‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 16 sur 89 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'histoire de l'imprimerie à Montbéliard est connue dans ses grands traits. Les noms du maître imprimeur Foillet et de quelques-uns de ses successeurs ne peuvent être ignorés de ceux qui ont simplement feuilleté l'ouvrage aussi précieux qu'incommode qui s'appelle « Les Ephémérides du Comté de Montbéliard » par Ch. Duvernoy. A différentes époques la Société d'Emulation a effleuré cette question : M. le juge Tueflerd a la Séance générale de 1857 avait donné lecture d'un mémoire sur ce sujet; pour un motif que nous ignorons, ce travail ne fut pas publié de suite, et c'est seulement vingt-trois ans plus lard que l'auteur le fit paraître dans la Revue d'Alsace, suivi du catalogue d'un certain nombre d'ouvrages imprimés à Montbéliard. D'autre part M. Cl. Duvernoy dans le chapitre IV de la 3me partie de son a Montbéliard au XVIII"" siècle » consacre quelques pages aux presses locales; et c'est à peu près tout.

Nous avons pensé que cette question était digne d'une étude plus approfondie. A peine créée à Montbéliard, l'imprimerie prit un essor extraordinaire ; cette période de prospérité, qui ne devait durer guère plus d'un demi-siècle, et ne pas se renouveler avant la Révolution, n'en est pas moins très remarquable. Du reste, même aux époques de stagnation, les productions des presses montbéliardaises sont utiles à connaître au point de vue de l'histoire locale. Il ne faudrait cependant pas croire que l'ensemble des ouvrages imprimés à Montbéliard représente une bibliographie montbéliardaise quelque peu complète. Pendant le cours des XVIIe et XVIII0 siècles une bonne partie des écrits de nos compatriotes ont été imprimés au dehors, principalement à Tubingue et à Baie, et aussi au XVIIIe siècle à Neucbatel. Ce fait peut provenir de ce qu'il n'y eut jamais pendant la période qui nous occupe qu'un imprimeur à la fois. Us n'étaient cependant pas débordés de travail mais, par suite sans doute du manque de concurrence, les ouvrages sortis des presses des successeurs des Foillet sont en général médiocres, autant comme papier que comme impression.

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Les ressources leur manquèrent aussi complètement. Le pauvre Jean-Jacques Biber qui avouait au Conseil de Régence en 1730 qu'il était sur le point de mourir de faim, ne renouvelait pas souvent ses caractères et, a tous les points de vue, devait avoir peine à satisfaire ses rares clients.

La bibliothèque municipale renferme un grand nombre de livres imprimés à Montbéliard, et les manuscrits des fonds Wetzel et Tuelferd donnent quelques renseignements à leur sujet. Mais c'est aux Archives nationales à Paris, aux Archives et surtout à la Bibliothèque de Besançon que nous avons trouvé le plus de documents inédits se rapportant à la question.

D'une façon générale on peut dire que tous les livres sortis des presses montbéliardaises sont aujourd'hui très rares. Sauf ceux de la seconde moitié du XVUI1' siècle, ils atteignent des prix élevés en vente publique; certains sont de très grande valeur : un libraire allemand mettait récemment en vente un petit in-40 de Foillet daté de 1598, suite de modèles de dentelles gravés sur bois, au prix de 1500 francs 1

Nous avons en conséquence pensé que la publication d'un catalogue aussi complet que possible de ces ouvrages ne serait pas sans intérêt ; on le trouvera à la suite de notre étude. Après î'indicaliou du titre et la description sommaire de chaque livre nous avons donné de brefs renseignements bio-ou bibliographiques, chaque fois que la personnalité de l'auteur ou l'importance de l'ouvrage nous eu ont paru dignes.

Loin de nous la pensée d'avoir fait œuvre définitive et rédigé un catalogue complet; nous sommes certains du contraire, mais si, tel qu'il est, notre travail peut tendre quelques services aux historiens et bibliophiles montbéliardais, à ceux qui trouvent autant de charme que nous dans l'étude du passé de notre petit pays, nous aurons atteint notre but.

