKES SECEETS ET INÉDITS

à son service et pour lequel il paraît avoir beaucoup de bonté) au Roi pour le prier de venir à Peterhoff le vendredi, 3 juillet. L'Empereur a donné également le grade de général-major dans son service à un Dombrowski, cousin de celui qui est en Italie; celui-ci après l'entrée de Bouvaroff à Varsovie se retira en Grande Pologne; mais lorsque le roi de Prusse lui eût fait confisquer son bien pour avoir contribué à l'insurrection de 1794, il est allé en France, il a fait la campagne sous Pichegru , de là il est allé par Constantinople en Moldavie joindre plusieurs officiers polonais, et il a amené avec lui ce Kosmowski, qui a été capitaine aux gardes à cheval de la couronne, et un autre, auxquels l'Empereur a donné aussi du service dans ses troupes et qui, sous Dombrowski, doivent lever un régiment de cavalerie dans cette partie de la Pologne et de la Lithuanie, qui ont passé sous la domination russe.

L'Empereur a particulièrement placé comme enseigne dans ses troupes, une vingtaine de jeunes Polonais que Morowski y a engagés par son ordre ; il fait difliculté d'accepter des Polonais qui ont eu des grades de major, lieutenant-colonel et colonel. —

Bnlletin No. 31.

Kamieany Ostrôw 7/19 juillet 1797.

Le 3, le Roi avec MM. de Mniszech et le général Bezborodko arrivèrent sur les onze heures à

DK STANISLAS AUGUSTE. 157

Peterhotï" et turent conduits à la maison appelée mon plaisir, qui est située dans le jardin d'en bas tout auprès de la mer, dont une partie existe encore telle qu'elle fut du temps de Pierre I, mais Catherine II y a beaucoup ajouté. Le Roi a été logé dans l'appartement même de l'Impératrice; M. de Mniszech tout auprès.

A midi, après que la parade militaire à laquelle l'Empereur assiste tous les jours, fut finie, ainsi que la cérémonie du baptême d'un enfant du prince SzezerbatofF dont LL. MM. furent parrains, on avertit le Roi que l'Empereur l'attendait. Il en fut reçu comme à l'ordinaire avec beaucoup de cordialité; comme c'était vendredi LL. MM. Impériales ainsi que le Roi firent maigre , mais pas à l'huile , il y avait aussi du g-ras. Le Roi fut placé comme toujours entre LL.MM. Après diner l'Empereur montra au Roi tous les appartements en détail et surtout son cabinet de travail, dont les parois revêtues en boiseries brunes sont conservées précisément comme elles étaient du temps de Pierre I. Toutes les autres pièces de ce palais ont été changées par les souverains qui lui ont succédé -, ensuite chacun est allé se reposer dans son appartement jusqu'à six heures du soir. Alors LL. MM. Impériales ont fait monter le Roi, M. de Mniszech dans leur ligne pour se promener dans la vaste étendue de ses jardins, dont la beauté paraît avoir flatté le goût de l'Empereur préférablement à ses autres maisons de campagne; la situation de cet endroit est vrai-

ment admirable ; il s'y trouve répandus tant de bâtiments séparés qui rappellent le règne de Pierre I. Il est connu que les eaux de Peterhoff par leur piireté surpassent celles de Versailles. Il y a surtout deux jets d'eau qui ressemblent aux deux fontaines de la place de St. Pierre. Cette promenade a fini par un souper servi au bord de la mer, sur une terrasse dont les arbres ont couvert la table comme un berceau. Après souper l'Empereur a invité le Roi à passer encore deux jours à Peterhoff

Le 4 juillet dans Taprès dîner le E,oi alla voir à une petite lieue de Peterhoff l'endroit où Catherine II a établi une chute d'eau qui sert à tailler et à polir les marbres et pierres fines, qui sont des productions de Russie, et à tailler les diamants que la cour de Russie y fait employer. Depuis peu on a trouvé en Russie et pris à Peterhoff des pierres dont quelques unes ont jusqu'à deux pieds de diamètre. Un conseiller d'Etat, nommé Rodé, en a fait les honneurs au Roi. Dans la soirée l'Empereur a conduit le Roi à Oranienbaum , dont il a fait présent à son fils aîné, ainsi que de Sti'elna à son fils Constantin. Strelna est un grand palais situé à peu de distance de Peterhoff, que Pierre I destinait à y tenir cour, tandis que Peterhoff et mon plaisir devaient n'être que sa résidence personnelle; mais il n'eut pas le temps de l'achever. Le palais d'Oranienbaum, situé à sept verstes de Peterhoff, vis-à-vis de Cronstadt, fut bâti originairement

par le prince Menczikoff sons le règ'ne d'Elisabeth, et fut le séjour du grand duc d'alors, Pierre III. Catherine, alors grande duchesse, embellit beaucoup cet endroit ; depuis qu'elle régna, elle y avait établi les cadets de marine pendant quelques années. Elle les avait transférés ailleurs avant sa mort; à présent il va devenir la maison de campagne du grand duc Alexandre. Au retour de cette promenade le Roi soupa avec la cour dans le salon de mon plaisir qui est resté tel que sous Pierre I ; on voit encore son lit dans la pièce attenante.

Le cinq, à six heures du soir, le Roi avec toute la cour assista à la bénédiction nuptiale du comte Dietrichstein avec Mlle Schouvaloff, qui fut donnée par le nonce Litto, qui, revêtu de sa mitre et de ses habits pontificaux, commença la cérémonie par un petit sermon adapté à l'occasion. Après on passa dans la chapelle impériale, où une seconde bénédiction, fut donnée selon le rite grec. Le bailli Litto tint la couronne au-dessus de la tête de l'époux et le comte Schouvaloff, frère de la promise, au-dessus de l'épouse. Ensuite on alla dans la salle de bal; l'Impératrice ne dansa pas. Au souper le Roi fut placé comme ordinairement, l'épouse fut placée à côté de l'Empereur et l'époux auprès de l'Impératrice. L'Impératrice avait paré de ses mains l'épouse, de diamants pour la valeur d'un million de roubles. Le nonce et les autres ministres étrangers furent placés vis-à-vis des souverains. L'ambassadeur Cobentzel était assis auprès de l'é-

160 MÉMOIKES t-ECRETS ET INEDITS

poux en qualité de père. La duchesse de Sera Capriola, femme de l'envoyé de Xaples, née princesse Wiazemski, fut la mère de l'épouse, quoique sa véritable mère fût présente. On se sépara d'abord après souper. Le 6, le Itoi prit con^é de LL. MM. Impériales au bord de l'eau, où elles s'embarquèrent à huit heures du matin pour Cronstadt, d'où avec deux divisions de la Hotte russe ils veulent aller à Llevel pour y joindre la troisième et jouir ainsi du spectacle de 27 vaisseaux de ligne. L'Empereur a invité le Eoi à revenir à Peterhofi" pour la fête de l'Impératrice. Les grands ducs sont du voyag'e, leurs épouses sont allées passer quelques jours à Oranienbaum. Les grandes duchesses allés de LL. MM. demeureront à Pawlowski. Le Roi est revenu le même jour à Kamienny Ostrow. —

Bulletin No. 32.

Kamienny Ostrdw, 14/26 juillet 1797.

Le 11 juillet, le Roi s'est rendu avec sa suite à une campagne appartenant au procureur prince Xurakin, de l'épouse duquel on célébrait le jour de naissance, à Alexandrowski , maison de campagne de la princesse Dolgorouki son intime amie, et qui a l'usage de donner une fête ce jour -là à son amie tous les ans. Cette année cette fête a été avancée d'un mois à cause du départ prochain de l'ambassadeur Cobentzel, ami intime de ces deux

DE STANISLAS AVGUSTE. 161

dames et dont le goût a beaucoup contribué aux amusements de cette société ; on a voulu qu'il y prît part encore cette fois-ci. D'abord la compagnie se rendit dans un bosquet où étaient plusieurs boutiques composées de verdure, tenues par les entants des deux princesses, décorées d'inscriptions servant d'ensei^e, tirées des auteurs les plus connus et analogues à la personne dont on célébrait la léte. Un petit discours d'un des enfants et ensuite leurs danses terminèrent cette fête champêtre, et puis on se rendit au théâtre du château. La princesse Dolgorouki y donna avec le plus grand succès une des scènes de la Folle par amour ; on a pu juger par ce morceau de ses talents pour le théâtre. On donna ensuite la hanterne inagique derrière un rideau de gaze à peu près comme dans le tableau magique àe Z^.mir etAzor; d'abord le maître de la lanterne annonce l'apparition du soleil, et ce soleil fut l'ambassadeur lui-même, habillé de drap d'or, et dont le visage enchâssé dans des rayons de carton doré, traversa la scène, ce qui représenta le commencement et la fin du jour. Mondini, premier chanteur italien, passa ensuite sous la figure de la lune, ensuite Mondini avec M. Rivière, beau-frère de M. Le Brun, représentèrent les adieux d'Oreste et de Pylade de la manière la plus comique. Puis M. Rivière représenta très-gaîment une opération de dentiste avec Mondini; après quelques autres scènes semblables de Lanterne mo^gique furent donnés plusieurs tableaux vivants. Achille découvert par

IQ2 MÉMOIRES SKCRETS ET INEDITS

Ulysse parmi les compagnies de Déidamie. Mme Le Brun représenta Achille, la princesse Dolgorouki, Déidamie. Strotonice au pied du lit de son beau-fils, lia princesse Dolgorouki fit le plus grand effet. La tente de Darius, d'après le tableau de Le Brun, Mme Le Brun fit Sisigambise; son vêtement fut blanc au lieu de jaune comme dans le tableau. Plusieurs personnes de la société figuraient les autres personnages de. ces tableaux, qui furent exécutés sous la direction de Mme Le Brun avec le plus grand effet par la disposition des lumières, des attitudes, la richesse des costumes. Un grand souper termina la fête. L'ambassadeur a déposé toutes les décorations de son théâtre chez la princesse Dolgorouki ; toute la société ainsi que tout le public de Pétersbourg regrette son éloignement. C'est sur son théâtre que la princesse Dolgorouki a joué le rôle de Camille avec un succès dont parlent encore ceux qui en ont été témoins ; à un souper chez le Roi elle a récité et chanté plusieurs scènes de cette pièce, qui prouvent qu'elle a dû extrêmement briller. Une autre jeune dame, nommée Mme Lilwinoff, qui chantait avec elle, a fait grand plaisir aux auditeurs. Mais la dame qui est réputée la première pour le chant est la princesse Kourakin, femme du procureur général, et qui a bien voulu embellir par sa voix les concerts chez le Roi. Mondini et Bianchi y chantent aussi très-souvent. Un nommé Morlelair, arrivé depuis peu d'Angleterre,cliaute aussi souvent chez le Roi. Le projet de l'Empereur

d'aller par mer à Revel a été constamment contrarié par le vent; après plusieurs jours d'attente à Cronstadt, il s'est déterminé à' retourner à Peterhoff.

Le comte Cobentzel, la veille même de son départ, a bien voulu se prêter à l'amusement de la société en se masquant en poule, et sous cette figure a défendu les enfants de la société masqués en poussins, contre les attaques de tous ceux qui menaçaient cette troupe innocente.

Bulletin No. 33.

Kamienny Ostrow 17 29 juillet 1797.

Le 1 4, le Roi est allé dîner à Marrynka, maison de campagne appartenant au duc de Sera Capriola envoyé de Naples, qui a épousé la fille de cette princesse Wiazemski qui était dernièrement à Varsovie ; c'est par sa femme qu'il a cette terre ; il a bâti à neuf toutes les maisons des paysans, et a embelli cet endroit en y employant beaucoup de jardinage anglais et en y plantant une forêt de 80,000 arbres. Il a reconstruit la maison. Il marque constamment les plus grandes attentions au E.oi, qui a trouvé chez lui M. de Groven, nouveau ministre de Prusse, qui a commandé longtemps le régiment des gendarmes sous le feu Roi de Prusse. —

164 MÉMOIEES SECBETS ET INEDITS

Bulletin No. 34.

T. 'i 1. '21 juillet ,„„

FetersDourff , ^ li9i

- 2 août

Le 18 juillet, aussitôt que le Roi est arrivé le soir à Peterhoff, il fut invité avec M. et Mme Mniszech à l'opéra italien La MoUnora^ qui se donnait sur un petit théâtre dans une des salles du palais, après lequel on soupa.

Le 19, le Roi a assisté à la cérémonie du mariage de Mlle Koutouzoff, fille du général en chef, commandant du corps des cadets avec M. Tisenhauss; il y eu bal et souper à la cour.

Le 20y le Roi est allé dans la matinée voir le jardin anglais, qui est l'ouvi'age d'un jardinier anglais, que feu l'Impératrice avait fait venir; le palais qu'elle y a joint était presque nui, lorsque la guerre de Suède survint, et il est resté sans meubles jusqu'à présent. Comme LL. MM. Impériales avaient connu pendant leur voyage en France la princesse de Tarente, elles l'ont engagée à venir d'Angleterre ici; elle est arrivée par mer au bout de quinze jours, présentée hier, elle a dîné avec LL. ]\IM. Elle est la dernière de la maison de Chatillon, petite -fille par sa mère de la duchesse de la Vallière, qui fut belle jusqu'à 50 ans et qui n'est morte qu'à 82. Le mari de cette dame est de la maison de la Tremouille; il est actuellement à Naples pour y plaider des prétentions qu'il a à

cette cour. La princesse de Tareiite a été fort attachée à la reine de France, elle a donné sous ce rapport de grandes preuves de courag'e. Le même soir on a donné l'opéra comique italien la Villonella. La place du Eoi au théâtre comme ù table est toujours entre LL. MM. Impériales.

Bulletin No. 35.

