‹ Memoires (volume 2)Chapitre 67 sur 68 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

Jean Casimir, roi de Pologne, et Françoise-Claudine Mignot, rnaréctiale de l'Hôpital. Le roi vient à Nevers, il teste le 12 décembre 1672 et meurt le 14. Son corps est apporté dans l'église des Jésuites le 18, U Y reste trois ans. Mémoire de ce qui est dû aux Jésuites. Détail des dettes du roi, Enléveinent du corps le 18 août 1676 par Albert Opaslii, grand chambellBn de Varsovie, qui promet de fktre désin* téresser les Jésuites, lesquels lui remettent une lettre pour l'évéque de Cracovie. Lettre de cet ëvéque à la Princesse Palatine, hèritlërc du roi> Les Jésuites s'adressent à la justice qui, le 17 février 1677, leur accorde mille livres. L'évêque de Cracovie envoie ses excuses en latin avec une lettre de change.

11 est rare de rencontrer des hommes de la trempe des jésuites de Nevers. Toujours en éveil, se mêlant de tout et à tout, se jouant

>rtlAtel ie Ciurniïay qui est sur le jiiniin dudi! pjrc. Armand de Mcnou ctail Els de Françoii I de Menou el àt Marie Bri^on, UqDeiie MiU fiIIc û'Âté Britson, inédeciD de Loui^ Xlil, el de t Jea&M Desprti,

les difficultés por les amis qu'ils ont su se créer clans toutes les plus hautes administrations, ils prêchent, plaident, fondent des congrégations et, malgré quelques insuccès, sont presque toujours triomphants (1). Mais avant d'aller plus loin et d'examiner ce qu'ils tirent dans leur enseignement, parlons d'un fait qui me semble intéressant pour notre pays. Charles, fils de Charles I", duc de Nevers, ayant épousé, en 1(527, Marie de Gonzaguc de Mantoue, devint ainsi duc de Mantoue et de Montferrat, en droit sinon en fait puisque s'est son père qui revendiqua ces duchés, agit et fit la guerre pour en obtenir l'investiture de l'empereur. Ce Charles mourut le 24 décembre 1631 laissant un fils, également nommé Charles, contre lequel ses tantes, Marie, femme de Vladislas Vil, roi de Pologne, puis de Jean Casimir, Ircre de Vladislas, et Anne, femme d'Edouard de Bavière, prince palatin du Rhin, et amie du grand Condé, travaillèrent de leur mieux. Peu après le décès de leur père, en etïet, -Marie et Anne prirent posession du duché de Nivernais au détriment de leur neveu qui ne put faire reconnaître ses droits, par le Conseil d'Etat, qu'en 1645 et à la condition de payer plus d'un million à chacune de ses tantes. Notre malheureux nouveau duc, disons-le en passant, presque sans le sou, fui poursui\ i en 1649 sans ménagements, par les banquiers et les communautés religieuses de Nevers, parmi lesquelles se trouvèrent tout naturellement les jésuites du collège, pour intérêts et arrérages de rentes non payés. Mais ce point est en dehors de ce dont je m'occupe dans ce moment.

Avant de devenir roi de Pologne, Jean Casimir, le second époux de Marie, avait été général puis jésuite. 11 obtint même le chapeau de cardinal mais il le refusa, Aussitôt après la mort de son frère Vladislas Sigismond, arrivée dans les premiers mois de l'an 1648, il se fit relever de ses vœux, courut en Pologne oii il était réclamé et fut élu roi le 4 novembre. Cinq mois plus tard il épousa sa belle-sœur et l'aima passionnément tout en ayant trois maîtresses. Devenu veuf au commencement de l'année 16(57, il remet sa couronne entre les mains de la Sainte Vierge et vit à l'écart pendant un an. Le 7 juillet, il sent le besoin d'aller en France voir les riches abbayes que Louis XIV lui avait conierées pour certaines raisons politiques dont je n'ai pas à m'occuper. Il

(I) De 1679 à 168^, od trouve 3i pièces de procédure pcnir les J«»uile« taatn hm Caillot, curé de Stiot-Saidgc.

Tarréte à Chantilly chez le prince de Condé et le duc d'Enghîen donl la femme était sa nièce (1) En 1670, pendant l'hiver, il rencontra dans le monde la maréchale de l'Hospital. Elle lui plut ; elle avait M ans et lui til. Des rapports d'amitié s'établirent entre eux. Le 10 août 1672 il part pour les eaux de Sainte-Reine (Alise). De là il serend à Bourbon-Lancy. Son état de santé ne lui permit probablement pas d'y séjourner car, dans le courant de septembre, il se trouve à Nevers « en l'hostel abbatial de Saint-Martin ». Quels étaient ses l'apports véritables avec cette très curieuse personne qu'était la maréchale de l'Hospital? Je crois bien qu'on ne le saura jamais au vrai. Françoise-Claudine Mignot, surnommée la Belle Lltauda (2) était née vers 1617 de parents pauvres, sa mère était lingère, dit-on. Courtisée fort jeune par Besson, valet de chambre de M. d'Auiblérieux, Trésorier du Dauphiné. qui devait l'épouser, un accident survenu à la future épouse éloigna le Dancé. M. d'Amblérieux, ayant vu la belle, fut moins susceptible que son valet et l'épousa en 1633. Vingt ans plus tard il mourait lui laissant toute sa fortune évaluée à deux cent mille écus ou six cent mille livres. La donation fut attaquée par les frères du défunt. Madame d'Amblérieux se rendit alors à Paris pour solliciter du Parlement un arrêt d'évocation. En bons termes avec les gens d'église, elle avait une lettre du Père Louvct, supérieur des Jacobins, qui s'employa pour elle avec ardeur et crut que le meilleur moyen de l'aider était de la marier avec l'intendant du maréchal de l'Hospital. Cet intendant fit naturellement connaître l'afTaire à son maître qui voulut voir la dame. Il avait 75 ans, elle lui plut et l'épousa te 25 août 1653.

