PRATIQUES SUPERSTITIEUSES
Ma première sortie de printemps un vendredi 181 — Ça porte malheur. — Pourquoi on touche le fer quand on rencontre un prêtre. — Origine de cette pratique!
Un rayon de soleiJ vient de traverser ma fenêtre et jf sens sur mon dos les chaudes effluves du (jrinlenipsqui, lotjl joyeux unnonce sa venue. C'est une invilslion trop uirnable h quitter le coin du fttu où depuis si longtemps je greloltnis en télé k léte avec mes pous-siéreuses finperusse.s, pour ne pos i'cder ("i la tentation d'tiller courir la prétentaine au dehors. Une bonne flânerie dans nos rues, en atteodunt mieux, n'est-elle pas, à tout prendre, une distraction aas.<ii profitable à l'esprit et au corps que de passer son temps h essuyer ses besicles et à se brûler les tibias?
Mais, monsieur n'y jMïnse pas, sérieusement, me dit mu vieille bonne en me voyant prêt à prendre mon bôton de sortie. Monsieur ne sait-il donc pas que c'est aujourd'hui un vendredi et que ca porte malheur do commencer une première sortie à pareil jour? Et puis, c'est le 13 du mois. Monsieur n'a donc rien appris de ca dans ses gros livres?
Et moi qui ne me .souciais pas plus du ça porte malheur ûu vendredi que des autres jours, si ce n'est pourtant quand on parlait de vouloir me nourrir de haricots ce jour-lô, pour me faire gagner le paradis I les jours, comme les nombres, ne se suivent-ils pas sans interruption? Donc ils ont les mêmes vertus et les niÊmes défauts, à part le.s conditions aiinaspUt^riques dans lesquelles on peut bien se trouver. J'avais pourtant un vague souvenir, qu'alors que je faisais ce qu'on nomme nos hunianiUts, nous ne manquions pas, è l'occasion, do traduire facôlicusoment le fameux .• » Nuniero dette impare ffaudei » {de je ne sois plus quel poète latin) par « Dieu se réjouit d'être impair », manière à nous d'expliquer que les dieux aiment les uond)re.H impairs. Pourquoi? A eux de nous le dire.
Mais alors pourquoi ie nombre treize serait-il donc devenu un nombre fatal? Il l'oBt pourtanl aujourd'hui.
Allez donc metlre treize convives h 1« mAme Inble, un d'eux mourra certniiiomenl dans l'année; mois soj-ez qualorzo, dont les mêmes treize, el vous écliapper. ë l'inéluctable destin, Ce son! les propriétés des nombres qui veulent ça, parait-il. Ce ça est uncoro bien plus terrible quand il .s'agit do certains accidents de notre vio ordinaire, comme, par esoniple. de lu chute d'une salifere ou d'une pincée de sel sur votre table, ô moins qu'il ne s'agisse encore du croisement <le votre cuiller sur votre fouirhette ou sur votre couteau. Voilà d'épouvantables présages de malheur qu'il faut bien vile conjurer par quelque prière ou par quelques-unes de ces pratiques que connaissent si bien toute.»* nos dévotes.
C'est A quoi je songeais tout en chaussant mon [lardessus et ca prenant mon bâton, au grand désespoir de ma ménagî're affolée, bien résolu que j'étais à ne me laisser arrêter ni (lar ça ni pur autre chùso.
