‹ Mémoires secrets relatifs à l'état de la révolution du Piémont, de l'esprit que règne en Italie et des sociétés secrètesChapitre 25 sur 26 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Je mVchappe de prison. •— Mon sf*jo»r dit» In miisfln

delà signora Adélaïde. — Observations sur la contrebande qui se fait dans les États d'Autriche. —Je mé fais pMser pour un contrebandier K «n aMaHiit.-*** Mon séjour volontaire dans la prison des criminels. — - Je me cache chez la signora Cobianchi.

Ua prière est Téobelle de Jacob par laquelle le croyant

, jpfQiinlefM. . il-.- < -

omnvaad*«i

de la place de Milan > fU o^naHre à VtérQM mon état de mala4ie, qui ctnpir^ijLïie Jqb* eb jour, et reçut ordre dé me prorurfer fàm Jet spula^ements, toutes ics distr^rtipr«i.quo; permettait mon état de prifiWflJGrj jV##

tardai p(is à éprouver les effets de ces généreuses dispositions. Mes fprcescommençaient à revenir et avec elles le désir de ip'évader ; une voix secrète me disait : La Providence ne t'a pas conservé jusqu'à ce jour pour que tu trouveà ton tombeau sur le Spielbçrg. Enfin j'imaginai ur plan qui ne pouvait manquer de réiissir et dont l'exécution offrait l'avan-

tpge de ne çoen promettre personne.

Le vieux Swinburne, cousin du fameux voyageur dç ce nom, était un brave Irlandais. Charmé d'avoir rencontré quelqu'un

^parlât sa langue maternelle et avec qui inverser, il sollicita et obtint la permission lie me faire conduire chaque jour spus escorte à son hôtçl, qù je restais ordinairement de midi à quatre heures à m'ent retenir avec lui. Ce fut sur cette visite journalière et sjur la facilité que m'offraient les lieux, que j'arrêtai mon projet d'évasion.

^ veille de l'exécution j'écrivis à Adélaïdç

pour luidemander si, en cas de succès, je pouvais compter que je trouverais chez elle un asile. Sa réponse ne trompa point mon attente : elle me conjura de regarder sa maison comme la mienne. Je la priai d'en* voyer le lendemain entre trois et quatre heures un vieux valet de chamhre qui lui était tout dévoué, muni d'un manteau d'officier, dans une petite rue derrière l'hôtel du commandant; il devait m'avertir de sa présence en toussant légèrement; s'il y avait du monde, il avait ordre de se borner à éternuer.

Le jour suivant, je rendis au commandant ma visite accoutumée, et m'efforçai de montrer de la gaieté, quoique assurément je fusse loin d'en avoir , car je devais être conduit dans la semaine même devant la commission. Je plaçai ma chaise à côté d'une porte

de derrière , et dès que la cloche eut sonné trois heures, que je fus averti de la présence

du Valet tte chambre par le signal obnvenu , je fis tomber la conversation siir le fameux battm dé Trenck. Je vaâtai l'adresse àvefr laquelle H Vêtait -échappé de la cîtadeMè de Magdebourg. Leg^oâfldjudàhtdeplac'e^ fe capitaine de SV*, ae récria sur 1 admiration que je montrais,- et prétendit que l'évasion était Urie preuve moins delà dextérité du "baroijqtie de' la négligence dés autorités pru*> siennes. « Je ne sache pas, ajouta-t-iî, qu'aucun' prisonnier d'État se soit jamais évadé tîhez nous, i— Vraiment 1 lui dis-je. Ehbiëri! pourtant, ai 'j'avais envie de m'évader; rien ne jmescrwtplugfécite. , Je tenais la porté, qtié j'avais ouverte avant qu'il s'en aperçût: • Comment yéus y:p?ëhdriezivôuâ? » nie dé-' Jmanda l'adjudant. « Dé cette" -manière > Fui pépHqùai-jeieh tarant' là dlef'de"la serrùrtt; «n'élançant dehors, et; refermant là porté sur moi. Leifidèle Philippo me jeta à là hàtè te manteau sur les épaules, je mis un bonnet

d'officier, et je conrus de toute ma vitesse pur de* rues détournées à 1* dçroeu re d'Adélaïde, qpi q'était pa* trèa Iouk Qqelquq court que f#t ce trajet, il épuisa néanmoins mçs forces. J'étais sans aime? ; Tjdée seule que je pouvais être arrêté dans la rue et reoom|M&dftP9 jgta prison comme un écoliqr qui sept çc happé , me causa un tremblement tel que je ne pps mçptçr Tç§calier qu'à 4'fûde eu yieox Philippe.

. J'appris plus lard que xw subite disparn tiop n'avait pgipt alarmé roea bw\m $ft»y fâepk H&JVaient fegnedé» cwiioe une plei* S£uteq«x et n$ s'en rfitaieat potulrinquiéb*., <q#r vouloir s'évader- en. plein jour devant iarit dq t&poins leur pt*ai$$pU 4nap audacieux. ^ cje{ qyi ir? aftuAiti. la SfinrtuxMcur fcnmt enf^lçs yeux Ripais, moment ftirp? ^a porte était sali$taj Q*> bit #b)rgé<fe. traverser 1* qpj^ç> fer i)ajre W4Wf 4U Js^âVitebitt^ tt j'm ^ajf Cftis lç içflûpa à profit. !

D* ffft*S€E ET akVHUÉ. 6j

J'avais beûuoadp fait; barf étais en liberté* cependant de n'était pafr totfty il sert- fallait: UtagUttaifc maiptèaafetde ftttfctèMiy âéffctëêTré aperçu, des froatiènes toujdWi Wen ^Hrdêè^/ Adélaïde avait d'abord pensé à se faire déli1^ vrer ua passe*oort p<n*r là Suisse ,:iW: 3? rrl y conduire sous sa livrée; ifAuiee projet" hiitaît pai san& danger, car peu lite jètfî*sMatipàrâvant la princesse B*** avait éléàrrêtée poùV avoir tenté de faire' évader 'de* la tàiM mà-I' ntènsmn pri«on nier d*Êtàt". Vtéftià apprîmes' ai^^Otfavdit^vdyêdefoH^défàctfèVifiénts1 à Gôiae, etqtx'en faisait 'faire de sevÔrêS per-: qiiisrtioiw. MaMteél&it mîseà p^!^; 1 d.ôàô ïivl'1 e^jd» l'avënceiiient, telle tfevait être là 'ré-' coin pense dé feèîatqiiîn'àrrélt'érait' 'tout cela, me décida à:pfeMét' (Quelques semaines à Mtta», il 'y réparer mes'fotVes'éfJuiàëes, etJ dattendrç qotïï se présentât une occasion favaratoetletgagner tes pays'ëirangërs. Celait

saafe tootrMRt 48 parti lé p'uè sage, car il né-

taU pas naturel que4'<rt*4a**gtnût qt»je restêra» lpRg-tcnipi; ctoos unet ville remplie d'espîoqs , fofaque; jel ««wrawi que si* «iîles à foire p*uc attendre ; le* frontières de la Suivie, ...;. • r i,.'

v U fallait spoger à limwet une retraite sûre jiendan^moo sïyïw à Milatt , fHiia imaginer les moyens, de m'éloigne* de cette vilte. La vieil* Philippa étaH fee «e»l domeetique auquel Adélaïde pût sfl çonftat ; il fut en conséquence chargé <Je fjrçre up voyay dans le Piéipoat. U était iqiposaifele de trouver Je jour mépe iu> a*Ue où je pustfe être en sûreté ; jppur comble de H^Jbeur la femme de chambre d* Adélaïde me connaissait dé viie* et c'était trop; aussi Adélaïde fit-elie naître une occasion de la congédier ; elle en prit une autre qui mç trouva étabH date la maison, déguisé en femros, et passant pokir une parente d'Adélaïde, On nfls rasa , on me ce»» rnit la tète d'un tour en cheive** dUoi ka

DE RHArfCK IT DrTAUE. 6$

boucles couvraient presque entièrement mon visage; on m'affubla cTun élégant bonnet; je fus complètement, transformé en femme. Ainsi accoutré, j'étendis nonchalamment mes grâces sur l'ottomane de ma protectrice; Sous prétexte sjuç j'avais mal^aîiac yeux, on ne laU$a pénétrer dans l'appartement qu'un très petit jour; en un mot je jouai si bien le roterde femme à vapeurs que le médecin lui-même qu'Adélaïde crut devoir mettre du secret comme ami de la maison , y fut d'à?

bord trompé. .

