INTRODUCTION
Au cours des dernières années, nous avons essayé de réunir la plupart des anciennes inscriptions du pays de Montbéliard et des seigneuries qui Tavoisinaient. Le travail que nous pré sentons au lecteur est forcément incomplet, car beaucoup d*inscriptions ont dû échapper à nos investigations : il est très difficile, sinon impossible, de mettre la main sur tous les objets qui intéressent Tépigraphie. D'autre part, les actes de vandalisme qui se succèdent chaque jour, nous privent de pièces curieuses et rares : on brise des sarcorphages pour en faire des pierres à bâtir ; on vend au loin des monnaies qui pourraient nous aider à fixer certains faits; on retaille les vieilles tombes de nos cimetières pour en faire de nouvelles ; on badigeonne, on crépit de vieilles pierres qui portaient gravées des dates et des inscriptions ; on détruit des actes sur parchemin dont les sceaux pourraient être des auxiliaires pour l'histoire...
Il nous a donc semblé que le moment était venu de recueillir les inscriptions qui ont échappé au vandalisme. Nous avons fait le tour de nos villages, nous avons parcouru les rues de Montbéliard, de Belfort et de Porrentruy; nous avons visité les églises les plus anciennes ; nous avons examiné les tombes des anciens cimetières ; nous avons demandé des renseignements à toutes les personnes compétentes, et nous avons réussi à composer un recueil inédit, dans lequel, cependant, nous n'avons pas hésité à faire figurer les inscriptions disparues que différents auteurs ont reproduites, à commencer par celles qui provenaient des fouilles effectuées jadis à Mandeure et qui se rapportent k Epomanduodurum. Nous publions d'abord ces dernières ; puis nous donnons, par ville et village, dans Tordre alphabétique, toutes les inscriptions que nous avons pu découvrir. Et nous terminons par quelques considérations générales dont l'historien ou l'archéologue pourra tirer profit.
Mais comme la connaissance de Thistoire du comté de Mont béliard et des seigneuries qui l'environnaient doit faciliter rinteiligence des inscriptions transcrites, nous nous permettons de donner ici un aperçu très bref de cette histoire : elle se rapporte à un pays qui, géographiquement, correspond au bassin de l'AUan et à la partie du Doubs où se jette TAUan, et qui, historiquement, s'est appelé VElsgau, ou pays d'Ajoie.
Ce pays commença à se peupler vers l'époque magdalénienne, aux temps lointains où l'homme se servait d'outils et d'armes en silex taillé. Dans la période suivante, appelée néolithique, rhomme habite des camps retranchés, cultive les céréales, se fait des ustensiles de glaise durcie au soleil ou au feu et polit le silex dont il tire ces haches qui font encore notre admiration. Les âges qui succèdent au néolithique nous sont mal connus. Nous savons seulement qu'une localité celtique dune certaine importance a précédé la cité gallo-romaine d' Epomandtiodurum dans la vallée du Doubs, sur les territoires actuels de MatUay et Mandeure.
Epomanduodurum, après avoir jeté un certain éclat sous les Antonins, succomba sous les coups des barbares. Sur ses ruines s'éleva un village fortifié dont on retrouve la trace au VllI^ siècle. Vers le Vl« siècle, les Burgondes s'étaient établis dans le pays de Montbéliard, apportant aux populations indigènes le christianisme arien et les coutumes germaniques. Au VIP siècle, les moines de Luxeuil avaient essayé de convertir au catholicisme les hordes à moitié sauvages qui peuplaient la vallée du Doubs et avaient défriché d'immenses territoires où apparaîtront bientôt quelques uns de nos villages actuels.
De ces temps troublés, où les races s'entremêlent, où les civilisations s'entre choquent pour se fondre ensuite, où les frontières n'existent plus, aucune inscription ne nous est parvenue. Seuls quelques cimetières burgondes nous livrent de maigres témoins de la civilisation germanique.
Nous ignorons aussi à qui appartenait l'Ëlsgau. Les historiens locaux ne sont pas d'accord quand ils délimitent ce petit pays, quand ils en étudient les maîtres. Ce qui est certain, toutefois, c'est que l'Eglise possède des biens étendus et que des familles
nobles commencent à se partager de vastes territoires. Les comtes de Monlbéliard prennent peu à peu une grande influence, fortifient Montbéliard, mentionné pour la première fois comme cQstrum vers 970, et, dans les premières années du XI^ siècle, possèdent tout le pays dont nous nous proposons d'étudier les inscriptions : Montbéliard, Belfort, Délie, Porrentruy, Héricourt, Blamont, Etobon, La Roche-Saint-Hippolyte, Montjoie, Neufchâtel, et même, au-delà, Ferrette, Granges, etc.
