La double articulation dj, pour
Les autres voyelles et consonnes sont les mémos qu'en français , sauf certaines particularités prosodiques , qui sont les voyeDes et les diphthongues plus ou moins longuas ou brèves, traînantes ou accompagnées , pour Ye surtout , d'un ton plus ou moins ouvert , fermé ou muet , plus ou moins lent , ou plus ou moins bref et sec,
L'orthographe de notre patois est très-difficile à fixer.
La première condition , pour qu'elle fût parfaite , serait de lui faire rendre exactement la prononciation de tous les mots , de manière à ce qu'à la première lecture un étranger même pût les articuler dans toute leur pureté. La seconde , à laquelle je tiens aussi beaucoup , c'est de la rendre conforme à l'orthographe française, dans tous les cas ou cela est pos* sible sans risquer d'induire en erreur sur la ph)nonciation. La troisième enfin , c'est de procéder méthodiquement , en conservant avec fidélité , et autant que possible , les traces de l'étymologie.
En essayant d'orthographier , d'après ces principes , la première Eglogue de Virgile, traduite en patois par M. Bohin , comme a bien voulu me le demander la Société d'Emulation de Hontbéliard , j'ai fait de mon mieux , sans pouvoir dire toutefois que mon système soit complètement fixé , et que
j*ale réussi définitiTenient. J*en dirai autant des quelques fables de La Fontaine que j'ai traduites , et que je prends la libertév de joindre à ces Notes.
Quoique le patois de Tancienne principauté de Mûntbéliard , et des quatre Seigneuries de Clémont , Blamont » Héricourt et Châtelot , qui cotnposent aujourd'hui l'Inspection ecclésiastique de Hontbéliard , soit un seul et même patois , il présente certaines nuances » que je ramène à 4 principales , et qui offrent encore de légères variantes d'un endroit à 1 autre.
Ces 4 nuances principales correspondent , jusqu'à un certain point , à 4 zones successives « qui se succèdent du sud-est au nord-ouest , et forment 4 dialectes, dont les types sont représentés , dans leurs caractères les plus saillants , par les localités suivantes: Montécheroux, pour la zone sud^t; Seloncourt , pour la zone de transition ; Âudincourt ou MiHitbéliard , pour la zone centrale ; Héricourt et les villages du Hontvaudois et du Chérimont , pour la zone du nord-ouest.
Le patois de Montécheroux a quelque chose de vif, de léger, de délié, et de moins lourd que celui des autres zones. Il prononce, entre autres particularités, les sons an en ain , et cette prononciation se retrouve avec des dégradations et des nuances , dans les pillages du Lomont , des plateaux qui s'y rattachent , de la vallée du Doubs jusqu'à Bfathay , et du val de Glay jusqu'à Hérimoncourt. A Montécheroux , on substitue volontiers 1« au eh, et le son ^ à o, etc.
Exemples :
Evant^ prononcez Evaint Drapeau, prononcez Drapeu.
Elant Aifant .
Cba . .
Fesencbin Achitot .
Elaint 1 pô I peux.
Aifaint 1 vô I veux
Su Noes .... Neus
Fesaissin Voes .... Veus
AssUeut Vourpottes. . . VoirpaUes, etc.
Le patois de Seloncourt conserve une certaine allure intermédiaire , qui n'offre ni la vivacité de celui de Montécheroux , ni la lourdeur de celui d'Audincourt et de Hontbéliard. Il conserve aux voyelles et aux nasales leur son le plus naturel et le plus rapproché du français , et se retrouve pur à Bon*
deval , avec de légères nuances ; un peu à Mandeure , à Vandoncourt , à Dampierre et à Beaucourt.
Exemples :
OM, prononcée AUii Foesco^ prononcez Poson
TroYOcnie . •. Travachie Noes .... Nos
Leies. ... Les Voes .... Vos
Deies .... Des Vourpotte . . . Voaniattey etc»
A partir d*Audincourt, et dans tous les lieux de la princi-
Sauté de Montbéliard situés le long du Doubs , de I Allan , e la Savoureuse et de la Luzine inférieures , et du Ruz , y compris le plateau de St-Julien et de Désandans , domine le gros et lourd patois du pays , qui affecte Yo pour Y a , les voyelles mixtes , comme éie pour i , oe* pour o , et qui se prononce plein la bouche. Cette lourdeur et cette plénitude offrent du reste bien des nuances , comme nous en avons rencontré dans les autres zones.