Qu'il nous soit permis d'exprimer ici notre reconnaissance à M. L. Meunier, bibliothécaire de Montbéliard, qui a mis à notre disposition avec la plus grande complaisance tous les précieux volumes conliés à ses soins, ainsi qu'a MM. le pasteur Viénol, Samuel Marti et Léon Sahler, dont les bibliothèques nous ont fourni d'utiles renseignements sur les anciennes éditions montbéliaidaises.

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Développement de Montbéliard à la fin du XVI' siècle. Les réfugiés huguenots.

Le premier livre imprimé à Montbéliard parut en 1387. Cette date n'est pas un effet du hasard. Venu vingt ou trente ans plus tôt, l'imprimeur qui aurait obtenu alors l'autorisation de s'y établir n'aurait sans doute pas fait ses frais; et d'autre part, si à ia fin du XVI" siècle, aucune presse n'avait encore fonctionné, le besoin s'en serait fait sentir assez vivement pour que d'une façon ou d'une autre l'imprimerie y prit naissance.

Jusqu'à cette époque la population, n'avait eu qu'un écho lointain du mouvement intellectuel et artistique de la Renaissance. Eloigné des grands centres, ce groupe de petits commerçants, de cultivateurs, d'artisans et de soldats vivait un peu au jour le jour, sans se préoccuper beaucoup d'autre chose que de ses intérêts matériels et par suite, n'avait guère besoin de livres. Les rares imprimés qui pénétraient à Montbéliard venaient en général de Baie ou de Strasbourg.

Il n'en lui plus de même lorsque le grand mouvement de la Réforme eut pris en France tout son développement; les guerres de religion qui désolèrent notre pays pendant le XVI" siècle eurentleurcontre-coupdirctà Montbéliard. Le protestantisme à ses débuts y fut favorisé d'une façon particulière entre toutes les villes aujourd'hui françaises, par les dispositions favorahles de ses souverains. Les ducs de Wurtemberg imposèrent en quelque sorte à leurs sujets les doctrines luthériennes, sans que ceux-ci du reste aient fait beaucoup de difficultés pour les accepter. L'histoire de la Réforme à Montbéliard a été écrite par d'éminents historiens qui ont montré combien se développèrent

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alors l'esprit d'examen, le goûl des lettres et des sciences non seulement dans quelques esprits supérieurs, mais dans la bourgeoisie tout entière.

Nous rappellerons ici simplement le fait, auquel nous faisions allusion tout à l'heure, qui augmenta encore l'essor intellectuel qui venait de prendre naissance.

Par sa situation géographique, Monthéliard était un lieu de refuge tout indiqué pour les proscrits huguenots ; l'on sait qu'il en vint un grand nombre, et non des moins illustres, de toutes les parties de la France, de Franche -Corn té et de Lorraine. En 1574 on y comptait 105 Français, 153 Bisontins et 32 Lorrains réfugiés pour cause de religion.

Le gouvernement local comprit que c'était son intérêt d'accueillir ces nouveaux venus ; déjà le 11 oclobre 1562 ils avaient obtenu protection des princes tuteurs du jeune duc Frédéric, mais en même temps, et ceci est bien un signe de l'esprit autoritaire qui régnait à cette époque au sein du protestantisme, on leur fait promettre de ne point professer publiquement des doctrines calvinistes contraires à la confession de foi luthérienne imposée au pays. En l.'ifiH et en 1587, de nouveaux édits furent proclamés en leur faveur.

On relève d'ailleurs dans la conduite des autorités des faits qui paraissent contradictoires. Peu de jours après la Saint Barthélémy, Charles IX réclama, sans y avoir le moindre droit, l'expulsion des réfugiés français à Monthéliard; les maîtres bourgeois ne craignirent point de repousser la demande de leur puissant voisin en accordant le droit de Jwurgeoisie à tous ceux qui voulurent s'inscrire. Par contre on n'accepta jamais de faire pour eux des sacrifices pécuniaires. En juin 1575, les réfu giés bisontins tentèrent de surprendre Besançon, guidés par Paul de Beaujeu et le vaillant Alonlbéliardais Pierre Beutrich. Cette hardie tentative échoua, et bien peu de ceux qui y prirent part en réchappèrent. Quelques jours après, le Conseil de Régence chassait de la ville les femmes et les enfants des victimes de cette échauffourée, attendu, dit impitoyablement l'arrêté, « que c'est chose raisonnable que tes femmes suivent leurs maris ».