En, peu de, jours j'acquis une telle assu* rance, je> pris un tel tfjjomb, qu'Adélaïde |u* gea qu'elle pouvait recevoir des visites à-côté dp mw sofa. Quoique je fusse quelque peu minaudière, cm ne laissa pas de me trouver aimable. Plusieurs céladons sexagénaires prirent fl&p*»e feu pour moi; ils me firent leu* déclar^tnm d'amour dans les termeiiles pïu* p?$6}ftTO}és, et menant* glacé* reçurent à

yè xes sociétés nciini

ptuaiettia reprises J'iropressien brûlante dé Jeura:<lèvrea .flétries. J'éprouvai d'abord un grand* embarras; mais je finis par me prêter d*Jwnne gtâreii cette plaisanterie; je goûtai même une sorte de plaisir à entendre les flatteries de-fes messieurs, dont l'an vantait la beauté de ma chevelure/ l'autre la fraichetir rît mon tek>t ^ et tous ensemble là finesbe de ma peau , l'air de candeur que respirait, disaienWils, toute' ma personne. Apollon même se mèlâ de la partie, et le Parnasse fut mis à contribution pûur celé* hjrerma bcaut^Mes charmes échauffèrent tellement la verve <|Hini vieux -cheVdlite* sommé Levesafc , quH Aie prodigua mas d rigaux; et triolets. A *n croire Adélaïde, je ressemblais assez à une lemntie jbar feS* extrémrrtés du, corps; moft vèsagèyiAesntetitiV au» pieds étafieiit passables; toâte Jèf&fe sfê pè*«r diffioHemen* k mmion* tftf'-ttrild frèrjw*telte tie fttô pertnèttâit ffcft^flîêM»

Dfr «IàHC* ET T>t§KLt$. 71:

dé rii'àssëoir sut mon ottomane. Je pa&M aifcsi huit jours, et je ne dissimule pas que de court espace de temps eût été le pfàs agréable de ma vie, sans la crainte dont j*ê* tais assiégé ; je me rappelais l'histoire dei Dâtmoclès, et l'idée de Voir entrer soudaine* ment des gendarmes, d'être surpris en habits de femme; le scandale qui pouvait en Résulter, ainsi que l'affreuse position dans laquelle cette découverte jetterait la pauvre Adélafidé; toutes ces considérations réunies m'àtalêht ma bonne humeur et mon assurance. Je tremblais comme une feuille âti pins légfèr bruit ; cm coup de marteau , le sifflement dé* gonds , l'aspect m^me de la porte prête à s'ouvrir me faisaient tressaillir. Adélaïde àtf contraire était tranquille et fcalme. Ce ne fut qu'au moment où je lui fis mes adieu* qu'elfe m'avoua qu'elle devait cette fermeté à la résolution qu'elle avait prisé de se donner là mort si nous étions découverts. Elfe avait? db-

7P~ LES SÇÇUgTés SECRETES -

tpiu de son médecin un poison, très actif qu'elle se proposait de mêler à un verre de vin toujours prêt à le recevoir, et qu'elle se proposait de m'inviter à partage? avec elle dès que les gendarmes paraîtraient.

Le vieux Philippo revint enfin de son voyage; il n'avait pas rencontré l'ami sur le* quel je comptais pou réchapper aux sbires qui étaient à ma recherche, et me rapporta que de quinze joues il ne fallait pas songer à m éloigner. Plusieurs considérations me commao da ient de ne pas prolonger mon séjour chez Adélaïde. Mais où aller ? où trouver un asile? J'avais à Milan beaucoup de connaissances et d'amis ; mais ceux auxquels je pouvais accorder ma confiance étaient sous la surveillance de la haute-police, et je n'osais me confier à ceux qui ne se trouvaient pas dans ce cas ; car telle est la fatalité de cette institution , qu'elle rompt les liens les plus, sa* cr&j qu'elle sème la défiance parmi les

amis; elle serait impuissante si elle n'était escortée de la crainte. Il en est d'elle comme du despotisme , qu'on redoute moins pour le mal qu'il fait que pour celui qu'il peut faire. #

Après une longue délibération, le vieux , Pbilippo trouva enfin un moyen de sortir d'embarras, ce fut de m'&ffubler du costume d'un contrebandier. Comme j'ai l'intention de joindre dans mes Mémoires l'utile à l'agréable, utile du Ici, je me permettrai de faire ici une petite digression sur la manière dont se fait la contrebande dans les Etats d'Autriche.

Oans aucun pays on ne fait la contrebande avec autant d'audace que dans la Lombardie. Cet abus est le résultat du faux système de finances adopté par le gouvernement; sous prétexte de favoriser l'industrie du pays, il défend l'introduction de presque tous les produits étrangers, et ceux dont il tolère l'en-

trce sont chargés de taxes exorbitantes* Ce faux système a eu les conséquences qu'il d&> vait avoir.

La défense est tout au profit dés États dont Kcntrée des marchandises est prohibée, et c'est sur la masse des habitants peu fortunés de la campagne que tombe cet impôt, car l'introduction est toujours réciproque. De cette manière, la Lombardic de trouve de débouché ni pour sa soie ni pour son huile; et comme la nature ne lui a accordé que ces productions, elle ne saurait se passer des produits anglais. D'une autre part, le gouvernement autrichien veut à toute force que les épines produisent des figues, et que la ronce se couronne d'épis dorés; on est obligé de le satisfaire, et voici comme on s'y prend : on élève d'immenses fabriques; on élale quelques pièces d'étoffes à moitié tîssue$, et l'on introduit furtivement dès milliers cfe pièces de parettte étoffé. Uht fois datii fés

DB FRANCE ET D'iTALIfl, ^5

ateliers > elles sont marquées du timbre in* digcne, et vendues cohrime produits nationaux. Les statistiques et les économistes s'cxtasicnt ensuite sur l'excellence des étoffes du pays; en effet elles sont tellement semblables aux étoffes de manufacture anglaise que le plus fin connaisseur ne pourrait les distinguer; on vante l'accroissement, le bon état des manufactures; on prouve parles régis* très des douanes qu'il n'est pas entré une seule pièce de calicot anglais, de drap français, ete*, et on conclut de là qu'on peut facilement se passer des fabrications étrangères. Tout cela cependant n'est qu'illusion , cet état prétendu florissant du pays a autant de réalité que les villages, les bourgs et les villes élevés sur la route que suivait Catherine et dont se moquait Potemkin.