A la mort du maréchal, 20 avril 1660, Claudine ne cessa de ^^cevoir chez elle des gens haut placés. Elle joignait un bon cœur à beaucoup d'esprit et avait les plus belles pierreries du monde. Jean Casimir la connut en 1670 et comme les autres fut séduit. (3) L'histoire secrète laisse supposer qu'il l'épousa — secrètement à Nevers — parce qu'en testant il aurait reconnu lui devoir 300 pistoles d'or, somme insigni Hante pour un roi (4). La preuve de ce

(1) Kille d'Anne ie Gcnia^e.

fj) En Morvand on dit couraiiiiiionl hude pour CI:mde, en Olapliiaé on dit probiitileriiant Laudf ou Lhaudc.

(U) Voir Intermédiaire den chercheur), et des curieux, 20 mai el 10 juiu lUfW.

|i| Dans ce temps Li pL<itDlc viibit tt livrcî. Or h. compte dont nous «lions p.irltT plus loin relaie qoe le roi dcvuit i, yiiismt U Marécliiile 3.309 livre» ; 1ji livre valant 0 franc:» de notre >, la dette du roi s'<!levait donc simpletnenl ^ tS.lOO fnncv.

liim,

mariage est encore à faire, aussi bien que la preuve <Ie la venue à Ncvers de la maréchale. Quoi qu'il en soit Jean Casimir lesta le 12 décembre 1672 et son testament, que j'aî pu me procurer, trouve sa place ici. Le voilà :

(( Aujourd'imy, dalle des présentes, Nous nottaires royaux (( résidents en la ville de Nevers soussignés, ayant esté mandé « par très Uaut, très puissant et serenissime Prince .Ican Casimir, (( Roy de Pologne et de Suède, Grand duc de Lilhuanie, nous ([ nous sommes transportés en l'hoslel abbatial de Saint Martin »( dudit Nevers où il est logé de présent dans une chambre qui a H son aspccl sur la cour d'iceluy où nous l'avons trouvé en son M lict malade, sain d'esprit et d'entendement ainsy qu'il nous est « apparu, lequel nous a dit estre en volonté de faire son testament H et ordonnance de «Icrnière volonté ce qu'il a fait de son bon gré « sans induction, suggestion ny contrainte en la forme et manière H qui ensuit. Premièrement a recommandé sou âme à Dieu, à la « glorieuse Vierge Marie et tous les Saints et Saintes du Paradis n qu'il prie intercéder pour luy envers Dieu. Veut et enlend qu'après « son décès arrivant audit Nevers son corps soit inhumé en réglise « des Jésuites dudit Nevers, laissant néanmoins la liberté à l'exé- « cutrice de son présent testament cy après nommée, au Heu où « elle le désirera faire faire, se rapportant aussy à Elle pour ses « funérailles, déclarant ledit seigneur Roy qu'il a institué et « institue par ces présentes, pour l'amour et singulière affection « qu'il porte à très haute et très puissante Princesse Madame « Anne de Gonzague et de Clèves, Princesse Palatine, et pour « plusieurs autres considérations, (a seule et universelle héritière <( des biens qui lui appartiennent situés dans les lieux où institu- M tion testamentaire d'héritier a lieu et pour les biens qui lui » appartiennent situés dans les lieux où ladite institution d'héri- (( tier testamentaire n'a point lieu, la déclare sa seule et universelle « légataire de tous et uns chacuns ses biens meubles et immeubles <i situés tant dans ce royaume de France qu'au Royaume de tt Pologne qui consistent eu la terre de Zinviecr, son Palais des t( Jardins de Varsovie, ses tapisseries qui sont en dépost entre les (( mains du sieur Gratta, bourgeois de Danzic, mesme tes rcma- « nences des seelsqui luy appartiennent en Pologne, et toutes les H autres prétentions qu'il a tant sur ledit Royaume de Pologne H que sur la Ltthuanie et le Roy régnant et généralement tout ce H qui peut luy appartenir audit Royaume, de plus donne et lègue

aussy à ladite dame Princesse tous ses biens estants dans le « Royaume de Naples avec les arrérages esclius jusqua ce jour- M dliuy, inesine ceux qui ont esté retenus pendant la guerre par M sa Majesté Catholique lesquels biens lui appartiennent comme « hérilier de la feue Reyne de Pologne Bonne Sl'orzes, femme de tt Sigismond premier, comme aussy les droits qui luy peuvent « appartenir pour vente des vaisseaux faite par le Roy Sigismond « troisième, d'heureuse mémoire, son Père, au Roy d'Espagne. « Plus ses prétentions sur les princes de Brunzevick et généralc- « ment tous les biens, droits, actions qui luy peuvent appartenir « en quelque lieu qu'ils soient situés et de quelque nature qu'ils « soient. Ladite institution d'iiéritiére et légataire universelle « faite à la charge et aux conditions suivantes ; Premièrement « ledit Seigneur tioij testaleiir se remet à la piété et dévotion de « ladite dame Princesse du soin de sa dite sèpnffiire et funérailles. « désirant aussy que du prix provenant de la vente de ses meubles « qui sont en France et de ce qui luy pourail estre deub de ses « pensions et bénéfices soit pris préalablemeut j** toutes choses « les gages qui se trouveront estre deubs à ses officiers tant du « passé que jusqua la fin de l'année présente selon les liquidations a faites cy-devant à Paris par son Conseil ou à faire, et, outre ce, « !e prix d'une année de leurs dits gages après les dettes payées, « et particulièrement aux étrangers pour les frais de retour en « leur pays. Plus veut et entend ledit Seigneur Roy testateur que « ia somme de deux cent mille livres tournois soit employée pour (( récompenser tous ses ofiîciers et un chacun à proportion du « temps qu'ils auront esté à son service et suivant la qualité « d'iceux, de laquelle somme ladite dame Princesse légataire et « universelle héritière disposera et la distribuera entre ses dits « officiers selon qu'elle le jugera à propos. Comme aussy sera n tenu ladite dame Princesse héritière et légataire universelle de ,« payer toutes et chacunes les dettes tant celles contractées par , « ledit Seigneur Roy testateur en France depuis son arrivée que « celles qui se trouveront estre deïies en Pologne. Donne et lègue « aux Pères Jésuites de Rome la somme de cent mille livres tournois, « monnoye de France, qui seront payables et prises sur les pre- « miers deniers qui proviendront de la vente faite, comme cy- (( dessus est dit, des vaisseaux par le feu Roy Sigismond troisième, « son Père d'heureuse mémoire, à sa Majesté catholique et ce « pour une fondalion de Sainl^lgnace. Plus veut et enlciid ledit t< sieur Roy testateur que les vœux qu'il a faits qui sont spécifiés

