‹ MémoiresChapitre 9 sur 62 · ARRÊTÉ · texte numérisé non relu

ARRÊTÉ

DU Comité de Salut Public du \3 prairial, an deux.

Article 1*''.

L'établissement d*horlogerie formé dans je département du Doubs portera la dénomination d'horlogerie nationale ; il est sous la protection de la République ; ceux qui tenteraient d'en arrêter les progrès ou d'en amener la décadence doivent être poursuivi!^ comme malveillans et émissaires de Fétranger.

Ajoutons encore à ces précieux documents quelques extraits des Lettres écrites à la Suisse sur l'origine de hi manufacture d'horlogerie établie à Besançon , par M. C. Nicolet.

« Voici comment les choses se passaient à la fin du siècle « dernier, dans nos montagnes Neuchatdoises : des rixes « sanglantes avaient lieu partout où les patriotes usaient se « montrer, même dans les temples; les haines s'envenimaient, •c le gouvernement ordonna des poursuites , lança des décrets « de prise-de-corps et des proscriptions contre une foule de « chefs de famille. Nos pères nous ont souvent raconté , pen- « dant nos longues soirées d'hiver , ces événements et nous « ont dit les noms des victimes ; alors une famille était une « tribu. Les bannis , les mécontents , pour nous servir des « expressions de M. Tribolet , se retirèrent à Besanç(m , où « ils furent accueillis avec bonté. L'auteur que nous venons « de citer ne dit pas le nombre des bannis ; Bassal , représen- « tant du peuple, délégué par la Convention nationale pour « les départements de la Côte d'Or, du Doubs, du Jura, de «^ la Haute-Saône, du Mont- Terrible et de l'Ain, en donne « le chiffre dans l'acte signé le il Brumaire , an IL Cet acte « audientique et peu connu aujourd'hui ; nous prouve que des « patriotes neuchatelois au nombre de 400 , fuyant la persé- « cution, trouvèrent un asile sûr, des encouragements, une « protection réelle, efficace, dans cette France si grande et « si généreuse.

« Le commissaire des bannis Neuchatelois était un nommé « Mégevand , qui exploita habilement l'aveuglement de l'admi « nistration de Neuchatel ; il comprit qu'en groupant les « artistes à Morteau et à Besançon et qu'en brusquant l'émi- « gration, il pourrait créer une concurrence à la fabrique des

« Montagnes ; dans ce but il sollicita des secours auprès des « représentants du peuple Bassal et Bernard , et obtint Fanété « du 21 Bnimairc, par lequel les représentants accordèrent «< pendant un mois , à dater du jour de la sortie du Locle ou « d'ailleurs, à chaque célibataire ou homme veuf, la somme « de 4 livres par jour , celle de 3 livres à chaque père et M mère , en outre de 2 livres pour chaaue enfant au nombre « de deux , et de 30 sous pour chacun de ceux qui excédaient « le dit nombre ; lesfenuues exercées aux travaux de Tborlo- «« gerie jouirent de la même gratification. La république se « chargea en outre de tous les frais de transport pour les per- « sonnes , outils et effets des ouvriers qni passèrent en exonp- « tion de droits. Elle fit une avance de 5000 marcs d'argent « en matière pour la fabrication des boites, sans aucun intérêt « pour six ans , procura aux chefs de la fabrique la maison K de Beaupré et accorda pendant six ans des indemnités aux M ouvriers pour le logement, savoir : sur le pied de 40 livres '« pour chaque célibataire ou pour deux personnes mariées * sans enfants , et de 72 livres pour les chefs de famille avec « enfants. »

« Le Comité de salut public accorda en outre une indemne nité d*un tiers plus forte que les autres pour les artistes « qui avaient souffert de Tincendie de la Chaux-de-Fonds. »

« Voilà les commencements de cette fabrique rivale de la « notre , vulgairement connue à Besançon sous le nom de K colonie sume et dont les ramifications s'étendent aujour- « d'hui dans presque tous les villages des Sous-Préfectures n de Montbéliard et de Pontarlier. Dès son origine cette fa- « brique comptait près de 2,000 ouvriers et versait dans le « commerce près de 30,000 montres, évaluées à 1,100,000 « fr. ce chiffre s'est quadruplé aujourd'hui. »

« A la suite des proscriptions de 1832 et 1840 , des hor* « légers se réfugièrent à Besançon , d'autres portèrent, leur « industrie en Erguél et en Amérique, MM. Bovet po/tèrent •c leur industrie unique dans son genre à Besançon et à « Londres. »

Cette fabrique de Besançon est dans une position excellente puisque devant elle s'ouvre le marché de toute la France et si dès son origine cette fabrique malgré la réunion de Genève et du Porrentniy au territoire français, malgré la guerre continentale, les sièges et la famine dont Besançon a été le théâtre n'a pas périclité c'est qu'elle est solidement

établie et bien naturalisée. Aujourd'hui eHe fait une concurrence redoutable à la Suisse sa mère-patrie , comme le prouvent du reste les chiffres suivants qui parient d'eux-mêmes.

Voici un tableau qui fait voir la progression fort remarquable de la fabrication de la montre à Besançon pendait ces dernières années. (1)

Il s*est fabriqué en :

3,175 montres en or et 24,447 montres d'argent.

Cette progression dans l'espace de dix ans est vraiment prodigieuse ; elle frappe singulièrement et prouve comme nous Favoiis déjà dit que les Jurassiens français possèdent comme leurs voisins Suisses y le génie de l'industrie horiogère. Le Jury de l'Exposition universelle de Paris a reconnu le mérite de la fabrique de Besançon en accordant des récompenses à ses principaux fabricants.

Le nombre des établisseurs de Besançon est considérable, citons parmi eux : MM. Savoye frères, Rochat, Lorimier, Sandoz-Nardin , Adler frères , Veil Albert , Veil Raphaël , Coste, Barret, Bouttey, Besson et de Liman, Favre-Heinrich, Haldy, Montandon Henri, Piguet et Lyautey, Przyalgowski, Allin Richard et Boutet, Ferrier, Louis Femier, V.^Ç. Cocquiard, Bataille aine , Amiet, Bourdenet, Doucelance^ Droz, Diecmann-Hermann, Fumey „ Gersony , Gueissaz , Huguenin , Jeannin , Jeanneret , Jourdain , Bossy , I^ethieh Olivier etÇ*% Lambert, Matile, Péchin, Schwob, Sterky, Valobra, Girard frères , Perret, SandozJ. , etc.

La fabrique de Besançon s'est attachée à un genre très^courant surtout la montre lépine à cylindre façon Bréguet A ; eDe fait peu d'échappements à ancre , duplex, libre; peu de

(O Je dois ces renseignements sutisti^ues à M. Justin Sandoz, représentant de la Maison Japf frères et Oie. à Besançon.

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genres extraordinaires ; les établisseurs IravalQent presque tous pour la France.

Il y a cependant quelques &bricants qui font de rhorlogerie supérieure, des chronomètres, des pièces à ancre, parmi lesqu^ BOUS citerons : MM. Savoye qui établissent surtout des montres de prix , ^enre de Geaàve. Ib ont une maison à Paris. MM. Richard et Bontet, Terrier, de Lîman, et Besson, Przyalgowski , Rochat. MM. Lorimier font la montre chinoise, iboai acquis une grande réputation pour cette spécialité ; ils vendent leurs pièces chinoises à des exporteurs pour la Chine.

Il est à regretter que quelques étaUisseurs de Besançon livrent au commerce un genre trop pacotille, car maDieureusement ce genre à très-bas prix et dont la vente est ton« jours assez considérable, a été regardé comme repRT^ntant la fabrication générale de cette* ville, ce qui certainement est loin d*étre juste ; ce fait n'en a pas moins jeté pendant quelque temps une certaine défaveur sur les produits de Besançon mieux appréciés aujourd'hui. Toutes les montres ^ites à Besançon sont soumises à un contrôle et poinçonnées , ce qui permet d'en recomiaitre l'origine.

n existe aussi un Conseil de Fabrique qui doit veiller à la bonne qualité des montres livrées au commerce et un Conseil de Prud'hommes qui s'occupe des intérêts des ouvriers horgers.

L'Etat montre par Tintermédiaire du Préfet une grande sollicitude pour cette belle industrie au succès de laquefle il s'intéresse sérieusement.

On compte aujourd'hui 115 fabricants dliorlogerie k Besançon et de nombreux ouvriers travaillent pour toutes les parties de la montre , de telle sorte que te fabrique peut maintenant se suffire à dle-même.

Il s'est crée un cerde d'horlogerie , Rue des Granges 5 ; où se réunissent les horiogers pour traiter de leurs affaires. /

Llioriogerie est pour la ville de Besançon un gr^ élément de prospérité ; cette industrie en rayonnant au dehors peut devenir pour tous les villages du département du Doubs une source de travail et de bien être qu on ne saurait trop encourager surtout après avoir vu les nombreux avantages qu'en retifent nos voisins du Canton de Neuchatel.

Besançim est un centre scientifique remarquable. Elle possède une école de médecine ; une faculté des sciences et des lettres.

Son école de médecine jouit d'une ju^ considération ; elle doit à M. le Docteur Villars , son ancien doyen , d'importantes amélioratioDs , c'est lui qui s'est occupé de réunir tout ce qui peut taciliter l'étude , collections , nibliothèque , jardin botanique, etc... Ajoutons à ceh, des hôpitaux où des professeurs de médecine et de chintr^e font chaque jour d'exceHentes cliniques et on comprendra pourquoi Besançon possède une des meilleures Ecoles secondaires.

Des professeurs éminents donnent aussi à la Faculté des Sciences un éclat tout particulier. M. Grenier y enseigne la botanique. C'est l'un des auteurs de la Flore de France qui restera comme un monument éievé h la botanique. M. Coquand professe la géologie, c'est lui qui a classé les riches collections de fossiles et de minéraux que nous avons visitées au Musée.

Il existe aussi à Besançon une Société d' Emulation qui embrasse dans sa sphère d'action les études scientifiques les phis variées. Réuniim d'hommes d'une haute intelligence, cette société est destinée à prendre une grande influence «n Franche-Comté ! Ses rapports occupent sans contredit un des premiers rangs parmi tous ceux qui se publient chaque année en France. La géologie et la botanique du Jura y sont traitées sous les points de vue les pkis nouveaux par MM. Crenier, Coquand, Pidancet, Contejean, etc. C'est dans le sein de cette société que s'est élevée cette discussion sur Alésia qui a passionné pendant quelques mois tous les archéologues.

C'est encore à cette société que l'on doit l'idée d'une exposition industrielle à Besançon pendant l'année 4860. Nous espérons que l'horlogerie Bisontine et de tout le Aira y sera dignement représentée.

,Nous avons admiré sur les places et dans les rues , ces belles fontaines dont l'eau jaillissante donne à la ville tant de fraicheur. C'est l'antique acqueduc romain d'Arcey restauré qui amène du sommet de la montagne jusqu'au sein de la cité cette eau si abmidante et si utile.

Nous quittons Besançon pour nous rendre au Locle et à la Câmux-de-Fonds. En sortant de la ville, la tranchée faite pour le passage de la route sous les rochers de la citadelle , montre à nu tous les étages jurassiques qui se succèdent à mesure que l'on gravit la côte rapide jusqu'au village de Morre.

De Besançon au Locle le trajet se fait en 9 heures de temps. On s'élève peu-à-peu sur le Jura en traversant trois des

régiom d^alUtude admises |>ar Jules Thurmaim : la région basse qm renferme toutes les parties de la contrée situées au dessous de 400 mètres et à laquelle appartient la Vallée du Doubs où la vigne, le mais, les céréides, les légumes les plus variés et les arbres fruitiers , sont en pleine cuitu* re. A cette région succède la région moyenne comprise entre 400 et 700 mètres, ce n*est qu'une région intermédiaire entre la région basse et la ré^on montagneuse et qui participe k leurs deux caractères.

Arrivés à une altitude de 700 mètres, le paysage est complètement transformé, nous sommes bien à2Jis la mont€Ujne , au milieu des pâturages, des forêts de sapins et d'épicéas et des tourbières. Autour de nous Thorizon est limité par les cimes de la région alpestre.

Nous voici dans le vallon de Morteau : de côtés et d'autre; sont disséminées les fermes avec leurs grands toits surmontés de la cheminée à bascule ; dans le fonds les maisons blanches de JUorteau se détachent sur le vert des pâturages; une ceinture de noirs sapins encadre le paysage. Morteau est un bourg très-animé par les nombreuses voitures de roulage qui font le transit de Suisse en France. Depuis quelques années les habitants se sont adonnés aux travaux de l'horlogerie et livrent les pièces qu'ils font aux établisseurs de la Suisse ou de Besançon.

En sortant de Morteau la route cotoye un petit cours d'eau dans lequel nous avons de la peine à reconnaîtra le Doubs , cette rivière oi^eil de notre Vallée !

Au ViUers ou se trouve la douane française , on passe le Doubs sur un petit pont en fil de fer et un cri d'étonnement s'échappe à la vue du village des Brenets dont les belles maisons sont groupées sur le crét jurassique qui domine les bassins du Doubs et le lac de Chaillexon. Ce lac a 3,000 mètres de longueur sur 400 de largeur ; sur ses bords du côté de la Suisse , sont qudques habitations appelées les Pargots ; et au dessus , sillonnant la montagne , la route du Lacle et le coi des Roches. Du côté de la France, quelques maisons dispersées sur un coteau aride forment le village du ViUers.

L'ancien village des Brenets a été détruit par un incendie ; à sa place se sont élevées comme par enchantement les demeures si confortables qui composent le nouveau village peuplé de 1172 habitants. Ces demeures sont presque toutes

disposées pour ie travail de rhoriogerie et renferment des petites numufactures domestiques d'où sortent des montres très-eslimées que Ton expédie surtout à Paris. Les principaux horlogers des Brenets sont MM. Jeannot, Chrinstin, Girard, Perret, Montandon, Guinand, Haldimann, Richard frédéric. Ces établisseurs occupent un certain nombre d'ouvriers français disséminés dans les hameaux des côtés du Doubs , au Russey , dans le vallon de Morteau.

Des Brenets* au Locle, une route conduit en serpentant au milieu de jardins anglais grandioses , car ils ont été créés par la main de Dieu !

On traverse là m(mtagne par un souterrain et en sortant de la voûte on se trouve dans le vallon du'Lode : A droite sont les moulins construits , l'un au dessous de l'autre , dans les abîmes creusés par les eaux du Bied qui prend sa source dans la Combe-Girard et qui n'a pas d écoulement apparat. H parait que ces moulins souterrains ont été établis en 1763 par un nommé Moïse Perret Gentil qui ayant excavé le roc , construisit quatre moulins placés par étage les uns au dessus des autres ; ce fut un grand service rendu aux habitants de la Chaux-de-Fonds «t du Locle qui étaient otrfigés d^aller moudre à deux lîeues de distance , près 4u Doubs.

Du col des Roches une route large, garnie de trottoirs mtoe au village du Locle.

Le Locle occupe le fond d'un bassin qui a trois kilomètres Ae longueur sur un kil. de largeur. Ce bassin est rempli par des couches tertiaires mamelonnées et les collines qui l'entourent sont éfi c^eair« jurassique^ U est è 9S1 niètres m dessus de la mer.

Ce ftit en 130S qu'un pistys» de Corcelles ^vint 6'éldblif avec ses fils dans cette combe qui n'hait alors aucun liabi* tant. En 1686 , Danid Ricinrd j fit la premiëm montre.

En 17S1 , deux rangées de tnais^ons séparées par une me composaient déjà le vîHage qui comptait près de 3000 habitants. Nous trouvons dans Sinner le récit d'un fait assez curieux qui s'est passé au Lode vers cette époque, l^ allemand , nommé Maurer , muni d'un privilège du roi de Prusse, et suivi de qvdques assodés , vint établir au Locle un jeu de hazard, le loto génois. Cet amusement faisait fureur chez les habitants qui yperdairat tout leur argent. Un particulier du Locle s'avisa alors de donner une le^n ou plutôt u»

avertissemeat à ses compatrioles ; il établit un loto où Ton ne jouait que des noix et eut bientôt gapé toutes celles du voisinage et démontra ainsi oue ce divertissement n*était qu'un jeu de dupes. Dès lors le loto génois fut abandonné.

Le Locle fut souvent la proie des flammes ; il a été pre»qu'entièrement reconstruit depuis les incendies du 24 avril 1833 et de 1849.