T- • /-> i ; 24 juUlet ,„-,

Kamienny Ostrow „ , — 179 <-

•' 7 août

Le 21 juillet, le Roi voyant beaucoup de fruits sur la table impériale, dit à l'Impératrice: „Ka- „mienny Ostrow que Sa Majesté a bien voulu que ,jj'habite, produit un genre de fruits que V. M. elles- -mêmes ne connaissent pas; permettez Madame que -„je vous l'offre." Ce qui fut accepté avec curiosité. Le Hoi fit apporter un trépied de bronze enrichi de figures d'or moulé, imité d'après le modèle antique d'Herculanum , lequel portait un plateau de porcelaine de Sèvre représentant une guirlande de vigne, au milieu de laquelle se trouvait un lableau représentant un sujet de la fable; sur ce plateau se trouvait une cuvette avec une aiguière aussi de Sèvre, Ce fut le présent que le Bfoi oftrit à l'Impératrice pour son jour de nom du lendemain et, en même temps, il lui présenta une assiette de faïence sur laquelle il y avait une grappe de raisin de verre très-bien imitée. Le Roi pria l'Impératrice de faire passer ceci au petit grand

166 MÉMOIRES SECEETS ET INEDITS

duc Nicolas. LL. ^IM. Impériales témoignèrent dans les termes les plus obligeants leur satisfaction. Le Roi répondit que d'après ce qu'il avait vu aux manufactures de porcelaine, de verrerie et de bronze à Pétersbourg', tout cela serait parfaitement imité. La princesse de Tarante crut reconnaître dans ce trépied un meuble qui avait appartenu à la feu reine de France, cela la fit pleurer, et par là s'augmenta l'intérêt que l'on portait déjà à cette dame, dont on, savait que, se trouvant prisonnière des satellites de Robespierre, qui lui disaient „vous aurez votre liberté, si vous dites : „ Je hais la Reine " elle répondit: „Je l'ai toujours aimée, aujourd'hui je

l'adore "

Dans l'après dîner la princesse de ïarente, accompagnée de la comtesse de Schouvalofl', grande maîtresse de la grande duchesse Elisabeth, et de Mme de Mniszech, vint dans l'appartement du Roi et lui a parlé de la duchesse de la Vallière, sa grand'mère, qui avait fait tant d'accueil au Roi lorsqu'il a été en France, et qui a continué jusqu'à sa mort un commerce de lettres avec lui. Après cette visite le Roi reçut celle du prince Jousoupoff,. lequel est venu de la part de l'Empereur lui dire ^u'il avait donné ordre à la troupe italienne de jouer sur le théâtre de Kamienny Ostrôw toutes les fois que le Roi le voudrait. Le prince Jousoupoft" est aussi directeur des spectacles. Une heure après le Roi alla remercier l'Empereur. LL. MM. Impériales firent voir au Roi le petit grand duc Ni-

colas, auquel son auguste mère donna alors le présent du E.oi. C'est un bel enfant gai et bien portant. Le Roi a aussi vu la petite grande duchesse plus âgée d'un an que son frère. La soirée se passa en promenade en ligne dans le jardin de Peterhoff, le souper fut servi dans une salle attenant aux appartements du Roi.

Le 23, il y a eu table de 200 couverts ; l'Empereur et le Roi ont bu à la santé de l'Impératrice dans des verres que le maréchal Tisenhauss leur a apportés pour cela; tous les convives ont bu la santé chacun dans son verre; musique vocale pendant le dîner. Il n'y eut de canon que pendant le Te Deum. Le jacht impérial placé en perspective du château fut pavoisé. A sept heures le bal masqué a commencé, le souper à différentes tables à neuf; après, promenade en lignes dans le jardin pour voir les illuminations; à un détour d'allée la grande duchesse épouse du grand duc Constantin reçut un petit coup au genou d'un cheval qui s'était effarouché. L'Empereur a reconduit le Roi à son logis et en a pris congé, car il part pour Pétersbourg. Le Roi avant de partir a envoyé demander des nouvelles de la grande duchesse, elle a fait remercier le Roi et lui a fait dire qu'elle se ortait bien.

Bulletin No. 36.

T- ■ rw t X 28 juillet „

Kamienny Ostrow „ ^^ ■ 1^9*.

y août

Le 24, les sénateurs Zawadowski et Soymonoff, lesquels dirigent la communauté d'éducation des demoiselles établie par Catherine II, vinrent inviter le Roi de s'y rendre à quatre heures. Il y trouva un grand nombre de seigneurs et de dames. LL. MM. Impériales y vinrent une heure après; c'était l'anniversaire de la fondation de cet établissement. Plusieurs centaines de demoiselles nobles et bourgeoises y sont élevées, nourries et vêtues au dépens de la couronne. On permit par grâce spéciale à quelques parents aisés d'y placer leurs filles à leurs dépens. A l'arrivée de LL. MM. Impériales une des élèves fit un petit discours à l'Empereur en français, ensuite une cinquantaine de ses compagnes exécutèrent une cantate. Après LL. MM. Impériales, suivies de toute la compagnie, passèrent dans le jardin assez vaste; dans une des allées trois élèves exécutèrent une sorte de conversation, dont le sujet était le désir de présenter convenablement un bouquet à l'auguste directrice, ce qui fut :suivi d'un concert à plusieurs chœurs soutenus d'instruments et puis d'un ballet composé d'une soixantaine d'élèves. La fête se termina par des présents que les élèves présentèrent à LL. MM. Impériales, qui tous étaient le produit de leurs

DE STANISLAS AUGTTSTE. 169

«ouvragées en broderie, dessins et en pastelle. On servit un goûter en fruits. Après que LL. MM. Impériales eurent dit adieu au Roi, elles allèrent voir Mme de la Fond, établie première inspectrice depuis le commencement de cette fondation; mais son grand âge et ses infirmités la confinent depuis longtemps dans sa chambre; ses fonctions sont remplies par Mme Pahlenboch, veuve de celui qui a été tué en 1794; elle est fille d'un baron Czerkasew, sa mère était née Biron, sœur du duc.

Le lendemain, le brigadier Murawieft' est venu de la part de l'impératrice remettre un dessin colorié, ouvrage d'une des élèves.

Le 27, le chambellan prince Galitzin est venu de la part de l'Impératrice inviter le Roi de se rendre le lendemain au soir à Zarskoselo pour y coucher afin d'assister le lendemain à Pawlowski à une fête que Sa Majesté j donne.

Le soir une trentaine de dames et de cavaliers, ainsi que le corps diplomatique et le prince Bezborodko, se rassemblèrent à Kamienny Ostrow pour assister à la représentation de l'opéra comique italien la Pastorella nobile, qui fut exécuté par la troupe de la cour avec le plus grand succès; le spectacle fut suivi d'un souper. La princesse de Tarente et son beau-frère, le duc de Crussol, s'y trouvèrent aussi ; M. de St. Priest, ci-devant ambassadeur en Turquie, aujourd'hui venu à Pétersbourg avec une commission de Louis XVIII, et le prince Bezborodko se retirèrent avant souper. L'ambassa-

denr de Suède se trouva mal; les gouttes de Hofmann le rétablirent bientôt. La princesse Wiazemski témoigna au Roi, combien elle avait été touchée des attentions que le prince Casimir et sa fille lui ont marquées à Varsovie, et Mme de Cracovie à Bialistock. —

Bulletin No. 37.

Zarskoselo f^i^' 1797.

12 août

Le 28 , le Roi est allé coucher au palais de Zarskoselo et y a dîné le lendemain avec M. et Mme de Mniszech, servis par les gens de l'Empereur.

Le 29, le Roi s'est rendu à six heures du soir à Pawlowski; l'Impératrice a donné à l'Empereur la répétition de la fête de St. Paul, avec cette différence que, se faisant le jour, l'entrée des quatre chars, les courses, les luttes, les danses .ont été vues pleinement à la grande satisfaction de l'Empereur et des 'milliers de spectateurs; une circonstance rendit la fête encore plus intéressante; c'est qu'au moment qu'on entonnait l'hymne à l'honneur de l'Empereur et qu'on allumait le feu de l'autel placé devant son chiffre, il parut un arc-en-ciel qui se trouva placé si juste sur l'autel qu'il paraissait en sortir. Le souper fut servi dans la salle du théâtre. Il fut suivi d'un bal ; LL. MM. Impériales se rendirent dans un autre bâtiment qui avait servi de

DE STANISLAS AUGrSTE. 171

volière, où l'on dansait aussi ; dans un troisième il y avait bal pour la bourgeoisie; tout le jardin était illuminé. Ce jour -là fut présenté à l'Empereur et soupa avec lui le duc de la Rochefoucault^ envoyé ici par le prince de Condé, de l'armée duquel il a été quartier-mai tre général.

Le 30, le Roi a employé la matinée à parcourir le jardin de Peterhoff qu'il n'avait pas encore vu, le soir il s'est rendu à Pawlowski ; il a trouvé l'Empereur sous un berceau, occupé à signer des lettres ; le Roi voulut se retirer, l'Empereur le pria au contraire de venir se mettre à côté de lui, le Roi s'entretint, pendant que l'Empereur achevait ses affaires, avec l'Impératrice. Ensuite le Roi les accompagna dans leur promenade, qui dura deux heures et cependant ne laissa voir au Roi que le tiers de& beaux jardins de Pawlowski; le terrain très-varié coupé de vallons donne un grand avantage sur tous les autres jardins; plusieurs cascades l'embellissent^ une partie de la forêt qui couvrait ce lieu autrefois est conservée, elle s'étend jusqu'en Sibérie. Pendant cette promenade M. et Mme de Mniszech ont pris congé de LL. MM. devant partir pour aller au devant de Mme la palatine de Podolie.

Le Roi doit se rendre encore à Pawlowski Iç soir du 31 ; après qu'il aura passé quelques jours avec sa sœur, il reviendra s'établir à Peterhoff pour y jouir du reste de la belle saison et pour pouvoir venir passer les soirées avee LL. MM. Le Roi a accepté cette invitation.

Bulletin No. 38.

Pétersbourg 4 16 août 1797.

Le 31 , le Roi s'est rendu à six heures du soir à Pawlowski. L'Empereur approuva le projet du Hoi, qui est que, lorsqu'il reriendra à Zarskoselo d'y amener aussi son médecin et de prendre les eaux de Freydenthal, et ses chevaux de monture, de sorte que, pendant qu'il prendra les eaux, il passera les matinées à Zarskoselo et fera l'exercice nécessaire à sa cure et viendra passer les soirées avec LL. MM. à Pawlowski. Dans la promenade du soir, ils firent voir au Iloi une autre partie des jardins; lorsque le Roi prit congé, ils l'invitèrent de venir encore le lendemain pour voir la cérémonie de la bénédiction de l'eau , solennité qui se pratique en Russie trois fois par an ; le jour de l'Epiphanie, au mois de mai, et le 1 août. Le Roi s'y est rendu à dix heures du matin, il a trouvé trois bataillons des gardes à pied, le régiment Pawlowski commandé par le général Wolkowski et des détachements des gardes à cheval sous les armes, faisant en tout quatre mille hommes, rangés autour de la grande pièce d'eau. Le clergé, suivi de l'Impératrice et des princesses impériales, de toute la cour et du peuple, passa en procession depuis l'église jusqu'à l'endroit préparé pour la bénédiction. L'Impératrice avec les princesses

monta un bel escalier orné de statues de marbre jusqu'au treillage où le Roi les attendait, et c'est de là qu'ils ont vni la cérémonie. L'Empereur à cheval a commandé en personne; après les saluts, tous les drapeaux furent apportés aux prêtres qui les asperg"èrent d'eau bénite, ensuite les prêtres présentèrent à baiser la croix à l'Impératrice et aux princesses et à toute la cour et les aspergèrent. Après l'Empereur vint à cheval dire à l'Impératrice de passer au balcon, d'où elle, le Roi, les princesses et toute la cour ont pu voir défiler toutes les troupes, qui étaient partagées en deux bi'igades, dont la première était commandée par le grand duc Alexandre et la seconde par le grand duc Constantin, suivis de généraux, et du marquis d' Antichamp, lequel est chargé de tout le détail du corps des chevaliers, à cause du grand âge du feld-maréchal Pouszkin. Ensuite l'Empereur s'est occupé selon sa coutume de la wachtparade. Après le Roi prit congé de LL. MM. et partit pour Pétersbourg.

Le 3 août, le Roi est allé voir les deux exercirhaus que l'Empereur fait construire Tune en bois dans un quartier éloigné, et l'autre murée près du palais; ils pourront contenir chacun un bataillon; la charpente des toits est d'une construction remarquable. Il en bâtira un troisième près du jardin public, il y aura tout près une église dédiée à St. Michel. Le Roi reçut avis que sa sœur se reposait à Rapscha et ne doit arriver que le lendemain. Le 4, Mme la palatine de Podolie et

l'évêque de Rennes sont arrivés au palais de marbre en bonne santé. —

Bulletin No. 39.

Pétersbourg 7 19 août 1797.

Le 4, la princesse ^Michel Galitzin ayant invité le Roi depuis plusieurs jours à sa campagne, le Roi s'y rendit; il trouva dans le jardin un goûter, puis la compagnie se rendit dans le salon; il y eut un concert auquel chanta une Française, nommée Mlle du Beuil, que la princesse connaissait encore en France et à laquelle l'Impératrice avait envoyé son chiffre encore avant son arrivée. Après le concert on traversa le jardin illuminé, pour se rendre dans une salle où l'on dansa et soupa.

Le 6, Mme la palatine a fait avec sa fille et l'évêque de Rennes une grande tournée dans les principales rues de Pétersbourg; elle a été émerveillée de la beauté des quais et des édifices.

Bulletin No. 40.

Pétersbourg 11 23 août 1797.

Le 8, le Roi, accompagné de l'évêque de Rennes et de sa suite, est allé voir l'établissement des cadets à l'école des mines. Catherine II n'y avait placé d'abord que 21 élèves, aujourd'hui il y en a

118, auxquels on enseigne les mathématiques, la physique, la minéralogie et la chimie; afin de rendre ces dernières études plus faciles on a construit une petite montagne dans le jardin, dans laquelle on a pratiqué toutes les espèces de galeries de mines et des puits, comme dans les mines réelles ; on a inséré des veines artificielles de métaux et des couches de différentes terres. Le sénateur Soymonoff, directeur de cet établissement, a conduit le Eoi dans ces souterrains. Il a vu travailler à l'exploitation de la même manière que dans les mines, le tout à la lueur d'un grand nombre de bougies. Ensuite le Roi fut conduit dans les salles, et a assisté à quelques leçons de physique données par M. Ilmann, et à des leçons de mécanique données par M. Kraftt; les élèves ont également bien répondu en allemand et en russe. Les logements sont propres, les tables bien servies. C'est un des beaux monuments du règne de Zatherine IL Le Roi est parti hier pour Zarskoselo, pour y prendre les eaux. Les soirées il se rendra à Pawlowski. Mme Podolie et sa fille s'établissent aussi à Zarskoselo. L'evêque de Rennes reste à Pétersbourg.

Bulletin No. 41.

Zarskoselo 14/26 août 1797.

