‹ MémoiresChapitre 43 sur 62 · DU LIEU OU ABWVISTE A ÉTÉ MÉF'AIT PAR CÉSAR · texte numérisé non relu

DU LIEU OU ABWVISTE A ÉTÉ MÉF'AIT PAR CÉSAR

Le& recherches auxquelles plusieurs antiqusâres se sont livrés \ dans le but de déterminer le lieu de la défaite d'A-* riovisie par César, n*0Dt pas, jusqu'à présent,' donné de résultat certain ou du moins exempt de critique ; quelquesuns le Axent dans la plaine de-Bavans , d'autres sur le tei^ ritoire de Grange , d'autres encore dans la plaine d'Arcey , d'autres enfin dans la plaine de Cemay ; mais il est à remarquer : que la pkdne de Bavans est resserrée entre la rivière du Doubs et une montagne ; que le territoire de Grange esl accidenté et ne renferme que de petites vsdiées étroites , de sorte que le développement d'armées nombreuses serait im-« possible dans ces localités ; que les plaines d^Arcey et de Cemay; quoique suffisammant vastes, ne recèlent, d'après les renseignements recueillis jusqu'à ce jour , ni sépultures , ni débris ou vestiges qui témoignent d'une grande défaite ; qu'ainsi n'y a pas lieu d'admettre l'une de ces localités pour champ de bataille , mais qu'on doit le chercher ailleurs.

La variante de SO milles et de 5 milles donnée par les commentateurs de César , comme distance parcourue par les fuyards pour arriver au Rhin , a pu embarrasser , et c'est peut-être pour éviter la difficulté qui en résultait , que Ton a pris pour base -des calculs , la différence entre ia distance supposée parcourue par C&^ar pendant ses six jours de marche à la rencontre d'Arioviste , et la longueur du détour qu'il a dû faire par ce parcours , pour déterminer la distance de Besançon au point de son arrivée.

Cependant , si César indique le nombre de journées de marche , il ne dit pas combien de milles il a faits dans chacune d^eHes ; il est ^nc tout-à-fait gratuit de supposer que la distance parcourue a été de 90 ou ilO milles, puKqu'die pourrait tout aussi bien être de 120 ou 140 milles, et même au-delà ; le sddat romain , marchant au pas militaire; étant aocMitumé à foire en 8 heures 90 et même ^4 milles.

D'après cela , si après avoir établi la distance réelle parcourue par les fuyante pour arriver au Rhin, on prenait cette distance comme rayon, on arriverait évidemment, par un examen des localités et quekiues recherches , à déterminer avec plus de certitude le lieu du chunp de bataille ; c*est dans cette pensée que j'ai cru pouvoir faire les calculs suivants , sans oublier cependant qii'ils peuvent aussi soidever des objections plus ou moins sérieuses.

Disant d'abord d'après les Commentaires:

César, ému des nouvdes qu'il avait apprises des projets des Germams campés près du Rhin , et de ceux d'Ariovisie , de marcher sur Besançon ; vu que déjà même ce chef était en route depuis trois jours , il se dirige à mardies forcées de jour et de nuit sur cette viBe , s'mi empare et y phee une garnison , et après quelques jours de séjour dans son vmsi-* nage, occupé à amasser du blé et des vivres qu'il reçoit des Séquaniens , des Lindes et des Migons , et a^ avoir reçu les excuses des chefs des légions et des centurions , qui avaient témoigné de leur répugnance et de leur peur de combattre contre les Germaias , et s'être assuré encore auprès de Divitiacus, celui des Gaulois auquel il se fiait le plus, qu'il lui fallait faire un détour de jmis de 80 milles (74 kilom.) , pour que son armée, en marchant à la rencontre d'Arioviste, ne trouvât qu'un pays découvert , il partit , et au bout de marches continues , ses éclaireurs lui apprirent que l'armée ennemie était à 24 milles (38 kil.) de la sienne.