Aujourd'hui le Locle est une ville peuplée de 8B14 habî* tants. Ses rues sont lar^ , bien alignées ; les maisons hautes sont disposées à Fintérieur pour habitations et ateliers.

Le Lode possède de nombreuses écoles, un institut philantropique Mmdé par W""" Galame , situé au hameau des Billodes , et fréquenté par 200 élèves ; un h^ital pour les pauvres.

La fabrique d'hoiiogerie du Lode jouit d'une juste considé* ration ; en général on y fait un genre de montres plus soipé qu'à la Chaux-de-Fonds , on y construit beaucoup de ehranomètreê et de pièces de précision.

Il y a 140 établisseurs au Lode occupant 3,000 ouvriers et ouvrières aux diverses parties de la montre.

Il suflSt de citer des noms comme ceux de Henry Mozer, Louis Richard, H. A. Favre, H. Grandjean, H. Courvoisier, Breting, Montandon , Galame, Droz, L'. Giroud, Kramer, Sylvain Hairet, Delachaux, Tissot, Jaeot, Ph. Sandoz et fils, Hdnrich, Bergeon frères, Jeanneret, W. Dubois, Jnrgensen, J. Nardin, Leuba, Perret, Ad. Huguenin, Fabre Brandt, etc. pour étaUir la réputation de cette fabrique remarquable par la perfection de son travail

Parmi les noms les plus populaires au Lode , nous avons entendu citer bien souvent Jacques-Frédéric Houriet et Cartier.

C'est au génie et au dévouerait de ces deux excellents horlogers que le Locle doit peut-être sa prospérité actuelle. M. Cartier n'a reculé devant aucun sacrifice pour rdever l'hortogerie dans un moment où elle périclitait dans sa par trie. Sa veuve habite aujourd'hui les Br^ets. Nous avons admiré dans les jardins et les promenades le saUx pentandra ou saule laurier que H. Cartier a introduit dans ces montagnes.

Jacques Frédéric Houriet , membre de plusieurs sodétés savantes suisses et étrangères a été l'introducteur des chrommètreë

en Suisse, Tinventeur du spirale $phérique isùekrçne et 4es thermomètres métalliques.

Le toit de J. T. Houriet a abrité en 1810 l'impératrice Joséphine; en 1814 Frédéric-Guillaume III de Prusse ; en 1819 Frédéric-Guiitaunte IV.

Le gendre de J. T. Houriet, H. Urbain iurge&sen de (k^nluigen est l'auteur des Principes généraux de la mesure du temps, des Mémoires sur l'horlogerie exacte, etc. Le fils de ce dernier M. Jules Jurgensen , est excellent horloger et mathématicien.

Le Locle a vu naître non seulement des horiogers de mérita CùmoÈ» ceux que nous avons cités mais encore des artistes remarquables, graveurs, peintres, etc. Les noms des Girardet, des Cabme sont détjà Européens.

Les habitants du Jura sont aptes à toutes les professions qui exigent un travail fin , délicat et ingénieux , c est ainsi qu'à côté de la fabrication de la montre il existe au Locle , à hr Chaux-de^onds, et dans plusieurs Vais de ces Montagnes une autre industrie celle des dentelles. Cette industrie quoique très-ancienne, ne s'est pas développée, elle a plutôt été étouffée par l'horiogerie , cependant elle occupe encore un certain nombre de fanmes.

Un chemin de fer transporte en 12 minutes les voyageurs du Lode à la Chanx*de-Fonds. On a dû l'établir à une assez grande hauteur au dessus de h ville , sur le versant nord des collines. Ce chemin comme ceux d'Amérique n'a aucune barrière , il est à une seule voie et à pentes très-fortes. Le vallon que l'on parcourt pendant l'espace d'une lieue est à 1,000 mètres au dessus de ht mer.

A droite et à gauche de la route sont dispersées les maisons des Eplatures et la crête des collines qui limitent le vallon est couronnée de belles forêts de pins.

Bientôt apparaît la masse de maisons neuves avec leurs toits rouges de la Chaux-de-Fonds ; voici le vaste chantier du chemin de fer et la grande rue qui mérite bien son nom, car elle est large , garnie de trottoirs et devant ses belles maisons sont des jaràins entourés de grilles. C'est dans cette rue que se trouvent le casino, le comptoir de l'Union horlogère , l'hôtel de la Fleur de Lis , les Postes fédérales, ainsi que les anciennes demeures des Jaquet-4)roz et de Léopold Robert dont nous donnons les croquis. (Voir les planches 7 et 8.)

A son extrémité cette Grand'Rue se divise en plusieurs branches qui vont aboutir à la Grande Place et à la Place du Marché d'où partent dans tous les sens de nombreuses rues collatérales.

Toutes les maisons de la Chaux-de-Fonds sont vastes , élevées de plusieurs étages et percées à\\i\ grand nombre de fenêtres , ce qui leur donne l'aspect un peu casernes ; mais il n'existe dans la ville aucun monument remarquable ni travail d'art. On voit que la Chaux-de-Fonds est une ruche ouvrière et que toute cette magique création n'a qu'un seul souffle : l'industrie horiogère !

Des statues à Léopold Robert et à Daniel Jean Richard feraient bien cependant sur ses places tirées au cordeau.

Nous nous rendons chez M. Célestin Nicolet', un des \Àm éminents naturalistes Suisses et chez M. Louis Monnin représentant de la Maison Japy frères , qui nous accueillent avec une bienveillance dont nous sommes heureux dé ponvoir les remercier ici. Nous visitons avec eux tout ce que la Ghaux-de-Fonds offre d'intéressant et nous passons etisuite une soirée charmante embellie par la présence de Madame Monnin , excellente botaniste qui nous indique les stations des plantes les plus rares du Jura. Nous remercions aussi M. et M"'^ Niderhouse de leur bonne réception ainsi que M. S. Harrisson, horloger et photographe trèfr-habile auquel nous devons les vues que nous ajoutons à ces pages.

Nous avons eu l'heureuse chance de trouver aussi chez M. Nicolet , notre ami M. Gresly , le savant géologue si bonhomme et dont l'originalité proverbiale a inspiré à M. Cuenin de Porrentruy cette chansonnette pleine de verve qui égayé chaque année le banquet de la Société Jurassie^me d'Emulation.

La Chaux-de-Fonds à la fin du quinzième siècle , n'était encore qu'un rendez-vous de chasse des seigneurs de Vallengin.

Ostenrald nous a raconté comment l'horlogerie s'y était implantée et comment cette industrie avait donné naissance dans cette partie du Jura à une population d'ouvriers habiles et entreprenants. En 17941e rendez-vous de chasse était devenu un village , (1) lorsqu'un terrible incendie le détruisit en entier. Depuis cette funèbre époque jusqu'à nos jours la

(1) Voir PlsDche Yl.

CliauxHie-Fonds a élé pei^à-peu rebâtie sur as nouves^v plan et aujourd'hui c'est la ville la pins peuplée du Canton de Neuchatel.

Le premier horloger de la Chattx-de*Fonds fut Brandi dit le Gruérin, élève de Daniel Jean Richard dit Brtssel, qui forma de nombreux horlogers dont les chalets épars devinrent l'origine du vittage de la Chaux-de-Fonds, A la suite de l'incendie de 1794 , beaucoup d'ouvriers de la Ghaux*de^Fon4s allèrent s'établir à Besançon ou ils reçurent de nombreux se<r eours accordés par Bassal au nom de la Convention nationale , procédé très-adroit , trè&-politique pour attirer des h(ns logers suisses en France.

Nous extrayons encore des lettres si intéressantes de M» C. Nicdet les détails suivants sur la fabrique de la Chauxnie- Fonds:

« Depuis l'établissement de la fabrique de Besançon prin* « cipak»neBt depuis 1798 jusqu'en 1816, notre fabrique « périclita ; les artistes l'abandonnèrent , le nombre des hor^- « logers diminua considérablement ; il était de 3458 en « 1792, de 3939 en 1802 et de 3220 A la fin de 1812. « Fautril attribuer cet état de malaise à l'existence de la fabri- « que de Besançon, à la protection spéciale que l'empire « français accordait à ses fabriques , ou à l'isolement politique « de Neuchatel pendant cette époque? nous croyons que 4ou- « tes ces causes ont agi simultan^ent.

« Notre fabrique était alors bien déchue de son ancienne « splendeur, taodisque les fabriques françaises étai^t en ^ voie de nnospérité ; les pnoduits de notre fabrique , pnobir « bés par la France , ne pouvaient traverser la frontière que 'x par te moyen de la contrebande et ne pouvaient être vendus « que sous id nom et le ccmcours d'un fabricant de Besançon « ou de l'Erguel. Alors la misère était générale. Il se forma ^ en 1811, sous les au^ices du gouvernement de Berthier, « une association pour venir au secours de l'industrie de nos « montagnes ; une souscription en forme d'actions de 100 « liv. chacune , produisit une somme considérable ; cette « société tenta de remplacer l'horlogerie |)ar la fabrication « des instruments de physique et de mathématiques ; mais le « but ^'eHe s'était proposé étant rempli en 1816 , cette « association fut dissoute après avoir remboursé aux intérêt* «es plus des '/« de leurs avances. »

{Lettres écrites à la Suisse par M. C. Nicolet.)

• Henreaseineiit oette triste période dont parie M. Nicolet, fit bientôt place à une période de proscrite et la persévérance et rhabileté des horiogers Neuchatelois reçurent une récompense méritée. L'industrie horlogère se relera , prit un développement considérable , s'ouvrit de nouveaux et d'importants débouchés et en visitant cet été ces belles montagnes du Jura couvertes de villes et d'habitations d'horlogers , nous ne nous doutions pas des hittes pénibles qu'elle a eues à soutenir. Puisse-t-elle prospérer et grandir toujours !

La population du district de la Chaux-de-Fonds est de 48,443 habitants.

Elle a diminué cependant de près de iOOO âmes depuis les quelques mois qu'une malheureuse crise pèse sur l'industrie horlogère. Toute cette population est occupée aux divers travaux de la montre dans les petits ateliers domestiques et dans les comptoirs , aussi la ville parait-elle morte ; mais aux heures des repas elle s'anime , une foule empressée circule dans les rues, les cafés se remplissent, la grande ruche est pleine de bruit, puis bientôt chacun retourne à son établi , k son comptoir , le silence se rétablit et le travail se continue jusqu'avant dans la nuit.

C'est à la Ghaux-de-Fonds que s'établissent ces quantités de montres lépine à cyUndre ou à ancre dans les prix les plus courants de W francs et au dessus.

En 184G , on a poinçonné dans les bureaux de contrôle du Locle et de la Chaux-de-Fonds 201,979 montres ; or comme chacun sait , on se garde bien de faire poinçonner toutes les montres fabriquées. Depuis 1846, ce chiffre a au moins doublé comme le nombre des établisseurs.

Une seule maison, celle de MM. Ami Sandoz et fils, qui est dirigée par un habile artiste , M. Julien Huguenin , fournit annuellement au commerce 35 à 40,000 montres de toute espèce. Tous les établisseurs dont nous allons donner les noms en livrent également au commerce des quantités considérables.

Cesont : MM. Robert-Brandt, Julien Gallet , Julien Perret , Robert-Theurer, Chartes Aimé Ville , Julien Huguenin, F. Courvoisier, Bille, Borel, Rreitling-Laederich , Calame-Robert, Cartier, C. Droz, Dubois, Ducommun, L. Grandjean, Humbert-Bories, Jacot, Bonrquin, Jeanneret, Jiivet, Montandon, Perret, Robert, Stauffer, Tissot, Louis Grisel, E. Piguet, Joseph Jeannot , Barth, Dreyfus, Junod, Racine,

Perrot, Woog, Girard, Kabn frères, F. A. BeiMHt, Roberi- Gerth, etc. etc.

iNous ne pouvons citer que quelques noms , on compté aujourd'hui 2S8 établisseurs à la Chaux-de-Fonds ayant presque tous des maisans de commerce et des r^éêenînnU dams tous les pays du Monde.

Pour écouler la quantité considérable de montres qu'dles fabriquent, la Chaux-de-Fonds et le Lode cherchent des débouchés lointains, Il vient de se former deux sociétés, VU-mon horlogère à la Chaux-de-Fonds et au Locle la Société Neuehatdoise d'exportation , qui ont pour but d'envoyer des agents dans les Deux Amérique, aux Colonies, en Chine, au Japon, dans l'Inde, partout enfin où il sera possible d'établir des comptoirs d'écnange et de vente.

Rien n'est plus hardi du reste que la n^niëre dont les Suisses font le commerce d'horiogene. Td négociant réunit une certaine quantité de montres, prend le chemin de fer ou s'embarque sur un steamer , se transporte aux foires de Leipsiz, de Nidjni-Novogorod, à Canton, à S' Francisco, i Sydney, a Lima, à Rio-Janeiro, au bout du monde enfin, vend sa pacotille et revient en chercher une nouvelle. C'est un steeple-chasse industriel dans lequel les uns se ruinent pendant que d'autres font des fortunes colossales !

Les foires de Leipsiz ont lieu au printem}^ et en automne, elles durent plusieurs jours. Les établisseurs de la Suisse s'y rendent avec leurs pacotilles, îis les vendent et reçoivent des commandes nouvelles. Ces mardiés sont tellement importants qu'ils décident du sort de la campape : si les foires sont bonnes , il y a du travail pour tous les ouvriers, et pour toute l'année; si elles sont mauvaises, il y a crise , chômage. Une autre foire qui a pris une grande importance est cdle de Nidjni-Novogorod. C'est le rendezvous des marchands de toute l'Asie et de toute kt Russie, auxquels les Suisses apportent les. montres à roue de rencontre, turques, chinoises, etc. On y fait des affaires considérables qui influent également sur les travaux des Montagnes.

U n'existe pas de grands ateliers d'horlogerie à k Chauxde-Fonds , chaque ouvrier travaille en ch^mabre. Le travail en fabrique convient pour rébaudie de la montre parcequ'il faut employer des machines pour en découper , tourner les pièces brutes, mais pour traviuUler aux parties plus délicates

— dételles que les échappem^ts , pour remonter et régltr surtout tout ce délicat mécaDisme , le travail dans un lieu tranquille, loin du mouvement, du bruit et à l'abri de la poussière , est indispensable.

Nous avons vu à l'hôtel de viDe un régulateur véritable chef-d'œuvre sorti des mains habiles de l'horloger Quinchy.

La Chaux-de-Fonds est éclairée au gaz ; l'usine qui le fournit est fort bien établie ; elle est placée sous la direction supérieure de M. L. Monnin et fournit le gaz à toutes les rues, ainsi qu'aux particuliers^ aux ateliers, aux compteurs, etc.

On ne voit pas de fontaines dans la ville, ce sont les citernes qui les remplacent. Cependant il existe près de l'Usine à gaz une source abondante, fraiche et pure. Pourquoi ne rutilise4-on pas? Il est à regretter <|ue l'on ait pas su tirer parti de l'excellent travail de M. Nicolet sur la distribution des eaux du vallon , on aurait pu alors créer des fontaines et des réservoirs d'eau vive fort utiles.

Le petit Mijtôée de la ville occupe un local trop restreint , car grâce aux soins de M. Nicolet les collections d'histoire naturelle sont déjà riches en fossiles, surtout des terrains tertiaires et néocomiens. Des mains pieuses ont rassemblé quelques gravures et quelques peintures de Léopold Robert. Ce musée naissant doit être transporté dans le mapifique bâtiment que l'on élève dans ce moment pour les écoles et particulièrement pour l'école industrielle.

Cette école industrielle a été créée pour donner aux jeunes gens une éducation complète d'horloger. Les professeurs font aussi des cours publics pour les ouvriers. On cite avec éloge celui de H. Sir dont les démonstrations et les expériences attirent un grand concours d'auditeurs. Cette instruction largement donnée portera ses fruits et donnera aux travaux de l'horlogerie des hommes habiles et intelligents.

Nous avons remarqué à la Chaux-de-Fonds une assez belle égKse protestante. La charité est une des vertus des Dames de la viDe, elles s'occupent beaucoup des pauvres, vont les visiter à leurs domiciles , s'associent pour leur fournir du linge , des vêtements , créent des établissements de bienfaisance , des écoles, des maisons d'asile pour les orphelins, des h^itaux, etc.

C'est à la Chaux^e-Fonds qu'est né, en 1794, Léopold

Robert, le peintre des Pêcheurs et des Moissmmeurs, qui mourut si malheureusement en Italie en 1835.. M. Nicdet s'efforce de recueillir toutes les gravures , les dessins , les peintures de cet artiste illustre , il voudrait en former une galerie pour le Musée. M. Feuillet de G(mches a réuni tous les documents les plus intéressants qu'il a pu trouver sur cette vie si tôt éteinte.

