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reçoivent un accueil peu chaleureux. Le magistral les l'ait mander et leur déclare « que l'attachement et la reconnaissance des Balois envers le ci-devant prince de Montbéliard ne leur permettait pas de recevoir et de receler chez eux des meubles achetés ou volés appartenant au dit prince, et il enjoint d'avoir instamment à les faire sortir de Baie , ce qui fut exécuté et les dites voilures conduites à Arlesheim (')■
Il est infiniment probable qu'une partie au moins de ce qui n'avait pu pénétrer, en bloc, dans la ville de Bâle, y fut conduit par ruse, en détail, et, de là, dû pénétrer en Suisse, en Aile magne et sans doute aussi en France.
Revenons à Montbéliard, au' moment du départ.
Ce qui avait permis au Directoi re local de manifester ses sentiments, c'était une absence momentanée de Bernard, devant lequel tout tremblait. Mais à son retour, le Conventionnel punit Berger de son courage, il le destitua, puis, sous un futile prétexte, le fit mettre en prison (')■ Le même sort fut réservé à Bouillon. ' ' ' '
Nous venons de raconter, peut-être avec un trop grand luxe
[1) Ces renseignements sont puises dans le Registre des délibérations de la Société républicaine et montagnarde de Montbéliard qui, au sujet do ce voyage à Baie, contient encore ce qui suit :
« Le commissaire de la Société populaire do Vesoul a continué à demander, si la Société populaire de Montbéliard avait connaissance du nombre des voitures qui ont élé envoyées à Baie et de ce qu'il y avait dans les caisses. «
• Il a été répondu qu'il y en avait cinq. Trois conduites par les chevaux d'artillerie et deux par les chevaux de Hochet , maître de (orges à Audin-1
■ Un membre a déclaré qu'il avait conduit a Bâle différents effets pour être échangés par Naudet et Dreyfus, juif, contre d'autres effets pour le servloe.de la République. »
h Ce même membre qui est le nommé Schiffer, allemand, concierge du ci-devant prince , a dit ensuite que les effets contenus dans les caisses transportées a Baie, appartenaient tous à Xaudet. »
La conclusion a tirer de ces déclarations contradictoires semble être celle-ci : que Bernard, Bochet, Dreylus et Naudcl étaient solidaires dans cette affaire. — Des quatre, celui qui sortait le moins de son rôle, assurément c'était Dreyfus dont la race, persécutée drpuis des si^les, n'avait pu tourner ses (acuités que du coté des spéculations commerciales.
|2) En ce temps-là, il y avait des moucharda qui avaient dit à Bernard que Berger s'était foutu des représentants du peuple. Celait là la raison de son Incarcération. -
de détails, celte aventure de la vente du mobilier des châteaux. Elle nous a semblé d'abord, intéressante pour l'histoire locale, ensuite elle est instructive quant aux mœurs; à une époque qui n'est pas encore bien éloignée de nous. Elle nous montre enfin quels principes et quel genre de liberté Bernard avait apportés chez nous.
Comme instrument, cet homme a eu une influence si considérable sur notre pays, que même lorsque tes événements l'en ont éloigné, nous ne pouvons le perdre entièrement de vue.
Son énergie, sa volonté puissante, sa passion pour ta cause qu'il avait embrassée, l'ascendant qu'il savait prendre sur ceux qui l'entouraient, sa violence : tout cela contrastait étrangement avec son état maladif et la débilité de son corps.
Le Conventionnel, au grand soulagement du pays, quitta Montbéliard le 29 Janvier 1794. Nous allons encore emprunter à l'ouvrage de M. Lods les détails biographiques suivants : Il s'arrête quelque temps à Besançon. En Février, il est à Dijon dans l'hôtel de sa victime, Mtcault, qu'il a choisi pour résidence et qu'il a confisqué au profit de la République. Il parcourt le pays et voit, sur les chemins, des croix, ce qui l'exaspère, des prêtres en domino, ce qui le (ait bondir, des hommes et des femmes qui ne portent pas la cocarde nationale. Il les fait, pour ce motif, incarcérer. A Montbéliard, trouve-t-il, cela marchait infiniment mieux I II ne laisse pas de loisir au tribunal criminel : les exécutions capitales se succèdent. Malgré cela, comme on trouve toujours plus radical que soi, un vrai sans culotte de Beaune le dénonce comme étant un modéré: On lui reproche des choix malheureux et son genre de vie luxueux.
Rappelé à Paris en Avril 1794, nommé secrétaire de la Convention en Mai, il préside cette assemblée en Septembre.
