D'APRES DES DOCUMENTS INEDITS
Julien HAUVEAUX
Archiviile Municipal
Hugues BOIS de CHESNE
Poète et Chroniqueur Montbéliardals
Parmi les documents particulièrement utiles pour reconstituer l'histoire du Comté de Montbéliard au XVII0 siècle, il en est un , de tout premier ordre, qui nous permet de suivre les événements presque jour par jour, de 1615 à 1665, soit pendant une période de cinquante années. Nous voulons parler de la Chronique ou Recueil Mémorable du boulanger mon tbél tardais Hugues Bois de Cbesue, dont Luc Wetzel, en 18Si-1856, publia le texte dans les Mémoires de la Société d'Emulation de Montbéliard, offrant ainsi désormais à tous ceux qui s'occupent de notre histoire locale, une mine abondante de renseignements a exploiter.
La personnalité du chroniqueur force l'attention. Cet humble boulanger de Montbéliard qui , entre deux fournées, prend la plume pour écrire des vers et, en annaliste scrupuleux, consigne les faits du jour, avec une si nette conscience de l'intérêt qu'ils présenteront pour la postérité — celle ligure d'artisan intelligent et avisé, attirail notre sympathie et excitait notre curiosité.
Les rares indications biographiques le concernant que nous rencontrons à travers ses écrits, ne nous satisfaisaient point entièrement. Sur lui , sur sa famille, nous désirions posséder autre chose que quelques dates désespérément laconiques.
Hugues Bois de Chesne arrête son Recueil Mémorable au 11 août 1665. Luc Wetzel concluait d'après cette date qu'il était mort « quelques mois après ('}. » Mais ce n'était après tout
(I) Note de Luc Wetiel a la lin de sa copie du texte de la Chronique. Mu. fit de la Bibliothèque de Montbéliard. ( Catalogue gén. des disb. des blbl. pub. de France, tome XIII'.}
qu'une supposition. Il s'agissait de savoir à quel moment. précis il fallait placer ce décès. Et celte question , les registres de la paroisse St Martin, de Montbéliard, dont la série des actes mortuaires commence seulement en 1701 , ne nous permettaient pas de la résoudre.
Pourtant, les archives communales devaient renfermer, nous en avions la conviction, des éléments de nature à nous faire mieux connaître le boulanger poêle du XVIIe siècle dont nous savions que l'existence entière s'était passée dans sa ville natale.
Le résultat des recherches que nous avons entreprises dans notre dépôt de l'Hôtel-de ville n'a pas déçu notre attente. Nous avons été assez heureux de reucontrer successivement, d'une part, la minute de son testament et, d'autre part, l'inventaire de ses biens, dressé dix jours après son décès.
Ces deux documents, au point de vue biographique, ne manquent pas d'intérêt. Leur découverte nous fournil l'occasion que nous saisissons de consacrer aujourd'hui une notice à notre vieux chroniqueur.
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Vers le milieu de la seconde moitié du XV h siècle, nous trouvons plusieurs Bois de Chesne installés à Montbéliard.
Un Viénot Bois de Chesne, reçu bourgeois le 23 juin 1363, .épouse en cette ville le 6 juillet 1374, Biétrix Chofin.
Un autre Bois de Chesne, prénommé Hector, avait épousé une nommée Jeanne Guingnel. Les registres de la paroisse Saint- Martin nous donnent les noms de quatre enfants nés des époux entre 1588 et 1594, ce sont Abraham, Pierre, Etienne et David. Nous voyons ces deux derniers, devenus orphelins avant 1001, figurer dans le nombre des douze enfants pauvres qui étaient entretenus et instruits sur le legs Jean Virot.
Georges Bois de Chesne , père du chroniqueur et probablement frère de Viénot et de Hector, exerçait à Montbéliard la profession de cordonnier. A la date du 25 novembre 1372 il épousa Catin, fille de Pierre Borne.
De ce mariage naquirent a Montbéliard cinq enfants : 1° Georges, le 16 août 1379.
2° Jeanne ) „ , „ ,„„
1» Anne ( sœurs jumelles, le 6 mars 1583.
4» Hugues, le 22 février 1386.
3° Viénot ('), le 16 février 1589.
La naissance de Hugues, notre chroniqueur, est ainsi constatée au premier registre des baptêmes de Si-Martin :
« Hugues, filz de Georges Bois de. Chesne et Catin, sa femme, « a esté présenté par Hugues Montagu et Marg[ue]rite, fille de « Richard Carey, le 22 du dit moys [février 1386]. »
Nous ne savons rien de sa jeunesse. A quel moment se mariat-il?Les registres de St-Martin sont muets sur cette circons-
(1) Viénot Bois de Chesne, épousa Amelin Duvaulx le 21 octobre 1612. tl décéda lin 1628, laissant un enfant mineur , Antoine, dont Hugues Bols de Cbesno tut nommé curateur. La maison de Viénot, en pierres et bois , était située a proebe la porte de la Rocbotte. » Elle tut vendue en 1629 à Jehan Bourrelier; chapelier, pour 350 francs forts.