Le 13, le Roi est allé avec sa soeur M. et Mme de Mniszech et leur , fille et son médecin dîner à

Zarskoselo ; cette fois il a sa propre cuisine d'après l'avis du général Bezborodko. Le soir il s'est rendu à Pawlowski ; il fut introduit dans l'intérieur des appartements; Mme de Podolie y fut reçue de la manière la plus gracieuse. Après un quart d'heure d'entretien LL. MM. consentirent à ce que Mme de Podolie restât dans les appartements avec Mme de Lieven, Mlle Broliussow, demoiselle d'honneur, et Mme de Mniszech, tandis que le Roi les suivit à la promenade. Au souper Mme de Podolie fut placée à côté de la grande duchesse, comme si elle était dame du portrait. La grande duchesse Elisabeth, épouse du grand duc Alexandre, se trouvant incommodée des dents, demanda au Roi son dentiste Cogniard; le Roi le fit chercher de suite. La grande duchesse Alexandre gardait la chambre ayant été soignée pour un petit crachement de sang. La grande duchesse Marie ne parut pas. Le 11, LL. MM. soupèrent dans l'étage d'en haut, pour montrer au Roi ce bel appartement aux lumières et témoignèrent au Roi que, s'il voulait voir les appartements le jour, il pouvait venir un matin et il trouverait tout ouvert, et que pour ne pas le gêner, 'ils feraient semblant d'ignorer qu'il s'y trouvait. Le 12, le Roi profitant de cette ofire obligeante se rendit le matin à cheval à Pawlowski pendant que l'Empereur exerçait les troupes, il employa près de deux heures à examiner toutes les beautés; il est difficile d'imaginer une maison mieux entendue pour la disposition intérieure; elle

DE STANISLAS ATTGUSTE. 177

contient dix-sept appartements dans un carré de dix-sept toises. Quant au détail des statues, bronzes, tableaux et meubles, il est impossible de le faire ici. On y voit tous les présents que Louis XVI a faits à LL. MM. lorsqu'elles ont voyagé en France ; on trouve plusieurs morceaux de sculpture antique. Un tableau de Murys, et un d'Angelieo sont des chefs-d'œuvre. Le soir l'Impératrice fit voir au Roi un grand livre contenant les plans de Pawlowski; le dessinateur, M. Kuszelow, y a mis beaucoup d'art; ils sont faits à la gouache.

Le 13, Mme de Podolie n'est pas venu à Pawlowski à cause des soirées trop froides qui auraient nui à sa santé. LL. MM. s'en sont informées avec la plus grande bonté. Cette journée a donné de vives inquiétudes à cause d'une chute de cheval qu'a faite le grand duc Alexandre; son cheval effrayé par l'éclair des armes d'une troupe qu'il exerçait, l'a jeté par terre, mais heureusement de manière qu'il en a été quitte pour deux petites contusions à l'épaule et à la cuisse; il est tout de suite remonté à cheval; on n'a pas trouvé nécessaire de le saigner. Le soir l'Impératrice a bien voulu, à la prière du Roi, montrer les mêmes dessins de Pawlowski à M. de Mniszech. Le Roi a rendu compte à l'Empereur d'une expérience dont il a été témoin. M. Idziedynoff, gouverneur de Zarskoselo, a inventé un ciment composé de brique pilée, d'os calciné, de plâtre, de charbon, délayés et mêlées dans de l'eau froide; cette composition

178 MÉMOIRES SECEETS ET INEDITS

faite dans un quart d'heure et versée dans des fentes de pierres, s'est trouvée très -dure le lendemain, et elle est si tenace, que M. Idziedynoff a montré au E,oi plusieurs endroits dans lesquels elle a. déjà résisté à trois hivers et a maintenu l'union de plusieurs pierres au grand air. Dans les deux dernières soirées les promenades de LL. MM. ont été raccourcies à cause de la fraîcheur de l'air; l'intervalle jusqu'au souper a été rempli par la conversation dont le comte de St. Priest a fait tous les frais; il va rejoindre Louis XVIII.

Bulletin No. 42.

Zarskoselo 18/30 auût 17y7.

Le 14, l'Empereur fit dire le matin par le général Bezborodko, qu'il priait le Roi de ne pas venir ce soir, car il se préparait à faire ses dévotions le lendemain, jour de l'Assomption, selon le calendrier grec. Dans l'après diner il envoya M. de Rostopczyn, un de ses adjudants, pour complimenter le Roi sur le jour de fête de sa sœur, Mme Louise Zamoïska, à laquelle il alla ensuite faire compliment de la part de LL. MM.

Le 15, le Roi et sa soeur allèrent remercier l'Empereur de cette gracieuse attention. Le 16, le Roi et les personnes de sa famille prirent congé de LL. MM. Le 17, le Roi avec sa famille est

retourné en ville. Le prince Repnin est arrivé à PétersbourR-. —

Bulletin No. 43.

T, .. , 21 août , ^,,^

PetersDOurff ^ -, 1<9<.

2 septembre

L'Empereur est venu avec l'Impératrice, tous les princes et princesses en ville. Le lendemain il a assisté à un exercice d'artillerie de siège et ensuite à la parade. L'après diner il est retourné à Pawlowski d'où il est parti pour Gaczyna avec toute sa famille. L'Impératrice a installé Mme Ceklenbach comme supérieure de la communauté des demoiselles, à la place de Mme de la Fond, morte depuis peu. Le Eoi n'a pas assisté h l'exercice de l'artillerie, il a cessé de prendre les eaux, car elles ne lui ont pas fait de bien cette fois, peut-être le chang-ement de climat en est cause.

Bulletin No. 44.

, , 27 août . „^

Pf tersDOurg r — ; — 1(9..

° 8 septembre

Le 24, M. de "Wotujeff, grand maître de cérémonie, est venu de la part de l'Empereur remettre au Roi la chaîne de l'ordre de St. André, qui ne lui avait pas été remise à Kiew en l'année 1787, lorsque Catherine II lui conféra la croix et l'étoile de l'ordre, et en même temps il lui remit toutes les

marques de l'ordre de St. Alexandre comme appartenant au Roi dès le moment qu'il a eu celui de St. André.

Bulletin No. 45.

/-< 29 août , „„

daczyaa — — - — 1<97.

■^ 10 septembre

Le général Bezborodko est venu dans la matinée montrer au E,oi une letti'e de l'adjudant de service de l'Empereur, dans laquelle il lui marquait combien peu de logement il aurait à donner au Roi à Gaczyna, sur quoi le Roi engagea sa sœur, qui sans cela ne se portait pas bien, à rester à Pétersbourg avec sa petite fille. — Le Roi, M. et Mme de Mniszech, l'adjudant Grordon et le secrétaire Fabian Poniatowski se rendirent d'abord à Zarskoselo et de Là après un léger repas à Gaczyna. Après avoir pris possession de leurs appartements, ils attendirent d'être avertis que l'Empereur eût achevé ses occupations. Ils se rendirent dans la salle où LL MM. assistaient à un concert de virtuoses italiens, parmi lesquels M. et Mme Maggiorletti et Mordini sont les principaux.

Le 30 à dix heures du matin le grand maître de cérémonie Wotujeif vint informer le Roi de tout le cérémonial de la fête du jour de nom du grand duc Alexandre, et en même temps de celle de l'ordre de St. Alexandre. A onze heures le prince Baratynski, fonctionnaire du jour, vint avertir le Roi

'que l'heure de la cérémonie arrivait. Le B,oi reyêtit par dessus ses habits ordinaires une dalmatique de damas blanc galonée d'or, avec une grande croix sur la poitrine et, par-dessus, un grand manteau royal de velours ponceau doublé d'hermine à queue, un chapeau de velours noir avec un seul clobaùd relevé sur lequel étaient une petite croix ponceau en guise de bouton et un double plumet droit blanc et ponceau. Cinq chambellans qui furent MM. StrogonofiE", Vorcel, Potocki (fils de Szczçsny), Demidoff et Lopouchin, portèrent la queue de manteau du Roi. Lorsque le Roi se fut rendu dans la chambre où se trouvaient les princes et les princesses de la famille Impériale, deux gouvernantes des grandes duchesses, filles de LL. MM., Mmes de Lieven et de Repnin, la comtesse Schouvaloff, grande maîtresse, la comtesse Mniszech, le feld-maréchal prince llepuin, le comte Xar^^szkin, chambellan de service; on s'aperçut que par méprise le Roi n'avait le cordon de St. Alexandre que sur son habit, au lieu qu'il devait être par-dessus la dalmatique. Alors le grand duc Alexandre, assisté du prince Repnin, aida le Roi à remettre le cordon selon la règle du jour. Peu après LL. MM. Impériales entrèrent et la marche commença : d'abord les hérauts d'armes et les officiers d'ordre les premiers, les plus anciens successivement jusqu'aux deux grands ducs, le Ro^ les suivait, avec ses cinq chambellans, après le Roi venait l'Impératrice, et après elle l'Empereur également en habit d'ordre, la couronne sur

182 MÉMOIRES Sr.CRETS ET IKÉDITS

la tête. (Lorsque le feu Roi de Suède se trouva à Pétersbourg à pareil jour, il alla devant les g-rands ducs parce qu'il était incognito sous le nom de comte de Fiago, au lieu que le Roi a le pas sur les grands ducs; d'ailleurs les manteaux des grands ducs et des autres chevaliers n'étaient doublés que de satin blanc et ne descendaient que jusqu'aux talons.) Dans cet ordre toute la procession se rendit à la chapelle, le Roi fut placé à la droite de l'Empereur, l'Impératrice à g-auche, les grands ducs avec leurs épouses à gauche de l'Impératrice, les quatre grandes duchesses, filles de LL. MM., à la droite du Roi, lequel, quoique présent au service , n'y prit aucune part. Après le service toute la procession retourna dans le même ordre dans la salle à manger.

L'Empereur, comme chef de l'ordre, se plaça au milieu et mit le Roi k droite et l'Impératrice à gauche; l'Impératrice fut la seule dame à table; le grand duc Alexandre à la gauche de l'Impératrice et le grand duc Constantin à, la droite du Roi; soixante chevaliers de St. Alexandre remplissaient la table, tous couverts de leurs manteaux , leurs chapeaux selon leur ancienneté ; l'Empereur la couronne sur la tête pendant tout le dîner. Le grand maréchal Szeremetieft', les maréchaux Wittinghoff et Wielohurski tenant leurs bâtons de maréchaux, quoique revêtus d.es habits de l'ordre, restèrent debout vis-à-vis de l'Empereur pendant tout le dîner, ainsi que le prince Repnin;

DE STANISLAS At'GUSÏE. 183

le prince Kourakin, MM. Wolujefl' et Golowkin, tous officiers de l'ordre, avec cette différence que le prince Repnin comme chancelier de tous les ordres russes portait la chaîne et le manteau de velours vert de l'ordre de St. André, sur un ruban bleu en sautoir. Le maréchal Wittinghoff apporta trois fois au E-oi des verres remplis de vin de Hongrie pour porter les santés du grand duc Alexandre et des chevaliers, l'usage ici n'est pas de faire choquer ses verres, seulement tout le monde se lève en même temps et boit en même temps la tête découverte. Un concert vocal italien se fit entendre pendant tout le dîner. Les chambellans du Roi l'ont servi à table. Après dîner, dans le même ordre de procession, toute la compagnie retourna dans la salle d'assemblée. Un de trois évêques russes, nouveau chevalier, fit un discours à l'Empereur; il est à remarquer, que ce n'est C|ue sous le règne actuel que les évêques russes ont reçu des décorations d'ordre bleu et rouge. LL. MM. ayant salué l'assemblée et s'étant retirées dans leurs appartements, le Roi et tous les chevaliers se retirèrent chacun chez soi, pour y déposer sa dalmatique et le manteau, en ne gardant que le cordon de St. Alexandre. La soirée fut terminée par un bal ; il n'y eut en dames que les princesses de la famille Impériale et des demoiselles d'honneur; et en hommes que les deux grands ducs et les chevaliers attachés à la cour. LL. MM. et le Roi ne dansèrent pas. LL. MM. demandèrent au Roi s'il aimait à jouer

aux cartes ; le Roi s'est avoué très-ignorant et nulleinent amateur en fait de jeux. L'Empereur dit: j'en fais autant. L'Impératrice dit: il faut pourtant que je fasse un piquet par contenance et elle joua pendant une demi-heure avec les trois maréchaux Soltykoff, Repnin et Kamenski. —

Bulletin No. 4(i.

„ 31 août

Gaczyna — — -—- 179 <.

' 12 septembre

Le E,oi ayant demandé à l'Empereur de lui donner quelqu'un qui se chargeât de lui faire voir toutes les beautés de la maison et du jardin de Graczyna, M. de Pleszczeyew^ lui fut donné. C'est un des hommes les plus estimés à cette cour; il a servi dans la marine d'Angleterre; depuis sou retour il a toujours été attaché à l'Empereur et a voyagé avec lui. 11 est actuellement général dans la marine et revêtu des ordres de St. Alexandre. M. de Pleszczeyew passe pour n'avoir jamais déguisé ses pensées. 11 a accompagné le Roi depuis les souterrains de Gaczyna, vraiment curieux, jusqu'au haut d'une tour dont ce vaste château est revêtu. La disposition est restée telle qu'elle était sous le comte Grégoire Orlotf, mais les décorations en marbre , bronze et peintures sont du goût de l'Empereur, qui l'a beaucoup agrandi étant encore grand duc. Un peintre polonais, nommé Labiiîski, élève de Bacciarelli, a peint les arabesques dans

toutes les maisons impériales, mais surtout à Gaczyua où il en a fait de fort belles sur des pilastres de marbre, qui encadrent les tapisseries de la chambre à coucher de l'Impératrice. Cinq grands tableaux de Robert et un de sept pieds de Vernet sont ce qu'il y a de plus beau, ainsi qu'un tableau représentant le dîner de Charles III roi d'Espag-ne, une partie de chasse au cerf que le prince de Condé a donnée à l'Empereur, alors grand duc, à Chantilly; tous les costumes sont rendus avec la plui; exacte vérité dans ces deux derniers tableaux. Il y a un petit tableau d'environ un pied, qui représente les trois grâces peintes sur un morceau de marbre tiré d'Herculanum, le coloris et le dessin sont d'un genre tout particulier, cette pièce est plus curieuse que belle. Un portrait de grandeur naturelle de Pierre-le-Grand à cheval, est un des plus beaux portraits qu'on a de ce prince; il serait à souhaiter que le cheval fut aussi bien dessiné que le héros; l'habillement est plus moderne que dans les autres portraits, le peintre a oublié l'étoile de St. André dont il a rendu la croix avec le plus grand soin. Dans le salon d'assemblée se trouvent deux bas-reliefs remarquables, l'un représente deux figui-es, Tune d'homme et l'autre de femme, il paraît être un ouvrage grec; le temps a rembruni le fond, ce qui fait mieux ressortir les figures qui ont jauni, cela a l'air d'un beau camée. Au-dessus de la cheminée est un Castré d'environ trois pieds de hauteur, très-bien conservé. On prétend qu'il a

appartenu à un des monuments de Trajan, de là il a été transféré à Tare de Constantin, duquel une troupe d'artistes brigands l'ont arraché , et l'ont offert au comte Schouvaloff, qui voyageait alor& en Italie; il en eut" quelques scrupules, mais il l'acheta lorsque les brigands lui dirent: Si vous ne l'achetez pas, nous le vendrons à quelqu'un auti'e. Cinq portraits se font remarquer dans le cabinet de l'Empereur, du prince Henri de Prusse, du maréchal Szeremetieff, du fameux Munnich, de Soltykoff et de E-omanzofF. Au sortir du palais qui est à trois étages, le Roi alla dans le petit jardin particulier de l'Empereur. Le Roi ne fit qu'une petite excursion dans le grand jardin, pour voir une fort belle terrasse qui donne sur un lac d'une eau si claire qu'on en voit le fond. L'Empereur a paru satisfait de voir le plaisir qu'a eu le Roi de cet endroit qu'il aime de préférence. Il dit lui-même qu'il lui parait ne se trouver véritablement chez lui que là. Dans l'après diner le Roi accompagna la famille Impériale dans la grande promenade qu'ils firent tout autour du grand jardin, qui dura plus de deux heures. Un jardinier anglais y a déployé tout son talent. La rivière Ivora fournit l'eau à tous les canaux, tous les ponts sont en pierre de taille. L'Empereur a imaginé l'emplacement d'une terrasse bordée d'un fort beau quai orné de statues, qui, vu de loin, rappelle la terrasse de St. Germain. Le château même rappelle le palais Richmond en Angleterre. En général l'Empereur a un goût

distingué en fait d'architecture, de plantation, de décorations intérieures. L'architecte Breno qui a été à Varsovie, est employé actuellement. Après la promenade il y eut une représentati'on de tours de Pinetti.