n dans un cscrit tle sa main soient ex<^cutés en lous leurs points, <( circonstances el dépendances, lequel escrit est entre les mains « de son Père confesseur. Plus el lègue à une petite fille nommée (( Marie Catherine qui est sous lu conduite du sieur Gtilois, son « apothicaire, la somme de quinze mille livres lournois pour la (( nicllrc religieuse en l'Ordre de la Visitation. Plus donne e( lègue u aitx panures de ihospilal général dudit \cvers la somme de mil M liures tournois, révoquant ledit seigneur Roy testateur tous « autres testaments, dispositions el codicîles qu'il peut avoir (( cy devant faits, voulant que le présent soit exécuté en tous ses « points et articles, prétendant par ledit présent testament faire H une chose qui sera fort agréable à Messieurs les Princes de « Coudé et d'Anguin el à Madame la Duchesse d'Anguin pour « lesquels il a toujours eu une parfaite estime et solide amitié, et H pour exécutrice de son dit présent testament il a nommé la « personne de ladite dame Princesse Palatine son héritière et « légataireuniversellecydessus nommée laquelle il prie en vouloir H prendre la charge avec pouvoir de substituer tel que bon luy t( semblera ayanl entière confiance qu'elle satisfera ponctuelle- « ment à ses volontés, priant aussy ledit seigneur Koy testateur « le Iloy très chrétien de vouloir donner sa protection cl tenir la H main à l'exécution du présent testament et mesmc donner les « ordres nécessaires pour le payement de ce qui luy est et se (( trouvera deub de ses pensions jusqu'au jour de son décès, des- « tinanl particulièrement ces sommes comme les plus assurées H pour le payement de ses dettes contractées en France, ce qu'il « espère de son amitié et de sa générosité de laquelle il confesse « avoir reçu beaucoup de marque, comme aussy ledit seigneur « Roy testateur a prié cl recommandé les intérests qu'il peut avoir « en Pologne à Monsieur Prasmoski, archevêque de Gnesne, « primat dudit Royaume de Pologne, Trzebicki, evesque de « Cracovie et à Monsieur Morslin, grand trésorier de Pologne, « afin que par leur crédit el assistance ladite dame Princesse « Palatine puisse plus facilement jouir des etTets qui luy apparie tiendront et avec plus de commodité donner satisfaction aux « créanciers légitimes qui se présenteront, ayant toujours esté « persuadé de l'amitié que ces messieurs conseri'ent pour luy. « Déclarai}! aitsstj ledit Seigneur iestaleur qu'il doit à Madame la « Marescitallc de Lhospilal troin cents pistoles d'or desquelles etle H n'a aucune sécnrilé par écrit. Lequel présent testament a esté (( rédigé par escrit par l'un des notaires royaux soussignés, l'autre

« présent, ainsy que letlîl Seigneur Roy teslateur a dîclé, el à luy « leu et releu a dit estre sa volonlc dernière qu'il veut estre suivie « par la meilleure forme que les lois el coutumes le désirent dont i« il a requis acte à nous notaires royaux, susdits et soussignés « que luy avons octroyé audit Nevcrs après mitly, environ l'heure « de huit, audit hoslel abbatial le douzième jour de décembre « mil six cents soixante douze et a ledit Seigneur Roy testateur (I signé avec nous notaires susdits.

rt J EAN Casimir Roy, Regsault, Bourgoing(I).

« Et le treizième dudit mois de décembre audit an mil six tt cents soixante douze, à Nevers, après raidy, nous notaires (( royaux susdits et soussignés, au mandement dudit Seigneur Roy « testateur nous nous sommes transportés pardevers luy estant M audit hostel abbatial Saint Martin dudit Nevers cl en la mesme M chambre où nous le trouvasmcs le jour d'hier, estant gizant au n lit malade, sain d'esprit, il nous a commandé de luy faire lecti ture de son testament cy dessus écrit, ce qu'ayant esté fait par u l'un de nous en la présence de l'autre et intelligiblement, a « déclaré d'abondant qu'il veut et entend qu'il sorte son plein et M entier elîet el outre y ajoutant a donné et légué, par forme de u codicile, à Monsieur leComtede Vazenault, llls naturel du Roy « Vladislas quatrième, son frère, la somme de trente mille livres H tournois à prendre icelle sur les prétentions des vaisseaux H mentionnés au susdit testament et ce pour l'amitié qu'il luy « porte. Comme aussy veut et entend qu'incontinent après son H décès il soit dit et célébré pour le repos de son à me trois mille (1 messes en telles églises que Madame la Princesse Palatine son « exécutrice testamentaire désirera, et lecture à luy faite à diverti ses fois du présent codicile a dit qu'il veut qu'il sorte son plein « et entier elTet ainsy que son dit testament.

« Fait audit hoslel abbatial environ l'heure de six après midy «( les an, jour, lieu et heure susdits présents lesdils notaires (2).

« Jean Casimir Roy, Regnault et Bourgoino ».

Rien, dans ce testament, ne peut laisser supposer qu'il ait existé des relations intimes entre le roi de Pologne et la maréchale de l'Hospital et encore moins qu'ils aient été mariés. Quand on

(1| La minute csl demctirée audit Bourgoin^. (1) LpI niintite esl demeurée ,ittdtt Boargoinf .

lil les legs considérables faits par Jean Casimir à ses officiers, aux Jésuites de Rome el mdme à celte petite fille nommée Marie Catherine on ne peut que se dire une chose c'est que la maréchale lui înnit avancé trois cents pistoles d'or au moment où il partit pour se rendre aux eaux d'AHse-Sainte-Rcine.

