‹ MemoiresChapitre 27 sur 93 · LA PRIÈRE DE PHIDIAS · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE DE PHIDIAS

A Afr D'ASIS'GAILLISSANS.

L'aube rose bruit comme un rire dans l'air; L'Acropole ressemble à la ruche ouvrière :

Phidias rêve et prie, et sa lente prière, Avec le jour qui naît, monte dans Tazur clair.

« Fille de Zeus, ô vierge, ô mère, déesse que chante Homère, Dont le nom seul emplit d'émoi Nos cœurs et notre sol antique, O providence de l'Attique, Je me recueille, inspire-moi !

c Pallas, ton égide est bénie :

Ton souffle pur c'est mon génie ; Je t'invoque, sois mon soutien I J'ai la foi qui fait les merveilles; Je suis sublime quand tu veilles ; Pallas, mon chef-d'œuvre est le tien.

e Je veux que, dans les cieux limpides.

Sur le rocher des Cécropides (1), La splendeur de ta majesté Surgisse, rayonne, et contemple Du socle auguste de ton temple Athènes, ta riche cité 1

(1) « Les Cécropides, qui habitaient le rocher où fut plus tard Athènes, avaient pour divinités protectrices Poséidon et Aihéné» » Fust£l de Coulanges, La Cité antique.

— So-

ie Je veux que ta tête illumine

Les rivages de Salamine.

Car, Promachos (1), c'est toi qui vaincs

Les Titans altiers et les Mèdes !

Arclwgètey c'est toi qui m'aides

A créer des types divins I

« Salpinx (2), je te ferai si grande Que tu scmbleras une offrande De ton père, maître des dieux, A tous les enfants de Cybèle !

Cora^ je te ferai plus belle Que Cypris au front radieux î

€ Quel délire insensé m'assaille !

Tout mon être exultant tressaille Et croit que tu vas convier L'Olympe, devant celte terre Où jadis ta main salutaire Planta le premier olivier.

c Que ton glauque regard m'éclaire, Âthénéy raison tutélaire, Suprême, idéale beauté I Dispensatrice de lumière, Plus que l'aurore coutumière, Eblouis mon œil enchanté !

« Théonoé^ daigne descendre (3) Sur les tombeaux, où dort la cendre Des ancêtres que nous aimons !

Féconde les champs d'Erechtée, Témoins de ta gloire vantée, Et souris aux cimes des monts I

(1) Surnom de la Déesse, Qui combat ou premier rang. — Daus une sorte de litanie, dite € Pol^'onymie », les anciens invoquaient leurs divinités sous leurs noms et leurs surnoms divei*s , pour ne pas manquer celui qui pouvait leur être le plus agréable. Leur formule était naïve : « Si tu préfères être appelée ainsi. > Voir Hor.\.ce, le Chant Séculaire,

(2) « Inventrice de la trompette guerrière. » P) «t Esprit divin. >

€ J'évoque ta vertu passée, Et je sens vivre ta pensée Dans ma pensée, où tu vibras Souvent, étemelle jeunesse I Je t'implore, pour que renaisse L'essor d'antan ! — Guide mon bras.

<L Guide mon bras tremblant; enflamme, Ame des héros vainqueurs, l'âme De ton vieux sculpteur Phidias (1), Eurythmie (2) — afin qu'on célèbre, Un jour, de l'Eurotas à l'Hèbre, Son inaltérable Pallas ! ï>

Le Maître ému frémit. — Son œuvre triomphante Que son amour conçut, que son génie enfante, Après avoir sept ans mûri dans son cerveau (3), Miracle ! — enfin jaillit sur l'Acropole en fête. — C'est elle 1 C'est Pallas I — C'est la Vierge parfaite 1 Le mythe ancien se meurt sous un dogme nouveau. (4)

L'Immortelle se lève et reçoit les hommages Des hommes et des dieux. — Les grossières images De la Néïth de Sa (5) tombent de vétusté.

L'idole grandiose est debout. — Sa figure.

Dans sa grâce sereine et virile, inaugure Une ère de grandeur et de prospérité.

(1) Phidias avait alors environ cinquante ans. — Voir Beui^, Phidias^ l'introduction au Drame.

(2) « Déesse de la beauté harmonieuse. >

(3) € Le colosse que j*al construit avec tant de labeur pendant sept années... » dit Phidias, dans le drame antique de Beulé.

