ÉPOQUE DE LA PORTE DU CROUX
e caractère propre, général, de la féodalité, dit Guizot, c'est le démembrement du peuple et du pouvoir en une multitude de petits peuples et de petits souverains ; l'absence de toute nation générale et de tout gouvernement central...
c Sous quel ennemi a succombé la féodalité ? Qui Ta combattue en France ? Deux forces : la royauté d'une part, les communes de l'autre. Par la royauté s'est formé en France un gouvernement central ; par les communes s'est formée une nation générale, qui est venue se grouper autour du gouvernement central...
a Avec le XIV® siècle, ajoute M. Guizot, les guerres changent de caractère. Alors commencent les guerres étrangères, non plus de vassal à suzerain, ou de vassal à vassal, mais de peuple h peuple, de gouvernement à gouvernement.
c A l'avènement de Philippe de Valois, éclatent les grandes guerres des Français contre les Anglais, les prétentions des rois d'Angleterre, non sur tel ou tel fief, mais sur le pays et le trône de France, et elles se prolongent jusqu'à Louis XI. Il ne s'agit plus alors de guerres féodales, mais de guerres nationales; preuve certaine que l'époque féodale s'arrête à ces limites, qu'une autre société a déjà commencé. »
Ces considérations générales, rapprochées des actes de Pierre de Courtenay, affranchissant Nevers au XII« siècle, sont curieuses à plus d'un point.
N'a-t-il pas cédé aux avis de son parent Philippe-Auguste, en trouvant bénéfice pour lui ? Il serait curieux d'en connaître les vrais motifs.
Mais laissons derrière nous cette époque précédemment étudiée : il s'agit maintenant des nouveaux travaux de transformation des remparts, qui commencent par la reconstruction de la porte du Croux.
— Il s'agit ici, comme nous le dit Guizot, de travaux dirigés contre l'étranger, contre l'Anglais — d'une défense nationale.
Autrefois, les murs hauts et bien maçonnés étaient la sûreté de la place de guerre ; avec Duguesclin^ ils deviennent insuffisants. Nulle place forte ne lui résiste; il savait
entraîner ses soldats et prenait presque toutes les villes et châteaux en brusquant les attaques.
Il avait compris que les fortifications de son temps ne pouvaient résister à une attaque conduite sans hésitation, avec vigueur et promptitude. Il donnait Tassaut en jetant, sur un point déterminé, un grand nombre de soldats, braves et bien armés, munis de fascines et d'échelles, en les faisant appuyer par de nombreux arbalétriers et archers ; il perdait ordinairement peu de monde.
Duguesclin n'employait pas les tours mobiles et autres moyens lents et dispendieux ; il ne se servait guère que de la mine et de la sape, et il agissait toujours avec cette activité, cette promptitude, cette abondance de ressources et ce soin dans les menus détails, qui caractérisent les grands capitaines.
Malgré le succès de Duguesclin, qui prouvait la défectuosité du système de défense alors employé, il n'a pas été apporté de changements, à Nevers, dans la construction des remparts, bien que Duguesclin soit mort dix ans avant l'édification de la porte du Croux (1380).
Cependant, on avait reconnu la nécessité de construire en pierre les hourds ou balcons couverts en bois, aQn d'éviter l'incendie provoqué par les assiégeants. Ces modifications, excellentes avec l'ancien système offensif, devenaient presques inutiles, par suite de l'emploi, à cette époque, de la poudre, nouvellement découverte.
Elle fut, on le sait, employée pour la première fois, par les Anglais, à la bataille de Crécy, en 1346, et c'est elle qui fut cause de notre défaite.
C'est aussi à cette époque que furent construits les ponts-levis aux portes de ville .
Si le tracé de Pierre de Courtenay avait subi d'autres transformations, nous les retrouverions sûrement aux plans des tours.
. A la fin du KIY® siècle, on avait remarqué que les tours ayant en plan un arc pleincintre ne se défendaient pas suffisamment; qu'un point mort existait à la tangente de l'axe de ces tours. On fit alors des becs aigus que nous n'avons rencontrés nulle part à Nevers.
On peut objecter qu'aux remparts d'Avignon, datant du XI V« siècle, les tours sont carrées et qu'avec leurs petites saillies elles découvrent presque complètement le fianc de leurs voisines, et môme se défendent par leurs courtines. Mais c'est là une exception.
Ce plan, qui s'accentue plus fortement aux époques suivantes, n'a jamais été appliqué aux tours de Nevers. Elles sont restées sur leur premier établissement du plan plein-cintre de H94.
Si Pierre de Courtenay, dans ses fortifications, avait profité des accidents de terrain et des étangs, en les faisant entrer dans son système de défense, nous ne les retrouvons plus à la fin du XIV* siècle.
Les cartes du X V« ne laissent plus voir qu'un reste de marécage à la place de l'ancienne caserne; l'assainissement avait été si rapide que, dès le XI V<^ siècle, une chapelle existait sur l'emplacement actuel de la maison Ramond-Brunet, en face de la gendarmerie actuelle, sur la rue Gambetta. Lorsqu'on fit des fouilles pour les fondations de cette maison, les murs
apparurent ainsi que des dalles funéraires. L'étang était réduit en petit marécage et remplacement des fossés était encore plein d'eau fétide.
Comment, dira-t-oUi a-t-on pu opérer ce travail dans l'espace de deux cents ans ?
Qu'on veuille bien examiner comment, de nos jours, on a comblé et assaini le vieux lit de la Loire, avec les déblais de la ville, depuis seulement vingt ans : on se rendra compte alors de la manière dont l'étang a pu être comblé.
Au point de vue de la salubrité, ce travail fut urgent, peut-être, car l'histoire nivernaise nous rappelle les terribles épidémies, si fréquentes à ces époques. La peste, surtout, a pu avoir pour point de départ ces eaux croupies dans lesquelles tous les détritus de la ville se déversaient.
Nevers n'était pas d'une propreté exemplaire. Voici ce que disent les comptes de 4394, au sujet du conduit qui passait à la Chevrerie : « Au charretier de Monsieur l'Evesque une journée et demie pour emmener ordure, fiens, fenge, paille et autres ordures que Teaue avait amenées... et les mettre hors la ville. »
Etait-ce dans l'étang?...
Mais ce qui a dû le plus contribuer au remblai pourrait bien être deux incendies détruisant successivement Nevers en 1305 et 4308. Déjà, en 4212, un autre incendie avait détruit la cathédrale et fourni des déblais considérables.
Est-ce à Taide de ces moyens que le sol de Nevers s'exhausse progressivement jusqu'à une moyenne de quatre mètres à la place des étangs? Les fouilles faites jusqu'ici permettent cette supposition.
Un argument nouveau se présente ici pour attribuer à Pierre de Courtenay le tracé complet des fortifications. Les doubles murs intérieurs ne peuvent dater du XIV» siècle, puisqu'ils ne sont construits que là où l'eau ne protège pas les fortifications.
Et puis pourquoi doubler des murs au moment où la poudre est employée dans les guerres ? A Nevers, il est vrai, à la fin du Xrv« siècle, ce nouvel agent ne semblait pas influencer ses défenseurs.
N'ayant jamais eu de siège, ils ne pouvaient croire que les anciens systèmes de défense ne fussent pas les plus sûrs.
Quant aux innovations, Nevers n'en tenait aucun compte dans la construction. La mise en état des remparts contre l'ennemi commence seulement par l'édification de la porte du Croux, une œuvre, au reste, des plus remarquables, que nous sommes heureux de pouvoir décrire presque minutieusement.
La porte du Croux offre tout l'ensemble des défenses perfectionnées du XIII« siècle jointes à celles du XIV*. Elle est, de plus, un chef-d'œuvre d'élégance architecturale. A ce dernier point de vue^ nos pères, en se trompant, nous ont légué un glorieux souvenir.
Cette porte, ainsi que nous le démontrerons, a dû être conçue par un maître des œuvres (architecte), de 4390 environ.
La fameuse porte que nous voyons et admirons, et devant laquelle existaient des fossés pleins d'eau, était munie, à droite, d'un couloir en pierre facilitant la sortie d'hommes de
guerre, alors que l'ennemi eût été devant le pont-levis, altatiuant k revers les assiégés. Les mâchicoulis en pierre faisaient pleuvoir sur l'assaillant tous les projectiles possibles, pendant que, cachés derrière les mer- Ions, les assiégés, par les erchères, se ; défendaient du gros de l'armée.
Entre les deux fermetures de la porte du Croux, et en face de la porte qu'on voit maçonnée aujourd'hui, on en aperçoit une plus grande, également bouchée, qui allait sous les remparts.
Kn avant de cette porte, élégante constraclion militaire, se trouve un chemin en équerre obligeant l'assaillant à présenter, aux défenses de l'entrée, le flanc droit, découvert par le bouclier.