De 1024 à 1162, c*est la maison de Mousson qui règne sur le pays de Montbéliard. Sous le dernier représentant de cette famille, Thierr}* II (1125-1162), labbaye de Belchamp est fondée et jouit de grands privilèges. — De 1162 à 1282, la maison de Montfaucon succède à la précédente et fournit de rudes guerriers, dont le type achevé es! Thierry III, dit le grand baron (1228-1285). — La maison de Châlon, qui règne ensuite à Mont béliard (1282 1332), se fait remarquer par son esprit libéral : Renaud de Bourgogne (1282-1321), qui avait épousé Guillemette de Neufchâtel, accorde des franchises aux habitants de Montbéliard en 1283 et aux habitants de Belfort en 1307. — De 1332 à 1397, le comté de Montbéliard fait retour à la maison de Montfaucon (branche cadette). D'importants démembrements ont lieu à la un XI1I<' siècle et au commencement du XIV^. Les sires deNeufchàtel-Bourgogne étendent peu à peu leur domination et les limites du comté de Montbéliard se resserrent. — En 1397, ce comté passe à la maison de Wurtemberg par le mariage d'Heiu*iette de Montbéliard avec Eberhard IV le jeune. Sous les règnes d'Ulrich V et de Louis h'^, les Ecorcheurs ravagent notre pays et sèment les ruines et la désolation sur leur passage (1444). Sous Henri II (1473-1482), les désordres recommencent : la guerre de Bourgogne met à feu et à sang le comté de Montbéliard.
Le duc Ulric (1498 1526 et 1535-1550) favorise le mouvement de Réformation qui se propage en Allemagne et en Europe. Le protestantisme s'implante dans le comté de Montbéliard ; prêché d'abord par Farel, il est organisé par Pierre Toussain. Compromis un instant par Vlntérim, il reprend vigueur en 1552 et remplace définitivement le catholicisme. Sous le règne du duc Frédéric, le luthéranisme triomphe et la scolastique de Tubingue va mouler pendant de longues années les esprits montbéliardais. Frédéric fut un grand bâtisseur. On sait que Montbéliard lui doit plusieurs de ses édifices. Mais l'essor que
prend cette petite ville est arrêté par la terrible invasion des Lorrains qui, de 1586 à 1587, ruinent le comté de Montbéliard. A peine remis, il est piétiné et ravagé par les armées qui sont engagées dans la guerre de Trente ans. Ses princes, Louis- Frédéric (1617-1631), Léopold-Frédéric (1631-1662), sont impuis sants en face des Suédois et des Impériaux. C'est à grand'peine que nos villages, ravagés par la peste, se relèvent de leurs ruines. Georges 11 (1662-1699), malgré ses travers, fait de réels efforts pour réparer le mal accompli. Malheureusement, ils sont contrecarrés par la seconde conquête de la Franche-Comté (1674). Dès lors, la France usurpe les droits du prince de Montbéliard et des actes d'intolérance se succèdent dans les villages des seigneuries dépendant du comté proprement dit. Léopold-Eberhard (1699-1723) n'est pas le prince qui peut tenir en respect l'intendant de Franche-Comté : ses amours et l'établissement de ses bâtards le préoccupent trop pour qu'il pense à la situation morale et matérielle du pays de Montbéliard. — Sous le règne de ses successeurs (Eberhard-Louis (1723-1733), Charles-Alexandre (1733-1737), Charles-Eugène (1737-1793), la France continue ses empiétements, ses tracasseries. La petite cour montbéliardaise jette un dernier éclat au château d'Etupes, puis la Révolution, reprenant la politique de Louis XIV, réunit le comté de Montbéliard à la France (1793) (^).
La ville d'Héricotirt et les villages qui formèrent la seigneurie de ce nom appartinrent d'abord aux comtes de Monti3éIiard. Héricourt est mentionné pour la première fois dans une charte de 1 136. Son châleau-fort remonterait à celte époque. C'est aussi vers le même temps que fut fondé le prieuré de SaintValbert(1120). De 1327 à 1561, la seigneurie d'Héricourt passa successivement aux maisons de Bade, de Linange (1366), d'Autriche (1369), de Neufchâtel- Bourgogne (1377), de Furstemberg (1505), d'Ortem-
(1) V. P.-E. TuelTerd, Histoire des comtes souverains de Montbéliard, Mém. Soc. d'Emul. de Montbéliard. 1877
bourg (1527). Elle revint à la maison de Montbéliard en la61 (').
