DIGRESSION
Qui que tu sois, ami lecteur, juge Fauteur avec indulgence , et ne lui reproche pas de s!exprimer d'une manière obscure sur des objets qui ne se dévoileront pour nous que dans un monde plus heureux. Je veux tenter de soulever le voile qui cache l'image sacrée au mont Sinai. Je suis chrétien, je ne crains point d'être frappé de cécité. Et vous , âmes pieuses et crédules , ne m'accusez pas de témérité. Le Seigneur nqtre Dieu nous a
donné l'esprit pour en faire usage. Voulezvous être plus sévère que Jésus-Christ, qui partagea également ses hommages entre celui qui avait gagné deux oboles et celui qui en avait gagné cinq ; mais qui donna le nom de fourbe et de serviteur paresseux à celui qui n'avait tiré aucun parti du denier que lui avait prêté le maître ? Avant d'aller plus loin,je dois prévenirque je suis chrétien, queje ne fais pas partie de telle ou telle secte chrétienne; maisque je suisde celle pour qui ■ la révélation est tout, révélation que le Seigneur nous a promise par son Saint-Esprit. Il résulte de là que je ne prétends point que ni le monde ni les hommes soient formés par des atomes, des monades ou des tourbillons ; j'admets la création telle que nous l'a décrite Moïse. Mais le grand livre de la révélation est comme mainte Bible hébraïque écrite sans points; il faut une grande habitude pour le lire. C'est pourquoi je crois à la
nécessité d'une église qui établisse les signes nécessaires à l'intelligence, qui fapse des dogmes et des symboles , pour éviter qu'on ne transforme, par ignorance ou par malice, la pgrole de Dieu en lit de Procuste. Les lignes qui suivent ne sont pas destinées aux croyants , ils n'en ont pas besoin ; mais il y a bien des gens que le grand monde a dépouillés, auxquels il a ravi cette ferme et entière résignation à la volonté de Dieu; c'est à eux qui peuvent encore croire, à eux qui peuvent encore prier, que je m'adresse. Combien je me féliciterai si les vues que je vais émettre peuvent être pour eux ce qu'elles sont pour moi! Qu'on me pardonne l'incohérence du sujet, rien ne m'appartient, rien -n'est préparé avec aft. Une voix se fait entendre et me dit : Écrits j
ce que tu as eotendu , et j'écris* Jugez , âmes dévotes, si c'est un esprit de mensonge. ou 4
de vérité qui conduit ma plume.
ki £__.'
Noua ne pouvons pas être formés d'une manière défectueuse, la Bible' nous le prouve en disant :
« Et Dieu a créé l'homme à son image, et Ta créé à l'image de Dieu. »
La raison nous démontre aussi que le résultat d'une cause parfaite ne peut être imparfait sans le concours d'un principe étranger. Mais comment sommes-nous tombés de cet état natif de perfection dans un état de péché? voilà la grande énigme qu'il serait/ téméraire de vouloir expliquer; ce serait en d autres termes vouloir pénétrer les vues du Seigneur sur la création. Dieu, en nous donnant une enveloppe terrestre , nous a rendus libres ; c'est-à-dire qu'il nous a laissé le choix entre le bien et le mal ; car il n'existe plus de liberté pour les esprits purs. Sous ce rapport, le but de l'état comme celui de 1 église doit être surtout de détruire la liberté ; je n'entends pas par là qu'ils
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imposent à l'hommedes chaînes matérielles; mais des liens moraux qui mettent un frein à ses passions. L'homme se compose, dans son dualisme actuel, de l'esprit et du corps, de deux principes , de la liberté et de l'amour. La liberté nous pousse à détruire ce qui" s'oppose à nos désirs. Si l'homme se laissait uniquement diriger par elle, il s'isolerait, se prendrait pour le centre unique autour duquel l'univers se meut, et briserait tout ce qui serait en contact avec lui. L'amour, au contraire, nous montre que notre bienêtre est inséparable du bien-être de tous; il nous invite à nous sacrifier volontairement pour d'autres , à oublier le moi pour l'humanité. La liberté a des conditions, la misère isole l'homme; l'amour, la sympathie des âmes, l'enchaînent de nouveau • pour m'expliquer avec plus de clarté , je compare celle-ci à la force centrifuge, celui-là à la force centripète.
