‹ Memoires (volume 2)Chapitre 51 sur 68 · NOUVELLES RECHERCHES SUR CLAUDE TILUER · texte numérisé non relu

NOUVELLES RECHERCHES SUR CLAUDE TILUER

Les Pamphlets « De Choses et d'autres i'**

La première série des Pamphlets, au nombre de 24, a élé publiée par Tillier entre juillet 1843 et juin 1844.

Dans tous ses travaux sur le pamphlétaire, M. Gérin faisait état, pour cette série, de trois éditioDs :

1" Les brochures envoyées aux abonnés, entre les deux dates citées ;

2<* Un volume, pour la vente au public, intitulé De Choses et d'Autres et puru entre juillet et octobre ISi-i;

3° La réédition posthume, en 1846, dans les Œuores.

M. Gérin n'indiquait pas où il avait consulté les deux premières éditions et ne les décrivait point.

Rencontrant moi-même à la Bibliothèque Nationale un recueil complet de brochures originales et constatant qu'il possédait l'unique caractère dont M. Gérin faisait une particularité du volume, c'està-dire le titre De Choses et d'autres, j'en conclus que brochures pl soi-disant volume ne formaient qu'un.

Mais lorsque M. Gérin eût décrit ses sources exactes et signalé entre les deux exemplaires de l'édition originale et les deux exemplaires de l'édition <(en volume» qu'il avait maniés, des diHéreuces, ma conclusion devint boiteuse.

Je l'aurais abandonnée si, en même temps que des difTéreoces, M. Gérin n'eût signalé entre les «éditions »> des ressemblances telles que sa thèse à lui aussi devenait insoutenable.

(I) Voir : p. CoRNtr. Qtnilques recherc/ve* iur Claude TitUer, cbap. II, Mém. de la Soe, Aead. dit Ntnernait, 190S. (Lo tirage â part a eU distribué dès r«vrior 1908) et : M. Gérim. Le* Editions des Pamphieu dt Ctavde ntlier. Rôponsa à M. Pnul Cornu, archivislo-paléographe, Nevera, Mazeron fjuioj ISM, 38 p, in^«.

Je souhaitai dexaminer moi-même le type de 1' « édition en volume H. M. Gérin en possédait un exemplaire, mutilé et incomplet, sur lequel il ma complatsamment fourni des renseignements qui valent un examen personnel. L'autre exemplaire ùtait alors en la possession de M. te docteur Sabert (1) qui. en me l'abandonnant pendant plusieurs semaines, avec une bonne grâce dont je la remercie infiniment, m'a permis de le comparer, à la Bibliothèque Nationale, avec le type des brochures originales.

On trouvera plus loin le détail de cette comparaison.

Mais dès maintenant }e déclare, en toute bonne foi. que je mainliens mes conclusions. Non seulement l'opinion de M. Gârin sur l'existence, & la Ûa de 1844, d'une «< édition en volume i) n'est qu'une hypothèse, mais cette hypothèse ne repose sur rien d'assuré.

Forme» de la publication. — U est iodispensable, d'abord, d'établir comment TîUier publia ses pamphlets. Et cela est facile : la première brochure constitua un prospectus o(i Tillier lui-même a expliqué les conditions de sa publication.

Je n'y puis, malheureusement, renvoyer le lecteur. Les passages qui nous intéressent n'ont été réédités, ni par Sionest en 1846, ni par M. Gérin en 1906. Pourquoi ? Je rae le demande. L'intérêt en était, sinon pour les contemporains du pamphlétaire, du moins pour Dous, fort piquant. Je n'ai plus le droit de dire que M. Gérin nous en a privés par ignorance, et qu'il n'a connu ni la brochure originale, ni le texte remanié qui fait l'objol du débat : me laissera-t-on du moins constater qu'il a suivi les éditeurs de 1846 au point de mutiler uo texte dont toutes les parties se tiennent, sans même s'en excuser, ou s'en expliquer, en note?