(4) « La sculpture a ôtô un enseignement théolo^ique : elle s*cst chargée de faire le droit prétorien du dogme... » Em. Boutmy, Philosophie de V architecture en Grèce.

(5) Sa, ancienne capitale de TEgypte. « Cest de là, suivant la légende, que partirent les colons qui fondèrent Athènes, apportant avec eux Vimage de la déesse Neïth qui détint VAthénédes Grecs et la Minerve des Romains. » E. Reclus.

En elle bat le cœur de son Attique entière ; L*Esprit d'Anaxagore anime sa matière ; Zeus se meut sous l'ivoire et l'or révélateurs ; Sous le symbole on sent la pensée et la vie ; Le colosse se dresse et la foule est ravie I — - L'art fait la piété de ses adorateurs.

Pallas-Athéné, quelle est donc ta magie, Pour que devant l'aspect de ta mâle effigie, Socrate en l'admirant ait un rêve éthéré, Sophocle soit muet, Périclès, Aspasie, Se prosternent, l'infime esclave s'extasie, Le métèque se voue à ton culte sacré ?

Pariliénos (1), quel prestige immense t'environne, Pour qu'à tes pieds la ville acclame sa patronne. Pour que, devant ton front qu'on vénère à jamais, Le Cythéron charmé s'abaisse et se soumette, Le Parnès s'amoindrisse en saluant l'Hymette, Le Pentélique incline humblement ses sommets ? (2)

Iris, va dire au ciel que Pallas vient de naître (3), Que sa divine ardeur enivre et nous pénètre.

Qu'elle est tout notre espoir, qu'il n'est rien au-delà De sa raison normale et sa vertu sans tache, Que l'attrait infini de ses yeux nous attache Au sol qu'elle défend, là-haut, dans sa cella 1

sainte érection, ô géante statue.

Dont le sévère éclat protège et perpétue Dans le siècle présent ton lointain souvenir. Ton Parthénon superbe entr'ouvre ses portiques Vers lesquels vont monter les hymnes frénétiques Du peuple souverain, ce roi de l'avenir I

(1) € Vierge > — « Je n'ai pas de mère qui m'ait donné la vie; c'est le sexe viril que je préfère il a tout mon cœur, mais non pas jusqu'à Vhymen, » lui fait dire Eschyle, dans les Euménides.

(2) € Le Pentélique, semblable à un aigle aux ailes étendues... » Em. Burnouf, le Parthénon.

(3) Sur le Aronton oriental du Parthénon, Iris va répandre dans le monde la nouvelle de la naissance d'A.théné.

Son sveltéT péristyle, où rien n*est à parfaire, Profile ses contours légers dans l'atmosphère Transparente, en pressant ton galbe fabuleux : Ostensoire de marbre, enceinte dorienne, Piédestal d'où saillit ta tête aérienne, Gomme un disque enflammé sur les triglyphes bleus I

A l'heure des futurs combats brandis ta lance^ Aréa ! — Que le sphinx de ton casque s'élance Avec ses deux griffons plus loin que nos regards ! Le désir de te voir exhaussera nos tailles.

Prends ta Victoire ailée ! Etends sur nos batailles Ton égide, où se tord Méduse aux traits hagards ! (1)

De ta semelle étroite à ton aigrette aimée (2),

La statuaire épique écrit ta renommée.

Le fils de Charmidès orne ton bouclier

Des exploits sans pareils des héros que tu mènes.

Tu vis I — La gratitude et la mémoire humaines

Pleines de tes bienfaits, ne peuvent t'oublier.

Ta demeure où l'aurore et le couchant épanchent (3) Le salut et l'adieu de leurs rayons qui penchent. Où midi met en feu ton cimier ébloui.

Dans une apothéose, exalte ton histoire ; Ses frontons éloquents, sa frise évocatoire Chantent, railleurs du temps, ton poème inouï.

L'ombre et l'erreur s'en vont devant l'astre du monde

Tu luis, et ta statue effarouche l'immonde,

Effondre l'ignorance et ses voiles épais ;

Le Céphise voit fuir les noires Euménides (4),

Et la virginité fleurit sous les chlamydes.

Comme un lis débordant d'espérance et de paix.

(1) Aréa, € martiale. > — € Sur le milieu de son casque est un spbiux et des griffons sont sculptés sur les deux côtés, etc. » Pausanias.