0j> peut avancer sans crainte d'être dé-* menti ( et j'en parle avec connaissance dt cause, car je tiens mes renseignements d'uri

j6 LES SOCIÉTÉS SECRETES

jeune négociant arrêté pour avoir contrefait le timbre des marchandises, et avec qui j'étais détenu dans la prison délia Santa Margarita ) , que dans toute la tambardie il n'est pas un seul négociant qui ne fasse plus ou moins la contrebande; quiconque voudrait rester honnête homme serait aussitôt ruiné , car les marchandises anglaises paient 60 pour 0/0 d'entrée , tandis qu'on peut se les procurer moyennant une assurance de 10 à i5 pour 0/0.

Les mêmes abus existent dans les États héréditaires d'Autriche. Il est sur les frontières de Saxe un village nommé Warnsdorff, rempli de manufactures considérables^ et habité par de prétendus fabricants qui possèdent des fortunes immenses. Â en croire le

gouvernement, c'est le Manchester de l'Autriche, mais je sais de bonne part que la plus

grande partie des marchandises que Ton expédie sous le nom de produits des fabriques

V& fRANCE ET o'iTALM» ~;

de Wartisdorff n'est autre chose que celui de la contrebande. La douane, instruite de cet abus, a fait des recherches qui ont coûté de» sommes immenses. On ne doit pas être surpris d'un tel désordre, quand on considère que, d'après les lois autrichiennes, il est extrêmeraent difficile de prouver à quelqu'un qu'il fait la contrebande, à moins de le prendre flagrante dtUêio; car il suffit que les fabricants prouvent qu'ils savent faire l'étoffe qu'ils vendent pour qu'on ne puisse les atteindre. S'il parait un nouveau modèle, soit Ort Angleterre, soit en France, ils appellent de «s pays un babilepqvrier, lui font confection-* aen la amitié , 4e tiers d'une pièce de ce modèle, pub ils le renvoient après l'avoir bien récompensé. Fait-on ensuite des perquisitions , le fabricant prouve par l'étoffe encore éiendae sur lé métier qu'il sait la fabriquer; il dit qu'il a rtenvoyéses ouvriers parcequ'd a ert magasin une quantité suffisante de marchan*

dises, et naturalise ainsi de» millicrede pièces La frontière de la Lombardiè est disposée de telle sorte qu'elle rend , pour ainsi dire , inutiles tous les effort* du gouverriemen* pour faire cesser la contrebande; car, d*uii côté , on peut pénétrer dans le cœur dit payf par mille sentiers inconnus, k traders le» montagnes de la Suisse; de l'autre, les lac* &)ajor, de Côtue et de Garda favorisent là fraude. Ije premier, entouré de trois États différents,, est toutà-fûit neutre, à l'excep^ tioo cependant de la partie qui touche à ViU Bon ornée , et de celle qui cst^dhércn\e & ta bi$e4e Mogadino. Elles oppartiennent/Futteau pit'imxnt, l'autre au etfttoniiu Tmsin. Lfcf contrebandiers, protégés par la' neutralité; voguent de nuit ot de jour, et abordpM a* rivage de la. Lomba f die. Aperçoii^ntMls du* employés de ta ckwiàne, ils continuent leur route , et vont pLuâ loio débarquer leftis wàt*

chan<U*fi*»

9K FRANCE ET B-'lTALlB. 7$

Un endroit à quelqoes milles de Côme, nonimc Ghiasso, est le chef-lieu des expé* ditsonoâires de celle nature. Il s'y trouve une société d'assurance qui offre des million^ pour garantie. Le pays fourmille de bandes armées; et le négoce périlleux auquel* ces malheureux s'exposent leur est à la fois ^hile et doux. Parmi eux / J'hommè des bassefc classes est partout en proie à la nécessité j aussi/ tuer ,uû Autrichien lui paraît presque itnd -teuvfe méritoire. Ils sbftt oî-ga-

msés d'une manière régulière : ils ont leurà

chafe, lotïfs môtè d'ordre,' un sentiment

d'honneur qui leur est propre. Quiconque s'est placé sous leur protection peut se livrer au sommeil sans inquiétude : ils veillent pour Ittl , et Te garantissent de tout péril. Quelque Vénal, quelque corrompu, du reste, que soit le gouvernement du Tessîn, il doit cepen*'

dant les'pfc-otéger endépit des menaces au-

tr ichïénnes ; ptiisque tout le pays vit de

So UâS SOCIETES SECftBTI*

ontrebande,, et que les autorités même y prenpent part. Les préposés sont presque tous à la solde des contrebandière. En 16a 1 , on en. arrêta quatorze à la fois; pourtant à quoi cela est- il bon» si, par leur union, leur connaissance des lois et des ordonnances , si enfin, par les ressources dont ils peuvent faire usage , ils savent toujours neutraliser les efforts du gouvernement ?

Personne ne se fut exposé à me donner l'hospitalité , si je m'étais fait connaître pour un prisonnier fugitif; mais déguisé en contrebandier , tpille refuges m'étaient ouvert*; le tout était de bien choisir, car nous savions positivement que. les maisons des fraudeurs étaient observées avec soin , pour avpir long* temps servi d'asile à des personnes accusées

de délits politiques, Philippo avait un, frère qui avait conservé des liaisons avec ces gens ; il m'indiqua différents individusqui nje recevraient très volontiers, dans l'espoir . d'une

&E ttlÀNCE ET D;ÎÎALIE. &\

bo»ne récompense , Je#cfaoisis à dessein une demeure où allaient et venaient les em>ployés de la police, -celle enfin de mon1 ennemi mortel , le comte de Bolea. L/expé>rience que j'avais acquise m'avait démoptré qu'on n'agissait jamais avec plus de pru*dence , surtout lorsqu'on passe pour un homme fusé, dans l'opinion de ceux qui vous persécutent, qu'en prenant un parti, niais en apparence. Tandis qu'ils furètent dahà tous les coins les plus cachés, ils n'aperçoi* vent pas ce qui leur saute aux yeux,

Cependant il faut sp conduire d'après ïefc circonstances ; mais en général être , comme je l'ai déjà dit > fin avec l'homme sim pte> \ et sim pie avec l'hom me habile » • - • — •

J'allai trouver lç portier du comte de Botea ; tfétait lin ancien contrebandier qui: avait reçu , dans ur*e de ses «périlleuses excursions; un coup de fUsi) daris les reihfc ; accident qui

l'avait forcé à quitter k métier, etcfurhri

avait valu. le surnom de.Gam^tf Caria (jatehe courte). Un dimanche au 8oir je me mis en route, enveloppé dans un large manteau et parfaitement méconoaissablesius unep«rruquc et des favoris noirs. Philippo- m'accompagnait : je parcourus d'un pas assuré les rues qui m'étaient bien connues : on s'accoutume. à tout , même à la crainte ; d'ailleurs j'avais des armes sur moi ; et lé certitude de pouvoir se donner la mort, si :1a circonstance l'exige , aide à supporter la vie> car il n'y a que les souffrances donton ignore la dun&e, et avec lesquelles on ne peut -en finir, à volonté, qui paraissent intupportablét* j Natte f outd-nous conduisait vers l'église ; un sentiment dont je ne pus me défendre me .força d'y entrer. Quelques unes des parties de ee ;bàtiment colossal étaient faiblement éclairées, et fopmaiiint des ombres gigantesques.. On voyait çà et là de pieux adwateufs, maia.eu général c'était un pas*

sage comme toutes les églises catholiques, qui ne servent pas seulement de chemin pouf aller de la terre au ciel , mais encore pour se rendre d'une rue à l'autre. Je me prosternai plein d'un sentiment religieux , et rendis grâce au Seigneur de m'avoir rendu la liberté , et de m'avoir surtout accordé la foi , ce palladium de l'être pieux.