Inconscient comme nu linot échappé de sa cage ut tout Joyeu.K
pouvoir hunier l'air frai», j'ouvre ma porte et je prends ma vok'O ïns nos lionnes rues do Ne%'ers. Bientôt nie voici en urri^t devant la vitrine d'un de nos magasins; les mieux uchalunrlés en toutes sortes de charmants bibelots. Pans une gronde corlieillc, bivti en vue. s'étale une ample provision de petites statuettes de bons saints et do bonnes vierges se coudoyant familièrement avec de «uperbos petit.s cochons de terre cuite qui n'ont pas l'air humiliés du tout de se trouver en si sainte compagnie. Tout au contraire, ils semblent persuadés que la première place leur appartient de droit et, do fait, ce sont eux qui purni.ssent tout (larticulièrement recherchés par les acheteurs, n Co sont-Ià des porte-bonheur! n me dit une e.vcellente .fenime de ma connaissance ijui s'empressait, elle aussi, de faire emplette d'un do ces chers couiiiagnons de Saint Antoine et m'engageoil è eu faire autant. Mettez-en un sur votre étagère ou dans votre poche el çu vou.s préservera de tous charmes et mauvais sorts. Soit dit en pus,stml, il parait que les gros cochons ne jouissent pas des mômes vertus et ne sont bons qu'à être mangés. J'aurais dû profiter bien vile de ce <'linritable avertissement el me munir, pour deux sous, d'un de ces petits animaux si bien doués, mais on n'échappe pas ft sa destinée et je continuai mon chemin sans vouloir me souvenir que j'étais sorti de chez moi un vendredi 13.
Ma! m'en prit do mon manque du respect envers ça el les petits ooebons, car 6 peine 8\*ai8-ie fait une vingtaine de pas, que me trou-
TBoTencore aous l'influenc* d'uo reste de rhume ' mettre la uiniu à ta [tocho i)our eti tirer tnoti mom ça m'altendail, jd n'arnis [«as enrore achevé ce gestt;, quo je peasais des plus inoHensifs, que j'entendis une assez gros-' ' àj
luon adresse, sortir de lu houcïie d'ui) prêtre que j' ri
et qui me foudroyait de ses regards. Fort do ma conscience et pensant qu'il y avait sans doute quelque méprisa de la part de ce Monsieur que je n'avais même pas toucltô du coude et qvie je ne ronnaissats ni d'E\-e ni d'Adam, je me remis en route ei j'achevai ma promenade sans autres encombres. — Tout fier d'avoir écbs'ppé ainsi aux mauvais sorts, je rentrai au logis rassurer ma gouvernante qui m'avait pronostiqué toutes aortes de meilleurs ; je n'en étais pourtant pas quitte à aussi bon marclié que je le pensais car, le lendemain môme, en ouvrant mon courrier, j'y rencontrais un pieux journal dans lequel se trouvait un entrefilet marqué bien ûslansiblement au crayon bleu, qui me visait à coup sûr. On y racontait, en effet, que certains sectaires se montraient assez grossiers el assez superstitieux, pour toucher ostensiblenienl leurs clefs dans leurs poches quand ils roncontroiont un prôtre sur la voie publique, etc.
Eu un mot, j'étais accuse d'avoir touché le fer pour me moquer ou pour me préserver du prêtre que j'jivais rencontré.
C'était bien 16 la revanche du vendredi.
A quelque chose malheur est bon. dit un vieux [imverbe, et celte fois je proHtai de la Ie<,'on pour étudier ça el pour rechercher de mou mieux les origines de celte drolatique pratique à laquelle je n'avais pas songt* et qui, d'après ce que j'appris, et encore assez vivace aujourd'hui même dans plus d'une contrée, et, dit-on, dans le Nivernuis et le Bourlionnuis en particulier oii on resterait fermomenl persuadé que la rencontre fortuite d'un prêtre est, si jo puis m'exprimer ainsi, un de ces ça qui portent malheur el contre lesquels il faut bien vite chercher protection.
Or, ce protecteur contre les maléfices de la rencontre fortuite d'un prôtre. on l'a pour ainsi dire sous la main; c'est le fer. Il n'y a qu'à le toucher, suivant l'uxpression consacrée, c'est-à-dii-e à toucher de la main, pendant quelques instants, uu objet de fer pour être immédiatement sauvegardé; seulement, il est bon de ne pas faire cet atlouchemcnl ostensiblement ce qui pourrait avertir l'ennemi de 90 mettre sur la défensive et, k cet elïet, on a trouvé commode d'aller toucher les clefs, le couteau ou autres objets qu'on porte d'ordinaire dans ses poclios, ce qui peut se faire vite et sans être
remarqué de qui que ce soÎL Je compris alors l'accusation portée contre moi qui n'û\'ait pas en l'idée, et pour cause, de dissimuler mon geste en cherchant mon mouchoir dans ma poche.