Le frère de Léopold Robert , M. Aurèle Robert habite Bienne où il a son atelier de peinturé. On peut dire que sa vie est consacrée au culte fraternel de son cher Léopold dont il «Perche à retrouver toutes les œuvres ébauchées. Aurèle Robert est lui-même un grand artiste.

Dans un pays ou l'intelligence de la mécanique est si déve* loppée, Jes hommes remarquables dans cette partie ne sont pas rares , cependant la Ghaux-de-Fonds est fière d'avoir vu nature les deux Jaquet-Droz , père et fils , inventeurs des automates ; ils ont parcouru le monde entier en faisant voir les chefs-d'œuvre sortis de leurs mains.

La seconde vallée parallèle à celle de la Chaux-de-Fonds est celle de la Sagnè et des Ponts. Des routes y conduisent soit de la Ch2|uxH}e-Fonds soit du Locle.

Cette vallée située à 1035 mètres au dessus de la mer est longue de trois lieues , étroite à son extrémité nord , elle va s'élargissant vers le sud. Son fonds est une vaste tourbière en exploitation. Elle renferme deux centres de population la Sagne et Ie$ Ponts ; entre ces deux villages sont dispersées le long de la route, des habitations rustiques à travers les fenêtres desquelles on aperçoit l'ouvrier horloger travail- .lan( avec son tour à burin fixe. La population de la vallée *est de 4,000 habitants elle est composée de bons ouvriers travaillant surtout pour les meilleurs établisseurs du Locle, HM. Hozer en occupent un grand nombre.

On construit beaucoup à hi Sagne et aux Ponts. Vues à distance toutes ces villes et villages du Haut-Jura présentent le même aspect et ressemblent à un amas de ces maisons de Nuremberg aux toits rouges, aux nombreuses fenêtres à contrevents verts , jetées au hazard sur un. tapis de verdure bordé d'un niban noir de pins , de sapins et d'épi-

C'est à la Sagne qu'est né Daniel Jean Richard en 1665. Nous avons raconté sa vie d'après Osterwald , mais nous n'avons plus retrouvée sa maison que nous aurions voulu

représenter k côté de celles des Jaquet^Droz el de Léopold Robert.

La commune de la Sagne comprend la Corbatière , la Sagne , Mermoud , les Cœudres. Les ouvriers de ces villages s'occupent presque tous des échappements à ancre ; c*est leur spécialité dans laquelle ils excellent.

Aux Ponts, il y a quelques étabUsseurs parmi lesquels MM. Berthdet frères.

Nous ne voulions pas passer aux Ponts sans rendre une visite à M. Desor dans son chalet de la Combe Varin. Nous lui sommes présentés par M. Gresly. Ce fût un véritable plaisir pour nous de causer quelques instants avec le naturaliste savant et aimable auquel le Jura et les Alpes doivent de charmantes descriptions. Il fit partie de cette pléiade de naturalistes Neuchatelois qui s'étaMirent de 1840 à 1844 sur les gla* ciers de TAar pour en étudier les singuliers phénomènes. C'étaient Messieurs Louis Agassiz, Charles Vogt, Ed. Desor, Célestin Nicolet, Henri Coulon, François de Pourtalès , auxquels venaient se joindre quelques Alsaciens , en particulier M. Dolfuss de Mulhouse qui a fait construire un chalet sur le glacier où naguère s'élevait Vkôtel des Neuchatelois , pauvre abri sous un énorme bloc de granit. MM. Agassis et Desor soutenus par l'amour de la science ont gravi au péril de leur vie la Jungfrau ainsi que les pics les plus élevés de la chaine des Alpes Bernoises avec leur intrépide guide Jacob Leuthold. (Voir l'ouvrage de H. Desor : ExeursUms et séjour dans les Glaciers.)

De chez M. Desor , le Val de Travers se présente dans tout son ensemble ; cette vallée profondément creusée est une des plus remarauables du Jura. On aperçoit d'abord le drque du Creux du Vent et ses abruptes coralliens qui s'élèvent à 1465 mètres au dessus de la mer ; ce cirque a 2833 pas de circonférence. C'est là une des localités botaniques les plus célèbres , visitée et décrite par tous les botanistes Suisses, les Bauhin, Haller, Gessner, d'Ivemois, J. J. Rousseau, Gagnebin, De CandoUe, Thurmann, Godet, Nicolet, etc...

Depuis le Creux-du-Vent la vallée court de l'Est à l'Ouest parallèlement à la chaine durant l'espace de plusieurs lieues pour se terminer brusquement aux gorges de S' Sulpice. Elle est à 739 mètres au dessus de la mer , elle appartient donc à la partie inférieure de la région montagneuse, mais

comme elle est. très-abritée sa végétation n'est plus la même que celle des vallons de la Sagne et de la Chaux-de-Fonds; les cultures les plus variées remplacent les pâturages et les noires forêts.

Cette vallée est très-peuplée, elle compte 13,139 habitants, et rindustrieuse activité de ses habitants a apporté Taisance et la richesse dans tous ces gros villages qui se succèdent le long de la Reuse. C'est d'abord Travers oii nous arrivons en descendant de la Combe-Varin. C'est ici que M. Jacottet a établi sa fabrique d'ébauches.

Paul Emile Jacottet est un homme de beaucoup de savoir, d'énergie et de ténacité ; il est tombé deux fois pendant ses tentatives de fabrication perfectionnée à laquelle il a voué toutes ses facultés ; deux fois il s'est relevé et le voilà maintenant avec un établissement occupant 320 ouvriers environ !

Il fabrique des ébauches, des finissages et beaucoup d'assortiments d'échappements à ancre de c^té et ligne droite de tous genres , depuis les qualités courantes aux plus soignées. n tire ses pignons de Savoie et fait avec ses finissages une assez rude guerre à la Vallée du Lac.de Joux qu'il espère rivaliser sous peu en perfection. Ses finissages sont côtés à 84 fr. la douzaine de 17 à 20 lignes. 11 vend les ébauches à 39 fr. la douzaine avec 10 pour ''U de remise aux plus favorisés. On les emploie pour un genre de montres plus soigné que le courant et en remplacement de celles de la Vallée. Besançon qui a encore de la peine de faire bien dans les premières parties , doit tirer beaucoup de blancs de Jacottet. Ses ébauches sont faites avec une précision remarquable.

Son atelier est à l'écart , dans un lieu éloigné de la route de Travers. Il est composé d'un rez-de-chaussée et d'un premier étà^e où sont aussi les bureaux. Un iardin entoure le bâtiment. H. Jacottet emploie quelques macnines à découper, à tourner, à taiUer, à fraiser, etc.. mais la plupart des parties" de V ébauche se font à la main.

Sa fabrique jouit d'une grande réputation en Suisse et à Besançon où l'on emploie beaucoup d'ébauches : calibre et genre Jacottet,

M. Jacottet fait construire un grand bâtiment près de Noiraigne afin d'étendre considérablement sa fabrication d'ébauches^ de finissages et d'échappements ; il a même l'intention de finir la montre en entier.

Otitre M. Jacottet, il y a encore à Travers plusieurs fa-* bricants de [otites machines et outils d'horlogerie ; des pier^ Hstes et faiseurs d'échappements ^ etc. Citons M. Perrin-Jaquet, Elie Jeanrenaud , Montandon.

Entre Travers et Couvet , se trouve une colline d'où l'on extrait de l'asphalte. Cette colline est formée des terrains urgonien et aptièn tout imprégnés de bitume ; ces terrains sont supportés et entourés par le néocomien <^m ne contient aucune trace de bitume. Une analyse élémentaire donne pour 100 parties de bitume.

Hydrogène 10,96.

Carbone 73,20.

Oxygène 15,84.

Cette composition exclut toute origine animale, et parsuite fait conclure que l'asphalte est une matière d'origine végétale.

Les uns croient que le bitume est sorti liquide du sein de la terre par une cheminée pour s'épancher dans le terrain ur-* gonien et aptien.

D'autres donnent à Tasphalte une origine analogue à celle des houilles , et l'attribuent à une faune particulière qui a vécu ^r l'urgonien et l'aptien.

n y a déjà plus de cent ans que Tasphalte du Val de Tra-* vers est connu. En 1713 les produits de cette mine servirent à la composition d'un mastic employé à réparer les bassins des jardins de Paris et de Versailles. On caréna mé^ me deux vaisseaux de la compagnie des Indes avec l'asphalte de' Travers. C'est en 1812 que l'on a commencé à exploiter d'une manière régulière et suivie la mine de Travers et que s'est monté l'établissement d'exploitation nommé Presta. La Presta expédie en moyenne par an :

i^ Roches asphaltiques 1,361,681 kilogrammes.

2* Poudre d'asphalte préparée à l'établissement et expéciiée en tonneau 577,996

3^ Mastic fabriqué avec un mélange

de poudre et du goudron . . . 1,354,566 4"" Substances obtenues par la distillation de la roche asphaltique , goudron, huiles volatiles, gaz

d'éclairage 216,895

La présence de l'asphalte au milieu des terrains jurassiques

est siftns contredit un des faits les plus curieux de la géologie et ses dépôts dans les terrains urgonien et aptien , terrains très-rares et qui n'existent que par lambeaux , n'ont pas en^ core été bien expliqués.

Couvet est un des plus beaux villages du Jura ; il est placé en travers de la Vallée ; ses maisons sont moins élevées que celles du Locle ou de la Chaux-de-Fonds , mais elles sont plus jolies, plus Suisses en un mot. Les champs d'absinthe qui l'entourent indiquent que c'est là que se fait cette verte liqueur si goûtée de tous les amateurs. Une grande partie de la population est occupée à la culture de l'absinthe et à la distillation. Cette industrie lucrative a enrichi beaucoup de négociants de la Vallée qui expédient leurs produits dans tous les pays. L'exportation en enlève jusqu'à un million de bouteilles par an. Malheureusement l'absinthe est une liqueur ^ui a des effets désastreux sur la santé des hommes ; elle compte parmi ses victimes un des plus grands poètes de la France. Sa prétendue vertu de stimuler l'appétit est une fiction dont se bernent les estomacs blasés.

On s'occupe aussi beaucoup à Couvet d'horlogerie , on y fabrique des outils à replanter , des tours à burins fixes , des tours à rouler les vis, des machines à guiUocher, des tours à polir les angles des carrés , des fraises à arrondir , des limes, des plates-formes potir fendre les roues de toute espèce , des étaux d'établis et à main , des tenailles à couper , des pinces , des marteaux , des brunissoirs , des filières, etc. Les principaux fabricants d'outils sont MM. Frédéric Borel , Thiègle , Célestin Borel , Virgile JBorel , Petitpierre, etc.

Près de Couvet est le hameau de Planceinont où naquit Ferdinand Berthoudle 19 Mars 1727.

Ce fut en 1745 que Berthoud se fixa à Paris où il a accomplit ses beaux travaux chronométriques et écrit les livres que tous les horlogers consultent encore avec fruit , son Essai sur l'horlogerie, l'Histoire de la mesure du temps et le Traité des Iwrloges marines,

Motiers-Travers est un gros village où l'on fabrique de l'horlogerie , des dentelles et de l'extrait d'absinthe.

Ce fut à Motiers-Travers que Jean-Jacques Rousseau , vint chercher un asile et qu'il écrivit ses célèbres Lettres de la montagne. « Après deux ans et demi de séjour et huit mois d'une constance inébranlable à souffrir les phis cruels

ioùilDehts, dit-il daris ses Confessions (part. 11^ liv. XII, 1765) . il se vit obligé de le quitter et d*aller habiter l'tk Saint-Pierre -, pareeque le peuple ^ le regardant comme rAnte-Christ , et voyant toutes ses clameurs inutiles , parut enfin vouloir en venir aux voies de fait , brisa pendant la nuit les fenêtres de sa maison » (que Ton montre encore aux voyageurs).

Parmi les mécaniciens de Hotiers , nous citerons MM. Frédéric et A. F. Clerc, fabricants d'outils d'horlogerie. MM. Blaser , et Latour fabricants d'assortiments d'échappements. M. Jeanneret qui occupe près de 100 ouvriers piemstes.

Fleurier est une des localités du Jura qui se sont le plus dévelq)pées durant ces dernières années. Il y a des quartiers entiers tout nouveaux composés de grands bâtiments disposés pour les travaux de l'horlogerie. Fleurier est en effet le Centre de la fabrication deà montres chinaises. Sur plusieurs maisons on voit des emblèmes de la Chine ; aux contrevents , aux stores , aux kiosques ^ on reconnaît les habitations des établisseurs de montres chinoises, ce sont des Suisses qui ont accompli maintes fois le lointain voyage de la Chine. — Qui demeure là? demandions-nous. — C'est M. B... le Ckitms. — Et ici î — C'est M. D... le Chinois.

On établit à Fleurier la montre Chinoise en entier depuis l'ébauche jusqu'à son entier achèvement. C'est M. Bovet

3ui le premier a établi la montre chinoise et qui pénétrant ans l'mtérieur du Céleste Empire ouvrit ce nouveau et productif débouché à l'industrie Neuchateloise

H. Edouard Bôvet partit pour là Chine avec quatre montres dans sa poche, il y a de ça bien des années. Un mandarin émerveillé de ces petites machines les lui acheta toutes quatre pour un prix exorbitant. M. Bovet se hâta alors d'en faire venir d'autres de Fleurier » et les vendit aux mandarins jaloux de posséder comme leur heureux collègue des machines aussi ingénieuses. Peu d'années s^étaient écoulées

3 lie déjà M. fiovet avait réalisé de grands bénéfices et que 'autres fabricants encouragés par ces succès se mirent aussi à exploiter ce débouché nouveau. Après avoir consulté le goût des Chinois sur le genre de montres qu'ils aimaient le mieux on a fini par adopter le calibre chinois. Fleurier, S*-Sulpîce , Boveresse , les Buttes , ont conservé le monopole de cette fabrication , cependant on établit aussi ce genre

h Besançon chez M. Lorimier qui travaille du reste peuf des exporteurs de Fleurier. Les montres chinoises sont la plupart en argent ; on les vend aujourd'hui de 80 à 100 Irancs pour les ordinaires ; les plus soipées revieupent HSO et 200 fr.

Il y a un grand nombre d'établisseurs à Fleurier parmi lesquels MM. Bovet, Dimier, Vaucher, Perrepoud, ^cob, Lebet, Bourquin, Rosselet et Petitpierre, Grosclaude, Tisr sier , Rochat , Dubied , Juvet , Guy , tiennent le premier rang.

A. Boveresse , MM. Dubied , Sandoz , Martin , sont de bons -établisseurs , on y trouve encore des pierri8te9 , des fabricants d'' échappements.

A S^-Sulpice, MM, Dubois frères, Dubrit Jams et Ed. Junod établissent les montres chinoises.

De Fleurier on va à S^ Croix par les Buttes , village horloger de 1182 habitants où se font des montres chinois ses et des montres turques. — La montre turque est une pièce à deux platines , k roue de rencontre , avec un dessus particidier. Messieurs David Lebet et fils travaillent pour la Turquie ; ils ont une maison à Constantinople. MM. Juvet frères établissent la montre chinoise , et ont -maison en Chine, Citons encore MM, Ami Leuba^Fattop , Juv^t-Reuge, Adolphe Lebet.

Au delà des Buttes , la route taillée dans le roc s'engage dans l'étroite Combe de Noinaux , dominée à Test , par ime cime escarpée, haute de 1349 mètres.

S'^ Croix est une commune de 3541 habitants, située à 1108 mètres, dans une vallée élevée, arrosée par TAmon et resserrée entre le Chasseron au Nord-Est, et l'^guine de Beaulmes au Sud-Est. Tous les habitants de la Vallée sont occupés aux divers travaux de Thorlogerie, les uns aux montres, les autres aux boites à musique ,

Nous aurons à reparler de S!^ C^ix pour sa fabrication de boites à musique, qu'il suffise de dire pour le moment qu'il y a à S^ Croix 22 fabricants d'heriogerie qui occupent 906 ouvriers et livrent au commerce 18,000 montres par an. Les principales maisons sont eelles de MM. E, Bomand et C , MM. Marins et Justin , Paillard frères , Mermod frères. Les Jaecard les plus grands fabricants de S** Croix «'occupent surtout des mimques mécaniques.