Mais avant d'en arriver là, il aurait fallu assiéger et prendre la première entrée de ville, qui fait un si joli premier plan à la porte du Croux.
Celte première entrée était préservée par des fossés pleins d'eau, car la terrasse maçonnée, qui entoure si malencontreusement cette défense, n'était pas encore construite; elle ne date que du XVI« siècle. Ce fut la lourde mais utile correction de la faute que comporte du Croux (état actuel) mirent les Nivernais du XIV" siècle, qui ignoraient les effets de la poudre.
Cette première entrée, ayant encore son joli cul-de-Iampe et sa voûte, avait aussi double fermeture, dont un pont levis; elle était reliée par des murs que défendaient les fossés dont nous avons parlé, avec des bretèches, c'est-à-dire des mâchicoulis, en terrasse découverte, appareillant ceux de la porte actuelle.
Nous possédons les comptes de dépenses de ces portes, et, après un scrupuleux contrôle, nous allons, de notre mieux, les traduire presque mot ft mot. Ils donnent, au jour le jour, leur construction, leur organisation de chantier, et jusqu'aux noms des et les prix détaillés de chaque nature d'ouvrage.
La portedu Croux, d'après les comptes de la ville, était déjà commencée antérieurement : elle est continuée en 1394. Au mois de mai, les travaux sont au premier étage, au niveau de sa voûte haute qui n'était pas faite, pas plus que l'avant-porte et le couloir. Deux maîtres des œuvres (architectes) conduisent les travaux de la ville et s'occupent de la porte du Croux ; ce sont Odenet Gendrat et Jehan de la Forest.
Jehan des Amognes, carrier, propriétaire de la carrière de Saint-Gildard, est le maître tâcheron — sur prix fait — de la porte du Croux.
Le travail nous indique, par les marques des tailleurs de pierre, qu'il employait, à sa carrière, des ouvriers à la tâche, car, comme carrier, il vendait dans sa carrière les pierres toutes taillées, et comme maçon, on lui payait la façon de la pose. Toutes les fournitures, les échafaudages et engins étaient à la charge de la ville.
Toutes les pierres employées ne sortent pourtant pas exclusivement de la carrière Saint-Gildard : Jehan des Amognes en amène par la Loire. Elles provenaient peut-être des carrières d'Apremont. Ce sont les pierres les plus ouvragées, celles des corbeaux, des mâchicoulis : celles qui portent les merlons, en saillie des murs.
Le transport est payé par la ville à divers.
Monsieur TEvesque de Nevers a son charretier occupé à charroyer; Tabbayede Saint- Martin et celle de Notre-Dame ont le leur. Jusque-là, il ne semble pas que d'autres voitures existent en ville, si ce n'est une voiture de la ville. Vers 1419, de rares bourgeois font des charrois.
Les charpentiers Régnant le Court, qui avait aussi la surveillance des ponts de la ville, et Guillaume Ogier réparent les engins et font la charpente de la construction.
Vescueler fera des escuelles pour Teau ou le mortier. Les chauciers ou chaultiers Jehanin et Jehan Jazer, Jehan Lescuier, Thomas de Garigny amèneront la chaux que la ville leur payera.
Le tieller Régnant Chançon vendra la tuile que les recovreurs Jehan Blondelet et Garant mettront en œuvre; on leur payera cette main-d'œuvre.
Des échafauds seront faits et payés à Buisson pour mettre le plomb des faîtages ou des pommeaux, lesquels serviront aux serruriers Montferrant et à celui qui fera les girouettes en fer forgé.
Le tonnelier Jehan Bourgoing sera payé des menuiseries de la porte du Croux, pour les portes et croisées.
En réalité, tous les corps de métiers passent comme des ouvriers et non comme des entrepreneurs, tel qu'on pourrait le comprendre de nos jours; et l'administration réelle de la construction est entre les mains des maîtres des œuvres (architectes) et des contrôleurs ou receveurs de la ville.
Mais il est préférable de donner les comptes eux-mêmes presque au jour le jour, en leur conservant la marche que les receveurs de Nevers leur ont donnée. Nous ne ferons que faciliter la liaison d'un article à l'autre, en expliquant les parties qui sembleraient incompréhensibles.
Du i^r mai 1894 aa i«r mai i3g5 HuGUENiN DE Varie, rcceveuF.
Les travaux commencent la semaine de QuasimodOy dans laquelle Jehan des Amognes fait charroyer les matériaux déjà préparés dans sa carrière de Saint-Judas (Saint-Gildard), savoir : 19 membreures, 18 parpins et 15 quartiers; qu'il vend sur carrière, non chargés.
les membreures 9 livres le cent, les parpins 15 deniers la pièce, et les quartiers 62 sols 8 deniers oboles le cent.
Thévenin, le charretier de Monsieur l'Evesque, fait ce transport avec sa charrette à trois chevaux, deux journées et demie à raison de 10 sols une journée. Mais il ne charge pas sa charrette seul : Cassot, manœuvre, aide deux journées, à 3 sols 9 deniers Tune.
Ces matériaux approvisionnent le chantier, et, dès lors, les maçons peuvent travailler ; ce qu'ils font très rapidement, au reste, au point que le charretier ne peut suffire.
En effet, Jehan des Amognes propose — et exécute aux frais de la ville — que si les pierres étaient « assamblées et aligées en carrière « il serait possible que la charrette en menast plus largement. » Et il ajuste en carrière, c'est-à-dire qu'il fait le nécessaire pour faciliter le transport de sa pierre. C'était déjà un petit bénéfice pour lui de 17 sols 6 deniers, le montant du salaire des deux ouvriers Henriet et Bourbonnat.
Les échauguettes, les deux tourelles de la porte, sont fort ouvragées, surtout à leurs culs-de-lampe ; et ce n'est plus un travail de taille ordinaire. Aussi Jehan des Amognes passe une demi-journée, et Boyart deux à « tailler des coings pour appariUer deux eschiffes, » et il reçoit pour cela 14 sols 2 deniers.
C'étaient les coins, les angles compris entre les contreforts sur lesquels les tourelles sont assises, dont les moulures multipliées font un si heureux effet. Ils représentent un grand travail.
Et, dans la semaine de Misericordia Domini (3 mai), tous ces matériaux sont presque employés, car Jehan des Amognes envoie de Saint-Gildard, par Thévenin, pendant quatre jours, des voitures à trois chevaux qui amènent 67 parpins, 18 quartiers et une membreure. Thévenin, le voiturier de Monsieur l'Evesque, est aidé, pour les charger, de Jehan fils et du maçon de Ternant, qu'on paye 6 sols 8 deniers.
Il faut croire que les échevins de Nevers furent bien satisfaits, puisque la ville porte une quarte de vin dans ses comptes. Tout le monde au chantier et aux carrières avait donc rempli sa tâche à la satisfaction générale.
Nous trouvons même que le « baillif de Donzi » avait ja pfcpa (depuis longtemps) pris au chantier du Croux seize membreures pour certains ouvrages qu'il faisait faire et qu'il les paya à Jehan des Amognes 56 sols.
Tel est le premier compte de l'année 1394 donné le samedi après Misericordia Doniini (9 mai).
Payé par « mandement de Odenet Gendrat et Jehan de la Forest, commis (architectes), sur les ouvrages de ladite ville, à Jehan des Amognes et à Thévenin, charretier de Monsieur l'Evesque, au total de 10 livres 12 sols 4 deniers. »
Mais les travaux qu'on faisait étaient faciles ; c'étaient les murs de la salle du deuxième étage, où il faut peu de mortier et où la besogne va vite. Jehan des Amognes, pendant quatre journées, fait mener à Thévenin le charretier 69 quartiers, 57 parpins que Julien le Ribaut aide à charger, dont le total arrêté le samedi après l'Ascension de Notre- Seigneur (30 mai), s'élève à 7 livres 8 sols 10 deniers.
Nous voici à la semaine de saint Cyr (16 juin), et Jehan des Amognes envoie de sa carrière 5 membreures, 16 quartiers, que Julyen de la Tartre et le varlet Aubery aident à
charger sur la charrette de Monsieur TEvesque, pendant une journée. Puis deux autres journées pendant lesquelles Thevenîn conduit encore 40 membreures, 10 parpins et 24 quartiers. Cette fois, notre charretier est aidé par Berthelom Fillastre, deux jours, et par Jehan de la Mote une journée.
Ce n'est pas fini de charroyer pour le charretier Thevenin Pendant trois jours, il conduit 21 membreures, 3 parpins, 36 quartiers, que Jehan des Amognes lui a préparés à sa carrière de Saint-Gildard, et cette fois ce n'est pas un manœuvre qui aide à charger, c'est leperreur (carrier) Pierre, une journée, et le cordohannier Martin qui, avec Godart, passent chacun deux journées.