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Voici un problème important dont nous devons chercher la solution : nous pouvons i nous demander : Qu'avons -nous à faire icibas? pourquoi rampons-nous sur ce globe? une image va rendre mon idée sensible pour la chute de l'homme; la science a fait d'un cercle régulier un polygone : la question est maintenant de trouver la quadrature du cercle, pour devenir par nous-mêmes, à l'aide de la liberté, ce que nous étions au. commencement par la grâce de Dieu , c'esti. à-dire parfaits et heureux.
Il est évident que toute l'humanité existe eocore dans u n seul homme,, jainsi que primitivement. Adam la représentait tout entière. L'àme n'est pqiut divisibjq, et l'humanité rçe se constitue point d'un nombre déterminé dindividus, chacun d'eux la possède unique et identique; la grande différence qu'ils prér sentent entre, eux est produite par la distribution inégale du péché originel, ou si l'on
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gie que la liberté est plus grande, «t vice
Tant^ue Wus les hommes ne seront !pas:
à tà> même "hauteur ., : que les corps seront des' vbyellpà au: lieu de n'être que de simples» consonnes»] • Al n'existera .point d'union parfaite où Y an puisse goûter la félicité; car là où se trouvé un désir, un besoin, là aussi est \e $$ntiment d'une privation. Nous de Voit 9 donrn faite tous nos efïorts pdur détiruire nos penchants; c'est le seul moyen de prépare* notàré bcflrtfeur et celui tdes^utre^; L'humanité fesi aura ohàîne morale : lecerdteiri'est pas forntfé 'ji'il fnanque un seul; ahnôàu y H pdurtaatl hctos de : ce cercle on. ne peut oen^ eevoir/ni harmonie ni bonheur de félicité imaginable.; Aussi est-il fcouft-à-fait indifférent que nous agissions pour, nous ou pour no$ semb^Wes ; et chacun de nous peut diresOus un, autre apport : Je série >ce que vous awei faSty mort frère. Ne mie demandez point les
preuves de' ce que j'avance, il n'y en a pas,
comprendre à l'aide des images. Elles sont de deux sortes, le mot et le fait.' Il en ré-
suite nombre d'erreurs, car pour communiquer au moyen des sens je dois analyser mon esprit, c'est-à-dire que je dois penser; en conséquence je ne puis jamais offrir qu'une partie de moi-même, à laquelle il se mêlera nécessairement .de la matière, si mon esprit n'a pas acquis un haut degré de perfectionnement : comme le noble métal n'entre dans la circulation que lorsqu'il a subi un alliage, l'individu auquel je veux communiquer mes idées ne peut recevoir cette communication qu'au moyen des facultés physiques; c'est encore une addition impure. Elle n'a donc lieu pour chacun que par une réfraction qua* druple, et la lumière céleste nous arrive réfléchie par les sombres milieux, sur une couleur terrestre. Un exemple rendra mon idée sensible. •*.
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J'ai l'intention de me perfectionner. Je ne
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Mes passions peuvent m 'égarer dix fois ,
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ports avec lui ; car le désir de se rapprocher ne se fait sentir qu'aux étrés qui se ressemblent.
Plus nous l'aimons intimement, plus nous lui ressemblons. Plus il nous est indifférent, plus nous nous éloignons de lui. Nous ne pouvons rien penser qui ne fût déjà renfermé en nous quoique non développé. Chaque action généreuse, chaque noble pensée d'autrui, je les revendique comme ma propriété • aussi l'homme qui ne croit , ni à la vertu , ni à l'immortalité, ni à Dieu, aurait tout-àfait raison : pour lui il n'y aurait ni vertu , ni immortalité, ni Dieu; mais félicîtons-nous qu'il n'en existe pas de semblables !
Ne me jugez donc pas avec trop de rigueur , vous qui ne comprenez ni mes paroles ni mes actions : un ton éveille un ton semblable , et vos cordes ne sont peut - être pas assez tendues pour rendre ces sons. Oh ! combien vous me faites pitié,
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partisans de ces écoles philosophiques, de ces auditoires analytiques de l'esprit, qui ce reconnaissez, qije cç que vous pouvez concevoir !: Vous détruisez votre propre système en analysant l'esprit humain dans son état primitif y en parlant de la puissance unique .de Pâme. Comment pouvez-vous, avec une partie de votre esprit , avec une parcelle de votre intelligence, coucevoir l'esprit même ? Le.tpçt seul comprend le tout, et non une partie !