A défaut de ce moyeu on peut, ainsi que je l'appris plus tard, toucher bien vite les clous de ses chaussures, geste qui peut passer pour très naturel, surtout dans nos campagnes où ou peut toujours avoir besoin de chercher quelque gravelle qui se serait glissée dans nos sabots ou autres chaussures.
On voulut bien m'indiquer encore uq autre procédé assez sou- Tênt usité, c'est d'aller toucher la serrure, les clefs ou les clous de quelque porte voisine, comme si on voulait eutrer dans la maison; n'oi-je pas vu aussi, depuis que je connais le secret, une personne de ma connaissance faire semblant Je se heurter par inaltention contre un pilier de réverbère, et cette personne savait parfaitemeut ce qu'elle faisait, elle allait honteusement toucher le fer.
[I faut donc toucher le fer, c'est entendu, pour faire fuir les dieux ou du moins pour se mettre à l'abri des maléfices qu'apportent avec eux la rencontre de leurs ministres.
D'ofi peut bien provenir celte mystérieuse crainte des dieux et les pratiques qui eu dérivent, c'est ce que nous ne saurions préciser. Mais nous croyons qu'elle se perd, comme on a coutume de dire quand on ne sait pas, dans la nuit des temps el qu'elle se retrouve dans toutes les religions.
Sans remonter bien haut et sans entrer ici dans la moindre discussion théologique, nous pouvons pourtant reconnaître de primeabord qu'elle paraît nous avoir été enseignée par les dieux euxmêmes.
>r Tu ne Jureras pas en vain te nom de Dieu », est-ii écrit dans le décalogue. De là à s'en garer il n'y a qu'un pas. On cite à ce propos un trait typique et qui nous met de suite sur la voie de nos pratiques, c'est qu'en Ecosse, quand les pécheurs sont en mer, si l'un d'eux a prononcé un juron dans lequel se trouve le nom de Dieu, chaque homme do l'équipage touche immédiatement l'objet de fer le plus à sa portée et le garde, si possible, pendant quelques instants entre ses mains. Voilà bien notre superstition tout entière.
Après Dieu, le plus élevé on grade de ses ministres, le souverain pontife romain, passe pour ôtre doué d'un de ces regards irrésistibles et foudroyants, pour ainsi dire, qu'on nomme la jeiiatura et dont rinduence est telle que les plus terribles malheurs sont réservés à ceux sur lesquels ce regard vient à tomber. Le pape, en un mot, a le mauvais œil et on sait ce que ça veut dire. Pie X le possédoit
•ou plus hoiit d^gr*, |)«rniL-il, êi <jii vlUj plusieurs prwives iques de ses hoiTib1t?5 ni'ffaits. Aussi, n'ulltti pas cfoirr; que cdl ir adoration ni môme par respect qu'on se prosterne au5si bas su^ Te passage do Sn Saintett-. C'est tout simplemeul. et je ne mé p»s, par cniinle el pour échapper le plus possible au mauvais ragardJ
Du Pape t l'Evoque, il n'y a qu'un pas, aussi dans nos can pagnes, el je l'ai constolé h maintes reprises, est-on persuodé que quand TEvéqu)? vient luire sa tournée épisoojiale. b jtrriile ne msai quera pas de tomber une fois ou 1 autre de l'année dans les cod mnnes qu'il aura parcourues et sur les champs qu'il aura examiné pendant cette visite qui est loin d'être saluée avec autant d'i-'othou aiasme qu'on pourrait bien le rroire. Ici encore, on se prosterne bien entendu, mois surlout par crainte, et on ne mniique pas d^ toucher le for d'une façon ou de l'autre.
Rappelons également que nos chasseurs et nos braoonniors en particulier, ne a)anc|uont pas de rentrer au logis lorsque, partani pour leur exinidilion, ils viennent à rencontrer un pi'ôtre : ils son! absolument convaincus qu'il est irinlilc de continuer leur route, cal il ne nianqueroit pus de leur urriver quelque accident ou, loul u< moins, de revenir bredouilles; ils attendront donc plus ou moic de temps uu logis que le mauvais sort suit passO.