Le compte s'arrête sur cela le samedi après la « feste de Saint-Père et Saint-Pol, apostres » (3 juillet), à 9 livres 12 sols 3 deniers tournois.
Mais voici les travaux interrompus; l'engin qui monte les matériaux n'offre pas toute sécurité. Il est trop bas; il faut donc que le charpentier Régnant de Pressy démonte cet engin, ainsi que Téchafaud, actuellement à hauteur des maçonneries du c portail de Croe. » Il faut « lever ledit eschaffaut, sur quoi il se soutient, d'une toise et demie qui n'estoit pas avant ; lever ledit engin, et mettre sur ledit chaffaut et y mettre neuf quarreaux du sien de 3 toises et demie de long chacun, pour soutenir lesdits eschaffaux et engin. »
Ainsi, réchafaudage sera relevé d'une toise et demie (trois mètres), au-dessus d'où il était; l'engin sera supporté par six poteaux carrés de trois toises et demie (sept mètres) de haut; au-dessus de l'échafaud sera l'engin.
Les allées ou chemins de ronde sur les murs n'étaient pas fermées; le charpentier fera un c huys de boys en lallée de la planche du dit portaul. »
Pendant ce temps, Jehan des Amognes travaille à sa carrière de Saint-Gildard ; il approvisionne le chantier de parpins et de sable amenés par le charretier de Monsieur l'Evesque, savoir : une journée des parpins et l'autre du sable.
Godart le Lymosin l'aide h charger les parpins et reçoit 2 sols. Et 28 parpins suivent, de même provenance.
Il semble qu'on est prêt de commencer quand surgit une nouvelle complication. Le tour qui, jusque-là, avait monté les matériaux, est en mauvais état. Il en faut un neuf; et Régnant de Pressy le fait de son oc merren ; » il fait aussi une <i eschelle de quatre toises (8 mètres) pour monter sur l'eschaffaut. »
Et le compte est donné le samedi « octayve de Saint-Martin d'estel (H juillet) et s'élève à 6 livres 10 sols 3 deniers.
Jusqu'ici, nous n'avions à faire que des maçonneries de pierre de taille employant peu de mortier. Mais voici le c chaucier » Jehannot Jazer qui fournit 14 quarteaux de chaux et Symon Delin 11, à 18 deniers le quarteau.
Le charretier de Monsieur l'Evesque, de son côté, amène toute une journée du sable à 10 sols la journée.
Il charrie ensuite pour d'autres chantiers, et notamment la Chevrerie, pour emmener € ordure, fiens, fenge, paille et autres ordures que l'eaue avoit amené. »
Voilà un tableau peu attrayant du Nevers de 4394. Que devait-il être avant? car il semble que, pour la première fois, la municipalité veuille s'occuper de la salubrité.
Passons et revenons à la porte du Croux.
Jehan Burgueraut fournit 30 claies et 30 longues perches qu'on lui paye 25 sols; elles sont pour les échafauds de la porte du Croux, lesquels étaient attachés avec des rouartes (liens en bois).
Il est facile, de nos jours, de compter les étages et de donner le nombre des traverses qu'on attachait aux perches, car chacune d'elles a encore son trou carré réservé et faisant des points noirs régulièrement distribués dans la construction.
Et à la Saint-Père d'aoust (1" août), le compte se solde par 7 livres 19 sols 7 deniers oboles.
Nous avons dit que le travail était interrompu au chantier du Croux ; en voici une
preuve :
Henriet, le maçon, et Guillaume, le varlet de Jehan des Amognes, sont depuis plusieurs jours à tailler des quartiers pour le conduit de la Chevrerie.
Julien, homme de a braz, » reste une journée entière à c quérir des rouartes pour chaffauder à la porte du Croux . »
Il doit exister d'autres travaux que ceux de la porte du Croux, car le compte de 10 livres 8 sols 2 deniers n'aurait pas sa raison d'être.
Bien que les « chauciers j> Jehan et Hugues Jazet, tous deux cousins, amènent 28 quarteaux de chaux, le travail ne reprend pas encore, le charpentier n'ayant pas fini. Jehan des Amognes taille des quartiers, mais c'est pour le conduit de la Chevrerie que The venin, le charretier épiscopal, lui amène 9 parpins et 3 quartiers à cet endroit ; mais il laisse aussi dans ce même voyage 9 parpins et 6 quartiers à la porte du Croux.
Drouet, le cordier, doit encore ajouter 3 toises de corde au hriquart (banne) qui monte le mortier ainsi que la menue pierre sur la porte du Croux; il doit donner « 4 braces » de corde pour porter le béars (bayars), et il fournit 13 toises de menue corde pour « lier le crochet de la corde de l'engin et pour tenir la corde dudit engin afin qu'elle ne touche pas au mur. » Voilà pourquoi Jehan des Amognes ne peut travailler.
Et ce chapitre, arrêté le vendredi, veille de l'Assomption Notre-Dame (14 août), s'élève à 103 sols 9 deniers.
Nous avons déjà vu arriver de la chaux; elle concorde avec les 17 charrettes d'omaux (c'est-à-dire de moellons) envoyées de Saint-Gildard, à 12 deniers la charretée; plusieurs hommes de bras sont employés à amener les ornaux, les pierres taillées et du sable.
Symon Aubin! fournit une c somme > de bois pour faire patix de clayes (poteaux), c'est-à-dire des cintres de voûtes qu'on monte sur la porte du Croux.
Jehan Amonet est charron (roer), il € apparille i> deux béars pour porter les c grans piarres. » La fille au grand Hugues fournit trois pelles pour < fere le mortier. »
C'est, en effet, la voûte de la salle du premier étage qu'on construit, avec les nervures en pierre et le moellon. D'ailleurs, les murs arrivent bien au-dessous des mâchicoulis.
comme nous le verrons, et ils oCfrent une force suffisante pour résister à la charge de la voûte.
Au surplus, tant que les cintres resteront posés au-dessous, aucune poussée ne peut s'exercer sur les parois des murs. Et puis, la construction est une voûte d'arête, dont la résistance est butée par les contreforts des angles, qui la reçoivent en entier sans fatiguer aucune des faces latérales.
Je disais que, malgré cela, Jehan des Amognes avait monté ses murs jusque sous les mâchicoulis, car le voici occupé lui-même deux journées avec des hommes de bras qui portaient les corbeaux « pour les aider et monstrer qu'ils dévoient fere par ordonnance (ordre de l'architecte) et il est payé 5 sols tournois. >
Et le samedi après Notre-Dame, my-aoust (22 août), le compte est arrêté à la somme de 75 sols 9 deniers.
Une véritable quantité d'ornaulx (moellons) abondent la semaine de la décollation de saint Jean-Baptiste, fournis par Jehan des Amognes : 18 charrettes avec 3 parpins et 81 quartiers ; puis 23 autres charrettes d'ornaux.
Que fait-on ? On dirait qu'il s'agit de raccorder certaines maçonneries aux murs de ville.
C'est à ce moment que les comptes nous apprennent un accident arrivé au charretier de Monsieur l'Evesque : « Il se cassa le pié, disent-ils, et pour ce reçoit 20 deniers I »
Vingt deniers I vous entendez, pas une obole de plus ! Ou bien les médecins et les médicaments étaient gratuits, ou bien la générosité et l'humanité n'étaient qu'un mythe à cette date, car la vie matérielle devait aussi compter pour quelque chose.
Il semble que Monsieur l'Evesque s'en soit aperçu, puisque nous voyons disparaître la voiture des charrois.
Mais pour un moine l'abbaye ne peut chômer, et si Monsieur l'Evesque retire sa charrette, la ville en a une à elle. Elle est petite et en mauvais état, mais qu'à cela ne tienne : vers Saint-Sauveur il y a un charron (un rouer), on lui fera faire le « charretif,» c'est-à-dire le châssis avec ses brancards et « l'esseaul » (l'essieu), lequel, comme les chars anciens, est de bois. Moyennant cette réparation, je veux dire cette charrette presque neuve, on portera les « grosses piarres. i
La dépense n'en sera cependant pas excessive : Jehan le rouer se contente de 4 sols 2 deniers.
Le tonnelier Guyllot fait « deux tynes neufves » pour l'ouvrage de la porte du Croux ; c'est qu'avec l'arrivée des moellons et leur emploi devait coïncider celui des mortiers. Il fallait éteindre de la chaux en quantité; voilà pourquoi les « tynes neufves d sont utiles.
Mais on ne délaisse pas les maçonneries de la porte du Croux; on s'occupe activement des mâchicoulis. *
Voici Perrin de Jouy, Pierre le perreur (carrier), Richier Linot et Hugues fils au Rousseaul, qui mènent de la Loire pendant une journée « les grans corbeaux pour l'encorbellement de ladite porte, » et Jehan des Amognes « qui gouverne les hommes. »
étaient remisées « quatre milliers d'assil viez; t^ ces tuiles en bois provenaient de Teschiffe, c'est-à-dire de la guette de Saint-Martin que le vent abattit. Il ne fallait pas laisser pleuvoir sur la voûte ; il fallait la protéger : telle est la raison pour laquelle on la recouvre provisoirement avec de Tassil.