Quoi qu'il en soit, beaucoup de réfugiés se fixèrent d'une façon plus ou moins définitive à Monthéliard. Ces hommes, qui avaient tout sacrifié à leur foi, étaient des esprits ouverts et éclairés. Quelle que soit leur situation sociale, ils ont des opinions reli-

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pieuses et politiques qu'ils soutiennent et dont ils font part aux bourgeois plus tranquilles qui les ont accueillis. Il se forme ainsi un centre actif, un noyau d'hommes éclairés et entreprenants, où les Montbéliardais d'origine ont une belle place, qui va donner la mesure de ses moyens particulièrement tournés vers les sciences exactes et naturelles, l'agriculture et l'industrie, au détriment de la littérature et des arts.

On doit reconnaître que le duc Frédéric, malgré son étroitesse d'idées, ses gaspillages, ses accès de mauvaise humeur, fit beaucuup pour le développement de son comté. En 1573, Charles de Hennezel, réfugié lorrain, obtient de lui une grande étendue de forêts qui sont transformées en exploitations agricoles. En 1388, il crée le village de Frédéric-fontaine où se groupent des familles franc comtoises et lorraines. Il fait rechercher les mine rais de fer; de grands terrains incultes aux abords de la ville sont plantés en vignes. En liiS.'i il établit un atelier monétaire. En 1398 il supprime les corvées qui sont remplacées pour les habitants des campagnes par uue redevance fixe en grains ou en argent. Amateur d'antiquités, il crée dans son château un cabinet de médailles et d'autres objets gallo-romains provenant des fouilles que dirige a Mandeure Jean Bauhin, l'illustre naturaliste qui va fonder le jardin botanique de Monlbéliard, troisième en date de tous ceux d'Europe.

L'initiative privée se montre aussi de toutes parts; en 1586 les frères Morelot, réfugiés originaires des Vosges, créent dans le village de Chagey l'industrie du fer, qui devait s'y maintenir pendant trois siècles. En 1373 la première papeterie est établie à Courcelles. En 1389 l'eter Wille crée une chute d'eau à Sainte Suzanne et y installe un moulin à poudre. La plupart des artisans montbéliardais s'organisent vers cette époque en corporations qui reçoivent leurs statuts. Les sciences pures et les arts ont aussi leurs représentants. Aux côtés de Jean Bauhin nous voyons l'ingénieur Claude Flamand, dont la réputation s'étend au loin ; François Biiot, graveur et potier d'élain, illustre la corporation de Saint-Eloi où les réfugiés étaient en majorité. L'architecte Henri Schickardt va construire des temples et d'autres édifices publics el privés que l'on admire encore aujourd'hui. Le philosophe Thourelol (Taurellus) se fait connaître comme professeur aux universités de BAle et d'Altorf. ; Daniel Vesseaux écrit son Trésor d'arithmétique; les chaires des églises

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de Mpntbéliard sont occupées par des hommes de valeur tels que Samuel Cucuel, C. Lutz, etc.

Si nous nous sommes un peu étendus dans cette énumération, c'est que nous retrouverons la plupart des noms cités parmi les auteurs dont les presses montbéliardaises devaient publier les œuvres. On comprendra, d'après ce que nous venons d'exposer, que l'imprimerie, prenant naissance à Montbéliard à cette époque, y trouva un terrain éminemment favorable à son rapide développement.

Première tentative d'introduction de l'Imprimerie à Montbè'liard. - François Estienne.