(2) Au dire de Pline TAncien, < sur les semelles de la chaussure tyrrhénionne de la déesse, l'artiste avait représenté le combat des Centaures et des Lapithes. »

(3) € Phidias, pour honorer Minerve, conçut un temple découvert dans lequel rayonnait librement le pur éclat du soleil. La Cella, demeure habitée par la déesse^ formait sous le ciel un espace ouvert, et la statue de Minerve était au milieu sur le fond. • Em. Burnouf, Le Parthénon,

(4) Les noires Euménides, filles de la Nuit, ont leur temple au fond de la vaUée du Céphise, sou* le tertre de Colone.

Le philosophe atteint Tineffable sagesse ; L'éphèbe, conscient des dons de ta largesse, Plus chaste et plus stoïque, apprend à bien mourir ; L'artiste est imprégné de ta subtile essence ; Les Muses rendent grâce à ta munificence :

Les flots de Vllissos ne doivent plus tarir.

Rends-nous forts, Erganéy secourable « énergie » I

Donne-nous la santé des athlètes, Hygie !

Mêle à nos sangs un peu du sang des Immortels (1),

Pour que nos corps plus beaux et premiers dans les stades

Soient Tlionneur des combats, ô vierge des Butades,

Et reviennent vainqueurs au pied de tes autels !

Voici le jour, voici la vigie et le phare !

Voici Tordre absolu ! — L'obscurité s'effare.

Et ton visage, ceint de son nimbe d'azur,

Domine en l'apaisant la mer lustrée et claire.

Et vers Munychion, le Pirée ou Phalère,

Au loin, montre au vaisseau qui rentre un chemin sur.

Tu règnes I — Tout subit ta règle impérieuse : Le bon sens, le génie et la gaîté rieuse, L'esprit, ce sel attique, ô déesse aux yeux pers. Qui tempère à demi le souffle du poète.

Mais ton sourcil se fronce, et ta lèvre est muette, Quand discourt le sophiste impuissant que tu perds.

Tu règnes 1 — et bientôt dans l'éther diaphane, Les sarcasmes mordants, les mots d'Aristophane, Et le cri des acteurs, et les rires soudains Vont ébranler ton seuil, frapper tes architraves, Et les mille bravos qu'on prodigue aux vers graves D'Eschyle et de Sophocle, émouvront tes gradins I

(1) € 11 fallut beaucoup de temps avant que les Dieux sortissent du sein des familles qui les avaient conçus et qui les regardaient comme leur patrimoine... — L'Alhônô de rAcropolo d'Alhènes appartenait à la famille des Butades. » Fustel de Coulanges.

La science sans loi n'est qu'une conjecture, La vérité se tait, la raison s'aventure ; Les principes sans toi, flottent à l'abandon. A ton appel, Platon, le philosophe insigne, S'élèvera plus haut que les ailes du cygne. Ton verbe dictera le Phèdre et le Phédon.

A toi le sceptre d'or, à toi le diadème.

Reine ! — Tu verseras aux jardins d'Acadôme L'idéal dont Platon voudra nous embraser.

Et tu feras qu'un jour ce rêve d'Aristote, L'Idéal et la Vie, éternelle asymptote, S'étreindront h jamais dans un divin baiser !

Tu pleureras Solon, Thémistocle, Aristide, Quand oublieux du Pnyx et de l'Agora vide.

Tes fils délaisseront ton sanctuaire en deuil. Quand, lasse de tonner, la voix de Démosthène Ne maîtrisera plus cette plèbe incertaine.

Encline à ses plaisirs, sans fibres, sans orgueil.

Athènes au pinacle, aspirant à descendre, Courbera sa fierté sous le joug d'Alexandre.

Puis, scellant son histoire — irrévocable adieu De son désir de lucre et de mollesse vile, chère déité, cette cité servile Ne verra plus en toi le pur reflet de Dieu.

Toi qui fus Marathon, Salamine et Platée, Tu dompteras encor la Perse épouvantée I Ton peuple aura l'effroi de sa faiblesse, hélas ! Malgré son ilotisme et ses destins rebelles.

Tu l'aideras toujours. — Ta victoire d'Arbelles, Par amour de l'Attique, agrandira l'Hellas.

Ton torse immaculé fait palpiter la nue.

Tu parais I — La pudeur sourd de tes seins voilés. Tu parais ! — L'idéal perce ta gorge nue. — Salut, flUe de Zeus et des cieux étoiles !