Exemples :
OUai. Trovodue. Leies. Deies
Foeson. Noes. Voes. Vourpotte, etc.
Enfin, dans le canton d'Héricourt, se retrouvent les mêmes caractères que dans les cantons de Montbéliard et d*Audincourt, avec un penchant à faire dominer le son de Ye dans la nasale aia et in ; à rendre plus sourde la voyelle ou la rapprochant de Y ou , et la nasale on , en prononçant eun. On change volontiers aussi , dans ce dialecte , Ys prononcé z , entre deux voyelles , en ;.
Exemples :
PdUk, prononcez Pein. Mon^ prononcez Meun.
Vin ... . Veln. Son . . . . Seun.
MeUn . . . Melein. R&son . . . Rijenn.
Voes .... Voues. Nàson . . . Mâjeun.
Noes .... Noues. Sàson . . . Sâjeun, etc.
Je ne prétends pas donner ici Ténumération complète des nuances ; mais je crois que celles que j'indique sont , en général , les mieux accusées et les plus saillantes.
ËchantiUon du Patois de Montécheroux.
FABLE bES RAÎS Et DES BELETTES.
Lai nation des voirpattes ,
Non pu que cetein des tehatts»
Ne veut pai de biu â raits :
Et sains les p'tettes poitchattes
De lu baibitations ,
Lai béte ai la l<Hidge etcbenne
En ferait , sains greusse poine
Enne terribye moisson.
El arrivé qu*enne ennai
ûu*è y en aivai ai feuson ,
Lu roi nommai Ratapon ,
Boutit en campaigne enne armai.
Main les voirpatt assiteut ,
Depyaiyeune lu drapeu.
S'en en crait la renommai ,
Lai victoire balaincè,
Et pu d*in tcbain s'engressè
Di saing de pu d'enne bande.
Main la peiedre lai pu graind !
Tchoueyè prèquye en tchèquye endroit ,
Su les raite et su les raits.
Lu déroute feut entière ,
Quoique fesaissint Artarpax ,
Psycharpax, Méridarpax,
Quu tôt quevris de poussière ,
Sôtinre in bon bout de temps
Les effeue des combaittaints ,
Lu résistaince feut vaine ;
È foillè cédai â séurt :
Tchéquun s'sâvé â pu feue ,
Taint sudai que capitaine.
Les chefs périsseune tus.
Lai racaiU dains les petchus
Trouvé poitchaint ne retraite.
Main les greus quu su lu tète
Aivint boutai bin ai droit
Des écoën' et des pyemets , Pou fair' pavou es voirpattes , Coulai casé lu malheur.
Petchu , fente ne crevaisse , Ne feut lairdge aissai pou lu , Tendu que lai populaice Se coitchè dains les petchus.
Toedje â-t-i que les greus rails Feune les pu ma traitais.
In bé pyemet su lai tète , Çâ toeoje in rude embarrais :
En s'en fait trou greusse fête ; Veus lou voite aiveu ces raits.
Les petets en tote aiffaire Sains graind* peine s'esquivent ; Les greus ne fou serint faire.
Echantillon du Patois de SeUmcourt.
PORTION DE Lk FABLE DES RATS ET DES BELETTES.
Lai nation des vourpattes Non pu que cetéie aes tchaits Ne vo pe de bin â raits.
Et sans les petétes poutchattes De lu haibitations , Lai béte ai lai londge étcbenne , En ferait sans grosse pouenne , Enne terribye moechon.
El arrivit qu'enne ennai , Qu'è y en aivii ai foson , Lu roi nommai Ratapon Boutit en campaigne enne airmai.
Main les vourpatf achitot Dépyaiyeune lu drapeau.
S'en en crait la renommai , Lai victoire balancit , Et pu d'in t'champ s'engréchit Di sang de pu d'orne bsmde, etc.
EehantiUmi du Patois de Seloncourt.
LoG Livre de Ruth.