AVANT-PROPOS
ISAÏE BONFILS. — SA FAMILLE. — SES NOTES SUR l' AGRICULTURE. — LE BON VIEUX TEMPS
[ers le commencement du siècle dernier, vivait au hameau de Chauvetière (1), dans une maison de construction toute récente et d'apparence mi-chàteau, mi-bourgeoise, flanquée d'un colombier et surmontée d'une girouette seigneuriale, qu'on remarque encore aujourd'hui, à l'extrémité d'une large avenue, et, un peu à droite, avant d'arriver à l'entrecroisement du chemin qui va deLuzy à Savigny-Poil-Fol (2), en descendant du Pique-Bœuf, cette colline si bien nommée, avec celui de Tazilly à Fléty (3), un assez curieux personnage du nom d'Isale Bonfils, auteur des notes dont nous allons parler.
Le souvenir de ce demi-châtelain campagnard n'est pas, du reste, complètement
(i) Chauvetière, petit hameau autour duquel se groupent deux ou trois domaines : Versandet, Marscndet, Champbazm, etc., de la commune ue Fléty.
(2) Savîgny-Poil-Fol, commune du canton de Luzy, ancien siège d*une importante châtelleniey ancienne verrerie de vitraux peints.
(3) Fléty et Tazilly, communes du canton de Luzy, distantes Tune de l'autre de 3 kilomètres, à 5 kilomètres de Luzy, à 3 de Savigny-Poil-Fol. Elles formèrent avant la Révolution une paroisse dite alternative, puis une seule et même commune. Elles se trouvent, ainsi (jue Savigny-Poil-Fol, à la limite du terrain granitique du Morvand et c'est sur leur sol qu'apparaît cette bande de terrains métamorphiques schistoïdes qui sépare les jçranits du Lias et dans laquelle on ren(îontre les terrains carbonifères d'Epinac, du Creusot, de La Machine, etc. On affirme qu'on a trouvé des traces de charbon sur la commune de Fléty. Nous avons trouvé sur le territoire de ces communes, et à même sur le sol, de nombreux silex taillés, quelques haches et autres vestiges des époques préiiistoriques. On y remarque (les restes de voies romaines assez bien conservées et même un pont romain, celui de Rigny, encore debout, d'assez nombreux vestiges de constructions gallo-romaines, etc. On a trouvé à Tazilly des cercueils de pierre de répocjue mérovini^ienne. On rencontre é^-alemenl dans ces communes des restes de forges, de verreries, etc. La Motte féodale de la Goutte, commune de Fléty, est encore très apparente, celle dite du Monceau, au village de Monccau-Cavigny, a disparu depuis un certain nombre d'années.
oublié dans le pays, il y est même passé presqu*à Tétat légendaire et on en cause encore le soir à la veillée, non sans un certain sentiment plus mêlé de crainte que de respect. Les anciens racontent volontiers, en effet, que si ce maître était adroit en affaires et même de bon conseil à Toccasion, il ne faisait pas bon à se frotter à lui tant il était malin et ami des procès, ne pouvant, disait-il, dormir tranquille, s*il n*en avait deux ou trois couvant sous son chevet. Mais ce qui le rendait surtout fort redouté et ce qui a le plus contribué à laisser de lui un souvenir peu amical, c'est qu'il était prompt à la touche; c'est le mot dont il se sert lui-môme, non sans une sorte d'orgueil, pour qualifier la façon expéditive dont il savait se faire justice quand il pensait qu'on avait voulu le tromper ou porter quelque atteinte à ses droits. Remarquons, en passant, que procès et coups de poings ont été longtemps en honneur chez nous, chacun prétendant défendre son droit par tous les arguments, môme touchants, en son pouvoir et n'en rien céder. Bonfils était donc un vrai Morvandeau, sous ce rapport tout au moins, et c'est volontiers qu'il raconte la façon dont il occit à coups de fusil des porcs qu'un de ses voisins laissait paccager sous ses châtaigniers, ou comment, d'un coup de couteau, il fendit en deux les jupes d'une femme qui cachait entre ses jambes un petit sac de noix volées à son détriment. Il fit mieux encore et mit à mort, sans plus de formes, le nommé Pannier, son voisin, avec lequel il avait eu maille à partir pour quelque futile motif. Il obtint, il est vrai, des lettres de grâce du roi Louis XV pour ce meurtre commis, parait-il, pour cause de légitime défense. Pannier avait dû chercher, je n'en disconviens pas. On était alors en 1740, Pannier était serf mainmortable et Bonfils, propriétaire et fils de l'intendant du seigneur haut justicier du pays. Pannier avait donc tous les torts.