A Fleurier ne se termine pas les villages horlogers de

cette partie du Jura , en s'enfonçant dans le^ gorges de S* Sulpice et en suivant la route de Pontarlier on trouve encore les Verrières-Suisses où un certain nombre d^habitants travaillent sur les montres chimises. On y compte peu d*établisseurs, citons cependant SIH. Sandoz-HichaiMl , Guy d'Espagne , Piaget.

Aux Verrières-France on trouve encore près de 300 ouvriers qui travaillent aux échappements à cylindre.

Mais ici s'arrête l'industrie norlogère et nous revenons sur nos pas, en admirant le long du flanc de la montagne le hardi tracé du chemin de fer qui doit relier Neuchatel à Pontariier, en déservant tout le Val de Travers d'où sortent chaque- jour les produits les plus variés, de l'asphalte, des montres, de l'absinthe , des dentelles , etc. que les Suisses expédient dans de lointaine!» contrées.

La ligne Pontarlier- Neuchatel longue de 46 kil. doit se raccorder à celle de Vauxmarcus , à 5 kil. au S. 0. de Neuchatel et à celle de la Chaux-de-Fonds entre Rochefort et Corcelles. Les principaux travaux d'art sont : le souterrain de Haut-la-Tour , long de 304 mètres ; celui de Saint-StU' pice , long de 246 mètres ; celui de Fleurier , long de 542 mètres ; les. viaducs de la Prise-MUord et de l'Hurguenaz, de 85 et de 82 mètres ; le viaduc de Couvet, long de 110 mètres.

Après avoir visité le Val-de-Travers nous nous rendîmes à Neuchatel. Cette jolie ville Suisse assise au bord de son lac , en face des cimes neigeuses des Alpes , est bâtie en calcaire jaune néocamien ; rien ne trouble la tranquilité de ses rues si ce n'est quelquefois les révolutions , véritables tempêtes dans un verre d'eau.

Neuch^l quoique chef-lieu du canton n'est pas un centre industriel , on y fait cependant un peu de bijouterie et d'horlogerie. C'est dans cette ville qu'est né Abraham-Louis Bréguet , le 10 Janvier 1747. A l'âge de 15 ans , il vint à Paris faire son apprentissage d'horlogerie et s'y établit. Ses chefsd'œuvres lui méritèrent bientôt une célébrité universelle. Un jour , le duc d'Orléans , étant à Londres , montra une montre de Bréguet à l'horloger Arnold , qui passait pour le premier de l'Europe. Arnold, après avoir admiré le mécanisme de ce chef-d'œuvre , dont il pouvait mieux que tout autre apprécier l'exécution , se hâta de venir à Paris pour y faire connaissance avec notre artiste ; et en partant, il li|i confia son fils, John

Arnold, qui resta deux ans sous ce nouveau maître, a qui t plus tard , devint un des meilleurs horlogers de TAngleterre.

Bréguet à formé de nombreux élèves ; parmi ses oU'* vriers, dont quelques uns sont devenus de savants praticiens, nous citerons les Jurassiens Perrelet , Ingénu Japy , etc.

Bréguet est mort le 17 Septembre 1823, C'est de tous les horlogers de l'Europe celui qui tient la plus large place dans Fhistoire de l'hodogerie au dix-neuvième siècle. Son principal mérite est, non dans la foule des inventions qu'il a produites au jour, et qu'on a en général abandonnées, mais dans le perfectionnement des diverses pièces , dans la détermination des calibres avantageux , que la Suisse a depuis imités , et qui sont devenus classiques.

Pour faire comprendre combien est méritée la réputation que Bréguet a faite à sa maison , il suffira de citer les prix qu'il accordait à ses ouvriers. Ordinairement pour faire repas^ ter une montre venant de Suisse , on donne KO francs à un bon ouvrier en chambre ; Bréguet allouait pour la même opération , mais faite avec un tout autre soin , IKO fr. au moins, Quand un repasseur trouvait que telle pièce était vicieuse , il la changeait de son propre mouvement , et par cela seul ses honoraires s'élevaient à 100 écus, Bréguet vendait de l'horlogerie suisse, mais singulièrement revue et amendée. La vente de cette horlogerie mixte est de beaucoup plus lucrative que celle de l'horlogerie de précision , dont toutes les pièces sortent des ateliers parisiens,

Pendant que nous sommes à Neuchatel , nous allons rendre visite à M. Godet le savant botaniste qui nous ouvre son herbier et nous énumère les richesses qu'il renferme ; il nous montre sa nouvelle rosa moUissima. M, Contejean,lui cite à son tour les plantes qu'il a trouvées , chemin faisant. M. Go-^ det est tout surpris en apprenant que Vaspenuio proèumhem pousse contre le vieux mur d'une ferme près de la Tourne

Et nos deux botanistes de s'extasier et de se raconter toutes les merveilles botaniques des stations de Montbéliard et de Creux-du-Yent ! Quelle admirable science que celle qui peut procurer à des hommes intelligents des jouissances aussi modestes et cependant bien vives et bien senties !

Tous les arcnéologues étaient en émoi ; on venait en effet de découvrir sur les bords des lacs de Neuchatel et de Bienrie les vestiges de colonies celtiques dont les habitants ont du

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kabiter des villages construits sur pilotis. Les objets trèsnombreux trouvés , indiquent que ces peuplades se livraient à la pèche et à la chasse et avaient une civilisation déjà avancée. M. Desor à Neuchatel et M. Schwab à Bienne recueillent avec soin tous ces débris si intéressants qui permettront de lever un coin du voile qui recou\Te encore Tnistoire de ces peuplades inconnues.

Nous parcourons les galeries du Musée , mais les nombreux fossiles en désordre dans leurs vitrine nous disent assez qu'Agassiz n*est plus là ! Reviendra-t-il un jour de la terre lointaine, dans sa belle patrie qui le regrette toujours?

De Neuchatel nous retournons à la Chaux-de-Fonds en traversant le Val de Ruz. Ce vallon est essentiellement agricole et bien cultivé ; il est à 770 mètres au dessus de la mer. Il est parsemé de fermes , de hameaux et de villages dont les habitants travaillent en été à la terre et en hiver à rhorlogerie. Sa population est de 7,506 habitants. C'est à Fontaines-Melon que se trouve la fabrique d'ébauches de MM. Robert dont nous avons déjà parlé.

A Fontaines demeure David Maillardet qui a fait de si remarquables automates et qui continue ainsi l'art ingénieux des célèbres Jaquet-Droz.

Les divers villages des Geneveys (Hauts-Geneveys , Geneveys-sur-Coffrane) sont d'anciennes colonies genevoises. Ce ne furent pas les seules que les Genevois fondèrent dans les montagnes de Neuchatel , car M. Nicolet nous apprend dans ses lettres à la Suisse : qu'en 1783 des horlogers de Genève proscrits , conçurent le projet de transporter la fabrique d'horlogerie en Irlande ; n'ayant pas réussi auprès du ministre anglais , les émigrés se retirèrent à Constance , au Locle et à la Chaux-de-Fonds et dotèrent ces localités d'industries nouvelles. Ces émigrés ont laissé un souvenir de leur arrivée en imposant le nom de Petit-Versoix à l'un des quartiers de la Chaux-de-Fonds où leurs petits fils vivent encore.

Les habitants des Hauts-Geneveys s'occupent de la confection de petites pièces d'horlogerie , en particulier des tenons de rones de renvoi , petites tiges d'acier poli qui se fixent dans la platine et servent de pivots aux roues de renvoi.

Pour atteindre la Chaux-de-Fonds depuis le Val de Ruz , il faut traverser la montagne des Loges ; en arrivant au point culminant du passage haut de 1286 mètres, on découvre un panorama magnifique du Jura et de la chaine des Alpes.]

Cette montagne des Loges est traversée par le grand tnnnel du chemin de fer ; ce tunnel est destiné à relier les trois vais de Ruz , de S*-Imier et de la Chaux-de-Fonds ; il se compose de deux souterrains , Tun passant sous le plateau des Loges, la Vue-des-Alpes, et le Montperreux et l'autre passant sous le Mont-Sagne ; entre les Ck)nverts et la Chaude-Fonds. Le premier tronçon, celui des Loges, long de 3200 mètres , a une double pente dont le sommet se trouve un peu au sud de la Vue-des-Alpes. Le second tronçon , à pente unique vers la Chaux-de-Fonds , a une longueur de 1388 mètres. Ce souterrain fait oartie de la voie ferrée qui est en construction de Neuchatel à la ChauxHle-Fonds. (Compagnie du Jura Industriel). Le tracé d*une longueur de 29 kilomètres , passe par Corcelles , Rochefort , les Geneveys et traverse le Jura dans les souterrains des Loges. Les difficultés à vaincre étaient considérables , la pente totale étant de 1990 mètres.

M. Gresly a été chargé de faire la coupe géologique des terrains à percer pour les souterrains ; ce travail a été un véritable tnomphe pour la science. Toutes les prévisions du géologue se sont réalisées et chaque étage jurassique a été rencontré par la pioche du mineur dans . la position exacte indiquée par M. Gresly. Les travaux de percement, fort beaux du reste , sont presque achevés et bientôt la locomotive circulera entre Neuchatel et la Chaux-de-Fonds.

Toutes les parties des montagnes qui entourent la Chauxde-Fonds et le Locle sont habitées par une population d'horlogers. LevallondelaBrévine, les Planchettes , les Franches- Montagnes , le Val S*-Imier , les montagnes des Loges , sont aussi des ruches ouvrières de la grande fabrique d'horlogerie du Jura.

Le vallon de la Brévîne s'étend depuis le Locle , parallèlement à la vallée de Morteau , sur une longueur de quatre lieues ; il est à 1000 mètres d'altitude. Quoique étroit ce vallon renferme une assez nombreuse population disséminée à la Chaux-du-Milieti , aux Cachots, au Bémont. Le village de la Brévine occupe le milieu du vallon , ses habitants sont en possession d'une spécialité de fabrication : Ils font ces petites chaînes en acier que l'on emploie dans les montres à roue de rencontre pour communiquer le mouvement du barillet à la fusée ; ces cnaines sont vendues aux établisseurs du Val S*-Imier.

Le premier pasteur de la Chaux-du-Miiieu ftit en 1740 Pierre Cartier , naturaliste qui fut un des créateurs de la paléontologie.

La contrée Jurassienne qui s'étend entre le vallon de S^-* Imier , les Cluses de Moutiers et la frontière française s'appelle les Franches^Montagnes ; on y trouve plusieurs villages oit l'on fabrique aussi des montres , ce sont les villages des Bois, deNoirmont, desBreuleux, la Perrière, etc..

Les frères Guillemin de Noirmont ; HM. Baume frères . Boichat , Godât frères , aux Bois ; Beurret aux Breuleux ; Cattin frères, Nicolet à la Perrière , sont au nombre des bons fabricants des Franches-Montagnes.

C'est à la Perrière que restait Gagnebin dont H. Thurmann a écrit la biographie ; nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire quelques pages charmantes écrites par M. Thurmann , d'autant plus qu'elles ont trait à notre sujet.

« La Perrière est actuellement une grande commune de la paroisse de Renan , district bernois de Courtelary , et compte 12 à 1300 âmes. Elle se compose, outre. le village de ce nom, d'une foule de maisons disséminées. L'horlogerie y est florissante et ne déroge en rien aux anciens souvenirs, Du temps de Gagnebin , la Perrière appartenait à la Sei« gneurie d'Erguel dépendante de l'évéché de Bâle. Encore vers 1770 , le chemin jusqu'à la Chaux-de-Ponds était mauvais, et selon Osterwald « on avait réussi à le rendre praticable. » A cette époque la Perrière comptait plusieurs mécaniciens et physiciens distingués, les Perret, Nicolet, VuiUe, Droz, Berguier, etc., auxquels il faudrait maintenant en ajouter plusieurs autres. »

« La contrée est, comme le plateau des Franches^-Montagnes auquel elle appartient, située à une forte altitude de 900 à 1000 mètres et plus , au dessus de la mer. Les hivers y sont très-longs , les neiges puissantes et persistant tes. Cest un pays à physionomie boréale oii régnent les

Eaturages à herbages courts, les forêts d'épicéas et les tour^ ières à bouleau nain, arbuste de Laponie. Des cultures médiocres n'y occupent que peu d'étendue ; les arbres frui-^ tiers y sont rares et mûrissent mal; la végétation, en gé-* néral , y est celle de la région montagneuse du Jura assez bien caractérisée par la grande gentiane. A partir de la Perrière, vers le nord et le levant, s'étendent des plateaux accidentés,

coupés de bois, de prés secs, de geignes humides; ils sont limités au sud par le val S -Imier, puis à l^ouest du côté neuchatelois et français, par les Combes de Valanvron, déchirure sauvage, et les Côtes-du-Doubs profondément encaissées de rochers pittoresques depuis le Houlin-de-la-Hort jasqu'au Saut près des Brenets. Toutes stations d*aspect sérieux, presque solennel et très-propres à inspirer l'artiste et l'observateur. »

« C'est à la Perrière que restaient les frères Gagnebin« L'ainé, Abraham, né à Renan en août 1707, mourut à la Perrière en avril 1800, âgé de 92 ans. Le second, Daniel, néâ Renan en 1709, mourut à la Chaux-de-Fonds en 1781. Tous deux furent, durant très-longues années, médecins et chirurgiens à la Perrière où ÂbraJiam passa sa vie et que Daniel ne quitta que vers ses dernières années. Abraham était plus particulièrement naturaliste , botaniste , géologue , et météorologiste. Daniel surtout mécanicien, physicien, chimiste. Les deux frères étaient journellement consultés comme médecins. Au milieu d'un district où toutes les idées se tournaient vers les applications industrielles, on avait souvent recours à eux pour des directions relatives à quelque perfectionnement exigeant l'intervention de lumières plus scientifiques que celles de l'ouvrier ordinaire. Daniel était doué de cette étincelle qui a fourni à nos montagnes tant de génies inventifs et d'artistes habiles. «Il a inventé, dit Osterwald, une machine propre à piquer , avec la plus grande justesse, des cylindres ou rouleaux nécessaires pour les pendules à carillon. Il fait des aimants artificiels, connait par ses ex-

i)ériences les phénomènes de l'électricité, et s'est principaement attaché à l'optique, ayant construit des télescopes, des microscopes, et divers miroirs cylindriques, coniques, pyramidaux. » {A. Gagnebin par J . Thurmann 1851.)

Dans un autre écrit de Thurmann nous trouvons encore le passage suivant :

« C'était en 1740. Le Locle et la Chaux-de-Ponds , pauvres et modestes communes perdues dans les montagnes et bien iporées du noonde, étaient formées de quelques douzaines de chalets à bardeaux. Deux ou trois de ces chalets seulement laissaient, à travers de petites fenêtres vitrées à cibles, apercevoir les établis de Daniel Jean-Richard dit Bressel et de ses quatre fils, qui déjà livraient au commerce le nombre prodigieux alors de cent à cent cinquante montres par an. Que di&-je^ au commerce? Ils les vendaient

une à une aux couvents de Bourgogne, de Franche-Comté et de FEvêclié de Bâle, »

« Mais quel est ce brave piéton aux modestes allures de médecin de campagne, qui, le bâton noueux à la main, la boite de fer-blanc en baudrier, foule non pas le pavé, mais le gazon des rues de la Chaux-de-Fonds ? Il frappe à la porte de Brandt dit le Gruérin , l'horloger élfeve de Bressel , pour lui souhaiter en passant un cordial bonjour. Cet herborisateur, c'est un ami Erguéliste qui vient serrer la main à un ami neuchatelois. C'est un représentant des sciences natu^ relies qui vient fraterniser un instant avec un représentant du génie de la mécanique. U a quitté la Perrière d'Erguel de bon matin, il a mouitté ses pieds aux rosées du Valanvron, Qui est'Ce ? C'est Abraham Gagnebin »

« C'est que l'ouvrier des arts et l'ouvrier des- sciences naturelles sont frères. C'est que tandis que les premiers jetaient les fondements de notre prospérité industrielle future « les seconds culthaient les premiers germes de nos progrès intellectuels. C'est que tandis que les Jean-Richard , les Robert , les Perrelet , les Benoit , les Ducommun , les Jaquet- Droz, lesHouriet, lesBréguet, etc., créaient une industrie dont les produits devaient se répandre à flots dans les deux mondes, le labeur des d'Ivemois, des Bourguet, des Garcin , des Cartier , des Gagnebin , modestes ouvriers en sous-œuvre des Haller et des Buffon , ensemençaient avec persévérance un sol qui ne devait pas demeurer ingrat « puisqu'il devait plus tard allaiter le génie de Léopcyld de Buch, et porter des ChaiDet, des Montmollin , desLesquereux, des Godet, desNicolet, desGuyot, desDesor, desAgassiz. »

(Coup^d'œil sur les travaux de la Société Jurassienne d'EmuUition 1855.;

De la Chaux-de-Fonds nous descendons à Bfenne par le Val de S*-Imier. Le Vallon de S'-Imier a 6 lieues de longueur et court de l'Ouest à FEst, entre le Chasserai et le Sonnenberç ; il est arrosé par un fflet d'eau nommé la Suze, qui prend naissance à son extrémité supérieure , et sert de force motrice aux usines de la Vallée.