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tance de sa vie. La Chronique nous dit bien qu' « au mois de juin Milita esté faite la célébration de ses nonces avec Marguerite Dermineur », mais ici Bois de Chesne se trompe, car les registres des baptêmes à la date du 14 mars de la même année, mentionnent déjà la naissance de Daniel « filz de Hugue Bois de Chesne et de Marguerite D'Ermineur. » Si le mariage a été réellement célébré à Montbélîard, il a pu avoir lieu en 1609, une lacune existant dans le registre au cours de cette dernière année.
.Marguerite était la fille de Claude Dermineur, chaudronnier, qui avait été reçu à la bourgeoisie le 9 mars 1593. Elle était née à Montbélîard le 12 août 1592, et avait été présentée au baptême par Maître Jacques Foillel, imprimeur de S. E. et Marguerite, femme de Nicolas Lallouatle, chirurgien.
De son mariage avec Marguerite Dermineur, Hugues Bois de Chesne eut six enfants :
Daniel , né le H mars 1614
Etienne [v
, — 6 octobre 1615
Samuel,
— 9 juin 1617
Hugues,
— 17 août 1623
Anne,
— 13 septembre 1625
Jean,
— 9 mars 1630
Les relations d'amitié dont nous constatons l'existence entre Jacques Foillet et Claude Dermineur avaient continué entre la famille de l'imprimeur et le nouveau ménage. C'est ainsi que nous voyons Samuel Foillel, fils de Jacques, servir de parrain au troisième enfant de Hugues Bois de Chesne. On comprend que notre boulanger, qui n'avait reçu qu'une instruction fort rudimentaire, subit l'heureuse influence de ces esprits cultivés. Il prit sans doute à leur contact et développa dans les lectures variées que lui offrait leur librairie, ce goût ardent des lettres qui devait le pousser plus lard à écrire lui-même.
Marguerite Dermineur. nous l'apprenons par la Chronique, décéda en octobre 1631 ; elle fut enterrée le 7.
Hugues Bois de Chesne. huit mois après, contracta un second
[1' Etienne Bois de Chesne, meunier, décéda en 1639: De son mariage avec- Judith ttouhier. il laissait un [ils, Jacques. La narcbaadise de la bonUqne lui laissée a la veuTe pour la somme de 3U0 francs monnaie forte.
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mariage, à MoDthéhard, le î± mai 1032, avec Eve ou Evatte foulard, née en la même ville, le 22 mai 1601, et fille de François et de Marie Cochin.
Cinq enfants naquirent de cette nouvelle union : Françoise, née le 7 mars 1633 Judith, — 16 juin 1635
Pierre-Georges, — 20 novembie 1636 Alexandrine , — 20 mai 1640 Anne, — 4 lévrier 1644
Comme nous le verrons plus loin , de la descendance de Hugues Bois de Chesne ne restaient en vie au moment de son décès que six enfants, dont quatre du premier lit : Daniel, Hugues, Anne et Jean, et deux du second lit: Alexandrins et Anne, dite la jeune ou Annatte, pour la distinguer de sa sœur qui portait déjà le même prénom.
Hugues Bois de Chesne mourut a Montbéliard le 15 juillet 1671 . Sa seconde femme, Eve Gaulard, l'avait précédé de vingtcinq ans dans la tombe, étant décédée elle-même en 1646.
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Hugues Bois de Chesne habitait, depuis le 12 janvierl610, une maison située en la rue de Rouchotte qu'il avait achetée pour le prix de quinze cents francs ('). C'est là qu'il exerçait la profession de boulanger, occupant ses loisirs à des travaux de copie, à écrire des vers et noter les éphémérides locales.
Ainsi qu'il nous le confesse ingénument dans la préface du Recueil mémorable, il n'était point « versé à l'estude des escholes par orlografie, points, voyelles et silabes. »
Son orthographe en effet est des plus capricieuses. Par contre, il possédait une excellente mémoire et lisait beaucoup. Comme tous les esprits peu cultivés et qui n'ont embrassé qu'une infime partie du savoir humain , il a une tendance à faire montre de ses connaissances livresques. On s'en aperçoit de reste aux fastidieuses énumérations de faits de toute sorte qu'il accumule avec une naïve complaisance dans toutes ses productions. A part ce travers résultant d'une instruction insuffisante et d'un sens critique peu développé, il faut reconnaître que Bois de Chesne était doué d'une imagination vive qui relève sa prose d'expressions pittoresques et le sert parfois heureusement dans ses essais poétiques.
