HANTISE
Puisse- t-elle, oubliant sa traîtrise cynique (2), Se rappeler qu'il fut son plus fidèle ami, A l'heure où le plus fort sent sur son front blêmi Passer le souffle vil de la lâche panique î
(1) Isambart de la Pierre, religieux dominicain, acolyte du vice-inquisiteur Jean Liemaltre et assesseur; un de ceux qui montrèrent le plus de compassion pour la Pucelle. {Jeanne cTArCy par H. Wallon, Appendice),
Michelet dit qu*Isambart de la Pierre était un moine augustin.
(2) On est affligé de rencontrer sa signature dans Tarrôt de condamnation.
« L'histoire, dit Lamartine, en parlant de frère Isambart, doit son nom à ceux qui savent aimer jusqu'à la mort. »
Lamartine semble ne pas avoir eu connaissance du vote regrettable de frère Isambart. Certainement, il serait injuste de refuser à ce moine le bénéfice des circonstances les plus atténuantes; mais quelles que soient les sympathies qu'on puisse avoir pour lui, son vote reste comme une tache qu'on voudrait efifacer, mais qui reste indélébile. {Jeanne d*Arc à SainiPierre-le-Moûtier, par J.-L. Jaladon DE LA Barre).
Mais qu'un homme d'un aussi bon naturel qu'Isambart ait signé cette horrible délibération, lui qui avait assisté à l'interrogatoire de la veille et qui avait entendu les plaintes de Jeanne ! cela dit tout sur les doctrines et sur l'enseignement qui pouvaient transformer dos âmes nées pour le bien en aveugles instruments d'actions infernales. (Henri Martin, Histoire de France),
Depuis qu'il a signé cette sentence inique Qui livra la Pucelle aux mains de l'ennemi, Dans la sérénité son cœur n'a plus dormi, Le désespoir le voue à sa hantise unique.
Au bas de cet arrêt qui condamne et qui ment. L'opprobre de son nom s'étale impudemment !
paraphe honteux ! signature infâme !
— « Hélas ! je suis damné, clame-t-il, j'aurais dû Arracher aux bourreaux cette angélique femme Que je revois brûler dans mon rêve éperdu. >
OOL-aOTHA
Et cette forme humaine, ambulante, indécise, Guenille errant sans cesse au rythme mesuré Qui scande dans son âme un sourd dies irœ^ Implore en vain le ciel afin qu'on l'exorcise.
Que de fois Isambart, morne statue assise, En pleurant s'affaissa plus blanc qu'un déterré, Là-bas, sur le tombeau qui garde saint Are (1),
— Dans son pays natal — sa chère île, — à Decize I
Jamais plus de sommeil, jamais d'apaisement I Toujours le moine geint et souffre atrocement, Toujours il marche seul, il halète, il ahanne !
Quand arrivera-t-il à cet endroit béni.
Suprême station du Calvaire où Jehanne Jeta son cri d'jE'M, lamma sahactani ?
(i) Isambart de la Pierre appartenait à une famille de Decize. En 1437, nn Isambart de la Pierre était échevin de cette ville.
L'église Saint-Arô, de Decize, est un monument historique du X« siècle (crj'pte), du XI« siècle (chœur), etc. (Joanne).
Saint Are, évoque de Nevers, mort en 558, y est enterré. La chronique raconte que le cercueil, renfermant le corps du saint fut placé à Nevers, dans une nacelle entourée de cierges, quMl s*cn alla seul en remontant la Loire jusqu'à Decize. On voit encore, dans une maison du quartier de Loire, à Nevers, un bas-relief représentant ce miracle, à l'occasion duquel on dédia Téglise primitive de Decize, bâtie en l'honneur de Notre-Dame par deux ermites, Euphrasius et Auxilius, à saint Are, dont le tombeau avait la vertu de guérir de la fièvre ceux qui le touchaient avec foi. {Guide pittoresque dans la Nièvre^ par M"« E. Chevalier).