Après la chute de Robespierre, peu à peu, la vérité se fait jour sur la conduite des députés en mission ; les bons citoyens cessent de trembler et retracent le tableau des horreurs qu'on leur a fait subir. C'est ainsi que, pour Bernard, arrivent les dénonciations des sections de Dijon et des habitants de Vesoul ainsi que les mémoires de IHorellet eu faveur de la famille Micanlt de Courbeton. Une réaction se manifeste sur les bancs de la Convention et elle prend les terroristes en horreur.
Bernard arrêté, est transféré dans la prison des Quatre- Nations. 11 y tombe malade, écrit quatre mains de papier pour
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sa justification. Son état «aggrave par l'inquiétude que lui causent les bruits d'un projet de massacre des prisonniers; après avoir été sans pitié, il tremble pour lui-même, il refuse toute autre nourriture que du pain et du vin, craignant les ragoûts préparés par une main inconnue.
Il parvient pourtant a fléchir le Comité de sûreté générale et, par arrêté du 20 Vendémiaire an IV, il est mis en liberté.
Bernard renonce alors à la vie politique, dont il a été à même de connaître toutes les phases, il rentre à Saintes, fait partie de l'administration municipale en 1796 et 1797 et siège au Con- - seil général de la Charente-Inférieure de Juin 1800 à Septembre
Le temps avait profondément modifié les opinions politiques de Bernard, qui, sans aucune protestation, avait accepté la dictature de Bonaparte. Il publia même, à Saintes, en Mai 1815, une brochure intitulée : Observation* rapides de Bernard de Saintes sur la Constitution présentée par l'Empereur, où il recommande chaudement son acceptation.
Puis vint la Restauration qui frappa ceux qui, — double trahison, — avaient adhéré à l'acte additionnel et qui, précédemment, avaient voté la mort de Louis XVI.
Bernard, pour échapper à l'exil, écrit alors en date du 18 Janvier 1816 au Ministre de la police générale ce qui suit : « Malheureusement j'ai été membre de la Convention, où l'intrigue, la scélératesse, ont trompé, surpris et conduit à l'abîme, j'ose le dire, d'excellents citoyens. J'ai donc aussi été trompé. — Au sujet de Napoléon, il s'exprime ainsi : « Je n'ai rempli aucune fonction publique sous cet homme. Avant sa première chute, j'ai caché chez moi des soldats qui désertaient ses drapeaux. J'ai hautement imploré le secours des Anglais qui le combattaient à nos portes et j'ai béni sa défaite. »
« Si, contre mon espérance, il plaisait au meilleur des rois de me séparer de mes enfants et petits-enfants... je partirais pour prouver à mon roi que sa volonté est ma loi... », etc.
Bernard, en dépit de ses déclarations, de ses promesses de fidélité au roi et d'adhésion à la royauté, dut s'embarquer pour l'exil. Il lit naufrage sur les cotes de Madère où il se fixa. De Punchal, il ne cesse d'écrire au ministre de l'intérieur pour obtenir l'autorisation de rentrer en France. Sa platitude d'alors forme un étrange contraste avec la prose sanguinaire du inis-
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sion naire républicain dans l'Est, dont nous avons donné des extraits. Il écrit donc :
Ix 17 Mai 1816. « Non, M", vous ne nie refuserez pas votre protection auprès du roi, dont la bonté.est -infatigable... son cœur saignerait s'il se faisait une idée de mes malheurs... je n'ai pas besoin de vous dire M*r, combien cet acte d'humanité euchainerait ma reconnaissance et commanderait mon respect et mon attachement pour la personne auguste de qui elle émanerait, et si le repentir d'une faute passée peut être compté pour quelque chose, croyez que le mien n'est pas indigue de celle commisération. Les sentiments que j'éprouve me nourrissent de la plus douce espérance.... »
Du 3 Octobre 1816. » Que Sa Majesté daigne faire descendre sa bonté jusuu'â moi et toutes mes facultés stront constamment à ses pied», a
Du 9 Sovemhrc 18W. » Nouvelles requêtes conçues dans des tenues analogues.
Les lettres en question se trouvent aux Archives Nationales, Dossier K- 0710. Elles me sont signalées par M. Armand Lods.
Successivement Bernard, dépourvu de scrupules, avait donc donné des gages à tous les partis.
Sans avoir pu obtenir sa grâce, si humblement demandée, Bernard mourut à Madère en 18(9.