La seigneurie de Clémont appartint d'abord aux comtes de la Roche Saint-Hîppolyte, puis à Idbbaye de Lucelle. En 1242, elle passa aux sires de Neufchâtel-Bourgogne. Son blason était : de gueules à une clef d'argent en pal. Ses habitants furent affranchis en 1338. En 1423, Clémont fut pris par Tévéque de Bâle ; en 1475, par les troupes suisses. Clémont passa alors à l'Autriche. En 1478, il retourna à la maison de Neufchâtel. En 1505, cette seigneurie appartient à la famille de Furstemberg. Elle passe en 1524 à TAutriche; en 1527, aux comtes d'Ortembourg ; et, en 1561, aux comtes de Montbéliard (*).
La seigneurie du Châtelot a suivi à peu près les mêmes vicissitudes. Possédée d'abord par les comtes de Montbéliard, elle passa à la maison de Neufchâtel en 1282 ; elle restait sous la suzeraineté des comtes de Montbéliard. Cette suzeraineté passa à la maison de Ferrette en 1326. De 1377 à 1476, les sires de Neufchâtel possèdent cette seigneurie en toute souveraineté. De 1476 à 1481, elle est aux mains des archiducs d'Autriche. Elle appartient ensuite à Claude de Neufchâtel (1481-1505) ; à la maison de Furstemberg, qui affranchit ses habitants en 1520; à l'Autriche (1524-1527) ; aux comtes d'Ortembourg (1527-1561) ; à Claude-François de Rye (1561) et aux comtes de Montbéliard (1561)0.
La seigneurie de Blamont, possédée d'abord par les comtes de Montbéliard, passa à la maison de Neufchâtel (1282-1506) pour revenir auxdits comtes. Ils l'eurent en toute souveraineté de 1506 à 1679, et ils la possédèrent sous la suzeraineté de la France de 1679 à 1789 (*).
La seigneurie d'Etobon avait été distraite du comté de Montbéliard en 1287 ; après avoir passé à la maison de Bourgogne,
(1) V. Ch.-Aug. Chenot, Notice historique sur l'introduction de la Réforme religieuse dans les trois seigneuries souveraines d'Héricourt, de Clémont et du Châtelot. Mém. de la Soc. d'Em. de Montbéliard, 1881. — P.-F. Beurlin, Recherches historiques sur l'anciemie seigneurie d'Héricourt, 1881. {Manuscrit, Bibliothèque de Montbéliard).
(2) V. Ch.-Aug. Chenot, ouïr. cité. — F. -F. Beurlin, Recherches historiques sur l'ancienne seigneurie de Clémont (Manus. Biblioth. de Montbéliard).
(3) v. P.-F. Beurlin. Recherches historiques sur l'ancienne seigneurie du Châlelot. Mém. de la Soc d'Emulation de Montbéliard. 1887.
(4) v. P.-F. Beurlin, Recherches historiques sur l'ancienne seigneurie de Blamont (Manus. Biblioth. de Montbéliard;.
elle fut réunie au comté de Montbéliard en 1362 (i). Elle conserva sa justice particulière jusquen 1620. Les habitants d'Etobon avaient été affranchis dans la deuxième moite du XIV® siècle. Les sujets de la seigneurie d*Etobon qui dépendaient directement du comté de Montbéliard furent affranchis en 1431 parla comtesse Henriette.
La seigneurie ou comté de Belfort appartenait primitivement aux comlesde Montbéliard. En 1321, ellepassa à Jeanne de Montbéliard, comtesse de Ferrette; puis, en partie, à la maison d'Autriche (13t')0 1373], pour rester entièrement à cette maison, de 1373 à 16*36. Sous la domination autrichienne, les seigneurs de Belfort furent : Catherine de Bourgogne (1400-1426); Frédéric II et Sigismond d'Autriche (1426-1489); les barons de Morimont, seigneurs engagistes (1489-1563); Ferdinand II d'Autriche (1563-160;>) ; Rodolphe II, Maximilien et Léopold, évéque de Strasbourg (1605-1636). En 1636, Belfort est pris par le comte de la Suze au nom de Louis XIII. La domination française va de 1636 à la Révolution. D'abord le comte de la Suze fut nommé gouverneur ; puis la seigneurie de Belfort fut donnée par Louis XIV au cardinal de Mazarin (1659) pour le récompenser des services qu'il avait rendus à la France. A Belfort s'ajoutaient, dans cette donation. Délie, Thann, Altkirch etisenheim. Toutefois, Mazarin ne gouverna pas la seigneurie de Belfort. Ce furent les ducs de la Meilleraye qui, devenus comtes de Belfort en qualité d'héritiers du cardinal, y exercèrent le pouvoir : le premier d'entre eux, Armand-Charles de la Porte (1654-1713), était le mari d'Ilortense Mancini, nièce de Mazarin. Les de la Meilleraye prirent le titre de ducs de Mazarin (*). Paul-Jules de la Meilleraye, son fils, lui succéda, de 1713 à 1731. Belfort passa ensuite à Guy-Paul-Jules de la Meilleraye (1731-1740) ; à Louise- Jeanne de Durfort de Duras, duchesse dAumont-Mazarin
(1) V. P.-F. Beurlin, Mémoire historique sur l'ancienne seigneurie d'Etobon. 18^0. Une partie de celte seigneurie avait éié réunie au comté de Montbéliard d^s 1349, année où mourut Eudes de Bourgogne (Mém. p. 39;.
