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DANS LES MONTAGNES DU JURA

Essai de statistique industrielle.

Messieurs !

Permettez-moi de vous détourner quelques instants de vos méditations historiques , littérdres et scientifiques pouyippeler votre bienveillante attention sur d'autres champs d étuols, sur Tindustrie horlogëre dans les montagnes du Jura. C'est un sim^ pie essai de statistique que je vous présente , heureux s'il peut o£fnr quelque intérêt à ceux qui s'intéressent aux progrès de cette belle industrie.

La chaîne du Jura est sans contredit , un des soulèvements les plus caractéristiques de tous ceux qui constituent l'écorce de notre planète. Le géologue, grâce à la lumineuse théorie de Thurmann (1) et aux travaux de ses nombreux disciples , peut lire du fond des combes jusqu'au sommet des crets , l'his-* toire de tous ces terrains et faire chaque jour dans les nombreux fossiles qu'ils renferment, des découvertes toujours nouvelles sur la vie animale dans ces antiques époques de la Création.

Le botaniste rencontre aux diverses altitudes qu'il parcourt des flores variées dont il peut étudier les lois géographiques dans le climat et dans les caractères mêmes du sol. C'est ce qu'a entrepris avec bonheur un de nos collègues auquel la presse scientifique a accordé le juste tribut d'éloges que mérite son Enumération des j^lantes vasculaires (2) du Pays de Montbé^ liard, tout en félicitant notre contrée d'avoir un aussi bon histCH rien botaniste.

L'artiste trouvera dans l'aspect des cluses profondes dominées par les rochers abruptes ou dans les verts pâturages tachetés de bouquets d'épicéas, les couleurs d'un paysage essentiellement jurassique.

Et comme si dans nos montagnes, tout devait revêtir un

(1) Essai sur les Soulèvements Jurassiques par M. J- Tburmano. Ci) Enumération des Plantes vasculaires du pays de Montbéliard par M. Contejean.

i^Factère propre et original, une industrie spéciale s'y est dé-^ veloppée et occupe aujourd'hui une grande partie de la popula^iion qui les habite. Pénétrez dans la plus belle habitation comme 4ans la plus humble chaumière, partout vous verrez auprès des fenêtres l'établi , le tour et les outils de l'horioger et la famille entière travaillant aux pièces variées de la montre. Comment cette industrie délicate s'est-elle développée dans le Jura ? C'est qu'elle a trouvé chez ses habitants toutes les aptitudes nécessaires à ce développement même. Le goût et rintelligenee d'ingénieux mécanismes , l'habileté manuelle pour les exécuter et enfin le besoin indispensable d'un travail captivant pour oc- . cuper de longs hivers. Sur le Haut Jura en effet , l'hiver commence de bonne heure, le froid est rigoureux et comme à St- Pétersbourg le thermomètre descend en moyenne à ii^ au dessous de 0. L'amoncellement des neiges se joint au froid pour obliger les habitants à une séquestration complète dans leurs demeures. Voici comment s'exprime à ce sujet M. Dubois dans ses lettres sur l'horlogerie : (1) « Cette neige, qui dans les « montagnes du Jura , couvre la terre pendant six ou sept mois « de l'année , est très certainement une des causes qui ont « produit tant de bons horlogers dans les cantons de Yaud et « de Neuchatel, qui les ont fait patients, laborieux, adroits « et d'une intelligence remarquable. En effet, lorsque la nei- « ge, comme un immense linceul blanc, s'étend sur toutes « les vallées que l'œil peut embrasser, recouvre les habitations « des hommes, les hautes bruyères, les forêts de pins, les « rivières solidifiées par le froid ; quand le silence profond, « universel dans ces contrées ne peut être interrompu ni par le « pied de l'homme, ni par le roidement des voitures, ni mê- « mé par ces mille cris confus des revendeurs, qui, dans la « plupart de nos villes, assourdissent les habitants ; quand, « enfin les travailleurs emprisonnés dans leurs demeures , « peuvent à peine se frayer un passage à travers la neige , pour « pouvoir se procurer les (^jets d'une absolue nécessité, que « leur reste-tril pour se distraire, pour conjurer l'ennui? « rien, absolument rien... que le travail, et le travail peu- « à-peu devient un besoin impérieux, indispensable.»

« Aussi , que de prodiges en horlogerie s accomplissent dans « ces vallées si solitaires en apparence, et si peuplées en réa-

(1) M. L. Dubois est un horloger de Paris très érudit qui a publié danf la Patrie des lettres charmantes sur les fabriques d'horlogerie de la Suisse /d de la France.