Lorsque rhiwmme, en essayant la vie, se trouve lancé dans l'immensité du monde> il s'écrie avec douleur : <c Seigneur, Seigneur , comment te retrouver ? comment, à travers ces écueils, arriver jusqu'à toi? » Et la divinité lui répond : « Un fil invisible , que nulle puissance étrangère ne peut rompre , te conduira dans mes bras; c'est la foi. » Hélas! gardez-vous, m** bien-aimés frères, de briser inconsidérément ce fil dans les voluptés , car personne ne le renouera ; et sans lui il n'est pas d'espoir de retour dans 1$ patrie !

Heureux l'homme qui peut prier! la prière

84 LES SOCIÉTÉS SECRBTES

est l'échelle de Jacob par laquelle le croyant s'élève au ciel. »

J'avais gagné de nouvelles forces; je m'empressai de continuer ma route, car je m'aperçus que la soirée était fort avancée. Nous arrivâmes bientôt à une rue étroite et sa te, et rtous nous trouvâmes enfin en lieu et plaoe. Quelque modeste qu'eût été mon attente, je l'avais rependant encore élevée trop haut. Mon hôte ne possédait .qu'une seule pièce qui lui servait de chambre à coucher, de salon, de $«Ue à manger , de cuisine, de cave, de magasin et de.,, quelque chose de pis en* core. Deux petites fenêtres donnaient à la vérité sur la rue; mats elles étaient établie? & une hauteur si prodigieuse etelles avaient des barreaux si épaU quV«n n'était éclairé qu'à U faveur d'une lampe confiée aux soins d'une vieille édentée fort hargneuse. Deux gros lits, aussi élevés que des tours, occu* p^ent les deux tiers de la chambre; un pa-

rivent, tout disloqué , su? lequel desmipfmi étaient ^te&duesy entourait celui des deux qui était pte$é pfcès deifc feaêtre «t traçait léfaelt-*. otites d^ ffioa do maii>e. Je passais pour un jqunç négociât suisse qui. aMait eu la mésaventure de tuer unempioyédoiadouahe , et qui s'était 4e la swte compromis avec la po-

; J'étais* censé devoir; garder. l'tJteagrtctôjuak qiiA ladé^i^ioa 4$ utonaffeire. flin'e&t guère futile de tçower ftae position pltas |>âoftlple q&e l^ piieîqnQ,; itnQse passait pas de quart d'beM^e qu# Ifr porte ifce s'ouvrît et qu'on ne 4wiaodàt qu#Jq<uftàir ; souveat même j'entendais la voix aigre etrgnoodeuse de l'inferaai Bolza. L' habitude v jointe à lasûretéidont j$; me ftattaia, et dont pnéeisémeitot je me tenais pour redevable au facile acres de mon séjour, m'avait endurci contre tout; mais ne voilà-t-il pas. que, pour surcroit de maiu> la veuve **% qui m'avait fréquem-

ment vu et parié, venait je ne sais combien de fois le jour trouver mon hôtesse, avec laquelle elle était intimement liée. Un soir, qui peindra mon effroi ! elle se mit à discourir sur ma fuite. Le vieux Gamba Cortèt, entendant la somme d'argent promise à celui qui me ramènerait, joignit les mains, et s'éfcria • « De par saint Antoine , si Ton pouvait savoiroù le drôle se cache, et sous quel déguisement ! » Et la veuve de faire mon portrait

depuis la tête jusqu'aux pieds avec une telle exactitude que je te maudissais du fond du cœur. Par bonheur die n'avait oublié ni les besicles ni la chevelure blonde; signes qui n'existaient plus* D'ailleurs ces nouveaux Philémon et Baucis ne venaient jamais me tTOuver derrière mon étrange muraille que je ne les appelasse, et n'avaient pu observer mes traits que fort imparfaitement à la ltfetfr d'urie clarté vacillant^.

Ce concours de circonstances me sauva. Un

DE FRANCE 'Ht 'ft ''ITALIE', fity

jour Gamba 6erta vinta;moi y et me cotfim'Ùniqua , on mauvais allemand , les nouvelles qu'il avàtapprises; car j pour plus de Sû^ reté et pour découvrit*' là manière dé penser de ces gens, j^ayais- annoncé que je ne savais pas'urrmot d'italien . 'Bien que je' fusse certain' qu'tts'n'ayaient conçu aucun soupçon , je me décidai- cependant à quittait cette repoussante taverne, efcje m/adressai1 provisoirement à Adélaïde,^'. i":- ■'-■:<; I. • ■■ -'-■■ ■- ' ' <■ . Si je ne veutaiaVpàs rti'ên- tenir à l'exacte vérité., je décrirais un tout autre asile que celui que je me choisis. M'est vrai que j'ai été si constamment épié', qu'il me serait difficile d'embellir mon récit par des aventures fictives sans m'exposer à être1 démenti. J'ai pourtant à raconter des choses si extraordinaires qu'elles attireraient 'à un romancier même le reproche d'invraisemblance. Mais comme je veu* m'flffrir moi-même dans les circonstances où je me suis trouvé ; cesti-à-

îW| hB& aoaÉ^és s écrite*

dir^qqe j'ai l'intention d'écrire atfae ftiélit^ ce qw )*i vu et ce que j'ai Sait* je me meta peu en peine si n\a narration a au n'a paa une apparence 4$ vérité. - j - ï

Sache donc, ami lecteur, que jp mç rendu» YQlqataireiw^t daoô la prison criminelle , qù je pasaai çioq mortel» jour*. A prëseit ; je m'm vé) t^ mettra au foit de e^qiiim>V niena à uOe pareille 4éterip«?notion. La m»4 son d'Adélaïde n'était pas éloignée de cette prison #a«rôt,.et du MA de, sa terrasse on 4i*#ngi*8iUea pi Usiniers, réunii; Cette oiiv constance ne detteurfc pas, ignorée, d'une jfune Italienne djoot Tépou* aairanaé avail été epiprispnoé pour contrebande. EHecbé*ck% tourte meyisna possibles d'approche* la sîgcwa, Adélaïde, , et, lui dwwnda la permis aiqn d^JAer'aur cfttfcfc bienheureuse terra&œ d'ail elle pouvait; QWltffetenic par signes, *ww le,prisfrnoœr,< Cftik*cii fte«ut pw devoir. lui refuser ce Wger àcffviim, ej fut ainsi à même

tri

de voir souvent œlle do/jt la* naisfta^çe., l'éducalion et, le rapg'la ^paiep^épsr^- JWwn*

t#t la ni3ée Pepiaa trouva mayçii d'établir de$ apports ^iveq ?Qp fnarjl d'urne. ipani^ beaucoup p\vi$ epmtoode. ; , ;. \

$e$ charnues avaiei^séd.^ l'inspecteur de la prison, qui avivait plu$ d'au^F^ volontjé <§ue & sfajwq. Qua#t, %t ejKeJ çofloflf^e pro-r b*blenwn& ujv fe<H»nie jeurjfir^i^ft foJLti ae ljuLdépiaisa^ poM du Jout;, elle. ne voulut p*s se laisser vafocije eo géftépQsitéf* çl< se prétait a$#« y $onU#r,s , j$ lef suppose au. woin^ à sajfefawre^s^^ic^ Quelque sefliqàoes^çoalè*eat> de, k swis , & Pepina > dans le feit* Waitrçsse de Pins^eq te w , .1^ dominait et le tyxattOisaUîd'u&Ç étrange maaièr-e. Elle avait dfrV'esprit naturel, elle savait; cçqduirs 3 btftn tout ce .quelle entreprenait.,