Le 1 sept., à huit heures du matin, on se rassembla dans l'appartement de l'Impératrice; le Roi monta dans le carrosse avec l'Impératrice et toutes les princesses pour aller à l'endroit que l'Empereitr avait désigné. La manœuvre militaire fut exécutée par 7600 hommes; nombre de voitures contenaient les personnes de la cour. Les troupes étaient partagées en quatre divisions, la première commandée par le prince Repnin, sous les ordres de l'Empereur^ la seconde par le grand duc Alexandre, la troisième par le grand duc Constantin, la quatrième par le feld-maréchal Kamenski. La manœuvre a duré trois heures, l'infanterie occupait un petit bois, la cavalerie a fait plusieurs attaques. Outre les changements que l'Empereur a introduits, il a fait faire des genouillières aux fantassins pour garantir les genoux, quand ils doivent mettre genoux en terre pendant les charges. L'Empereur, pour montrer sa satisfaction aux officiers, les a fait dîner dans la même galerie où s'est donné le repas. Le Roi accompagna la famille dans une promenade pour voir la maison de Mlle NelidoflF, au faubourg de Graczyna; tout est mignon, petit et propre, comme cela se voyait dans les logements des abbesses en France. On servit un goûter de fruits, thé et café ; attenant

188 MÉMOIRES SECKETS ET INEDITS

à ce jardin est un champ cultivé en toutes sortes de grains et légumes, tout auprès se trouvent les nouvelles casernes et beaucoup de maisons des ■seigneurs de la cour. Le soir il y eut l'opéra de Zémir et Azov.

Le 2, le E,oi visita une seconde fois l'appartement de l'Empereur qui lui fut ouvert par KoutouzolF, son valet de chambre de confiance; né Turc, il fut pris encore enfant et élevé avec beaucoup de soins; il a accompagné l'Empereur dans tous ses vovages. La soirée fut terminée par la représentation d'un vaudeville français, Renaud d'Eastie. Gaillard, malgré son grand âge, joue encore, en attendant l'arrivée de plusieurs acteurs célèbres que l'on fait venir.

Le o, le Roi a assisté à cheval à la manœuvre ; on a exercé les pontonniers à construire un pont sur la rivière, qui a été achevé en moins d'une heure. L'Empereur en parut content et fit manger à sa table tout l'état-major. Le soir on donna deux pièces françaises le Franc Breton et Crispin 7nédecin.

Gaczyna 7/19 septembre 1797.

Toute la cour a ôté le deuil pour faire les félicitations à la grande duchesse Elisabeth, femme du grand duc Alexandre, pour sa fête du lendemain; l'usage est de féliciter la veille.

Le 5, le chevalier Harta, ministre de Portugal, a eu audience de l'Empereur pour lui notifier la naissance d'une princesse de Portugal ; cette audience a été suivie de celle de M. Blohm, envoyé de Danemark, il jouit d'une grande réputation; le soir il y a eu bal à la cour, le Roi a joué au piquet avec l'Impératrice.

Le 6, le Roi est allé entendre la messe dans une église du bourg de Gaczyna où le service se fait tantôt par un prêtre catholique, tantôt par un ministre luthérien. En revenant le Roi est allé voir un obélisque de pierre de taille que l'Empereur a fait élever près du grand chemin; il est haut d'environ 40 pieds ; tout auprès il y a im mur, sur lequel on a tracé toutes les heures du jour, sur lesquelles l'ombre de cet obélisque sert de gromon et rappelle un pareil gromon érigé par Auguste à Rome, qu'un tremblement de terre renversa. Le duc de Crussal, qui a accompagné ici sa sœur la princesse de Tarente, a pris congé de LL. MM. et retourne en Angleterre. Le comte de St. Priest va chercher sa femme en Suède; la soirée a été terminée par la représentation du Franc Breton. Le prince Jousoupoff a présenté à l'Empereur un vase de porcelaine de Pétersbourg, imitant parfaitement les vases étrusques. L'Empereur a fait l'éloge du prince sous la direction duquel cette fabrique s'est perfectionnée.

Le 7, il y a eu manoeuvre ; l'Empereur a fait passer son infanterie par un bois; elle l'a fait avec tant

d'ordre, qu'elle est sortie en front de ligne. Le soir on a donné l'opéra de Ah'na.

Bulletin No. 48.

Gaczvna 11 23 septembre 1797.

Le S, on a donné en russe une pièce de Kotzebue.

Le 9, la cour -a dîné dans une salle du jardin; après une promenade elle a goûté chez le forestier Haudins, dans le parc aux cerfs. Le soir l'opéra comique de Renaud en russe.

Le 10, manoeuvre dans la matinée. Le soir représentation en russe d'une pièce de Kotzebue intitulée les Indieyis a Londres.

Bulletin No. 49.

Gaczyna 14,26 septembre 1797.

Le 11, comme c'est l'usage à la cour, on ôta le deuil de Catherine II la veille pour faii'e les baise -mains de félicitations à la grande duchesse Anne , femme du grand duc Constantin ; le Roi ne s'y trouva pas.

Le 12, comme jour de gala, toutes les princesses et princes dînèrent avec LL. MM. Le maréchal Wielohurski présenta le verre de vin à LL. MM., un chambellan et tous les convives se levèrent pour boire à la santé de la- grande duchesse. Le

DE STANISLAîS AUGUSTE. 191

soir il y eut bal, le Roi joua au piquet avec l'Impératrice. L'Empereur ne joue jamais.

Le 13, le Roi, avec le comte de 8t. Priest et le comte de Nesselrode, est allé entendre la messe âu bourg- de Graczyna. Le soir opéra italien la Molinora. —

Bulletin No. 50.

Gaczyna 18 30 septembre 1797,

Dans la matinée s'est faite la dernière manœuvre, l'Empereur n'étant pas content, l'a recommencée jusqu'à trois fois. Le soir opéra italien la Pastorella nobile.

Le 16, le temps continuant à être beau, l'Empereur dîna en plein air sous une tente qu'il fit dresser dans son petit jardin. Le soir on donna la première représentation de degli cliiaviper amore. Le prince d'Holstein, lieutenant général en chef au service de Prusse, est venu à Gaczyna et a assisté à la manœuvre, l'Empereur le traite comme un prince du sang-. Louis XYIII a eu un présent de 200 mille roubles de l'Empereur et son agrément d'aller demeurer à Jevern, seigneurie appartenant à l'Empereur par succession après sa mère princesse d'Anhalt, et qui est situé entre Brème et Embden. Le revenu actuel de Louis XVIII ne consiste qu'en ce que l'Espagne et Naples lui fournissent ; ce n'est •que huit mille ducats; son frère qui demeure à

192 MÉMOIHES t<ECBETS ET INEDITS

Edimbourg, reçoit du roi d'Angleterre 70 mille ducats. Le prince de Tarente reçoit de la Russie une pension de 3000 roubles. Le corps des chevaliers-gardes va être diminué; on ne sait si le marquis d'Antichamp restera ou s'il sera transféré ailleurs. Les deux feld-maréchaux Repnin et Kamenski ont reçu chacun une bague avec le portrait de l'Empereur entouré de diamants. Les généraux inférieurs ont eu des boîtes, des bagues avec le chiffre de l'Empereur en diamants.

Le 17, une grande partie des régiments qui ont manœuvré ont reçu un ou deux roubles par tête de gratification et sont repartis. Le soir l'opéra degli chiavi per amore a été répété.

Bulletin No. 51.

Gaczyna.

Le 18, dans l'après dîner le E,oi a accompagné la cour qui est allée voir une carrière de pierre qui sert à toutes les constructions de Graczyna; on taille de très-grands blocs et des détriments; on y brûle de la chaux pour les casernes et maisons des seigneurs habitués près de la personne de l'Empereur. Le soir il y eut représentation de l'opéra italien la lanterne de Diogène.

Le 19, selon l'usage la cour ôta le deuil; dès huit heures on se rassembla dans les appartements

de' STANISLAS AUGUSTE. 193

de l'Empereur, le Roi fut le premier qui complimenta l'Empereur pour son jour de naissance. Après que le Roi se fut retiré, les baise-mains eurent lieu, il ne remonta que pour le souper, quoique LL. MM. l'en dispensèrent à cause d'un gros rhume.

Le 20, le Roi avec sa suite alla entendre la messe à l'église du faubourg, le prêtre chanta un Te Deum à cause de la fête du jour. Le prince Stanislas, le comte Mniszech, le maréchal Tyszkiewicz et le comte Moszyiiski, furent déclarés conseillers privés d'état, ce qui donne le rang de général en chef. Le prince Stanislas a eu le cordon de St. Alexandre, M. Tyszkiewicz est maréchal de Lithuanie dans tout le gouvernement du prince Repnin, excepté Minsk, qui reste sous le gouvernement de M. Berleszew, ainsi que les provinces méridionales de la Pologne. M. de St. Priest a reçu en don pour lui et ses fils une starostie après M. Pac. Le comte Choiseul a reçu de l'Empereur six mille ducats de rente; un de ses fils devait épouser la troisième fille de Mme Szczçsna Potocka, appelée Constance, qu'on dit plus jolie et plus instruite que ses deux sœurs aînées, mais boiteuse; pourtant cela a changé et le jeune Choiseul épouse Victoire, la seconde fille. Mme Szczçsna sollicite toujours la confirmation du règlement de Catherine II, savoir que son mari lui rende un revenu égal à celui dont elle avait hérité en propre de son père; cette afiaire est renvoyée à la décision de M. Berleszew. Mme Szczçsna témoigne les plus grandes attentions

au Roi et aux personnes de sa famille. La femme du prince Xavier, née Rzewuska, s'est séparée de "son mari, pour yivre avec M. Hogner, ci-devant ministre de Hollande, à présent négociant à Odessa.

L'Impératrice a donné à l'Empereur pour bouquet une tète à l'huile peinte par elle d'après Charles Muratte, un cheval et deux grands vases de marbre blanc, ornés de bras de bronze. Le soir il y eut bal, le E,oi joua au piquet avec l'Impératrice.

Le 21, le comte et la comtesse Mniszech et le comte de St. Priest retournèrent à Pétersbourg; l'Empereur ayant témoigné au Roi le désir de faire avec lui une promenade à cheval, la journée étant belle, ils partirent, accompagnés des deux grands ducs, du prince Repnin et de plusieurs généraux jusqu'à un moulin situé à sept verstes de Gaczyna ; l'Impératrice avec les princesses s'y rendit en carrosse. L'on y dîna. Le soir il y eut représentation française de X Avocat 'patelin et du Déguisement inutile. Après souper le Roi prit congé de LL. MM. en témoignant le désir de venir à Gaczyna pour la fête de l'Impératrice, ce qui fut très-gracieusement accordé. —

Bulletin No. 52.

„ , , 25 septembre „„

Petersboure ^ li9(.

" 7 octobre

Le 22, le E.oi est revenu à Pétersboiirg-.

Le 23, il est allé avec sa famille voir la nouvelle collection de tableaux du chancelier Bezborodko; il a eu l'attention jjour Mme de Podolie de lui préparer un fauteuil à roulette pour monter l'escalier.

Le 25, le Roi est allé voir le nouvel établissement de charité que l'Impératrice vient d'instituer pour des orphelins et pour accoucher des personnes indigentes.

Bulletin No. 53.

^,, , 29 septembre . „„

Peters Dourg .- —■ 1 < 9 1 .

" 11 octobre

Le 26, le Roi est allé avec sa sœur et MM. de Mniszech revoir la galerie -du comte StrogonofF, qui a eu cette fois-ci la satisfaction de la lui montrer luimême; il a fait descendre tous les tableaux pour les bien faire voir au Roi. Le nonce Litto et son frère y ont été aussi.

Après, le comte Strogonoff a fait voir au Roi sa collection d'histoire naturelle, et toute sa maison ; l'appartement de sa belle -fille a étonné par son élégance l'évêque de Rennes. M. Nowosielcow»

neveu du comte Strogonoff, fit entendre au Roi le son d'un piano-forte fait à Pétersbourg, qui surpasse tout ce que le Roi a entendu en instruments de ce genre.

Le 26 sept., le Roi est allé voir un brocanteur nouvellement arrivé, nommé Lioneki. Le Roi en passant a été étonné de voir combien le nouveau palais de St. Michel était déjà avancé.

Le 27 sept., le Roi est allé voir l'Hermitage. Le prince JousoupofF a mis en ordre les collections.

On a fait monter Mme de Podolie en roulette par la même rampe dont feu l'Impératrice se servait. Le Roi a vu les changements que l'architecte Brenno a faits à ce château par ordre de l'Empereur et qui l'embelliront beaucoup.

Bulletin Xo. 54.

Péterstourg 2 14 octobre 1797.