« lité! Combien d'idées ingénieuses, grandes peut-^tre vont « germer dans le cerveau des travailleurs dont les bras sont « toujours prêts pour réxécution; Tun inventera de mystérieux « petits outils qui abrègent ou perfectionnent le travail ; Tautre « trouvera un procédé nouveau propre à polir mieux et plus « promptement le cui\Te ou Tacier, ou bien un meilleur sys- « tème d'encliquetage pour le remontage des montres ; tel « autre enfin prenant des routes {dus élevées , trouvera le « moyen d'imiter les différents genres de montres des Indiens <« et des habitants du Céleste^Empire , et bientôt les navires « européens emporteront dans les mers de la Chine et du « Japon l'horlogerie des vallées du Jura, transformée en hor-* « logerie chinoise, japonaise, etc; et les Suisses auront con* « quis par là de nouveaux comptoirs, lesquels deviendront pour « eux des sources intarissaUes de richesses. »

« Voilà, ce que produit ce travail qui se poursuit dans un « silence profond et solennel. Le labeur du jour est d'ailleurs « trop peu pour l'ouvrier des montagnes ; aussi dès que le cré- « puscide assombrira la campagne , on verra la lampe de l'hor- « loger briller comme une étoile à toutes les croisées des mai- « sons, depuis le rez^e-chaussée jusqu'aux mansardes, et là, « souvent jusque bien avant dans la nuit, les travaux chrono- « métriques se poursuivront. Dans ces petites manufactures « domestiques, les femmes ne restent pas oisives; elles aident « leurs maris dans leur besogne journalière, et les enfants eux^ « mêmes apprennent de bonne heure l'art qui devra les rendre « libres et qui leur procurera l'aisance et le bonheur, suite natu- « relie d'un labeur intelligent. » (1)

Quel fut le berceau de l'horiogerie du Jura ? L'histoire raconte que dans la Vallée de la Sagne vivait à la fin du 1 7"* siècle , un pauvre paysan qui voyant par hazard une montre, en étudia le mécanisme, et s'appliqua à en exécuter lui-même une semblable. Il réussit dans sa tentative, construisit plusieurs autres montres, eut bientôt des apprentis qui l'aidèrent dans son travail ; son exemple trouva de nombreux imitateurs et peu-à-peu la £ad)rication de la montre se répandit dans les autres vallées du Jura. Aujourd'hui, dans ce moment même, unesouscrip^ tion se couvre de signatures pour élever une statue et perpétuer ainsi le souvenir de Daniel Jean Richard de la Sape, qui premier horloger de ces hautes vallées ouvrit à ses concitoyens ■ ' ' ■ ' ' ■ ■ ' ■ ' " ■ ' ■ ■ j —

Cl) Dubois. Lettres sur Thorlogerie 185S.

cette voie dans laquelle ils sont entrés et où ils ont trouvé travail et richesse.

Bientôt Tédit de Nantes, si fatal à la France, vint favoriser Textension de la fabrication de l'horlogerie dans les cantons suisses, car à cette époque un grand nombre de réfugiés protestants fuyant la persécution, s établirent sur le Jura, le long de la frontière française et apportèrent à l'industrie naissante de ces montagnes , le concours de leurs lumières, de leur argent et de leurs relations.

Nous allons essayer de retracer la situation actuelle de Findustrie horlogère dans nos montagnes en vous présentant quelques tableaux statistiques de la population nombreuse qu'elle occupe et des quantité fabuleuses démontres, de pendules, de boites à musique, etc. qu'elle livre au commerce du monde entier.

Le Jura horloger commence au massif du Weissenstein et finit à la fracture au fond de laquelle coule le Rhône. La frontière française et suisse court le long de la Chaîne et la divise en Jura oriental et en Jura occidental.

Cette chaîne est composée d'une succession de vallées longitudinales d'altitudes différentes dans lesquelles la population horlogère se trouve ou dispersée ou grouppée. Les centres principaux sont Genève , La Chaux-de-Fonds , Le Locle et Besançon. Partout où elle n'est pas agglomérée dans des villes , elle occupe les villages, les hameaux, les fermes isolées des Vais de Travers, deRuz, delaSagne, deSt-Imier, deTavannes, de Houtiers, du Pays de Montbéliard ; elle s'est établie aux Brenets, aux Franches Montapes, àS'^'^roix, autour du Lac de Joux, et jusqu'au pied du MontrBlanc, à Cluse en Savoie ; elle s'étend à Bienne , à Porrentruy , à Soleure , à Morat, et dans plusieurs villes du pied du Jura où des municipalités intelligentes et des citoyens dévoués s'efforcent d'améliorer le sort du peuple en procurant aux ouvriers un travail utile et lucratif.

On compte en Europe à peu-près 60,000 ouvriers horlogers parlant français, S0,000 en Suisse, 4,000 enBelgique, 2,000 en Savoie , le reste en France.

On fabrique dans le Jura les montres , les pendules , les horloges monumentales, les boites à musique et enfin un grand nombre d'articles qui rentrent dans le même genre de fabrication , tels que les mouvements de Lampes, de toumebroches, letc. Occupons-nous d'abord de la montre.

Voici quelques données historiques que nous avons puisées dans tpus les ouvrages qui traitent de la matière et surtout dans ceux de BIM. Hoinnet et Dubois. Nous avons pensé que ces données pourn^ient intéresser quelques personnes dans un pajsonles travaux de ThorljOgerie sont si répandus.