Ma géçtér$as# protectrice U appeler Pe^ jma* et W demanda si ejle^aumit uft moyen de faciliter mon. évasion ; cette decnière, la

bôiité ftlèmèri'bffHt à l'inètant de tàe preri* dre artec elle* faaisf Adélaïde trouva tant d'inîconvènientë à cet! arrangement, qu'il fallut1 y'renoncer^étvallà'ition Italienne qui disparaît et revient avec le signor Louis, qu'elle nous ptésènte c^oimme fort capable de donner uri sage conseil. L'amant est du même avis qU'Adêlàïtte : la demeure de sa maîtresse ne peut nie ctihvenir sous aucfcm rapport. « Hé* Bien , dîs-jéenfin'vexétoutdebon, la prison ne petafc-elle pto me servir de refuge? H ne vous manque pas de cachots ;l4àa\i moins* je serai à l'abri dfes tfcc'herfché&<'de1a: police ;; et quant à celles defc autorités Civiles, o^n n'ô; pas à les craindre ce mois-cr. Au reste il rteét pfas toéce*fetii'e que* Vofef éubordôrtnéss toiertt au feit delà chose : par torts Vite* Vous» allez me faire préparer ^'meilleure petite chambre posfeible-j vous viettdrea «me prendre et m'emmènerez de *nuit jpêh #iteJ faiëa^ passer pour drï^hef'dë voleiiiW» •'•; •* » •*>

M FRANCE If »Vr A-LIE. g h

Lfes dames reculèrent d'effroi à cette pron position '; m&is^ après de mûres réflexions, elles convinrent pourtant que , toute hasardeuse que parût l'aventure, elle jetait au fond facile à exécuter. Qu'on ne m'accuse pas d'imprudence en mè voyant ainsi me confier à un homme inconnu : gavais une double garantie de sa fidéKté; d'abord sa passion pour Pepina , qui m'était entièrement dé^ vouée; ensuite la découverte que j'avais faftte qu'il avait été nombre d'une société seierète. ' - * *. ,

'■ Tout aïla à souHaît ; et pour éviter d'être incarcéré, je me fendis directement , et de fctfm1 chef, à la prison. Un effroi involontaire me saisit lorsque je pénétrai dans l'asile» des malfeiteurs, des assassins, et que j'eus franchi le seuil de ma petite cellule. Ce foc bien pis encore quand les verroux se fermèrent sur moi avec bruit. Je sentis alors mes cheveu* se dresser , et je me dis danè le trou-

9* LES SOCIÉTÉS SfiCUfeTBS

ble« de mes esprits : « Que deviendrait-Uâ si ce qui ne te pavait qu'un jeu était réel ? si lev poir d'une forte récompense séduisait tota protecteur? Quelle honte pour toi si tu voyais entrer le comte Bolza, et que d'an air go* guenard it t'apoetropbât en ces termes :« Ah ! ahl mon beau aioa^ieur, cela est en effet fart joli de provenir aitisi nos vœux, et de votas rendre Volontairement au lieu que vous voua destinions ! » Je me répétais, vainement to& garantie qnctj'wai* de la pr.obiié de Louis : la crainte fournit toujours les ralapA* ksi plus pui$saot& > et ^t habile & détruire celles que la r*Uan allègue. Aussi tfette nuit fqt horrible % et les $witf*nteftise re$s$tetirei*t encore de mon état d'ioqjuiétude.

Pendant ce te top* on me trouvé! une ** truite sûr* et commode,, Une tante de Pépin* démettrait daus> on. de* plua grand* bâtiments de la ville „ et, consentait à me <faa~ ner, mpye^Kqawt un boji prix , l* j*>uiasan#eî

de deux chambres qui m'offraient l'inap* préalable avantage de pouvoir m'échappe?

en cas d'accident ; car la toiture de l'édifiée à coté fêtant construite à l'italienne, eût favo^ risé mon évasion, et j'eusse gagné, en traversant plusieurs cours* une rue fort éloignée. Au-dessus de moi j'avais l'ami de mon premier guide , le baron de Volpini ; et au-dessous , le médecin de la police, M. Nicolo, qui possédait à fond la langue allemande. Une se passait donc pas de jour que je n'enten* disse leurs voix.

Mais, hélas! jone pouvais avoir de feu /et il me fallait endurer le froid excessif de l'hiver de 1822. Aussi ma plus grande jouissance était de me rendre au près de ma vieille dame, lorsque * sous quelque prétexte spécieux, elle parvenait à éloigner de la maison son époux et ses deux fils, qui ignoraient entièrement qu'il y eût un étranger chea eux. je parvenais quelquefois, en flattant ma bonne hô*

tesse, à me faire céder un fagot ou deux pour une légère somme ; je ne réussissais cependant pas toujours, car elle était aussi avare que le bois était cher. Elle ne voulait pas d'ailleurs que je m'approchasse de la cheminée : « Elle a causé, disait-elle en m'en arrachant, la perte de défunt mon mari. » Pepina m'expliqua comment on pouvait en* tendre cela.

Le brave homme avait eu le malheur de tuer, d'un coup d'arquebuse, lin employé supérieur de la douane; ou l'emprisonna; mais le fait n'étant pas prouvé , on fut obligé de le relâcher. Dans une soirée brumeuse il rentre chez lui, et, assis au coin du feu auprès de son épouse, il se félicite de son bonheur; Lé lendemain on l'arrête de nouveau ; on le juge et le condamne en moins de vingt* quatre heures.

La police avait posté sur le haut de la cheminée deux espions; ils avaient enten-

PE fllÀNCE ET. D ITALIE. <)5

du les confidences conjugales. On ne pouvait donc pas en vouloir à la pauvre femme si, depuis cette époque , elle avait horreur, de p&rler. près du foyer. • , ,

Huit jours après arriva l'artn qui était chargé de me faire passer des frontières fort dangereuses. Upe année auparavant, ^ la ûiême. époque, je prie rendais du Piémont à Milan , ayant devant mpi une heureuse perspective , et à présent je retour rçaip en Piémont, pauvre, il est vrai, en espérance, /nais riche de J'expérience que j'avais acquise. , ;.

Il était temps que je m'éloignasse car Adélaïde remarquait qu'on l'épiait; elle craignait que ma retraite ne fût bientôt déçaur verte. La prudence lui commanda de feindre une maladie et de ne pas quitter la chambre. Quel tourment pour moi de ne pouvoir prendre congé d'elle! Elle avait formé le plan de réaliser $a fortune et de me join-

g6 Lfi* SOCIÉTÉS StCRiTE*

dre danà le» paisibles vallées de ta Suisse* Hélaa ! ma nouvelle détention et sa mort , qui la suivit de bien près, ne nous permirent pas de nous réunir dans ce monde.

Avant son dernier soupir elle reconnut encofte, pour détourner le sotipccon de ceux auxquels on imputait ma fuite, qu'elle seule Pavait préparée. La crainte de lui nuire, eti cas que je retombasse au pouvoir de la justice , «l'engagea à détruire , avant mon, départ , son portrait et sêfc lettres. Il ne me reste d'autre gage de sa tendresse que la moitié d'un anneau dont je ne me séparerai jamais.

L'expérience en général m'a démontré la vérité de ces beaux vers :

Female iiearts are tuch a génial .*6iJ

For kinder feelings, whatsoe'er their Dation;

Tbey naturally pourthe « wine and oil» , Samàrhatis tu etery situation.