Jean Casimir mourut le 14 décembre 1672 el son corps fut porté le 18 dans la chapelle du collège des Jésuites. 11 y resta pendant près de trois ans. Le Mémoire de ce que le collège ife Nevers a fail à l'occasion du corps du serenissimt Bot/ de Pologne qui a esté mis en dépôt dans son Eglise contient ce détail :

« 1° Tous les Pères du Collège l'ont receu avec le cierge à la (1 main lorsqu'il leur fut livré par les officiers dudit Seigneur Roy.

« 2" Il fut mis d'abord dans une congrégation où il fut gardé « quinze jours ou trois semaines et pendant tout ce temps là il « fut bruslé grand nombre de cierges et de luminaires jour et <( nuit autour du corps.

« 3° On a réparé un lieu pour le mettre, ce lieu est un jubé it qui estait desja construit, à la vérité, mais il y a fallu l'aire des i< vitres, des jalousies, porte, serrure el mcsme une montée pour « y aller.

« 4° Il a fallu faire une estrade el une représentation pour H étendre le corps dans ce jubé,

i( 5° Il a longtemps bruslé de la cire dans la première année (( auprès du corps et puis enfin toujours une lampe jusques à ce « qu'on l'ail enlevé.

(( 6" Nous avons fourni de luminaires et d'ornemens pour un « très grand nombre de messes qui ont esté dites dans nostre « Eglise pendant la première année du dépôt.

« 1° Nous l'avons gardé pendant trois ans sous la clef.

(( El pour tout cela on ne nous a jamais rien présenté ».

On laissa le corps du roi en repos jusqu'à ce que la liquidation de la succession fut faite. Je possède, sur celte liquidation, d'assez curieux documents que je publierai peul-clre ailleurs, et dans lescjuels se trouve un ordre dressé, après les actes passés pardevant Le Moijne et son compagnon, notaires an Cbastelel, les 6 et 15 février Î673, entre la pins grande el seine partie des officiers et créanciers diidit serenissime Boy de Pologne et de Suède, lesquels aeaient établi et nommé ponr directeurs des créanciers de la succession du défunt Bog de Pologne el dresser l'ordre des deniers qui prooiendront de lu cjnte des meubles et effets dudit Bog de Pologne, François

Vrédg du Moulinet, genlilbomme ordinaire dudit feu Roy, Jean Tork. son écayer, et Jean Barré, preslre, religieux de l'Abhayede

liiil-Germain-des-Prez-les-Paris. Dans cet .ordre, je relève les

)llocaUon$ suivaales :

A M. Duptn pour les frais par lay faits et payés tant aux odiciers du bailliage de Saint- Germain -des -Prez, gardes scellez à Cachan, etc 1 .815' 16*

Audit sieur Dupln, secrétaire de S. A. Madame la Princesse Palatine, pour avances pour la subsistance de la maison du Roy de Pologne, congédier et payer partie des officiers, dégager et amener l'équipage, l'argenterie, meubles, et ce incontinent après le deceds dudit deffunt Seigneur Rov qui avaient esté portées à la viUe de Nevers. etc 12.157 09

A Son Altesse pour frais funéraires, services, messes, prières et construction d'un caveau et ornement d'an lieu de depost du corps du deffunt Roy de Pologne où il plaira à son Altesse de Tordontier, comme exécutrice de son testament 6.500

Aux Religieux de l'abbaj'e de Saint-Germain pour la décoration du lieu de repos du cœur dudit serenissime Roy de Pologne en l'église de ladite abbaye 2.000

A M. Corade, premier médecin 2,000

A M. Corade le jeune, médecin du feu Roy 1 .500

A Madame la Mareschalle de l'Hôpital suivant le

testament pour dettes reconnues par le Roy. . 3.300

Cet ordre, dressé le 21 juin 1673 fut homologué le 23 par la Cour du Parlement; il ne contient rien pour nos Jésuites.

C'est le dimanche 18 août 1675 que le corps du roi de Pologne fut enlevé de l'église du collège ainsi, que le constate le procès verbal suivant :

« Par devant les notaires royaux soubsignéz fut présent en sa <i personne Messtre Albert Opaski, gentilhomme polonais, grand (( chambellan de Varsovie, demeurant ordinairement en ladite « ville de Varsovie, estant de présent en cette ville de Nevers en « qualité d'Envoyé extraordinaire du serenissime Roy de Pou- H logne (sic) pour le transport du corps du feu serenissime Jean

(' Ca<iiniir, Roy de Pologne et île Suède, morl en celle ville de^ (( Nevers le IG décembre 1G72. lequel a recogneu qu'en consé- (( qucnce de la permission de S. M. Très chrétienne pour le (( transport dudil corps el du pouvoir qui luy en s esté donné (( par S. A. S. Madame la Princesse Palatine exécutrice du testait menl fait en celle ville de Nevers par le feu serenissime Roy K Jean Casimir le 12 décembre 1672, receu Bourgoinget Regnault, « le R. P. Michel Nyon, à présent reclcur du collège des R, P. (( Jésuites de celte ville el d:ins l'église desquels ledit corps aurait^ a esté mis par forme de dé|)ôt le 18 dudit mois de décembre 167S H et seroit depuis demeuré jusques à présent, et duquel le R. P. H Gilbert Giraud, lors rccleiir dudil collège se seroit chargé par (( son escrit donné ledit jour à M, de la Faye, capitaine des gardes (I du Corps dudil feu serenissime Roy Jean Casimir, luy auroit « remis el délivré ledit corps à l'efFel dudit transport duquel à ce « moyen ledit Seigneur Opaski l'a bien et vatablemenl déchargé « tant en verlu des permissions et pouvoirs cy dessus exprimez « que de ceux de Messeigneurs André Trzebicki, evesque de « Cracovie, el André Morstin, grand trésorier de la couronne de « Pologne, aussy exécuteurs lestamenlaires, le tout sans préjudice « an fi. F. recteur du collège de se pourvoir pour avoir payement « de ce qui peut estre deiib pour raison du dépôt dudit corps et frais u faits pour raison d'îceluy, ponr raison de quoi ledit seigneur « Opaski luy a pronjis son enlremîse auprès desdits seigneurs (( leslamentaires. Fait cl passé en la présence et par ladvis de « messire Jacques de Vienne, abbé commendalaire de l'abbaye (( de Saint Martin de celle ville de Nevers, Messire Augustin « Corade, seigneur du Maresl, conseiller et médecin ordinaire du (I Roy Très Chrétien et premier médecin dudit feu serenissime « Roy Jean Casimir et de la feu sereniseirae Reyne Louise Marie, « et de Monsieur Mailre Henry Bolacre, lieutenant général de H Nevers, auxquels lesdilcs permissions et pouvoirs auroienl esté K représentez el communiquez par ledit Seigneur Opaski, en la H salle dudit collège, après midy le dimanche dix-huitième aoust « mil six cent soixante et quinze (1).