Cet Isaïe Bonfils était né à La Nocle (1), où il avait été baptisé le 9 septembre 1697. Son père, Daniel, qui, après 35 ans au moins d'une féconde union pendant laquelje il avait eu cinq enfants, s'était remarié à Barbe Courtet ou Cortet (c'est ce dernier nom qui a prévalu), fille de Richard, receveur au grenier à sel de Luzy, d'une famille des mieux apparentées (2), Daniel, disons-nous, était intendant des affaires de haut et puissant seigneur Jacques du Puy-Montbrun, marquis de La Nocle, baron de Ternant (3),
aux de
(i) La Nocle, commune du canton de Fours, jadis érigée en marquisat qui appartint tour à tour
de Salins,^ aux du Puy-Monlbrun, puis au maréchal de Villars et, en dernier heu, aux de Vogue,
fut pendant un certain temps un des foyers du calvinisme. Sa verrerie dite de Sainte-Catherine eut, il n'y a pas encore bien des années, un certain renom.
(2) Courtet ou Cortet, famille du canton de Luzy. Un oncle de Barbe était curé archiprétrc de Luzy; un autre signait Cortet de Montigny, seigneur du fort de Lanty, etc., famille éteinte depuis peu dans la personne de notre regretté ami Arthur Cortet^ de Ponay, ancien sergent-major de chasseurs à pied.
(3) Du Puy-Montbrun, famille du Dauphiné, illustrée surtout par Charles du Puy dit le brane Monlbrun, un des plus vaillants capitaines des calvinistes. Il se trouva aux batailles de Jarnac et de Montcontour. Ayant eu la cuisse cassée dans un combat, il fut pris le 29 juillet 1575 et décapité le 1 5 août suivant. Sa mémoire fut réhabilitée en 157G. Son fils Jean H se disiinsçiia dans les ffucrrcs de religion et ses terres furent érigées en marquisat. Alexandre, qui lui succéda et qui est plus connu sous le nom de marquis Saint-André Montbrun^ fut lieutenant général et gouverneur du Nivernais en 1O48. Il épousa Louise-Madeleine de Salins qui lui apporta ses terres de La Nocle, Ternant, Savigny- Poil-Fol, etc. N ayant pu devenir maréchal de France, malgré ses services, parce qu'il était protestant, il passa à Venise et y devint généralissime des armées de cette république. Il fut néanmoins inhumé dans le cimetière de La Nocle. Sa fille Charlotte épousa un de ses neveux, Jacques, fils de Charles-René,
seigneur de la ch&tellenie de Savigny-Poil-Fol et autres lieux, dont la famille fort attachée au calvinisme, comme on le sait, venait de se ranger au catholicisme. Les vassaux avaient fait comme leurs maîtres et ainsi s'expliquent ces prénoms de Daniel, Isale» qu*on retrouve alors et qpii indiquent une origine, non pas juive mais protestante.
Barbe Courtet parait avoir été elle-même au service des du Puy-Montbrun avant son mariage avec Daniel, et déjà elle avait acquis, en sa qualité propre de demoiselle, ainsi qu'on le verra aux piôces annexes ci-jointes, des terres de mainmorte au lieu de Ghauvetière, terres dont elle avait obtenu l'affranchissement dès 1690. Puis, de concert avec Daniel, elle avait arrondi ses propriétés par de nouvelles acquisitions ; enfin^ en femme avisée, elle avait racheté tous les droits seigneuriaux qui pouvaient peser sur ces terres, les rendant ainsi terres absolument franches. Cette première besogne faite, elle avait fait construire la maison dont nous venons de parler et avait obtenu de son seigneur, en raison de ses bons services, l'autorisation de la surmonter d'une girouette et d'y édifier un colombier.