Le prince Repnin -est parti inopinément pour Vilna, avec une commission particulière de l'Empereur. Un bruit se répand qu'on a découvert quelques complots en Volhynie et en Lithuanie, mais il n'y a rien de certain; le Roi est allé voir le reste des tableaux chez le brocanteur Lioneki, mais il n'a rien trouvé de remarquable.

Pétersbourg 6 18 octobre 1797.

Le 2, le Eoi est allé voir la maisonnette de bois où Pierre-le-Grand logea, lorsqu'il entreprit de fonder la ville de Pétersbourg-. Pour conserver ce souvenir de Pierre-le-Grand, on a bâti au-dessus de cette maisonnette un couvercle, ce qui la fera durer encore longtemps; on conserve une barque et des rames, dont on prétend que Pierre-le-Grand s'est servi.

Le 3, le Roi est allé voir les pompes à feu, dont l'une servira à des ouvrages de fer et l'autre donnera le mouvement à un moulin, qui non-seulement doit produire la plus belle farine, mais il séparera en trois les matières farineuses; les résultats se mentirent toujours inférieurs à l'annonce, mais ce qu'il y a de curieux, ce sont les meules, qui sont d'une espèce de pierre à fusil tirée de la Champagne; combien il a fallu de soins pour les transporter jusqu'en Russie; de plus ces meules, beaucoup plus grandes que les ordinaires, ne sont pas d'une seule pièce; celle qu'on a montrée au Roi est de 64 morceaux unis avec du fer et du ciment.

Le soir la princesse Dolgorouki fit une surprise

au Roi, en lui faisant trouver un théâtre dans le palais de marbre, on a joué deux pièces françaises; le comte Golowkin, la comtesse LihvinofF, le comte Lerchenfeld, le marquis de Mont-Mort, M. Rivière,

la princesse Dolg-oroiiki étaient les acteurs, une quarantaine de personnes invitées par la princesse Dolgorouki, furent les spectateurs et soupèrent chez le Roi.

Le 4, étant l'anniversaire de la consécration de l'église catholique, le Roi s'y rendit avec toute sa famille ; la messe fut chantée par le nonce Litto. — Les archevêques de Polock, le métropolitain Rostocki et l'évêque de Rennes furent présents.

Le 5, le Roi ayant appris que l'Empereur avait donné ordre qu'une de ses loges au spectacle fut toujours réservée pour lui, alla le soir à la représentation de l'opéra de Didon. Le prince Jousoupoff, l'ayant reçu à la porte, lui dit: l'Empereur, sachant que vous aviez la vue basse, m'a dit de vous conduire ici pour être plus près du spectacle, c'est la loge qu'il occupait étant grand duc; cependant si vous voulez jouir bien de l'optique pour la dernière scène, j'aurai l'honneur de vous conduire à la loge Impériale; ce qui fut exécuté.

Le 8 , l'Impératrice ayant su que le Roi avait cherché à se procurer la relation de l'ambassade à la Chine de lord Macartney, a eu la gracieuse attention de lui envoyer cet ouvrage par M. Yiolier; le Roi le chargea de témoigner à Sa Majesté toute sa reconnaissance.

DE STANISLAS ArGUSTE. l99

Bulletin No. 50.

Pétersbourg 9/21 octobre 1797.

Le 6, le Roi est allé voir la cathédrale située dans la forteresse, qui est au milieu de la Xeva, qui fut commencée par Pierre-le-Grand et achevée par l'Impératrice Anne. Ce qui rend cette église remarquable, c'est qu'elle contient, non pas dans un caveau, mais sur le même pavé où est l'autel au côté droit, six cercueils couverts chacun d'un drap d'or aux armes Impériales; le premier est celui de Pierre-le-Grand, à côté duquel Catherine II a fait poser à terre le pavillon de la flotte turque pris à Tchesme ; le second est celui de Catherine I; le troisième celui de l'impératrice Anne; le quatrième de l'impératrice Elisabeth ; le cinquième celui de Pierre III ; Ip sixième de Catherine II. Et dans la nef gauche se trouve le cercueil de la grand'mère de l'Empereur actuel, sœur aînée de l'impératrice Elisabeth, mariée au duc de Holstein père de Pierre III; à côté de cette église est un bâtiment voûté, qui contient uniquement le bateau sur lequel Pierre-le- Grand, encore jeune, se contraignit lui-même à ne pas craindre l'eau sur un lac près de Moscou.

Le 7, le E.oi dans sa promenade du matin alla rendre visite à la comtesse Anne Nikilyczna Naryszkin, qui demeure encore à sa campagne. Le soir le Roi est allé au spectacle de société, auquel

il a été invité ; ce sont les Allemands et les Livoniens qui demeurent ici, qui entretiennent à leurs frais ce théâtre, sur lequel les personnes de leur société s'amusent à jouer, ils ont très-bien joué une pièce de Kotzebue.

Le 8, M. Borgien, banquier du Eoi, lui a appris l'agréable nouvelle que les deux groupes qu'il a destinés à l'Empereur, sont heureusement arrivés.

Bulletin No. 57.

Pétersbourg 13 25 octobre 1797.

Le 9, le Roi avec toute sa famille a soupe chez la princesse Dolgorouki; c'était une surprise que le Roi voulait faire h la princesse, mais elle avait été prévenue.

Le 10, le Roi dans sa promenade est allé visiter l'atelier de M. Riet, un des peintres les plus estimés ici pour la miniature.

Le 12, le Roi est allé voir la pompe à feu, mise en action; il a vu des fontes en fer, en sa présence, et de la plus grande beauté, des cheminées, des cuisines de vaisseaux etc. etc. Le même jour a dîné chez le Roi un évéque grec, né à Corfou, nommé IJgene; il a traduit l'Enéide en vers grecs, avec grand succès. Il parle français, italien, connaît leurs littératures; sa conversation est instructive et gaie, il a déjà 80 ans.

Le 13, le Roi a fait ses dévotions et est ])arti pour Gaczyna. —

Bulletin No. 58.

Gaczyna lô 27 octobre 171>7.

Le mauvais chemin a tellement endommagé les voitures du Roi qu'il n'arriva que le soir à Gaczyna. Mme de Mniszech a été tellement fatiguée dans son état de grossesse qu'elle a été obligée de se mettre au lit; l'Impératrice a demandé après Mme de Podolie et sa petite-fille qui sont restées à Pétersbourg, ensuite elle a demandé au Roi s'il était vrai que le prince Stanislas se mariait? le Roi répondit, qu'il ne savait rien là -dessus; elle demanda dans quel état de santé se trouvait le prince Joseph, neveu du Roi, lequel répondit, qu'elle se trouvait si mauvaise , qu'il n'avait pas pu accompagner sa sœur pour aller voir leur mère.

Le 14, le dîner de cérémonie se passa comme de coutume, le soir il y eut bal, le Roi joua au piquet avec l'Impératrice , les deux princes Kourakin, le comte StrogonotF, l'envoyé d'Angleterre Withworth, lequel avec le comte Dietrichstein ont été les seuls de tout le corps diplomatique priés à Gaczyna. Le prince Kourakin et M. de Wasiliew, grand trésorier, ont reçu de l'Empereur des étoiles en diamants de l'ordre de St. Alexandre; sous le règne actuel il n'est pas permis de

202 MÉ5I0IEES SECREIS ET INÉDITS

porter des étoiles d'ordres en diamants, à moins de les avoir reçus de l'Empereur; la comtesse de Mniszech n'a paru qu'à dîner.

Le 15, le Roi a fait une surprise à l'Impératrice par la représentation de l'opéra italien Zetwhie, qui a été très-bien exécuté ; les habillements étaient de la plus grande magnificence, le décorateur Gonzaga s'est surpassé ; sur un petit théâtre et de peu de profondeur il a su produire des effets magiques; après l'opéra. Pic donna un ballet dans lequel il brilla malgré son âge de 60 ans. Mme de Mniszech n'a pu voir ce spectacle. Après souper le Roi a pris congé de LL. MM.

Bulletin Xo. 59.

Ti -i v 20 octobre , „

Petersbourg ^ — li9i.

1 uovembre

Le 16, le Roi est revenu à Pétersbourg. Mme de Mniszech est aussi revenue, mais couchée" dans une voiture.

Le 18 , on a vu la pi'eiuière neige. L'évêque de Rennes, se trouvant incommodé, a eu recours à la doribella , remède qu'il a fait connaître le premier. 11 n'a pas encore été présenté à la cour et ne le sera que quand elle retournera en ville; on croit que ce sera le lendemain de l'anniversaire de la mort de Catherine II et que le lendemain se fera la cérémonie de la fête des trois ordres réunis de Russie.

Bulletin Xo. (30.

^ . , 30 octobre ,^„„

PftersDourg — ; — 1^9/.

11 novembre

Le 24 , presque toutes les dames et messieurs de la connaissance du Eoi sont venus souper chez lui ; presque tous les jours il a du monde à souper et à dîner, tant des pei'sonnes du pays que des ministres étrangers et des voyageurs.

Le 29, étant le jour de naissance de la princesse Dolgorouki, il y eut un souper chez le Roi et un concert italien; l'envoyé d'Angleterre Withworth a fait venir les premières huitres pour le souper du Hoi ; après souper le duc de Crussol a chanté des couplets en l'honneur de la princesse Dolgorouki, composés par M. Lerchenfeld. neveu du comte Nesselrode. Dans cette semaine on a vu les premières glaces sur la Xéva, et les ponts principaux sont ôtés. C'est l'anniversaire du jour où le Roi fut enlevé en 1771 par les confédérés et miraculeusement sauvé.

Bulletin No. (il.

Petersbourg 3 15 novembre 1797.

Le dégel et la pluie ont ramené la boue dans la ville. Comme l'église catholique se conforme ici au calendrier de Russie, le Roi a fait hier

ses dévotions pour le jour des morts. On assure que le prince de Condé, avec son petit-fils le duc d'Enghien , est à Gaczyna; son fils, le duc de Boui'bon, doit être resté auprès du comte d'Artois à Edimbourg. Le duc de Richelieu est à Zarskoselo auprès du régiment des cuirassiers qu'il commande.

Bulletin No. 62.

Pétersbourg 6/18 novembre 1797.

Il s'est trouvé que c'était faux, que le prince de Condé fût déjà à Gaczyna. Aujourd'hui l'Empereur a assisté à Zarskoselo au service de l'église, pour l'anniversaire de la mort de Catherine II; on assure que la cour rentrera en ville demain. L'abbé Arthur Dillon est actuellement ici avec un jeune Anglais, nommé Onslow , que la famille lui a confié ; on apprend que la cour arrive ce soir.

Bulletin No. 63.

Le 8, quatre chambellans impériaux sont venus vers les dix heures du matin avertir le Roi qu'il était temps de se rendre au château, et qu'ils avaient ordre de porter la queue du manteau du Roi de l'ordre de St. André, qui, par distinction pour le Roi, était presque aussi ample que celui

de l'Empereur; il était de velours vert doublé d'hermine, par-dessus le collet du manteau était attachée la chaîne de l'ordre de St. André, dessous le manteau était la même soubreveste d'argent galonnée et frangée d'or avec une croix de galon sur la poitrine comme pour l'habit d'ordre de St. Alexandre. L'Empereur régnant a aboli les souliers blancs et les bas rouges, et a substitué les souliers noirs et les bas blancs pour ceux qui ne sont pas militaires. Le chapeau est en velours noir à un bord relevé avec deux plumes blanches et une rouge, du côté droit est une croix de rubans bleus en sautoir à la place du bouton. Le Roi fut introduit dans la chambre de velours bleu, où les deux grands ducs et les princesses attendaient la sortie de LL. MM., les grands ducs précédaient le Roi. Pendant le service divin il y eut un fauteuil marqué pour le Roi dans une salle attenant à la chapelle impériale. Lorsque les baise-mains allaient commencer, le Roi s'approcha de l'Empereur et le salua, et l'Empereur l'embrassa, ensuite il salua l'Impératrice et se remit à sa place. Les deux grands ducs et après tous les chevaliers de Ste. André baisèrent la main à l'Empereur qui les baisa à la joue. Après les chevaliers de l'ordre de Ste. Catherine baisèrent les mains à l'Empereur et à l'Impératrice qui les baisa à la joue. Après, tous les chevaliers de St. Alexandre, de Ste. Anne et de St. George baisèrent la main à l'Empereur et saluèrent l'Impératrice, puis on passa dans la salle du festin. Les chevaliers de

8t. George allèrent les premiers deux à deux, puis ceux de Ste. Anne, de St. Alexandre, selon les dates de leur réception. Les évéques et autres prélats non unis, qui étaient chevaliers d'ordre, marchaient en troisième entre deux chevaliers séculiers, les hérauts précédaient chaque ordre. Les manteaux des g-rands ducs ne différaient pas des autres chevaliers. Les officiers, les grands ducs et l'Empereur étaient en grosses bottes de service; l'Empereur portait la gi-ande couronne en diamants, l'Impératrice la petite et une soubreveste semblable à celle des chevaliers par-dessus le corps de robe et le panier, les jupes à grands paniers de toutes les dames de l'ordre de Ste. Catherine étaient d'argent ornées de velours vert en petites bouffes et de broderies en or. La traîne de velours vert brodé d'or, le chapeau relevé d'un clabaud était orné d'une demi roue d'argent pour les dames et de diamants pour les princesses, en mémoire du martj're de Ste. Catherine. Outre les gardes devant lesquels la procession passait, il y avait des trompettes et des timbales qui jouaient à l'approche de l'Empereur. 180 chevaliers des trois ordres furent placés à table, ainsi qu'une trentaine de dame , y compris les princesses de la famille impériale, de l'ordre de Ste. Catherine. La table était en fer à cheval, le milieu, où l'Empereur à droite et l'Impératrice à gauche étaient placés comme chefs de l'ordre, était avancé de quelques pas hors de la ligne des autres couverts. Le Eoi se trou-

DK .STANISLAS AUGUSTE. 207

vait à la droite de l'Empereur, les grands ducs à la droite du Roi, le grand écuyer Naiyszkin à la droite des grands ducs, et à sa droite le premier par ancienneté, le comte Muiszech. A la gauche de l'Impératrice toutes les princesses de la famille Impériale, et ensuite toutes les dames de l'ordre de Ste. Catherine. Mme Potocka, née Mniszech, se trouva être la première par ancienneté, parce que Mme de Mniszech, née Zamojska, ne va plus à la cour, à cause de son incommodité. Les archevêques et évêques se trouvèrent vis-à-vis de LL. MM.; entre eux se trouvaient debout les trois maréchaux et les maîtres de cérémonies des ordres réunis, dont la fête est fixée le jour de la 8t. Michel comme patron de tous les ordres. Le nonce et les ministres étrangers ont assisté debout. D'abord après dîner l'Empereur permit à l'assemblée de se retirer. A sept heures du soir le Roi fut encore introduit dans la salle bleue avec la famille Impériale pour y attendre LL. MM. L'Empereur et tous les hommes étaient en habits ordinaires, en bas et souliers; l'Impératrice et toutes les dames à la soubreveste près ont consente les habits et la parure de l'ordre. On se rendit dans la salle dite de St. G-eorge, elle est ornée de colonnes de marbre du pays, dont les bases et les chapiteaux sont de bronze doré. Dans l'attique qui règne au-dessus de l'ordre de Ste. Catherine sont des balustrades, où se trouvaient beaucoup de spectateurs; dans un carré long au-dessus de la porte était l'orchestre; huit marches couvertes de

velours rouge conduisaient au trône ; à côté sont deux niches dans lesquelles on a placé ces deux statues de marbre voilées, représentant la religion et la foi, qui ont passé du temps de Pierre-le-Grand au jardin de Wilanow. Le bal a duré jusqu'à neuf heures, au-dessus du dais se trouve un bas-relief aux armes de l'Empire avec St. George. L'Impératrice- a joué au piquet avec le Roi, l'ambassadeur de Suède, le maréchal Soltykoff, le vice-chancelier Kourakin et l'envoyé d'Autriche ; à neuf heures LL. MM. se retirèrent, le bal a fini sans souper; avant le bal, l'évêque de Rennes a été présenté ; le prince de Condé n'est pas encore arrivé. —

Bulletin No. 64.

