‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 55 sur 89 · PIOCHE-VER BERNARD · texte numérisé non relu

PIOCHE-VER BERNARD

Archives Nationales, A F, II, loi.)

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- lïfi -

« Plus de quatre cents rebelles dispersés — avait écrit. Bernard — se sont jetés sur la Suisse, une cinquantaine a perdu la vie et nous avons près de trois cents dans les prisons. Nous avons établi au centre des rassemblements le tribunal criminel et la guillotine ('). Déjà trois rebelles ont expié leur révolte; les autres seront bientôt jugés et ce grand exemple intimidera les fanatiques, qui sont plus dangereux qu'on ne ie pense (*). »

Dans une pièce, écrite de Besançon en date du 4 octobre 17!(3, Bernard donne d'autres détails sur ses travaux. 11 écrit : « .... La pièce N° 7 contient l'opération du tribunal criminel envoyé à Ornans avec la guillotine lors de l'attroupement de quelques révoltés. Vous verrez que le tribunal a bien employé

[1| On peut voir dans l'église de Marche encastrée dans te mur, une tabl de marbre noir et entièrement gravée, relative a l'événement en questioi \ous on donnons le texte :

A la mémoire de Jean Nicolas Buisson, de Guyans-Vcnncs, Agé de 33 ans. JacquesTobie Monnin, des Erorces.

Jeun Baptiste Jcandemalche, de Mont-de- Vougcy, Agé de 33 ans. Jean-Guillaume Bru Ilot, de Vennes, Agé de 30 ans. Etienne-Joseph Boillon, de Plaimbois du Miroir, Agé de £i ans . Victor Boillon, de Plaimbois-du-Mirolr, Agé de 33 ans. François Thomas, de Flangebouge.

François -Xavier Dumont, de Flangebouge, Agé de 30 ans. Jean- François Gauthier, de Flangebouge, Agé de 30 ans. Jean Barcon, de Longue m ai son. Agé de 40 ans. Claude-Joseph Devillers.de Vennes, Agé de £1 ans. François- José ph Talu, de Guyans- Vennes, Agé de Eî ans. Claude-Antoine Mougin, de Guyuns-Vennes, Agé de 27 uns. Louis-Victor llumbort, de Longevelle.

Jean Baptiste Receveur, de Longevelle.

Claude- François Paigney, de Longevelle.

Jean- François Châtelain, de Longevelle, Claude- Baptiste ChAtelain, d'Où va os.

Tous habitants de la Franche- Montagne

ont été mis A mort pour la loi catholique

par arrêt du Tribunal révolutionnaire séant A Mnklie

les II et il oclobre 171(3.

Charles, comtr de Montalenihcrl

Heprésenlanl du peuple dans le département du Doute en ISSS cl tfttïl

i*l Archives Nationales, A F, II, 1«).

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son temps. Je viens de l'envoyer à Malche('}par suite de ces opérations. Mais je vous observe que nous n'avons pas assez de guillotines par département ; il en faudrait au moins une par district; car celle de Besançon étant en campagne, laisse vivre ici des prêtres réfradaires qui rognent très inutilement nos subsistances, qui sont rares. Je vais prendre sur moi la construction d'une nouvelle guillotine pour relever sa camarade (*).»

Comme la construction du nouvel appareil ne pouvaitse faire sur l'heure, Bernard, au bout de peu de temps perd patience et, trois jours après cette première lettre, c'est à dire le 7 octobre, de Besançon il écrit à nouveau à Paris: « Je vous préviens citoyens collègues, qu'à défaut de guillotine, je viens d'autoriser la fusillade de deux prêtres condamnés à mort par le jury militaire. On vient d'incarcérer quatre cents personnes suspectes d'aristocratie dans celte ville. »

Kevenanl à la lettre du 4 Octobre, disons qu'on aurait tort de prendre pour une fanfaronade cette manière de s'exprimer. Vraiment la laminé était a la porte. Comme il n'existait de sécurité d'aucun genre, la terre était cultivée sans ardeur et sans soins. Les récoltes s'en ressentaient, et tout ce qui n'était pas trop éloigné de la frontière en fait de grains et de bestiaux, s'exportait. Tardivement, le représentant Lejeune, établi à Besançon, prit des mesures : il sentit la nécessité de former dix compagnies prises dans les gardes nationales du Ooubs et du Jura pour surveiller les frontières, empêcher ces exportations, celles plus faciles encore à effectuer, de numéraire, pour se saisir des colporteurs de faux assignats et enfin des prêtres réfractaires. La besogne n'était pas mince !

« Les nouvelles brigades instituées — écrit-il, en date du t août 1794, — font un service si actif et si soutenu avec les préposés aux douanes, que chaque jour on arrête beaucoup de numéraire qu'on tentait de faire passer hors de notre territoire, des prêtres et des émigrés ont pareillement été par eux arrêtés ('). »

Ketrouvons Bernard à Montbéliard : Son zèle an ti- religieux

(1) Nous venons de voir ce qui en résulta.

(2) Archives Nationales, A F, lt, 185.

13) Archives NaUonales, A F, 11, 185 (i| Archives Nationales. A F, II, il.

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y est grand. C'est un délice pour lui de faire servir les objets du culte à des usages profanes quand il n'en ordonne pas la vente ou la destruction ; « Annonce a la Convention, citoyenprésident — écrit-il en date du 23 Novembre 1793 (') — que le seul prêtre qui existai! dans ce district, appelé Gardienne, s'est déprêtrisé et a fait remise du traitement que lui servait la

France annonce à la Convention que quelques juifs se déju-

daïsent, car Dreyfous de Belfort, qui a fourni 20,000 aunes de drap a la République vient de faire remise de 10,000 livres, à deux livres par aune de drap écarlale parce que les assignats ont repris quelque valeur en Suisse ('). »

Dans une lettre également datée deMontbéliard, Bernard, qui écrit beaucoup, exhale ses plaintes parce que tous ses collègues ne sont pas aussi fougueux que lui : «Je ne puis me taire sur la conduite de notre collègue Lémane (') que vous avez envoyé a l'armée du Rhin, il encourage le fanatisme au lieu de le détruire ; il assure qu'il ne se déprétrisera point et ose dire qu'un prêtre qui se marie ne peut faire que des sottises ; c'est contre Bas&al qu'il a dirigé cette fanatique diatribe. Interrogez notre collègue Foussedoire qui l'a entendue : Us vous en dira bien davantage. Comment voulez-vous que le fanatisme tombe quand un représentant le soutient dans un pays où il n'est que trop enraciné ('). »

Pour Bernard donc, quiconque comme lui fait usage des moyens les plus violents, n'est pas un fanatique. Le fanatique est celui qui « ne se déprétrisera pas. »

Aujourd'hui encore, les exemples d'une mentalité semblable ne sont pas rares.

