‹ MemoiresChapitre 77 sur 93 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

OBSERVATIONS NÉCESSAIRES AU PROPRIÉTAIRE DE CHAUVETIÈRE, LORSQU'IL T A DES

CHATAIGNES, POUR n'ÊTRE POINT TROBfPÉ.

Dès qu'il y aura des châtaignes mures, tant dans les bois que dans d'autres endroits, le métayer doit les abattre et les partager par moitié avec son maître, soit en boules, soit en grains ; mais il peut se rencontrer en ce temps-là que le métayer soit embarrassé dans les semailles ou dans les sombrements des terres ou dans d'autres travaux; d'ailleurs il ne pourrait suffire à les abattre et à les amasser à un ou deux, le maître doit donc envoyer une ou deux personnes de sa maison, autrement ce serait réduire ce métayer à l'impossibilité que de vouloir qu'il les abattit et les amassât à lui seul et ce serait occasionner sa sortie du domaine. On aurait ensuite peine à en trouver un autre et, au lieu de gagner un escu, on perdrait une pistole ou davantage.

Le plus convenable est de faire abattre et amasser les plus belles et la meilleure partie, mais on doit toujours y envoyer les porcs au travers des bois. Si le maître perd quelques châtaignes, il gagne sur les porcs.

Le maître devra faire attention que ses métayers vont courir aux châtaignes dès l'aurore du jour jusqu'au dîner et, pendant ce temps, les porcs sont dans les toits à crier.

Pour moi, j'ai une méthode qui est très favorable à mes cochons. Je me lève de très bon matin et, si mon métayer n'a pas lâché ses cochons, je les lâche et je les laisse courir dans les bois au gland et à la châtaigne.

Lorsqu'il y a bien des châtaignes, la méthode la plus profitable au maître et au métayer est d'accenser à quelque particulier toutes les châtaignes qui sont hors des bois, mais il ne faut jamais accenser celles de la Goutte-au-Loup.

Il m'est arrivé, à moi Bonfils, qu'ayant du gland et des châtaignes dans mes bois et môme des pommes sauvages, un métayer des Préréaux (1) pour le sieur Febvre, chirurgien à Luzy, du nom de Panier, ainsi que ceux de Marsendet et de la Goutte, s'entendaient avec mon métayer de Chauvetière et s'accommodaient ensemble à mon insu pour mener leurs porcs dans mes bois manger mes glands et autres mangeailles qui pouvaient y être. M'en étantaperçu, j'en tuai dans le bois, sans m'en vanter, disant qu'apparemment c'était mon métayer qui les avaient tués, que je n'en savais rien cependant et qu'il ne me l'avait pas dit ni que je l'avais vu les tuer. J'ai su après que mon métayer lui permettait.

( I ) Les Préréaux, hameau de la commune de Fléty. Ce nom parait provenir du nom de François Préréaul, chef de cette communauté au quinzième siècle.

L'année dernière, 1745, J'avais beaucoup de glands dans mes bois de la Goutte-au- Loup et des Abbatays et buissons des prés Barbaux, le nommé Lazaire Panier et les gens de la communauté, métayer aux Préréaux pour ledit Febvro les faisaient manger sans que moi ni mon métayer s'en aperçussent, un homme de mon métayer gardant tous les jours ces bois.

Ledit Panier voyant que mon métayer ou moi tirions sur ses porcs, ne les y laissait plus aller de jour, mais les y conduisait les nuits sans que j'y prisse garde. Par ce moyen, mon gland ne dura guère et ledit Panier engraissait quantité de porcs dont il faisait un gros commerce. Mon gland étant mangé, il en fit de même au nommé Durand, métayer à la Goutte, mais les Durand y prirent garde et empêchèrent de continuer en veillant pour les tuer.

Au temps de la ch&taigne, ledit Panier fit la même chose, ne mettant point ses porcs ès-toits et toutes les nuits ils étaient dans les bois à manger mes châtaignes Qifonger mes prés des Abbatays et des Barbaux.

Allant dans mon bois des châtaigniers dès l'aurore du jour pour voir si personne n'amassait mes châtaignes et si les porcs de mes voisins ne les mangeaient pas, j'y trouvai les porcs de Panier tout au travers.

Je m'en allai chez lui lui dire d'y prendre garde. Je ne savais pas pour lors qu'il les laissait coucher dehors. En arrivant chez lui, je les trouvai tous sortant du lit, aussi bien que les porchers, ce qui me donna le soupçon que leurs porcs n'avaient pas couché au toit. Panier me dit qu'il venait d'ouvrir les toits ; je lui répondis que c'était impossible puisqu'il sortait toujours du lit et qu'il n'était pas encore habillé, que j'avais trouvé leurs porcs dans le fond de mon bois, que je les tuerais si cela arrivait davantage et si les pâtres n'étaient pas là pour les tourner dans le cas d'une échappée.

J'y allai le soir, deux jours après ; je trouvai que les pâtres les gardaient jusqu'à la nuit, en haut, vers la Croix des Préréaux, et que, dès qu'ils voyaient que mes métayers étaient retirés le soir, ils les laissaient courir dans mes bois toute la nuit et les y abandonnaient.

J'en tuai deux cette même nuit dans mon bois et une autrefois un de jour ; d'autrefois, je les mettais au toit et je les aurais menés à Ternant au toit de justice, mais il venait aussitôt s'accommoder avec moi et je lui faisais payer le dommage.

Page 1