Voici, rétablie, la fin du premier pamphlet ; Comment TAssociation peut être remplacée (2).

... Je ne préteodj point remplacer VAttoeiation ; mais, dans le vide qu'elle a lai^é, en attendant que d'autres mettent un clou, moi j'y (3) mettrai du moins une cbcvlllo, Cette cheville, c'mI vingt-quatre petits (i)

il| Depuis, M. te •ioctour Sutiert en & génâreuasmaat Tait don â la Bibliothdcjut! munii.'ipitle de Nevârs.

|S| Les passages en îiâfifu^ sotil ceux qui manquent dans la réédition do M. OArin. J'ai suivi, sauf inaiaaUoas cootraires, !« texte de la broclLuro origi- Mie (Bibl. Nat.. Lb 51/3861).

(3) Rocuoil SoBSBT : je.

(4) /tiid : Vùttjt-'iMtire pamphlets. — Celle correclioo est iraportanie car «Ile setatil»^ dater d i mrjintiat nii TilUér ne publie plus de pstits pamphlets sdparoa. mais des broctiurea roa fermant jusqu'à trois patnphUts et paraissant à des iolervallea plus longs.

pamphlet! que je pritendi roiM faire. A la fin de l'année, ih composeront an votuine qui aura pour litre : De Choses et d'autres. De quoi vous parleraijc f Je n'en snis rien encore. Nous aviserons à cela quand j'aurai la plume à la main. Vous me permettre» d'être comme ces aventureuï chevaliers qui ne choisissaient leur route que quand ils étaient en selle. Toutefois le titre de mon volume (3) vous dit un peu que j'aborderai tous les sujeU qui seront à votre convenance et à tna portée. Du resle. je comple sur voos pour donner de la variété à mes petites publications, el J 'espère bien que vous en ferez le meilleur tiers.

Il faut dire la vérité aux morts pour instruire les vivants. Or la vérité est que i'Attoeiation se trouvait Ulle de trop grande maison pour s'occuper de ces trivialités qu'on appelle des communes. Il Tallait être au moins cher-tieu d'arrondissement pour arrêter son attention : pour moi, qui n'ai pas la rédai^tion si Hère, je ferai ii vos réclamations un accueil ecnpressé et même reconnaissant. Pour peu que vos notes soient susceptibles de passer Jk l'étAt de pamphlet, je les ferai entrer dans mes publications et même je leur donnerai une place d'honneur. U n'est pas besoin pour cela qu'elles prennent l'babit habillé d'un beau style et qu'elles soient brodées de brUlantes métaphores. Ne vous gênez pas. Adressei-les moi telles qu'elles seront tombées de votre plume. Vous savez que pour faire un civet il faut un lièvre ; or, envojez-mai le lièvre et je vous ferai le civet.

Maif, direi-voui, qaei sera le prix de vos pamphlets ? Voilà ûiiùriw*enl lé point culminant de la quetUon. H faat que vos inlêrélt te foncilienl avec l«t miens; car s'il eut Juste que vous ayez de la marchandise poar voire argent, il eit juste aatsi que j'aie de l'argent poar ma marchandise.

Certain marcliand d'Y, lettre dont il a découvert la bifurcation, m'a reproché que j'écrivais pour gagner de l'argent ; je ne comprends pas trop ce que niluslre linguiste a voulu me prouver par un argument de cet acabit. Où donc a-t-il vu que le salaire dépréciait l'ouvrier; parce que l'offlcier est soldé, son dévouement en est-il moins honorable ; te sacerdoce, pourvu qu'on l'exerce bien toutefois, en est-il moins une chose sainte parce que le prêtre reçoit un traitement, et l'épicier lui-même est-il un personnage moins important, moins municipal, moins consulaire, parce qu'il vend son huile et son vinaigre ? Je suis, hélas I de cette multitude qui ne peut vivre que de son travail : comme je ne sais qu'écrire un peu, U faut, nécessedrement, pour vivre, que j'écrive. J'espère, chers et ancietis abonnés, que vous ne trouverez pas cette prétention exorbitante. Je crois donc qaeje puis en conscience vous faire payer mes petits pamphlets 75 centimes ; s'il me vient deux cent cinquante abonnés, Je pourrai vivre en écrivant ; mais soyez