Il iaut remonter à la lin du XV* siècle pour arriver à l'origine de l'art typographique en Franche-Comté, qui commença en 1485 à Salins et peu après à Dole et à Besançon; mais malgré cette ancienneté et la proximité de ces villes, ce n'est pas à un Comtois pur sang que Montbéliard est redevable de ses premiè res presses, qui lurent montées par le Lyonnais Jacques Foillel.

Lyon était au XVI* siècle avec Paris le principal centre d'imprimerie en France. Toute une pléiade de typographes illustres, les Gryphe, Jean de Tournes, Roville et bien d'autres y dirigeaient des ateliers en pleine activité. C'est laque lurent exécutées les célèbres gravures sur bois de la danse des morts d'Holbein ; Geoflroy Tory, le Petit Bernard fournissaient de planches les nombreuses éditions des emblèmes d'Alcialet des métamorphoses d'Ovide si en vogue alors; nous retrouverons des bois lyonnais dans des éditions montbéliardaises. A la même époque, la gravure en taille douce faisait son apparition et bientôt supplantait sa rivale pour atteindre presque à la perfection avec les « Plut Beaux Bâtiments de France » de Ducerceau (1376-7!)) ou la célèbre série de gravures sur les guerres de religion due aux huguenots lyonnais Tortorel et Périssin.

Un siècle après la découverte de l'imprimerie, les événements politiques et sociaux avaient profondément modifié le caractère et la nature de ses produits. En 1587 nous sommes loin des belles éditions des classiques de l'antiquité, des livres d'heures et autres ouvrages de dévotion qui jetèrent un si vif éclat sur l'imprimerie naissante. Vers 1550 les pamphlets religieux, conséquence de la Réforme, firent leur apparition. L'imprimerie devenait, pour ne plus jamais cesser de l'être, une arme de

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polémique, un moyeu de lutte politique ou religieuse, et, dans sa modeste sphère, Monlbéliard ne (ait pas exception à celle règle générale. Le premier livre qui y parut fut ira ouvrage de controverse religieuse entre luthériens et calvinistes, et bien d'autres rappellent leur aîné par leurs tendances ou l'esprit dans lequel ils ont été écrits.

L'introduction définitive de l'imprimerie à Monlbéliard fut précédée par une tentative qui, bien que resiée sans résultat, est intéressante par la personnalité de son auteur.

En 1574 FraneoU Extienne, l'un des membres de l'illustre famille de typographes de ce nom, lit des démarches pour transporter à Monlbéliard ses presses alors établies à Genève. Deux des Eslienne portant le prénom de François sont connus comme imprimeurs. L'un, François I"1 fils aîné d'Henri I"r, fondateur de la dynastie, et l'autre, François H (ils de Robert IPr deuxième fils d'Henri et par conséquent neveu du précédent. Nous sommes convaincus, partageant en ceci l'opinion de Ch. Duvernoy et contrairement à l'avis de M. Tuefferd, que ce ne peut être que François II qui vint a Monlbéliard.

En effet, François I" né en 1502, mourut à Paris, en 1330 d'à près la biographie générale de Firmin-Didot, en 1347 d'après le dictionnaire de bibliologie de Peignot. Mais même s'il y a incertitude sutia date de sa mort, il aurait eu en 1374 soixante douze ans; en outre il est probable qu'il était plutôt libraire qu'imprimeur. Les rares ouvrages qui portent son nom sont en général imprimés par Simon de Golines, qui avait épousé la veuve de son père. Il est surtout connu par le fait qu'en 1542 il s'opposa à la visite domiciliaire, qu'en vertu d'un règlement du Parlement de la même année, les libraires jurés voulurent effectuer dans sa librairie; en conséquence un arrêt pour rébellion et désobéissance fut pris contre lui.

Son frère Robert, premier du nom, le pi us célèbre des Eslienne, imprimeur du roi François l"r qui honora son atelier de sa visite, embrassa la religion réformée et dut par suite se réfugier en 1332 a Genève, où il mourut en 133Î1, laissant sept enfants dont le troisième, François II, celui qui nous intéresse, naquit à Paris en 1340. Mis en pension à Strasbourg en 1349, il se trouve à Genève trois ans après la mort de son père en lîSfiâ. Associé à François Perriu, il est à la télé d'une imprimerie où il débute par une édition des Sermons de Calvin.