Destinée singulière, disons-le en passant, que celle de ce petit pays de Montbéliard, résistant des centaines d'années au catholicisme que veut lui imposer son puissant voisin, puis contraint par le même voisin à se défaire de toute religion lorsque, plus conséquent que lui, il reste fidèle à ses croyances.

il) Archives Nationales, A F, II, ÏM.

(2) Il s'agit donc d'un don en assignais. Nous parlerons dans la suite de la valeur de ces titres.

(3| Antoine Limant, ancien chanoine, ancien conventionnel, ancien député aux Cinq-Cents. Né a Porrentruy eu 1749, mort bibliothécaire a Paris en 1819. Il lut professeur d'histoire naturelle a Porrentruy.

(4) Archives Nationales, A F, II, 153.

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Les citations nombreuses que nous avons faites nous ont un peu écarté de notre sujet. Mais elles étaient nécessaires pour jeter quelque jour sur le caractère de l'homme qui se présentait à nous. On peut les vérifier dans le volumineux Recueil des Actes du Comité du Salut Public, publié par M. F. -A. Aulard, sortant des presses de l'Imprimerie Nationale.

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résultats de la veste. — légalité plus que douteuse de l'opération. — Le départ de Frédéric-Eugène. — Importance de son installation dans la principauté de montbeliard. — Un meuble de salon superbe. — Les ressources de la famille ducale. — Physionomie du public assistant aux opérations.

— Les citoyens Bernard, Naudet, Tréfous et Hochet. — Achats des bourgeois de Montbéliard et de leurs voisins. — Les portraits aux châteaux. — Les tableaux de mousse.

— Les pendules. — Le cuisinier Morel. — Les jouets de Catherine de Wurtembehg. — Justice distributive de Bernard. — Naudet, comédien, commerçant et connaisseur, aller ego de Bernard. — Tréfous, ses acquisitions

ET LES FOURNITURES MILITAIRES. — La BIBLIOTHÈQUE DU CHATEAU.

Les glaces, les dessus de portes et les tentures. — Le petit théâtre du chateau. — départ et aventures d'un convoi de meubles. — Emprisonnement de Berger f.t de Bouillon. — La liberté que Bernard avait promise et les principes qu'il avait apportés a montbeliard. — son séjour a dljon. — disgrace et emprisonnement du conventionnel. — il obtient sa grace. — ses attitudes ou convictions successives. — îerreuhs de Bernard. — Sa mort.

Très inégale dans ses résultats, la vente a produit cependant cent cinq mille francs.

Certains politiques nous trouveront peut-être vieux jeu lorsque nous nous demanderons si l'opération était conforme au (Irait des gens: On se saisit des meubles appartenant en propre au ci-devant prince, contenus dans ses ci-devants châteaux, sous prétexte qu'il est un émigré. Une telle qualification pouvait elle convenir à Frédéric-Eugène, prince de Montbéliard ? D'autre part, ce chef d'Etat, n'ayant point de troupes à mettre en ligne, pouvait il être considéré comme belligérant? L'acte, en tous cas fort discutable, n'est qu'une des moindres peccadilles de ce

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temps la et en particulier de Bernard, facile à juger au moyen de l'ouvrage si documenté de M. Armand Lods que nous avons largement utilisé pour notre étude (').

L'homme politique en question, sachant qu'il ne rencontrera aucune résistance, arrive avec cent hommes à Montbéliard, le 16 Octobre 1793.

Après avoir vidé les caisses publiques, imposé extraordinairement le pays, sommé les contribuables en retard de s'exécuter, cassé les fonctionnaires en place et en avoir nommé de nouveaux, Bernard fait procéder à l'inventaire des châteaux, qui, pour l'instant, toutes les troupes ayant été licenciées, n'étaient gardés que par leurs concierges.

En effet, dès le 27 Avril de l'année précédente, Frédéric-Eugène, après bien des hésitations et des perplexités, voyant l'agitation du peuple de son petit Etat causée par le retentissement des événements extraordinaires qui se passaient en France, en proie a un profond découragement, craignant aussi une agression subite de ses voisins, avait jugé bon de quitter la principauté, pour se retirer d'abord à Baie puis, de la, en Allemagne, laissant la contrée placée sous l'administration de son Conseil de Régence. Pour s'éloigner, il avait pris le chemin d'Audincourt et d'Abbévillers.

Les craintes du prince, les événements se sont chargés de le faire voir, n'étaient que trop fondées. Peut-on lui faire un reproche de cet abandon qu'il pensait ne devoir être que momentané ?

En date du i™ Mars 1793, les commissaires de la République dans le Porrentruy avaient déjà signalé au président de la Convention, l'opportunité de s'emparer du pays : « On vient d'arrêter à Uuningue, — écrivent-ils, — un chariot chargé d'effets précieux appartenant au prince de Montbéliard et qu'on apportait. Pourquoi la Convention Nationale ne prend-elle pas un parti au sujet de ce petit pays de Montbéliard? Pourquoi ne séquestre -ton pas les biens du despote dont les terres sont enclavées dans nos départements.... On nous assure qu'il y a à

(l| Bernard de Sainte» et la Réunion de la Principauté' de Montbéliard à la France, par Armand Lods. (Mémoires de la SrnUtti d'Emulation de Montbéliard, XXIV vol.).