La partie supérieure de la Vallée appartient à la région montagneuse, elle est à 983 mètres. Au milieu de ses pâturages sont disséminés les hameaux et les fermes de la Cîbourg et des Convers.

Au bas de la rude côte par laqueBe on descend de to

Ghâux-de^Fonds, se trouve le premier viUage indu^^triel, RenaDy un peu plus loin SoDvilliers, S*-Imier, Vilieret, tous grands et beaux bourgs nouvellement bâtis.

C'est que dans ce vallon aussi Tindustrie horlogëre a élu domicile. C'est dans ces villages que se fabriquent les montres à deux platines , échappements à roue de rencontre.

On en établit du prix de 9 fr. SO c. à 25 fr« marchant très-bien. La montre à roue de rencontre était très-répandue autrefois , mais la montre système Lépine façon Bréguet, k cylindre, tend chaque jour à la faire disparaitre.

Toutefois le Vallon de S'-Imier en établit encore un grand nombre, pour l'Allemagne surtout. Le mécanisme .delà mon^ tre lépine exige moins de pièces que celui des montres i^ roue de rencontre ; la disposition des ponts est beaucoup plus commode pour le réglage , les réparations , le posage des pièces , etc. Il y a plus d'élégance dans le caUbre Lépine que dans les grosses montres à deux platines.

Ces avantages réunis au bas prix auquel on établit maintenant les lépines, font prévoir que dans un temps prochain la fabrication des montres à roue de rencontre cessera. Tous les jeunes gens qu'on met en apprentissage dans les centres de fabrication , sont placés de préférence chez de,^ maîtres qui confectionnent les lépines (c'est ainsi qu'on désigne en style d'atelier les montres calibre Lépine, façon Bréguet), d'abord, parce qu'on gape plus d'argent à ce genre de travail, et ensuite parceque l'ouvrier trouve quelque chose de flatteur dans ces titres de finisseur, régleur , repas^ seur, doreur et polisseur en montres lépines.

Juscpi'en 1832 les ouvriers du Val S*-Imier s'occupaient exclusivement de la fabrication des montres k roue de rencontre , mais à la suite de troubles politiques plusieurs établisseurs neuchatelois se retirèrent dans l'Erguel avec leurs ouvriers et transportèrent dans cette vallée la fabrication des montres lépines.

Renan est un joli village de 1820 habitants. Parmi les établisseurs nous mentionnerons MM. Borel Lucien, Bourquin Ulysse, Brandt Eugène , Chopard Charles-Henri, Courvoisier Olivier , Droz Aimé , F'. J. Ducommun , Gindrat Jules et C**, KuUmann A., J. Nicolet, UUmann, Quinche J., E. Tissot, WuilleumieretBesson.

Sonvillier, gros bourg de 2276 habitants, dont 800 horiogers. C'est ti que sont les ateliers de MM. Auguste et Gustave

Chopart, grands fabricants de montres à roue de rencontre. M. Gustave Chopart mérite de grands éloges , c'est un homme de bien qui ne recule devant aucun sacrifice pour donner du travafl à ses ouvriers dans ces moments de crise.

Citons encore dans cette localité MM. Bertrand et Renard, P. Liomin, H. L. Marchand, Raiguel jeune, Tissot Adolphe, L. A. Marchand, Bourquin A. et frères, Courvoisier, Nerdenet Louis, Richard.

S'-Imier compte aujourd'hui 3000 habitats tous voués à l'industrie, la plupart à l'hortogerie, un certain nombre à la dentelle.

Les établisseurs sont nombreux à SMmier, parmi eux distinguons MM. Agassiz, Calame et Reymond, Dietisheim frères, Garaux-Flotron, G'* etCh. Glatz, Kimeur, Droz-Sandoz, Laval, Meyrat-Langel, Guntzburger, Guyot et Nicot, Quartier et Gagnebin , Sandoz et Vuille. M. Laval cherche par de savants calculs à établir des tables indiquant les dimensions exactes de toutes les parties des organes de la montre.

S*-Imier est une joKe petite ville, sa rue principale trèslongue, bordée de belles constructions, est très-animée. Un incendie a détruit l'ancien village en 1839 et aujourd'hui une ville toute moderne l'a remplacé.

Villeret qui fait suite à S'-Imier a 970 habitants. MM. Emile Blancpain et F*. Gérard sont les principaux établisseurs de ce village.

« Au commencement du septième siècle , si l'on en croit les légendes , un homme né à Lugnez , d'une noble famille de l'Elsgau , fuyant les dangers de la vie du monde , chercha une solitude dans les montagnes désertes du Jura , et se retira dans la vallée que la Suze arrose de ses eaux limpides. Ce lieu désert, ce vallon inhabité prit le nom du solitaire qui s'y était réfugié et on l'appela le Val de S*-Imier. Il y bâtit une cellule et une modeste chapelle qu'il dédia à Saint-Martin et s'occupa du défrichement de ce lieu inculte et couvert de broussailles. Bientôt il se forma autour de lui une réunion de gens pieux qui désiraient vivre dans le recueillement et la prière. Après la mort d'Imier , le bruit des miracles qui s'opéraient à son tombeau , attira un concours de pèlerins , eC ce Keu cessa d'être un désert. Les disciples d'Imier furent obligés d'augmenter les défrichements ann de pourvoir à la subsistance de tous ces voyageurs ; leur vie partagée entre le travail et la prière leur amena de nombreux compagnons ,

et ({Uand, deux siècles phis tard, les Huns ou les Hongroit^ dévastèrent la Bourgope-transjurane, Berthe, réponse du roi Rodolphe , se hâta de réparer les désastres commis par ces peuples barbares, et s'empressa surtout de restaurer les égUses qu'ils avaient détruites. C'est à cette princesse qu'on attribue la fondation du monastère ou collège de chanoines à S'-^Imier. On rapporte qu'ayant visité le tombeau de cet anachorète , elle ordonna qu'on y bâtit une église et qu'on y étabUt douze chanoines sous la direction d'un prévôt. Elle dota aussitôt cette nouvelle fondation et voulut que le corps de S -Imier fut transféré de l'humble chapellle de Sàint- Mai'thi, dans la basilique qu'elle venait d'édifier. Le temple actuel de S^- Imier est Féglise même bâtie par les ordres de Berthe au 10"*^ siècle. Les changements que les hommes lui ont fait éprouver n'ont point détruit le caractère d'antiquité de cette basilique. »

« L'incendie de S*-Imîer en 1839 acheva de détruire tous les vestiges des constructions des chanoines dont les maisons lourdes et massives furent remplacées par d'élégantes habitations percées de fenêtres dans tous les sens pour faci-* Irter l'établissement de l'horlogerie. C'est ainsi que cette vallée, déserte au 7°*® siècle, avait d'abord été défrichée par de pauvres ermites , s'était peuplée de proche en proche ; alors où il y avait un monastère , il y avait une école et le temps était partagé entre la prière , le travail manuel et l'instruction. Avec ces trois éléments d'ordre et de paix, il était tout naturel de voir cette colonie prospérer et des fermes, des hameaux, des villages se former et se grouper sur les rives de la Suze. Plus tard , quand les chanoines, riches des dons de leur fondatrice et de beaucoup de seigneurs , virent qu'ils n'avaient plus besoin de travailler pour vivre, ib se livrèrent à l'oisiveté. La prière devint un travail , le travail une punition , l'école une institution inutile et il fallut stimuler le zèle des chanoines pour les forcer d'apprendre les choses les plus indispensables à leur état. Aussi, quand au 16°*' siècle, sonna l'heure de la réformation, tous se trouvèrent prêts à supprimer la messe pour se contenter du prêche, moyennant toutefois conserver leurs

|)rébendes. Mais quand le peuple, qui voulait particulièrement ''abolition des charges, teur eut fait entendre de sa rude voix ^pie c'était à ces prébendes qu'il en voulait , les chanoines reprirent le catholicisme prébendaire. Alors le peuple

invoqua l*a$si$(ance de Bienne et de Berne , et ces combourgeois expulsèrent les chanoines, se partagèrent leurs revenus , ne laissant au peuple que les cnarges anciennes déguisées sous de nouvelles formes. »

« Long^temps encore après la réfonnation la vallée de la Suze connut peu Tindustne. Ses maisons, comme ses églises , étaient couvertes en pierres ou en bardeaux ; dans cette vall^ neigeuse le chaume était rare et les tuiles peu estimées ; mais dès qu'à la fin du 18°^'' siècle Thorlogerie commença à y pénétrer, cette industrie fit tellement changer d'aspect à la vallée que les chanoines , s'ils revenaient « ne reconnaîtraient plus que la Suze, les montapes et les murs de l'église bâtie par la reine Berthe >» (1)

Le Val S -Imier compte non seulement des horlogers distingués mais des artistes , des savants :

B. A. Nicolet de S*-lmier , peintre et graveur de la reine Marie-Antoinette à Paris ; Frisard émule de Jaquet-Droz ; les Béguelin de Courtelary; les Agassis, etc...

La partie inférieure de la Vallée de S'-Imier appartient à la Région moyenne , les cultures sont plus variées , aussi les hameaux de Doux , de Cormoret , de Courtelary , Cortebert , Corgémont , Sombeval et Sonceboz sont-ils plus agricoles qu'industriels.

C'est à Corgémont que se trouve une succursale de la fabrique d'ébauches de Fontaine-Melon. Les bâtiments de cette usine sont en dehors du village au pied des coteaux ; Messieurs Robert font faire ici les travaux qui exigent des machines d'une certaine force , laminoirs, martinets, dé-coupairs, tours à burins fixes, scies mécaniques, machines à fraiser, à taiUer les dents , etc..

Courtelary. est le berceau de la famille des Béguelin qui a donné à ce pays des hommes distingués comme horlogers , comme magistrats et comme prêtres. Nicolas Béguelin né à Courtelary en 1714, fut le précepteur de Frédéric-le-Grand. C'était un savant philosophe qui succéda à Leibnitz comme recteur de l'Académie de Berlin. Sa famille est placée maintenant au rang des plus distinguées de la Prusse , à laquelle eHe a donné des savants et des hommes d'état d'un grand mérite.

A Sonceboz Messieurs Rosselet et Chalande ont construit

(I) Notice sar S*-1mier par A. Quiquerez.

une Irës-jolie usine où ils fabriquent des ébauches système Lépine très-estimées.

De Sonceboz on descend par une route des plus pittoresques jusqu*à Bienne ; à une grande profondeur mugit la Suze qui forme de distance en distance d'effrayantes cataractes.

Au pied de la montagne , Bienne se baigne au bord de son lac , c'est une ville qui prend depuis quelques années une grande extension et c'est surtout à l'horlogerie qu'elle doit sa prospérité. Beaucoup d'ouvriers et de fal)ricants , fuyant le climat sibérien de la Chaux-de-Fonds sont venus se réfugier à Bienne dont le climat est très>doux ; nous sommes en effet redescendus dans la région basse et tout autour de la ville la vigne, les céréales, les légumes délicats, les arbres fruitiers indiquent un sol fécond et un ciel clément.

A cette première cause , il faut en ajouter une seconde^ c'est que peu-à-péu le Haut-Jura s'est peuplé et sembkd)1e à une coupe qui se remplit jusqu'au bord et se déverse au dehors , la population horlogère des montagnes devenue exhubérante tend à se répandre dans les villes de la plaine. Les logements ne pouvant suffire pour la contenir, on a bien construit de nouvelles demeures , mais les loyers sont excessivement chers, aussi à la S^-Georges, époque des termes de baux , des familles entières errent dans les rues de la Chaux-de-Fonds sans trouver où s'abriter. La cherté des vivres va toujours croissant , il faut presque tout apporter de la plaine , aussi beaucoup d'ouvriers quittent-ils ces régions inhospitalières et vont-ils s'établir dans les villes assises au pied du Jura , à Bienne , à Soleure , à Morat , Neuchatel , Porrenlruy, etc.

Tous ces établissements récents , seront-ik assez forts pour faire concurrence aux grands centres du Jura ? C'est ce qu'un avenir prochain décidera, pour peu que la crise actuelle continue et qu'il y ait un arrêt forcé et prolongé dans la production de l'horlogerie de pacotille.

Voyant arriver chez eux une riche industrie, les habitants de Bienne se sont empressés de construire pour les horlogers une cité ouvrière afin de les attirer et de les nxer au milieu d'eux ; ils ont réussi , et aujourd'hui de nombreux élablisseurs donnent déjà à Bienne une véritable importance industrielle.

Un chemin de fer relie Bienne à Soleure et à Berne , des steamers la reUent par les hics de Bienne et de Neuchatel , avec le canton de Vaud.

Soleure au pied du WeLssenstein a voulu aussi imiter ^ Voisine et une Société d'horlogerie s'est fondée dans cette Ville pour y créer la fabrication de la montre ; jusqu'à pré- ^nt cette fabrication n'a pas encore pris de grands développements malgré les efforts très-loUables de la Municipalité Soieuroise.

Nous sommes ici à la limite septentrionale de notre Jura

Dé Soleure nous gravissons le Weissenstein oii nous allons à 1283 mètres au dessus de la mer« admirer le panorama des Alpes depuis le Sentis jusqu'au Mont-Blanc. L'aubergiste M. Stûder nous reçoit cordialement et nous fait goûter de son meilleur lait. Nous le quittons à regret pour redes* cendre dans les belles cluses de Moutiers. Nous visitons Crémine , Moutiers , Maileray , Recotivilliers et les nombreu-^ ses fabriques d^ébauel^s qui se sont montées dans ces villages et dont nous avons déjà fait mention plus haut.

A Moutier»-Grandval nous allons diner à l'auberge du capitaine Moll qui nous fait voir les boulets qu*il a rapportés de la bataille de Gislikon oii il s'est particulièrement distin^ gué.

, Moutiers est la patrie des Moschard dont l'un David Moschard botaniste et paléontologiste ^ possédait un très-riche cabinet de fossiles jurassiques aujourd'hui dispersés dans les musées suisses et étrangers.

La Vallée de Moutiers n'était ehcore au Vil""* siècle , qu'une vaste forêt traversée par la grande voie romaine qui , partant de Bienne et passant sous Pierre-^Pertuis , aboutissait à Augûsta Raùracorum, C'est vers cette époque que Walbert et des disciples de S'-^Colomban , vinrent fonder dans cette vallée solitaire une abbaye nommée Moutiers ou Moustiers (monasteriUm).

S'^Germain le premier abbé de ce monastère s'occupa d'abord de faire défricher le sol et cultiver les terrains nécessaires aux besoins des moines. Bientôt de nouveaux habitants vinrent se fixer dans la vallée et continuèrent les défrichements et les travaux agricoles.

De pieuses largesses rendirent le couvent de Moutiers Tun des plus riches de la Suisse. La Reine Berthe fut la bienfai'trice de cette vallée comme de tout le Jura.

Moutiers devint pendant le Moyen-âge un centre intellec'^ tuel oii toute une jeunesse studieuse accouraiv pour recevoir

Finstmetion des Ison , des Hilpéric , des Philippe de Vorbourg.

Un peu plus haul dans le Jura , à Bellelay un couvent de prémontrés devenait en même temps un centre de civilisation pour la contrée.

Mais bientôt les invasions , les guerres apportant avec elles l'incendie et la dévastation , causèrent la ruine de l'abbaye de Moutiers.

Cette contrée passa sous la domination des,Princes-Evéques dé Bâle qui placèrent toutes ces vallées sous le commandement d'un prévôt.

Plus tard la Prévôté fut cédée aux Bernois. Les défrichements commencés autour du couvent de Moutiers se sont continués dans toute la vallée qui aujourd'hui est trèsi peuplée et bien cultivée.

