ALLOCUTION
H. Albert ROUX
Présidnit.
Mesdames, Messieurs,
J'ai aujourd'hui pour la dernière fois l'honneur de présider la Séance générale de la Société d'Emulation; vous aurez à la Tin de l'année, conformément aux statuts, a me nommer un successeur ainsi qu'à notre secrétaire général.
Parvenus à peu près au terme de notre mandat, il sentit naturel que nous jetions un coup d'iril sur les trois années qui viennent de s'écouler. M. I-ods a bien voulu se charger de ce soin et je ne retiendrai que quelques instants votre attention bienveillante, tout d'abord pour vous rappeler l'importante acquisition faite par nos soins à Mandctire, l'automne dernier. Notre achat à M. Bouchot a tait l'objet d'une notice qui- je vous ai lue à la Séance de Novembre et qui doit paraître dans le
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Bulletin de la Sociélé archéologique de France ('). J'ajouterai que nos collections gallo-romaines se sont enrichies tout récemment d'un nouvel objet en bronze, plus curieux qu'artistique et plus rare que bien conservé. Voici en deux mots en quoi il consiste : Sur une plateforme rectangulaire se dresse une sorte de colonne ru di in en ta ire ou plutôt un cylindre sans ornements de dix centimètres de hauteur ; par devant se trouve un socle carré, sommairement mouluré sur lequel est assis un personnage qui parait du sexe maie ; de la main droite il offre une friandise sans doute a un vague quadrupède ayant l'apparence d'un chien, qu'il maintient sous son bras gauche. La signification et l'usage de ce singulier objet m'échappent absolument. La facture est assez grossière et l'état de conservation médiocre, mais il parait à peu près complet. Il est s'en doute loin d'avoir le fini et l'élégance de certaines de nos classiques statuettes de Mercure ou de Mars, mais nous avons pensé que son originalité, je dirai mieux sa rareté, l'ouvrage de M. Heinach sur les antiquités romaines de la tiaule n'indiquant rien d'analogue, justifiait la place que nous lui avons réservée dans nos vitrines.
Nous avons acquis en même temps une spatule en argent, la seule de ce métal que nous possédions, et une bague à chaton gravé faite en une matière analogue à la nacre, sur l'époque de laquelle quelques-uns de nos collègues ont émis des doutes. Bien que ne les partageant pas personnellement, je me garderai d'être trop affirmât if. La question d'authenticité des objets exposés dans les musées est fort délicate, mais vous pouvez être certains que sous ce rapport, celui de Montbéliard n'a rien à envier à d'autres beaucoup plus célèbres.
Si j'ai un reproche à faire à notre excellent conservateur M. Meunier, c'est que son jugement toujours très sûr, est parfois nuancé d'un scepticisme un peu exagéré, et c'est sous son influence que nous avons relégué en un coin sombre deux ou trois objets douteux qui n'avaient pas élé jugés tout d'abord aussi catégoriquement que d'autres, offerts avec la plus entière bonne foi, mais dont l'origine n'était même pas discutable. Parmi ces derniers je citerai un fragment d'éperon du XVIm* siècle qui n'était autre qu'une roulette à pâtisserie hors d'usage,
(1) Otle notice a Hé aussi inarrrâ dans tes Xèm. de lu Soc. d'Emvtation, tome XXXI.
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et un morceau de fer détaché du boudin d'un rai) usé qui à première vue jouait admirablement une laine d'énee de l'âge de fer.
Du reste, ce qui, pour le moins autant que toutes les expertises, lixe la valeur et l'époque d'une relique des temps passés, c'est la connaissance certaine du lieu et des conditions de sa découverte. A ce point de vue nous sommes incontestablement favorisés par la proximité de Mandeure, dont le sol renferme encore de multiples richesses archéologiques. On nous a parlé récemment de nouveaux bronzes mis a jour que nous n'avons pu encore examiner; entre autres un taureau à trais cornes de petites dimension en assez bon état paraît-il. Sans doute, nous ne pouvons pas tout acquérir ; sans doute il est regrettable que les fouilles à Mandeure et à Mathay ne se fassent pas plus méthodiquement et sous notre contrôle direct, ce qui nous permettrait de tenir mieux à jour notre plan de la ville romaine établi il y a une dizaine d'années; nous avons cependant le droitd'être satisfaits de l'étal actuel du Musée quand nous nous rappelons ce que disait M. Cl. Duvernoy parlant de son origine : « Nous avions à notre disposition une des salles, une des plus petites de ce bâtiment et nous possédions une armoire où se promenaient quelques oiseaux et c'était tout ».