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Montbéliard 163 bons chevaux qu'on pourrait nationaliser » I1)

Le prince, en effet, s'était fait suivre ou précéder de ce qu'il possédait de plus précieux, tant à Elupes qu'à Montbéliard. Aussi ne trouve-ton, dans les résidences princières, ni armes de prix, ni argenterie, orfèvrerie, joyaux, parures, beaux effets d'habillement, équipages soignés. Tout cela, — peut-être par différentes voies et plus ou moins heureusement, — avait pris le chemin du Wurtemberg.

On remarque également que la cave ne contient que des tonneaux vides et on verra que la vente ne comprend presque rien en fait de literie. Sans doute il y avait eu des soustractions avant l'arrivée des troupes: on avait pillé. Les hommes également, pour se coucher et s'abreuver, avaient lait usage de ce qu'ils avaient trouvé a leur portée.

h Quoique le château ait été dévasté, écrit Bernard à la Convention, il existe pour près de cent cinquante mille livres de meubles que je ferai vendre, sauf quelques objets rares et précieux que je pourrai conserver pour les envoyer au Muséum » (').

En réalité , malgré les lacunes signalées, nous allons nous trouver en présence d'un mobilier aussi important que luxueux pour un château de province.

Pour différentes raisons, nous croyons l'inventaire qui fut dressé, incomplet.

Il révèle cependant la présence de :

Vingt-sept canapés, sophas ou chaises longues.

Deux cent dix-huit fauteuils ou cabriolets.

Vingt-deux bergères ou petits fauteuils.

Trois cent dix chaises, dont la plupart sont cannées et dorées, d'autres garnies de maroquin rouge ou vert, d'autres encore rembourrées, couvertes d'étoffe de coton, ornées de broderies de laines multicolores.

En laissant de .côté les banquettes et les tabourets, voilà le dénombrement des sièges ; nous parlerons plus loin des autres meubles.

Mais.au point de vue artistique auquel nous nous placerons en premier lieu, quelle pouvait être la valeur de ce qui est pré-

(1) Archive» Nationales, AF, II, 147.

(2) Lettre lue par Bjr/vrr a la séance de la Convention, du ït du premier mois de l'an II.

sentement en cause ? — L'un au moins de ces mobiliers de salon, cadeau suivant toute apparence de la cour de Russie, était de toute beauté. Il était recouvert de tapisseries fines de Beau vais qui avaient pour sujets les fables de La Fontaine. D'après une tradition de la famille qui posséda ce mobilier jusqu'à ces dernières années, et de qui nous tenons ce détail, ce meuble, à la Révolution, avait été transporté directement, de Montbéliard, au château de Chassey-les-Montbozon. Il y a séjourné plus de cent ans pour être vendu, il y a peu de temps, au prix de- quarante -cinq mille francs. L'acheteur opérait , nous a-ton dit, pour le compte d'un gentilhomme puissamment enrichi par une union transatlantique.

Chose à remarquer : sur les procès- verbaux d'adjudication que nous examinons on ne peut identifier ce meuble d'une façon certaine. 11 ne serait pas surprenant que, par ordre, on l'ait distrait avant toute opération; Bernard, dans ses missions, ayant procédé à toute une série de transactions louches.

Par quels procédés et avec quelles ressources ces manifestations de luxe avaient-elles pu avoir lieu dans notre pauvre pays?

Assurément, ce n'était pas uniquement au moyen des revenus du comté, qui, en produits des forêts, terres, usines, censés, redevances diverses, en nature ou en argent, s'élevaient, en 1787, à la somme de 364,283 livres tournois, recettes avec lesquelles il fallait, tant bien que mal, pourvoir à toutes les dépenses nécessaires à l'administration de la principauté. Non, à ces rentrées s'ajoutaient pour Son Altesse Sérénissime le prince, ses revenus personnels. L'Altesse Royale son épouse, nièce du grand Frédéric, en avait de plus considérables. Enfin ce qui avait tout à fait relevé l'étiage des finances de la famille, c'était la rente que la grande Catherine de Russie servait au père de sa bru , afin qu'il put faire figure, dit-on, depuis l'époque du mariage du grand-duc Paul.

Néa moins, à la suite de ses constructions et installations d'Etupes, plus d'une fois Frédéric-Eugène avait pu voir momentanément au fond de sa bourse, un dernier liant de Montbéliard. La correspondance du philosophe Holland, gouverneur des jeunes princes, que nous avons sous les yeux en manuscrit, en fait foi, elle est pleine des assurances qu'il donne sur ce fait: qu'il économise « partout où la nécessité et la décence n'y mettent

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pan opposition ». D'autre part on sait que notre souverain était, pour des sommes assez fortes, le débiteur de Voltaire. Le philosophe, précédant nos modernes financiers d'un siècle, avait pensé à placer hors de France une partie de sou avoir à l'abri des révolutions.

Au moment où notre récit commence, les temps sont changés. La famille princière heureuse jusque-là, s'est éloignée devant l'orage. Une foule bigarrée, composée de citoyens et de citoyennes qui jusqu'alors n'avait eu que rarement l'honneur de respirer à l'ombre de ces ci devant lambris dorés, maintenant s'y promène librement, elle suit les vendeurs de salle en salle, elle s'est répandue dans les jardins depuis longtemps déserts, elle occupe les cours et pénètre dans les dépendances. Tout semble lui appartenir. On remarque bien quelques-uns des fonctionnaires anciennement en rapport direct avec le prince, mais s'ils sont venus au château, ce n'est pas pour y faire acte de commerce, c'est bien plus tôt avec un sentiment de tristesse et pour en emporter peut-être quelque souvenir, qu'ils feront acheter discrètement. Beaucoup d'autres parmi les assistants, sans préoccupations politiques, tout en regrettant la dispersion et peut-être la perte pour le pays de richesses qui lui faisaient honneur, profiteront de l'occasion pour arrondir ou renouveler quelque peu un mobilier boiteux.

Grâce aux affiches qui ont été apposées, il est venu du monde de bien des localités diverses : Après Montbéliard, c'est Héricourt qui a fourni le plus fort contingent, puis Belfort, Ghàtenois, Beaucourt, Hériinoncourt, Valenligney, Ponl-de-Roide, Bourguignon, L'Isle-s/le-Doubs, Délie. On est même venu de Villersexel, de Besançon et de La Chaux -de -Fonds.