Que de fois tes enfants ont gravi l'Acropole I Que de pieds à ton seuil tremblants ont abordé ! Que d'Errhéphores ont jeté sur ton épaule Le péplos ravissant que leurs doigts ont brodé !

PoliaSy depuis le grand jour où Thésée (1), En décrétant ton culte, a soumis à ta loi Douze dèmes épars et leur foi divisée, Que d'encens embrasé s'est exhalé vers toi I

Sœur des flots argentés, blanche Tritogénie (2), Combien d'archontes-rois, ces pontifes sacrés, De vieillards, les plus beaux d'Athènes, t'ont bénie, Et de chœurs ont redit tes charmes éthérés !

Que de fois Hippia, les fougueuses cavales,

Dans les solennités de ta pompe, tendant

Leurs naseaux écumeux vers tes mains sans rivales

De dompteuse, ont henni soudain d'un souffle ardenti

Que de fois tes accents, aux sons de la cithare. Quand la foule jonchait ta nef de myrtes verts. Ont dissipé la nuit opaque du Tartare, Et jeté leurs défis à l'aveugle univers !

De l'ovale plateau d'où l'œil embrasse Egine, Mère des arts, toujours l'Athénien s'est plu A se remémorer sa commune origine Avec les dieux du sol dont il se sait l'élu I

Sa vision raillait les lenteurs du problème. Et sa religion d'instinct, avec amour.

Evoquait Diaulos, père de Triptolème, Et sa fille Gordys, belle comme le jour.

(1) € Patronne de la cité. »

(2) Un des plus vieux surnoms de Minerve, née des eaux, comme Tinterprète H. Taine, Philosophie

de Vart en Grèce,

Tandis que la cigale, au pied du laurier rose, Sur le sillon brûlé lançait ses cris stridents, En célébrant Cécrops (1), Aglaure, Hersé, Pandrose, Il priait Erechthée, aïeul des ascendants,

Des divins ascendants — dont le sang dans ses veines Bouillait comme un levain, et dont le souvenir Garantissait ses sens des déchéances vaines Et les vivifiait, semblant les rajeunir.

De tes îles de marbre aux côtes d'Epidaure,

Zéphire murmurait la douceur de ton nom,

Et Tabeille disait à THymette : « Je dore

« Mon miel du suc des lis tombés du Parthénon. >

Tes parvis sont déserts et tes fleurs sont fanées, Mais, le cœur embaumé de leurs mielleux parfums. Nous assistons en rêve à tes Panathénées, Et mornes, nous pleurons tes mystères défunts.

Ton sanctuaire est en ruine ;

Les dieux abandonnés sont morts ;

La brume du doute bruine

Sur nous, barbares sans remords.

Sur le faîte des Propylées, Seul, ton hibou, pendant les nuits, Abat ses ailes désolées, Lourdes de funèbres ennuis.

Son œil rond en fixant les dalles S'effraie, étrangement hanté Par tous les spectres des Vandales Qui ravagèrent ta cité.

(1) € Cécrops, le fondateur, avait pour symbole un être du même nom que lui, la cigale (Kercops)^ qu*on croyait nô de la terre, insecte athénien, s'il en fut, mélodieux et maigre habitant des collines sèches, et dont les vieux Athéniens portaient l'image dans leurs cheveux. > H. Taine, ibid,

Dédaigne nos forfaits, Madone Du rieux monde païen honni, — Absous nos offenses — pardonne Aux bombes de Morosini ! (1)

Lave les mains profanatrices D'Elgin (2) qui, sur ton Parthénon, Fit, près d'antiques cicatrices, Saigner des blessures sans nom !

Hélas ! que ton asile sombre

Et qu'un vol cèle ses amas

Sous les brouillards d'une île sombre

Où pleuvent d'étemels frimas ! (3)

Vaines, cent fois vaines folies, Et sacrilèges superflus !

Pallas, tes métopes pûlies (4), Sans leurs soleils, ne luiront plus.

Mais, sous leur ciel bleu, l'allégresse Effluente de ces débris.

Comme un arôme de la Grèce Embaume nos cœurs attendris.

Tu planes encore, ô Victoire (5), Avec llélios, au-dessus De Sunion, ton promontoire.

