XXIV. — A MADAME C. B
Paris, 9 janvier 1840.
Notre tragédie est bien malade de !a maladie de Mademoiselle Rachel. Après une longue suspension, la pauvre fille a ressaisi le poignard et la coupe empoisonnée, mais d'une main si affaiblie, si (remblanle qu'elle ne pourra les soutenir longtemps. On parle déjà de voyage en Kalie pour y rétablir sa santé. C'est à peu près comme si, au moment de soutenir une accusation conlre des assassins, je demandais un verre d'eau sucrée à la fleur d'orange j)our me remonter le cœur. Un riche peut élre poitrinaire et aller à Pise ; mais, quand on est avocat général ou tragédienne, et une toute jeune tragédienne, il faut se bien [)Qrter,
J'eus la douleur de voir, il y a quelques mois,
LA ÏÏOYAUTÉ DE JUILLET. l")U
Mademoiselle Mars dan'? la folle comtesse des Dehors trompeurs. Le panache et les diamants dont elle s'était maladroitement couvert la lête, ne servaient qu'à éclairer les rides de ses soixante-huit ans. Et quand je l'entendais débiterdes tirades contre la raison à un âge si respectable, quand je la voyais rire tout le temps aux éclats avec la mort dans le cœur, par un mouvement involontaire je baissais le front et je rougissais.
Ne vous avisez plus de me dire que vous avez clé gravement malade pendant plusieurs semaines, que vous avez touché, selon votre expression poétique, à la dernière porte de ce monde terrestre. Je ne puis entendre un pareil langage, moi humble habitant do ce monde si intéressé à vous earder.