« Signé : Opaski (avec un sceau à ses armes), Michel Nyon, « DE Vienne, abbé de Saint Martin, Conrade, Bolaciie, Bour-

« G0IN6, ReGNACLT »).

(11 l.a mtnate est restée entre les mams du notai» Repaoll.

La cérémonie faile le R. P. Michel Nyon, Recteur du Collège, n'oublia pas de remettre â M. Opaschi une lettre pour l'évêque deCracovie afin d'obtenir une rémunération convenable. L'évêque de Cracovie s'empressa d'en informer la princesse Palatine en ces termes (1) :

a Madame

« Monsieur O'paschJ dans son retour de France m'a rendu les n lettres très obligeantes que Voslre Excellence a daigné luy « corametre par lesquelles j'ay appris que vous avies la bonté de (i louer la reconnaissance que j'avois eu envers mon très serenîsu sime autrefois Roy Jean Casimir, mon très aj-mable et très « puissant seigneur, en ce que jay eu soing de fair apporter ses H CL'ndres d'un lieu si esloigné de Pologne pour estre mis à « Cracovie dans le royal sepulchre de ses augustes prédécesseurs. « Vous n'aves pas Madame lieu de me louer d'une chose que j'ay « deub fair par debvoir mais tieantmoins j'ay bien de la conso- « lalion que ceste marque de piété envers mon très serenissime H Roy et autresfois mon Seigneur soit apprové de voslre Excel- « lence. Ceste pourquoy vous aures la bonté d'apprendre par « celle icy que le dernier jour de janvier de l'année prochaine « que nous conterons mil six cent septante six nous célébrerons a les funérailles de Sa Majesté de très glorieuse mémoire en « présence de Nostre très serenissime Roy moderne dans las- « semblé de tous les ordres et avec la pompe solcninelle en mon « esglisc cathedralle à Cracovie où nous luy rendrons les dernier « debvoirs comme à un très bon Roy. Cependant je vous rend « grâces infinies, comme aussy au nom des premiers seigneurs « du Royaume, en ce que Votre Excellence par son aulhorité a (( procuré que le corps dudit defiinct très serenissime Roy ail esté « mis dans le collège des Révérends Pères Jésuites de Neuers entre (I les mains de Monsieur Opaschi, car à la vérité je croignoîs « quelque difliculté mais aussy je ne double point que Vostre « autboritc ne les ait esloigné. Le Rénérend Père Recteur du collège « de Nevers demandoit à Monsieur Opaschi la compensation des « frais que le collège avait fait en diverses choses au temps de la « déposition de corps de Roy dans leurs église de Nevers, et « comme Monsieur Opaschi dans ceste demande sest remis et

(I) C«lte IfllTC iiiii (uil [i.irtie Acs Arcliivc* de b Niivrc n'est pas vignfie; jMiut-élre wt-M une Induction, peut-Clru c»l-co «ne copif.

H rapporté à moy, le susdit Révérend Père Recteur de collège de n Nevers escrit et supplie de faire en sorte quen compensation des (f susdits frais on ait la îwnté de faire quelque reconnaissance en (' argent comptant an collège de ladile ville de Nevers, Pour moy « je reconnois que ceste demande est juste et que ce collège de « Nevers est digne de quelque récompense. Llîospital aussy des « pauvres de Nevers demande le payement de lègue de mil florins <( qui font mil francs de vostrc monoye. De plus Monsieur Corrade. « médecin, le payement de ses gages. C'est pourquoy comme « toutes les susdites demandes sont justes et qiiil nest plus « besoing de faire en France aucune despense pour les funérailles « de très serenissime Roj' Jean Casimir (car la sépulture royale *( ne se fera pas en France mais bien en Pologne et aux despens « des Polonois). Excusé Madame si j'ose supplier Vostrc Excel- « lence que des six mils et cinq cents fleurins ordonné pour la « sépulture de très serenissime autresfois Roy par décret du « Parlement (duquel Icxemplaire est îcy adjoinct) quelle ait la u bonté de commander que Ion paye mils deux cents fleurins (t polonais qui sont autant que mil deux cents fleurins de France « au collège des Jésuites de Nevers et le lègue de mil francs à M l'hospital de Nevers avec la deble de Monsieur le médecin « Corrade qui est digne de recompense, car il est très juste que (( ceste somme de six mil et cinq cent fleurins destinés pour les « funérailles par le Parlement soit emploie à satisfair aux pieuses « fondations et aux autres bonnes œuvres car lenterrement se <( fera en Pologne et aux frais des Polonais.

« Pour ce qui est de Iheritage que )e Roy très serenissime a u laissé en Pologne au serenissime duc d'Anguien jen ay dcsja « suflîsament informé Monsieur le marquis de Béthune lors que i( dernièrement il estoit chez moy et en ait escrit mesme au « serenissime Duc. Pour ce qui touche les meubles délaissés en « Pologne par le susdit très serenissime Roy il y a beaucoup de H diflîcultés car la somme de six cents mils francs doit estre pris H de Domine jgoecensis (?) et employé à payer les debtes que le (( très serenissime Roy a fait en Pologne et on a commencé dcsja « les revenues de Domine Jgnecensis (?) que l'on reçoit à satisfaire « aux créditeurs.