Mais avant de parler du poète, nous devons dire un mot du calligraphe. Bois de Chesne avait une belle écriture qu'il mettait volontiers au service de ses concitoyens, soit pour la confection d'un diplôme de chonfTe, soit pour la mise au net d'une supplique que souvent d'ailleurs il avait lui même rédigée. C'est ainsi qu'à la date du 13 mars I6;î3 , nous le voyons se faire l'interprète des doléances de la chonffe des boulangers pour solli-
(1) Chronique, a la date. Celle maison après avoir élé habitée par ses descendants pendant deux siècles , appartenu ensuite au docteur Jean-Frédéric Oustalel, est actuellement la propriété de M. Emmanuel Jeanmaire el do M-' Mathilde Bosquelle, née Fnllol. Cet immeuble, cadastré sous le N* 419 de la section D, porte le numéro 63 de la rue des Granges.
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citer dans une requête au Magistrat de la ville, une diminution du poids du pain ('). A défaut d'une signature, l'allusion à Ovide, le style pompeux et entortillé de la pièce auraient suffi à nous en indiquer l'auteur.
Comme copiste, on ne peut méconnaître son talent. 11 dessinait parfaitement les lettres. Pour s'en rendre compte, il suffit de feuilleter le Psautier ou livre de psaumes t< tout entièrement escript à la main en forme de lettres d'imprimerie et tout ce qui en despend » dont il fit présent aux princes Léopold-Frédéric et Georges de Wurtemberg, le 22 janvier 1644, et qui lui valut une gratification de « douze quartes de froment et 18 francs d'argent (»). »
Cet ouvrage in-octavo qui provient de la bibliothèque du Château et se trouve actuellement a la bibliothèque publique de Montbéliard, est relié en maroquin noir, avec tranches dorées, et porte des deux cotés de la couverture les armes du Wurtemberg ('). La reliure est sans doute l'œuvre de Bois de Chesne luimême, car nous savons par l'inventaire 4e ses biens qu'il possédait différents outils employés dans la pratique de cet art. Le livre a pour titre :
Les
Pseaumes De David
Mis en rime franroise par Clément Marot et Théodore de Beze.
Suivent les lettres H B D C entrelacées, puis au-dessous : Escrit par Hugues bois de chesne. 1640 Le titre placé dans un encadrement imite les caractères d'imprimerie ainsi que tout le reste du manuscrit.
Une préface « au lecteur » expose les raisons qui ont poussé Bois de Chesne à entreprendre ce travail :
(1) M». 4SI de la bibliothèque de ilmUbêliard, (Catalogne cil*). Fonds Tuefferd. Lettres et autographes (porte- (eu il le).
(S) Chronique, a la date.
(31 Ifs. 19 de la Bibliothèque de Montbéliard. (Catalogue cité.) 169 mm sur ISO.
« L'affection qui m'a incité d'employer ma plume, m'a quant et quant inspiré en mesme temps en l'Esprit de d'escrire par ma main les Pseaumes du Prophète Royal David... Les faveurs que ma plume m'a porté a redoublé en moy la diligence dy donner mes peines avec la patience de t 'offrir ce labeur excellent en ses rares beautez. »
Incidemment il trouve l'occasion de nous donner l'opinion d'un roi de Perse sur les présents et de nous entretenir des sacrifices peu coûteux qu'un roi de Sparte demandait a ses sujets « afin de rendre servis les dieux en toute saison. »
Après la préface, nous trouvons ces vers dont le copiste est l'auteur et qui ne manquent ni de fermeté ni d'allure : Te tairas tu ma langue, cesseras tu ma plume De louer, de chanter, d'escrire le volume De ce grand Boy David f non : Je ne pense pas Cesser, n'y m'arrester, mai* monter pas à pas Jusqu'au sommet des deux oit la divinité Montrera par sa grâce la grande volonté Quej'ay en ce doux chant qui dorant mes esprits Porte en soy richement de soy-mesme le prix. Et vous, divins esprits qui avex l'âme belle A qui le Ciel départ tant de vertu nouvelle. Ça : donnéx-moy la main, osti moy de l'extase Et de vos chants divins soutenei ma voix casse : Or, bien que de mon nom la naissante mémoire, De mes proches n'attende ou rien ou peu de gloire Si est-ce que mes peines en liesse enfantées Ne désirent se voir par mes neveux vantées Ils seront satisfaits moyenant que l'enfance Produise à l'advenir quelque bonne semence Qui suivant pas à pas mon louable proiect Plus dextrement que moy manye ce subiect.
La préface et les vers constituent la seule partie originale de l'ouvrage. Le reste n'est qu'une reproduction pour ainsi dire photographique de l'exemplaire que Bois de Cbesne avait entre les mains.
Le Psautier compte 283 feuillets ('). Deux feuillets et demi sont employés pour l'épttre en vers de Théodore de Bèze à l'église de notre seigneur Jésus Christ. Les Psaumes occupent
|1) Le 868- feuillet et les suivant! jusqu'au 277' inclus sont mutilés.
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254 feuillets. Les lettres initiales de chaque psaume sont en grands caractères; les arguments en petits caractères. Chaque premier verset est accompagné de la musique.