Vous reconnaîtrez que des progrès ont été réalisés depuis cette époque, et à ce propos je voudrais insister sur un projet que nous caressons depuis longtemps et que nos successeurs sauront sans doute réaliser; ce serait d'éditer une notice sur les objets gallo-romains que nous possédons, une sorte de catalogue descriptif, largement illustré, qui donnerait une idée complète de l'ensemble des collections archéologiques et où seraient reproduites en photogravure, autant que possible en vraie grandeur, toutes les pièces d'importance. Nos mémoires renferment des descriptions de nos principales acquisitions mais éparses au milieu d'autres travaux el les bonnes reproductions se réduisent jusqu'à aujourd'hui à deux : le torse de Minerve et le Mars barbu, l'our quelques autres, nous avons des lithographies forcément sommaires et inexactes ; j'en dirai autant des gravures au trait qui ornent l'ancien ouvrage sur Mandeure de M. Morel-Marler. Nous aurions certainement matière a une fort jolie publication et j'aime a croire que nous trouverions sans peine un rédacteur de bonne volonté. La dé
pense sera toujours le gros obstacle, mais, d'une part le coût des reproductions photographie] nés serait beaucoup moins élevé aujourd'hui qu'il y a quelques années, et sans doute la vente d'un certain nombre d'exemplaires de l'ouvrage pourrait couvrir une partie des frais de son édition.
Je n'ignore pas combien le moi est haïssable, cependant avant de m'arréter je tiens à vous dire que j'ai eu personnellement cette année le plaisir de représenter la Société en trois occasions. Dans le courant de l'hiver j'ai assisté à la réunion générale de l'Académie de Besançon où j'ai retrouvé, à quelques années d'intervalle de ma dernière visite, le même intérêt dans les travaux lus en séance publique et le même accueil aimable et empressé de la part des membres de la vénérable compagnie bisontine.
J'ai en outre pris part ce printemps au Congrès des Sociétés savantes tenu à Paris en avril, pour lequel j'avais envoyé une étude sur les origines de l'imprimerie a Mbntbéliard, qui rentrait dans l'une des questions du programme. M. Léopold Delisle, directeur de la Bibliothèque Nationale qui par un hasard heureux pour moi, présidait la séance, a bien voulu s'intéresser aux quelques pages dont j'ai donné lecture.
Au même moment avait lieu le centenaire de la Société des Antiquaires de France. Par une aimable attention des organisateurs, les Sociétés savantes de province étaient invitées à se faire représenter à cette solennité et j'ai été particulièrement heureux de pouvoir m'y rendre. La séance officielle qui avait lieu dans le Salon carré du Louvre était digne de son cadre, ce qui est tout dire; je regrette que le temps me manque pour vous résumer entr'autres le spirituel historique du siècle d'existence de la Société par M. Noël Valois, ou le magistral discours du président, le comte Durieu, exposant les récentes décou vertes de la critique artistique sur les primitifs français et la façon dont on est arrivé a fixer l'époque et la confiée d'origine, souvent même à déterminer l'auteur de tant d'œuvres admirables de peinture et de sculpture du XV1"'' siècle, dont beaucoup étaient jusqu'ici attribuées un peu au hasard aux écoles lia mande ou italienne, avec celle générosité exagérée pour l'étranger dont en France on fait preuve à tant de points de vue.
Je m'arrête ici, mais avant de me rasseoir, je liens à exprimer
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en mon nom personnel à mes collaborateurs du bureau ma profonde reconnaissance pour le zèle el le dévouement que chacun d'eux a apporték sa tâche. Merci en particulier a notre secrétaire général M. Luds, dont les procès-verbaux resteront des modèles de clarté et d'exactitude; jamais il n'a reculé devant les travaux parfois fastidieux qui rentrent danssesattributions, Merci aussi a notre trésorier, qui trouve moyen d'avoir une caisse encore à peu près pleine malgré les brèches sérieuses que nous y avons peut-élre trop souvent pratiquées. Merci surtout a M. Meunier pour les soins intelligents el désintéressés qu'il apporte à l'entretien et à l'accroissement de nos collections. Je garde de mes années de présidence un souvenir précieux de nos réunions tout amicales, de nos entretiens, de nos travaux en commun. Attaché comme je le suis à la Sociélé, je ne crois pas pouvoir terminer ma dernière allocution mieux qu'en empruntant à une voix beaucoup plus autorisée que la mienne, celle de notre vénéré doyen M. Cl. Duvernoy, cette exhortation qu'il faisait, il y a près d'un demi-siècle, a ceux que nous remplaçons aujourd'hui : « Travaillons avec confiance dans nos forces, avec foi dans notre œuvre, avec amour pour ceux auxquels elle doit profiler; et croyons que dans la satisfaction de nos consciences, plus encore que daus des succès, se trouvera la justification de notre dévouement et de nos soins. »
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