Plusieurs industries s'y sont établies ; les forges de Courrendlin sont une ancienne fondation des princes-évéques et la verrerie de Roche compte environ 80 ans d'existence; mais l'usine de Choindez, la verrerie de M. Châtelain à Moutiers , les fabriques d'ébauches de Reconvillier , de MaDeray, de Moutier et de Crémine sont des fondations de date récente. L'horlogerie à domicile se répand dans la plupart des villages. Dans la partie du pays, dite sous les roches, près de deux cents personnes s'occupent du tissage de la soie.

Le total des ouvriers , employés dans ces établissements et i ces diverses branches d'industrie , est de 12 à 1300.

La route de Bâle à Bienne et à Berne traversait autrefois toutes les cluses de Moutiers , de Court et la Pierre- Pertuis mais depuis l'ouverture de la ligne ferrée de Bâle à Bienne par le Hauenstein cette route, est abandonnée et toute l'industrie des maîtres de postes , des hôtels est ruinée.

Nous rentrons de notre excursion dans le Jura par Porrentruy où nous avons le plaisir de serrer la main à plusieurs de nos amis de la Société Jurassienne d'Emulation , MM. Kohler, Dupasquier, Cuenin. Nous ne pouvons passer par cette ville sans penser à notre cher et illustre Thurmann , à ce savant géologue et naturaliste auquel le Jura doit son développement intellectuel et la fondation de cette Société Jurassienne d'Emulation qui a déjà publié de nombreux et d'importants travaux.

— HG —

Porrentniy est une des localités [suisses où Thoriogerie a pris un développement rapide qui fait honneur au patriotisme de ses habitants parmi lesquels il faut citer le nom de M. Choffat.

MM. Froté et Challet ont une fabrique d'ébauches et de finissages. MM. Faîvre et Rondot, Schmit, Th. Péquignot, Jo^in, etC; sont des établlsseurs qui font finissages, échajh pements, et achèvent la montre en entier.

Cette petite ville si tranquille est admirablement propre aux travaux de riiorlogerie et nous ne doutons pas que cette industrie ne s'y déveloi)pe et ne devienne une précieuse ressource pour ses habitants, mais ce développement même dépend de la facilité avec laquelle les établisseurs pourront trouver des ouvriers , il faut donc qu'il s'en forme et que les jeunes gens de Porrentruy prennent le goût d'un travail manuel délicat , qui exige de l'attention et dont le prix a bien baissé depuis quelques mois»

11 semble que tous les habitants du Jura horloger dont nous avons tracé en commençanL les limites , p(5ssèdent le même génie pour les arts mécaniques. Partout en effet , dans ces montagnfîs , où l'horlogerie s'implante » elle réussit comme une semence qui jetée sur une terre féconde produit d'excellents fruits. Toute la partie du Haut Jura Français qui confine au Jura Suisse est plus agricole qu'industrielle et l'horlogerie n'y a pas des centres comme Besançon , la Chaux-de-Fonds, leLocle, mais cependant cette industrie y existe aussi , elle y prospère même et s'étend chaque jour.

Les habitants de cette région élevée voyant la prospérité merveilleuse de leurs voisins ont cherché aussi dans le travail de l'horlogerie une nouvelle source de richesse qu'ils n'avaient pas trouvée dans l'exploitation de leurs tourbières, ou la cullure d'un sol ingrat. Us trouvent en outre une occupation attrayante à manier le laiton et l'acier et ils remplissent ainsi utilement ces longues soirées qu'ils passaient autrefois accroupis autour de l'âtre. Les jeunes gens vont passer quelque temps en Suisse pour y faire un apprentissage et en reviennent les uns finisseurs , les autre^planteurs d'échappements, etc. — ils travaillent d'abord seuls pour les maîtres chez lesquels ils ont appris les principes de Tart , bientôt si les affaires vont bien , ils prennent euxmêmes des enfants de leurs villages en apprentissage ; peu-

b^peu ICvS voisins les voyant réussir les imitent et c'est ainsi que notre population devient ind'istrielle !

Tout les villages qui peuplent le plateau compris entre le Dessoubre et le Doubs renferment des horlogers ; il faut citer surtout les Bréseux, où demeure M. Domon établisseur de montres Lépine. A Charquemont, les Ecorces, Damprichard, Trévillers , le Russey , La Grand-Combe , le Villers , de nombreux ouvriers ont pour spécialité les échappements à cylindre; ils vendent ces échappements à un prix très-bas, à 1,80 c. ou S fr. selon la qualité.

Charquemont a vu naître non seulement des horlogers, mais encore un astronome. Le curé Mougin , né à Charqtte^ mont «n i735 mort à la Grand-Combe sa. paroisse en 1800, âgé de 81 ans était un observateur distingué qui a rendu de véritables services à la science astronomique.

Cette contrée sauvage des Côtes du Doubs a inspiré a plusieurs de ses habitants le goût des études naturelles : le curé Bouchelier , les Carteron à la Grand-Combe , Renaud- Comte au Villers étaient des géologues auxquels on doit les premières données sur les stations fossilifères de ces hautes contrées,

A Morteau et aux Gras, MM. Baron frères occupent beaucoup d'ouvriers pour les assortiments d'échappements à cylindre.

Aux Gras il y a plus de 90 ouvriers qui font des outils d'horlogerie comme à Couvet.

Monlécheroux mérite une mention particulière ; ce village placé sur le sommet du Lomont est peuplé d'un grand nom" bre d'ouvriers qui fabriquent ces petits tours indispensables flux horlogers et qui portent le nom de tours de Montécheroux ; ils font aussi des étaux d'établis et à main , des tenailles à couper, des pinces, etc...

Une des branches accessoires de l'horlogerie s'est implantée à Plancher-les-Mines , à l'extrémité sud des Vosges , c'est la fabrication des clefs de montres. Plus de 200 ouvriers sont occupés à cette industrie , dans de petits ateliers domestiques ; les uas font le carré en acier, ils coupent les bouts de fer, percent et forment le carré, le tournent, le taraudent et le polissent; d'autres fondent l'anneau et le brunissent. Les principaux de ces ateliers sont ceux de MM. Spindler, Fassenot, Reimpach, Gounand, Hindrezer, etc.

Ces clefs et carrés se vendent à la grosse en Suisse, en France et en Allemagne.

Essayons de résumer la production de la fabrication de la montre dans tout le Jura :

La population horlogëre des montagnes et vallées Neuchateloises produit tous les ans environ 800,000 mouvements de montres.

Besançon et le Jura Français en livrent au commerce 200,000.

Les Cantons de Genève , de Vaud , de Berne et la Savoie 800,000.

C'est donc 1,800,000 montres de toutes espèces, en or, en aident ou en alliage que le Jura horloger produit chaque année.

Or sur ce chiffre , il faut compter un quart de montres d'or et trois quarts de montres en argent , en nickel et en al-

Voici le prix auquel revient la montre la plus répandue , c'est-à-dire , une bonne montre à boite d'argent , genre Lé-

pine, façon Bréguet, échappement à cytindre, encliquetage A.

Prix de Revient :

Une Ebauche et finissage lapy fr. 3, 33 c.

Echappement à cylindre planté 3,80

LesaiguiDes 0, 20

La glace 0, 28

Le ressort 0, 28

Le cadran 0, 40

La boite en aident 7,

Repassage en blanc. 3,

Réglage et pose du spiral du balancier ... 0, 80

Adoucie 0, 80

Démontage 0, 80

Gravageducoq 0, 10

Dorage 1, 28

Polissage des pièces en acier 0, 38

Polissage des débris (Vis, goupilles, petites pièces) 0, 80

Remontage après dorure 1,

fr. 22, 63

En prenant le chiffre de fr. 22, 63 c., prix de revient d'une bonne montre, comme terme moyen, nous aurons

poui les 1,800,000 montres fabriquées un prix de travail 6*élevant à 33,945,000 fr. et en admettant pour la vente un bénéfice de 20 pour cent nous arrivons à trouver que rétablissement et la vente des montres produit tkne somme de 40,749,000 fr. par apnée, pour tout notre Jura horloger.

Le Jury de TExposition Universelle de Paris a décerné à la Suisse une médaille d*honneur pour cette belle industrie en la motivant en ces termes ;

« La Suisse est depuis longtemps en possession de fabri^ « ques des montres de prix , i répétition , à réveil , à se- « condes , et une prodigieuse quantité de montres communes, M qui se répandent sur tous les marchés du monde entier, K Cette exportation de montres de poche, que Ton compte M par dizaines de millions , a été trouvée digne d^une gran^ « de récompense, et le Jury décerne une médaille d'hon-. « neur au Département fédéral du Commerce de la Suisse. »

Honneur à Toi , petite Suisse, pays où sous le noble drapeau de la liberté se développent les sciences et les arts qui forcent les Nations étrangères à ta rendre hommage et qui donnent à ton Peuple le travail et la richesse !

Les Suisses ont leurs établissements de fabrication sur le Jura mais ils ont leurs maisons de commerce ou leurs re-. présentants dans les divers pays où ils écoulent leurs produits. C'est ainsi que les itablisseurs de Fleurier, et des autres localités du Val de Travers, qui fabriquent la montre chinoise ont des maisons et des représentants à Canton , au Japon , et dans les diverses stations asiatiques. Les établisseurs de montres à roue de rencontre du Vallon de SV-rlmier ont des maisons en Allemagne, en Russie, en Turquie, etc.

Les établisseurs du Lode, des Brenets, de Genève travaillent pour des maisons d'horlogerie de Paris et des grandes villes où les montres de prix sont surtout recherchées.

Les montres courantes , Lépine à cylindre , ou à ancre de la Chaux -rde-Fonds , se vendent dans tous pays ; les étabUsseurs travaillent alors pour un pays où ils ont pu se créer ime clientèle et fonder une maison de commerce,

Besançon vend presque toutes ses montres en France et surr tmi en province.

Depuis environ un an une crise grave pèse sur Tindustri^ 4e la montre. Quelles en sont les causes ?

— lîO —

Il faut d'abord en chercher l'origine dans les divers événements politiques qui ont agité le Monde.

L'Amérique a éprouvé une crise financière longue et désastreuse pendant les années 1857 et 4858 et dnrani tont ce laps de temps, la vente des montres suisses fût entièrement interrompue aux Etats-Unis. Aujourd'hui cette situation s'améliore mais lentement ; du reste les Américains avec leur esprit d'entreprise , cherchent à se suflBre à euxmêmes et déjà d'importantes fabriques de montres se sont établies dans leur pays.

MM. Appleton, Tracy et C** ont fondé en 1857, dans l'Etat de Massachussets , sur les bords de la rivière Charles, une manufacture de montres dans laquelle tout se fait par des outils-machines , et les ouvriers n'ont qu'à veiller à ce que chaque machine fonctionne régulièrement. Us ont déjà des produits qui peuvent rivaliser avec ceux des montagnes du Jura.

La Chine, depuis plusieurs années est bouleversée par les révolutions et ce vaste débouché reste fermé pour les belles montres chinoises que le Jura fabrique en si grande quantité !

L'état de TEuTope , surtout de l'Italie et de l'Allemagne , en entretenant des inquiétudes , a paralysé la vente de la montre sur le Continent.

Une autre cause de cette crise se trouve dans l'exubérance de production , la fabrique ayant pris un développement prodigieux durant ces dernières années , comme nous l'avons établi dans le cours de ce travail ; il en est résulté un trop plein qui sera longtemps encore avant de s'épuiser

Une autre cause et celle-ci est très-grave : c'est la quantité de mauvaises montres que les établisseurs ont livrées au commerce. Ces mauvaises pièces ont nui considérablement à l'horiogerie , en effet , beaucoup de personnes ont acquis des montres à très-bon marché , cela est vrai , mais au bout de quelques jours ces montres ne marchaient plus, il fallait les faire réparer et ces montres si bon marché ont fini par revenir fort cher, tout en ne rendant aucun senice. On ne peut se figurer l'influence fâcheuse que le genre dit patraque a exercé sur cette belle industrie horiogère. I^s principaux organes de la presse se sont élevés avec raison contre cette duperie. M. Luquet en particulier a dans le Siècle flétri énergiquement rhoriogorie de pacotille.

L'horlo{;ene est un art de précision , il faut que ce petit mécanisme , simple il est vrai , de la montre , soit cependant

Earfaitement établi ; il faut que tous ses engrenages agissent , is uns sur les autres avec justesse ; que Téchappement soit parfaitement planté ; il faut enfin un ensemble qui exige de la part de Touvrier des soins et une attention complète. Il faut donc que les horlogers s'attachent à bien faire et non à livrer des mécanismes imparfaits. C'est là leur véritable intérêt. Horlogers du Jura ! abandonnez donc le genre patraque ; faites de bonnes montres, vous les vendrez , soyez-en certains et vous relèverez ainsi votre art du discrédit dans lequel il est tombé.

L'industrie de Thorlogerie comprend le travail en fabrique et le travail isolé ou à demeure. Là ce sont des ouvriers isolés , un père de famille aidé de sa femme , de sas fils ou de ses filles, qui font une partie complète de la montre : à Cluse des roues , des pignons , des ébauches ; dans le Jura des finissages, des échappemetits , et toutes les parties délicates de la montre.

Le travail en fabrique , par les procédés mécaniques et par la suprême division du travail convient bien pour les ébauches et les finissages. L'emploi d'outils-machines que Ton invente et que l'on perfectionne chaque jour amène d'importants résultats ; en effet , diminution du prix de revient , rapidité d'exécution, diminution du nombre d'ouvriers qui ne sont plus occupés à des travaux pénibles, etc.. voilà certes de grands avantages, mais ce travail en fabrique exige une fabrication immense, car chaque ouvrier ne fait constamment que la même partie , son travail ne comprend qu'une ou qu'un petit nombre de mains-d'œuvre ; il faut donc , pour que cet ouvrier soit régulièrement occupé, qu'il ait une quantité considérable de mêmes pièces à faire.

L'ouvrier qui travaille chez lui, en petit atelier de famille, faisant une partie entière de la montre, soit finissage, soit échappement , ou repassage, remontage, exécutant un certain ensemble de mains-d'œuvre peut s'occuper constamment avec de petites commandes , il n'a pas de frais généraux , et quoique sa manière de travailler soit bien inférieure à celle des grandes fabriques , sous le point de vue des procédés mécaniques, il peut livrer néanmoins ce qu'il fait à très-bas prix , à plus bas prix même que le travail exécuté en fabrique ; d'ailleurs cet ouvrier est la

plupart du temps un petit paysan, il travaille en ^té Ji ses champs, en hiver que ferait-il? Rien. Il a donc tout à «gagner en s'occupant pendant les longs hivers à qudque travail utile. Le peu qu'il gagne ainsi est toujours plus que s*il ne faisait rien , et voilà pourquoi les habitants des environs de Cluse et du Jura font des pignonê , deê finma-' ges, deê éehappementê , etc... à un prix bien inf^eur à celui des fabriques.

Autre avantage encore : Voici un petit paysan qui culti-* ve son patrimoine et travaille pendant les mauvaises saisons à rhorlogeric , sa femme et ses enfents sont autour de lui, calmes, heureux, sous la direction du père et de la mère. Qu'une crise pèse sur son industrie , qu'un chômage arrive , ce qui se présente malheureusement si souvent , alors l'ouvrier paysan a toujours une ressource dans son travail agricole.

L'ouvrier de fabrique doit être constamment occupé, dès qu'il chôme alors arrive pour lui la misère. Quelle préoccu* pation ! Quelle responsabilité pour le chef d'une industrie de fabrique , que d'avoir constamment à fournir du travail à ses nombreux ouvriers !

En résumé : il est des parties de la montre qu'il convient certainement mieux de faire en fabrique , tels sont les ébauches et les finissages, parceque l'emploi de nombreuses maehmes^outiis est indispensable pour ta fabrication des ébauches et quant aux finissages on les fait mieux en suivant , comme à Beaucourt, de main-d'œuvre en main-d'œuvre les diverses parties de Vébauehe jusqu'à ce qu'elles soient finies. Par contre toutes les autres parties, échappement, remontage, repassage, réglage, etc... conviennent mieux à un travail isolé, attentif, à l'abri du bruit, de la poussière et d'ailleurs comme nous venons de le dire, les prix de fabrique ne pourront jamais descendre jusqu'à ceux des horio* gers-paysans qui donnent à l'horlogerie le temps perdu durant les longues journées d'hiver.

La population des montagnes du Jura est remarquable à phis d'un titre. Elle est intelligente, active « éminemment douée pour les arts mécaniques.