(3) On remarquera que I0 paragraphe étant amputa de la phrase ea italique. lea mots : * le titi'e de mon volume > u'ont plus sutiune aignificalion. Dans s« rêédiiion. M, Gério l'a senti, mais oe s'en est pa,s explique la raison. U s'est ooaleaté d'indiquer en note : it Lo titre du son voluma : De Choses et d'au(ret 1 comme s'il s'agissait ici d'un volume distinct de la neunion des brochures.

trantjaiUet, je ne deviendrai iamait astez riche pour faire banqaerovttt dt deux oa (i) (rot» cent mille francs.

Eh mais, pourquoi ne feraU-je pas valoir ma marchandise comme tant

d'aalre» enfleurs de prospectus ? Je vous prie donc d'observer que s'il y a

duos mes pamphlets moins de lellres que dans l'Aitocialion, U y aura, par

compensation, plus de choses faites exprès pour vous ; toujours est-U que

vous serez dôbarraasû de ce fatras d'insignifiantes nouvelles, dont tout

journal est fatalement enveloppa' comme tout melon est enveloppé de son

corce, ècorcc d'oulant plus épaisse que !o melon et te journal sont plu»

sauvais. Du reste ceux auxquels il sufûl d'être abonnés à un certain nombre

syllabes et de feuElcs de papier peuvent s'adresser & VBcho de la Nièvre.

Ce prospectas sera ma première livraison; je l'ai fait de telle fa^on qu'il

peut vous tenir lieu d'un pamphlet. S'il n'a pas l'hcnnear de voas agréer, tant

(ils pmr moi, ee sera de ma faute, et je vous promets bien de ne pas vous

accuser de mauvais goût; mais, dans ee cas. faiies-moi le plaisir de me te

renvoyer, car autrement je vous eompierais au nombre de mes abonnis; je sait

bien qae je ne puis vous imposer l'obligation d'aller remettre à ta poste an

pariaet qae je vous adresse; mais c'est un serv'iee personnel que je vous

demande. Vous concevrez que je ne puis entiayer mes pamphlets qu'à ceux qui

seront dans l'inlention de me les payer ; c'est, d'ailleurs, pour l'ous, une

faire de conscience. Quiconque reçoit, s'oblige moralement à donner. Ainsi

'^éonc, comme je vous l'uns tous, messiews et mesdames, pour de fort honnêtes

cens, il est bien entendu que je pourrai considérer comme miens abonnés ccua:

LiFentre voits qui garderont mon premier pamphlet, et leur adresser Us vingt-

î trois autres.

Ces clauses arrêtées, agréez.

S'adresser (franco) k M. Stonest, imprimeur, rue des Merciers, i6, à Nevcrs.

Les conditions de la publlcalioa se résument donc ainsi : les

ibonués recevront dans l'espace d'un an vingt^quatre pamphlets

^dontla réunion composera un volume intitulé De Choses et d'autres;

tes pamplets coûteront 0.75 l'un, ou (puisqu'ils n'étaient pas vendus

séparément (3) 18 francs la série.

(Il Recueil Subert, deiixi et trois cent. (2) Recueil Subbrt, Claude Tillier.