(2) Armand-Charles de la Porte signait : « Le duc de Mazariny ».
(1740-1780); au duc de Valenlinois et à la duchesse de Valen tinois-xMazarin (178M790) [%
La seigneurie de Délie appartint dès le XIV^ siècle aux comtes de Ferrette. Elle passa à la maison d'Autriche par le mariage de la fille d*Ulric de Ferrette, Jeanne, avec Albert d'Autriche (1324). En 1648, Délie appartient à la France. Comme nous venons de le voir, cette seigneurie, englobée dans le comté de Belfort, fut gouvernée par les ducs de Mazarin, de i6o9àl7iJ0.
La baronnie de Montjoie remonte très haut. Les barons de Montjoie sortaient de la maison de Glère. Jusqu'en 1414, ils sont désignés sous le nom de Glère-Montjoie. D'après l'abbé Richard, ils seraient issus d'une branche cadette des comtes de Montbéliard ou de Ferrette, Jean de Gliers est le premier seigneur connu de cette maison noble (vers dlrO). Mais l'histoire certaine de cette famille ne commence quen 1183, avec Hugues, chevalier de Chilirs. Viennent ensuite Richard 1" de Cliers, son fils (vers 1233), qui probablement fit élever la forteresse de Montjoie ; Richard II, qui épousa la sœur du comte Ulric de Ferrette (vers 12o0); Guillaume !«' (1291), vassal de Renaud, comte de Montbéliard, puis de l'évèque de Bâle (1300) ; Guillaume II, sire de Montjoie et de Moron (vers 1327), vassal de Thiébaud V de Neufchàtel-Bourgogne; Louis de Montjoie, qui épousa Jacobée de Cly, fille de Pierre de Cly, seigneur de Roche-d'Or (1360) ; Guillaume, évoque de Béziers (f 1451); Jean I«f {142o-1438), frère du précédent, fils de Louis: en lui s'éteint la maison de Glère ; — Jean-Louis de Thuillières Montjoie, époux de Guillemette de Montjoie, fille de Louis : Jean- Louis est vassal de l'Autriche (1439) ; Didier 1" (1454 f avant 1491). — Les fils de Didier, Etienne et Nicolas, furent la tige de deux branches de la maison de Montjoie : d'Heymerstorf et de Froberg (ou Montjoie). La branche d'Heymerstorf s'éteignit vers 1686. Les seigneurs de Montjoie proprement dits furent, à partir d'Etienne (f vers 1540) : Népomucène et Marc, fils d'Etienne ; Didier, fils de Marc (f 1580) ; Jean 11, autre fils de Marc, père de la célèbre Claudine ; Jean-Simon, fils de Jean II (t 1610) ; Jean-Georges, fils de Jean-Simon, qui vit la destruction
II) H. Bardy, Etude hntorique sur Belfort. N" i(\, 17, 18. lU et 21 du Bulletin de la Société belfortainc d'ËmulaUon. ]897 190*.
de son château et qui s'établit à Vaufrey (f vers 1659) ; Béat- Albert (t 1723), chef de la maison de Vaufrey, et Jean-François- Ignace, chef de la maison d'Hirsingen : Béat-Albert achète le comté de la Roche-Saint-Hippolyte en 1703; Didier H (f 1736), fils de Béat-Albert; Béat-Jean-Baptiste-Hattmann (f 1761); François-Ferdinand-Fidèle-Haman (f 1818). Nous n'avons noté que les chefs de la maison de Montjoie qui habitaient notre pays et géraient les biens de leur famille. Il convient d'ajouter que ces biens étaient indivis et que les représentants de cette famille, qui furent nombreux, n'ont jamais cherché à morceler le patrimoine commun (*).