« Voylà Madame ce que je puis fair savoir à voslre Excellence « et lasseurant en mesme temps que je demeure avec toute « soumission de Vostre Excellence ».

Les Pères Jésuites, las d'attendre, finirent par s'adresser à la justice. Un arrêt de la Cour, du 17 février 1677, leur accorde mille livres.

La princesse Palatine n'avait pas jugé à propos de payer ses dettes et l'évèque de Cracovie dut présenter ses excuses en latin en envoyant une lettre de change de mille livres.

Adm Hàe in Christa Paire

Dominus Albcrtus Opaki surcamerarîus Varsoviensis gui anno t6j5 fuit ablegatiis in Gallias ad deducendum in Poloniam cinereâ glofiùsœ inemoriœ Sereniss. Joannis Casimir! Régis Pohniœ et Suœcia: port quant rediit inde mense novembri anni efusdem l6j5t attulerat inihi lifteras R. P. Michaelis Nyon, Rectoris colhgii Nivernensis Socictati Jesu. in qui bu s supradictus P. Rector postU' labat ut alitjiia gratitude Ecclesia; et CoHegio Nixtcrncnsis prœsia' retur pro consenuitis per très annos iisdem cineribus serenissimi Régis. Imprimis mdetur mthi esse res fuslissima ut prœdicfa gratïhtdc pro consemato eodcm deposita Patri Rector i et eollegio ejtts Ntvernensi exhibeatur. Indolui (?) igitur quod Dnus Opaki iUo ipso tempore quo accipiebat Niverni supradictos cineres, non solverit nomine gratitudinis centum aureos eident Patri Rectori et eotiegio Nivernensi. sicut illi injunxcram, et reprehensus est a me idem Dnus Opaki bac de re, sed excusabat se quod debuit majores sumpfus faccre in adducendis supradictis cineribus, quam sperabat, ac proinde non pùtuit satisfacerc meœ commissioni. Nunc igitur ut satisfiat justœ petitroni supradîcti Patris Rectoris Nivernensis mille mille (sic) florenos monetœ galUœ, et hisce includo literas cambiales, ut vigore illarum Parisiis recipiat Pater Rector collegii Nivernensis eandem pecuniam mille florenorum. atque grato animo hoc exiguum munusculum acctpial. et mihi postea testimonium accepter pecuniœ e/usdem mittai. Intérim Reverentiam Vestram optime valere cupio.

Varsaviœ t3 mensts aprilis tSjj.

Reverentia ventre

Benevolent """ Andréas Trzébichi Eps. Cracouien.

Nos révérends Pères, contents je pense, s'empressèrent d'envoyer leur procuration à Paris pour encaisser les fonds.

;» Pardevant les nottaires royaux résidents à Ne vers soubsi- « gnés ont comparu en leur personnes Révérends Père Michel « Nyon, recteur du collège des Pères Jésuites de la ville de

H Nevers, et Jacques Esmery, procureur dudit collège, demeut< rant à Nevers, lesquels, tant pour eux que pour les autre» « Pères dudit collège et leurs successeurs en icelluy ont fait, « constitué leur procureur général et spécial Révérend Père « Lazare Galliot, procureur de la Province, desdits Pères Jésuites H appelée la Province de France, auquel lesdits constituants ont u donné pouvoir, authorité et mandement exprès de pour eux (( et en leurs noms, demander et recepvoir la somme de mil « livres et d'en donner acquit valable à son Altesse Mademe la <i princesse palatine, adjuges par arrest de la cour en date du « dix sept février mil six cent soixante et dix sept aux dits Reve- (( rends Pères Jésuites de Nevers sur tes deniers que ladite .1 Altesse a en sa puissance procédante de rbéréditéduditfeuRoy (i de Pologne pour les frais de dépôt du corps dudit feu Roy de u Pologne dans l'église dudit collège de Nevers, promettant avoir H le tout pour agréable.

« Car ainsi faict et passé à Nevers en lestude de lung des (( jurés soubsignés, l'autre présent, le vingt cinq may mil six <i cent soixante et dix sept.

« Michel Nyon « Guillln

(• EsuERY (' Régnier »

Mille livres représentaient neuf mille francs de notre moD- Daie, c'était un joli chiffre de cierges et de prières I

(A suivre.)

Victor GUENEAU.

Comptes Rendus des Séances

Séance da 11 féorier 1909

Après l'admission, à l'unanimité, comme membre de la Société, de l'un de nos plus jeunes et de nos plus actifs « nivernisants », M. Mignon Maurice, professeur à la Faculté de Lyon, le président donne lecture des lettres d'excuse des absents. Il communique ensuite à ses collègues la copie d'une lettre, adressée le 9 juin 1829 par le Préfet de la Nièvre, M. de Talleyrand, au Ministre de l'Intérieur, pour lui demander d'accueillir avec bonté une demande formée par les habitants de Nevers tendant à être autorisés à établir une Société littéraire dans la maison connue sous le nom de Café de la Paume, appartenant à M. Bonnet, chef de comptabilité à la Recette générale de la Nièvre.

C'est probablement la première Société littéraire qui ait tenté de se former à Nevers.

M, Victor Gueneau communique ensuite plusieurs documents, copiés à la Bibliothèque Nationale et envoyés par M. P. Cornu. C'est d'abord une lettre du grand jurisconsulte Dumoulin, datée du 10 janvier 1560, dans laquelle il annonce au duc de Nivernais le mariage de sa Hile unique avec le Bailli du duc, à Coulommiers. Ce sont ensuite plusieurs fragments de la correspondance expédiée du 30 mars 1559 au 6 juin 1561 parles gens des Comptes de Nevers au duc et qui contiennent, sur la gestion du duché, des détails curieux ; la dernière est tout entière relative à la conduite que décide de tenir, vis-à-vis des réformés, le nouvel évêque Gilles Spifame,

M. Merlin rend compte des Mémoires de la Société littéraire d'Alais et M. Frebault entretient avec humour ses collègues des récents congrès de la Ligue de l'Enseignement et de l'Education populaire auxquels il a pris part.