Cette population doit être étudiée : dans la partie Fran-^ ^ise ou occidentale du Jura ; sur le sommet du Jura et dans la partie orientale de cette chaîne , car dans ces trois riions elle a un aspect particulier et qui leur est propre^

L*état politique apporte aussi des modifications importantes entre les parties française et suisse.

L'ouvrier suisse travaille moins en fabrique et plus chez lui ; il travaille à façon pour des établissi^urs , tantôt pour Tun , tantAt pour Vautre ; sa personnalité est plus développée et il conserve une grande indépendance dans la manière d*agir. Ajoutez l'influence des idées répuMicaines et vous aurez une différence très-tranchée dans les caractères de l'ouvrier suisse et français.

L'ouvrier français travaille plus en fabrique ou plus régulièrement pour un même maître , il a une plus grande soumission à l'autorité du chef et les institutions impériales le confirment encore dans cette abné^tion passive.

L'ouvrier suisse recherche la vie de café , là il trouve à discuter , et les thèses politiques s'enchainent avec celles de son industrie. L'ouvrier suisse participe à la vie républicaine , il est membre d'une Société de gymnastique , d'un tir à la carabine , d'une société de chant ; d'un cercle politique, etc. L'ouvrier français n'a pas ces distractions là, quand il sort de l'atelier, il rentre chez lui et ce n'est que dans les jours de fête ou de paie qu'il hante le cabaret.

En France, l'ouvrier suit pour ses repas les heures de la fabrique à laquelle il est attaché. A Beaucourt par exem^ pie , à Montbéliard , dans le vallon de Seloncourt , etc. , en été on entre à l'atelier à l'appel de la cloche à 5 h. du matin. A 8 heures , on sonne pour le déjeuner qui a lieu de 8 h. à 9 h. moins le quart. Ce déjeuner consiste généralement dans une tasse de café au lait. A 1 heure, on dîne : ce repas est composé de Soupe aux légumes, de pommes de terre ou de choux et de viande de porc, surtout du lard.

Chez les plus favorisés, on sert quelquefois du bœuf, du veau ou du mouton. Le vin ne se boit que le Dimanche et les jours de fêtes. Mais par contre , il se fait un grand abus de l'eau-de-vie qui se prend habituellement le matin en se rendant au travail, habitude funeste à beaucoup , car elle dégénère en excès et entraine l'ivrognerie et ladébilité à sa suite.

Le soir à 7 h. en été , à 8 h. en hiver, on sort des ateliers , on soupe alors ; pour la plupart , c^est encore du café au lait qui fait le fonds de ce repas , pour d'autres , c'est le reste du diner; pour tous, c'est le repas le plus modeste.

En Suisse, à laChaux-de-^Fonds, au Locle, dans k& vallons horlogers de S*-Imier, de Travers, etc. la vie est plus aisée. Le matin , le déjeuner est bien composé aussi de café au lait, mais beaucoup y joignent le morceau de fromage et les pommes de terre frites. Entre le déjeuner et le diner à 10 h. on va boire le vin blanc ou Tabsintho et casser une- croûte. Après le dîner , on va prendre la demie-tasse. Vers les 4 h. on goûte et le soir après le souper on va boire la bière.

Dans les montagnes de la Savoie , et dans les fermes du Haut-Jura Français, la vie est beaucoup plus rustique; l'ouvrier est agriculteur et horloger, il est plus économe de son temps et de son argent ; sa vie est plus régulière et il se contente aussi d'un salaire moindre ; c'est lui qui fait ces finissages , ces échappements , toutes ces pièces enfin que l'on achète à si bas prix.

Un fait frappe singulièrement tous ceux qui parcourent le Jura ; c'est l'aspect d'aisance répandue partout en Suisse. Aussitôt que vous avez passé la frontière française en allant de Besançon au Locle par exemple , vous voyez devant vous les belles maisoas des Brenets , plus haut les villes du Locle et de la Chaux-de-Fonds ; plus loin les villages du vallon de S*-Imier; etc... En venant de Pontarlier, c'est le Val de Travers , c'est Couvet.

De tous côtés , dans ces montagnes Suisses , on ne voit que riantes maisons blanches, aux contrevents verts, entourées de jardins bien cultivés. En France , ce n'est plus cela : dans les centres de fabriques et d'industrie , vous ne voyez comme habitations ouvrières , que des maisons de maigre apparence, mal tenues, sales, dont beaucoup sont encore couvertes de chaume. Voyez les villages les mieux placés dans des sites pittoresques ou dans des vallons fertiles comme Beaucourt, Vandoncourt, Seloncourt, etc. etc. comme tout y est négligé ; les fumiers , les ordures encombrent les mes. Quel laisser-aller !

A quoi tiennent donc ces différences ? C'est là une ques^ don à laquelle je pourrais répondre par de nombreux arguments ; mais comme cette discussion pourrait entrainer une polémique , je dois m'en abstenir dans ce recueil.

Cependant je veux aller desuite au devant d'une justification qui s'échappera de la bouche de plus d'un. C'est, nous dira*t-on , qu'on gagne davantage dans le Jura

Suisse que dans le Jura Français ou le Pays de Montbéliard.

Eh bien ! détrompez- vous , la main d*œuvre est beaucoup plus chère en France qu'en Suisse et Tune des grandes causes, la cause capitale de la lenteur du développement de rhorlogerie en France, c'est la cherté de la main d'œuvre. Nous tenons de la bouche même de fabricants suisses , ces mots remarquables : « nous avons craint longtemps le pays de Montbéliard , mais aujourd'hui nous ne le craignons plus, ses habitants ne voudront jamais travailler à aussi bas prix que chez nous. »

Les travaux de l'horlogerie ont-ils quelque influence fâcheuse sur les ouvriers? Nous avons, à ce -sujet, interrogé un grand nombre de médecins du Jura et leurs réponses ont confirmé nos propres observations à savoir : que les travaux de l'horlogerie n'entrainent aucune maladie spéciale qui puisse leur être uniquement attribuée et de J;outes les industries c'est probablement la plus saine et la plus agréable.

Toutefois les travaux de l'horiogerie en petit volume obligent à l'emploi d'une loupe , afin de mieux distinguer les organes délicats de la montre , or l'usage prolongé de la loupe ou microscope comme l'appellent les ouvriers , donne lieu à des inflammations de la conjonctive^ de la cornée mais surtout à un affaiblissement de la vue tel que les ouvriers sont souvent obligés de quitter leur état au bout de quelques années. C'est là certainement un inconvénient grave.

J'ai vu chez de très-anciens ouvriers la coloration verdâtre des cheveux et de la barbe suite d'une intoxication cui^Teuse occasionnée par le maniement prolongé du laiton, sans autre trouble de l'économie.

La vie sédentaire des ouvriers horlogers les prédispose à de certaines afiections. Chez les jeunes filles la chlorose est fréquente, elle tient aussi à une alimentation peu animalisée comme nous l'avons dit plus haut , le café au lait et les légumes font la base des repas. Cette même alimentation jointe au séjour dans des ateliers ou des demeures mal aérées prédisposent aussi aux scrophules, triste infirmité bien commune dans nos montagnes.

L'accumulation de nombreux ouvriers des deux sexes dans les mêmes ateliers détermine chez les jeunes gens et les jeunes filles un développement précoce qui entraine à sa suite trop souvent Tamaigrissement , le marasme, la tuberculisation rapide.

Un fait curieux c*est la disposition qu'ont les habitants du Jura à avoir des vers intestinaux ; le ver solitaire est excessivement commun parmi eux ; quant aux lombrics , ils pullulent chez les enfants comme chez les grandes person* nés.

Mais je m'arrête , les questions que je n*ai fait qu'effleurer à peine sont dignes de la méaitation de tous « mais le cadre de cette étude ne me permet pas de m'étendre davantage.

Permettez-moi en terminant la première partie de cette notice, d'émettre le vœu que l'avenir exaucera, j'espère, de voir se fonder à Montbéliard une importante fabrique de montres. Aucune des localités si actives aujourd'hui du Jura ^ne s'est trouvée à son début dans des conditions aussi favoraUes que cette ville, placée au centre même de la fabrication de toutes les pièces principales : ébauches de Beaucourt et de Seloncourt , pignons et blancs roulants de Berne , de Seloncourt et de Beaucourt ; que reste-t-il à faire ? A appeler à Montbéliard des ouvriers pour les échappements, pour la boite, des remonteurs et régleurs. Quant aux pièces détachées, ressorts, cadrans, aiguïUes, etc. on les achète toutes faites. S'il se formait donc une société d'actionnaires pour réunir quelques capitaux, cette société pourrait trèsfacilement fonder à Montbéliard une fabrique de montres et doter la ville et le pays d'une industrie qui procurerait un travail attrayant et l'aisance à une nomoreuse population ouvrière. Un ouvrier horioger un peu habile gagne facilement 100 fr. et au-delà par mois. Les femmes deviennent d'excellentes ouvrières , elles sont très-adroites à manier les oipnes délicats des petits mouvements des montres et atteipent ou dépassent même les ^ins de l'homme. Rien ne convient mieux du reste à ce travail qui exige beaucoup d'attention que le calme profond de nos petites villes de province et de nos campagnes.

Je puis vous citer à l'appui et comme exemple la ville de Bienne où l'on construit en ce moment une cité horlogère de 100 maisons, et il n'y a que quelques mois qu'on y fabrique la montre !

Puisse mon vœu se réaliser bientôt sous les auspices d'une sa^e et patriotique édilité et une source de richesse de plus naître dans notre belle et laborieuse contrée !

Les deux plus anciennes méthodes de mesurer le temps Dut dû s'établir par Tobservation du mouvement apparent du Scdeil et du changement des phases lunaires , origine Antique de la semaine , qui offre la deuxième division naturdle du temp à toute peuplade isolée et qui ébauche sa première civilisation.

Le gnomon, que des perfectionnements subséquents ont converti en cadran solaire, a probablement été l'un des premiers instruments dont on ait fait usage pour mesurer le temps. On conçoit, en effet, que la simple projection de Tombre d'un arbre, phénomène qui dût s'offrir à l'observation de tout le monde , pouvait tenir lieu d'un instrument dont la nécessité ne dût être sentie que lorsque les observations devinrent plus exactes. Les obélisques ces longues aiguilles de gi^nit dont le poids rend le transport sans accidents si difficile , portés d'Egypte en Europe , et relevés chez nous comme des monuments de simple décoration ardiitecturale^ étaient chez les Egyptiens et sont encore dans la Chine , des instruments d'astronomie propres à faire connaître les hauteurs solsticiales du soleil, pour en conclure la longueur de l'année. Ces mêmes obélisques marquaient aus^i le midi solaire ; ils ne pouvaient donner exactement les autres subdivisions du jour , pour lesquelles il faut un style parallèle à l'axe terrestre , et incliné dans nos climats comme celui de nos cadrais solaires.

Le cadran solaire d*Achaz, qui vivait 7K0 ans avant l'ère chrétienne , peut être cité comme l'une des premières mesures 4u temps dont on ait conservé le souvenir. (Esaîe. Chap. 38. vers. 8,)

Hérodote et Diogène assurent qu'Ânaximandre de Milet, qui vivait 544 ans avant Jésus-Christ, fut l'inventeur du style ; qu*il le disposa sur une table de marbre , à l'aide de laquelle il fit une horloge qui marquait les heures , les équinoxes et les solstices. Cet instrument fut placé à Lacédémone , où il fit bientôt l'admiration du peuple.

Le premier cadran solaire dont on ait fait usage à Rome fut placé près du temple de Quirinus par Papirius Cursor , général romain, 393 ans avant J.-C. Mais l'usage des gnomons et des cadrans solaires étant fréquemment interrompu

par Teffet des nuages , il fallut encore imaginer une autre manière de diviser la durée du jour, de là les clepsydres ou horloges d'eau et les sabliers,

Vitruve nous apprend que la clepsydre ou horloge d'eau reçut beaucoup d'améliorations de Ctésibius d*AlexaQdrie , Tan 660 de Rome. Cet habile mécanicien ajouta à la clepsydre un rouage qui , mû par la pesanteur de l'eau , servait à plusieurs usages, à marquer les heures, les jours, les mois, etc. L'invention des roues dentées esl communément attribuée à Arcbimède ou à Possidonius.

L'emploi de roues dentées et des roues à auges permit de construire des horloges d'eau ou clepsydres à roua^ yes très-compliquées et très-ingénieuses. Les historiens en décrivent plusieurs. Claudien nous a laissé la description de la sphère d'Archimède ; César celle des horloges d'eau qu'il vit en Angleterre ; le Père Gaubil , missionnaire , celle de l'horloge de Hy-Hang astronome chinois , construite en 721 et dans laquelle une figure sonnait un coup à chaque division du jour. En 809 , le calife Haarounn-Al-Raschild envoya à Charlemagne une horloge en laiton ; des balles d'airain tombaient sur un timbre et sonnaient les heures.

Mais toutes ces machines quoique très-ingénieuses n'étaient cependant que des clepsydres perfectionnées ; il manquait à ces horloges le poids moteur et V échappement. Ce fut au commencement du dizième siècle que ces deux inventions furent faites , et de là seulement date l'art véritable de l'horlogerie.

Les auteurs ont tour-à-tour cherché suivant leur nationalité à revendiquer pour leur pays l'invention du poids et de l'échappement. Les uns en font remonter l'honneur jusqu'à Archimède ; les autres à Pacificus , archidiacre de Vérone mort en 856 ; ce qui parait le plus certain c'est que la France peut à juste titre s'en attribuer la découverte. Sous le règne de Hugues Capet , un homme grand par son talent comme mécanicien et par son caractère , vivait alors en France , il s'appelait Gerbert ; il avait passé son enfance à garder des troupeaux près d'Aurillac ; recueilli par des moines , il embrassa la carrière ecclésiastique et devint pape sous le nom de Sylvestre II ; c'est lui qui d'après le témoignage d'un grand nombre d'historiens importa en France les chiffres arabe^; c'e.>t lui qui appliqua le poids moteur aux horloges et e» régularisa la vitesse par l'échappement-

C^est encore h lui qu*on attribue rapplication aux horioges d'une sonnerie marchant par un rouage. Il est certain dans tous les cas que la sonnerie existait déjà pendant le onzième siècle dans les horloges des monastères.

Les rouages dentés, les poids moteurs^ l'échappement régulateur, la sonnerie, étant connus, dès lors les inventeurs d'horloges purent donner carrière à leur imagination , aussi pendant une longue période de temps, voyons-nous se construire des horloges monumentales, des Jacquemarts, plus compliqués, plus singuliers les uns que les autres. Citons rhorloge de Padoue composée en 1344 par Jacques de Dondis, surnommé pour cette merveille VHorologio ; celle de la cathédrale de Dijon que Phiiippe-Ie-Hardi enleva à la ville de Courtrai après la bataille de Rosebecq. En 1370, Charles V, dit le Sage, fit venir d'Allemagne Henri de Vie, pour construire à Paris la première grosse horloge pid)lique qu'il plaça sur une tour carrée de son Palais appelé aujourd'hui Palais de Justice et qui donna son nom au Quai de l'horloge.

Parmi les autres horioges remarquables nommons encore celles de Sens , d'Auxerre , de Lund en Suède , de Jean d'Iena, de Niort, de Strasboui^, de Lyon, de Versailles, d'Augsbourg, de Liège, de Venise, etc.

Les premières horloges à poids et contrepoids, destinées à donner l'heure dans les appartements , parurent en France , en Italie, et en Allemagne vers le commencement du quatorzième siècle

Le règne de Charles VII fut signalé par deux inventions , celtes du ressort spiral et du réveiUe-matin, Le ressort spiral est une lame d'acier très-mince , qui , se roulant sur ellemême dans un tambour ou bariUet, produit, en se détendant, l'effet du poids sur les rouages primitifs ; ce ressort pouvant agir dans un espace très-étroit , permit de faire de très-petites horioges pour les appartements.

L'horiogerie ne fit pas de grands progrès jusqu'au règne de Louis XIV ; ce fut sous le règne de ce prince que Galilée découvrit les lois du pendule et que Huyghens en fit l'application aux horloges. Les horlogers et tous les savants de l'Europe reconnurent spontanément la supériorité du pendule sur le balancier et dès lors le pendule appliqué à toutes les horloges donna son propre nom aux machines dont il devint le régulateur.