La maison de Neuf châtel- Bourgogne a été beaucoup plus puissante que celle de Montjoie. Elle commence, selon l'abbé Loye (*), avec Amédée de Montfaucon, vers 1130. De 1165 à H69, neuf Thiébaud se succèdent et agrandissent progressivement leurs domaines. Thiébaud II (1221-1260) acquiert en 1242 les terres qui forment la seigneurie de Clémont. Thiébaud III {1260-1270), gendre de Thierry 111 de Montbéliard, ajoute à ses domaines Etouvans, Viilars-sous-Ecot, les fiefs de Cusance et de Bermont, les seigneuries de Blamont et du Châtelot. Il fonde l'Isle-sur-le-Doubs en 1264 et possède tous les villages qui formeront la seigneurie de ce nom. Parmi les acquisitions de Thiébaud IV (1270-1308), il faut noter l'avouerie de Dasle. Au XIV^ siècle, les vassaux de Thiébaud V (1308-1337) et de Thiébaud VI (1337-1400) sont innombrables : la maison de Neufchâtei est à son apogée. Thiébaud IX (1459 1469), qui avait été créé maréchal de Bourgogne en 1443, se signala dans de nombreux combats et plus particulièrement dans la lutte qu'il soutint contre les Ecorcheurs et contre les Liégeois, dont il prit la ville au nom de Charles le Téméraire en 1469. Ses fils, Henri, Claude et Guillaume, seigneurs de Neufchâtei de 1469 à 1505, ne laissèrent pas de postérité masculine. De 1506 à 1530 ce sont des seigneurs (*) alliés par les femmes à la maison de
(1) V. abbé Richard, Essai sur l'histoire de la maison et baronnie de Montjoie. Besançon, Jacquin. Ifc'GO.
(2) Abbé Loye, Histoire de la seigneurie de Neufchâtel-Bourgogne. Montbéliard. Ifc90. p. 74 et suivantes. — V. aussi abbé Richard, Recherches historiques et statistiques sur l'ancienne seigneurie de Neufchâtei au comté de Bourgogne. Besançon. Ch. Deis. 1840.
(3) Guillaume de Furstemberg, Félix de Verdemberg et Christophe de Longwy.
Neufchâtel qui gouvernent, tout en se combattant, les vastes domaines de Thiébaud IX. De 1530 à 1580, ia maison de Rye (Marc, Joachim et Gérard) possède la seigneurie de Neufchâtel et ses dépendances. De 1580 à 1648, Eléonor Chabot, comte deCharny, Christophe de Rye-la-Palud, marquis de Varembon, et François de Rye sont seigneurs de Neufchâtel. De la famille de Rye, la seigneurie de Neufchâtel passa à fa maison de Durfort de Lorges en 1728 et aux Durfort de Ci vrac en 1772.
Le comté de la Roche-Saint-Hippolyte na pas une histoire aussi brillante que la seigneurie de Neufchâtel. Ses premiers comtes cependant possédaient de grands domaines, dont plusieurs passèrent à d'autres maisons au cours des temps. Ils apparaissent au Xll® siècle : Simon (vers 1139), Odon (vers 1140), Jean l^^ (vers 1216), Odon 11 (vers 1240). Les comtes de la Roche sont alors les bienfaiteurs de nombreux monastères. Ils dépendent d'abord des comtes de Montbéliard, puis deviennent les vassaux des Montfaucon-Vercel. Odon II avait fait conslruire les deux forteresses de Châtillon et de Clémont. Jean 11 (1260- 1317) affranchit les habitants de Saint- Hippoly te en 1298 et fonda dans cette localité un chapitre composé de huit chanoines (1303). Son fils Richard lui succéda de 1317 à 1323. En 1360, le comté de la Roche passa à Henri de Villersexel, gendre de Richard. La maison de Villersexel posséda le comté de la Roche jusqu'en 1440. A cette date il passe à François de la Palud, sire de Varembon. En 1544 la maison de Rye hérite le comté de la Roche et le conserve jusqu'en 1658. De 1658 à 1703 il est aux mains de Charles Eugène d'Aremberg. Nous avons vu que Béat-Albert de xMontjoie acheta le comté de la Roche au prince d'Aremberg en 1703. De 1703 à la Révolution, il reste à la famille de Montjoie (^).
Quant à VAjoie suisse, dont le chef-lieu a toujours été Porrentruy etqui a toujours parlé le français, comme, d'ailleurs, toutes les seigneuries dont nous venons d'esquisser l'histoire, elle ne fit pas de tout temps partie des domaines du princeévèque de Bâle. Elle appartint d'abord aux comtes de Ferrette (1125 1236); puis aux comtes de Montbéliard, de 1236 à 1283. Les évoques de Bâle possédèrent Porrentruy de 1283 à 1386 et lui octroyèrent des franchises en 1283. Cette principauté revint
(l) V. abbé Loye, Histoire du comté de la Roche et de Saint-Hippolyte.sa capitale. Montbéliard 1888.
aux comtes de MoDtbéliard en 1386. Mais en 1461, elle est de nouveau aux princes-évêques de Bâie (1461-1792). Porrentruy se constitua en république — République de la Rauracie — du 24 mai 1792 au 23 mars 1793. Porrentruy devint alors le cheflieu du département du Mont-Terrible. Il fut rattaché à la Confédération suisse en 1813.