Retenons aussi qu'une tempête avait abattu la guette de ville, et que la porte de la Barre, comme les autres, loin de servir de défense, servait simplement de magasin pour la ville.
Jehan des Amognes approvisionne le chantier de 104 parpins, 12 quartiers, que l'on amène de sa carrière de Saint-Gildard, et le compte est arrêté le samedi après la Sainte- Croix de septembre, à la somme de 12 livres 4 deniers oboles.
Le charretier continue les transports et fait son chargement tout seul, semble-t-il ; c'est ainsi qu'il amène 210 quartiers.
Guyllot le tonnelier fait une « tyne » neuve. Mais tout ce travail n'a pu se faire sans que le matériel et les engins s'usent. Régnant de Pressy en visite et consolide les mortaises et les tenons ; il fait muer (fonctionner) et remplace la poulie qui est en mauvais état et ^isite les mortaises.
Il aurait peut-être fallu que l'on profitât de cette circonstance pour réparer plus complètement. On ne le fit pas, et a des grans piarres :» sur lesquelles Jehan des Amognes a retenu 6 quartiers pour lui, sont apportées du bout du pont de Nièvre pour le travail de la porte du Croux.
Puis le compte est arrêté le samedi après la Saint-Marc, apostre, à 7 livres 5 sols 6 deniers tournois.
Décidément, Regnault de Pressy, qui était, d'après les comptes, à la fois charpentier et sur\'eillant des travaux de la ville, n'a pu empêcher l'engin de la porte du Croux de casser. Ce n'est pas lui qui le répare, c'est son collègue Regnault Court, maître c des ouvraiges » des travaux municipaux qui en est chargé comme charpentier.
Les grandes pierres d'encorbellement, c'est-à-dire les consoles, qui sont en plusieurs assises, étaient déjà toutes en place. On en était aux pierres en « arceaux d'ogives, » celles recevant le mur des mâchicoulis sur le bout des consoles. On les apporte des bords de la Loire toute une journée. Il ne fallait pas écorner ces tailles finies avant la pose. C'était trop déjà de l'engin qui, en cassant, avait détérioré des consoles déjà placées, comme nous le verrons.
Un énoncé des comptes nous amène à dire quels étaient les moyens de montage des matériaux à la porte du Croux; voici la phrase : c Pour appariller l'engin qui estoit rompu et les avoir fait tout neuf, excepté le ratteaul, le tour et le tourneaul, y>
Qu'on suppose la porte du Croux non achevée et montée seulement au-dessus des grandes consoles du mâchicoulis ; sur cette plateforme une potence en T et sur l'un des côtés débordant le mur de face une empolie (poulie); cette traverse horizontale soulagée par deux liens, et sur la poulie roule le câble montant les matériaux d'un bout pendant que de l'autre il s'enroule sur un grand tambour (un tour), c'est-à-dire une large roue en
bois. Cette roue avec déclic de sûreté, est actionnée par un long levier en bois, et sur l'arc que décrit le bout opposé au tambour se trouve une échelle de perroquet courbe, qu'on appelle le rateavUy à cause de sa ressemblance avec le râteau de bois, dont se servent les moissonneurs. Un homme monté sur l'extrémité du levier se tient des mains à ce râteau ; en appuyant ou en retenant son poids, il imprime une force considérable au tambour enroulant la corde et faisant monter les matériaux. C'était une espèce de chèvre de charpentier très puissante.
Le c toumeaul » peut se prendre de deux manières : ou bien les poids étaient de peu d'importance, et alors une simple manivelle adaptée au tambour le faisait mouvoir, ou bien les poids étaient considérables, et alors le toumeaul était un treuil vertical avec barres horizontales sur lesquelles les ouvriers poussaient ; ce treuil était placé à quelque distance du grand tambour sur lequel le câble faisait deux tours avant d'élever les matériaux. Il se combinait alors avec le grand levier dont l'action était décuplée par le râteau sur lequel l'homme faisait efTort.
n était donc facile d'élever des poids énormes sans machine à vapeur.
Ce n'était pas les seuls moyens employés, car d'autres fois la construction portait l'indication d'un chemin de hâiage, d'un plan incliné, qui s'élevait en spirale jusqu'aux plus grandes hauteurs.
Nous pouvons poursuivre maintenant Texamen des comptes de la ville.
Nous voici aux vendanges. La porte du Croux est l'unique sortie du côté des Montapins; les matériaux encombrent la rue et la récolte n'attend pas. Les QuatrCy c'est-à-dire les quatre échevins, ordonnent de ranger les pierres, d'ouvrir un chemin praticable facilitant le passage. C'est Richard qui est chargé de ce soin et aussi de s'enquérir d' c un faiz de rouartes » pour lier les échafauds.
D'autre part, Jehan Hervier, charpentier et tonnelier tout à la fois, reçoit c 7 sols pour ^ 3 haiz de sept piez de long deux doigts dappés (d'épais) pour faire luys (l'huis) de la planche de la porte du Croe qu'il porte de sa tonnellerie en place. »
Et le compte est arrêté après la Saint-Denis et s'élève à 6 livres 7 sols et 8 deniers.
Mais des quartiers taillés et du sable sont amenés de la Loire par Jehan Perrot et son fils, deux jours durant. Jehan des Amognes répare les dégâts que l'engin en se cassant a faits à son chantier, il entreprend notamment la réfection d'un c corbeaul qui estoit despécié quant l'engin chut » et « despèce (défait) le mur où ledit corbeaul estoit assis. »
Le serrurier Montferrant pose « la sereure à clef de luys de la porte que Jehan Hervier vient de faire ; il pose aussi les correils (verroux), comme il fait d'ailleurs aux portes des Ardilliers et de la Barre.
La porte du Croux peut déjà être fermée dès ce moment, c'est-à-dire le samedy après la Saint-Luc, évangéliste, date de l'arrêté du compte s'élevant à 130 sols 2 deniers.
Mais quel accord est-il intervenu? Voici le charretier de Monsieur l'Evesque guéri, avant l'hiver, et reprenant son service de charroi ; il amène, pendant six jours, de Saint- Gildard, 102 parpins envoyés par Jehan des Amognes, plus 16 quartiers. Cette reprise est cause la fin des services de ce charretier : il n'en est plus question dans les comptes.
n semble que tout le chantier active le travail et que les premières gelées soient la de cette activité.
Guillaume Vallot, Jehan des Amognes lui-même, Hugues Serorge et Borbonat, tous
maçons, passent chacun deux journées pour faire du mortier, tandis que Chastigner y passe un jour. Et avec ce mortier on protège la maçonnerie de la « jalée. » Nous savons que ce mortier était monté par la poulie avec un poy (contre-poids) fait par d'autre mortier qui estoit fait de pieça (ancienaement) sur la tour de la porte. »
Mais d'autres maçons, Varlet, Hugues et Jehan Grappelin montent, eux aussi € 8 quartiers sur une eschiflfe (hourd ou échauguette) couvert d'assil (tuile en bois) au coing de ladite porte en allant vers Saint-Laurent affln que les grans vens ne l'abbatissent. »
Tel est le contenu du compte arrêté le samedy avant la Saint-Andry (Saint-André), l'an 1394, s'élevant à il livres 5 sols 3 deniers.
Les travaux de maçonnerie semblent s'avancer. D'ailleurs, pendant l'hiver, Guillaume Ogier, charpentier, taille à façon les charpentes de la porte, et la ville lui donne un acompte de 45 livres, et cette dernière dépense termine les comptes annuels, le mercredi après Quasimodo l'an 1395.
Da ler mai iSgS à i^çfi HuGUENiN Gendrat DE Varie, rcccvcur.
On a déjà dû remarquer que l'année des comptes n'est pas celle du calendrier.
Si les travaux sont interrompus par les gelées, ils sont repris aussitôt que possible. On voit Jehan des Amognes préparer des pierres à sa carrière de Saint-Gildard ; le charretier de Notre-Dame amener 124 quartiers et 30 parpins, la fm probablement des mâchicoulis de la porte du Croux.
On amène des claies pour les échafauds ; Durand Le Quant on amène 49 ; Jehan Moreaul, 28 ; Jehan Louer, 16. Tout le monde semble content et les échevins les premiers, car voici portée aux comptes de la ville « une quarte de vin. >
C'est ce qui fait le compte donné le samedi veille de Penthecouste 1395, s'élevant à 8 livres 19 sols 8 deniers.
Maintenant, il faut du mortier, et voici Jehan Perrot qui, avec sa jument, amène du sable, et Robert Mangouneaul apporte 23 quarteaux de chaux.
