XXI. — A M. C
l«^ mars 1839.
Vous m'interrogez sur la déuiission que je donnai à la Chambre des députés en décembre 1837. Pour la bien comprendre, il faut que vous sachiez que je n'avais nullement convoité la dépulalion. Quand j'eus un échantillon des charges qu'elle entraînait en démarches, en correspondances, en mouvement perpétuel, je vous assure que moi, ami avant tout d'un repos lettré, je regardai comme une délivrance l'acte qui me tirait ces fardeaux de dessus les épaules. Je l'ai bien plus encore regardé de celte façon, depuis qu'up.e coaluion des opinions les plus contraires a mis à nu tant de rancunes et d'ambitions intraitables (Thiers, Guizot, etc.) (jui^, pour leur satisfaction personnelle, bouleverseraient volontiers le pays ; depuis que l'aigreur des débats parlemen-
taires est allée croissant avec leur mesquinerie. Il m'a semblé que les positions de magistrature gagnaient en stabilité et en dignité véritable, autant que les positions politiques perdaient. Et je me suis enveloppé dans ma robe avec plus de plaisir. Et là personne n'est mieux assis dans sa joie que je ne le suis ; personne n'élève à Dieu des mains plus reconnaissantes.
Ma promotion du o février dernier aux fonctions d'avocat général, n'a pu, vous le concevez, qu'ajouter encore à mon contentement. Il n'en est plus ici comme de ma nomination de député. Ce n'est plus une chose bonne sous cerlains rapports, mauvaise sous cerlains autres, qui agréait à mon père, mais qui désolait ma mère. C'est une chose bonne de tout point, et accueillie comme telle par tous mes parents et tous mes amis. Pour moi, je n'y gagne pas seulement sous l'aspect hiérarchique ; mais j'y trouve un avantage immense pour la distribution de mon temps. Devenu chef du service criminel, j'ai le choix de mes jours d'audience. Je puis ainsi me réserver largement la part de loisir dont j'ai besoin pour mes études de prédilection, philosophiques et littéraires. Je puis aussi prendre mon temps pour mes voyages, qui sont une autre manière de lire, non plus dans les livres, mais dans t'espace et parmi les hommes.
LA ROYAUTÉ DE JUILLET. ii9
Remerciez en mon nom votre neveu Agricole de la lettre qu'il m'a écrite depuis son mariage. Il y a dans la manière dont il m'en parle un mot que j'aime beaucoup ; il me dit que son choix a été libre de toute influence. J'en conclus qu'il a été uniquement déterminé par des considérations tirées, non de l'argent, mais de la personne. S'il est dans un contrat de ce genre des garanties de bonheur, elles sont en effet là. Et c'est bien le moins, quand il s'agit de confondre deux existences en une seule, c'est-à-dire de passer à l'acte le plus capital, le plus décisif de la vie, que l'on écoute attentivement ses sympathies et que l'on s'en rapporte à soi tout seul. En vous du reste il aura le modèle de l'époux, comme il a toujours eu le modèle de l'homme sage, honnête et instruit. Et votre voisinage protégera son jeune ménage comme il a protégé sa jeune raison.