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VENTE DE MOUVEMENTS DE PENDULES A PARIS DE JUIN 1857 A JUIN

Par MM. Roux 31,300

Marty 23,600

Louis Japy 28,500

Japy frères 55,400

Total 138,800

Si à ce chiffre de 138,800 mouvements qui appartient entièrement aux fabriques du pays de Montbéliard , on ajoute 30,000 mouvements vendus par les établissements de Dieppe, on aura yn chiffre total de 168,800, blancs roulants qui donnera une idée assez exacte de l'industrie horlogère dans la Capitale puisque ces blancs roulants sont acl^és et montés à Paris, doù on les expédie dans le Monde entier.

Ces chiffres statistiques servent donc à vous prouver , Messieurs, que notre contrée est en possession presque seule d'une belle industrie qui fait vivre une nombreuse partie de la population horlogère de Paris et c*est Vk un résultat remarquable car avant la création des fabriques de blancs-rouiants dé notre pays, Dieppe et Saint-Nicolas-d'Aliermont avaient seuls le monopole des mouvements d'horlogerie; aujourd'hui grâce à la persévérance et aux talents des fobricants du Pays de Montbéliard, les produits de S^-Nicolas n'occupent plus qu'un rang secondaire et notre contrée a acquis une supériorité incontestable. Nous formons le vœu que tous nos fabricants , unis par une cordiale entente , forment une association commune qui leur sera avantageuse sous tous les points de vue et mettra fin à ces luttes commerciales

dont ils sont eux et leurs ouvriers , les premiers h souf* frir.

Si les cheminées de salon du riche citadin sont ornées de gracieuses pendules du prix de 80 fr. et au dessus , la chaumière de rhabitant des campagnes est meublée de la modeste horloge de bois de la Comté ou de la Forêt noire , de l'utile coucou du prix de 7 fr. 50 ^^ à 30 fr,

La fabrication de ces horloges pour être plus rustique n'en est pas moins digne d'attention.

C'est Morez qui est le centre de cette industrie dans le Jura.

« L'emplacement qu'occupe aujourd'hui Morez (1) n'était, « avant 1734 , qu'une vallée déserte et profonde , toute « hérissée de sapm> séculaires et de roches calcaires que « recouvraient le lierre et la mousse. La Bienne, petite « rivière dont la source est dans les montagnes voisines , pro- « menait ses eaux tranquilles dans cette morne solitude. « Cependant un forgeron entreprend d'y bâtir sa demeure, « ses ouvriers y forment à leur tour des établissements. Un « négociant distingué , M. Jean Baptiste Dolord , dirige les « travaux de la colonie naissante , et ce fut là l'origine de « Morez. »

« Bientôt , l'industrie enfantant des prodiges , les forges « se multiplient dans cette vallée , la population s'y accroît , « le flanc des montagnes s'ouvre pour donner passage aux « communications commerciales, et enfin, en 1820, c'est- « à-dire 8G ans plus tard , Morez renfermait déjà 160S « habitants, qui tous ne subsistaient que du fruit de leur « industrie. Aujourd'hui Morez est le centre d'un commerce « très-important. On compte dans cette ville environ cin- « quante établisseurs ou marchands d'horloges, de musiques « mécaniques et de tournebroches, qui occupent dans l'in- « térieur de la ville et dans les villages voisins, plusieurs « centaines d'ouvriers dans tous les genres. »

La ville de Saint Claude, patrie du célèbre horioger Antide Janvier fabrique comme Morez des horloges de bois.

Mais la plus grande partie de ces horioges de bois connues sous le nom vulgaire de coucous vient de la Forêt Noire. On les nomme coucous parcequ'elles sont munies , en effet, d'un coucou mécanique en bois.

(I) Dubois. Lettres sar Phorlogerie.

Le gouvernement badois a fondé dans la ville de Furlwangen , en 1850 , une école d'horlogerie , dans laquelle de nombreux élèves apprennent à fabriquer ces sortes d*horl(^es. Ce même . gouvernement consacre chaque année , une somme de 25 à 30,000 fr. pour l'entretien de l'école. On compte aujourd'hui dans le district de la forêt Noire badoise plus de 5,000 maîtres et ouvriers qui construisent annuellement 700,000 petites horloges ou coucous en cuivre et en bois.

