OBSERVATIONS POUR LA FAUCHAISON
Le temps pour couper les foins dépend de Tusage ordinaire des domaines ; il y en a d'aucuns dans lesquels on recueille les foins avant la récolte des bleds, d'autres dans lesquels on ne fauche qu'après la moisson faite, ce qui dépend assez du bon ou du mauvais soulage des prés.
Les foins qui sont coupés et bien engrangés avant la moisson valent beaucoup mieux que ceux qui ne le sont qu'après, lesquels sont ordinairement remplis de gros joncs, grenés et durs et souvent, ayant été versés par les pluies, se trouvent pourris par dessous et revivrés à travers le foin, ce qui donne un mauvais fourrage.
L'ordinaire et le meilleur parti à prendre, et c'est celui de la coutume du Nivernais, est de boucher et garder les prés à partir de la Notre-Dame de Mars de chaque année et de les faucher après la SaintJean-Baptiste, afin d'avoir tout fauché et engrangé, si le beau temps le permet, avant la coupe des bleds.
Si le métayer a fait manger les prés jusqu'au 20 avril et que le maître soit en état de le prouver, il lui est dû des dommages-intérêts. Il faut, pour les obtenir, qu'il ait fait faire à son métayer dans le temps qui va du 25 mars, époque où les prés sont de garde jusqu'à ce jour, une signification de protestation de répéter ses dommages et intérêts, ou qu'il ait fait insérer dans son bail que le métayer sera obligé de clore, boucher et garder les prés du domaine à partir de la Notre-Dame de Mars de chaque année, de manière que les bestiaux ne puissent les endommager. Faute de cette sommation ou de cette dernière clause, le métayer pourra opposer une fin de nonrecevoir.
Les foins coupés en nouvelle lune, notamment ceux où il y a des joncs et de grandes herbes, sont plus tendres que ceux coupés en lune décroissante, c'est-à-diro dans le plein de la lune ou dans son dernier quartier.
Il faut les serrer toujours bien secs et bien conditionnés, parce que les bestiaux les mangent mieux, qu'ils leur sont plus profitables et qu'ils n'y font pas tant de dégâts que dans du mauvais. Il leur en faut moins et ils ne le gâtent pas ni ne le perdent pas en le foulant aux pieds.
Il faut faire baigner et arroser les prés pendant l'hiver, avant le printemps, et en ôter l'eau au mois d'avril, si surtout il fait chaud, dans la crainte qu'elle ne chaude les prés, principalement dans les prés de fond, mais dans les prés de séeheron l'eau est bonne dans tous les temps, elle fait pousser, peupler et croître les herbes.