En 1715, pour achever de se seigneuriser, on achetait un droit de pêche sur la rivière d'Alaîne, pour le service de cette maison et on complétait ce quasi-anoblissement par l'acquisition d'une chapelle dans l'église de Tazilly et d'un banc pour y édifier la sépulture de la famille. Chauvetiôre devenait donc un vrai château (1) et tout se préparait pour faire d'Isaïe, auquel on le destinait, un futur hobereau qui irait prendre rang dans la noblesse du pays. Disons en passant que ces curieuses aspirations nobiliaires de la bourgeoisie, fort en vogue alors et arrêtées un instant par la Révolution, semblent prendre aujourd'hui un nouvel essor qu'il nous semble intéressant do signaler.
Voulant, sans doute, y joindre le lustre de la noblesse d'épée, on fait entrer Isaïe, à dix-huit ans, au Régiment de Saint-Simon, compagnie Dupéré, où il paraît avoir fort mal réussi. Trompant toutes les espérances de sa famille, il déserte et passe en Espagne où il parait avoir demeuré un certain temps. Il revient enfin en France, couvert sans doute par la protection des du Puy-Montbrun et sert pendant trois ans au Régiment de Berry-infanterie. C'est là qu'il obtient enfin de Louis XV, vers 1725 ou 26, des lettres de grâce avec congé absolu et remise de ses biens qui avaient été confisqués lors de sa désertion.
En 1725, sa mère, veuve depuis un certain temps, était passée de vie à trépas au château de Charaplevrier (2), chez M. Bruneau, où elle s'était retirée.
C'est alors qu'Isaïe gracié et propriétaire des biens de Chauvetière que lui a légués sa mère, ayant épousé Marie Saclier, fille de Gaspard, bourgeois à Chassy-en-Mor-
maréchal de camp, qui devÎQt ainsi marquis de La Nocle, baron de Temant, etc. Nous ne savons rien de la vie de Jacques qui vivait encore en 1 702 et s'était sans doute rangé au catholicisme, alors que son frère René s'était réfugié en Anffleferre et y était devenu colonel d'un régiment de Français réfugiés. Du mariage de Jacques et de Charlotte était issue Louise-Alexandrine-Cornélie qui épousa en 1699 Jean-François-Elzéar de Pontevès, marquis de Buous et lui porta La Nocle^ Temant, etc.
(i) On a l'habitude, chez nous, d'appeler château Thabitation de campagne du propriétaire rural, noble ou non, sise dans ses terres.
(a) Champlevrier, commune de Ghiddes, canton de Luzy.
vand, et de Antoinette Demauranglaine, parait s'être adonné à ragricnlture et avoir même exploité une ferme dans le Charolais.
Devenu veuf, il se remaria en 1735 à Françoise Delaud, fille de feu Pierre, notaire à Cronat (1), et de Jacquette Marceau. Retiré dès lors dans sa maison de Chauve tière, il s'occupe de l'administration de ses biens et, tout en faisant sentir à ses voisins et à ses métayers la vigueur de sa poigne, il se met à colliger sur les larges feuillets d'un gros registre soigneusement relié en parchemin qu'un de ses descendants, M. Charles Thierriat, notre excellent voisin, a bien voulu nous confier pendant quelques joursi non seulement tous les actes de naissance, de mariage, de décès de ses parents et des gens de Chauvetière avec lesquels il a des relations, les actes d'acquisitions des terres patrimoniales, rachats de rentes censivières et bordeliëres, dixmes, etc., mais encore tout ce qui lui parait de nature à renseigner ses descendants sur la tenue de ses terres, sur l'administration d'une ferme, les rapports de maître à métayer, la façon de faire les baux, de donner congé, le labour des terres, la moisson, son engrangement, le battage des gerbes, etc., etc. C'est, en somme, tout à la fois, un répertoire notarié du pays à cette époque, en môme temps qu'une vraie maison rustique qu'il écrit là. Un recueil de ce genre ne peut donc qu'être, malgré le style familier et trivial dans lequel il est écrit et que nous avons soigneusement respecté, que des plus intéressants pour nous. C'est la vie rurale, photographiée au vif dans ce coin de terre à la veille de la Révolution, que nous avons ainsi sous les yeux et il nous a semblé que pareil tableau n'est jamais à dédaigner, quand il est fidèle — et celui-là l'est complètement. Bonfils s'y met parfois lui-même en scène, ce qui achève de le compléter.