Parmi les princes-évêques de Bàle qui gouvernèrent Porrentruy, quelques-uns se sont signalés par de grandes qualités, tel Jacques Christophe de Blarer de Wartensee (1575-1608), dont nous aurons Toccasion de reparler. D'autres furent cruels et impitoyables, tel Jacques Sigismond de Reinach-Steinbrunn, qui eut à lutter contre les actes d'indépendance de Pierre Péquignat(t 1740).
Les princes-évêques de Bàle avaient dû quitter cette ville quand la Réforme y fut introduite (1527). Ils fixèrent alors leur résidence soit à Porrentruy, soit à Delémont, dont le château fut construit par Jean-Conrad II, baron de Reinach- Hirtzbach (1717; (M-
Il nous reste à dire quelques mots des châteaux les plus connus que les anciens seigneurs avaient fait élever sur différents points du comté de Montbéliard et des pays avoisinants.
Le château de Clémont existait déjà en 1261 (*). Incendié en 1475 (»), il fut détruit en 1519 (*) par Guillaume de Furstemberg.
Le château d'Etohon fut certainement construit à une époque très ancienne. Mais la date de sa fondation ne nous est pas
(1) V. Trouillat, Monuments de ^histoire de rancien évêché de BâlCy T. I., Introduction, p. LXII-CXLIV; T. Il, Introduction, p. I CXXX. 185Î- 1854. — V. aussi abbé A. Daucourt, Dictionnaire historique des paroisses de l'ancien évêché de Bàle, T. V. 1905. — Mgr. Vautrey, Histoire des évêques^ de Bâle. Einsiedeln. 18^4. 4 vol.
(2) Beurlin, Recherches hist. sur l'anc. seigneurie de Clémont,
(3) Ephém.tS février.
(4) Loye, Hist. de la seign. de Neufchâtel, p. Î08.
— Inconnue. 11 existait déjà en 1335 (0* Réparé en 1456 (*), il fut détruit par Guillaume de Furslemberg en 1319 (•).
Le château de lioche-d'Or existait déjà en 1284 (*). 11 fut détruit par ordre de Tévéque de Bàle en lo9o {^),
Le château de ChâUllon-sous Uaïche, qui avait été construit par les conrtes de la Roche, fut détruit par les Français lors de la première conquête de la Franche-Comté (1668) (").
Le château de Chamabœi existait en 1282 (^) ; il fut détruit par les Ecorcheurs en 1439 (*), selon P. E. Tuefferd, en 1475, selon l'abbé Loye et Trouillat (•).
Le château de filamont est mentionné en 1284 : Caxtrum dictum Blamunt et villam cum svis pertinentiis ('^ En 1375, il est appelé (( chastel et forterace de Blamont »('*). Détruit en 1475 ("), dans la guerre de Bourgogne, il fut relevé par le duc Christophe en 1545 (^*). Le premier château de Blamont était situé un peu plus à Test que le second.
Le château de Mantjoie existait certainement en 1300; il est explicitement mentionné dans une charte de cette année sous le nom de castrum{^*). Il subsista jusqu'en 1635; à cette date, il fut pris et démantelé par le maréchal de la Force (").
Le château de la Roche était construit à rentrée de la grotte de ce nom. La date de sa fondation nous est inconnue. Pendant la guerre de Trente ans, il fut restauré et servit de refuge aux habitants du pays. Il fut rasé en 1668, pendant la première conquête de la Franche-Comté par Louis X1V(").
(1) BeurliD, If^m. hist, sur l'anc, seign. d'Elobon, p. 36.
(2) Ibid., p. 5>.
(3) Ibid.. p. 63.
(4) TrouiHat, II, p. f9.^.
(5) Trouillat, II, p. 386, notes 1 et 3.
(6) Loye, Higt. du comté de la Roche, p. 227.
(7) TpouUlat, II. p. 352.
(8) Hist. des Comtes mouver. de Monibéliard, p. 229.
(9) Bist. de la seigneurie de Neufchâtel, p. 193. — Trouillat, II, p. 352.
(10) Trouillat, II, p. 395. 700.
(11) Trouillat V.p 156.
(12) Epkém. 28 février.
(13) Loye, Hist. de la seign. de yeufchâtel, p. 234.
(14) Trouillat, II, p. 702.
(15) Abbé Richard. Essai sur l'hist. de la maison et baronnie de Montjoie^ p. 53-54.
(16) Loye, Hist. du comté de la Roche, p. 227.
Le château de Dampierre-sur-le-Doubs subit plusieurs assauts pendant la guerre de Trente ans. Il fut brûlé le 24 juin 1637 (*).