Pétersbourg 13/25 novembre 1797.

La Neva est prise, mais la police ne permet pas encore de passer dessus, quoique les glaçons qui viennent ici du lac Ladoga, soient immenses; mais ici on n'est pas dans l'usage d'aider la rivière à prendre comme à Varsovie. L'Empereur, outre les autres embellissements qu'il a fait faire, a aussi fait un théâtre à l'Hermitage. Le Roi a reçu l'invitation de venir au théâtre de la cour, qui se donnera le mardi et le vendredi à l'Hermitage à six heures du soir.

Bulletin No. 05.

Péterstourg 17,29 novembre 1797.

Le 13, on a donné l'opéra de Zénohie; comme le théâtre de Pétersbourg est plus grand, Gonzaga a été obligé de faire en hâte de nouvelles décorations.

Le 15, le Hoi fut invité au bal de la cour, qui dura depuis sept heures jusqu'à neuf. L'Impératrice après avoir dansé une polonaise avec le E,oi, lui demanda s'il jouait au boston, et comme le Roi ne sait pas ce jeu, elle forma sa partie avec le feldmaréchal Soltykofi, le prince Kourakin, et le comte Zawadovfski. S. M., qui ne joue pas, s'entretint avec le E.oi et plusieurt autres personnes. —

Bulletin No. GG.

,, , 20 novembre , ^,,^

PetersDOurff — —, -. — ^ 1(9<.

. ° 2 décembre

Le spectacle fut contremandé à la cour à cause de la mort du roi de Prusse; le deuil fut ordonné pour quatre semaines. Le grand chambellan Ivan Schouvaloff, qui a joui d'une si grande faveur sous le règne de l'impératrice Elisabeth, étant mort, l'Empereur donna sa place au comte Strogonofl'. L'hiver a déjà commencé à s'établir, le froid a passé dix degrés, les voitures passent déjà la Xéva. L'en-

trée du bailli Litto comme ambassadeur de l'ordre de Malte doit avoir lieu dans huit jours.

Bulletin No. G 7.

Ti'. , 24 novembre ,„,,

PetersDoure ^—^, r — 1/9/.

^ 5 décembre

Le Roi n'a pas été au bal de la cour, à cause d'un ressentiment de goutte. Dans l'après dîner le prince de Condé, ayant avant envoyé demander au E,oi par le comte de Dumas quand il le trouverait, est venu lui faire visite. Le prince de Condé, en arrivant au palais de la Tauride, a trouvé tous les domestiques destinés à le servir portant la livrée de sa maison ; l'Empereur a ajouté encore à cette galanterie de faire peindre les armes du prince sur les voitures de la cour destinées à son usage. Le duc de Bourbon, son fils, est attendu sous peu de jours, son petit-fils le duc d'Enghien ne le sera pas de sitôt.

Le 23, dans l'après dîner le Roi est allé rendre visite au prince de Condé, mais il ne l'a pas trouvé à la maison. —

Pé'terstourg !^— r-; ; 1797.

° 9 décembre

Au bal de la cour qui a eu lieu le 24, le Roi a joué au piquet avec l'Impérati'ice.

Le 25, le prince Bezborodko a dîné chez le E,oi ainsi que le sénateur SoymonofF, M. Walicki et plusieurs autres connaisseurs de tableaux ; le Roi leur a fait voir: l'amour du Guide, l'Andromède de Titien, le Christ mort de Luc (xiordano, le Christ couronné d'épines de Rembrandt, l'Abraham de Cigoli et les apôtres de Rubens, Le Roi a dit au prince Bezborodko de choisir parmi ces tableaux celui qui lui plairait le plus, il a choisi le Christ de Luc Giordano; mais le Roi, sachant que les apôtres de Rubens lui plaisaient davantage, les a envoyés aussi au prince qui en a témoigné une grande satisfaction.

Le 26, le prince de Condé a dîné chez le Roi, ainsi que la princesse de Tarente, les deux princes Kourakin, le comte Wielohorski, maréchal de la cour chargé d'en faire les honneurs au prince de Condé, le major Kretow, le marquis d'Antichamp et sa femme, le comte de Briihl et sa femme, le comte de Choiseul avec son fils, le duc de Laval avec son fils, le comte Vismenil, MM. d'Eguille de Dames et de Conti, officiers attachés au prince de Condé, le chevalier Angard, M. de Lambert qui a écrit un voyage aux Indes; le prince de Condé a paru satisfait de trouver rassemblés tous les Français de marque actuellement ici ; il a paru accueillir particulièrement l'évêque de Rennes. Un rhumatisme a empêché le Roi de se rendre au bal de la cour. —

212 MÉÎIOIRES 8ECKEÏS KT INKDITS

Bulletin No. 69.

Pétersbourg 1/13 décembre 171)7.

Le 28, l'ambassadeur de Malte, Litto, s'est rendu à la maison de campagne de la comtesse Skowraiiska ; là se rassemblèrent une quantité de carrosses de seigneurs de la cour de Russie et le carrosse impérial , dans lequel l'ambassadeur fut placé à la droite du prince Jousoupoff, et le grand maître de cérémonie Watujeff vis-à-vis; le carrosse fut précédé de trois voitures de l'ambassadeur dans lesquelles se trouvaient les chevaliers Raczyiîski, Vitri et Choiseul , et deux aumôniers de l'ordre , plusieurs chariots, • comme de bagages de l'ambassadeur, faisaient suite. Il fut conduit ainsi à l'hôtel qu'il habitait depuis longtemps. Le soir il y eut spectacle, le Roi y a assisté. L'Empereur a permis à Mme de Podolie de monter la rampe construite pour feu l'Impératrice.

Le 28, l'Empereur a conféré l'ordre de St. André au prince de Condé et lui a fait présent de dix mille paysans et d'un palais. Le marquis d' Antichamp a été déclaré inspecteur des quatre escadrons de cavalerie.

Le 29, l'ambassadeur de Malte, revêtu de l'habillement de cérémonie de l'ordre, a eu sa première audience de l'Empereur, qu'il a revêtu de l'habit de l'ordre et lui a remis la croix qu'a porté

le grand maître Jean de la Valette, (jui a défendu Malte contre les Turcs. 11 a remis des croi:x, à l'Impératrice et aux grands ducs. La croix du grand maître Villiers de l'isle Adam , encore à Rhodes, a été aussi remise à l'Empereur, qui a ordonné qu'elle soit déposée au trésor de Moscou. Dans l'après dîner l'ambassadeur a remis les autres croix, dont l'Empereur a disposé en faveur du prince de Condé, en le créant grand-prieur, et des princes Bezborodko, Kourakin, MM. de Litto, de Sievers, Wielohorski, Poniiiski, Raczyiiki, Grabowski etc. etc. Le grand-prieur a 16,0(iO roubles, les commanderies ont 6 à 8 mille de pension.

Le 30, étant la fête de l'ordre de St. André, les cérémonies furent les mêmes que pour les autres ordres. Les princesses qui n'ont que l'ordre de Ste. Catherine n'ont pas paru ; le prince de Condé, quoique le plus jeune des chevaliers, a précédé les grands ducs; le E,oi suivait l'Impératrice, et l'Empereur, la couronne sur la tête, marchait le dernier. Le soir il y a eu bal dans la salle de St. George, le Roi a joué au piquet avec l'Impératrice, le prince de Condé, l'ambassadeur de Suède, l'envoyé d'Angleterre, le comte Soltykofif et le prince Kourakin.

214 MÉMOIKES SECRETS EX INEDITS

Bulletin No. 70.

Pétersbourg 4 1(5 déceiBbre 1797.

On a donné en russe la tragédie du faux Deynetnus; l'auteur, feu M. Soumarakolf, a substitué à la Marina Mniszech une princesse Xenia qui n'a jamais existé; le Roi a eu une traduction française; les costumes étaient fort beaux.

Le 2, le prince Bezborodko, grand chancelier, a donné un grand diner pour le nouvel ambassadeur de Malte, Litto; tout le corps diplomatique, les personnes les plus remarquables du pays y furent; le comte Mniszech et l'évèque de Rennes en ont été aussi; le prince de Condé n'y a pas été parce que le dîner était diplomatique; la cuisine était de la plus grande recherche, les vins les plus exquis, des centaines de bougies ont éclairé à dîner, des cassolettes exhalaient les parfums les plus précieux, toutes les assiettes de dessert étaient couvertes de cloches du plus beau verre de la fabrique d'ici, orné de dessins étrusques. Le même soir, le prince de Condé et sa suite ont soupe chez le Roi, plusieurs dames du pays et tous les étrangers s'y sont trouvés. On achève un pont de bateaux, car la glace est trop mince pour soutenir les voitures.

Le 3, le Roi avec les personnes de sa famille s'est rendu, sur l'invitation de S. M. l'Impératrice, au bal qui a eu lieu à . la communauté des demoi-

DE STANISLAS AUGUSIE. 215

selles; l'Empereur a commencé le bal par une polonaise avec une des élèves; l'Impératrice en a dansé une avec le E.oi et une avec le prince de Condé; au bout d'une heure on a servi le souper dans une salle attenante; l'Impératrice en a fait les honneurs tantôt assise, tantôt debout; après souper elle a fait danser une contredanse française, la grande duchesse Alexandre a dansé avec un cavalier de la suite du prince de Condé; à dix heures LL. 3IM. se sont retirées; leur enfants sont encore restés près d'une heure: 3Ime de Podolie a été présentée à la grande duchesse Elisabeth, épouse du grand duc Alexandre; Mmes de Podolie et de Mniszech n'ont pas souffert dt; la fatigue de cette soirée. —

Bulletin No. 71.

Pétersbourg 8 20 dt'cembre 1797.

Le 4, on a donné l'opéra de Zénohie.

Le 6, il y a eu bal à la cour pour la fête du petit grand duc Nicolas. Le Eoi a joué au piquet avec l'Impératrice ; le prince de Hohenthal a été présenté à l'Empereur, il entre au service de Russie. Il a servi comme général - major avec distinction dans l'armée de Condé.

Le 7, il Y a eu bal de cour pour le jour de naissance de la mère de l'Impératrice. Le comte Valérien Zoubow a paru à la cour sans uniforme,

n'étant pins au service; son genou droit est appuyé sur un bois. L'Empereur l'a fort bien accueilli, sa femme n'a pas encore été présentée.

Bulletin No. 72.

Pétersbourg 11,23 décembre 1797.

Le 8, on a donné au théâtre le Philosophe sans le savoir, suivi du ballet de la belle Arsène. LL. MM. ont souhaité voir sur le théâtre du palais de marbre Camille joué par la société de la princesse Dolgorouki, et l'Impératrice a ajouté que ce fût bientôt, avant son terme. En conséquence le Roi a prié la princesse Dolgorouki d'en presser les préparatifs.

Le 9, le prince de Condé a soupe chez le Roi.

Le 10, le prince de Condé a reçu des mains de l'Empereur des drapeaux et étendards pour les régiments dont il reste chef. Cinq drapeaux pour chaque bataillon , deux étendards pour chaque escadron ; ils furent ainsi distribués sur dix traîneaux, sur chacun desquels il y avait un officier pour les tenir; toute la parade en présence de l'Empereur salua ces drapeaux lorsqu'ils partirent de la place pour se rendre au palais de la Tauride ; l'Empereur les trouva ornant la chambre du prince de Condé lorsque dans l'après dîner il alla lui rendre visite. L'Empereur a ajouté encore la galanterie de faire peindre des fleurs de lys aux quatre coins de ces

drapeaux, le milieu est rempli des armes russes. Messieurs d'Eguille et de Lorraine partent avec ces drapeaux pour les remettre à leurs régiments. Le duc d'Enghien doit venir se présenter à l'Empereur et partir ensuite avec le prince de Condé pour l'ai'mée russe - française , qui va être établie en Volhynie. Le duc de Bourbon est à Blukenberg auprès de Louis XVIII; il n'ira à Ivern que quand on pourra être sûr que les corsaires français n'infecteront pas ces côtes.

Bulletin No. 73.

Petersbourg 15/27 décembre 1797.

Le 12, il y a eu bal à la cour pour le jour du grand duc Alexandre ; il a accompli sa vingtième année. L'Impératrice n'a pas paru à cause d'une petite incommodité.

Le 13, il y a eu aussi bal pour la naissance de la grande duchesse Hélène, seconde fille de LL. MM. L'Impératrice n'a pas encore paru, le Roi non plus, à cause d'un petit ressentiment de goutte.

Bulletin No. 74.

Pétersbourg 18/.30 décembre 1797.

Monsieur Groven, ministre de Prusse, a présenté au Roi le lieutenant-général Kleist, envoyé par le

218 5IÉM0IKES SECKETS ET INEDITS

nouveau E-oi annoncer son avènement au trône à LL. MM.; ils dînent aujourd'hui chez le Roi; pendant l'avent il n'y a ni bal ni spectacle à la cour. On hâte les répétitions de la pièce de Camille pour qu'elle puisse être donnée dans quinze jours; on suppose que le terme de la grossesse de l'Impératrice aura lieu à la lin de janvier. Le prince de Condé s'est invité lui-même à dîner chez le Roi ; tous \e% vendredis les ministres étrangers catholiques font un dîner maigre chez le Roi. —

„ ,^ . 22 liécembre 1797.

