NOTICE BIOGRAPHIQUE
SUR M. D'ASIS-GAILLISSANS
A riieure où ce Bulletin presque achevé allait paraître, un profond deuil venait frapper notre Société et en suspendait momentanément la publication. Notre cher Président, M. d'AsisGaillissans, nous était enlevé par une cruelle maladie dont il souffrait depuis longtemps mais qui ne nous paraissait offrir aucun danger sérieux, tant il la supportait courageusement.
Lui, malade ? Mais non. Ne Tavions-nous pas vu présider notre dernière réunion avec toute sa gaieté et tout son entrain ordinaires? N*était-il pas chaque jour à sa chère Bibliothèque, causant à tous, affectueux à tous et préparant de nouveaux travaux? Et pourtant la maladie continuait silencieusement ses terribles ravages. Un jour, il fallut s'aliter, et bientôt tout fut fini.
Nous ne pouvons, aujourd'hui, que conserver précieusement la mémoire de celui qui fut non seulement notre président vénéré depuis la fondation de notre Société, à laquelle il prit une si grande part, mais le meilleur de nos collaborateurs, notre guide le plus sûr dans nos travaux et notre ami dévoué.
D'Asis-Gaillissans était né en 182G, à Orléans, et appartenait à une famille d'origine espagnole. Après d'excellentes études, il entrait à l'Ecole Normale et s'y consacrait à l'étude des lettres et eu particulier à celle de la philosophie.
Après avoir enseigné dans différents Lycées, il était nommé professeur de philosophie à Nevers en 1866. Il aima notre ville et s'y fixa. Toutes les jeunes générations qui ont suivi les cours de notre Lycée depuis cette époque le connaissent et il n'est aucun de ses élèves qui n'ait conservé de lui le meilleur souvenir; aussi quand il fonda la Société Académique du Nivernais, presque tous ses anciens élèves voulurent s'y faire inscrire, heureux de se retrouver près de leur ancien maître.
Il y a quelques années, il prenait sa retraite et était nommé en même temps bibliothécaire de la ville de Nevers, heureux de consacrer ce qui lui restait de forces et d'activité à une œuvre des plus intéressantes pour notre cité. Ses chère livres, comme il les aimait, avec quel soin il les rangeait, les cataloguait et comme il aurait voulu pour eux un logis où ils fussent à l'aise, où chacun d'eux pût briller suivant sa juste valeur.
Grâce à lui, notre Bibliothèque s'enrichit de nombreux dons faits par nos ministres et par différentes personnes. Il fit le catalogue de la partie scientifique, catalogue des plus ardus qui demanda un long et difficile travail^ mais qui ne fut pas apprécié à sa juste valeur. On lui doit aussi un remarquable travail sur le livre d'heures de la reine Anne et sur nos incunables.
Il a publié dans nos Bulletins différents autres travaux finis, ciselés, pouvons-nous dire, qui portent tous la marque non seulement d'un profond savoir, mais d'un esprit des plus fins et des plus délicats.
Officier de l'Instruction publique depuis de longues années, il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1895.
M. Massillon Rouvet a prononcé, au nom de la Société Académique du Nivernais, le discours suivant, qui dit, du reste, mieux que nous ne saurions le dire, toutes les qualités de cœur et d'esprit de notre président et le vide profond qu'il laisse dans notre Société qui, dans sa dernière séance, a tenu à honneur, faute de mieux, de décider que son nom resterait inscrit sur nos Bulletins comme président d'honneur :
Mesdames, Messieurs, chers Confrères,
Ma tâche est facile, car c'est un grand et sincère tcmoiv^uagc d'amitié, de respect, de reconnaissance que j'apporte au membre, au président de la Société académique du Nivernais ; c'est un devoir que je remplis au nom de tous mes confrères ; c'est un suprême ndieu que j'adresse, en leur nom, à notre cher défunt, devant cette tombe. Je ne puis oublier, dans ces tristes moments, que le i6 juin i883, à huit heures du soir, nous nous réunissions pour la première fois afin de fonder notre société. Je vois encore réunis dans l'hôtel de ville tous c^s Nivernais disting-nés autant qu'érudits.
Hélas I depuis cette époque, déjà lointaine, combien ont disparu I
Mais ceux qui restent ont su apprécier M. d'Asis-Gnillissans, je ne leur apprendrai rien. Ils rediront avec ses anciens élèves, qui sont lésion, tout ce qu'il valait. Us vous exalteront et son dévouement et son aménité. Je ne saurais mieux faire.
M. d'Asis-Gaillissans fut un savant sans morgue, un savant obligeant, un savant sans jalousie ! Voilà ce que l'on peut dire de lui.
Qui n'a pas connu son accueil bienveillant, ses conseils utiles et ses encouragements fortifiants ne l'a pas connu en entier I... En cela il sera inimitable.
N'en a-tK)n pas abusé?... Pour lui, on n'abusait jamais... car c'était au travail qu'il oubliait son mal!...
Ce sont ces qualités qui nous apprennent qu'avec le maître nous perdons l'ami... et surtout le confident bienveillant ! Mais pourquoi ne pas associer à son souvenir celui de sa compagne si dévouée, si digne, aussi bien que celui de sa sœur : s'il pouvait encore nous entendre, cette pensée, j'en suis sûr, le rendrait heureux I
Aussi puissent nos hommages respectueux adoucir leur douleur et l'irréparable perte qu'elles éprouvent.
Quant à vous, ô cher président, je me souviens qu'en véritable philosophe, depuis longtemps vous saviez ce que valent les succès, les éloges, les ovations même ; vous saviez que tout devait aboutir à cette heure suprême, et je vois encore votre fin sourire, quand vous évoquiez cet au-delà de la mort — cette patrie idéale où tout se confond !
Adieu, ami dévoué, vénéré mattre, vous serez toujours parmi nous.
Mais en terminant, permettea-moi de vous emprunter deux mots qui, pour vous, étaient ceux d% la fin : souvenir, espérance I