Toutefois, en général, ce sont des timides. 11 en est autrement des spéculateurs : nous voulons parler d'un quatuor que M. Lods nous a déjà signalé.

C'est tout d'abord le Citoyen Représentant dont l'influence est sans contrepoids. Lorsque tel est son bon plaisir, il fait adjuger ce qu'il veut, sans enchères, à son préféré. Ou bien, le crieur public dit : à tant, pour le citoyen Re présentant, el chacun se tait naturellement!

A côté de lui se trouve un être complexe, le citoyen Namiet (')

(lj C'est de Jraii-ftaptiste-Julifii-Marcfl Xttttdft, aclcur français, né 1

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qui , dit le cahier de la vente, est logé au château. Puis le citoyen juif Tréfom de Bel fort, auteur d'un don patriotique pour lequel il a été félicité par la Convention.

Enfin nous devons signaler un autre homme d'affaires, le citoyen Rocket {'), qui, par l'entremise de Bernard, a fourni des fers à la République.

Avant de nous occuper plus longuement des hommes qui rempliront les premiers rôles, parlons des enchères moins sensationnelles, mais plus sincères des bourgeois de Montbéliard et de leurs voisins.

Le Citoyen Japy de Beaucourt, se montre particulièrement assidu aux vacations. Lorsqu'il s'absente, son fils atné maintenant est d'âge a surveiller les ouvriers et a leur fournir de l'occupation. Lui-même manie moins souvent que jadis le burin sur lequel sa main par l'usure, a laissé une profonde empreinte. Japy particulièrement éclectique, ayant acheté les objets les plus divers, parmi lesquels nous citerons seulement un jeu de trie trac pour 7f livres et deux soupières en porcelaine pour 101 livres, ne s'en tira pas à moins de quatre mille livres ('}- Ha pris également quatre vingt-treize arbres nains dans des pots de terre.

Champlilte tH"-Saone| en 1743, morl a l*assy en 1830, qu'il s'agit. Namiet avait rtc.bote. en 1784 à la Comédie Française. A la Révolution il était venu jouer la concilie chez nous pour de vrai, comme on dit à Monlbéliard.

Il) Claude-François Rurhet acquéreur, lors de leur vente comme biens nationaux : des forges d'Audincourl qu'il exploitait a litre de locataire, de celles de Bourguignon, de l'usine de Pont-de-Rolde, du fourneau do Cliagey ainsi que de foret» très étendues environnant ces usines.

Rochet ne réussit pas dans «es affaires et, par acte du 82 Novembre 1806 Il céda ses propriétés a M" Saglio, H-umann et Haut. Elles forment aujourd'hui le domaine de la C* des Forges d'Audincourt. Les forêts cependant ont été rerendues par elle, il y a quelques années a la famille Engel-Dollfus.

Ajoutons que le voyageur qui a pris le nom de Racket d'He'rieourt, auteur de Voyage* dans te royaume de L'hua en 18301840 et en 1842 -18*5 est le petit-fils de Claude François.

t!l Le» achats faits a. la vente des rhnleaux, il i son s- le dés le commencement, élaient payables en assignats, dont le cours fut des plus variables, mais qui, dans ce moment, pour cent livres, avalent encore une valeur de 43 livres environ dans la H''-Saonc et de W livres dans le Doute. Toul te mobilier ainsi vendu changea de mains dans des conditions qui [e mirent bien audessous de sa valeur véritable.

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Les orangers et toutes les plantes de la serre d'Etupes, célèbre en Allemagne, n'ont trouvé preneur à aucun prix ('}.

Le Citoyen llerger, ci-devant prévôt, petit, homme fluet, faisait autrefois partie du cercle intime du château. Frédéric- Eugène un jour, dans un acres de bonne humeur, le promena dans le salon comme s'il eut été sa nourrice. — Berger, à la vente, est fort perplexe et ne sait s'il doit faire taire ses scrupules d'ancien fonctionnaire ou imposer silence à sa passion pour les sciences. Il jette finalement son dévolu sur une lampe philosophique et ses différents appareils (*). Il prend, pour cent une livres, un plateau, son conducteur et sa table pour électriser. Enfin, le Citoyen Représentant qui parait le protéger, lui fait adjuger, pour une somme ronde de trois cents livres, une superbe machine à électriser, sur son affirmation qu'il ne peut consacrer à cet achat une plus forte somme (*). Que seraient devenus tous ces objets pensait Berger, si un savant, un homme

(t) [1 résulte d'une noir pur If b Jardins botaviqvt* dt Montbiliard , d'Etvpt» tl dt Porrentruy, par M* Ant. Magnin (XXiX* Vol. dp» Mémoires dt la Société d'Emulation dt Slonlbéliartt\ que bien que la vente du château ait eu lieu en l'an VI, les plantes sont restées dans les serres d'Etupes, sous la garde de l'ancien Jardinier Antoine Kessler, jusqu'à leur départ pour Porrentruy, le £0 Messidor an VIII.

Suivant l'expert botaniste Scharfftnultin de Montboliard, la collection se composait encore a ce moment-la, de :

SI plantes bien déterminées.

18 orangers.

£9 espèces qui n'avalent pu être déterminées par l'expert.

Dans une lettre du 13 Floréal an VIII, le citoyen Antoine limant, dont nous avons déjà parlé, écrivait au Sous-Préfet du H' Rhin pour lui demander le transfert de ces plantes à Porrentruy dans les termes suivants : « Elles sont si Intéressantes qu'on peut les regarder comme un trésor pour notre Ecole Centrale ».

La chronique rapporte que le dit Jardinier Antoine Kt*iltr, avait épousé, pour de bonnes raisons sans doute, une demoiselle Cartuttntr.au ayant eu, avant son mariage, un entant auquel Louis-Eugène, assez Indiscipliné dans sa jeunesse, deuxième lils du prince, s'intéressa pourtant si particulièrement qu'il le lit élever a Stuttgart. Cet enfant devint plus lard général wuricmbergcois et gouverneur d'CIm. On le nommait le comte dt Honlheim.