A ta suite des psaumes, viennent les commandements dé Dieu, le cantique de Siméon et la table des psaumes (3 feuillets), puis l'oraison dominicale, les articles de la foi en vers avec la musique, le cantique de Noël et de la résurrection , enfin le catéchisme et la liturgie (17 feuillets). Le manuscrit se termine par un dixain, sur les psaumes, du sieur de la Brosse :
Heureux U chant qui l'oreille contente
Heureux le son qui recrie le cteur...
Les cahiers du manuscrit ont été lignés au crayon et à la différence du papier et de l'encre, on se rend compte qu'il y a eu des interruptions dans la copie. Le titre porte le millésime 1640. Si l'ouvrage a été remis aux princes immédiatement après sa confection, notre boulanger aurait donc consacré quatre années a ce travail de patience.
Bois de Chesne , dans les vers à la gloire de David, fait allusion « à la naissante mémoire de son nom. » Ses vers, encore manuscrits, circulaient parmi les bourgeois et le poète commen cait à devenir célèbre.... à Montbéliard. Pour apprécier son talent poétique nous avons, outre les alexandrins du Psautier, son « Petit Traisté ou Elégie des misères du monde », plaquette de ti pages, parue sans date ni lieu d'impression, mais qui, si l'on s'en rapporte au millésime inscrit à la main, au bas du litre , sur l'exemplaire appartenant à la bibliothèque de Montbéliard, aurait été publié en 1656 (').
L'opuscule, au point de vue typographique, ne fait pas honneur aux presses de Dietzel, desquelles il parait bien être sorti. Il est imprimé sur papier grossier; les caractères sont usés et le texte, malgré sa brièveté, renferme des incorrections.
Bois de Chesne, dans une préface en prose, dédie son poème au sieur Daniel Cucucl.
(1) Le Petit Traiité ou Elégie de* tnitirts du monde lin lî mesurants? sur 160 m, m) (orme relié avec d'autres opuscules un petit volume unis couverture rouge. Il ligure sous le n' 16s au Catalogue des ouvrages imprimés k Montbéliard , publié par M. Albert Ruux, à ta suite de ses Recherche* sur l'imprimerie, à Montbéliard (Mémoires de la Suc. d'EmuI. de Montbéliard, année I903,>.
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Ce Cucuel, fils de Daniel et de Jacquette Meusnîer, était né à Montbéliard, le S juillet 1612. Il avait épousé Françoise Visol, le 27 août 1633, et exerçait la profession de tisserand. Il parait avoir été fort lié avec notre boulanger qui le choisit, le 4 février 1644, comme parrain de sa fille Anne et auquel il servira de témoin, dans son testament, en 1667.
L'auteur, rendant hommage à « la vivacité d'esprit, ta curiosité et l'affection » que son « compère » a toujours apportées à la lecture des livres m sacré et humain, » lui dédie ce « petit labeur » qui renferme les soupirs et regrets « qu'un chacun fidèle doit avoir sur la volupté et corruption de ce ciècle présent. »
Le poète fait œuvre de moraliste chrétien. Il déplore l'aveuglement des hommes qui, pour la plupart, oublient qu'ils au ront à comparaître en jugement à la lin de leur vie terrestre. Si les païens, comme « un Platon philosophe m nous donnent déjà des leçons de morale, à plus forte raison devons-nous être « enclins à feuilleter les Escriture saincte — car par icetles nous avons vie éternelle — et entendre attentivement et méditer ce que messieurs nos Pasteurs et Ministres nous en deschiffrent assez amplement. » Mais hélas, ajoute Bois de Chesne en son style imagé , « ceste semence ne fait que tomber sur la roche. »
Il écrit plus loin :
« J'ai passé mon printemps en fleurs, l'été en fruits, étant mur en mon automne , maintenant en mon hyver faut goûter de ses fruits. »
Et c'est a Daniel Cucuel « comme compère, amy voisin et ancien de l'Fglise » que Bois de Chesne offre ces fruits qui ne proviennent point d'un « jardin cultivé ». mais aussi bien, ajoutet-il , « l'Ebrieu , le Grec ni le latin ne cultivent point toutes les plantes. » C'est Dieu qui donne « l'adresse et la seule sagesse qu'est le bouement qui produit ce qui nous est propre et salutaire, (i La vraie théologie pour Bois de Chesne consiste à savoir que nous avons une âme à sauver et que nous serons tous appelés un jour à rendre des comptes. Malheureusement, n'ayant ni » les deux faces de Janus » ni « les trois testes de Cerbère » , nous voyons la méchanceté d'un simple œil et ne pensons pas qu'à l'heure de la mort nos fautes seront exhibées « devant le juge des grands juges. »
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Après ce morceau un peu précieux et maniéré (') , se trouve un sonnet-anagramme sur les mots Daniel Cocuelle ('), dans lequel l'auteur engage les hommes a un prompt repentir.
Au début du poème il nous dit son mépris du monde : Le monde est un Enfer plein de confusion. . . .
11 nous en dépeint les misères et les bassesses. On rencontre parfois sous sa plume quelques vers d'un pessimisme outré, mais qui sont bien frappés :
Le fol qui a argent pour sage est respecté.