Mais s'il faut des claies, il faut aussi élever les échafauds et 43 « grans perches )> avec « deux faiz de réveilles » pour lier les échafaudages ; elles ont été achetées « à Saint- Oin. >
Elles ne sont pourtant pas charroyées de ce point; c'est Hugues Flament qui les amène du « rivaige de Loyre, 7> où Joly le Portacol aide à les charger. Elles sont donc venues par eau et par flottage ?
Voici Jehan Lescuier amenant 9 quarteaux de chaux ; Jehan Perreau^ trois journées de sable avec sajument, et Jehan des Amognes fait charroyer de sa carrière, par Huguenin Flament, 14 charretées « d'ornaulx » (moellons) et 80 quartiers, pendant quatre jours; ^es manœuvres aidant aux chargements s'appellent Guillon et Dabelin. En même temps trois hommes apportent de la pierre des bords de la Loire.
S'il y a des moellons, il faut quantité de mortier et des outils pour le faire, a L'esculer Estienne Maulgami fournit « deux pales et deux grans escuelles de boys pour fere le mortier. »
C'est ce que contient le compte, arrêté le samedi Saint-Mathe (saint Mathieu), apostre, s'élevant à 6 livres 5 deniers tournois obole.
Nous Tavons dit, ces grosses maçonneries ne sont plus pour l'élégante porte, mai g pour de gros murs, car voici encore 14 charretées d'ornaulx (moellons).
Le maçon semble avoir terminé son travail ; plus rien ne paraît pour lui dans cette année.
Le charpentier, au contraire, travaille. Fait-il la charpente de la porte seulement? Elle ne mesure même pas 100 mètres; pourtant, nous le verrons, la couverture totale mesurera 400 mètres superficiels.
Malgré tout| nous remarquerons que son travail est bien long à confectionner. Et pourtant, loin de voir des réclamations, l'année 1395 finit ses comptes par un deuxième payement de 15 livres à Guillaume Ogier, charpentier, du 7 avril 1396 « en déduction de ce qu'il puet estre deu à cause de la charppenterie qu'il doit fera sur le portai du Croe. »
Ainsi rien n'était fini : il doit faire, disent les comptes. On pourrait aller plus loin et dire que rien n'était couvert, puisque sur le compte donné le samedi après la Saint- Andry (saint André), c'est-à-dire avant le dernier acompte de 15 livres au charpentier, on achète une certaine quantité de troubles pris ja pièça (depuis longtemps) à Perrin, vigneron, pour couvrir la muraille du portai de Croe qu'on lui solde 4 sols.
Pourtant, nous préférons croire qu'il s'agit des remparts dont la maçonnerie nouvelle vient d'être soulignée dans ce qui précède.
ler mai iSgO à 1897 Jehan Maignien, receveur.
L'année 1396 commence fort bien et fort gaîment :
<i A Jehan Tixer, hostelier, pour un souper fait chez lui par les Quatre (échevins), le chastellain et les commis (architectes), sur le fait des ouvraiges, Jehan des Amognes, maçon, et autres, après que l'on ot toisé la maçonnerie faite par le dit Jehan des Amognes au portai dé Croe et aussi pour la journée de Thevenin de Pruilly, maçon, qui aida à toiser^ comme appert par mandement des dits eschevins.
« Donné le 15® jour de juillet oudit an 1396 et quittancé du dit Jehan le 7^ jour d'aoust 37 sols 6 deniers tournois. ]>
Ainsi, on vérifie les ouvrages de Jehan des Amognes et autres, le soir, et on soupe ensemble aux frais de la Ville. Si on demande l'aide d'un maçon^ il ne sera pas du souper (Jehan de Pouilly).
Pour Jehan des Amognes, il doit être satisfait du souper qui va lui faire toucher le solde de son travail et de ses avances, car nous sommes le 15 juillet de l'année et nous verrons que cette année a été bien peu productive.
Au reste, le maçon n'est pas le seul à qui on doit payer le travail : si le 29 octobre on lui compte li\Tes tournois, on paye, le 25 novembre, à lui et plusieurs autres, « lesquels ont ouvré au portai de Croe, 6 livres 10 sols 3 deniers. »
Puis on paye encore à Jehan des Amognes, sur sa tâche de la porte du Croe, 186 livres 18 sols 11 deniers tournois, mais ce n'est pas un solde ; son règlement « est demoré en suspens de 91 livres tournois. :»
Pourtant on lui a payé pour <i certaines justes causes escriptes au mandement des eschevins et aussi par devers Odenet de Vavie, commis (architecte), daté du vendredy après la feste Saint-Clément 1396. »
Si le règlement ne va pas tout seul avec le maçon, il n'en est pas de même avec le charpentier Guillaume Ogier qui, le 11 mars 1397, quittance pour lui 50 livres tournois € pour le reste de sa charpenterie. i^
C'est ainsi que finissent les comptes de cette année 1396, si bien commencée.
icr mai 1397- 1898 Jehan Maignien, receveur.
C'est l'année des couvertures que cette année 1397, et on les commence à la Toussaint. C'est à croire que la caisse municipale n'avait pas des revenus bien solides.
Régnant Lenviron vend pour son compte « 5,600 de tuille 9 sols 6 deniers tournois, un millier et demi de late 2 sols 6 deniers tournois le samedi avant la Toussaint. »
Jehan Pautrer « ung millier et demi de late renforcée et 600 de late commune et un demi cent de jables alias chamlaz (chanlatte) pour les tournelles » (tourelles, échauguettes en pierre de la porte), le jeudi après la Toussaint.
Pierre Limozin conduit de la Loire à la porte c un millier et demi de tuille, i> puis il passe une journée avec sa jument qui charroie du sable c le lundi et mardi avant la Saint- Martin. »
Les abords de la porte du Croux n'étaient pas déblayés jusque-là, et le chantier se ressentait du désarroi des finances et de l'indécision des eschevins. On se décide le mercredi après la Saint-Martin d'hiver à enlever « des quartiers de piarre qui estoient de demourance à la porte du Croe et furent menés au pont de Nyèvre. »
Il n'y a ici que le nom du manœuvre Michel le Guiton, qui aida à charger la charrette et reçut 2 sols 6 deniers tournois. Le travail aurait été fait, peut-être, par la charrette de ville.
Sur ce môme compte. Régnant de Lenviron reçoit 20 deniers tournois pour « avoir mené du rivaige à la porte du Croe 600 de late et 300 de corneliers. » C'est la suite des travaux de couverture.
Le lendemain de la Conversion de Saint-Pol, nous trouvons une mention que nous reproduisons :
c A plusieurs maçons qui leur estoit dehu de piéça (depuis longtemps) pour avoir monté sur l'eschaffaut de Croe 10 corbeaux de piarre, les sceller et maçonner pour soutenir et porter les sablères (sablières) qui portent les penties (les pentes des toits, c'està-dire la couverture), 18 sols 9 deniers tournois. »
Depuis un an, le charpentier était largement payé de sa charpente. Espérons que les corbeaux portant les sablières étaient compris dans son compte, car les sablières sont les traverses horizontales sur lesquelles repose toute la charpente.
Si ce n'était ainsi, nous aurions ici une preuve des actes de partialité dont les
municipalités ne savent pas toujours s'affranchir, au détriment de leur honneur et de leur renommée.
Régnant Chançon « tiellier, t> en plusieurs fois, approvisionne la porte du Croux < de 9 milliers et 900 de tuiles, à 40 sols tournois le millier garni de festières, » et reçoit 19 livres 16 sols tournois.
Il a aussi, avec ce qui précède au compte, donné le lundi avant la c feste de la chayère Saint-Père (chaire de Saint-Pierre) 300 et demi de corneliers pour 21 sols tournois.
Enfin les comptes de l'année sont clos par Pierre le Limozin qui mène du « rivaige » à la porte 2,700 de tuile (compte donné le samedi après la Saint- Anthoine).
En résumé, on a fourni cette année 19,700 tuiles et 2 milliers 100 de lattes, un demicent de chanlattes, ce qui donne une surface importante de couverture. Plus qu'il n'en fallait, à 33 tuiles par mètre, pour le pavillon & quatre pans de la porte du Croux.
i«r mai iSgS-iSgg
Jehan Maignien, receveur.
Aux yeux des échevins, la ville a été trompée par Jehan des Amognes ; elle a plusieurs « doubtes I » Voilà pourquoi il n'a pas encore été soldé de ses travaux. Est-ce bien cela? Je ne saurais l'assurer, en voyant la facilité avec laquelle on a payé le charpentier. Je pense plutôt que Jehan des Amognes n'avait pas l'heur de plaire à Messieurs les architectes et échevins et qu'on lui faisait payer durement ce dissentiment.
Les passions humaines n'ont que trop souvent occasion de se produire, et il ne faudrait peut-être pas chercher à une époque si reculée pour se trouver en présence d'un pareil résultat.