Don JvkKyCant. 5 s tance ni

OE FRANCE ET i>'lTAUE. QJ

Je conseille à l'infortuné que U péril presse de se confier de préférence À une femme, quelque étrangère qu'elle lui sait, plutôt que de s'adresser à l'homme même dont la réputation de benté est le mieux établie. Oui , il peut en toute confiance remettre son destin au pouvoir de cette généreuse moitié de l'espèce humaine, toujours dévouée au malheur. Je ne prétends pas que nous soyons incapables de nous oublier nousmêmes, ce serait une assertion que mon sexe ne me pardonnerait pas; mais l'homme calcule davantage : il ne vit pas seulement dans lé présent ; il tourne ses regards, sur l'avenir, et pèse les résultats de ses moindres actions.

La femme au contraire pense moins et sent plus vivement. Le malheur qui s'offre à elle l'agite avec force, et produit une si profonde impression sur tout son.être, qu'elle va au-devant sans peser les conséquences de ce qu'elle fait. Certes il y a des femmes qui

gt les sociétés sccnàTks

sont assez dégradées pour spéculer sur la misèfed'autrui, j'en areu un exemple à Turin, et' pourtant je suis encore convaincu que ménie dans dfe semblables créatures le premier mouvement est bon.

Il en résulte aussi qu'une femme qui a une fois franchi les limites du devoir et des bonnes nweurs est plus déchue qu'un homme, que la Crainte de )a découverte, que la réflexion, retiennent encore devant Texé» otitiom du eritnie long-te*n^s après qu'il l'a déjà commis dans sa pensée ; tandis que dans la femme il ne s'écoule point de temps entre l'intention et le fiait. Si une fois la passion safrs frein, si le sentiitaent flétri, ne lui promettent ta satisfaction que dans le crime, dût- elle se perdre, elle s'y livre également. La femme se montre telle qu'elle est, au lieu que lTibmme ressemble à te

pomme de Sodome, belle au dehors, gelée et rongée de vers au dedânè.*

DE FRANCE E* D'iTÀLtE. 99

C'est une dilïéreoce qni existe dans tyi sexes. Une femme chaste n'est pas vertueûôe, à proprement parier; car la vertu émane surtout de ta lutte du bien avec le mal , et lé pressentiment du mal est déjà une profenanation de l'innocence. La vierge ne doit pas avoir une mauvaise pensée, tandis que l'homme doit connaître le mai, l'examiner** le rejeter ; si ce qui au moins me parait incontestable, le désir du mal est péché, on peut encore soutenir avefe assurance que l'ifï- • dividu enclin au vice peut seul être vertueux. La victoire est d'autant plus belle que le combat est plus violent : le vrai héros , selon moi , est celui qui lutte avec ses passion*. Ainsi lorsque le bien est devenu une habitude , le mérite cesse. S'il pouvait y avoir *tf\ homme dont les sens fussent asset irritables, et dont l'éducation eût été assez mauvaise pour le rendre sourd à cette voir intérieure appelée conscience; qu'il en existât un autre

100 ItSS SOCIÉTÉS SECRETES

qui fût exempt de penchant vicieux , et qui eût été élevé assez, parfaitement pour qu'il y demeurât toujours étranger, on ne pourrait les considérer que comme des êtres ni bons ni mauvais; car la vertu n'est pas où fl n existe .ni combat ni inclination au mal.

Terminons une digression sur laquelle on ne peut se méprendre qu'autant que l'on repousse les mystères, et qu'on ne croit pas aux promesses du christianisme. Un roué . qui , tandis que l'abeille transforme le poison en miel, s'efforce au contraire de trans-

former le miel en poison , pourrait peut-être interpréter ce que j'ai avancé d'une tout autre manière. Il dirait : Cela vient simplement de ce que la femme préfère le oui au non , et pareequ'il lui est naturel de ne rien refuser. Mais qu'il en soit ce qu'il voudra , c'est assez qu'elle soittelle qu'on l'a dépeinte. Ne recherchons jamais les motifs de nobles actions pour en détruire le mérite. Ne cony-

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dèrerait-on pas d'ailleurs comme un fou quiconque refuserait son admiration à 1 éclat des couleurs végétales , sous le prétexte qu'elles ne sont belles que $ar couches? Les mêmes apparences sont souvent dues aux causes les plus opposées.

Combien les Italiennes nous paraissent grandes, si nous les comparons aux hommes ! elles seules ont déployé dans les temps d'effervescence les qualités que ceux-ci auraient dû avoir; elles furent chargées dans la dernière conspiration de missions bien délicates et bien épineuses. Les femmes les plus belles, les plus spirituelles, lés plus distinguées, furent poursuivies , et même emprisonnées. Nous en pourrions citer plus d'une , telles que la princesse Belgiojoso, les comtesses Fracavalli, Polmaverde, Milesi, Fè, la femme du général Dombrofska , etc.

Enfin arriva le matin fixé pour mon départ. Mon guide, avocat piémontais qui

u>a lb* aociferas' sieaàtis

trouva bientôt «près la taort en, Espagne, vînt à. la pointe du jour pour assister à ma métwwphpsa. Je noircis mes cheveux , je me tonsocai, et bientôt j'eus tout-à«faît l'ap* parence d'un prêtre. La culotta courte > las: bas et les souliers de soie qu'il fallait endosser me furent fort désagréables. On était en plein hiver; la aetge oouvrait la terre, et j'éttis, en raison de ma baignée et de l'inquiétude où j'avais été jusque alors , épuisé à un tel point que ce que le prinée-de Tallèyrand disait au bailli de La Ferrette m'eût parfaitement convenu.

Mon déguisement était si parfeit que j'eusse pu sans risque me placer dans un cabriolet et marcher «ri plein jour sur la route «de Paris. Cependant c'est pourtant ici que commençait le danger; cdr si je rie craignais pas d'être reconnu , je ne savais cependant comment me tire* d'affaire, sans passe-port, avqc dks carabiniers»

0B FRAÎffflS.HT PIJFAWB. Ip3

Je cpQaais&aU^E'lHmheu* fous 1^ dé; tours d« pays, Nws ^vîntes dons* ,a#^ avoir passé le pont, un sentie? ii dropte*iîfui conduisit te lwgdtt Pgt, à traver^^ow»awip çt 1^ brousaaiHe^ av* village pi&a&0n*afe>jlf Carbon ara. Nous étions aura de trouve* ici, au JiaM de quartiers de e$rabroiers> des hutte* de charbonniers, dea repaire* de CQdtrebandiers qui pouvaient nous servir. Men guide connaissait les pauvre» mais honnêtes habitants de ces maisons; il pouvait tomptet Sur eux ; sans cette circonstance pétais perdu. \. v

A peine ^iOi^ri^ws, marché tinp Hewe> ayant de la neige jusqu'aux genoux, que noua aperçûmes dans l'étoignemant quel?

.que chose de brillant qui s'avançait v*fs nous; c'était un carabinier» Rencontrer (deux hommes bien habillés , loin dés grandes route*, lui donnait^ penser . Mon -compAr gon , auquel il s'adressa d'abord, peut-être

rO/f1 I*» SOCIÉTÉS SECRÈTES

pdf respect pour mon habit, lui montra par ses papiers qu'il était l'avocat R.... N...., de BoghéM, et lui raconta avec calme l'histoire qaê D6*£ avions concertée en cas de péril : que kri étant allé le jour précédent à Pavie, u<i de ces charbonniers qui appartiennent à son1 client l'avait abordé et l'avait supplié en grâce de -lui amener un certain père Ambroise, parcequesa femme n'attendait plus pour mourir que l'extrème-onction ; qu'il lavait fait , qu'il avait accompagné le révérend père, dans la crainte d'abord qu'il s'égarât et né s'épouvantât du trajet. Le carabinier, il le parut *a mouis, ne conçut aucun soupçon ; anus nous accompagna , pour plus grande sûreté'/ à la cabane du charbonnier.