Le sage qui est poure n'est de nul escouté.
Le monde est un Théâtre où l'on void à la fin
Le poure venir riche et le riche coquin.
Ecœuré de ce spectacle, il se tourne vers Dieu :
0 bien heureux sont ceux qui n'ont rien à penser Que de bien servir Dieu sans jamais se lasser.
Après une peinture de la guerre et une invocation a la Paix, il répond par les vers suivants à ceux qui seraient tentés de demander quel est « cestuy ci qui veut faire du sage. » :
H faut que vous pensiez qu'il faut un jour mourir... L'homme basti de terre à la terre retourne Et pèlerin du monde au monde ne séjourne Qu'une heure seulement et n'est que spectateur Du bastiment du monde et non habitaient-, La mort est égale pour tous,
El frape egallement les petite boutiques Des poures artisans et les palais antique.
Bois de Chesne a « couru haut et bas parmi les escriture. » Partout, depuis la plus lointaine antiquité, n'ayant au fond des choses humaines rencontré que vanité , il en conclut que les seuls vrais biens sont ceux du monde spirituel. Princes, rois, papes , empereurs lui sont apparus au milieu de leur puissance et de leurs richesses aussi misérables que les plus humbles des mortels.
(I| Bols rie Chesne écrit encore : « La conscience est un commissaire de la justice de Dieu qui lance cl promet, accuse et excuse. »
[i\ Les deux dernières lettres de Cucucl ont été doublées pour les besoins de l'anagramme, k cause des quatorze vers que le poème comporte.
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■ Et il écrit ces deux beaux vers cornéliens : /[ n'y a différante entre les rois et nous Sinon qu'à leur grandeur nous ployons les genoux... D'ailleurs :
Quel soucy quel envie, que sert de désirer A l'homme tant de bien ou d'aller déchirer Le tentre de ta terre et haustement construire i'ne maison d'orgueil orné comme porphire. Ou peut être (Ô folie) il ne logera pas Par la mort prévenu...
Cette idée de la mort revient à chaque instant à la manière d'un refrain obsédant. L'auteur termine en suppliant Dieu d'entendre sa voix , de l'exaucer et de bénir la Cour , les vrais pasleurs
... qui monslrent par leur doigt Le trou sentier uny pour tousiour aller droit.
Il finit ainsi :
Je t'aymerafij Seigneur, en toute obeyssance Tant que tivray. ô mon Dieu, ma puissance.
Le » Petit Traisté » suivi d'un dixain sur les corruptions de la Suisse, compte 414 vers. Ce n'est pas l'œuvre d'un lettré, la forme en est inhabile et fruste, la versification vicieuse. El cependant, comme dans toutes les productions de Bois de Chesne, il y a de l'entrain , de la verve; un certain souffle vivifie ces vers arebafsants dont la langue semble en retard d'un siècle.
Au point de vue prosodique, Bois de Chesne n'a aucun souci du mode de succession des rimes. Bien qu'il adopte les rimes plates, il n'hésite pas à recourir à de longues séries de désinences du même genre, soit masculines, soit féminines, qui ne riment point entre elles
11 se contente parfois d'assonances : métamorphosé - étoile ; tirer - chercher ; inervaille - perle.
Quand une rime est au singulier, si la suivante doit prendre le signe du pluriel, Bois de Chesne rime pour l'œil : ... parce que la sagessse ... ches les richesse.
... pleure mon âme.
... et de ses gens infâme.
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Il pratique l'hiatus couramment :
La mort n'a exempté de ses sévères lois... La en publie aussi on manifeste et dit... Certains vers de treize syllabes ne deviennent des alexandrins qu'à condition qu'on fasse, à la lecture, disparaître l'e muet d'une syllabe, comme dans la poésie populaire : Commande à un sien page de l'eeeUkr.. . Je me lasse d'écrire tout ces infamelé.
vers qu'il faut lire :
Commande à un sien pag' del'eteiUer...
Je me lasse d'écrir' tout ces infametés. Les observations que nous faisons ici peuvent être appliquées à toule la poésie de Bois de Chesne.
Son nom comme poète serait rentré sans doute depuis longtemps dans l'oubli, s'il n'avait pris soin, à partir de 1614, de rédiger par écrit les événements qui s'accomplissaient autour de lui « tout ce qui s'est passez , nous dit-il, comme je l'ay peu voir, ouys et recognu durant mon aage de près de 4 vingt ans. » Ces notes presques journalières, consignées dans l'almanach de l'année, avaient un but pratique. Elles devaient servir aux gens « pour avoir mémoire eu justice ou autrement que telle chose a été faite en un tel et tel temps. »
Bois de Chesne les avait réunies en un recueil qu'il destinait à l'impression; il voulait en multiplier les exemplaires comme « l'on met plusieurs œufs sous la poule pour couver et en esclore plusieurs poulets ;': », mais l'imprimeur exigeant 50 écus pour ce travail, il renonça à son dessein et se consola à l'idée qu'en le faisant « éclore sur les cendres bruslé du Phénix », son livre demeurerait unique. Cela d'ailleurs n'empêcha pas l'auteur d'en écrire lui-même plusieurs exemplaires dont deux sont parvenus jusqu'à nous.