12) <i M. Lambert a inventé une lampe qui, par le moyen d'un cône en fer blanc tronqué qu'il y «joute, doit équivaloir à douïe lampes simples. Me l'ayant montrée dernièrement, j'en al parlé à Son Altesse Royale, qui m'a chargé de lui en faire faire deux, qu'elle veut porter à Monlbéliard ». i Lettre de llottaiid au prince de Monlbéliard datée de Berlin du i£ Août ITZï).

\'i) La descendance de M. le prévôt Berger est éteinte, mais il existe

capable de les apprécier et d'en tirer tout l'effet utile, ne les avftH sauvée du naufrage ?

Le Citoyen Boigeol, de la ci-devant fabrique Royale de lissage d'Héricourt, est artiste ; il adore la peinture et n'achète pas moins de dix-huit tableaux, dont les plus beaux atteignent quatre-vingt-six livres.

Regrettons qu'une description même sommaire, ne nous renseigne que tout exceptionnellement sur le sujet : c'est le cadre, pour le commissaire de la vente, qui est l'objet principal : on nous donne sa forme et on nous dit s'il est doré ou noir.

Lorsque c'est une princesse dont on expose l'image, nous en sommes informés parla mention suivante: « Le portrait d'une Citoyenne. » Telle est la désignation sous laquelle il faut reconnaître par exemple la princesse de Bourbon Condé, mère du duc d'Enghien.

Les cahiers de la vente du reste, ne font état que de deux portraits. L'explication de ce (ail se trouve dans une lettre de Bernard au Comité de Salut Public, en date du 21 Octobre 1793 dans laquelle on lit : « Il y a quelques tableaux. Je ferai brûler tous ceux qui ne représentent que des princes, princesses et au très canailles de celte espèce ('). L'autodafé avait donc eu lieu.

A propos de peintures: on vend et on diperse une soixantaine d'objets inventoriés sous le nom de tableaux de mousse. Ce sont des paysages peints sur bois, dont le premier plan en relief , est ligure par un assemblage : de mousse finement bâchée, solidement fixée; de brindilles de bois; d'écorces présentant différents aspects; etc. Dans le mobilier de nos vieux ménages on rencontre encore parfois de ces ouvrages venant des châteaux, en général ils n'ont qu'une valeur artistique très relative.

Mais revenons au Citoyen Boigeol. Parmi ses acquisitions se trouve une pendule à œil de bœuf, a cabinet doré, avec guirlandes, à lui échue, pour liois cent quarante cinq livres, Cette pendule est aujourd'hui à Schlestndt chez un des descendants de l'acheteur.

h Paris toute une pléiade dp Berger tir souche monilwMiarduisc. 11k ont occupa, ou ils y occupent encore , des positions (ort on vue : Ce sont MM. Samuel Berger, de la faculté de théologie protestante, /'(lui Berger, cliirur- R\cn,^ Philippe Berger, du tollèRedc France, Elle Berger, des Archives nationales et George* Berger, di'puti1 de la Seine, etc. (1) Archive» Nationales, A F, 12, 130.

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Nous ne quitterons pas ce même chapitre sans mentionner « une grande pendule à huit jours, à cabinet de bois d'ébène, a pommeaux en bronze doré, adjugée pour trois cent vingt-six livres au citoyen orfèvre Wild». Puis une autre, « à cabinet plaqué en laiton, échue au Citoyen Schiffer, pour cent septante-deux livres dix sols, m Encore une, au même, pour cent vingt-deux livres quinze sols. Ce Schiller, si ami des belles pendules, est le concierge du château de Montbéliard; il n'est certainement qu'un prête nom. Nous le verrons plus tard servir d'interprète et faire un voyage à Baie en compagnie de Tréfous.

Enfin, on vend au Citoyen Dodillet une sorte de merveille : c'est une pendule à jeu d'orgues, a deux mille deux cents livres, prix remarquable a coté d'autres,dérisoires,pour certains objets.

Le Citoyen Pierre-Louis Sakler, le plus itinérant par profession de tous ceux qui habitent Montbéliard , fait à la vente différents achats. C'est d'abord : un coffre de voyage à tiroirs , puis une jolie commode, un canapé, des chaises, des fauteuils, des miroirs, ainsi que douze aunes de satin fond bleu à fleurs blanches, ce dernier article adjugé à cent cinquante et une livres.

Le Citoyen maire Goguel a fait choix entre autres d'un secrétaire doré à deux portes avec deux glaces, pour quatre cent soixante-cinq livres. Ce beau meuble est parti pour I*aris à une époque que nous ne pouvons exactement déterminer.

Le Citoyen Dubar : « Neuf fauteuils et un canapé, couvert de coton fond blanc, oïl sont peints des oiseaux avec leurs chemises, pour sept cent cinquante cinq livres ». Les chemises se rapportent sans doute aux fauteuils et non aux oiseaux.

Le Citoyen !\\... a jeté les yeux sur une arbalette à prendre les grenouilles, qu'il a payée quarante cinq sols.

Nous n'en finirions pas si nous voulions passer en revue tout ce qui concerne les acquéreurs de celle catégorie et indiquer sur quoi s'est porté leur dévolu. Disons donc que c'est un peu au hasard que nous avons fait nos citations. Cependant, parmi les acheteurs du même genre, gardons nous d'oublier le cuisinier Morel.

Le Citoyen euhinier Morel en effet, à côté d'achats en meubles et en miroirs, preuves évidentes par leur importance que ses services au château ont été appréciés et ont reçu leur juste récompense, se fait adjuger, ce qui indique des goûts raffinés :

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h quatre petits coussins à odeur pour trois livres u et même « un jeu de Lotheau, pour six livres ». Voila comment, — ce que l'histoire n'avait pas enregistré jusqu'ici, — comment se termina le Loto d'Etapes !!

Dans le même ordre d'idées signalons quelques jouets : un ménage de marbre en miniature puis un petit ballon de tafelas blanc et rouge, acheté, sans doute pour sa fillette, par la Citoyenne, femme de Friderich Fallot, tanneur, pour onze livres cinq sols. Ce joli ballon de soie, oublié avec bien d'autres choses sans doute, lors du départ un peu précipité, n'était il pas celui de Catherine de Wurtemberg, plus tard femme de Jérôme Napoléon, roi de Westphalie? — La petite princesse, en raison de circonstances de famille, était élevée à Montbéliard par ses grands parents (*).