Le très Haut et le très Saint, enfin , ce qui non seulement n'est pointa la portée de l'intelligence de l'homme, mais ce qui intéresse tout son être, est, demeure inconcevable et ne s'annonce que par des accords harmonieux que les élus seuls peuvent entendre. C'est à toi que je m'adresse, tendre lectrice; prends la Bible lorsque ton cœur s'ouvre à
la conviction. Je me suis souvent senti pénétré à la lecture de passages que je ne compte-
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nais pas, d'un sentiment indéfinissable.
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celui d'ici-bas. Nous passons sans douta de ce corps dans un autre, puisque l'Écriture parle de la résurrection des corps.* Que l'homme toi ou tard soit éfclairé ou entièrement inculte, peu importe, car son unique récompense ou sa punition temporelle consiste en ce qu'il est né pour une nouvelle création; elle a lieu sous la même enveloppe, ou sous une autre, et dans des circonstances qui rendent plus ou moins pénible la" tâche de bien agir. Nous ne nous rappelons pas de notre état précédent; car qui pourrait croire que nous , l'esprit , soyons le "résultat de la génération ! Si l'âme de l'homme était créée par un acte physique, elle pourrait
être anéantie par un acte de même nature; mais comme ce n'est point là le cas, elle a
déjà existé auparavant, sans cependant se rappeler le moins du monde cet état. Je me trouverais misérable au-delà de toute expression sans ce dogme, et le moment où
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je vais entrer serait encore le dernier de ma vie.
La 'création de la femme , qui est forirtée de là côte de l'homme, me paraît pleine de sens. C'est sur cette croyance que 9e fonde l'amour des sexes; d'après elle, le penchant de l'homme pour la femme et de la femme pour Thomme s'explique facilement; ce sont deux moitiés séparées et tout-à-fait semblables. La femme est le complément de l'homme. Aussi lorsque celui-ci possède le degré de force auquel il peut atteindre, qu'il a ae^ quis sa maturité, il se sent irrésistiblement entraîné vers la femme, et alors on entend dans cette union des sens un résonnement de ceux qui ont été autrefois un prélude du bonheur à venir.
L'amour de l'homme pour la femme diffère donc essentiellement de celui que l'homme ressent pour l'homme. Il résulte de là que ce soi-disant amour platonique n'est
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qu'une chimère , et que l'affection d'un fils pour sa mère est plus entière que son. amour pour son père. Nul doute que la chaste vierge, que le jeune adolescent n'en sachent rien et n'en doivent rien savoir; mais aucun psychologue fre peut nier qtie la ojaoioxjmc ne noue lie point à notre propre sexe, mais à un sexe différent.
Ne ppijrrious-nous pas envier le sort de cçs plantes ^t de ces aniqaaux pour lesquels le mpment le plu^ importait, le plus heu^ reu^de Jjeur vie, est celui qiji est ^ussi le dernier,? pour ceux-ci, la jnort suit Tjacte. qui dppne, n^issgnçç; à de nouveaux êtres !
Il faut que nous pousgardionsdeconfon^- 4.rç cette union physique riayeq un penchant de l'âme; celle-là nous enchaîne en général à l'autre seye, çelyi-ci nous lie à l'être unique qui est en rapport avec nos facultés morales; la dernière doit être le supplément ou le résultat de la première, Cependant l'église et
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* Tétai ont dérangé ce véritable but de la nature : pour exister, l'amour a besoin de légi* timité. L'État et l'Église en ont reconnu l'importance en élevant §le mariage au sacrement. Le mariage n'est pourtant rien, si ce n'est un témoignage public que Ton a rencontré son idéal, son autre soi-même * son complément physique et moral.
Celui qui n'a pas compris ce qui précède, peut seul mai interpréter la remarque sui* vante que ma conscience me commande de faire* Je ne veux prêcher ni Tàdultère ni la corruption, mais engagera ne pas faire avec légèreté la plus sainte de toutes les actions terrestres et à ne pas la profaner ainsi.