Les « almanachs » de Bois de Chesne se passaient de maiu en main et on les considérait en quelque sorte comme des documents officiels , donnant date certaine aux événements qui y étaient relatés. L'autorité qu'on leur prête, apparaît dans la lettre suivante adressée par Brisechoux au sieur Fayot, régent de la 2° classe française de Montbéliard.
(1) Prél. de la Chronique.
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Monsieur,
Je vous renvoyé les almanachs de fust M" Hugue Bois de Chêne, v" beau père, et vous remercie de la faveur que mavez laite de les me communiquer, iay veu en celuy de l'an 1637 au 9 may nopces Colman et au 3 aost enterré Jean Colman ('), ministre mort de peste ; il est vruy que Colman esloit le nom de Babtesme de lust son père qui s'appelolt Colman Zeheutmeyer (*) et son fils q[ui] fut ministre, s appel loi l Jehan Zehentmeyer, neantmoins on l'appelloit ordinairement Colman, comme encore on fait sa sœur ia Colmande, au livre eacrit de la main dud. S' V" beau père, contenant la plupart des choses arrivées dans n" petit pays... enterré M" Jeban Colmeii, Ministre mort de la peste le 3 aost 1637. Led. livre m'a esté communiqué par vostre nepvwi Bois de Chesne auquel ie le remettra [ij aussi sans vous oflencer.
Je vous prie, M on s', d'avoir la bonté de me bailler atlesta[ lion] comme [en] cest almanach dud. M" Hugue Bois de Chesne de l'an 1631 et en son livret contenant la plus part des choses remarquables arrivées au Comté de Montbéliard et Seigneuries adjointes, se trouve et recognait que Jehan Colman Zebenmeyer fut marié le 9 may et mourrut le 3 en aost de lan 1637, loi. 36, p. 1, art. 1. Vous obligerez celuy qui est Monsieur,
Vostre très humble et obéissant serviteur, [Signé] Brisechoux (*).
Lorsque Luc Wetzel, entre 1847 et 1854, prépara son édition de Bois de Chesne, il avait en sa possession pour la collation du texte, deux originaux de la main du boulanger et six copies plus ou moins complètes (*).
L'original A — complet et bien conservé — qui appartenait alors à Frédéric Morel , professeur au Collège et est déposé aujourd'hui au Musée de Montbéliard , a servi à Wetzel pour établir le texte proprement dit de l'édition (').
(1) Arch. comm. de Montbéliard. Registres des mariages de la paroisse St-HarUn « M' Jehan Zehentmayer es pou sa Elisabeth Carray 9 may 1637, mourut U3 augsl 1637 » (les mots en Italiques sont d'une écriture différente et postérieure.).
(I) Il pale le Si février 161! ion sacrement et la reconnue de sou Dis Jean 1 la chou (Te des marchanda.
(3j Bibliothèque de Besançon. Coll. Duvernoy. Orlg. s. d.
(4) Wetzel signale l'existence d'une 7* copie qu'il n'a pas eue entre les mains et qui appartenait a H. Louis Parrot, Ingénieur des mines.
(5) Mt. M dé]i elle. Ce qui dans la copie Wetzel établie pour l'édition est extrait de B eat écrit à l'encre rouge.
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L'original B qui parait antérieur et fait partie de la bibliothèque de Montbéliard ('), est mutilé en plusieurs endroits et les quinze premières années manquent. Sa rédaction en est souvent différente et Wetzel n'a utilisé ce manuscrit que pour compléter le texte établi sur A, dans les cas très rares ou B lui semblait plus précis ou plus original.
Wetzel avait en outre à sa disposition une copie qu'il croyait émaner du surintendant Bonzen. Cette copie était l'extrait littéral d'un troisième original perdu C, ayant appartenu au commencement du XVIII'1 siècle au maire Malblanc et différent des originaux A et B, tout en se rapprochant davantage de A.
Les cinq autres copies n'étaient que des reproductions de A et B et ne servaient à l'éditeur que « de moyens de contrôle m dans les cas où la lecture du texte pouvait lui laisser quelque doute, re qui arrivait rarement, en raison de la netteté et de la lisibilité de l'écriture de Bois de Chesne.
Wetzel, dans son édition, a supprimé les mentions de mariages et de décès. Il a rectifié quatre dates et rétabli à leur place quelques articles chronologiquement mal classés. Il a accompagne le texte d'excellentes et consciencieuses notes destinées a le préciser et le rendre plus intelligible au lecteur.