Nous voici arrivés au moment où i) convient de mettre en scène les acteurs principaux de la pièce qui se joue.

Malgré tout son pouvoir et sa superbe assurance, le Citoyen Représentant ne croit cependant pas devoir se faire adjuger directement un trop grand nombre d'objets. Cependant, sous son nom nous voyons figurer :

Une suite de six belles tabatières pour 182 livres.

U aimait, parait il, ce qui est joli.

Une demi-douzaine de chemise garnies 90 livres.

Il n'éprouve aucun dégoût à entrer dans le linge d'un aristocrate, fut-il même prince.

Onze chapeaux de paille de différentes couleurs avec

la boëte en carton 36 livret.

Trente-six livres 1 Vu la quantité c'est vraiment pour rien. Mais nous ne savons si ces chapeaux sont pour homme ou dame.

Cinq aunes cl demi de toile des Indes à fond blanc à fleurs 72 livres.

(1) Catherine de Wurtemberg, née le 81 Février 1183, h St-Wiershourg, où son pére était au service de Russie, était 1m fille Je Frédéric GvUlitumr- Charlet, qui, sous le noirudc Frédéric II, fut le premier roi dé Wurlembrrft. Il était t'alné des III* de FrttMrie-Eugtue, prlnre de Monlbélinni. — A partir de 1T88, la princesse Calhérlne, i\ la mon de tu mère, lut élevée à Montbéliard par sa urand-mére, qu'elle perdit en l?.Hi.

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Ici, on est fixé: c'est l'aunage indiqué peur -y ne tort belle robe.

Un petit temple de marbre blanc et albâtre .... 40 livres.

Peut être celui de la Raison, destiné aox dévotions de Bernard ?

Puis ensuite : plusieurs lots importants de linge de table, qui dépassent mille livres, vingt assiettes à bord doré, pour cent soixante-deux livres et enfin : une foule de pièces de porcelaine destinées à garnir et à égayer la table d'un festin bien servi. Nous n'en donnons pas te détail et pour abréger n'en indiquons pas la valeur.

Les acolytes de Bernard sont, nous l'avons dit déjà, les citoyens avec lesquels il a l'habitude de commercer. L'un d'eux. Hochet, que supplée parfois la citoyenne Rochet ou leurs lils, a fait pour quinze mille livres d'acquisitions. Les achats de Naudet se montent à dix mille livres. Tréfovs débourse ostensiblement cinq mille livres environ.

Procédons par ordre dans nos présentations : Claude- François Hochet est une bonne connaissance du Conventionnel, qui, oubliant les fatigues du gouvernement, souvent vient se divertir et banqueter chez lui sur les bords du Doubs, aux Forges d'Aud in court, dont les fers — dit Bernard dans ses rapports — imitent l'acier. Comme marque de son amitié particulière, Bernard l'a autorisé à couper dans les forêts saisies pour les besoins de son industrie, trente arpents, et, faveur tout aussi grande, il l'a exonéré d'une imposition de seize mille livres, formant sa part dans celle de cent cinquante mille livres, mise à la charge de ceux qui comme lui, habitaient la campagne, la ville ayant été taxée séparément. Sur ce dernier fait concernant Rochet, voici l'explication que donne Bernard : te Je n'ai pas eu l'intention d'imposer les Français résidant dans le Montbéliard qui, avant la conquête de ce pays ont toujours donné des preuves d'attachement et de soumission aux lois de la République et j'ai voulu faire supporter la contribution par les habitants de cette contrée qui ont discrédité les assignats en agiotant avec eux. Nulle autorité, ajoute Bernard, ne pourra réclamera Hochet sa part contributive de cette contribution. »

Il n'y a pas à discuter : telle est la justice et telle est la volonté de Bernard : les autres paieront pour son ami le forgerou. fermier du prince.

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Voici un aperçu des achats faits par Roche! k la vente du château, la liste en est instructive :

Le Citoyen Rochrt se fait adjuger, entre autres (') : » l'n châlit de bois sculpté vernissé, garni de damas

bleu et blanc, avec son baldaquin, rideaux, sa

courte pointe et lit en plume 600 I.

Six rideaux de fenêtre de damas blanc et bleu. . . 380 1. 10

Une tapisserie de damas ....'. 433 I.

Deux commodes de trumeaux à deux tiroirs, garnies

en cuivre doré, chacune avec sa platine de marbre. 401 I.

Deux grands fourneaux de fayence 261 I. 10

Une tapisserie en indienne . 2611.

La tapisserie d'un appartement, en damas de soie

blanc et bleu avec les tringles 1£> I.

Vn trumeau à trois pièces, avec médaillon .... 800 1.

Quatre dessus de portes a cadres dorés £11 1. 10

l'n r commode à trois tiroirs garnie de cuivre avec

dessus en marbre 231 I. 10

l'n secrétaire à cylindre 602 1.

Dix-huit chaises rouvertes de maroquin vert . . . 633 I. Six chaises et un canapé couvert de bazin blanc . . 348 1. Quatre fauteuils, une bergère et un canapé de satin

brodé, de couleur paille, avec leurs cuussins . . 1,210 I. 15 Huit cabriolets avec un canapé couvert de toile de

coton peinte ■. 302 I. 10

l'n sopha de bois sculpté doré, une bergère, huit

fauteuils et une banquette garnis de lafetas jaune

fleuri avec leurs surtouts quadrillés 700 1.

Un sopha, une banquette, deux bergères en bois

sculpté et vernissé, garnis de mousseline blanche

brodée en soies de couleurs, avec leurs housses en

indienne 6001.

l'ne commode à secrétaire 200 I. 10

Deux trumeaux à bordure dorée 3601. »•■

Quelle que soit l'opulence dont on la gratilie, il semble impossible d'admettre que la famille Hochet fusse autant d'achats pour son usage particulier. Quels appartements aurait elle du

[Il Le Wteur aur« dfjà compris suris doute ijuplrc Ils les qneni il surtout pour objet une description du mobilier mis en rente.

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avoir- à sa disposition pour loger, mettre en valeur et usager une telle quantité de meubles de prix, couverts des étoffes les plus riches!.. On lui adjuge aussi de la porcelaine et du linge de table pour des sommes considérables.

