‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 34 sur 109 · XIX. — A MADAME C. B · texte numérisé non relu

XIX. — A MADAME C. B

Paris, 24 novembre 1838.

J'approuve que vous ayez immolé à la prudence mes quelques lignes d'adieu et ma dernière lettre. Robert Burns, opposant aux transports de l'amour cette froide vertu, l'appelait un cheval de brasseur. Lourde monture, cela est vrai ; mais à laquelle il faut consentir souvent dans la vie, sous peine de se rompre le cou. On va trop loin avec les chevaux de course. Quelquefois la passion absorbe au point qu'on serait tenté de nier les objets extérieurs, d'avoir du moins pour eux ce dédain superbe qui néglige de leur faire des concessions. Mais c'est une étourderie, à laquelle il importe d'apprendre à vivre. Vous souvient-il du commissionnaire placé en face de vos fenêtres (hôtel Mirabeau), rue de la Paix, et de nos capitulations avec kii?

Pendant que nous sommes seuls, laissez-moi m'asseoir dans votre fauteuil, moi et ma lettre. Vous me ferez bien un peu de place, n'est-ce pas? Et nous regarderons ensemble les tourelles du Palais, dans votre Bonington (l).Et je vous demanderai comment vous vous y prenez pour escalader la croisée de mon cabinet judiciaire; car, de la Sainte-Chapelle qu'ensemble nous visitâmes, j'y ai vu plusieurs fois monter votre ombre ; à la vérité, je vous tendais les bras.

Merci d'avoir prié le 16. Appelée par le concert de nos vœux, une double bénédiction descendra du ciel sur la tête de mon adoré.

A lui mon âme, — mais à vous aussi.

(1) Un tableau du célèbre Bonington que possédait Madame C. 13...

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