Le château de Granges fut brûlé le 18 janvier 164o(*). Celui du Magny-Danigon fut pris parles troupes du duc Charles de Lorraine, qui suivait le parti de l'empereur d'Allemagne (1633). En 1650, Léopold -Frédéric donna ce château à son maître d'hôtel, Wolfgang Zorn dePlolzheim (•), A partir de 1662, il fut loué à des fermiers par le prince de Montbéliard('). En 1671, Georges II le céda à Nicolas de Biais, sieur du Boulley (*). Cette famille s'éteignit en 1698. En 1700, le château tombait en ruines et cessa d'exister quelques années après (*).
Le château de Melisey fui détruit en 1644 par Tu renne en personne (^J. Le château de Passavant le fut également au XVII« siècle.
Le château du Châtelot, ainsi que celui ôeVIsle sur-le-Doubs, furent rasés en 1476 par les Suisses, pendant la guerre de Bourgogne {*). Le château de Bélieu existait déjà en 1238 : castrum nostrum in Belio, dit le comte Thierry dans une donation (»). Nous ignorons la date de sa destruction.
Le château de Délie existait déjà en 1284 ('''). Il fut détruit par les Français en 1674. Il avait été restauré en 1581(*»). Le château de Milandre est nommé dans une charte de 1282(*'). Il en est souvent question dans des chartes postérieures. Nous ignorons à quelle époque il fut démantelé.
Plusieurs auteurs se sont occupés des châteaux de Montbéliard, d'Héricourt et de Porrentruy. Nous n'entrerons donc pas dans des détails qui ne seraient que des répétitions déplacées. Nous nous contenterons d'indiquer quelques dates qui pourront intéresser le lecteur.
(1) Chron. de Bois de Chesne, Mém. de la Soc. d'Em. de Mont. 1855, p. 147.
(2) Ibid., p. 171.
(3) Beurlin, Mém. hUt. sur Vanc. seigneurie d'Etobon. p, 113- 125.
(4) Jbid., p. 130.
(5) Ibtd., p. 131.
(6) Ibid., p. 140.
(7) Chron. de Bois de Chcsne, 1855, p. 168.
(8) Loye, Histoire de la seign. de Neufchâtel, p. 194.
(9) Tuetey, Cartulaire du comté de Montbéliard, p. 149.
(10) Trouillat, II, p. 398.
(11) V. l'arUcIe : Délie.
(12j TrouîUat, II, p. 352.
Le château de Montbéliard est déjà cité au X^ siècle. La partie appelée ChâtrA- Devant, ou Vieux-Donjon, fut construite, selon toute vraisemblance, au XV1<^ siècle. Elle fut démolie tout à la fin du XVIII» siècle. Le Châtel- Derrière, ou Neuf-Donjon, est mentionné au XIV^ siècje. Il était flanqué de deux tours, réparées ou reconstruites à différentes époques, et qui existent encore aujourd'hui, donnant au château de Montbéliard son cachet unique. La tour ronde, construite par la comtesse Henriette avant 1422, fut réparée en 1590. La tour neuve fut reconstruite en 1594 sous le duc Frédéric. Quant au bâtiment qui constituait à proprement parler le Châtel-Derrière et qui est rectangulaire, il fut reconstruit en 1751 (*).
D'après P.-F. Beurlin ('), le château é'Héricourt aurait été construit au Xlb siècle. En tout cas, il existait en 1314, puisqu'il fut donné à celte date par Renaud de Bourgogne à sa fille Jeanne ('). Les ducs d'Autriche s'en emparèrent en 1369 (*). Il fut brûlé en 1425. En 1474, il subit un furieux assaut et dut se rendre aux Suisses, pendant la guerre de Bourgogne (*). 11 fut restauré en 1525 et en 1564. En 1588, la ville d'Héricourt fut prise par les troupes lorraines. Le duc Frédéric, mécontent des habitants, fit raser les murs de cette place; mais le château fut épargné (°). Héricourt soutint un nouveau siège en 1637; mais les Impériaux durent battre en retraite 0- Restauré vers 1662 ('), le château d'Héricourt fut démantelé pendant la seconde conquête de la Franche-Comté (1677) (*) ; l'arsenal, qui se trouvait à l'intérieur, fut détruit. Mais les quatre tours, tour d'Espagne,tourGigotte,tour delà Lanterne, Grosse-tour, restèrent debout. La princesse Sibylle, veuve de Léopold-Frédéric, qui occupait ce château depuis 1663, le quitta alors pour retourner en Wurtemberg. De 1721 à 1735, il fut habité par Anne Sabine,
(1) P.-E. Tuefferd, Notice historique sur Montbéliard et ses jnonuments, Mém, Soc. Emul. Mont. 1868. v. p. 461 et suivantes.
(2) Recherches hist. sur fane, seigneurie d'Héricourt, manusc. p. 33.
(3) P.-E. Tuefferû, Hist. des Comtes..., p. lOi.