Tout hymen sah$ amour est un crime contre nature, un adultère continuel. Que celui qui se lie pour toujours interroge son coeur ; Tillusion est bien courte, et le repentir bien
long, ^ L'homme qui sent la dignité de son être ,
ri
qui ne vit pas seulement dans le présent, mais encore dans l'éternité , et qui reconnaît dans les besoins des sens un but caché et moral , envisage l'amour ( il est ici question de l'amour domestique ) sous un autre point de vue que l'homme commun qui reste étranger à-la lumière. Pour celui-ci c'est une marchandise ordinaire, il trafique de son cœurcommedetouteautredenrée. L'homme, au contraire, dont les sentiments son* plus élevés, s'aime en sa femme, c'est-à-dire, en son autre moi ; il cherche un être qui soit son complément moral. Comme la femme en général est déjà le complément physique de l'homme, il ne se met pas en peine d'être payé de retour, car si l'objet qu'il possède lui était destiné, il doit en être aimé. Mais, d'une autre part, ce n'est ni caprice, ni inconstance qui le lui fait abandonner, du . moment où il reconnaît son erreur. C'est ainsi que souvent les âmes les plus nobles,
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paraissent, en raison de leur chimère sur ht fidélité, tout-à-fait semblables aux êtres dégradés et volages.
Malheur à l'homme qui oublie et viole les engagements qu'il a contractés ! L'Allemand d'autrefois tenait pour sacrées les promesses qu'il avait faites , même dans l'ivresse , et le paroxisme .de l'amour est-il autre chose que de l'ivresse ? On doit cependant, dès qu'on a. découvert dans les sentiments de la personne aimée une grande différence avec ceux qu'on, présumait y trouver, se retirer à l'instant même sans se laisser arrêter par ses. attraits, ou par des notions erronées sur la fidélité : ceci paraît un paradoxe, et n'en est pas. moins réel. La vraie fidélité git souvent dans, une inconstance apparente.
Nous avons déjà ici-bas quelques preuves rares , il est vrai , de cette communication immédiate tout-à-fait indépendante des sens» Par exemple : les pressentiments qui ont lieu
pendant le sommeil et la veille , et la clairvoyance qui en est le résultat, sont dus à la force magnétique. Pour évite/ d'être prolixe, je ne dirai que peu de mots de mon opinion sur le magnétisme animal . Le magnétisme est un moyen sûrementet entièrement physique. C'est l'effet d'ug fluide nerveux qui nous est inconnu, par lequel Fàme, le corps, sont en quelque sorte séparés, ou plutôt par lequel la réaction du corps sur Fàme est momentanément suspendue. Dès qu'il est mis en action , l'âme s'explique plus librement par l'intermédiaire du corps devenu simple organe. La personne magnétisée ne change point de nature, elle reste toujours la méme> rien de nouveau ne la pénètre ; toute la différence consiste en ce qu'elle semble vivre non limitée par le temps ni respace,qu'elle est eri dehors de l'un et de l'autre, qu'elle domine sur tout son corps , que les sens sont toutà-fait étrangers, et ne participent en rien à ce
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qu'elle dit. Si la personne magnétisée possède un esprit sppérieur, et si elle était bien comprise par le magnétiseur, c'est-à-dire s'il pouvait recevoir ses communicatiohtysans la participation d'aucun corps , on comprendrait comment il serait possiBle oobtenir des notions et des lumières tjès étendues sur le monde intellectuel. Si, par exemple, la personne magnétisée se trouvait être en nfettie temps magnétiseur, elle pourrait s'entretenir des sujets les plus obscurs et les plus profonds avec la personne que le ma* çnétisme aurait mis en rapport avec elle; mais nous , placés en dehors du cercle ma* gnétique , nous n'aurions qu'un regret, celui de ne rien entendre. Les résultats phychologiques ne méritent aucune attention, lorsque la personne magnétisée est naturellement plus franche ou d'un esprit borné ; car le itisme ne possède pas une force rétroî, et ne saurait détruire une fausse direc-
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tiôn de l'esprit dépendante d'une influence physique antécédante. Aussi ne puis-je m'ex< pliquer la croyance des personnes d'un esprit supérieur qui veulent qu'un simple qfte physique , la manipulation , puisse avoir pour effet d£*changer les dispositions morales de la personne soumise à son influence. Mon opinion une fois admise , on verra s'éclaircir les points les plus obscurs : on saura pourquoi Gmelin ne pouvait magnétiser avec des gants de soie, pourquoi une simple surabondance de force physique produit quelquefois les effets psychologiques les plus extraordinaires : pourquoi le baquet offre les mêmes phénomènes que la manipulation; pourquoi enfin les révélations d'une personne magnétisée ne sont que mensonge et tromperie , tandis que celles d'une autre renferment un coup d'oeil prophétique sur l'avenir.
Fin.