Il aime surtout à s'étendre, non sans complaisance, et pour montrer qu'il connaît bien son monde et tous les tours et retours du métier, sur les friponneries que commettent les métayers à l'égard des maîtres. Il indique, pour chaque cas, semences, ramassage des gerbes et des fruits, battage, etc., toutes les ruses employées par le paysan, toujours fripon et trompeur, écrit-il, pour réduire à sa plus simple expression la portion du propriétaire, constatant, du reste, qu'il en est ainsi dans tous les métiers, et il en cite de très curieux exemples.
Ces tristes habitudes, faut-il le dire, sont encore loin d'avoir disparu de chez nous et les leçons de Bonfils peuvent encore aujourd'hui être parfaitement utiles à quiconque fait valoir ses terres. Rouler le maître, ce n'est pas de la friponnerie, c'est de l'adresse, c'est pour ainsi dire rentrer dans son dû, de môme que voler son bois, ce n'est pas voler. Le bois pousse tout seul, donc on a le droit d'en prendre sa part. Pour nous, sans excuser ces friponneries, ces vols pourrions-nous dire, car il s'agit souvent de véritables vols, nous pensons qu'il s'agit là d'un état d*âme tout particulier, d'un mal invétéré comme la gale, la lèpre et autres, dont on fut si longtemps avant de pouvoir se débarrasser. On ne vole pas du bois, on va au bois, on va aux châtaignes, comme on va aux balais, à la fougère, c'est-à-dire on va chercher du bois, des châtaignes, des balais, des genêts chez ceux qui en possèdent, comme on va à confesse. Affaire de traditions, de besoins et d'habitudes. Il serait facile, du reste, en remontant
(i) Cronat, commune du canton de Bourbon-Lancj (Saône-et-Loire), à peu de distance de Tazilly.
à la source de certaines de ces habitudes, de remarquer qu'elles proviennent parfois d'anciens droits, d'anciennes coutumes et de notre primitif état de communauté de biens.
Quoi qu'il en soit, du reste, de cette morale, et sans l'excuser, n'est-elle pas, nous pouvons bien l'avouer, notre morale courante, morale d'honnêtes gens, d'honnêtes hommes d'affaires de tous genres, qui deviennent millionnaires avec deux mille francs (le traitement, morale de gens du monde, parfaitement respectés et qu'au besoin, on couvrira d'honneurs et d'encens? Cette morale qu'on trouve si mauvaise chez nos paysans, chez nos artisans et humbles manœuvres, ne fût-elle pas, pendant des siècles, la morale des gens d'épée, des gens de toutes robes, d'illustres intendants et, faut-il le dire, de tous les boursicotiers, de tous les Panamistes, de tous les spéculateurs de tous les temps? Voler le maître, voler son prochain, pourvu que l'acte ne tombe pas directement sous le coup de la loi, n'est qu'un acte d'adresse en affaires. N'est-ce pas encore notre morale vis-à-vis de l'Etat, notre maître, notre premier ennemi, qu'on peut voler en toute conscience, pourvu qu'on ne s'y laisse pas prendre t
Disons, en passant, que ces habitudes de pilleries dont nous nous plaignons tant, et non sans raison parfois, ne sont, souvent aussi, qu'un résultat de l'ancien antagonisme existant entre le vainqueur qui se croit tout permis et le vaincu exploitable à merci, rntre le maître et l'esclave, entre le seigneur et le serf, l'un taillant sa chose à merci, l'autre se défendant par la ruse, faute de mieux, antagonisme qui va se perpétuant à travers les âges, sous divers noms et sous diverses formes. Il a nom aujourd'hui propriétaire et laboureur, patron et ouvrier, capital et travail, etc., éternelle discussion de l'ignorance et de la conscience, de la force et du droit, de l'égoïsme et de l'altruisme, qui ne disparaîtra qu'avec la connaissance et la saine application des lois de la solidarité humaine, de cette morale qu'on peut nommer la morale de l'intérêt bien compris.