Cette crainte de la rencontre du prC-tre est donc bien établie e^ sans entrer dans plus de détail ô cet égard, recherciions maiulenaril comment on a eu l'idée de se mettre sous la sauvegarde du fer al nous verrons que ce sont les prêtres eux-mêmes qui nous ont indiqu^ ce remède. Ils redoutent, on cflet, tellement la présence de ce métal qu'ils en ont interdit l'usage dans tout ce qui concerne leur culte sous prétexte qu'il souillait tout ce qu'il venait à loucher. Noi livres saints nous en fournissent en effet les meilleures preuvesi c'est ainsi qu'on lit dans l'Exode, chap. 20, § 27, cetto recommanda-' tion formelle faild à propos de la construction des aulols ;
« Que si tu me fois un autel de pierres, ne les taille point, car tu fuis pu.Hser le fer pardessus tu les souilleras. »
On retrouve ces mômes prescriptions dans nombre d'autres cha pitres assez connus pour que jo n'aie pas ô les citer. Aussi tous lei autels primitifs étaient-ils de pierres brutes ou de gazon ; il en était de nièmo citez les Juifs, où l'autel servant aux holocaustes était d4 bois.
On nedoit pas davantageemployer le fer pour la confection des vases sacrés, ciboires, calices, etc., qui peuvent ûtre do bronze, d'argent d'or ou uulro métal et raôine simplement de bois, mais jamais do ferJ
Ce métal n'entre pas davantage dans la confection des crosses ' < : mais, fait plus caraclii-ristique encore, l'ofliciant so garde
!' (»uiJC'r riiostie avec un iiistnuiieiit de for ; il dôil se servir à
cet efful d'iind patène d'argent mi Ui njiii[)ce siaipleinenl ovec ses doigts.
Jésus, comniB ou lo sait, ne se servit pus d'un couteau pour couper ie pain qu'il offrit & ses apôtres, mais il le rompit : aussi, pour ne pas manquer à cette tradition sneréo, les gens qui veulent passer pour Liien <!^lev6s rompent leur pain dans les repas de cérémonie au lien du lo couper comme on le fait habilui^llemenl.
Nous savons encore que les prêtres juifs ne pratiquent pas l'opiiration de la circoncision otcc un bistouri mois avec un couteau de silex.
Nous retrouvons, dans le culte de la Rome antique, la même recommandation pour la construction de certains monuments sacrés. Ainsi, par exemple, le pont Sublucius de Rome avait été fait sans l'emploi du fer et devait être réparii de même. La salle du Sénat, à Cyzlque, était construite en bois et sans fer, les poutres s'emboîlant les unes dans les autres. Feu le rajah Vijyanngram, l'un des princes hindous les plus éclairés, interdisait l'emploi du fer dans les constractions sur tout son territoire; il croyait que Ll'usage de ce luétal provoquait lu petite vérole et autres épidémies f^J -C. Fra/.er, Le Rameau, d'Or, traduit de l'anglais par Sliebel et J. Toutain. p. 264).
Nous pourrions multiplier ces citations qui prouvent qu'en gé néral, pour un motif ou pour un autre, le fera été traité en réprouvé dans les usages sacrés soit par les dieux eux-mêmes, soit par leurs ministres. Rien donc de bien surprenant à ce qu'on s'en serve contre eux puisqu'ils le redoutent. C'est là un cas de légitime défense.
Aussi, de réprouvé qu'il était par les prêtres, devint-il un véritable protecteur contre leurs entreprises, en raison d'un pouvoir mystérieux qu'on lui attribua. Puisqu'ils le fuyaient, c'est donc qu'il était plus tort qu'eux; de là son emploi dans nombre de cas et en particulter sous les formes qui paraissaient devoir lui permettre Ide mieux exercer son influence; c'est d'ordinaire, avons-nous dit, 'sans celles de clefs, de fers à cbeval, de clous forgés, de couteaux, d'épées, etc., qu'il passe pour mieux manifester sa puissanco. Jetons-y un rapide coup d'œil.