Ilttyghctis fut aussi Tinventeur d*une pièce fort ingénieuse tiomméè cyeloîde et qui servit à égaliser la durée des vi^ brations du pendule , ce qui était fort utile à Tépoque où r échappement à verge était seul connu; mais, aussitôt que ce premier modérateur du rouage des horloges fut remplacé par l'échappement à ancre, avec lequel on peut faire décrire au pendule de très-petites vibrations, la cydoîde fut abandonnée.

I^ répétition fut découverte en Angleterre en 1676. On l*appliqua d'abord aux pendules. Barlow eut la première idée de ce mécanisme ingénieux , à l'aide duquel , en tirant un cordon, on fait sonner l'heure et les quarts que marquent les aiguilles de Thorloge ; effet que Ton parvient à produire à l'aide de pièces en forme de limaçons et de râteaux.

C'est dit-on vers le milieu du 17°® siècle que fut inventé en Angleterre l'outil à phte-foinne employé pour fendre les roues.

L'échappement à ancre pour pendule fut imaginé par le docteur Hook de Londres ; c'est cet échappement perfectionné qui est aujourd'hui le plus employé dans les pendules d*appartement.

Pendant le dix-huitième siècle Julien Le Roy perfectionna beaucoup le mécanisme des pendules ; il inventa le pendule compensateur dans lequel les effets de la chaleur et du froid sont corrigés au moyen de l'allongement et du raccourcisse-ment inégal des métaux.

Jean Harrisson constniisit le premier des horloges marines et des montres à longitudes qui supportèrent le mouvement des vaisseaux sans perdre de leur régularité. Les expériences furent répétées dans des voyages de long cours dès Tannée

C'est encore pendant le 18°*" siècle que parurent les premières pendules à remontoir , celles à équation d'Authiau, de F. Berthoud , d'Adrairauld ; les petites horloges astronomiques appelées sphères mouvantes de Oronce Finée , d'Huyghens, dePasseraant, d'Antide Janvier, 1799.

Pierre Le Roy est le premier qui fit, en France, de véritables horloges marines pouvant déterminer les longitudes en mer. Cette exactitude des montres marines de P. Le Roy fut le résultat de deux importantes inventions dont il est incontestablement Tauteur et qui lui valurent les encouragement^ de l'Académie des sciences. Ces inventions furent Visochronisme

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des vibrations du balancier et Vécliappement à détente à ressort.

La suspension du pendule par un fil de lin ou de soie fut

•la première que Ton employa. Guillaume Clément horloger de

Londres inventa la suspension à ressorts, Sully imagina

celle à rouleaux. La su^ension à couteau qui fut longtemps

en usage est abandonnée maintenant.

Aujourd'hui , on em{Joie ordinairement dans les pendules réchappement à ancre à repos ; pour les régulateurs et les horloges monumentales , c'est k V échappement à chevilles inventé par Lepaute que l'on donne la préférence.

Le dix-neuvième siècle a vu aussi des inventions et des applications utiles pour l'horlogerie. Nous mentionnerons particulièrement l'emploi de l'électricité comme moteur des oscillations du pendule et surtout l'ingénieuse application faite par M. Lasseau , à trois horloges de Montbéliard , de l'électricité pour en régler la marche. (1)

La fabrication de la pendule a pris à notre époque des proportions considérables , conséquence naturelle de l'emploi des machines-outiLs qui ont amené une plus grande précision dans le travail et une diminution très-forte dans les prix de revient. Il y a des contrées qui ont pour spécialité industrielle la fabrication des pendules et des horloges , ce sont : le pays de Montbéliard , Dieppe , S*-Nicolas d'Aliermont , Morez, la Forêt Noire , laSilésie, et la Bohême. C'est Paris qui achève les pendules commencées dans l'AiTondissement de Montbéliard et dans la Seine-Inférieure.

Outre les mouvements de pendules ^ les fabriques d'horlogerie font aussi des pièces pour les télégraphes électriques, des compteurs pour voitures , des réveils , des horloges de garde de nuit , des tour7iebroches , des mouvements de lampes, etc. etc. dont les mécanismes empruntent beaucoup de pièces ù l'horlogerie.

Les établissements de Dieppe et ceux du pays de Montbéliard fabriquent le blanc roulant de pendule dont toutes les piècas se faisaient autrefois à la main. Ce n'est qu'au commencement de ce siècle que ce genre de fabrication se transforma complètement et que les outUs-machines remplacèrent le travail ordinaire à la main. Frédéric Japy et

(1) Ces deuils historiques ont clé recueillis dans un grand nombre d*ouvrages qui traitent de la matière , tels que ceux de Moinet , de P. Dubois, deThiout, de Le Faute, de F. Berthoud, etc.

Pons furent les deux promoteurs de cette nouvelle fabrication.

Le bUinc roulant de la pendule correspond h Véhauche Unie ; il comprend :

1^ Le barillet et son endiquetage^ les roues et pignons, le porte^échappement , etc. in mécanisme de la minuterie qui fait marcher les aiguilles des heures et des mimrtes ;

2* Le barillet et son endiquetage , les roues et pignons, Fe volant et les autres pièces roue de compte ou râteau , détente^ marteau ^ ressort , etc. du mécanisme de la son^ nerie ; toutes ces pièces mises en place , pivotées , engrènent les unes avec les autres , de telle manière qu'on peut déjà faire rouler tous les rouages , lesquels sont fixés entre deux plaques rondes ou carrées nommées platines. L'ensemble de toutes ces pièces constitue un mouvement de pendule. (Voir la Planche 9.)

Il y a plusieurs espèces de ces mouvements dont voici les principaux : mouvement à râteau ; à chapron ; carré pour tableau ; pièce de voyage ; à huit jours ; à répétition ; hr réveil; etc.

Ces blancs roulants sont envoyés aux fabricants de pendules qui en font repasser les pièces ; le blanc roulant est alors amené à Tétat de blanc-marchant (style de commerce.)

Ensuite on adapte au blanc-marchant : les ressorts des barillets, l'échappement , le pendule , le timbre de la sonnerie , le cadran et le^ aiguilles ; enfin le tout est monté dans un cabinet plus ou moins élégant , plus ou moins riche et la pendule achevée va prendre place derrière la vitrine d'un magasin, jusqu'au moment oh le caprice d'un acheteur décide de son sort.

Le centre le plus important et le plus intéressant de la fabrication de la grosse horlogerie est sans contredit le Pays de Montbéiiarâ , sur lequel nous jetterons un rapide regard.

Montbéliard , Sous-préfecture du département du Doubs , est située au milieu d une fertile contrée qu'arrosent plusieurs cours d'eau ; c'est une des parties les mieux cultivées de la France. Sa population inteUigente , active , laborieuse s'occupe ,à plusieurs industries. A Montbéliard même sont les grandes filatures de MM. Sahler ; les établissements Ae M. Marti et de M. Roux à la Prairie , où se font le»

mouveuients de pendules. A S'^'-Suzaiine , petit village qtii fait presque faubourg à la ville , est la fabrique de pièces de musique de M. Lépée.

Du milieu des campagnes et des vallées qui environnent Montbéliard , s^élèvent les hautes cheminées de nombreuses usinies.

Au midi c'est la vallée du Doubs et ses établissements métallurgiques de Laroche, de Tlsle, d*Audincourt, de Valenligney , de Bourguignon , de Pont-de-Roide. A cette vallée aboutit celle d'Hérimoncoiu*t que peuplent les ouvriers de Seloucourt, de Berne, de Terre-blanche, etc. A Test, au milieu des bois, les usines de la Feschotte, deBadevel, de Morvillars, etc. et sur les derniers gradins du Jura les établissements de Beaucourt. Au nord , Eéricourt et ses nombreuses manufactures.

Parmi toutes ces industries , celle de Thorlogerie est une des plus importantes et la fabrication de blancs-roulants dont sont aujourd'hui dotés Montbéliard et ses environs, mérite qu'on rap{)ellc son origine.

La fabrication des 7nouvements de pendtdes a été introduite dans le Pays de Montbéliard, par M. Frédéric Japy en d812. C'est à Badevcl qu'il commença cette fabrication après avoir transformé en usine , un vieux moulin qui s'y trouvait.

Cette fabrique de blancs de pendules fut laissée par M. Frédéric Japy à ses cinq fils, Frédéric Guillaume, Louis, Pierre , Charles et Frédéric qui possédaient déjà la manufacture de Beaucourt. Ces cinq (ils s'étant partagé les établissements que leur avait légués leur père , Charies et Frédéric eurent Fusine de Badevel.

En 1822 Charles mourut et Frédéric Japy continua seul la fabrication jusqu'en 1828, époque à laquelle il se retira à la Roche où il avait une petite Usine , après avoir loué Badevel à ses frères. MM. Japy frères exploitèrent Badevel pendant deux ans, puis fermèrent cet établissement et transportèrent la fabrication des mouvements de pendules à Beaucourt.

M. Frédéric Japy loua ensuite son usine de Badevel à MM. Mozer et Blétry. Dès lors cette usine subit des phases diverses , elle passa successivement entre les mains de plusieurs propriétaires jusqu'en 1832. Messieurs Japy frères l'acquirent à cette époque de MM. Mérian de Basie et y établirent

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définitivement leur fabrique de blancs roulants de pendules.

M. Ingénu Japy fut alors nommé directeur de Badevel. Elève des Sandoz, des Bréguet et des meilleurs horlogers de Paris , et mécanicien ingénieux , il apporta , par les machines-outils qu'il a inventées ou perfectionnées , par l'organisation intérieure du travail, des changements complets à la fabrication des mouvements de pendules. Bientôt, sous sa direction , Badevel devint la première fabrique de France eu son genre; et la qualité supérieure de ses produits pennit à M. Monnin de Paris de donner à la fabrication de Badevel l'importance commerciale contre laquelle luttent en vain aujourd'hui les fabriques rivales de la Seine-Inférieure.

Le sieur Mozer après avoir quitté Badevel acheta les outils d'un nommé Rigoulot d'Exincourt qui possédait dans ce village un petit atelier de grosse horlogerie. Il transporta cet atelier à Montbéliard , s'associa avec M. Marti qui plus tard devint seul propriétaire de l'établissement qu'il dirige aujourd'hui avec une grande habileté.

M. Vincenti né en Corse , après avoir appris l'horlogerie en Suisse vint à Beaucourt où il fut occupé chez MM. Japy frères à la fabrication de montres à roue de rencontre à répétition avec un mécanisme de son invention. Ces montres fort bien faites se vendaient 80 francs chaque. Mais cette spéculation qui paraissait très-brillante au premier abord , ne réussit pas, parceque les horlogers ne connaissant pas le mécanisme de M. Vincenti , ne pouvaient pas réparer la montre lorsqu'elle se dérangeait. Cette fabrication fut donc abandonnée et M. Vincenti quitta Beaucourt et vint s'établir à Montbéliard, oii il fonda en 1829 la fabrique de blancs roulants de la Prairie. C'était un mécanicien ingénieux qui dès l'année 1820 s'occupait, aidé de quelques ouvriers, de la construction de machines-outils pour la fabrication des diverses pièces des mouvements de pendules. On lui doit aussi l'invention d'une sangsue mécanique.

M. Vincenti est mort en 1833 ; à cette époque la fabrique qu'il avait fondée ne produisait encore que 600 mouvements par mois. M. Roux le remplaça comme directeur, 11 fut aidé dans sa direction par M. SchiiTmann.

- M. Schiffhiann , dit le Rapport du Jury de l'Exposition « de Paris , est un homme d'atelier qui s'est formé lui-même ; « il dirige depuis 23 ans l'établissement dont il a puissamment « contribué à la prospérité. «

Les enfants de Madame Roux , son fils et son gendre , M. de Chabot**Latour, sont maintenant à la tête dé rétablissement de la Prairie.

M. Louis Japy est devenu possesseur de l'usine de Berne en 1840. Cette usine appartenait alors à MM. Japv frères qui y fabriquaient des vis, des peignes de tisserands, elc, M. Louis Japy a transformé cette usine en une fabriaue d'horlogerie , après l'avoir considérablement agrandie. Il vient encore d'acheter les bâtiments de la Chapotte, Son fils aine commence à l'aider dans ses travaux.

Aujourd'hui tous ces établissements du pays de Montbéliard sont en pleine activité. La fabrique de Madame Houx à la Prairie occupe 400 ouvriers et produit annuellement 36,000 pièces d'horlogerie , mouvements roulants dépendu-^ les (à échappement visible très-gouté) , mouvements de petites pendules de voyage , mouvements de lampes , etc. « Tous ces produits , dit le Jury de l'Exposition Universelle , sont d'un bon travail et établis avec soin. »

L'établissement de M. Marti et C'^àMontbéliard produit annuellement30,000 blancs roulants de pendules avec 300 ouvriers. M. Louis Japy fabrique dans son établissement de Berne de nombreuses pièces variées d'horlogerie. Nous avons déjà parlé de ses pignons et de ses finissages d'ébauches de montres ; il fait aussi des pendules et des mignofiettes qu'il vend complètement finies avec leurs cabinets ; enfin il livre aux horlogers de Paris près de 30,000 blancs roulants de pendules par an. Il occupe habituellement 300 ouvriers.

MM. Japy frères et C** dans leur usine de Badevel , où ils occupent 600 ouvriers, ont produit en 1887 : 64,543 mouvcments dont nous donnons ici le tableau détaillé :

Mouvements avec sonneries chaprons 49,919

« « « rateaUx 1,914

pour tableaux, chaprons .... 7,736 « « râteaux .... 380

« pour pendules de voyage .... 554

minuteries 1,982

•« fausses plaques , chaprons . . . 1,408

« « « râteaux. . . . 282

« de lampes . 234

m quantièmes 334

Total 64,543

Badevel livre en outre au commerce des horloges dîtes de Comté, des horloges de gardes de nuit, des toumebroches entièrement achevés.

M. Ingénu Japy avait l'intention d'établir à Badevd , des mouvements de chronomètres pour la marine. On sait que les horiogers de Paris , lesBertboud, les Motel, lesWinnerl, qui établissent de ces chronomètres, sont obligés de deman^ der leurs blancs-roulants à Londres , au prix de 800 fr. la pièce ; ces chronomètres finis reviennent au Gouvernement à 3,000 fr. après essai pendant un an dans un voyage au long cours. M. Ingénu Japy aurait voulu fabriquer ces mouvements en grand , comme cela se fait en Angleterre , à Clerkenwel et les fournir aux horlogers de Paris , k un prix bien inférieur à cdui de Londres. Malheureusement la mort Ta surpris avant d'avoir pu réaliser son projet.

La manière de fabriquer de tous les établissements d*horlogerie de notre pays est à peu près la même. Le laiton subit d'abord quelques préparations , il est laminé et martiné pour lui donner l'épaisseur et la malléabilité convenables. On découpe les pièces avec des découpoirs mécaniques ; ces pièces sont ensuite mises d'épaisseur , et de grandeur , percées, creusées, etc. sur des tours à burin fixe. Les dents des roues sont taillées sur la machine à plate forme avec un compteur et une fraise. Les ailes des pignons sont fendues par des machines automates. Les arbres des r(mages sont pivotes et polis. Enfin quand toutes les pièces sont terminées, on les met toutes en place et on les fixe par des vis.

Comme pour les ébauches de montres , c'est l'emploi des machines-outils et l'extrême division du travail qui ont permis de faire de bons mouvements à des prix excessivement bas , variant de 5 francs à 28 francs par mouvement suivant l'espèce. Ces prix sont fixés par tous les fabricants entre lesquels il existe un accord sans lequel l'industrie s'épuiserait en luttes infructueuses.

La fabrication des blancs-roulants de pendules a pris aussi un assez grand développement à Saint-Nicolas-d'Aliermont , et à Dieppe , (Seine-Inférieure). L'industrie organisée à Saint-Nicolas vers le milieu du siècle dernier se bornait encore à la fabrication des blancs de mouvements quand Pons l'éleva, en 1810, à la fabrication du blanc roulant de pendule. Le travail à la main fut exécuté par des machines pour

beaucoup de pièces , et l'on construisit dès lors les roulants en plus grande quantité et à des prix beaucoup moins élevés. Depuis quelques années , Saint-Nicolas compte deux fabriques importantes : ceUe de MM. Boromée Delépine et Canchy, successeurs de Pons, et celle de M. Slartin. En outre huit à dix plus modestes ateliers. La fabrication de S^-Nicolas et de Dieppe occupe 400 ouvriers et livre annuellement au commerce environ 30,000 mouvements.

Paris est le principal centre industriel où se finissent les pendules. Je dois à M. Monnin-Japy la communication d*un tableau statistique des mouvements de pendule vendus à Paris du mois de Juin 1857 à Juin 1858.

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