Arioviste, instruit de l'approche de César , lui envoie des ambassadeurs , pour l'informer qu'il ne voyait plus d'obstacle à l'entrevue qui lui avait été demandée précédemment. Cette entrevue, fixée au S' jour suivant, eut lieu dans une vaste ^aine , sur laquelle s'élevait un tertre assez grand , et qui était à peu près à égale distance des deux camps; maissia conférence n'ayant point abouti à un arrangement, Ariovi te leva son camp et tut se poster au pied d'une montagne à 6 milles (9 kil.) du camp de César; le lendemain il dépassa ce camp avec son armée, et fut ^ placer à 3 milks (3 kil.) aurddà , dans le dessein d'intercepter les vivres et les convois qui venaient du pays des Séquaniens et des Eduens. Ce jour-là, et pendant cinq jours de suite , César fit sortir ses troupes et les mit en bataiUe devant son camp , afin qu'Arioviste eût l'occasion de combattre , s'il en avait le désir ; mais t pendant tout ce temps , Arioviste retint son année

dans la camp ; seutement , chaque jour , il livrait une escar^ nouehe de cavalerie.

César, voyant qu*Arioviste se feBfenmait dans son caitip, «t ne voulant pas être privé plus longtemps de ses eonvois , choisit une position avantageuse, à 600 pas (900*") Audelà de celle des Germains, et s'y rendit avec so& année for* niée sur trois lignes ; le lendemain il y eut un combat partiel, et le second jour eut lieu une grande bataille , dans laquelle les Germains, complètement défaits, tournèrent le dos, et s'enfuirent sans s'arrêter jusau'au Rhin , éloipé d'environ 50 milles, ou 5 milles, (74 kil. ou 7 kil. 4). Quelques hommes, se fiant à leur vigueur, tentèrent de le passer à la nage, ou durent leur salut à des bateaux qu'ils rencontrèrent ; de ce nombre fut Arioviste; la cavalerie romaine atteignit le reste et l'extermina.

Ainsi Arioviste, après trois jours de marche sw Besançon , se trouve à 24 milles (35 kil.) de César, qui arrivait de cette ville; et, dans cette situation des deux armées, une conférence a lieu au milieu de la distance qui les séparait ; cette confé« rence ayant été sans succès , Arioviste va d'abord se placer à 6 milles (9 kil.) du camp de César , puis à i milles (3 kil.) au-delà ; César , de son côté , rétrograde pour s'établir à 600 pas (900 m) au-delà des Germains; et c'est dans cette position des deux armées que la bataille a eu lieu.

Alors Arioviste , d'abord à 24 milles de César , s'en rapproche de 18, milles, puis le d^Msse de 2 milles, ce qui fait un parcours de 26 milles ; et comme avant ces déplacements il était déjà à 3 journées de marche sur Besançon , il s'en suit évidemment que sa défaite a eu Ueu non pas à 5 milles du Rhin , mais bien à environ 50 milles , puisque pendant les trois journées il n'aurait eu à faire qu'environ 24 milles pour atteindre ce chiffre.

Il résulte de ce calciil : que si, avec un rayon de 50 milles appuyé au Rhin en aval de Bâle , lieu probable de l'arrivée deâ fuyards , on décrit un arc de cercle allant du Doubs aux Vosges , on doit passer sur le champ de bataille , ou trèsprès de cet endroit ; et pour le déterminer exactement , il ne resterait plus à faire qu'une exploration des localités et des recherches dans le sol ; et dans le cas où le tertre , à cause de son étendue, aurait été garanti d'une destruction , ce serait à 14 milles (20 kil.) en dedans de l'arc décrit qu'il devrait se trouver.

Je soiunets ces calculs h la Société» qui jugera si , oomme je l'ai supposé , ils sont de nature à ccouluire à u» lAsiiltat plus certain que ceux Uits jusqu*à ce jour , ou si au contraire ils laissent encore la question dans le même étal d'incertitude ou de doute.

Montbéliard, le 3 mai 1860.

P. Mokel-Macler.

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