Au fond donc, comme nous le disions, ce paysan du Morvand, dont j'aime à suivre l'histoire à travers les siècles, en lutte incessante avec toutes les misères, enfoui dans ses huttes de chaume, perdu dans les ronces et dans les genêts, abandonné à l'ignorance la plus crasse et à des superstitions qu'on entretient avec soin, est-il vraiment si coupable qu'on le dit bien, si fripon qu'on nous le montre î Peut-être que non, certainement que non. Ne sachant comment échapper à la rapacité des dixmeurs de toutes robes, gens d'épée, gens de justice, gens d'église qui le pillent et le harcèlent à plaisir, il se défend comme il le peut, parfois môme, à son détriment : il laissera ses terres en friche, il mêlera ses semants de grains de sable, ou ne sèmera que de mauvaise graine, gardant pour lui le meilleur de la semence, quitte à ne rien récolter. Pourquoi ? Parce qu'il se dit que le meilleur fruit de son travail passera à d'autres qu'à lui ou aux siens et, alors, à quoi bon travailler, à quoi bon être honnête î II restera adonné à la friponnerie parce que son maître aura été pour lui pins prompt à la touche cpi'à la compassion et à la justice. Faites-lui voir, par votre exemple, le profit de rhonnôteté, du travail, de l'instruction, et il deviendra patient, honnête, laborieux et instruit. Il ne demande qu'à vous imiter. Il vous imite plus que vous ne le pensez et, n'estrce pas à sa patience, à sa force de résistance, à sa bravoure que nous devons le meilleur de l'honneur de notre patrie î
Mais pardon do cette digression qui n'a peut-être rien de particulièrement archéo-
logique, quoique se rapportant en somme à notre histoire ; je reviens bien vite aux moutons de Bonfils, à ses porcs, au nourri dont il recommande non sans raison de s'occuper tout d'abord comme étant ce qui fait le vrai rapport d'une ferme. Les notes qu'il donne à ce sujet sont suivies, ainsi que je crois l'avoir dit, d'un assez grand nombre de copies d'actes concernant sa famille, ses acquisitions patrimoniales, actes d'affranchissement de terres mainmortables, de rachats de rentes censivières, bordeliôres, etc., de dixmes et autres droits qui pesaient si lourdement sur les terres et les gens quelques années encore avant la Révolution qui opéra ce que nous pouvons nommer à bon droit le grand rachat de toutes nos servitudes, ce que nous oublions trop volontiers aujourd'hui.
Sous le titre de pièces annexes nous donnons un certain nombre de ces actes qui nous paraissent de nature à bien nous renseigner sur l'histoire des gens et des choses dans ce petit coin de terre de notre Morvand-Nivernais et de notre Luzy en particulier qui nous intéresse à tant d'égards.
Une des plus intéressantes de ces pièces, mais que nous réservons pour en foire l'objet d'un travail spécial qui fera partie de notre prochain Bulletin, c'est le dénom. brement de la justice haute, moyenne et basse de Ternant, d'après une copie qu'en fit faire Bonfils le 23 septembre 1740 sur une grosse du 29 décembre 1537.
Ce dénombrement qui donne les noms de tous les fiefs de Ternant à cette époque, en môme temps que celui des serfs attachés à la glèbe avec leurs meix et tènements et leurs devoirs envers leurs seigneurs nous parait être d'un grand intérêt pour notre histoire locale. C'est presque un nobiliaire de nos paysans avec leurs quartiers de servage. Aussi, n'est-ce pas sans un certain sentiment de respect que je secoue la poussière de ces titres de leur noblesse, de leur labeur, et que je poursuis à travers les âges l'histoire de ces paysans dont tous nous sortons, dont la forte race, dans laquelle nous venons nous retremper, fait le véritable orgueil et l'honneur de la France, qui n'ont, en somme, le plus souvent, d'autre ambition que de vivre là où les leurs ont vécu et peutrètro de posséder un jour un petit lopin de cette terre faite pour ainsi dire de la poussière du corps et du sang de leurs ancêtres.
Pour compléter cette partie de notre travail d'aujourd'hui, nous donnerons, le plus prochainement qu'il nous sera possible, les terriers de la commanderie de Tourny et des prieurés de Saint-André, Avrée et Semelay, ces seigneureries ecclésiastiques qui ne le cédaient en rien aux autres en fait de droits onéreux et oppressifs et qui, s'enchevêtrant dans celles de Luzy, de Savigny, de Ternant, etc., couvraient notre pays des mailles si étroites de leurs filets qu'on se demande, non sans étonnement, comment nous n'avons pas étouffé complètement sous pareil régime. Quel bon vieux temps que celui-là, quand on n'y est plus I
Lucien Gueneau.