Le prix de ces horloges varie de 3 fr. 50^ à 12 fr. Dans toute la partie de la Forêt Noire qui entoure Villingen , Furtr wangen , toutes les maisons en bois et chalets renferment des petits ateliers domestiques d'horlogerie où tout le monde travaille , hommes , femmes , enfants et serviteurs. Rien n'est plus intéressant que de parcourir cette agreste contrée couverte de ses belles forêts de pins , de sapins , entrecoupée de petites vallées au fond desquelles roule un torrent à eau limpide ; ici c'est un village , là haut les ruines d'un vieux château , et perdus dans l'épaisseur des bois de nombreux chalets. La nature des terrains , les costumes des habitants , leurs habitations , tout a un caractère particulier très-différent du Jura horloger.

Cependant la Forêt Noire n'a pas seule le monopole des horloges en sapin , d'autres contrées de l'Allemagne ou l'élé^ ment indispensable de cette fabrication abonde , s'occupent aussi de cette industrie. En Bohême, enSilésie, les habitants travaillent pendant leurs longs hivers à tailler le bois et à façonner des jouets d'enfants ou des fihees d'horloges, MM. Cari Suchy et fils de Prague ; Schneider à Freudenthal en Silésie , etc. fabriquent en grand et à bon marché des horloges où tout le mécanisme , la boite et même le balancier sont en sapin.

Depuis quelque temps les Américains viennent faire concurrence aux coucous allemands et jurassiens jusque dans leur propre patrie avec des horloges dont le mécanisme est construit avec des pièces en laiton simplement découpées et qu'ils livrent avec des cabinets décorés à des prix fabuleusement kis.

Nous terminerons ces données statistiques sur les coucous par la comparaison suivante empruntée à M. Dubois :

« D ne faut pas confondre les horloges du Jura avec celles « de la Forêt Noire. Celles-ci sont en bois et en cuivre , « elles ne vont que vingt-quatre, heures sans cire reaiontéés ,

« et leur peu de solidité oblige ceux qui eu font usage à « les faire souvent réparer, ce qui devient très-couteux. . « D'ailleurs, ces sortes de machines ne peuvent donner « rheure qu*approximativement , et leur bas prix seid a pu « les faire adopter jusqu*à présent par nos ouvriers et dans « nos campagnes. *»

« Les horloges de Comté , sont au contraire très-solide- « ment établies , les principes y sont fidèlement observés ; « elles marchent huit jours et même quinze jours sans être « remontées; leur régularité est souvent parfaite , et comme « elles sont en cuivre et en acier , dles n'ont besoin d'être ré- « parées qu'à de longs intervalles. >• (i)

Les mouvements des horloges de Comté sont renfermés dans des boites en sapin peintes et décorées de diverses manières. Ce sont les habitants de la vallée des Rousses qui font ces cages ; ils en fabriquent de grandes quantités et à trèsbon marché.

Les établisseurs de Morez et du département du Jura ont apporté de grands changements dans leur fabrication par remploi de machines-outils qu'ils ont inventées. Aussi Morez en est-elle arrivée à produire annuellement 80,000 pièces d'horlogerie , horloges de clochers , horloges comtoises dites coticous , horloges électriques , compteurs pour voitures pu-^ bUques, toumebroches , etc.

Les horloges monumentales de Morez sont d'un prix minime , aussi toutes les maisons communes des petites villes et villages , les usines , manufactures sont-elles pourvues de ces horloges.

Les toumebroches de Morez avec leurs accessoires ne coûtent que 14 fr. Pour les faire à un prix aussi bas, les fabricants construisent plusieurs pièces du mouvement en fer au lieu de laiton. Le mécanisme est également très-bon et remplit fort bien l'usage auquel il est destiné.

La fabrication des musiques mécaniques est encore une iiH dustrie propre au Jura suisse et français. Dans le Jura suisse ce sont Genève et S**-Croix qui ont le privilège de cette fabrication ; dans le Jura français, c'est S'^'-Suzanne près

(1) Dubois. Lettres sur Tborlogerie.

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(le Montbéliard et quelques autres localités du déparlement du Jura.

Chacun sait que le mécanisme des musiques mécaniques . se compose d*un cylindre piqué et mu par un mouvement d'horlogerie qui fait résonner par échappement les dents d'un peigne d'acier , lesquelles font ressort et sont proportionnées dans la longueur et l'épaisseur , en raison des intonations qu'elles doivent faire entendre, (Vapez la Planche lO.j

La fabrique de boites à musique de Genève jouit d'une l)onne réputation ; les pièces qu'elle a envoyées à l'exposition de Paris ont été signalées par le Jury qui a particulièrement distingué celles de MM. Does , Auguste Dutertre et Golay-Leresche.

