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DEUX PIÈCES POUVANT SERVIR A L'HISTOIRE DE LUZY

'ayant pu, pour des causes indépendantes de ma volonté, achever en temps utile la seconde partie de mon histoire de Luzy, je détache de mes notes deux documents qui me paraissent présenter quelque intérêt. Ces deux documents ^sont : Les Droits généraux des habitants de Luzy^ tels qu'ils furent reconnus dans une assemblée des échevins et des habitants de notre ville, qui eut lieu le 5 novembre 1677, et le Cahier des Doléances du Tiers-Etat de Luzy.

Le premier de ces documents, rédigé sur un titre de 1531, confectionné lui-même d'après un procès- verbal plus ancien, nous paraît remonter, en réalité, à l'époque de la réunion de la baronnie de Luzy à la comté du Nivernais, en 1442. En incorporant Luzy au Nivernais et en en faisant une de leurs sept villes, nos nouveaux seigneurs firent, suivant la coutume, confectionner un registre terrier, un cadastre de leur propriété, et appelèrent leurs bourgeois à reconnaître les droits réciproques qui leur appartenaient.

Nous pensons que, des deux côtés, on profita de cette occasion pour modifier la vieille charte de 1252, devenue caduque, et pour l'approprier tout au moins aux coutumes du Nivernais dont nous allions faire partie. Nos bourgeois cherchèrent à se faire octroyer par leur nouveau seigneur quelque don de joyeux avènement, et c'est ainsi que nous les voyons obtenir le droit de chasser franchement et librement, dans toute l'étendue de la châtellenie, le jour de saint Hubert et le lendemain, en payant, bien entendu, ledit jour, les douze deniers de cens auxquels ils restent assujettis.

Nous sommes tenté de sourire de cette revendication, et pourtant elle a alors une grosse importance. Le manant, le serf va devenir pendant ces deux journées un homme comme son seigneur ; il va pouvoir porter les armes, lui, le vaincu, l'esclave, qui n'avait pas même un bûton pour se défendre. C'est le commencement de l'égalité et de la liberté. D'autre part, nos jurats sont remplacés par des échevins, véritables représentants de la communauté des habitants de Luzy.

On ne s'en tiendra pas là ; on réclamera, comme nous le verrons, de plus amples droits; mais telle quelle, la nouvelle charte est un progrès sur la précédente et elle marque précisément par sa date, 1442, le passage du régime féodal pur, des temps sombres du moyen-âge à un régime plus moderne, pendant lequel la royauté, la noblesse et la bourgeoisie vont chercher à tirer le plus possible la couverture chacune de son côté. La noblesse, déjà à demi-vaincue, va encore peser lourdement sur le pauvre serf, tout en se courbant devant la royauté qui arrivera bientôt au summum du pouvoir ; la bourgeoisie laborieuse va profiter de leurs luttes pour se dégager peu à peu de leur étreinte, pour gagner du terrain sur ses seigneurs ; lasse enfin de réclamer de nouveaux droits, nous allons la voir apporter ses cahiers de doléances, prendre place, à voix égale, dans nos assemblées, enfin de rien qu'elle était devenir tout.

Le Cahier de doléances du Tiers-Etat de Luzy, qui suit la reconnaissance de nos droits généraux et qui marque la troisième étape de notre marche vers le progrès et la liberté, nous paraît indiquer, de la part de ceux qui l'ont rédigé, non seulement un sentiment très net, une connaissance très approfondie de la situation de la France à cette époque, mais en même temps une grande élévation de vues et un profond patriotisme. Nous pouvons dire, sans crainte de nous tromper, qu'on ne ferait pas mieux aujourd'hui, qu'on ne saurait pas plus patriotiquement laisser de côté les querelles et les besoins locaux pour ne s'inspirer que du bien général de la nation et de la France.

Toutes les revendications qui y sont contenues sont des plus équitables, toutes sont parfaitement justifiées. Nos pères ne voulaient pas détruire, mais réformer des institutions vieillies et mauvaises, et il n'a pas dépendu d'eux que notre révolution ne fût une sage évolution. Qui donc se refuserait à être avec eux quand on lit ce dernier article qui termine si éloquemment leur cahier :

€ Nous demandons enfin que nos personnes, notre liberté et nos biens soient à jamais respectés. »

Les registres de mairie de Luzy, sauf ceux de l'état civil, concernant l'époque de notre révolution, ayant été détruits dans un incendie, dit -on, mais, à mon avis, détournés par des personnes intéressées à cette destruction, nous n'avons pu retrouver les noms des personnes présentes à la rédaction de ce cahier; nous pensons pourtant que nous devons l'attribuer, en majeure partie tout au moins, aux députés du Tiers-Etat de Luzy, qui furent désignés pour se rendre à Nevers, à la grande assemblée qui se tint le 14 mars 1789, dans l'église des Récollets, et rédigea le cahier général des doléances du Tiers-Etat Nivernais.

Ces députés furent : le maire et les échevins de Luzy, en la personne du sieur Pelletier, maire de ladite ville; Jean-Paul Caillery, avocat; Denis Jadioux, marchand fermier; François Couraud, propriétaire; Jean Bonneau, tanneur, pour la ville et communauté de Luzy ; Sébastien Latrosse, syndic ; Gaspard Poterat, fermier, pour les forains de Luzy.

Dans notre Histoire générale^ nous donnerons quelques détails sur ces braves gens — c'est le nom que nous croyons devoir leur donner — et sur les députés de la noblesse et du clergé pour notre contrée ; mais à chaque jour suffit sa peine.

Lucien Gueneau.

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