^ 3 janvier 1798.

L'Empereur a envoyé le chambellan Naryszkin pour remercier le Roi des deux groupes en marbre, représentant l'un Pygmalion, et l'autre Prométhée animant l'homme avec le feu dérobé du ciel, et pour dire qu'ils lui faisaient grand plaisir et qu'il ferait hâter les piédestaux, afin que le Roi puisse les voir au premier bal dans la salle de St. George. La nouvelle étant venue qu'on n'accorderait plus d'asile en Allemagne à Louis XYIII, l'Empereur a envoyé en hôte à Mitau pour mettre le château en état de recevoir le roi de Erance, et peut-être ce prince viendra-t-il à Pétersbourg.

Bulletin No. 7{>.

, ^ 25 décemlji-e 1797.

Petersbourg . . . ,Qa~ "^ 6 janvier 1798.

L'Empereur a envoyé au Roi une ci'oix et l'étoile de l'ordre de St. xindré, très-richement ornées de brillants. Le Roi a fait ses dévotions, l'Empereur a fait les siennes le même jour. Le Roi a entendu les trois messes d'usage dans l'église catholique. Le Pape a réglé que tous les catholiques se trouvant dans l'empire de Russie doivent suivre pour toutes les solennités d'église l'almanach russe.

Bulletin No. 77.

„ ,^ , 29 décembre 1797.

Petersbourg „ . . ,,„„ - "^ 9 janvier 1798.

Quoique la nouvelle de la mort du duc de Wurtemberg ait très-vivement affecté l'Impératrice, sa fille, sa santé n'en a pas souffert. Le prince de Condé, en entrant dans le palais dont l'Empereur lui a fait présent, a trouvé sur la porte l'inscription : Hôtel de Condé, que l'Empereur a fait mettre après avoir fait meubler à neuf cette belle maison. Le prince de Hohenlohe est allé rejoindre sa femme en Allemagne. Le Roi a fait témoigner à l'Impératrice par le général Bezborodko la part qu'il prend à son affliction ; elle l'en a fait remercier.

Bulletin No. 78.

Pétersbourg 5 IV janvier 1798.

LL. MM. ont fait remercier la comtesse de Mniszech par le prince de Kourakin pour les deux présents qu'elle leur a faits, l'un d'une corbeille à ouvrage pour l'Impératrice, de bois d'ébène, travaillée avec beaucoup de légèreté et tellement polie qu'elle paraissait d'écaillé, le fond était une broderie en chenille faite par la comtesse, d'après un tableau de Spaendonck, l'autre était une boite ornée des trois côtés de trois vues de Gaczyna dessinées d'après nature par la comtesse Mniszech représentant, au moyen d'une lampe, Gaczyna au clair de lune; dans une de ces vues est le petit grand duc Nicolas dans un petit chariot traîné par sa petite sœur Anne, ce qui a fait grand plaisir à LL. MM. Comme le comte Golowkin a été disgracié et obligé de quitter Pétersbourg, et étant un des acteurs de la pièce de Camille, le Roi a demandé si leurs Majestés permettraient que le rôle fut rempli par un acteur de profession, personne n'étant en état de s'en charger, elles répondirent qu'elles laissaient cela k la disposition du Roi et qu'elles verraient la pièce avec plaisir, sitôt que les trois premières semaines du deuil seraient écoulées. Le prince Repnin est attendu sous peu.

DE STAKISLAS AUGUSTE. 221

Pctersbourg 8/20 jamier 1798.

L'Empereur a envoyé son adjudant Baratynski au Roi, pour lui marquer l'endroit d'où il poui*rait voir la cérémonie; le E-oi s'y est rendu et y a trouvé le prince de Condé et quelques personnes de l'état civil; c'était un balcon du château entouré de vitrag-es. Après la bénédiction des eaux accompagnée des salves, l'Impératrice qui avait suivi toute la procession à pied, se rendit sur le même balcon, fit ouvrir les fenêtres et s'y tint près de deux heures, quoiqu'il neigeât à gros flocons, sans qu'elle en parût incommodée; il est vrai que les trois régiments qui manœuvraient faisaient un beau spectacle; ni le Roi ni les princesses ne parurent incommodés et sensibles au froid, se voyant si près de l'Impératrice, qui n'en a pas souffert. L'Empereur a commandé lui-même et à cheval ces manœuvres. Le Hoi dit à l'Impératrice que, comme le comte Wielohorski était malade et obligé d'aller à Varsovie et qu'il avait un des principaux rôles dans Camille, la jîièce ne pouvait plus se donner de sitôt et qu'il était très -mortifié de ne pouvoir procurer cet amusement à LL. MM. L'Impératrice témoigna recoimaître qu'il n'y avait pas dans cela de la faute du Hoi, mais qu'elle lui était obligée de l'attention, puis elle fit compliment

au Roi sur son jour de naissance. Pendant le dîner du Eoi, l'Empereur envoya M. Neplujeff, son adjudant, pour le complimenter sur son jour de naissance; pendant le reste de la journée beaucoup de monde est venu le complimenter; le prince de Condé y a soupe. —

Bulletin No. 80.

Pétersbourg 12/24 janvier 1798.

L'Impératrice a envoyé M. Gekel, son accoucheur, à Mme de Mniszech pour convenir avec elle quand elle en aurait besoin; Mme de Mniszech a l'ait faire les remercîments les plus respectueux pour cette attention. On prépare le service funéraire dans l'église catholique pour le duc de Wurtemberg. Le nombre des émigrés français augmente tous les jours ; dernièrement sont venus M. de Chalegrin, et M. de la Haussaye, chevalier de Malte, sur une invitation de l'Empereur, qui l'a connu anciennement. Dans le port de Cronstadt se trouve employé un comte Capelli, ci-devant officier dans la marine française. Le marquis d'Antichamp est allé en Ukraine faire l'inspection des régiments. Le général Beningsen a demandé son congé, l'Empereur par estime pour lui a voulu qu'il continuât encore de servir. Le général Ivoutouzow, actuellement envoyé à Berlin, a été nommé gouverneur militaire de Finlande à la place du feld -maréchal Kamenski,

qui a pris son congé, ainsi que le t'eld - maréchal Elmpt, à cause de son grand âge.

Bulletin No. 81.

Pétersbourg 19/31 janvier 1798.

Le 16, le service funèbre pour le duc de Wurtemberg a eu lieu. L'archevêque Litto, l'archevêque latin de Mohilew Siestrencewicz , l'archevêque iini grec Rostocki, l'évêque de Rennes, l'évêque latin Dederko y ont officié, ce qui a duré plus de trois heures; il y avait dix degrés de froid, les portes étaient ouvertes, personne ne pouvait se plaindre du froid, sachant que l'Empereur avec ses deux fils s'est trouvé pendant tout le service sur la place devant l'église à la tête des troupes, qui ont fait des salves. L'archevêque Siestrencewicz a prononcé l'oraison funèbre en allemand, tous les seigneurs et dames y ont assisté, les hommes avaient les cordons d'ordres par-dessus les surtouts. Le prince de Condé a eu une place dans une petite tribune à gauche, le E.oi une semblable à droite. L'archevêque Siestrencewicz, Lithuanien de naissance, a été dans sa jeunesse officier des hussards au service de Prusse, ensuite il quitta la religion calviniste, se fit catholique et prêtre et convertit son père ; il a été fait sufiragant de Russie blanche par feu l'évêque de Vilna, Massalski, et ensuite archevêque de Mohilew par Catherine II. Son diocèse et sa juridiction sur tous les catholiques

latins s'étend depuis Mohilew jusqu'à Kamesotka; il a 10,000 roubles de pension; c'est un homme très-instruit et très-exemplaire.

Le 17, l'ambassadeur de Suède a procuré au Roi le plaisir d'entendre jouer du violon avec une perfection étonnante un petit Suédois de neuf ans. On a remarqué que le chien du Eoi, Kiepek, au lieu de hurler, comme il le fait ordinairement pendant les concerts, s'est couché au pied du petit Orphée. Le comte de Montmorency, fils du duc de Laval, a fait preuve d'une science étonnante, qu'il dit avoir apprise de l'évêque de Nanci. On lui présente une écriture quelconque, une simple adresse de lettre, d'une personne qui lui est inconnue, dont il ne sait pas même le nom, il demande seulement, si c'est une femme ou un homme et, d'après l'écriture, il devine l'âge de la personne et fait son portrait moral, il a deviné fort juste plusieurs fois.

Le 1 9, on a donné un opéra comique italien, le E,oi y a assisté. LL. MM. n'ont pas paru, aujourd'hui le Roi, incommodé depuis quelques jours de vertiges, s'est fait saigner.

Le 24, il y a eu bal chez le Roi pour les enfants, et la petite Isabelle Mniszech a fait les honneurs à une trentaine de jeunes personnes de son âge. Le prince de Condé et les ministres étrangers s'y sont trouvés et ont soupe chez le Roi. Le prince de Repnin est de retour. —

Bulletin No. 82.

(Dernier, car le Roi mourut le 12 feTrier.)

Le 29 janvier à six heures du matin, le canon nous annonça la naissance du grand duc Alichel, qui fut aussitôt déclaré grand-maitre de l'artillerie. La santé de Sa Majesté l'Impératrice répond aux Yoeux de tous ses sujets participant aux bienfaits de cette grande princesse, qui répand sans cesse des grâces, dont le nombre étonne autant que lé secret dont elle tâche de les couvrir. Aussitôt que le Roi apprit la naissance du petit prince, il pria le comte Bezborodko d'en porter ses félicitations à l'Empereur, qui aussitôt envoya son adjudant Baratynski pour son remercîment. Le soir le prince de Condé et son petit -fils le duc d'Enghien ont rendu visite au Roi et doivent souper chez lui après demain.

Lettre du médecin, M. Boceler , à l'égard de la mort de Sa Majesté.

Petersbourg 2fi mai 1798.

Monsieur !

Je ne sais pas pourquoi vous hésitez de m' envoyer mes lettres et mes gazettes du mois jus-

226 MÉMOIKES SECRETS ET INEDITS

qu'à ce que vous envtwiez les bulletins à Son Excellence le comte Mniszech; j'attends avec impatience que vous ayez la bonté de m'envoyer toutes celles que vous aurez repassées jusqu'au moment où vous recevrez celle-ci. En attendant je donnerai ordre, qu'on g-arde les autres qui viendront après l'apothécairerie , où on les déposera jusqu'à ce qu'il y ait occasion de me les renvoyer par quelqu'un qui vient ici; quant aux détails sur la mort du Roi à insérer dans les gazettes de Hambourg ou autres, ce n'était pas mon affaire, et comme on ne m'avait rien demandé là-dessus, je me suis prudemment tu. Notre bon maître est mort tout uniment d'une apoplexie nerveuse, suite inévitable d'un travail extrêmement pénible et désagréable, pour sortir de l'embarras des projets funestes avec lesquels on a su embrouiller l'arrangement des dettes et des finances. Déjà la seule expédition de mon E,oi pour Yai'sovie l'a si fort accablé, qu'au bout de deux jours après son départ d'ici, il se sentit attaqué plusieurs fois de petits vertiges qui augmentèrent à chaque jour de poste, par les nouvelles désagréables qu'il recevait de Varsovie; j'avais bien cherché à prévenir les suites par des saignées épispastiques et autres remèdes convenables, et je parvenais à les calmer en partie; mais chaque jour de poste renouvelait les causes, si bien que, après la lecture de la dernière poste qu'il avait reçue, il resta pendant quelque temps comme immobile sur sa chaise , et réalisa le prognostic que

j'avais fait à Grodno. Ce n'est ni le climat ni aucune autre chose qui est la cause de la mort du Roi. Il s'est porté parfaitement jusqu'au commencement de cette année; mais, depuis ce temps, travaillé et tracassé de côté et d'autre d'une manière impitoyable, il a succombé, et devait succomber dans le meilleur pays du monde. A l'ouverture de son corps on n'a rien trouvé d'extraordinaire que ce qu'on trouve ordinairement chez les personnes mortes d'apoplexie : des cérosités dans les ventricules du cerveau; tout le reste dans le meilleur état, pas la moindre concrétion polipeuse dans les vaisseaux. J'étais moi-même étonné de ne pas lire davantage, ni sur sa mort, ni sur sa vie, ni sur ses funérailles, qui auraient mérité un article à part. Il est mort de la même manière que la défunte Impératrice et enterré avec les mêmes honneurs. Quant à moi je ne peux rien encore vous marquer de positif sur ce que je ferai ; en attendant je serai toujours avec bien de la considération, Monsieur,

Votre très-humble serviteur

Signé: Bocelek, D.

A monsieur, monsieur de Bacciarelli, secrétaire du cabinet de feu le Roi de Pologne.

22b MÉMOIREè SECRETS ET INEDITS

Relation des funérailles de feu Sa Majesté Stanislas Auguste, roi de Pologne^ depuis le 12 février jusqu'au 8 mars 1798.

