‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 4 sur 159 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Voujaucourl. Plus bas, dans la direction de Colombier Fontaine, les stations préhistoriques appartiennent au néolithique, comme le prouvent les restes de poterie mis au jour avec des os brisés et des silex taillés.

J'ai encouragé M. Strub à continuer ses recherches et à rédiger, pour la Société d'Emulation, un mémoire où seraient relatées toutes les fouilles quMl a exécutées depuis quelques années. Un tel mémoire viendrait compléter heureusement les travaux de MM. L'Epée, Tuefferd et Cl. Duvernoy.

Mesdames et Messieurs, je disais ici même, il y a un an, que je ferais mon possible pour recueillir les objets anciens que les travaux du canal de Montbéliard à la Saône mettraient au jour. Hélas! ces objets ont été bien peu nombreux et ne présentent pas grand intérêt. Voici d'abord une boucle de bronze trouvée sur le territoire d'Allenjoie : je ne saurais vous indiquer à quoi elle pouvait servir. Elle est peut être burgonde. Voici, ensuite, un morceau de poterie découvert sur le territoire de Brognard : serait-ce un bouchon d'amphore ? je serais assez disposé à l'admettre. Voici enfin des fers à chevaux : on en a beaucoup trouvé à certains endroits, de Brognard à Trétudans; et cela n'a rien d'étonnant quand on sait qu'ils gisaient à proximité d'une voie romaine de second ordre, dont j'ai annoncé la découverte audessous du village de Brognard, et qui, en effet, a été coupée obliquement à l'endroit supposé.

Comment ai-je été amené à formuler une hypothèse que les faits ont vérifiée de tous points? Un cultivateur de Brognard, très intelligent, très observateur, m'avait fait remarquer qu'il existe un seul endroit, dans la prairie qui s'étend de ce village à l'Allan, où les chevaux posent leurs sabots sans enfoncer ; partout ailleurs, le terrain est mou, marécageux. D'autre part, en faisant des sondages en vue de l'établissement du nouveau canal, des ouvriers avaient trouvé, à 0""60 ou O'nSO, des pierres jointes par du ciment et des débris de tuileaux. J'eus alors l'idée de me placer au lieu dit l'ont de Jules César, sur l'Allan, où l'on voit encore sous l'eau quelques restes de piliers de chêne, et, regardant dans la direction des deux points de repère précités, je supposai qu'une route antique venant d'Ëtupes se dirigeait sur Vourvenans en passant à peu près à côté de la dernière maison de Brognard. Dans ma pensée, cette route devait être coupée parle canal à l'endroit même où ce dernier fait un coude pour remonter vers Ailenjoie. Ai-je

besoin de vous dire que j*ai éprouvé une joie bleu légitime quand, quelques mois après, j ai pu constater de mes propres yeux Texistence de celte voie à 0°^60 de profondeur dans la direction que j*avais supposée. Cette voie, dont des vestiges se letrouvent dans le Haut Rhin, devait relier Mandeure, par Audincourt et Etupes, à l'Alsace. Elle est formée d'une seule couche de gros graviers et de pierres plus ou moins taillées, reliés par une sorte de ciment. Quant à sa largeur, il m'a été impossible de la déterminer.

Doit-on voir dans les fers de chevaux découverts à proximité de cette voie des fers romains? Il est difficile de répondre à cette question. A mon humble avis, ces fers appartiendraient plutôt à des hordes barbares qu a des légions romaines. Les archéologues ne sont pas d'accord sur ce point : beaucoup estiment que les Romains ne connaissaient pas le fer à clous. Vax tout cas, on notera la petitesse du sabot des chevaux, la rainure qui marque, sur ces fers, la place des clous et la grosseur de ceux ci, comme s'il s'agissait de fers à glace. On remarquera aussi le poinçon qui se voit nettement sur l'un de ces fers.

Je regrette que les travaux de terrassement du nouveau canal n'aient donné que ces quelques vestiges ; il est k croire que bien des objets ont échappé aux regards des ouvriers ou ont été rejetés avec la terre paire qu'on n'y attachait aucune importance.

En terminant, je vous annonce, ^fesdames et Messieurs, que des travaux de valeur nous ont été promis pour les années suivantes ; cela nous permet de bien augurer de l'avenir de notre Société. Toutefois, je déplore que nous n'ayons à publier ((ue des études historiques, si remarquables soient elles. Il me semble que notre activité s'en trouve diminuée et que l'intérêt que notre société devrait éveiller parmi nos concitoyens n'est pas aussi vif que nous le souhaiterions. Cette année encore, je fais appel à toutes les bonnes volontés, aux talents qui, peutêtre, n'osent pas s'artirmer, et j'espère que, dans un avenir peu éloigné, la variété de nos publications nous attirera de nombreuses sympathies et agrandira le cercle de nos collègues et de nos lecteurs.

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