‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 37 sur 109 · XXII. — A MADAME C. B · texte numérisé non relu

XXII. — A MADAME C. B

Paris, 18 mai 1839.

Après les journées de juillet 1830 on me demanda ce que j'étais devenu. Je répondis qu'au plus fort de la fusillade je lisais dans la Revue Britannique un savant article sur les antiquités égyptiennes. J'ai couru moins de périls encore dans l'émeute des 12 et 13 de ce mois ; car j'étais à Joigny auprès d'un de mes amis et de sa gracieuse compagne. Outre que cette petite ville est à plus de trente lieues de Paris, elle est bien l'une des plus paisibles qui se puissent imaginer. On n'y entend que les moulons bêler et les ânes braire ;' ce (jui n'est pas précisément ma musique de prédilection, mais ce que je préfère pourtant de beaucoup aux rugissements sanguinaires de la (lémocralie.

Ne vous exagérez pas au reste la gravité réelle

LA ROYAUTÉ DE JUILLET. iol

des faits. C'est une échauffourée inattendue, qui n'avait pas les moindres chances de succès. Qu'estce dans une ville de près d'un million d'habitants, que quatre ou cinq cents révoltés, qui ne peuvent mettre en avant ni un programme ni un nom de quelque importance ? Leur impuissance, le défaut de sympathie dans les masses, acquièrent à chaque tentative nouvelle une évidence croissante. Au lieu de recruter des soldats, ils en perdent avec les années. Ainsi les émeutes de juin 1832, d'avril 1834, avaient assurément bien plu| de profondeur et de portée.

L'exposition des tableaux au Louvre, qui a duré pendant njars et avril, vient d'être remplacée, pour mai et juin, par l'exposition aux Champs-Elysées des produits de l'industrie. Si l'on avait besoin de reconnaître quel abîme il y a entre l'art et la fabrique, entre l'utile et le beau, un tel rapprochement le signalerait aux yeux les moins intelligents. La poésie qui illuminait naguère la tête de Faust et celle de Marguerite , je ne puis la retrouver, pour mon compte, dans les machines et dans le coton filé. En cela pas plus qu'en autre chose je ne marche avec mon siècle. Et j'ajoute, j'ose dire à vous Anglaise, dont les concitoyens nous ont inoculé le gouvernement représentatif et l'industrialisme, que je m'en vante, et que je n'en serai pas trop blâmé par vous,

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