Pendant vingt ans, jusqu'en 1582 on ne connaît que seize ouvrages qui portent son nom, entre autres une Bible infolio de 1566-67 ornée de gravures sur bois, luxe qui fut blâmé par le Consistoire de Genève. Bien qu'on lui ait attribué plusieurs ouvrages, entre autres une « Remontrance charitable aux dames et demoiselles de France sur leurs ornements dissolus » un seul est certainement de lui, c'est la traduction française des <( Yindiciae contra lyrannos » d'Hubert Languet, dont une édition devait paraître à Montbéliard quelques années après. De son mariage avec Marguerite Cave, normande d'origine, il eut trois enfants, Gervais et Adrien qui suivirent l'un et l'autre la profession de leur père, sans grande notoriété, et une fille, Adrienne, mariée au libraire Jacque Pal fart.

Donc en 1574 François II Eslienne vint à Montbéliard pour solliciter l'autorisation d'y transporter ses presses. Un seul document, mais capital, nous a été conservé, relatif à cette tentative ;(') c'est la réponse faite à la demande en douze articles présentée par le postulant; elle nous parait digne d'être reproduite en entier:

« Sur les douze articles présentez a vostre Excellence par « François Estienne Imprimeur, semble au Conseil ià cor- « rectîon de Vostre Excellence) que l'art d'imprimerie est voi- « rement fort beau et louable de soy- mesme, mais d'aultre part « qu'il est aussy fort dangereux, quand l'on en abuse, comm'il " advient souvent, que s'il plaict à Vostre Excellence de passer » oultre en tractation avec le dîct Imprimeur, qu'en premier « lieu, il seroil expédient et nécessaire que communication ou « lecture luy fust faicte de la Confession de Vostre Excellence « touchant le poinct de la Saincle Cène et que sur ce, il se fust « déclaré s'il vouldroit luy avec lotis ceulx qu'il mectra en « besongne faire profession et soubsigner non seulement de la « main mais du cueur et à la vérité de ladicle confession.

« Quoy advenant, Vostre Excellence le pourrait recepvoir « ensemble de ses serviteurs et domestiques au nombre de ses « serviteurs, comme l'ung de ses atiltres officies. Que seroit pour « le premier poinct.

c Pour le serond que la marchandise tant de papier blanc « que de libvres imprimés et aultres choses servantes a sadite

(I) Arcti. Sut, K. £238.

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« imprimerie seront exemptes aux pays et terre de Vostre Ex- « cellence de tous imposts et péages.

« Pour le troisième et quatrième poinct ledict imprimeur sa « famille et serviteurs jouyront de mesme privilège que l'ung « des au 1 très officiers de Vostre Excellence qu'est à entendre de « ceulx qui résideront en la maison de Vostre Excellence.

« Mais quant aux autres qui resteront en maisons bourgeoises « Hz se debvront conformer a l'ordre et polliee des aultres « bourgeois.

« Pour le cinquiesme luy sera monstre un logis pour y de m eu - « rer avec ses gens ; et sçavoir de luy s'il y aura suffisante comm modité et que c'est qu'il luy conviendroit bastir pour sa h nécessité.

» Quant au sixième touchant le bois Son Excel), ne le peult « accorder, n'en fournissant à ses conseillers. Ainsi led. Impri- « meur s'en debvra pourvoir a ses frais sur le marché.

« Quant aux 7 et 8. Son Excellence bien advertye du grand « prouffit que font ordinairement les Imprimeurs ne délivrait « bailler aulcun gage aud. suppliant. Toutesfoisen considérait tion des aultres articles en après escriptz elle luy pourroit u accorder deux bichots froment par an. Le tout néantmoîngs » jusqu'à son bon vouloir et plaisir.