Un fer à cheval qu'on aura trouvé par hasard sur son chemin et dont on aura fait forger une petite fourche qu'on place sur un mal-
heureux auquel on aurn jelé le sort, forl commun jadis, du nouetnent de l'aiguillette, devient un romttdo souverain contre ce maléfice.
Dans ta Creuse, quand on veut se guérir d'un mal de denUt qui a résisté à tous les Iraitetueiits, il n'y a qu'à mettre un vieux fer à cheval dans sa paillasse pour être promptement guéri.
Chez nous, quand on a la bonne fortune de rencontrer sur son chemin un fer è che%*al ainsi tombé, on se hètè de la placer sur les portes des écuries du bétail, qui deviendra do ce fait indemne do tous charmes et de toutes épizooties.
Faites donc ainsi que fli Jésus en se promenant avec ses apôtres, ramassez bien vite tout fer ù cheval «[ue vous trouverez sur votre chemin, si ce n'est pour acheter des cerises en le vendant, que ce soit au moins comme préservatif sûr pour vos habitations et votre bétail.
Mais si le fer ô cheval a des vertus que nous ne pouvons toutes énumérer, le clou, le vrai clou forgé de jadis, avec sa grosse tête dont on avait si grand soin de garnir ses souliers, ses sabots et surtout la porte principale de son habitation, non pour les faire compter à ses visiteurs, mais bien surtont pour se mettre soua leur protection, est encore aujourd'hui regardé comtre un préservatif infaillible contre les prêtres, les mauvais esprits et tous les jeteurs de sorts possibles.
Cette croyance dans les vertus du clou n'est pas neuve et elle parait même nous venir en particulier du vieux culte romain. Ainsi, ft Rome, on fichoit tous les ans un clou dans les murs du temple de Jupiter, aux ides de septembre, anniversaire de la foadolioii du culte. Le plus haut personnage de l'Etat était seul regardé comme digne de ficher ce clou en place. De !ô l'espression qui nous est restée pour désigner l'objet le plus remarquable d'une fêle de " c'est le clou do la fête ». Kn complanl le nombre des clous ainsi plantés, on pouvait compter le nombre des années de l'existence du culte, calendrier è la portée de tout le monde.
A Voisinios, chez les Rti'us(]u<is, on 'portait aus.si chaque année un clou ou temple do Norlia, la déesse du Destin. Ce clou avait pour valeur symbolique de représenter la décision irrévocable du destin. De là notre expression de « mettre une nlTaire au clou » pour dire qu'elle est irrévocablement lerniiiiéo.
Les Romains plncnient également un clou dans une pierre qui se trouvait du c6lé droit du temple de Jupiter pour chasser la peste,
pour combattre les charmes et maléfices do tous genres ainsi que pour apaiser les querelles survenues entre les citoyens.
Un clou arraché à un crucifix est également un préserVatîf sûr contre tous les maléfices. Il a en outre la vertu de guérir du mal de •dents en le plantant dans une muraille; il guérit de l'épilepsie on l'attachant au bras droit du patient.
Un clou provenant d'un cercueil ou d'une sépulture qu'on a soin de placer sous le seuil de la porte de sa chambre à coucher, vous préserve de tous les charmes et maléfices qui voudraient y entrer et en chasse tes visions nocturnes, etc. Avis aux personnes sujettes au cauchemar.
Comme on le soit, nos ménagères ont grand soin de placer un clou dans une couvée pour empêcher que l'orage n'en fasse tourner les œufs et périr les poussins en formation.
En somme, les vertus des clous et surtout de leurs lôtes sont innombrables et nous ne pouvons, à notre grand regret, les énumérer toutes. Mais celles des clefs no sont pas moindres, avon,s-nous dit, aussi leur usage est il quasi général quand il s'agit de se préserver des maléfices que peut vous amener la rencontre d'un prêtre. On se sert tout particulièrement de celles qui proviennent de quelque église dédiée ô Saint-Pierre pour guérir les personnes ou les bètes atteintes de la rage ou pour les en préserver- A cet effet, on fait chauffer ces clefs et on les applique brûlantes sur les personnes ou bôles qu'on veut guérir. Les clefs ou cornets de Saint îlubert bénits et touchés par la sainte étole servent de même de préservatif ou de remède contre la rage.