En cela il y avait, comme en bien d'autres choses, de sérieuses provisions aux châteaux. Le beau linge venait de Saxe. Le plus ordinaire était tissé dans le comté même, à Colombier- Fontaine ou à Colombier- Châtelot. Au musée de Montbéliard on voit un cahier dans lequel se trouvent les différents dessins de linge damassé qui se faisaient à la fin du XVIII1' siècle daus ce dernier lieu de production. Le nom du fabricant, auteur de ce recueil, n'est pas indiqué (').

Passons à Naudet. On distingue en lui deux hommes : Pour Bernard, c'est d'abord un conseiller, un factotum, un alter ego. 11 l'envoie à Paris porteur d'une longue missive dans laquelle il prie qu'on lui renvoie Naudet, dont il a besoin, le plus tôt possible. « Je ne puis poursuit-il que louer sa conduite et son activité ; c'est à lui que je dois les excellents marchés que j'ai faits et j'en ai besoin surtout pour le Porrentruy où la commission que j'ai nommée ne peut agir en l'absence de Naudet. » (»|

Plus tard, Naudet fera encore partie de la suite du Conventionnel à Dijon, lorsqu'il est installé dans l'hôtel du président Micault, sa victime. Après l'exécution de celui-ci, le farouche républicain, y trouvant du reste une cave bien garnie, s'y est logé : avec un domestique, une cuisinière, une aide de cuisine et une seconde gouvernante pour ses enfants.

A côté de cela, à Montbéliard, nous allons voir en Naudet, le négociant habile, le lin connaisseur en objets d'art et d'ameublement. Comme en toute autre affaire, il s'est montré très adroit à la vente, dans les cahiers de laquelle son nom ligure surtout et revient plusieurs centaines de fois.

(1) Montboïiard était anciennement aussi un lien Ue production (in tissus. Dans le Recveil Mémorable de Hugues Bois de Chine nous lisons ce qui suit :

a Le Si Janvier JSM les tisserands de la ville no peuvent aller à Besançon avec aucuns chariots pour mener leurs pièces de toile a cause de la hauteur des ii ei fies, tellement qu'il fallut attendre la déclinaison d'icollcs, pour les mener après la loire. »

12) Naudet, originaire de l'un îles départements de l'Est, était mieux au lait, pour tout ce i[iti cnucerne le pays, que Bernard.

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Ce commissaire du comité de Salut Public se fait adjuger presque exclusivement, ce que nous nommons aujourd'hui le bibelot. On n'en connaissait pas la valeur à Mootbéliard, ce qu'explique la vie simple de nos bourgeois. El du reste, en eut-il été autrement, que nos concitoyens, — sous la menace d'avoir, pour un rien, le cou tranché comme cela était de saison, — ne pouvaient avoir goût à acheter des choses charmantes sans doute, mais tout à fait inutiles en pareil cas.

Ce que Naudet emporte donc, presque pour rien : de petits tableaux, de gravures, de mosaïques, de fayences artistiques, de statuettes et de bustes, en bronze et en marbre, de coupes de porcelaine ou dagalhe, de médaillons et de miniatures, de vases, d'ivoire travaillé, de pyramides, de consoles ou pieds sculptés et dorés, est vraiment incroyable : on eu monterait plusieurs magasins.

Au nombre des grands meubles qu'il choisit, nous citerons seulement :

Quatre fauteuils, deux bergères et un sopha avec son matelas, avec deux coussins de tafetas jaune brodés en couleur et argent I1) 1000 I.

Huit rideaux en coton, à franges, avec ciels et guirlandes 7721.

Un pied de table doré, sur lequel il y a un secrétaire

noir doré à deux portes, garni de cuivre doré . . 400 1. Deux chiffonnières en bois d'ébénislerie a quatre tiroirs, garnies en cuivre doré et couvertes de platines de marbre 200 1.

Quatorze fauteuils avec leurs coussins en damas bleu. 514 1. Six chaises de damas blanc brodées en laine . . . 600 I. Disons que les princesses, instruites, intelligentes, très habiles non seulement dans les ouvrages de leur sexe mais qui, comme leur mère, s'exerçaient avec goût dans l'art du dessin avaient brodé une partie des meubles ornant les salons (*).

(I) RemarquunK que c'est (le I» couleur des coussins qui accompagnent le nopha dont II est parlé; par contre la description du meuble n'est pas faite, de aorte qu'il la rigueur il pourrait s'agir Ici du mobilier qui tut transporté à Chaasey-Jes Monlboion . Nous sommes cependant peu porté à le croire, car lors de sa vente récente, cet ameublement se composait d'un plus grand nombre de pièces.

(S) On peut voir encore actuellement de ces broderies, A Montbéllard, dans

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Nous arrivons à Trêfou* dont le rôle a été complexe.

C'est d'abord par une fourniture militaire de dix mille aunes de drap bleu, blanc et vert, que, par Naudet, il est mis en relation avec le Citoyen Représentant. Ce drap est facturé et payé à trente-six francs dix sols l'aune, ce qui fait une somme considérable.

Bernard, dans une lettre à son collègue de la Convention, Héranlt-Siehelle, lettre dont le travail de M. Lods nous donne une reproduction autographique, se vante de cet achat, il dit que cette qualité vaut de soixante à quatre-vingts francs l'aune. Son fidèle Naudet, porteur de la lettre, a pour mission d'obtenir de la Convention que l'importance de l'aflaire soit quadruplée. Voici un passage curieux de la missive. « Quant au reproche ou soupçon que vous ave?, manifesté que Tréfous pourrait avoir acheté ce marché, je ne crois pas avoir besoin d'explication à cet égard , nous aurions trop à rougir tous les deux d'être pour quelque chose dans ce soupçon. »

Et cependant , à quelque temps de là , lorsque Bernard déchu ne sera plus à craindre, la Société populaire de Vesoul l'accusera j disant que lorsqu'il traitait ce marché, un marchand de Vesoul offrait de livrer les mêmes qualités, couleurs et dimensions à seize francs l'aune.

A la vente du mobilier des châteaux, Tréfous, agissant soit pour son compte personnel , soit pour d'autres, opère par gros paquets.