(3| Aiidcicomcni sisnatiipar M. Gt^rin (Les Bditi/ms des Pamphlets... p, il)

et qui vst la couverture du premier pamplilctde la douxiâme série, j'ajouterai

les Biiivants : t" f <i B^ forme (quotidien do Paris), annonce pnpuo dans le

Lbiiméro du 25 août 1844, )l l'occasion de la |iublii/alion qtii y osl laite dea

fanons de M. Miot : u Les pnmplileU do M. Titlier se vendent par cullecUoD

Il douze brochures, et non séparément, k Nevers, chat l'auteur, place Ouy-

— aille »; i", infime journal, numéro du 21 sept., à l'occasion de 1« public*-

- lu -

J'ajoute que le titre De Choses et d'antret était porté sur la première page rnômo do ta brochure-prospuctus (1) et que celui de Comment TAssocialioû peut être remplacée n'était qu'en lôte de If seconde page.

Le Recueil de la Bibl. nat. Lh^^l38GÎ. — Mais avons-nous un exemplaire complot et authentique des vingt-quatre premiers pamphlets, dans l'édition originale par brochures ?

Je me suis donné, pour signaler le seul dont, jusqu'à maintenant, l'authenticité soit garantie par des documents nflii-iols, une peine que M. Gérin a qualifiée d'inutile.

Je ne me décourage pas. Espérant être mieux compris, je reviens sur des explications que je persistu à croire nécessaires.

La plupart des ouvrages modernes que renferme la Bibliothèque nationale proviennent et provenaient déjà, en 1843, du dépôt légat.|

L'imprimeur nivernais qui venait de publier un ouvrage en portait deux exemplaires aux bureaux de la Préfecture. On inscrivait son dépôt sur un registre (aujourd'hui conservé aux Archives dépar-j tementales). Puis, de temps en temps, on faisait un lot des ouvrage*^ ainsi parvenus et ils étaient expédiés à Paris, au Bureau de l'Impri-

lion de fragments de Non il n'y n pan eu â,s Réenlalion de Juillet : <i ... Aucun» Uernisoti ne^era fendue t/pafément ». Il eat juste de faire remarquer, loulO' fois, que ces trois documents sont «ïr^luaivcmeiit relaiifâ i ladouxiôme série' Mais tes condiLions exposées par TiUier dans ^-a broL'hiire-i'i'ispeeltis sont auffisamrneul explicites pour pernieltre d'iilendre à la {iromiiire série celtol restriction de la vente au numâro,

(1) La < couverture verte i, je l'ai toH)onri fait observer, n'apparut qu'avec la seconde sirie. Voici, k ce sujet, un des procédA:! de aiscusaion da M. Gérin.

Il avait écrit, en Nota-Bene de sa Chronologie dei PampMel* où totu lesj pamphlets iMaient enumérès : J

«N.B. Lan pamphlets non reçue iS lis dans l'éditioti en guatre volumes aont' tes II". VI', XXXI' et XXX II".

< Chaque pamphlet, formant une petite brochure sous couverture verte, format in-l2, n'était envoyé qu'aux seuls souscriiileurs ; 6 francs pour les it pamphlets de la il' série.", • iPamphleit, p. XXVIll),

Cela sigtiille, explique M. Gério fp. 15 de sa brochure, n° t) que seul* les pamphlets de la deuxième série avaient une couverture verte I

De mon eOté, j'écrivais (p. ïï de Quelques Recherchée] :

• Tillier, lorsqu'il eut achevé c«tte première série, prévint tout & la An 8« abonnë-s qu'ii eu préparait une nouvelle : « La parlie matérielle sera plut floignijo que la prôeédentû, écrit-il, ils soronl imprimôK sur du pupier plua blanc et je vnu» les habillerai d'une couverture comme un livre comme îil faut >. Si cela veut dire quelque chose, cela veut dire sans doute que !e papieH de la premiêra série n'était pas trâa blanc et qutj les pamphlets n'avaieint point de couverture >

Or, si vous ouvre)! la brochure de M, Gérin, vous y lirez que j'ai • eoneltt hardimimt : qu'il n'y eut pus de pamphlets sous L'ouverture verte •.

Voua y trouverez aussi, d'ailleurs, que je possède t l'art d'aucummodâr de* citations à moa vues personnelles,,, m.

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