(4) Ibid., p. 179.
(5) Ibid., p. 2:5.
(6) Ibid., p. 430-440.
(7) Ibid., p. 520.
(S) V. l'article : Héricourt, et Beurlin, Recherches, etc., p 244 <9) Tuefferd, Hist. des Comtei, p. 562.
la femme de Léopold-Ëberhard. Le château fut vendu comme bien national en 1796. -— On appelait petit château un bâtiment qui avait été construit non loin du précédent (1525), et qui servit de résidence aux baillis d'Héricourt au XVII® siècle (») : ce bâtiment existe encore.
Le château de Porrentruy se trouvait, en 1463, dans un état déplorable; au dire des contemporains, il tombait en ruines. L'évéque de Bàle, Jean de Venningen, le fit restaurer à grands frais et le dota d'une chapelle (1478) (»). En 1558, il faillit disparaître dans les flammes ; Christophe de Blarer ordonna, en 1591, qu'il fût réparé. « Les travaux poussés avec activité firent du château tout à la fois une résidence convenable pour un prince ecclésiastique et une place forte, défendue par de solides murailles et capable de soutenir au besoin un long siège )) ('). Quelques années après, quand éclata la guerre de Trente ans, le prince-évêque, Guillaume de Baldenstein, fit fortifier et agrandir le château (1622) {*). En 1635, la place de Porrentruy fut assiégée parles troupes françaises et, le château ayant été forcé, elle dut capituler. Très endommagé, le château ne fut réparé qu'une vingtaine d'années après.
Tels sont les quelques renseignements que nous avons pu recueillir sur les anciens châteaux du comté de Montbéliard et des pays environnants. Us serviront à guider le lecteur à travers les inscriptions dont nous allons donner le texte.
(1) Beurlin, Recherches, etc., p. 381-241.
(2) Trouiliat. I, Introd, p. CXXH ; - A. Daucourt, Dictionnaire historique. .., T. V. p. 33. — V. le texte de l'inscription commémorant cette fondation dans Trouiliat V, p. 526.
(3) A. Daucourt, ouvr. cité. p. 49.
(4) Ibid., p. 33 ; - Trouiliat, I, Introd., p. CXXXIII.
I. — Epomanduodurum. — Les inscriptions gallo-ro maines provenant des fouilles faites sur les territoires de Mandeure et de Mathay, où se dressait au II® siècle de notre ère l'importante cité é! Epomanduodurum (*), sont fort peu nombreuses. Quelques-unes ont disparu. D'autres ont été dispersées. Nous avons pu en grouper une certaine quantité, en consultant d'anciens manuscrits conservés à la Bibliothèque municipale de Besançon, les ouvrages concernant Mandeure et les Musées de Montbéliard et Besançon. Nous allons les passer en revue.
1«: AVV
CVM
STATV a TIB.C aes.
Ce fragment d'inscription, dont nous ignorons le possesseur actuel, se lisait sur une pierre (221 % sur 162 %) découverte à Mandeure en 1824 et remise à M. de Montrond, alors souspréfet de l'arrondissement de Montbéliard (•).
2oj LMP. CAES. NERVAE TRAIANO. AVG. GERM.
VIA TRAIANA OPT... PR...
Au XVllI® siècle, on trouva à Mandeure une médaille (grand bronze) à l'effigie de Trajan et portant cette inscription à l'avers : IMP. CAES. NERVAE TRAIANO. AVG. GERM. Au
(1) V. ablïé Bouchey, Recherches historiques sur la ville, la principauté et la république de Mandeure, T. I". Besançon J. Jacquin. 1832; — B. Mériol, Notice historique sur Mandeure, Mém. Soc. Em. Mont. 1910. p. 1 et suiv. — Les lettres en italique, dans les inscriptions, indiquent les restitutions très probables.
(2) V. Duvernoy, Ephéméride^, p. XI ; — De Golbéry, Supplément aux antiquités d'Alsace, planche Vil, avec variante : T B. C ; — Mémoires et documents publiés par l'Académie de Besançon, Tome 1", p. 149. 1838.
revers, on voyait une figure assise, poussant une roue de la main droite, avec ces mots : VIA TRAIANA et : OPT... PR... {'). D'après Tabbé Bouchey, une autre médaille du même module et trouvée près de Voujaucourt en 1842 portait l'inscription suivante à Tavers et se rapporterait, comme la précédente, aux travaux entrepris sous Trajan pour construire des routes partant de Mandeure ou y aboutissant (*) ;
30) IMP. CAES. NERVAE TRAIANO. AVG. (ÎER. R... Mais l'abbé Bouchey ne dit rien du revers.
40) IMP. NERVAE
TRAIANO
CAES. AVG. GER.
DIVI. NERVAE. F.