Tout le monde sait encore qu'une clef placée dans le dos d'une personne atteinte d'un saignement de nez est un des moyens les plus usités pour arrêter cette hémorragie; on s'en sert également pous arrêter le lait des nourrices en en plaçant une entre leurs seins, ce qui nous conduit à remarquer que le for n'est pas seulement un préservatif contre les maléfices, mais, en outre, un guérisseur universel et, à ce titre, il est d'un emploi général, même dans notre médecine officielle et en particulier dans les maladies de langueur qui peuvent toutes être regardées comme provenant des charmes jetés sur ceux qui en sont atteints. C'est ainsi que l'eau de rouille est d'un usage commun. On lui préfère parfois celle qui provient du baquet dont se servent les forgerons pour faire refroidir leurs outils ou les morceaux de fer qu'ils viennent de forger, C'est même pour beaucoup de personnes l'eau ferrée par excellence.
Cet emploi du fer s'explique facilement. Etant le fort par excel-
îënce, il doit raffermir tout ce qui «*8l tniUh el, en s'en 5(?rrant. notrt? médecine n'a fait qu'obéir 6 nos pratiques superstitieuses, comme dans bien d'autres cas, du reste.
J'oarnis encore à parler do son emploi Komine couteau, comme hacbe. comme (^péc, etc. Mais il me faudrait tout un volume pour cela et. aujourd'hui, je ne fais qu'une simple excursion dans ce champ si vaste de nos superslilionït.
Je me contenterai donc do rappeler que nous ne sommes pas seuls û regarder le fer comme un charmeur el un guérisseur. On trouvera dans les curieux ouvrages du chanoine J.-B. Thiers, docteur en théologie, sur les superstitions religieuses (Paris, ô la Coiupegnie des libraires, 17'11), dans celui de Frazer, Le Rameau d'Or, de très curieux renseignements à cet égard. Je me contente, pour terminer, de rappeler que. pour se préserver du tonnerre, ce terrible inslrument de !a colère des dieux, il fallait tracer avec un couteau un cercle autour des personnes qu'on voulait protéger et faire au centre de ce cercle une croix au-dessous de laquelle on écrivait: (t Verbum cnro factum cj»t », puis on plantait le couteau au milieu de la croix en en plaçant le tranchant du c6té de l'oruge.
Mais cette curieuse pratique de détourner les orages en leur opposant le tranchant d'un couteau, nous fait songer à une autre bien plus moderne et scientifiquement démontrée, colle-là, qui va noua aider à terminer cette trop longue causerie; c'est l'invention du paratonnerre, de cette pointe de fer qui, dirigée vers le ciel, fait fuir la foudj'e que nos dieux nous lançaient.
T Eri'puit ccelo fiUmen, neepintm que tyrannis. »
Là encore le fer vint arracher aux dieux l'instrument de leurs terribles vengeances et aux tyrans leur sceptre.
Mais alors, auraient-ils eu la prescience de la vraie puissance du fer. ceux qui se metteul sous sa protection en l'invoquatit pur un simple attouchement? Serions-nous, nous aussi, en plein champ de superstitions et le pouvoir du fer contre les dieux du ciel et leurs ministres serait-il réel? Ne serait-ce pas lui le vrai dieu protecteur de la terre?
El, comma je réfléchissai» à cûltu grave question, tout prêt à trompera nouveau ma plume de Ter dans l'encre pour enregistrer ttia pensée, voilô que j'entends frapper à ma porte. Qui ça? C'est le t3fpo qui vient chercher de la copie pour terminer le bulletin.
Allons, bon. Encore un qui louche le fer. Le typo, niaise est lui
^ui, à l'aide ds ces petits morceaux de fer taillés en forme d« lettres, compose aos livres, enregistre nos pensées. Et ces livres, mais ce sont les protecteurs de notre esprit, de notre savoir, de notre ftme humaine en un mot, contre les maléfices de tous genres, contre les « ça » qui portent malheur et autres superstitions mystérieuses qui déshonorent notre raison.
Touchons donc le fer.
Lucien GUENEAU.