« Quant au neufvième, autant que tout le reste serait accordé u Sadite Excellence luy pourrait onctroyer pour une fois vingt u ou trente florins pour le eharroy de son mesnage et train « d'Imprimeur.

i< Pour le dixième led. Imprimeur ne debvra imprimer n aulcung livre soit gros ou petit, en quelque faculté ou ma « tière que ce soit, qu'ils ne soient auparavant veiu leuz et enit lenduz par les députez de sad. Excellence et, sur la résolu » tion desd. dépuiez sad. Excellence n'ayant tout première- « ment consenti et permis lad. impression, et que pour cest « ellect led. Imprimeur respondra pour tous ses serviteurs et « domestiques, allin que rien ne soit clandestinement imprimé, « auquel cas led. Imprimeur serait tenu d'en respondre etsatis- « faire à vostre Excell. Comme aussy conviendra que led u Imprimeur se subinette et observe toules les lois eslahlyes et « observées au Sainct Empire et signammenl les înesmes loix i< et statutz que doibveut être observés par les imprimeurs de

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k l'Université de Tubingue, lesquelles leur seront cy-après des- « montrées.

« Quant aux 11 et 12" articles, sad. Excel!, les accepte, bien h entendu que quant au papier y mentionné il délivra estre « fou m y par led. Imprimeur et payé par la Recepte de sad, « Excellence au prix que led. papier aura coslé au premier « achaptelaussyqueled. Imprimeur sera tenu d'imprimer aussy « gratis (moyennant ledit papier au. prix) ce qu'il conviendra « pour sad. Excel), soyent mandemensd'icelle ou aul très choses « concernantes les églises et escholles dud. Montbelliard et en « quelques langages que ce soit. »

Que peut-on conclure de cette réponse? 11 n'y a pas Heu de supposer que le duc Frédéric eut été d'un avis di lièrent de celui de son Conseil de Hégenee, et il est bien probable qu'elle fut transmise a François Retienne telle qu'elle nous a étéconservée.

En ce qui concerne les conditions matérielles, on n'était pas loin de s'entendre. Le Conseil accepte de payera Estienne une partie de ses frais de déplacement, de lui fournir un logis, d'exempter de droits d'entrée ses marchandises ; on peut croire, d'après l'art, i, qu'à côté de son imprimerie, Eslienne avait l'intention de tenir commerce de librairie.

Nous ne pensons pas que le seul fait de lui refuser du bois, ou de réduire même sensiblement les gages auxquels il prétendait, ail été de nature à le faire reculer. Les ouvrages devaient être soumis avant l'impression à l'examen de la censure ; Estienne s'y attendait évidemment, et d'ailleurs les censeurs monlbéliardais auraient difficilement pu se montrer plus rigoureux que le Consistoire de Genève auquel il avait eu jusqu'alors affaire. Il nous parait très probable que c'est la question con fessionelle qui le lit renoncer à son projet.

François Estienne n'est pas un simple réfugié, qui ne peut prnfesser publiquement des doctrines contraires à celle des luthériens mais qui, au fond, est libre de croire ce qu'il lui convient; il sera un des « officiers » du duc, qui ne doivent être, ainsi que tous ceux sousleurs ordres, que luthériens. Ce qu'on lui demande en somme, en commençant, c'est une abjuration de sa foi calviniste, la question de la Cène étant comme on saille grand point de divergence entre les deux confessions. François Estienne s'y refusa, les pourparlers furent rompus, et il retourna à Genève.

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On peut le regretter ; dans les circonstances où Foiilet devait réussir, Estienne grâce à son nom aurait eu encore plus de réputation et la prospérité de l'Imprimerie à Montbéliard aurait été de plus longue durée ; mais d'autre part, ou bien il aurait refusé d'imprimer certains ouvrages, et des difficultés entre lui elle gouvernement auraient surgi; ou bien ses contemporains et la postérité auraient flétri un fils de Robert Estienne, de l'illustre huguenot qui avait abandonné une situation brillante et pris le chemin de l'exil pour rester fidèle a sa foi, si ce fils avait consenti à imprimer par exemple le Hrief recttril du Colloque df Montbéliard dans lequel « l'Eglise de Christ est admonestée de se donner garde des horribles erreurs des Calvinistes. »

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