CHAPITRE XI
OBSERVATIONS SUR LA PRÉPARATION DE LA TERRE AFIN DE LA METTRE EN BON ÉTAT DE RECEVOIR LA SEMENCE. — COMBIEN IL FAUT D'éCOUS OU TOURS DE CHARRUE. — POUR LA COUPE DES BLEDS. — POUR FAIRE MOUDRE LA FARINE.
Le premier tour de charrue s'appelle sombrer, le second s'appelle biner; cette seconde façon se donne beaucoup plus profonde en terre que la première et notamment si il y a des fougères; elle les casse et Tannée suivante elles ne reviennent pas aussi longues dans la graine, cela les avorte et il leur faut ensuite du temps pour redevenir aussi grandes qu'avant.
Si il s'agit d'une bonne terre ferme et qui produit des herbes, on lui donne un troisième tour qui s'appelle refraîeher, mais il suffît de deux tours dans une terre vaine qu'il faut herser de bonne heure et laisser ainsi jusqu'à la réception de la semence.
Il faut que le bled soit bien couvert et enterré avec soin après sa semence ; si on a semé sur un roc, il faut faire les regus (1) plus étroits ou à Varee (2), afin qu'ils soient bien couverts, le bled prendra mieux racine et ne sera pas si sujet à être déraciné par les gelées et les frimas de l'hiver.
Il ne faut pas s'en rapporter à de mauvais laboureurs qui vous diront le contraire et qui n'auront que de mauvaises raisons à opposer à ce qui est dit ci-dessus, ils n'ont ni expérience ni connaissance.
En ce pays, aussitôt après les semailles faites, il faut sombrer, même le tout, avant le grand de l'hiver si faire se peut; ce n'est pas comme les endroits dans lesquels on peut ne sombrer qu'au printemps.
En ce pays, il faut pour bien faire que toutes les terres qu'on veut emblaver dans l'année aient reçu tous les tours de charrue et d'arce avant la moisson, à moins que ce ne soit dans quelques endroits qui ont produit beaucoup d'herbe ou dans les terres fortes qu'on repasse après la moisson.
Pour la coupe des bleds, on suit l'usage du pays suivant lequel on laisse les redoublées (3) dans les champs à hauteur d'un pied et demy. Si il y a dans les champs des hyèbles, fougères, chardons ou épines, le métayer n'est pas obligé de les extirper totalement, ce serait le réduire à une espèce d'impossibilité. Il faut ajouter qu'un
terre.
(i) Sillon.
(2) Herse.
(3) Redoublée ou étoule ou encore le chaume. C'est la partie de la tige qu'on laisse adhérente à la
la
métayer qui prend souvent plusieurs ouvriers pour lui aider à faire sa récolte n'est pas maître de les régler; ils sont censés travailler suivant Tusage du pays.
Les pailles coupées au croissant de la lune sont plus tendres à manger pour les bestiaux que celles coupées au décroissant.
Les moissonneurs doivent amasser les graines le mieux qu'ils peuvent et ne point affecter de laisser beaucoup d'épis à terre, soit à dessein de les amasser ou de les faire manger aux cochons ou autres bestiaux.
Observations pour faire moudre la farine. — • On fera moudre la farine au déclin de la lune, elle se conservera mieux. Il faut que le bled qu'on fera moudre soit bien sec. Pour préserver la farine des petites botes qui se mettent dedans il faut y mettre, dans plusieurs endroits, des ferrements et de l'étain.
Il faut vanner les grains et les cribler de môme au déclin de la lune.