A MonLbéliard, qu'il avait tenu sous le talon de sa botte, on ne parlait plus de lui depuis longtemps; tant d'événements s'étaient passés depuis sa dictature. — Et du reste, combien d'autres, comme lui, avaient retourné leurs vestes 1
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LES BATIMENTS ET LES JARDINS D'EtLTES. — Le PLAN EN RELIEF DU CHATEAU PAR M. WlLD. — AFFICHE ANNONÇANT LA VENTE ET DÉCRIVANT LA PROPRIÉTÉ. — VENTE ET DÉMOLITION. — LES PRO- PRIÉTAIRES successifs. — La ferme nu chatkau. — L'ATTA- CHEMENT DES MONTBÉLIARDAIS POUR LEUR NOUVELLE PATRIE N'a PAS EU l'N CARACTÈRE DE SPONTANÉITÉ. — Le CENTENAIRE DE LA RÉUNION A LA FRANCE FÊTÉ AVEC UNE GRANDE ALLÉGRESSE.
Si, en commençant ce récit, nous avons dit quelques mots des jardins, nous. n'avons pas encore parlé des constructions auxquelles ils servaient de cadre. Le château, avec toutes ses dépendances, était vaste, convenable, mais dépourvu de toute prétention architecturale. Les plans en avaient été faitsàStutlgard. — Que sont-ils devenus ? — Aucun de nos chercheurs n'a pu les découvrir a Montbéliard. Sans plus de succès nous avons frappé à d'autres portes. Nous nous sommes adressé a leur lieu d'origine; là, aucun double ne paraît en avoir été conservé. Sur notre demande, M. le V' Steiff a bien voulu faire, mais sans succès, des recherches à la Bibliothèque Royale qu'il dirige et aux Archives Royales de Stullgard et de Ludswigsburg.
Pour les jardins par contre , on n'a — c'est le cas de le dire — que l'embarras du choix, car, entre les trois plans que nous avons pu consulter, il existe des différences considérables.
L'un est contenu dans l'ouvrage de Kraffl, déjà cité, et dont les planches sont gravées avec soin ('). Mais on ne peut avoir qu'une confiance très limitée dans l'exactitude de ces dessins qui paraissent n'avoir d'autre valeur que celle d'un projet,
Le second plan est exposé au Musée de Montbéliard. Il y a des raisons pour le croire plus conforme à la réalité.
il) La Bibliothèque Nationale de Paris possède un exemplaire en noir de rel ouvrage. Celui qui se retrouve h In Bibliothèque [le Mnutbéliard est en couleur, et plus beau que le précédent.
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Cependant, pour être reproduit en tète de ces lignes, nous avons donné la préférence a un troisième document, celui-ci plus petit, moins détaillé, — peut-être moins exact quanta la disposition des parterres, — mais il offre, sur les premiers, l'avantage de présenter l'ensemble des bâtiments principaux. L'échelle qui l'accompagne étant en mètres, ce dessin ne peut être que la reproduction d'un plan plus ancien.
Avant d'écrire ce chapitre, nous nous sommes rendu sur les lieux. Grâce à la sécheresse peu commune du dernier été, on pouvait alors distinguer sur l'herbe qui recouvre l'emplacement des salons d'autrefois, des lignes de gazon brûlé marquant le contour des fondations, et constater ainsi que l'édifice avait quarante- trois mètres environ de long sur seize de large.
En face, séparée par la route, creusée dans le coteau, existe encore une galerie ou cave de deux mètres de large sur soixante mètres de long, au fond de laquelle sort, d'une anfractuosité du rocher, la source intarissable qui alimentait les habitants du château et qui est utilisée aujourd'hui par la ferme.
Enfin le Musée de Montbélîard possède deux autres reproductions d'Etupes. C'est d'abord une assez mauvaise peinture, dont le principal mérite est d'être unique. Ensuite un travail en relief, fait en 1859, de mémoire, par un Mon I bel ia niai s M. J. Wild, âgé en ce moment, de 79 ans ('). M. Wild qui, au moment de la démolition devait avoir vingt ans, n'a reproduit que la partie centrale de la demeure seigneuriale, en l'idéalisant quelque peu. En effet, il donne au premier étage une belle hauteur, tandis que, dans la peinture dont nous avons parié, le rez-de-chaussée seul a de l'importance et l'étage, destiné aux chambres a coucher, n'a que l'élévation d'un attique.
Par contre un document authentique et curieux, a été retrouvé dans les cartons de la mairie de Monthéliard. Bien que fort 'endommagé, il nous a semblé mériter les honneurs d'une reproduction : c'est l'affiche par laquelle l'administration centrale du Déparlement de la Haute-Saône met en vente le
[1) M. /. Wild est également l'auteur d'une tort Intéressante reproduction en bols peint de la ville de Monlbéliard telle qu'elle se présentait vers 1830, avant les différentes percées, nul, depuis en ont changé l'aspect. Ce travail, déposé au Musée, est minutieux ei considérable : bien traité dans ses
moindres détails.
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