Ainsi, bien qu'un certain nombre de lustres se soient déjà trouvés dispersés, ou lui adjuge en bloc par suite d'un accord, avec d'autres décorations : douze flambeaux el dix-huit lustres en cristal, pour la somme de trois mille deux cents livres.

la famille de feu Henri Sahlcr. • La princesse avait pour moi des bontés vraiment maternelles, elle me montrait a faire un merveilleux point de tryc dont elle brodait des fauteuils avec un art Bans pareil <■ iM- d'Obcrkirch|.

Au sujet des travaux auxquels se livraient a Etupes et m Montbéllard les Jeunes princesses, nous trouvons, dans un rapport envoyé de St-Pétersbourg par Savary a l'empereur Napoléon /•', pièce reproduite par M. John Viénot dans la Revue Chrétienne, une curieuse Indication: L'impératrice mère tourne l'ivoire et l'ambre aussi bien i|n'un bon ouvrier de Paris. C'est une de ses occupations favorites. On remarque dans son palais plusieurs objets d'Ivoire faits par elle-même et dont elle avait fait présent a son mari ù l'époque des (êtes de famille.

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Tous les volumes allemands de la bibliothèque, au nombre de deux cent quarante, également lui sont cédés à l'amiable, pour sept cent vingt livres (').

Voici les ouvrages qui ont obtenu les prix les plus élevés : Soixante trois volumes des œuvres de Voltaire,

acquis par Naudet, pour 335 1.

Les Métamorphoses d'Ovide, en latin et en français,

avec .les estampes, ("), au même 113 1.

Trente huit volumes de l'Encyclopédie, au citoyen

M acier pour , , 3001,

Ce même citoyen fait achat encore, pour vingt livres, des Cent Nouvelles en trente-six volumes. — On voit qu'il n'y avait pas uniquement de la littérature endormante au château.

Se trouvaient encore en place, des trumeaux, encadrant des glaces, surmontées de peintures avec sujets champêtres, suivant le goût de l'époque. Ils sont arrachés et dispersés, comme aussi de nombreux dessus de portes du même style.

Les vieilles tapisseries dont l'éclat, du reste est terni, fort méprisées devant l'invasion qui commence d'étoiles nouvelles et du papier peint aux teintes rutilantes, sont déclouées et cédées à vil prix, comme de nombreux paquets de baguettes dorées qui les retenaient aux murs. Signalons : « Une tapisserie en laine, qui était dans un des poisles haut du ci-devant vieux château, échue pour treize livres au Citoyen Ferrand. »

(l| La bibliothèque, en laissunl de cote la musique en feuilles, se composait exactement de 8743 volumes. Les titres de 1519 de ces ouvrages sont connus, les autres, ayant été adjuges en bloc, ne le sont pas. On voit que l'allemand ne figure presque qu'il l'état d'exception dans la composition de cette bibliothèque. C'est en français qu'on s'exprimait à la petite cour de Monlbéliard, comme a celle de Berlin du reste.

[2) Les Métamorphoses d'Ovide , ont élé illustrées par Isaac Briot, graveur dont le burin est un p;u sec, cl qui, croit-on, est d'origine mont Délia niaise. Voyez a ce sujet : Le Peintre graveur frantait, par A.-P.-F. Robert- Du menti il, tome onzième (1871).

Samuel Mëquxllet, dans son Livre de Compte*, nous dit aussi : « Ma grandmère était Marie Bruni, {autre forme du nom Briot) aianl a Paris des parents fort considérables, une sieur et nn frère, dont lu mon père a eu de fréquentes nouvelles par le moyen lie M. le ministre Claude. » Il s'agit sans doute ici de Ixaac Briot et de Marie Briot, tous deux graveurs, nés sur les confins de la Franche-Comté et de l'Alsace.

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A Etupes, plus de cent morceaux de glaces, la plupart ayant un pied de long sur neuf pouces de large , jonchent présentement le sol. Parleur réunion, ils constituaient certainement dans un salon, un simulacre de grandes portes vitrées, dans lesquelles, les soirs de (été, se reflétaient, la lumière élincelaute des nombreux lustres : sorte de reproduction en petit de la célèbre galerie de Versailles.

Précédemment on avait vendu , un nombre considérable de glaces et de miroirs de toutes grandeurs.

Le petit théâtre du château d' Etupes qu'on dressait ordinairement dans l'orangerie et sur lequel, lorsque des troupes de passage ne s'y faisaient pas entendre, se jouait parfois la comédie de société, nous fait assister à un enterrement misérable : la décoration, le rideau, le fond et les coulisses , dispersés , ont beaucoup de peine à produire ensemble soixante livres.

En fait d'instruments de musique, on ne trouve plus dans les bâtiments abandonnés , avec les pupitres pour les violons, qu'une demi-douzaine de clavecins en plus ou moins bon état, une basse et une clarinette : En évoquant à cette place le souvenir de jours heureux, ces instruments, ici, font triste figure.

Cependant l'odyssée des meubles du château ne se termine pas avec le dernier coup du marteau de la vente.

En ellet, non seulement Bernard avait donné à Tréfous l'autorisation de faire sortir de France ses achats et de les faire passera Baie, mais encore il avait fait mettre à sa disposition dans ce but, des chevaux d'artillerie pour traîner trois voitures. Rochel, dont la participation à l'opération se manifeste spécialement ici, fournit les attelages pour deux autres voitures.

Ces préparatifs de départ ne sont pas du goût des bourgeois de Montbéliard, ils murmurent et se trouvent atteints dans leur patriotisme local. Ce qui va s'éloigner, ils le regardaient, à tort sans doute, un peu comme leur propriété collective : c'était la parure du château, l'ornement de la cité, pour eux enlîn des objets dont ils étaient légitimement Tiers.

Quelques membres du Directoire, Berger et Bouillon en tète, se font les interprètes des sentiments de tous. Ils veulent empêcher le convoi de s'ébranler et donnent des ordres dans ce sens, mais ils ne sont pas écoulés. Sous la conduite de Tréfous et de Schiffer, les voitures prennent par BelEort, le chemin delà Suisse. Le troisième jour on arrive à Bâle, où les conducteurs

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