Quoi d'étonnant qu'elles aient animé les échevins de 1398 ou les architectes ?
Mais reprenons le texte :
« A Jehan des Amognes, maçon, pour avoir fait marché à lui sur ce qu'il a fait et parfait de maçonnerie la tour de la porte du Croe en et par la manière que marchende en fu a lui par ceulx de la ville. Et pour ce que au toyser la dicte maçonnerie, la ville fit plusieurs doubtes de lui comptre plusieurs choses qu'il demandoit, il fut ordonné que la somme iiii xx et xi (91) livres demouroit en suspens jusques ad ce qu'il en fust ordené de par gens ad ce cognoissans et expers, par laquelle chose les quatre eschevins et Odenet de Varie esleu commis (architecte) sur les ouvraiges de la dite ville appelé avec euU, plusieurs personnes notables se transportèrent sur le lieu. Et pour ester toutes doubtes que la ville y povoit faire, ils traitèrent et accordèrent avecques le dit maçon qu'il demourroit quicte d'icelles doubtes et d'icelle somme de 91 livres, il aurait et lui payeroit ladite ville la somme de 55 livres tournois. Et pour ce à lui paie, si comme il appert par mandement desdiz quatre eschevins et commis (architecte).
« Donné le samedi après la Saint-Barnabe apostre l'an 1398 et quictance donnée de lui escripte audit mandement pour ce 55 livres. »
Cet exposé indique complètement la marche suivie à l'égard de Jehan des Amognes. L'architecte Odenet de Varie avec les quatre échevins réunissent des personnes choisies
et font comparaître le maçon devant cette commission. On ne vérifie pas sur place : on le raisonne; il se défend, mais finit par consentir à diminuer ses prétentions de 36 livres ; le chiffre indique bien la discussion. Moyennant cette diminution, tous les travaux sont parfaits ; il n'y a plus de tromperie ni de « doubles » si nombreux I...
Notre avis est, qu'en effet, Jehan des Amognes a été un bon et honnête entrepreneur — personne n'en doute aujourd'hui que son travail a résisté aux intempéries près de cinq siècles.
La renommée est ainsi faite, elle ne s'affirme que plus tard. Mais rien ne modifiera les passions I... et en faisant bien il faut voir plus haut et plus loin que le présent.
André Darveaul de Sermoise fournit « 30 grans perches et 7 fayz de liens pour chaffauder le porteaul de Croe pour plomber, i> ce qu'on lui paye, le samedi après la Feste-Dieu, 5 sols 6 deniers.
Guillaume Buisson a un forfait de a 30 sols pour chaffauder \cs pommeaulx (poinçons) du toit. » On s'aperçoit qu'il y a exagération, et par le compte donné le samedi «après la Saint-Martin d'estel, d on le ramène en déduction à 25 sols qu'il reçoit.
Et puis le mardi de la Magdeleine on lui paye 3 sols 6 deniers « de reste qu'il lui est dehu pour chaffauder ledit chaffaut. »
Le vendredi « après Assumpcion Notre-Dame, on paye 7 sols 6 deniers à Montferrant serrehuricr (un vrai nom de serrurier), pour 3 bosceaux de fer dont ja pièça (jadis) furent liés trois pommeaulx du chaffaut de Croe » (liens en fer tenant les poinçons).
Le pointre (peintre) Jehanin reçoit « 16 livres tournois qui lui estoient dehues pour peindre à l'huile et à vernis plusieurs fois (plusieurs couches) et puis couvrir de feuilles d'estaing les huit pommeaulx des susdis, à lui paie par marché fait a lui en tasche. Jeudi après les Brandons, donné 6 livres. »
Les pointes des poinçons étaient donc recouvertes d'étain sur des couches de vernis ayant l'aspect d'argenture?
Guillaume Courtin pose huit bannières sur les huit pommeaulx et reçoit 10 sols pour la pose. Est-ce que ce sont des girouettes armoriées ? Peut-être.
Voilà une suite d'ouvriers se succédant avant l'achèvement do la couverture, car il faudra raccorder derrière eux.
Et Thomas de Garigny (Guérigny) amène pour cela « 3 quarteaux de chaul » payée le mardi après Oculi mei^ 6 sols 8 deniers.
Limozin, pendant deux journées avec sa jument c admene )) de la tieule de la porte de la Barre à la porte du Croe pour couvrir le portaul » et reçoit le samedi après Letare Jherusalemy 5 sols 10 deniers.
Martinet Limozin passe à ce môme travail avec sa jument cinq journées « pour la tielc prise à la porte de la Barre. :»
Thomas de Garigny a encore « 4 quarlaulx de chaul. »
Puis de la porte de Nièvre on apporte à celle du Croux 217 corneliers 9 sommes de chaul prise es haies (allées, chemin de ronde) ; du sablon du pont de Loire à la porte du Croux, complétant les approvisionnements pour la somme totale de 14 sols 7 deniers.
Nous venons ici d'apprendre un détail très curieux : les portes de ville avaient si peu
servi jusque-là que, dépourvues d'appareils guerriers ou de défenses comme les chemins de ronde, elles servaient d'entrepôt pour la ville.
Car Pierre le Limozin reçoit 10 deniers « pour avaler (descendre^ et appourter de la tieule de dessus les murs de la Barre auprès des degrez pour la mener à Croe. »
Un homme des Amognes passe une journée à « dévaler et appourter de ladicte tiele par la manière que cy-dessus est escripte et reçoit 15 deniers. »
Mais les réserves sont épuisées et il faut encore de la tuile pour couvrir. Le mercredi après Jtidica me, Martinet le Limouzin reçoit 5 sols pour « deux milliers de tiele au dit portaul de Croe. 3>
Le chautier Jehan Le Fouet vend encore 5 quarlaux de chaux qu'il « mène au portaul de Croe » pour couvrir, et puis deux autres quartaux viennent a de la Loige de Saint- Cire, » d'où une dépense payée le samedi après Letare Jherusalem^ de 11 sols 8 deniers.
Le mardi après Judica me, pour 100 sols a Jehannot Suriat amène deux milliers de tiele admenez de Maleux pour eschever de covrir le chafïaut de Croe. »
Voilà, certes, un déluge de tuiles pour une bien petite surface, d'où l'on peut voir que, sous le nom de porte du Croux, sont désignés tous les toits des hourds qui forment la défense de ses murs.
Quelque prévenu qu'on soit contre ceux qui administrent la ville, on ne peut admettre un pareil débordement de comptes et de dépenses simulés, d'autant que nous allons continuer encore les dépenses et fournitures de couverture.
Le charpentier Jehan Hervier fournit « 42 toises de jables et cent coaxix (coyaux) pour chafïaut de Croe, à 8 deniers tournois la toise de jables et 6 deniers le couaul, » ci 78 sols.
Le cordier Drouet pour 6 toises de corde reçoit 2 sols 6 deniers; elles sont destinées pour mettre des pierres sur les eschifTes (hourds, balcons en saillie) pour estre plus fermes contre le vent qui les fait croler (crouler).
Voici encore des tuiles que Pierre Limozin apporte pendant une journée avec sa jument soit « denji millier de tiele prise chez Michel Charbonnier, pour le chaffaut de la porte de Croe, 2 sols 8 deniers. »
Les deux couvreurs qui ont fait ces couvertures à façon « Jehan Blondelet et Garant, rccovreurs, pour later et covrir de tiele le chaffaut et les tornelles de Croe, » reçoivent 20 livres dans le compte donné le samedi benoist (le samedi saint).
« Esdiz recovreurs pour 10 sols qui leur estoient dehus par accort fait a eulx de mettre ins et appourter a terre 216 corneliers qui estoient de demorant sur le chaffaut de Nyèvre pour les mener au portaul de Croe, d'une eschiffe qui avoit esté abatue vers la porte de la Barre, abattre 8 chaffaux qui avoient esté faiz audit poitaul de Croe pour plomber les pommeaulx et mettre les bannières. A eulx paie pour cause de 6 sols 6 deniers que le dit receveur leur a rabattus pour un millier et demi de clo qu'ils prirent Tannée passée pour ledit portaul et puis ne se peurent mettre en besoigne pour cause du temps. Donné le samedi benoist 2 sols 6 deniers, i»
Nous voyons encore qu'il n'y avait pas que les portes de Loire et de la Barre qui servissent de magasins ; celle du pont de Nièvre en servait aussi et n'avait pas plus son allure défensive que les précédentes.
Notons aussi que des eschifies (hourds) ont été démolis près la porte de la Earre. Ces renseignements nous seront utiles à mesure que nous suivrons ces comptes.
« A Girart le mesureur, pour deux cent et demi de late pour eschever de covrir le chaffaut de Croe, 8 sols 4 deniers. » Puis Guillaume Flament, après avoir conduit des pierres « pour charger plusieurs eschifies sur les murs en la chevrerie et vers Saint- Truys (Saint-Trohé, côté de la Nièvre), » amène du sable.