« Au commencement du dix-neuvième siède (1) une nouvelle industrie , proche parente de l'horiogerie , s'acclimata à S'^-Croix ; c'était celle des tabatières à musique. L'extension qu'elle prit en peu de temps est vraiment prodigieuse ; dans le courant d'une seule année , en 4836 , le nombre des tabatières fabriquées s'éleva,au chiffre de 52,000. La population presqu'entière s'était vouée à ce genre de fabrication ; l'horlogerie était restée sur l'arrière plan. Cet état ^e choses ne dura pas long-temps. La surabondance des produits et la concurrence amenèrent une baisse rapide dans les prix ; la crise commerciale qui éclata en Amérique à cette époque entrava l'écoulement et vint répandre le malaise ; il faDut revenir à l'horlogerie. »

« Mais la fabrication des musiques recommença plus tard à fleurir * il est vrai qu'il ne s'agissait plus exclusivement de tabatières à musique ; cette fabrication était accompagnée de celle des cartds, grandes pièces qui exigent plus d'aptitude , et qui ont été poussées à une perfection surprenante. En 18tl2 le nombre d'ouvriers occupés dans l'industrie des musiques mécaniques était de 444 ; les fabricants ou entrepreneurs au nombre de 25 écoulaient leurs marchandises en Amérique , en Angleterre , en Hollande , en France , en Espagne , en Italie , en Allemagne et en Russie. Les produits sortis des ateliers étaient :

Cartels 3,800

Tabatières à musique 30,600

<1) Gazelle de Lausaoae da 9 octobre iS53.

MM. Jaccard dans une lettre en date du i2 octobre 1858 nous écrivent en réponse aux renseigneraenls demandés par nous : il se fabrique à S^'-Groix annueUement : 35,000 Tabatières à musique.

4,500 Cartels avec boites en bois.

Il y a 450 ouvriers occupés à ce travail qui gapent environ 2 francs par jour.

Les principales maisons de S^-Croix sont celles de MM. Jaccard frères , et Jaccard Valther et fils.

Nous ne nous arrêterons pas dans les fabriques de mu-siques mécaniques du département du Jura , de Morez , de S*-Claude , etc. qui n*ont plus aucune importance , nous avons hâte de vous parler de celle de S*^-Suzanne que MM. Lépée , père et fils dirigent avec tant de talent.

S^'^-Suzanne est à quelques pas de Montbéliard ; en suivant la route qui conduit de cette ville à Besançon on aperçoit sur la droite les bâtiments de la manufacture de MM. Lépée dans lesquels nous allons pénétrer.

Le rez-de-chaussées de la fabrique est occupé par un atelier de machines, de découpoirs, de rabots , de sdes mécaniques, de plate- formes^ pour taïUer les dents des barillets, de tours apercer, à creuser, de forges^, etc. etc.

Au premier et au second étage sont les autres ateliers pour lesquels MM. Lépée ont adopté une disposition particulière , ils les ont divisés en petites chambres ne renfermant que un , deux ou trois ouvriers de manière à diminuer les bruits de toutes ces musiques que Ton accorde de main d'œuvre en main d'œuvre.

Dans la musique mécanique il y a surtout deux pièces dont Texécution présente des difficultés sérieuses que MM. Lépée ont vaincues au moyen de procédés ingénieux qu'ils ont imaginés ou perfectionnés eux-mêmes. Ces deux pièces sont le cylindre et le clavier ou peigne.

Le cylindre ou cône creux doit recevoir les petites pointes ou goupiUes, qui en soulevant les touches du clavier les font vibrer et produire les sons. Pour fixer ces pointes , il faut d*abord noter la musique que Ton veut reproduire au moyen de petits points que Ton trace sur le cylindre , ensuite il faut percer ces points et fixer dedans les goupilles. MM. Lépée ont des machines avec lesquelles ils tracent et annottent les points sur quatre cylindres à la fois , ils ont des outils pour couper et tourner les goupilles en même temps , et

pour les fixer au cylindre à la longueur nécessaire, etc. enfin ils ont un procédé à eux pour mastiquer Tintérieur du cylindre. ,

Le peigne se fait en taiUant à la fraise les touches ou les dents dans une pièce d*acier. Mais le point difficile c*est de donner à Tacier les qualités nécessaires pour une bonne sonorité au moyen d'une trempe spéciale ; ce problême difficile a été résolu avec bonheur par MM. Lépée.