Notre position était horrible* Le charbonnier, qui n'était pas averti, pouvait tout gâter. Déjà mon guide reculait d'un pas, et me demandait pac un signe expressif, et tout en

DB FRANCE ET D'iTALIE. Io5

retirant son poignard, si nous devions nous délivrer de cet importun; mais un mouvement de tète négatif fut ma seule réponse. J'entretins du mieux que je pus Iecarabinier, je lui fis cadeau de quelques gravures sacrées que je tirai de mon bréviaire , et me le rendis tout-à-fait favorable. Comme nous nous approchions de la hutte, mon compagnon me précéda, sous le prétexte de prévenir les gens de mon arrivée, pour ne pas frapper l'imagination de la femme mourante. Le bon carabinier, dont la méfiance avait disparu , trouva tout cela dans Tordre , et nous nous entretînmes le plus joyeusement possible pendant que mon anpti instruisait les charbonniers.

Au bout de quelques instants le maître de la maison, fondanten larmes, vint nous chercher. La femme s'était enveloppé la tête et gisait sur son lit comme une agonisante. Toute la famille m'embrassa en s'agenouil*

106 iES SOCIÉTÉS SBCftlTES

lant, me demandant ma bénédiction*, que je leur donnai de la manière la plus solennelle. La disposition dan» laquelle j'étais donna à mes paroles une telle onction > que les yeux du carabinier se remplirent de lar mes. Après avoir reçu la bénédiction $ il s'en alla à la hâte pour cacher sa faiblesse. Je remerciai Dieu de tout taon cœur de m'avoir épargné un meurtre qui semblait indispensable. Il est affreux de penser combien Top» primé tient peu à la vie d'au trui quand il voit ea péril ou ses jours ou sa liberté y et qu'il se tient sur la défensive.

Au reste , je ne le nie pas , il y eut encore une cause particulière qui émou6sa la répugnance que j'ai naturellement à verser le sang; de manière que j'aurais pu poignarder avec calme un ennemi qui m'eût poursuivi.

Lorsque je fus conduit de Turin à, Milan par le bçron Volpini de Maertft, j# remar-

Dft FRANCE ET p'iTAWE. IQJ

quai qu'il avait une paira 4e palets dans sa poche. Arrivé à Milan , je lui demandai quel était son but en sa mi^nis^pt de telles armes, dont lui y comme employé de la police au trir chienne > ne pouvait sb aerfvir eut une terre étrangère, sur le m\ piélaontais, sanst s'expo* aer à être poursuivi comme «neurtrier. Vol-, pîni me répondit avec calice çt avec son se*** rire accoutumé : « Je ne (discuterai paa aved vous sur ce que j'aurais fait oh, atfraia pu faire en cas de temtairtfe de votre part poun fuir en passant sur le territoire du Piémont ; je vous accorderai déplus que vous ^urlea eu raison ; mais je sais aussi que. ai j!avai* eu le m alheuE 4e v®v& br£fôr la , cervelle dans «afe telle ^aptativ^ je m& aurais- plus facilement justifié auprès ;dfi mes sçp£A* rieurs*, qtfe, si je vpus epsse, laissé échapper.*» i, \ . ...... ;.■'.%.

Ui aoinée était fort avancée; nous étions nous-mêmes très fatigués d§ la route; nous

-v -r s *t'%"tt ~«,

108 LpS SOCIÉTÉS SECRÈTES

nous acheminâmes vers le village de Carbonara.

J'étais exténué au plus haut degré; il fallut me résoudre à prendre un jour de repos. 11 s'agissait de plus d'achever le trajet qui me restait à faire. La route qui conduisait directement en Suisse était à la vérité la moins longue , mais aussi c'était celle que l'on présumait quej'aurais prise, et où on me rechercherait avec plus de soin. La Suisse, poussée par la nécessité , avait déjà livré tant de fugitifs ! D'ailleurs dans le cas le plus favorable, ce n'est pas une tâche fecilede la traverser pour se rendre en France ou en Allemagne, tant elle recèle d'espions. L'Espagne était à cette époque le àèul pays de taterrequi offrît non seulemeht quelque sjurfeté, mais encore de l'occupation aux gens de mon espèce; aussi je voulais m'embarquer à Gênes ou à Livourne, pour gagner quelque port espagnol. J'étais sàr d'être bien accueilli

dans ce pays, car je m'étais lié pendant mon séjour à Paris avec beaucoup d'Espagnols distingués , comme Bardaxi , $anta-

Cruz.

Mon compagnon approuva mon dessein ; nous fîmes circuler un avis dans les loges voisines, et en trois jours j'avais en main mille deux cents livres. C'est la première et la dernière fois que la nécessité m'a contraint d'exercer à mon profit l'influence dont je jouissais. Ma famille me fit tenir des secours

quelque temps après. Je n'eus rien de plus

pressé que de rembourser la somme que j'avais reçue.

Mon avocat ne me remit pas sans émotion dans les mains d'un nouveau guide; mais le Piémont entier était organisé, .prêt à tenter une seconde révolution ; je savais à qui m'adresser. Il n'y avait pas de ville, pas de village où je ne fusse certain de trouver un asile sûr, des hommes dévoués*

110 LES SOCIÉTÉS SICftiTl*

Les gouvernements s'imaginent qu'ils ont tout fait quand ils ont proclamé la dissolution Se telle ou telle société ; rien n'est moins sensé. Vous touchez à l'hydre, vous lui abattêt une tête , il s'en reproduit cent. Vops détruisez les belles formes que l'artiste a pris plaisir à modeler ; c'est peine perdue, son génie lui reste ; il rit de vos efforts qui ne peuvent atteindre ses inspirations. A quoi bon s'attaquer aux effets ? c'est aux causes qu'il faut s'en prendre: en agir autrement est sottise, c'est vouloir n'arriver à rien. Le" moyen le plus sûr de détruire les sociétés secrètes, c'est de les rendre publiques; car peu de réunions se proposent un but mauvais ou révolutionnaire. Elles ne deviennent dangereuses que par l'abus qu'en font les méchants ; aussi Napoléon ruina ta francmaçon nèrie en la favorisant. C'est une chose fâcheuse; mais on ne peut nier que toute institution qui a la faveur des princes perd

aussitôt celle des peuples. Les sociétés secrète* n'ont jamais plus d'influence que lorsque l'autorité les poursuit. D'après cela, quelle idée se faire de la masse ( j'allais dire la canaille ) ? répéter ce que le poète disait de Caton.

Victrix causa diis placuit, sed vie ta Caton:.

Je traversai le pays sous la protection des Sublimi Maestri Perfetti. Je fis le trajet au milieu d'un des corps de gendarmerie les mieux avisés de l'Europe, sans péril, mais non sans fatigue. Je quittai mon accoutrement de prêtre. Je pris une perruque noire , favoris , moustaches, tout ce qu'il fallait. Un teint basané , des pantalons garnis de nœuds blancs, une jacquette déchirée et un bonnet blanchâtre complétaient mon déguisement.

Je marchais toujours de nuit accompagné d'un paysan fédéré ou de quelque autre in->

dividu du pays. On m'arrêta plusieurs fois ; mais on me relâcha aussitôt, parceque je me donnais pour un déserteur autrichien > qui allait prendre du service à Gênes dans un régiment piémontais. Mon apparence maladive et mes guenilles faisaient croire aux carabiniers que j'allais mendiant > et que même j'endurais la faim. Ils me tendirent plusieurs fois un verre de vin et un morceau de pain. Ils me félicitèrent de ma désertion, me vantèrent la vie agréable dont j'allais jouir, et maudirent les Autrichiens et le comte de Bubna qui leur étfiit odieux , pareequ il tenait à la discipline et cherchait à détruire la puissance de ce corps de janissaires piémontais.