Le E.oi étant mort le 12 février à huit heures du matin, on envoya aussitôt de nombreuses offrandes à l'église pour y faire dire des messes. Depuis ce jour, par ordre de l'Empereur, la garde monta au palais de marbre, résidence du feu Roi et l'on doubla les sentinelles. L'Empereur nomma une commission chargée de s'occuper des cérémonies de l'enterrement; elle était composée du comte Bezborodko, le même qui avait été placé auprès du feu Roi depuis l'année 1795, et du conseiller Kuradyiiski. Le 13, le Hoi fut embaumé et son cœur et ses entrailles enfermés dans un vase séparé; le Hoi lut vêtu de l'uniforme de la cavalerie nationale de Pologne, on lui mit ses pourpres, ordres; il fut placé pendant neuf jours dans sa chambre avant que les appartements où il sera exposé publiquement soient préparés. Le 14, le métropolitain commença à dire les prières accoutumées auprès du corps du Roi, les personnes de sa suite se relevaient successivement pour faire le service près de leur maître ; dans une des salles on fit au milieu un lit de parade de glace d'argent; près des degrés il y avait cinq tabourets de la même étoffe, deux à droite pour les ordres de Pologne, deux pour ceux de Russie, et pour ceux de Prusse; l'on voyait

SOUS le dais l'aigle de Pologne, ayant sur la poitrine les armes du Roi; au-dessus du lit de parade on avait brodé sur des coussins de velours les chiffres du Boi; à la droite de trône était placé une table avec une couronne d'or massif, ainsi qu'un autel pour y célébrer l'office; tous les appartements étaient tendus de noir avec du crêpe blanc; toute la cour du Roi était en grand deuil. Le 22 février on posa le corps sur lit de parade; des sentinelles furent placées près du trône ; les principaux seigneurs de la cour, l'archevêque Siestrencewicz avec le clergé, l'Empereur, les grands ducs, le prince de Çondé se rendirent à cette cérémonie, douze personnes de la cour du Roi portèrent son corps sur le lit de parade, qui fut placé sur le trône et couvert du manteau royal. Des officiers de la garde se placèrent près du lit, et sous le dais; alors le prince Kourakin présenta à l'Empereur la couronne. Sa Majesté s'inclina devant le corps et, deux chambellans ayant levé la tète du cadavre, il lui posa la couronne; l'archevêque présenta ensuite l'aspersoir avec de l'eau bénite à l'Empereur qui en aspergea le défunt Roi. Les grands ducs et le prince de Condé en firent de même. Après l'on récita des psaumes et l'Empereur se retira. Depuis le 22 jusqu'au 26, des chambellans et des pages de la cour conjointement avec ceux du défunt firent le service auprès de son corps, ainsi que les officiers de la garde. Depuis dix heures du matin jusqu'à huit heures du soir, les appartements furent ouverts

au public , on compte plus de 30 mille personnes qui ont rempli ce pieux devoir; le matin furent célébrées des messes et l'après dîner furent chantés des psaumes. Le 26 février à cinq heures du soir, on posa le défunt dans un cercueil, avec le manteau et la couronne; l'archevêque s'y rendit avec tout le clerg-é catholique et les personnes de la cour Impériale. L'Empereur s'y rendit dans son équipage de parade avec les grands ducs, le prince de Condé ; il fut reçu au haut de l'escalier par le clergé portant la croix et les personnes de la cour du Roi, qui l'accompagnèrent dans l'appartement du catafalque, où le corps du défunt devait être transporté du lit de parade ; ceci eut lieu dans l'ordre suivant :

Le maître de cérémonie, comte Golowkin, ouvrait la marche, après lui, quatre cavaliers de la cour du Roi, savoir: deux chambellans et deux aides-de-camp conjointement avec quatre cavaliers russes. Les cavaliers de la l""® classe portaient l'étendard avec les armes du Roi, un cavalier de la 4*"® classe ayant à ses côtés deux de la 1'® classe portait sur un coussin le cordon de l'aigle noir, à la droite un cavalier de la 3™® classe assisté de deux de la 5™^ portait le cordon de St. Alexandre Newski, de même un à gauche de la 3"^*^, assisté par deux de la 5™% portait le cordon de St. Stanislas; puis un cavalier de la 3"® classe, accompagné de deux de la 5™®, portait le cordon de l'aigle blanc; suivaient ensuite ceux de la 4'"*", qui portaient le manteau royal;

puis le prince Kourakin avec la coui-onne sur un coussin, accompagné des cavaliers de la 4*"® classe ; après lui le clergé, enfin le cercueil porté par ceux de la 5™^ classe, qui le posèrent sur le catafalque près duquel furent placés des officiers avec des épées toutes couvertes de crêpe et huit sentinelles en armures d'argent massif. Le clergé entoura le cercueil et après les -cérémonies accoutumées l'on se retira.

Le catafalque était placé entre quatre colonnes, qui soutenaient un dais de satin violet garni de franges d'or et doublé de taffetas blanc parsemé d'or; les cinq cordons des ordres furent repartis sur des tabourets de même que dans la salle du lit de parade, une seconde couronne fut placée près du cercueil ainsi que l'étendard avec les armes. La salle était tapissée de noir avec les armes du K,oi, avec des festons de crêpe blanc garnis de frange d'or; près des colonnes étaient de petits génies tenant des écussons couronnés aux chiff'res du Roi; le corps était couvert du manteau à l'exception de la tête; à droite se trouvait un autel où furent célébrées des messes. Dans la chambre attenante était un détachement des gardes. Durant tout le temps qu'il fut exposé sur le catafalque, il fut visité par les ministres étrangers et une foule de personnes de distinction ; un cavalier de la 2*^" classe et un de la S""*^ étaient désignés chaque jour pour faire le service. Depuis le 26 on porta le deuil à la cour pour quatre semaines. Le 5 mars était

fixé pour transporter le défunt Ptoj à l'église; ceci eut lieu de la manière suivante:

Première division.

Un escadron des chevaliers g-ardes à cheval en armures d'argent. Le maître de cérémonie de la 8™^ classe à cheval, le fourrier de la maison de l'Empereur à pied, après lui deux; domestiques, deux valets de chambre, dix personnes de la cour du feu Roi, son fourrier à cheval en uniforme avec veste noire, crêpe au chapeau et écharpe en bandouillière de crêpe noire et blanc, six chevaux de main couverts de longues housses ^noires aux armes du E,oi, conduits l'un après l'autre chacun par un palefrenier. Deux postillons à cheval, trois voitures drapées à six chevaux également couverts de housses noires aux armes du E,oi, à côté de chaque portière deux domestiques. Le fourrier du Roi à cheval en habit de gala fort riche, deux postillons à la livrée du Roi , sa voiture de parade ; près du siège deux pages en habits de gala, le visage tourné vers la glace de devant; à côté de la voiture quatre hayducs, deux pages de la chambre à cheval, richement habillés; l'écuyer et le sous-écuyer du Roi dans leur uniforme de parade près des voitures.

Seconde division.

Le fourrier de la chambre de l'Empereur avec un palefrenier à cheval, deux fourriers de la cour

à pied, quarante valets de pied de l'Empereur et huit coureurs; le gouverneur des pages de l'Empereur en uniforme avec un crêpe au chapeau et à l'épée, son cheval couvert de crêpe noir et vingt pages à pied.

Troisième division.

Le maître de cérémonie à cheval de la 8"^" classe, deux maréchaux à pied de la S'"® classe, six trompettes, un timbalier accompagné par deux palefreniers, l'étendard noir aux armes du Boi porté par un chevalier de 6™'' classe assisté par deux de la même classe, un chevalier armé de pied en cap à pied et tenant la pointe de son sabre baissé, le cheval mortuaire avec une longue couverture traînante, mené par deux palefreniers. Le grand étendard de parade aux armes du Roi porté patun chevalier de la 6™" classe accompagné de deux officiers de l'état -major sans deuil. Un chevalier armé de toutes pièces en armes d'or sur un cheval richement caparaçonné et mené par deux palefreniers du Roi. Le cheval du défunt Roi très-richement caparaçonné, mené par deux palefreniers du Roi en livrée de gala, deux autres portaient les bouts d'une très-riche housse. Des chevaliers de la 6"'* classe portant les armes du Roi.

Quatrième division. Le maitre de cérémonie de la 6"^® classe à cheval, des maréchaux de la 6'"*', après les chevaliers

de la 3^^ et 4™® classe rangés deux à deux d'après leur ancienneté.

Cinquième division.

Un escadron des chevaliers gardes à cheval en armures d'argent, deux maîtres de cérémonie à cheval de la 5™^ classe , deux maréchaux à pied de la b^^ classe. Deux hérauts d'armes de la 5™® classe. Les cordons et la couronne du feu Roi portés dans le même «ordre que dans la salle de parade.

Sixième division.

Le maître de cérémonie à cheval de la 6™® classe, deux maréchaux à pied de la 6™® classe. Les musiciens jouant des airs lugubres sur des instruments à vent, après l'archevêque Siestrencewicz, le métropolitain grec uni de Kiew, Rostocki, l'évêque de Rennes, plusieurs autres prélats et chanoines et tout le clergé entouré de trente cadets à pied portant des flambeaux allumés. Le confesseur du Roi portant la croix avec deux autres ecclésiastiques. Le char mortuaire sur lequel était le cercueil sous un dais royal traîné par huit chevaux, tenus chacun par un palefrenier et couverts de longues couvertures noires aux armes du Roi; près du cercueil, les chevaliers de la 5™^ classe tenant les bouts et cordons du baldaquin, de chaque côté deux officiers

DE STANISLAS AUGUSTK. 235

des chevaliers g-ardes en armure d'argent; puis les cheyaliers de la 2*^^ et S""^ classe, M. de Mniszech, le prince Michel Lubomirski, le prince François Sapieha. M. Walicki, chevalier des ordres de Pologne , M. Raczyiiski , commandeur de Malte , M. Chreptowicz, chevalier de Malte, et tontes les personnes de la cour du Roi.

Septième division.

Le maître de cérémonie de la 4"'"* classe à cheval, deux maréchaux de la 4^^ à pied, les chevaliers de la l'** et 2*^^ classe marchant deux à deux. Un escadron des chevaliers gardes à cheval en armes d'argent fermait le convoi ; tous les maréchaux portaient des manteaux, des chapeaux ronds avec un crêpe noir pendant et à la main des boutons entourés de crêpe blanc et noir. Les maîtres de cérémonie avaient des écharpes de crêpe noir et blanc, des habits de deuil avec des pleureuses, mais sans manteaux, des chapeaux ronds avec un crêpe noir. Durant toute la marche, l'Empereur, qui commandait à cheval les troupes avec ses fils, a toujours marché à côté du cercueil tenant la pointe de son épée baissée. Les troupes rendirent les honneurs militaires aux dépouilles du Roi. Arrivé à la porte de l'église catholique, l'Empereur resta auprès des troupes. Les personnes de la cour du Roi prirent son cercueil et le portèrent sur un catafalque magnifique au milieu de l'église sous un dais; six figures

236 MÉMOIKES SECBBTS ET INÉDITS

représentant la religion, la magnificence, le courage, la piété, la, modération et la justice, ainsi que deux colonnes avec des urnes cinéraires formaient les principaux emblèmes de ce superbe édifice funéraire. Toute l'église était richement illuminée, tapissée en noir, ornée des armoiries et chiffres du Roi. Les cordons des cinq ordres ainsi que la couronne et l'étendard furent placés de la même manière que près du lit de parade. Six officiers en armures d'argent avec (les espontons couverts de crêpe, furent placés près du cercueil et douze soldats sur les dégrès. La messe fut célébrée par l'archevêque de Mohilew avec l'accompagnement d'une excellente musique. Durant l'office dix -huit hommes de troupes firent un triple salve. Tous les ministres étrangers ainsi que les personnes des deux sexes des quatres premières classes assistèrent à ce service. Le maître des cérémonies, comte Golowkin, ainsi que trois chevaliers russes de la 2'^'' et 3™^ classe, un chambellan de l'Empereur, six officiers et douze soldats des gardes, et les personnes de la cour du Roi, firent jour et nuit le service auprès du corps du feu Roi, jusqu'au moment où il fut transporté au caveau. Dans l'après dîner de chaque jour le clergé chajitait les psaumes, l'église fut toujours également illuminée jour et .nuit. Le 6 mars l'office fut célébré comme le jour précédent par l'archevêque de. Thèbes, comte Litto , ambassadeur du St. Siège. Le 7 , ce fut le tour de l'archevêque de Mohilew, Siestrencewicz. Le 8, après la grande messe des

morts chantée par l'ambassadeur du Pape, ce dernier avec l'archevêque de Mohilew, le métropolitain grec uni de toutes les Russies, l'évêque de Rennes et le prélat mitre Dederko firent les dernières oraisons et les cérémonies d'usage avant la descente du cercueil dans le caveau. Ceci ayant eu lieu, les personnes de la cour du E,oi ayant pris la bière où reposait leur défunt maitre, la portèrent dans un sépulcre préparé dans la même église, et la descendirent dans le caveau où ils la placèrent dans un second cercueil de cuivre doré où il fut enfermé à clef. L'ouverture du sépulcre fut couverte d'une pierre sur laquelle sera érigé un monument avec l'épitaphe suivante:

Stanislaiis Augustiis

Rex Polonise IMagnus Dux Lithvanise

insigne documentum utriusq. Fortunée

prosperam sapienter, diversam fortiter

tulit

Obiit Petropoli Vn, Kal. Febr. MDCCXCVIII

Natus Annos LXVI.

Paulus L Autocrator

et Imperator totius Russiae

Amico & hospiti

posuit.

Proclamation impériale relative a V habillement.

J P. Murawiew oberpolicyi Majstrowi i Kawalerowi ! niniejszyin pismém bez zatrzymania si^ do wykonauia zelecam W. Panu \i bys wszystkich w tym miescie mieszkaja cych przez kogo naleèy uwiadomit.

1. Zakazuje siq wszystkim nosic fraki, a pozwala si^ miec sukuie nierpieckie z pojedyiîczym stojq,cym koinierzem, izby nie byi szerszy jak trzy cwierci wierszka. a mahkiety maja bydz tego koloru jako i kolnierz.

2. Zakazuje siq nosic wszelkiego rodzaju zylety, a zamiast tych uziywac zwyczajnych niemieckich kamizelek.

3. Trzewikow wst^zkami wif^zanych nie nosic lecz sprzaèkumi, takie krôtkie sznurowane s przodu albo z wykladkami buty.

4. Nieokrqcac szyi wielu ehustkami, halsztukami albo krzyzowenii ehustkami, lecz przystojuym sposobem wiq,zac szyjq bez zbytniéj grabosci. —

Przy tym rzad Domow trzymajacym i gospodarzom jaknajsurowiéj zalecic iiby wszystkich przyjezdzajf^cych do mieszkania albo tylko na jakis czas wich domy smiadomili nielylko o zadosyc uczynienie niuiéjszego przepisu lecz i o simych dawniéj wyszlych. Jezeliby si^ zdarzyio ie komu kolwiek otemnie doniesiono, to zwykraczaj^cemi posta piono bedzie jak najsurowiëj podlug praw. Oryginal podpisany przez Grafa Bukshewdeua d. 19. stycznia 1798 roku.

Ze zas wszyscy pvzy dworze bqdj^cy jako i inné znaczniéjsze osoby, maj{\ bogate albo niemieckie albo,francuzkie suknie z pojedynczym wysokim kodnierzem stojj\cym — Grafïa Fedora Fedorowicza Bukshewdena, wostatuim obwie

szczeniu, mieszkancom tutëjszego miasta uwiadamia siq, ii miara projedynczym stojacyin kolnierzom nicoznacza siq a zostawuje si^ do woli kaidego. Jednakowoz iyczeniëm jëst iiby zbytni^ wysokoscia zrobione nie byly. U liberyi vaoie bydz lezf^cy podwojny kolnierz albo jak si^ komu podoba, lecz zeby ta byta koloini herbowego z burdami albo bez tychèe. —

Naumbourg, imprimerie de G. Paetz.

■.VKaw^.T^UBr^tjgr. ^ »-»aajCT.

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