D'autres diflScultés encore , c'est d'obtenir les sons graves et d'empêcher la continuation des vibrations ; on obtient les sons graves en plaçant sur les touches d'acier du plomb et on empêche la continuation des vibrations par des petits morceaux de laiton nommés étouffoirs. Ensuite il faut que les lames du clavier viennent rencontrer les pointes du cylindre sous un angle convenable , MM. Lépée ont imaginé un petit instrument qui sert à le mesurer exactement.

Les autres pièces de la boite à musique sont le bariUet

Îui reçoit le ressort moteur du cylindre et que Ton arme 'un encliquetage et d'un remontoir à la Bréguet ; d'une platine en fonte galvanisée sur laquelle se place tout le mécanisme et enfin la boite dans laquelle on le renferme.

Toutes ces pièces qui sont en grande partie du domaine de la grosse horlogerie se font à S^^'-Suzanne. MM. Lépée ont encore des menuisiers pour confectionner leurs boites en bois de noyer auquel ils donnent des teintes variées.

MM. Lépée fabriquent des grandes boites à musique nommées en style de commerce cartels ; celles que nous avons vues sont magnifiques ; mais ce qui nous a le plus frappé c'est l'application de la musique mécanique à des jouets d'enfants. Ils ont placé le mécanisme en miniature dans de petites boites en y adaptant une manivelle. L'enfant par,un artifice ingénieux peut tourner la manivelle dans tous les sens sans briser les organes de sa boite à musique , seulement l'air n'est joué que lorsqu'il tourne dans un certain sens. MM. Lépée ont pris un brevet pour ces jouets auxquels nous prédisons une grande vogue , car c'est là un des plus charmants joujoux que des parents puissent donner à leurs petits enfants.

La fabrique de S^^'-Suzanne est intéressante non seulement au point de vue industriel mais surtout comme modèle d'une société patriarcale. M. Lépée est là entouré de tous ses enfants au nombre de sept qui tous ont reçu une éducation

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spéciale et ont chacun leurs attributions particulières. Ce sont d'admirables contre-mattres et rien ne peut échapper à leur surveillance intéressée et attentive. Aussi la fabrique de S**-Suzanne acquiert chaque jour plus de considération et voit ses affaires s'agrandir rapidement tandisque les fabriques de Genève et de S**-Croix périclitent ; là ce sont des établisseurs qui comme nous Tavons déjà dit pour les montres , font faire les diverses pièces de leurs musiques mécaniques par des ouvriers qui travaillent de côtés et d'autres et qui échappent à toute surveillance , ils réunissent ensuite ces pièces bonnes ou mauvaises , font monter le cartel et livrent au commerce une marchandise bientôt dépréciée.

MM. Lépée reçoivent les partitions de tous les opéras, dans lesquels ils choisissent les morceaux les plus populaires. Us ont des correspondants qui leur envoient des airs manuscrits recueillis soit cnez les Nègres , soit à la Havane , en Australie , en Chine , en Turquie , etc.

Leur vente de musiques mécaniques peut se diviser comme il suit : un tiers pour l'Angleterre et l'Amérique ; un tiers pour l'Allemagne et la Russie ; et le reste pour les autres contrées du globe. Les Anglais et les Américains , races éminemment nomades aiment à entendre loin de leur patrie , au fonds de l'Inde , de la Chine ou de l'Australie , les chants ui leur rappellent leur terre natale. Dans quelques parties e l'Allemagne et de la Russie , la boite à musique est devenue presque un meuble indispensable.

MM. Lépée occupent plus de 150 ouvriers et leur fabrique peut produire jusqu'à 24,000 musiques mécaniques par année.

Nous terminerons ici cet exposé rapide de l'industrie horlogère dans le Jura pour lequel nous nous sommes servi de tous les renseignements que nous avons pu trouver et dont nous avons indiqué avec soin l'origine ; nous serons reconnaissant envers toutes les personnes qui voudront bien nous en donner de nouveaux pour corriger ou compléter cette esquisse trop imparfaite.

n est bien entendu que nous n'avons voulu faire qu'une simple esquisse de l'industrie horiogère dans les montagnes du Jura et que nous avons laissé en dehors de notre cadre les grandes industries semblables de l'Angleterre, de TAmérique

6t surtout de Paris et d*autre^villes de France et de rEtrauger où se construisent ces admirables chronomètres, montrer mannes , horloges monumentales , merveilles de l'industrie humaine !

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