Le « Recueil mémorable » est dédié par Bois de Chesne au duc Georges II de Wurtemberg. Il supplie le prince d'agréer cet ouvrage « nonobstant qu'il soit en simple escriture. »
Après la dédicace où nous retrouvons cette complaisance de Bois de Chesne à énumérer les faits qu'il a recueillis au cours de ses lectures, suit une pièce en vers « Au lecteur » dans laquelle exploitant ce lieu commun :
La mort attrape tout mais de façon diverse,
l'auteur nous rappelle, dans un désordre qui est loin d'être ici un effet de l'art , le genre de mort que les circonstances réservèrent à un grand nombre de personnages historiques :
Von Plolemie en croix, Polelas en cuisine...
Voy ce prince acorcfU du grand Caire à la porte
Voy Dtnys qui pour eeptre un fouet de pédant porte
Voy aux pieds de Sapor Valérie estendu
Voy notre Chilpéru...
(i) Ut. et de ta Bibliothèque de Mnntbrliard. (Catalogne cité).
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- IJM -
Nous sommes tentés de crier à l'auteur : quand aurons-nous tout vu? Mais il faut être indulgent envers l'artisau montbélîardais qui savait mal dissimuler toutes les belles connaissances qu'il avait acquises.
Bois de Chesne, dont la muse devient atrabilaire en vieillissant, finit la pièce par ces deux vers ou se précise — encore dans une réminiscence (') — sa conception pessimiste delà vie.
Je crois, nous dit-il, qu'il voudrait mieux :
L'un de ces deux, ou bien jamais de naistre Ou de mourir si tost qu'on vient de naître.
Le Recueil Mémorable qui vient ensuite comprend deux parties distinctes : le « Premier reçue/ » et le » Recueil par atmanach. u
Le g Premier recuel » commence à la mort de la comtesse Henriette de Montbéliard (13 fév. 1444) et s'étend jusqu'en 1603. Les faits qui le composent semblent avoir été recueillis sur des manuscrits plus anciens et présentent une regrettable brièveté. Ceux postérieurs jusqu'en 1614 (') sont passés sous silence. Mais à partir de cette date jusqu'au 11 août 1665 (Recueil par Almanach) , il n'est pas un fait si insignifiant qu'il puisse être , que Bois de Chesne n'enregistre scrupuleusement. Décès, mariages, naissances, prix des denrées, cours des monnaies, mouvements de troupes, attaques, épidémies, épizooties, inondations, grêles, gelées, tous les phénomènes de la nature, tout ce qui se passe, tout ce qu'il voit, entend ou apprend, fait l'objet de notules sèches et sans critique qui, malgré leur imperfection, sont infiniment précieuses pour l'histoire du Comté de Montbéliard dans la première partie du XV110 siècle et nous obligent à nous montrer reconnaissanls envers l'humble boulanger qui nous les a laissées.
(1) Cf. Théognis (v. 125M8) « Mieux vaudrait pour les enfants de la terre n'être pas nés... Ensuite le meilleur pour eux, quand Ils sont nés,- ce aérait de passer les portes d 'Ha dès aussitôt que possible, a
Sophocle (Œdipe a Colonne - v. 1125 et sulv.) u Ne pas naitre est ce qu'il y a de plus raisonnable, mais quand on a vu le Jour, ce qu'il y a de mieux après cela c'est de retourner d'où l'on vient. i>
(2) Saut quatre notes peu Importantes et relatives A l'année 1607 et une note relative à 1606.
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En 1665, date à laquelle se clôt le Recueil Mémorable, Bois de Chesne était âgé de 79 ans.
La vieillesse est languissante et débile Ayant tous tours la mort devant les yeux.
Ces deux vers nous donnent la double explication de son pessimisme et de sa dévotion.
Deux aus après, le lundi 5 août 1667, à dix heures du matin, le vieillard appelait auprès de lui dans sa maison de la Rouchotte, Joseph Titot, notaire greffier de la Justice de la Mairie, et lui dictait ses dernières volontés en présence de Daniel Cucuel , tisserand, l'ami auquel le « Petit Traisté » avait été dédié, Frédéric Verenet, Jacques Barré, tailleur, son voisin, Etienne Bohy, tisserand, Hugues Charrière, coutelier, Pierre Hurand, mercier et Etienne Weuillemeoot, aussi coutelier, tous bourgeois de Montbéliard.
Par son testament, Hugues Bois de Chesne « sain de sens, pensée, mémoire et entendement... quoy que quelquement indispos... tant par maladie que foiblesse à cause du haut aage auquel par la faveur Divine [il est] parvenu » dispose du peu de biens qu'il a plu à Dieu lui impartir, en faveur des enfants qui lui restent de ses deux mariages et entre lesquels il entend maintenir une juste égalité.
11 demande d'abord que son corps soit inhumé au cimetière de la Neuveville en toute honnêteté et simplicité chrétiennes. 11 donne en même temps aux pauvres nécessiteux qui se trouveront au devant de son logis, le jour de ses obsèques, la somme de six francs, h de laquelle, spécifie- le vieux boulanger, sera cuit du pain pour leur estre distribué. »
(1) Arch. comm. de Montbéliard. Orlg. pap. Cahier de 6 feuillets; 6 pp. 1/2 écrites. (173 mm sur £61 mm). Voir le texte de cette pièce, & la lin de la notice.