Reton Valetc est épicier, mais, à Toccasion, il vend du plomb et il en donne « pour 105 livres en platine pour mettre entre les pommeaulx et la couverture du porlaul et des tornelles du chafi*aut de Croe, à 6 deniers la livre, soit 61 sols 3 deniers. »
Cela précise bien le faîtage de la porte entre les poinçons qui est en plomb, comme les pointes des tourelles de cette porte qui sont en plomb.
Les couvreurs, avons-nous dit, travaillent à façon et en voici de nouveau la preuve :
« Pour 15 milliers et demi de clo à late de 4 lignes, un millier et demi de 4 doys pris chez ledit receveur par la main de Jehan Blondelet et Garant, recovreurs pour later, contrelater et covrir le chafTaut et les tornelles du porlaul de Croe, à 5 sols le millier de 4 lignes et 10 gros le millier de 4 doys. Donné le samedi après Vasques charnelz Tan 139Î), 102 sols 11 deniers. »
On achète encore à la femme Guillaume iieaul Perreaul « pour 10 toises et demi de festieres de tiele prises chez elle tant pour afcster le chaflaut de Croe comme aucunes eschiffes. Donné le mardi après la Chandeleur^ Tan 1390, coût 17 sols 6 déniera. »
C'est sur cette dernière mention que les comptes de Tannée se ferment, mais elle est très importante et confirme ce que nous avons dit jusqu'ici.
La porte du Croux n'était pas seule couverte : il y avait en entier le système des remparts sous cette dénomination de « porte de Croe. » Le compte dit : afester le chaffaut de Croe comme aucunes (d'autres) eschiffes. »
Cela nous indique combien il faut suivre avec soin ces comptes pour retrouver, sous des désignations incomplètes, leur réelle signification.
i^f mai 1 399-1400
J EU AN Maignien, rcccvcur.
L'année n'est pas fertile en travaux à la porte du Croux ; on sent que le travail, s'il a traîné en longueur, arrive h sa fin et que les échevins commencent à s'en lasser. Aussi n'avons-nous que l'article suivant :
« Le samedi benoist 1399, à Michel Charbonnier, pour VI. C. et demi de tieule (650), achetées de lui pour eschever de covrir le chafiaut de Croe : à 45 sols le millier valent 29 sols 3 deniers tournois et pour quatre quartaulx de chaul prise es haies (chemin de ronde) pour covrir ledit chafl'aut, soit 34 sols 3 deniers. »
Avec ce compte se termine la suite ininterrompue des registres communaux.
Etienne de Corbkîny, receveur.
Quelques journées de maçon font seules le contenu de cette année de travaux profitant à la porte du Croux.
Jehan des Amognes reparaît avec le nouveau receveur, et il passe deux journées de lui et deux de son valet Denys le Breton pour maçonner les deux « costières de la tour de la porte de Croe, qui estoient deraourées à maçonner, dès que ladite tour fut faite. » Ce travail fut fait les mercredi et jeudi après la Notre-Dame l'an 1405 et payé 13 sols 4 deniers tournois.
ifif mai i4i4'i4i<'> Perrln Giron, receveur.
Des lacunes importantes dans les comptes de la ville existent encore et nous sommes obligé d'arriver à l'année 1414 ; nous y trouvons la porte toujours inachevée, car on paye à « Jehan Bourgoing, tonnelier, la somme de 4 livres 5 sols tournois pour avoir fait une grant sarre de boys de 7 piez de long, 3 piez de large et deux doys despez (barrée de quatre barres) laquelle a esté mise au chaffaut de la porte de Croe.
c liem pour 2 grans fenestres de 5 piez de long et deux et demi de large.
« Item pour 3 fenestres de 4 piez de long et 2 piez et demi de large.
« Item 2 fenestres de 3 piez de long ou environ et 2 piez et demi de large ; lesquelles fenestres il a mises au chaiîault de Croe. »
Voilà bien toutes les ouvertures de notre monument ; ces croisées sont ferrées par le « serrerier » demeurant à Nevers, Jehan de la Ruelle qui « en ferre » aussi pour la porte Saint-Didier, soit les « ferreures de 10 fenestres à G sols 3 deniers chacune. »
Il place encore « trois liens de fermis et assis à la porte de Croe » pour 10 sols tournois.
Le 12 décembre on paye à Reculon 78 charrettes d'ornaulx (moellons), 268 quartiers et tables amenés du 10 septembre au 12 décembre. C*cst une fourniture importante, et de fait c'est aussi un nouveau travail qui commence : le coleys (couloir) à droite en sortant; les comptes portent « le coleys illec (là) naguère fait. »
La .dépense est de 9 livres 3 sols 8 deniers tournois. Cette pierre est apportée par le charretier de Notre-Dame.
Le 22 décembre on paye à Lormoy, charpentier, le pont-levis à neuf de Croe en même temps que celui de la Barre, soit 4 livres 5 sols tournois. Et un long mémoire du 8 février 1415 donne les ferrements de ce pont-levis et de celui de la Barre exécutés par Jehan de la Ruelle, qu'on lui paye 29 livres 9 sols tournois.
Ne pourrait-on encore comparer cette dépense à celle du maçon ? L'avantage serait pour ce dernier, certainement.
ipr décembre 1417 à i4i8
Perrin Garin, rccTveur général de la ville de Nevers.
Encore une lacune de quelques années et une nouvelle date qui commence Tannée des travaux. Nous avons vu que la porte du Croux est achevée et que le couloir est fait pendant Tannée 1414-1415 ; cette fois, il s'agit de la basse cour, c'est-à-dire de Tavantporte et du c parquet de la porte de Croe, » commencé Tannée précédente.
Le maître maçon Jehan des Amognes disparaît et nous retrouvons d'abord Jacquet Rançon, que la ville emploie déjà à ses importants travaux de reconstruction des remparts, concurremment avec Pierre de Nevers. Jacquet Rançon fait « pour 7 livres tournois
14 journées de sa charrete à 3 chevaulx, depuis la sepmaîne après la Saint-Luc jusqu'à la Saint-Andrier (Saint-André), pour charroyer des piarres. »
Le carrier-maçon Jehan Borbonat, pour 22 livres 2 sols 6 deniers, envoie « 240 charretées d'ornaulx, 434 quartiers, 51 membreures et 11 grans piarres à 5 sols pièce ; » tel est le compte donné le 11 janvier 1417.
Simon Delin délivre 18 quartaux de chaux et on les lui paye 22 sols 6 deniers tournois le 12 juin 1418.
A deux natonniers (bateliers), les frères Michel et Jehan Beaul, pour 2 journées 1/2 de leur santine (bateau) pour puiser du sable en Loire mise au rivage à 15 blans Tune, vaut 15 sols 7 deniers oboles tournois.
Martin LeufTe, manœuvre, les aide, et Andrer Majault passe trois journées à <r ovrir j> les fondations ; c'est le compte du 14 juin 1418.
Celui du 18 donne 58 quartaux de chaul vendus par Jehan Maugonneaul, Symon Delin et Jehan Jazer pour la somme de 72 sols 6 deniers tournois. Les fondations se creusent à « côté du pont leveiz » et sont payées 12 sols G deniers tournois.
Le compte du 18 juin nous approvisionne encore de « 63 charretées d'ornaulK (moellons), de 4 grandes piarres appelées « blcz » que Guillaume de Reculon envoie de sa carrière et pour lesquels on le paye 38 sols 2 deniers tournois.
La maçonnerie de moellons continue avec entrain, puisque le 24 juin l'approvisionnement de chaux est fait à nouveau « par 69 quartaulx » provenant de Symon Quinaudat, Jehan Galais, Jehan Maulcorant et Jeh^n Maugoneaul, au prix total de 4 livres G sols 3 deniers tournois.
Le 27 juin, on continue les fouilles à côté du pont-levis et des fossés à l'ouvrage de la basse cour et on paye 20 sols 10 deniers tournois.
Le 29 juin, une nouvelle provision de chaux de 46 quartaux est fournie par Guiot la Sergière, Jehan Maugoneaul et Jehan Galais, soit 57 sols 6 deniers tournois, et pour 27 sols 6 deniers tournois, 22 quartaux à Symon Delin.
Dans la semaine de Saint-Cyr, Alexandre Bouchardat et Jehan Perrot, le premier a sept journées et l'autre six de leurs charrettes à trois chevaux et charroient de la pierre ot du sable à 10 sols par jour, soit un total de 6 livres 10 sols tournois.
La santine (bateau) de Guillaume Lardeaul puise du sable en Loire pendant la même semaine, et Estienne Mige, manœuvre, continue deux jours et demi les fondations en dessous du pont-levis, à 5 blans par jour, soit un total ^e58 livres 3 sols 2 deniers tournois employés à ce travail de l'avant-porte ou basse cour.