Je passais mes nuits sur la grande route; je me reposais le jour dans quelque chaumière, à moins qu'il n'y eût dans le voisinage des troupes autrichiennes; dans ce cas je bivouaquais. J'arrivai enfin à Gênes. J'espérais me

DE FRANCE ET DITALIE. Il3

voir dédommagé en peu dejqursde toutes mes fatigues; mais j'avais compté sans mon hôte. Tous les bâtiments affrétés aux ports espagnols et français étaient soumis à une si forte surveillance > que ç'çût été folie> dç tenter à àe sauver .par mer. Déplus, l'homme sur l'aide duquel j'avais compté me manquait; c'était un certain Badinelli, cabarctier de son métier, et possesseur dJune petite boutique au port. Cet homme, que j'ai appris à connaître dâi^s la prisent et; que je croyais libre depuis long- temps, avait une forte in-r fluencesuf les basses classes, sur le&portdb faix et les matelots , qui; avaient eouttufle dû se rendre i à sa gargote ; . il aurait jpu : fecilé* ment me servir; njais le gouvêrneipaent , qui le craignait, le retenait en prison, • r>

Je restai' encore à Gênes 4§ux j^rs , . q#j ne ressemblaient en riei^à ceux quç: j'y avais passés deux ans auparavant. Le commfdpre

Ha mil ton était alors à Nice; il eut la bon té de a. 8

Il4 £fc» SOCIÉTÉS SECfttTES

meconduire à Gênes dans soaexeeHènt rid-; llvëtéCambreàû.L'aim&tàe famille Bedùhlerr y était aussi. Puissent**» lignes tomber entré tèùfs'malrfs; €t leur prouver que je pensé toujours a*er trârispfort aux hétrrésV irux' jdtlr&y aux "rtWte1 agréables que far passés*

avë^u*. * "" ' *

Ils sont passés ces jours de fête,. .,,,,,;, •u -.a', j. u jsoni'pa'ssés , et ne reviendront plus.

B?,i-!f{(./; :f. i. --T -f,mf'' • ''■' •u'i,,,; '■'l"'

^ohb eeox iq*à étowtrt dàiw*é> s*dret>me dissuadaient dïaUe* è| LiviwjrnfeJ, <iar ltipolice èû port léuèt ttrè»nrig«jpettB« »! die eompitaitd'«aieur«'uné>fiwled'espiorisauCfifchi^st

H he>àifc ijeàtait'doifiG que de faAre de «mivetti *a;roUte qt»e fitim tfàiteret xite me>*éfligter en Suisse, la chaîne» qui «rfavait tondait d«L ttfflt méLrarhêrié¥';'a^ point -d'où '"j'àais parfis '^lè' '' aàngc^'oëpendahtë^iîb^ft'plus graHtT' yë >p6tiWis'^re' tèfonnû pour 1è iê& ^eVteûf-tJÔtrit'riifen' qûV àvâW pasfeè quelques

DE rjlANCE ET D'iTALtE/ ll5

jours auparavant , et arrêté comme .un échappé des prisons/ Il pne fallut donc choisir un déguisement qui criât aux militaires le arce profanum vulgus. Je ne pouvais pas prendre le costume d'un abbé, parce qu'il était possible qu'on me cherchât sous cet équipage. Je me déterminai donc à endosser la défroque d'un capucin. Ma longue barbe et mon visage presque entièrement couvert par lecapuchon me mettraient à l'abri d'être découvert.

Là chose la plus désagréable, celle qui me causa le plus de peine et de douleur, fut la nécessité d'aller sans chemise et pieds nus. Ce n'était pas peu de chose de marcher ainsi, par un froid excessif, sur un terrain couvert de glace et de neige. Aussi ce ne fut pas sans crevasses et sans engelures que je Cs le trajet.

Quoique mon costume me protégeât complètement contre les recherches de la po-

lice, qu'il me mît même dans une position à

pouvoir démander un morceau de pain , la prudence me conseillait cependant de ne marcher que de nuit. Je pouvais rencontrer un de messieurs mes confrères, et me tirer mal d'un examine rigoroho ! Je m'étais suffisamment préparé aux questions de mes frères laïques. C'est un don du ciel de pouvoir changer d'allure à volonté, et de représenter tels ou tels individus qui diffèrent par leur position sociale. J'ai joué le rôle d'un prêtre, d'un soldat, d'un mendiant, d'un juif, et d'un fou. J'ai voyagé comme Français, Anglais, Italien et Danois; jamais on ne s'est douté que je ne fusse ce que j affectais d'être. Au reste, cette capacité a bien quelque désavantage; le développement de l'individu en souffre. L'homjnc réellement fort ne vise qu'à une chose;, et c'est précisément cette unité de but qui le rend capable d'un plus haut degré de perfection. Les forces se brisent lorsqu'on pour*

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DE FftANCE ET D ITALIE. M7

suit diverses choses. Le cosmopolitisme et la pluralité ont du rapport, comme le patriotisme et l'unité. Le patriotisme est l'égoïsme ennobli.

J'arrivai sain et sauf à Verceil , où je trouvai un asile sûr dans la maison de l'excellente comtesse Verberini. Je me rendis chez elle à la nuit. J'y trouvai une société nombreuse d'amis qui m'étaient dévoués.

Quelques uns avaient été avec moi dans la prison de Turin, et avaient obtenu leur liberté par la faveur ou l'argent. Mes pieds me forcèrent de prendre un jour de repos, ce que j'eusse voulu éviter , attendu que la surveillance des autorités locales était extrêmement active. Je redoutais surtout la police secrète des sanfédistes, qui était dirigée par l'inspecteur-général comte de LaMotte Saint- Martin , homme sévère à l'excès parceque l'opinion publique de la ville était tout-àfait libérale.

Il8 LES SOCIÉTÉS SECRÈTES

Mon pressentiment ne m'avait pas trompé :

Dp FRANCE ET D ITALIE 1 1 9

même lorsqu'il n'est pas un Alexandre, tranche les nœuds avec l'épôe. La qçmtesçe trouva un moyen auquel, je me refusai d'abord , n^ais; qui me parût tout-à-fait légitime après que j'eus réfléchi; on feignit qu'un ,viçu,x domestique, frappé subitement >;*jter mandait les secours de la religion. Un prêtre fut aussitôt mandé. Il arriva au milieu de la nuit, accompagné du sacristain portant le saint-ciboire. Il sortit au bout d'une demiheure. Je pris la place de son aide-de-camp, et le précédai la lanterne 'd'une main , la sonnette de l'autre. Un de nos espions vint à nous. J'agitai fortement ma sonnette. Le drôle fut obligé de tomber à genoux, et de baisser la tête. J'arrivai ainsi à la demeure 4u prêtre, où m'attendait un ami pour m'en»mener. Je ne veux pas qu'on ra'accujB 4e profanation, parceque je mettais à profit le Respect qu'on portait à la sainte Hostie pour sauver la vie d'un homme; car tant que

siégea la commission délia Porta - Nuota , on ne m'eût pas eu vivant.

Je passai pour domestique, et j'accompagnai mon excellent prêtre à Intra. Je traversai Novare et Arone ; les dispositions y étaient telles , que je n'eus pas besoin de me cacher , sûr , en cas de découverte , d'être averti à temps.

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