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écrit Je coJonel Beurnier (*), que cet ensemble d'ouvrages dont les vestiges peuvent encore se reconnaître sur tous les points, ait pu opposer une forte résistance , dans les temps où l'usage de l'artillerie n'avait pas encore fourni les puissants moyens de destruction employés de nos jours à l'attaque des places fortes, et où des armées presque toutes composées de cavalerie, avaient perdu la tradition des procédés ingénieux que les Romains employaient dans les opérations de ce genre. »
En 1506, le Fort Le Chat qui défendait la ville à lest et qui était construit sur le prolongement du rocher du château, en fut isolé par une large coupure pratiquée dans la roche.
Enfin, la citadelle ou chAteau de la Crotte, élevée sur la colline escarpée qui domine au nord Montbéliard , fut considérablement modifiée. Au lieu du simple donjon qui se dressait seul en 1483, on construisit une véritable forteresse bastionnée; elle fut seulement terminée en 1594 et armée de quinze pièces de canons; elle commandait toutes les routes aboutissant à Montbéliard. Enfin, en 1610, Montbéliard s'étant considérablement agrandi, on entoura la « neuve ville » d'une autre ligne de fortifications.
Ainsi fortifié, Montbéliard constituait une ville presque inexpugnable. En 1635, le duc de Lorraine, qui l'avait investi avec 15,000 hommes, dut se retirer après un siège d'un mois, à laproche de l'armée du duc de La Force, sans avoir pu s'en emparer.
En 1675, la ville fut prise par surprise par le maréchal de Luxembourg ; le duc de Lorraine, après s'être emparé de Phillipsbourg, voulait entrer en Franche-Comté par la Haute Alsace et occuper Montbéliard. Luxembourg, averti à temps de ce mouvement, résolut de l'empêcher en prenant possession de la ville qui constituait la clef du passage.
Le comte Georges, qui, au début de la guerre, avait enrôlé des soldats et armé des bourgeois et des paysans , n'avait pu faire face aux dépenses nécessitées par l'entretien de cette armée, et avait dû la licencier en grande partie.
Le 5 novembre, le maréchal de Luxembourg, à la tête d'un fort détachement de cavalerie, s'empara par surprise des avant-
(1) Beurnier. Société d'Emulation, t. 23. p. 340.
postes du front ouest ; cette opération ne lui coûta que quelques cavaliers tués par les canons de la citadelle.
Indigné de cette attaque, le comte Georges voulut se défendre énergiqueinent; il fit rassembler les bourgeois en armes à l'hôtel-de-ville et les supplia de combattre ; ceux-ci lui répondirent qu'ils n'étaient pas en force pour résister à une attaque des troupes françaises; s'ils arrivaient même à battre le corps de cavalerie du maréchal de Luxembourg, il leur était impossible de lutter avec avantage contre l'armée du Rhin qui , d'un moment A l'autre, pouvait venir renforcer les troupes d'investissement; la résistance serait donc parfaitement inutile et n'aurait pour résultat certain que d'exposer la ville aux horreurs d'une prise d'assaut.
Le comte (îeorges se retira alors dans son château, mais les soldats qui en composaient la garnison refusèrent également de se défendre.
Outré de cette lâcheté , il se vit obligé d'aller trouver le maréchal de Luxembourg pour entamer les négociations. Celui-ci le reçut très poliment, lui demanda des nouvelles de sa famille, mais se garda bien de lui parler de l'alîaire qui l'amenait. Il le reconduisit ainsi, avec ses olïiciers, jusqu'à la porte du grandpont, donnant secrètement à quelques compagnies de grenadiers l'ordre de le suivre. Arrivé au pont, il fit signe à ses olïiciers; leurs hommes se précipitèrent sur la garde et la désarmèrent. Les compagnies de grenadiers s'emparèrent immédiatement de tous les postes et prirent possession du château.
C'est ainsi que, fort héroïquement , le maréchal de Luxem bourg s'empara de Montbéliard. Le comte Georges dut consentir à une capitulation ; aux termes de ce traité, la France garantissait aux habitants, le maintien de leurs franchises et de leurs libertés, et la conservation de leurs fortifications; il les assurait aussi de la protection de Louis XIV. Pendant ce temps, on négociait la paix de Nimègue en prenant pour base le traité de Westphalicaux termes duquel le comté de Montbéliard appartenait au Wurtemberg.
Le maréchal de Luxembourg, prévoyant que la France serait forcée d'abandonner Montbéliard, donna l'ordre, au mépris du
(1) V. Bournier. Loc. citât.
traité de capitulation, d'en détruire les fortifications. Malgré l'avis contraire de Vauban. les murailles et les tours de la ville furent abattues, les forts du Chat et de la Crotte démolis et les fossés comblés; l'armée française emmena avec elle les cinquante canons qui constituaient l'armement de la place.
Le maréchal de Luxembourg avait donc agi avec la déloyauté la plus parfaite , et la prise de Montbéliard, due toute entière à la trahison, est loin d'être pour lui un titre de gloire.
La démolition des fortifications eut en outre, une influence désastreuse sur la ville qui, souffrit depuis, de nombreuses inondations, les eaux de la Luzine et de la Savoureuse ne trouvant plus, en cas de crue, des débouchés suffisants et n'étant pas retenues par les murailles.
Montbéliard n'eut plus à subir d'assaut; mais, quand l'ancienne principauté eut été réunie A la France, elle eut à subir de nombreuses invasions; son territoire fut un point fréquent de passage des armées ennemies.
De toutes ces anciennes fortifications, il ne subsiste plus que l'ancien chAteau, d'ailleurs profondément remanié au XVIIIe siècle. Du vieux manoir féodal, deux tours restent seules, celle du nord ou tour bossue, construite par la comtesse Henriette, en 1424, celle du midi ou tour rouge, bAtie par le comte Frédéric, en 1572.