La séance est levée sur la lecture, par M. Chariot, de deux ^réables poésies dont il est l'auteur.

séance du t" ami 1909

La séance est tenue sous la présidence de M. Merlin, MM. V. Gneneau, président, et Mazoyer, vice-président, étant empêchés d'assister à la réunion.

Des exemplaires du dernier Bulletin, récemment paru, sont déposés sur le bureau par M. Langeron, secrétaire, qui donne lecture des communications envoyées par MM. Desforges, instituteur à Fléty, et P. Cornu, bibliothécaire à Paris. La première est relative aux découvertes archéologiques suivantes faites à Ternant par M. Copet, négociant, et M. Desforges, chercheur aussi heureux qu'érudit : deux coups de poing, cheliéens en silex, un beau retouchoir en silex jaspoîde, une hache berminette en silex local, une belle lame en silex jaspoîde, un grattoir néolithique en silex blond, une hachette polie en grès qui semble une pièce votive, une pierre calcaire qui dût être une borne et enfin deux fragments de poterie samienne et un certain nombre de poteries romaines.

M. Langeron donne ensuite lecture d'une partie de l'élude de M. Cornu sur Les Forêts du Nioernais. particulièrement du XV" au XVIIl' siècles. Celte étude est divisée en cinq chapitres. Le second, qui fait l'objet de la lecture, est intitulé : Naissance et Développement du Commerce des Bois. M. Cornu y examine successivement la législation forestière telle qu'elle découle de la coutume du Nivernais, le développement de l'industrie métallurgique dans la vallée de la Loire, la naissance et le développement du flottage et du commerce des bois de chaulTage dans la vallée de l'Yonne, puis certains courants secondaires de consommation, comme l'industrie des cendres et le trafic du bois de chauffage à Nevcrs et sur la Loire. II dégage des conclusions très précises sur l'augmentation du prix de vente des coupes, corrélative à cette augmentation de débit. A mesure que la valeur du bois s'accroît, la forêt devient l'objet, entre seigneurs et usagers, de compétitions plus ardentes. M. Cornu les examine pour les XV et XVI* siècles, d'après les documents renfermés dans les archives de Nevers, d'Auxerre et dans les fonds de la Table de Marbre aux Archives Nationales. Son exposé est accompagné d'une carte indiquant, outre les sièges et les limites des administrations forestières, les lignes d'affleurement du minerai, les forges, fourneaux et verreries, les départs des fiots sur l'Yonne et ses affluents, etc.

Les membres présents décident d'inviter M, Cornu à réserver, aux Bulletins procliainsde la Société Académique, ce travail (juî, par les nombreux documents mis en œuvre, est susceptible d'apporter les plus intéressantes lumières sur l'histoire sociale de notre province.

La séance est renvoyée à un mois.

Séance du 37 mai 1909

Le Président fait part à l'Asserablée des vifs remerciements de M. Mazoyer au sujet des félicitations que la Société lui avait adressées à l'occasion de la médaille d'or qu'il avait obtenue à l'Exposition Franco-Britannique de Londres en 1908, Il lit ensuite les renseignements généraux concernant le Congrès préhistorique de France qui doit se tenir à Beauvais du 26 au 31 juillet 1909.

M. Paul Cornu est désigné pour entrer en rapport avec la Bibliothèque Doucel, de Paris, relativement à la publication d'un Répertoire des ouvriers d'art et artistes nivernais, répertoire pour lequel il a déjà réuni un nombre important de notes inédites.

M. Desforges donne lecture d'un travail sur les Précurseurs en Prihistoire dont il est l'auteur et qui a paru dans la « Revue Préhistorique » de décembre 1908. Il a ensuite exposé les principaux résultats des recherches auxquelles il s'est livré sur l'ancienne commanderie de Tourny, commune de Fléty. Retrouvant les anciennes fondations de la chapelle, il a pu déterminer la longueur d'une mesure usitée jadis : la canne, qui valait généralement 2™ 23 et n'était comptée à Tourny que pour 1" 71.

Les membres de la Société sont alors mis au courant da projet de loi sur la protection des gisements archéologiques et paléontologiques élaboré par la Commission des Monuments historiques. M. Dcsforgcs, correspondant de cette Commission, a obtenu que le projet comportât le droit de préemption par l'EliU, à prix égal, pour tous les objets provenant de fouilles et que les collectionneurs se proposeraient de disperser à l'étranger.

M. Merlin donne connaissance d'un rapport sur l'EJiseigne- Iment de l'Histoire provinciale et locale dans les lycées, les col-

léges et les écoles, qui va être présenté le 30 courant au Congrès! de Rennes de l'Union des Associations des anciens élèves de»1 lycées et collèges de France, La Société désire vivement que M. le Ministre de l'Instruction publique organise une Commission de spécialistes qui lui proposera les moyens utiles d'introduire des notions d'histoire provinciale et locale dans renseignement primaire et secondaire de la Nièvre.

Avant de lever la séance, le Président analyse l'excellent travail de M, Adolphe KrafTt sur Les Serments Carolingiens de 8i2 à Strasbourg, en roman et ttidaque. aoec nouuelles interprétations linguistiques et considérations ethnographiques.

Séance da 8 août 1909

M. Victor Gueneau, président, fait part à l'Assemblée du décès de notre collègue Deslève, chef de division à la Prérectnre de la Nièvre. Deslève avait tout pour lui, une ligure gracieuse, un esprit ouvert, une tête bien meublée et un cœur délicat. Travailleur infutigable, il ne sut pas s'arrêter à temps et la mort l'enleva vite à l'afTection des siens et à la nôtre. C'est un de ceux que nous devons ne pas oublier.