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A ses trois filles, Anne et Alexandrine, nées du premier lit, et Nannatte, née du second lit , qui l'ont « tous iours servi en filles de bien et craignant Dieu » et qui entourent sa vieillesse caduque de soins prévenants, il abandonne avant partage « tout ce qui apprès [son] décès... se trouvera scavoir beurre, farine, lard et autres choses servants à la nourriture et au mesnage » entendant que ses filles ne puissent être recherchées par leurs frères en aucune façon pour ce qu'il a pu leur avoir fourni « soit de nourriture, vesture et autrement. »
Daniel et Hugues avaient reçu de leur père en se mariant une avance de cinquante francs chacun. Bois de Chesne décide que ses quatre enfants non mariés, Jean, Anne, Alexandrine et Nannatte retireront pareille somme de spn « hoirie » aussi avant tout partage. Il attribue en outre à chacune de ses tilles dont les trousseaux, dit il, » ne sont encore en état, » une somme de cent francs avec le linge nécessaire à leur assortiment, et il leur donne trois des meilleurs lits.
Le boulanger, dans son testament, se reconnaît débiteur envers sa vieille servante Marguerite , tant pour gages que pour argent piété, d'une somme de 96 francs qui lui sera restituée sur la succession. De plus, sur la part revenant à Hugues, il sera repris, ajoute le testateur, « vingt deux quarts d'écus qu'il a enlevée sur une vache vendue à sa belle-sœur, bouchère, sans permission de mad. servante. » Cette Marguerite Rouge, à qui son maître empruntait de l'argent , était dans la famille depuis plus de trente ans.
Il partage ensuite entre ses quatre enlants non mariés ce qui lui revient de la succession de ses Ois Georges et Samuel, nés du premier lit et héritiers de leur mère prédécédée.
Aux trois filles, pour les bons services qu'elles lui ont rendus et rendent journellement, il donne encore « la cheminée estant au denier de [sa] maison ainsy qu'elle s'extend et comporte du haut en bas. » La cheminée dont parle Bois de Chesne était; comme on sait, la pièce de l'habitation où se tenailla famille ('). Tout en faisant partie intégrante de la maison, elle était considérée souvent et nous en avons une nouvelle preuve ici, comme un immeuble distinct et indépendant.
n France, p. ï75. Mém. Son. d'Em. de
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Enfin, comme dernier legs particulier, le vieux boulanger donne à Nannatte, la cadette, « ung garde robbe de bois de chesne pour la recompenser des peines qu'elle a heu vendant ordinairement le pain au devant des Hasles. »
Le surplus de ses biens, meubles et immeubles, est laissé par égale part aux six enfants à charge par eux d'acquitter les dettes de la succession.
Hugues Bois de Chesne survécut encore quatre années à son testament. Il décéda le 15 Juillet 1B71, à l'âge de 8.'j ans.
L'inventaire de ses biens fut dressé le 25 juillet par les soins de Jérémie Duvernoy, maire de S. A. S. , Pierre Titol, maître bourgeois en chef et Joseph Titot , greffier de la Justice de la Mairie , d'après les indications et déclarations des enfants du défunt, Daniel, Anne, Alexandrine et Anne, la jeune, et celles de la servante Marguerite Rouge ['}. Hugues et Jean, absents aux opérations, sont mentionnés dans le procès-verbal, le premier à Lausanne et le second a Bordeaux,
Les filles du défunt représentent « en deux escus blanc et monnoye la somme de 22 francs qu'est tout l'argent content qu'elles ont dict avoir en mains. »
Dans un coflre on trouve, outre 4 cuillers d'argent « ung ducat d'or et ung escu d'or avec quattre vingt pièces de deux batzes et denier, le tout revenant à la som. de trante neufs francs quattre gros deux blancs. » Au moment du décès, il existait un bichot de blé et de farine ; moitié en avait été laissée aux trois filles, le surplus avait été vendu et le prix provenant de la vente était déjà compris dans l'argent trouvé comptant.
L'inventaire énumère les objets en étain de la succession : pots, pintes, aiguières à pan et à bec, flacons, plats, assiettes, cuillers, saulcerottes, escuelles à oreilles, grand et petits kules, aiguières à lave-mains, grand pot « servant a mettre la paste de pâtissier » saline à pan, lampe, moutardier, etc..
Puis ce sont des ustensiles en cuivre ou leton : un pot de cloche, une aiguière à laver les mains, un grand mortier de matière de cloche avec pilon, deux bassinoires en cuivre rouge,
(I) Arek. com m. de Montbéliard. invaD" des biens retrouvez apprèa la decêds de M" Hucgue Bois de Chesne, vivant boulanger bourgeois de Montbéliard, 25' juillet 1671. Orig. pap. Cahier de 12 feuillets de 175 mm sur 850 m/m.
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