Et des déprédateurs déçus l

(1) Morosini le PtHopoHésiaqHe^ Tun des plus grands capitaines de la République de Venise. Dans la jïucrre do 1684. pendant qu'il faisait lo siège d'Athènes, une bombe tomba sur le Parthénon, dont les Turcs, avec leur imprudence ordinaire, avaient fait un magasina poudre. Le temple fut dévasté et la statue de Minerve, chef-d'œuvre de Phidias, ensevelie sous les décombres, brisée parles Vénitiens.

(2) Spoliateur, quoique à prix d'argent, des chefs-d'œuvre de l'art grec, au profit du British Miiseuiit. Son ardeur indiscrète fut jugée assez sévèrement, même en Angleterre. Parmi les marbres, dits Marbres (VEU/ièty figurent, en effet, les statues qui ornaient les deux tympans et les bas-rcli<îf8 de la frise du Parthénon, les métopes intérieures de la Cellay etc.

{.\) € Transportez le Parthénon dans une contrée brumeuse et froide (l'Angleterre € ilo sombre » ), il ressemblera au Grec lui-même exilé de sa patrie. » Lamennais, De Vart et du beau,

(4) Voir les deux notes ci-dessus.

(5) Au dogme athénien « Minerve était la Victoire môme : ce n'était pas un surnom, c'était un nom. On i\o disait pas Minerve viciorieuse^ mais par la réunion énergique de deux substantifs, MinenC'Vii'toire. »Beulk, VAn'npoU\

Car TAcropole est une cible Qui rit des injures du temps, Et sa splendeur immarcescible Fait blêmir les cicux éclatants.

Ton soufïle a balayé la cendre, — Clidouchos (1), gardienne des clefs Dont jadis Xercès et Lysandre Souillèrent tes murs écroulés.

Ah ! garde nous ton reliquaire î Pour qu'après plus de deux mille ans, Ton temple offre à notre art précaire Des modèles étincelants.

Muse hautaine des rapsodes, Souviens-toi des bardes gaulois !

Soumets la fougue de leurs odes Au rythme précis de tes lois !

Ils interrogent ton orbite Plein d'un vertige inattendu, Où l'idéal du rêve habite, Comme dans un gouffre éperdu.

Pour eux dompte Pégase, ô mère !

Ils sont tes vrais Bellérophons, Dont la foi bride la Chimère Qui vole sur leurs yeux profonds.

Marcel Coulloy.

(1) La Minerve de bronze, dont parle Pline PAneicn, œuvre de Phidias, pendant Tadministration de Cimon, tenait des clefs à la main, « comme pour rappeler, a dit Beulé, qu'elle était la seule maîtresse de sa ville bien-aimée. »

ARCHÉOLOGIE NIVERNAiSE

La Trouvaille de La Valotte (commune de Dampierre-sous-Bouhy) Une Tombe préhistorique aux Crisenons (commune d'Oudan) (*)

ans le courant du mois d^août 1892, M. M***, propriétaire à La Valotte^ commune de Dampierre-sous-Bouhy, faisait enlever d'un meurger les pierres qu'il avait jmises gracieusement à la disposition de la commune pour l'entretien des chemins, quand les ouvriers trouvèrent un vase en terre contenant 101 pièces d'or. Ces monnaies furent vendues presque aussitôt à un horloger de Saint-A.mand-en- Puisaye, qui les envoya à l'un de ses fournisseurs de Paris pour être fondues.

On ne saurait trop regretter que Tacquéreur se soit tant hûtô de se débarrasser de son précieux achat, car il eût été possible de bien étudier ce dépôt et de sauver peut-être du creuset des pièces intéressantes.

Quoi qu'il en soit, cinq de ces monnaies ont écfiappé à la fonte. Elles sont en la possession de Madame Victoire B***, de Saint-Amand, qui en a fait l'acquisition, pour les porter en bijoux.

Voici la description de ces cinq pièces d'or :

lo Un Royal d'or, de Charles VII (1380-1422).

KAROLVS — DEI — GRA - FRANCORVM — REX.

Le prince, debout, de face, tenant d'une main un sceptre, de l'autre une main de justice : il est revêtu d'un manteau fleurdelysé. Dans le champ, quatorze fleurs de lys.

Au revers : croix fleurdelysée dans un cercle à quatre lobes ; chaque lobe est cantonné à l'intérieur d'une fleur de lys; à l'extérieur, d'une couronne.

(*) Voir Mémoires de la Société^ Tome V, p. 95.

2» Deux écu8 au Soleil de Louis XII (1497-1514).

Page 1