Le président informe ensuite ses collègues que M. Carré s'occupe d'un intéressant travail sur la commune de Chazeuil, travail dont il lui a Tait connaître quelques chapitres et qui pourra, lorsqu'il sera terminé, trouver sa place dans un de nos Bulletins.

Il dépose sur le bureau le programme du Congrès des Sociétés savantes qui aura lieu à Paris en 1910, et les discours prononcés au Congrès de Rennes par MM. Emile Picot, de l'Institut ; Lotli, doyen de la Faculté des Lettres de Rennes ; Moreau, doyen de la Faculté des Sciences de la même ville, et Gaston Doumergue, Ministre de l'Instruction publique.

Il donne connaissance : 1" de certiflcats émanant des autorités militaires en date des 12 décembre 1798, Il décembre 1805 et 18 mai 1815, constatant que M"™ Angélique-Marie-Joseph Duchemîn, veuve Brulon, a servi « elle-même » comme fusilier, caporal, caporal -fourrier et sous-ofBcier dans les armées de la

République (1); 2° une Adresse aux cîtôijens, du 15 avril 1792, rédigée par les Administrateurs du Directoire du département de la Nièvre, invitant les municipalités du département et tous les bons citoyens à surveiller et dénoncer les manœuvres des prêtres inconstitutionnels et des autres ennemis de l'Etat qui troubleraient la paix et ta tranquillité publiques, et chargeant les procureurs des communes et les procureurs syndics des districts de recevoir les dénonciations civiques, de les contrôler et de dénoncer les coupables aux tribunaux ; 3" un fort curieux et fort

intéressant procès-verbal de la célébration, le 9 thermidor an VI (27 juillet 1798), de l'anniversaire du 9 thermidor (27 juillet 1794).

Séance da Î7 octobre 1909

Après avoir ouvert la séance, le Président, prononce ces paroles :

« Une fois de plui nous venons d'être frappés dans nos affections. Notre collègue FiefTé, juge à Cherbourg, qui devait très prochainement prendre sa retraite, est mort à Ncrcrs le 10 de ce mois à la suite d'une très douloureuse maladie. Tous les Nivernais savent avec quelle érudition et qcv'l bonlieur il parlait des faïences de notre pays, tous les Nivernais connaissent ses travaux sur les Faïences patriotiques nivernaises et sur Faiences patronymiques, mais il n'a pas été donné à tous tes Nivernais d'apprécier, comme ils le méritaient, son esprit et son coeur. Né à Châtillon-en-Bazois le 4 décembre l839, Fieffé fit ses études au collège de Nevef!; puis il gagna Paris où il obtint le diplâme de licencié en droit. Notaire, conseiller de Préfecture, juge de paix, puis juge, il a disparu après une existence bien remplie. Nous adressons tous nos regrets à ses enfants. "

M. Paul Cornu fail part à l'Assemblée d'une très curieuse et très affectueuse lettre adressée de Milan (Italie) le 25 brumaire an V^l (15 novembre 1797) par le soldat Jean Légaré à son père.

(I) Apris d'assM nombreuses recherches, M. Victor Guenean a fini par déconviir que C*tte (emmc, qui avait servi avec son tnart et avait conlinaf ï servir aprèi l'avoir perdu, n'appartient pas i notre départeineot, Kllc entra plus lard aux toviilides, dcmt licutenaol et fut dicwic.

Mario Légaré, de Magny (Nièvre). Celte lettre, avec divers papiers concernant les communautés des Légaré et des Gou2Ïn, est parvenue à M. Cornu par l'intermédiaire de son aîetil maternel, M. Garaudcau, de Livry, qui avait épousé une petite-fille de Marin Légaré. Elle sera insérée dans ce Bulletin avec les recherches que fait dans ce moment M. Cornu au Ministère de la Guerre sur Jean Légaré qui est très probablement ce jeune héros qui se fit sauter dans une poudrière que les Turcs venaient d'emporter.

M. Cornu communique ensuite un contrat de mariage d'un haut intérêt, passé le 19 janvier 1610 pardevant Marin Carruchct, notaire, et relatif aux fiançailles de Pierre Gouzin le jeune et de Jeanne V'enuat, « parsonniers » de deux communautés différentes, la future devant entrer dans la communauté de^ Gouzin.

M, V. Gueneau met, sous les yeux de ses collègues, un plan du collège de Nevers daté de 1653 et présentant à peu près les mêmes dispositions que celles du collège de 1850 lorsqu'il y est entré. Ce plan trouvera sa place dans le prochain Bulletin avec la suite des recherches faites sur lo collège de Nevers par M. Gueneau qui donne lecture du chapitre concernant le dépôt du corps du roi de Pologne dans l'église des Jésuites.

L'Assemblée, après avoir volé à l'unanimité l'admission de MM. Rabion, ancien notaire à Moulins-Engilbert,etGuénard fils, demeurant à Paris, envoie à M. Mazoyer l'expression de ses vives félicitations à l'occasion de son élévation au poste d'Inspecteur général des Ponts et Chaussées,

Séance du 2 décembre 1909

Après présentation, par le trésorier, de la situation Anancière. très prospère de la Société et diverses communications relatives au 48" Congrès des Sociétés savantes qui se tiendra à la Sorbonne du 29 mars 1910 au l" avril suivant, M. Victor Gueneau, président, donne lecture d'un travail sur Ternant qui comprend trois parties : 1° une étude géologique par M. Soudan ; 2" une étude archéologique par M. Des forges ; â" une étude spéciale sur les importants triptyques de l'église par M. Malvy. Ce travail pa-

raitra ilans le prochain Bulletin en même temps que les communications faites par M. l'aul Cornu sur son ancêtre le soldat Jean Légaré, de Magny, qui mourut héroïquement à Aboukir. en 1799, dans les rangs de la 85* demi-brigade (aujourd'hui le 85° d'inl'anlerie) et sur Claude Titlier au régiment.

La séance s'est terminée par l'analyse, faite par M. Cogny, d'une brochure adressée à la Société par M. Hirmenech, qui a pour titre Hercule et établit qu'on a mis sous le nom de ce demidieu des travaux accomplis, en réalité, par des populations très diverses.

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