C'est avec cette activité que l'année 1418 termine ses comptes et que Ton voit commencer et presque achever les constructions, car l'avant-porte est à toute hauteur.
/Je novembre i4i8 r/ i4h) Jehan Decolons, receveur.
Il est tellement évident que l'avant-porte est terminée que le compte de cette année commence ainsi :
« A Pierre le maçon^ sur son pris fait du parquet de Croe — 22 janvier, lOO sols tournois. i>
Un maçon ne peut taire qu'un parquet en pierre : un carreaudage, celui do la terrasse de cette porte, sol sur lequel étaient les défenseurs cachés par les merlons.
Et puis ce maçon fournit des tables de pierre, non seulement pour la a petite loige qui était a Loire^ » mais aussi pour le *c mur de l'autre costel devant la barrière dudit Croe » (le mur de contrescarpe du fossé).
Maintenant, c'est au tour du charpentier Guiot Robin et au lavandier Jehanin qui, d'après le compte du 4 mars établissent le chevalet et le pont dormant qui soutient le pont-levis de Croe et les pichons (anneaux) qui portent la chaîne devant la porte, et qui reçoivent 6 livres 15 sols tournois.
Ainsi nous voilà encore renseignés sur le pont-levis : il se composait de deux parties : une dormante, reposant sur un chevalet en bois, au milieu des lossés, et une partie ouvrant contre la porte, relevée par des chaînes.
La fourniture d'un échenet en bois par Regnault Le Court, le 8 septembre, clôt Tannée 14J9 ; il était destiné à être placé au travers des fossés de Croe pour enlever l'eau de la basse cour; il coûta 100 sols tournois, et son transport 10 sois tournois; il est compris au compte du 1«' février suivant.
icr décembre i/| 2 1-1^22
PUILIBKI\T (^ORDIER, FCCeVCUr.
Les comptes de 1422 comniencent le l""" décembre 1421 et finissent à la même date en 1 422.
Ces comptes sont exclusifs aux travaux des degrés (escaliers) de Croc, ceux qui arrivent au premier étage du portail et sur les remparts.
40 quurtaulx de chaux sont amenés par la rivière le 15 février 1422 et fournis par Jehan de Lin; coût : 50 sols tournois.
€ Le syre Andrer Poing, religieux et procureur de Tabbaye de Saint-Martin, reçoit 4 livres 10 sols tournois forte monnoie, pour 9 journées de sa charrete, depuis la Saint- Anthoyne, pour charrier pierre et sable.
« Cent taibles et quartiers de piarre sont approvisionnés par Guillaume de Reculon, quarrier. »
Plus 110 charretées d'ornaulx (moellons), dont le prix de 73 sols 4 deniers tournois a été payé le lundi après les Brandons.
Et le même jour, le transport de sable et pierre fait, douze jours durant, par le syre Andrer Poing de Saint-Martin, a été payé 6 livres tournois, et rapprovisionne ment fait la semaine après la Chandeleur jusqu'à ce jour.
49 quartaulx de chaux sont aussi payés le môme samedi 3 livres 1 sol 8 deniers
tournois.
Enfin on paye le samedi après Oculi mei 4 livres 15 sols 5 deniers tournois pour ceux
qui ont c faiz et eschevez les degrez de Croe. y
Mais le procureur de l'abbaye de Saint-Martin n'a pas eu seul le privilège des transports de ce travail. Le charretier des Cordeliers de Nevers, Pierre Tromperie, a reçu 50 sols tournois pour cinq journées de charroi fait la semaine de Reminiscere, et la semaine suivante le compte est payé le vendredi après Letare Jherusalem.
Au total une somme de Ai livres 12 sols et demi et 6 deniers tournois, et les travaux de la porte du Croux sont clos et terminés.
En résumant cette importante construction de la porte du Croux, nous la trouvons en 1394 à hauteur du premier étage. Et pourtant au verso 29 du compte de la ville nous trouvons cette mention : « A Guillaume Damours a cause du chaffaut de la porte du Croe a lui vendu par ledit commis la somme de 40 sols tournois mis en recepte sy commis il appert cy devant en la recepte des deniers de laquelle somme ledit receveur ne peut rien recouvrer, ci 40 sols tournois. »
Malgré cette note, nous estimons que la porte est antérieure de quelques années comme conception. Est-ce 1390? Peut-être,
Acceptons cette date, car ja note ci-dessus peut être applicable à une simple bretèche ou chaffaut.
1390 commence la porte ; la fin de 1394 Télève au premier étage. A celte date, deux maîtres d'ouvrages en sont chargés : Odenet Gendrat et Jehan de la Forest ; Jehan des Amognes est ciirrier et maître maçon ; il l'exécute sur des prix de pose ; la pierre provient de Saint-Gildard. Il a des sous-traitants tailleurs de pierre dont les marques, visibles encore de nos jours, indiquent que ce travail a été fait à la tâche pour la taille de pierre.
Les remparts XII1« siècle d'Aigues-Mortes, ainsi que la belle église romane du Thor ont, à chacune de leurs pierres, ces marques de tâcherons.
Le 3 juillet 1394, les constructions arrivaient au-dessous des consoles et des mâchicoulis ; les pierres les composant proviennent des bords de la Loire, d'Apremont, par conséquent.
C'est à cette époque que Tengin qui servait à monter les matériaux se casse et détériore une console qu'on refait.
Le chantier laissé par le maçon aux mains du charpentier pour les engins n'est repris par lui que vers le 22 août, et à cette époque on fait la voûte de la salle du premier étage ; cette voûte fait le plancher du deuxième étage.
A cette reprise, le charretier de « Monsieur l'Evesque » se casse le pied.
Des maçonneries importantes des remparts se font en même temps que se posent les mâchicoulis; c'est le 24 octobre que l'on monte les linteaux de mâchicoulis décorés d'arcs ogives. La voûte est recouverte provisoirement de vieilles tuiles en bois (aissil).
La rue est débarrassée à cause des vendanges.
Et à la Saint-André les murs dont on a pressé la construction ne pouvant recevoir la couverture sont recouverts de mortier pour les protéger des gelées; les maçonneries des remparts sont recouvertes de trouble.
C'est ainsi que l'hiver de 1395 se passe pour les maçonneries, mais la charpente se taille.
Le samedi de Pentecôte fait reprendre les travaux; on organise le chantier; on renouvelle les échafaudages et on finit les parties commencées ainsi que les merlons de la porte du Croux ; tel est le travail de l'année.
L'année de 1396 à 1397 ne sera pas active.
Le 7 août on toise les maçonneries et on pose les charpentes, puisque Guillaume Ogier le charpentier touche le reliquat de son forfait, soit 50 livres tournois.
De 1397 à 1398, on s'occupe de la couverture dont le lattis des tourelles est fait à la Toussaint.
Il est resté des pierres autour de la porte; on les enlève et on les conduit en Nièvre à la Saint-Marlin d'hiver.
Il est à supposer que la porte du Croux a été presque finie de couvrir avec Tannée des travaux.
De 1398 à 1399 on finit de toiser et de solder le compte de Jehan des Amognes.
Odenet de Varie est maître des ouvrages (architecte) à ce moment.
Puis on termine les faîtages, les girouettes ou bannières qu'on peint et garnit de plomb.
D'autres couvertures sont faites en même temps que celles de la porte du Croux et autour d'elle, en prenant sa dénomination ; ainsi se termine l'année des travaux, à la Chandeleur.
1399 à 1400 ne se marque que par une petite fourniture de tuiles, 650, et la couverture semble finie.
De 1406 à 1407 on raccorde le rempart à la porte, ce qui n'était pas encore fait.
De 1414 à 1415 le tonnelier fait les menuiseries qui sont ferrées et placées vers Notre- Dame. C'est la première partie de la porte du Croux.
11 existe un couloir dérobé, à droite en sortant, qui est construit cette même année (1415), du 10 septembre au 12 décembre.
A cette date, on fait le pont-levis à neuf en deux parties, l'une fixe, l'autre mobile, et on l'arme de ses ferrements.
C'est la fin de la deuxième période.
De 1417 à 1418, un nouveau chantier faisant la troisième période, s'ouvre.
Le maître maçon Jehan Bourbonnat construit l'avant-porte qu'il conduit rapidement îi sa fin ; elle commence au mois de juin et se finit avec la nouvelle régie de septembre.
De 1421 à 1422 s'ouvre la quatrième'et dernière période, comprenant la construction des escaliers conduisant aux remparts et au premier étage de la porte du Croux,
Elle commence le 1^*" décembre 1421 et finit à la môme date en 1422.
L'ensemble forme une période d'au moins trente-trois ans avant que la porte du Croux fût à même de servir devant l'ennemi !
Massillon Rouvet.