Gerbert d'AurilJac , plus connu sous le nom du pape Sylvestre II , imagina au onzième siècle , le système des poids pour produire dans les horloges un mouvement de rotation nécessaire à la marche des mobiles , mouvement qu'il régularisa au moyen de Féchappement ; mais ce qe fut que plus tard sous le règne de Charles VII que Ton appliqua aux horioges un ressort comme moteur ; une fois le ressort trouvé on eut l'idée de construire de petites horloges ou pendules, et enfin la montre qui p'est qu'une horloge portative. Les premières montres parurent vers la fin du XV"*" siècle , elles étaient naturellement fort grosses , et on ne pouvait les porter ni au cou ni dans la poche ; elles restaient en place dans les appartements ; mais on pouvait , sans nuire à leur marche , les transporter facilement d'un lieu à un autre. Louis XI possédait une montre de cette sorte ; elle était placée sur une table, dans son cabinet de travail , où elle faisait l'admiration des courtisans , si bien qu'un jour l'un d'eux tenta de se l'approprier par un vol. Le roi s'en étant aperçu , fit arrêter le personnage , qui pouvait fort bien payer de sa tête l'action honteuse qu'il avait commise ; mais l'histoire constate que Louis XI lui pardonna.

Au commencemeqt du lô"" siècle quelques montres, fabriquées en Italie et en Allemagne, étaient déjà fort petites relativement aux anciennes. A l'époque de François 1**" et sous le pontificat de Léon X , eBes devinrent des objets d'art d'un grand prix , ainsi que les petites horloges portatives. A cette époque , si grande dans l'histoire , les plus illustres personnages , tels que CharlesrQuint , Henri VIII, François P', Paker, archevêque de Cantorbéry ; Richard, évêque d'Ely; Guid'Ubaldo délia Rovere, Maximilien d'Autriche, etc. possédaient des montres admirablement belles. Charies-Quint fit plus que de s'intéresser à l'horlogerie : il aima passionnément cette belle science. On sait, en effet, qu'après avoir déposé volontairement la couronne impériale, ce prince, voulant terniiner sa vie dans la retraite , trouva dans son goût pour )e$

arts mécaniques ua secours assuré contre les ennuis résultant de la monotonie du cloître. Il engagea Jannellus Turianus , uu des plus grands mathématiciens de son époque , à venir habiter avec lui le couvent de Saint-Just ; et là , ces deux hommes, célèbres à divers titres, composèrent des pièces mécaniques fort curieuses , dont les effets surprenants émerveillèrent les religieux du monastère.

Turianus et son illustre émule construisirent successivement de grosses montres à quantième et à réveil-matin, des horloges portatives à automates , etc. Charles-Quint se fut trouvé heureux s*il eût pu parvenir à les régler simultanément ; mais quelles que fussent les peines qu'il se donnait , il gémissait, dit-on , de voir chacune de ces horloges varier plus ou moins et sonner la même heure à quelques minutes d'intervalle. Le vainqueur de François !•' , et le plus profond politique du 16*"" siècle, tentait en effet l'impossible. On faisait, à son époque, des pièces d'horlogerie merveilleusement travaillées ; mais il n'était donné à personne de les faire marcher sans perturbation. Galilée ne vivait pas encore ! Huyghens n'avait pas appliqué le ressort-spiral au balancier des montres !

Sous les règnes de Charles IX et de Henri III , les ouvriers de Nuremberg en Allemagne se distinguèrent dans la construction des montres portatives , on cite surtout Peters Héle ; ils en faisaient de diverses grandeurs , en forme de gland , de coquille, plates, en bague ; les plus ordinaires , de forme ovale ou d'amande, étaient nommées, des œufs de Nuremberg. Vers cette époque , il en fut exécuté à Venise de pareilles , et dont les boites étaient ornées de ciselures et d'émaux de couleur. Le moteur de ces petites machines portatives était un ressort d'acier plié en spirale, dont l'invention pouvait être du commencement du XVP siècle. Une première roue dentée adaptée au barillet transmettait l'action du ressort au reste du rouage. Cette action étant beaucoup plus grande dans le haut de la ten^ sion du ressort, les Allemands y appliquèrent une espèce de courbe nommée dans leur langue Stackfreed , remontant un ressort droit qui s'opposait à l'action du ressort moteur dans le haut de sa bande , et augmentait cette action vers le bas. Ce moyen fut bientôt remplacé par l'invention encore plus ingénieuse et savante de la fusée dont l'auteur est inconnu, et pour laquelle on employa d'abord une corde fine de boyau avant Tusage de la chaîne d'acier qui fut inventée par Clouet , horloger de Genève au 17"" siècle. Ces chaînes de fusée sont

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formées de petites maiDes en acier , rivées les unes à la suite des autres.

Pendant les règnes de Henri IV et de Louis XIII le perfec^ iionnement de la montre fit peu de progrès ; mais sous celui de Louis XIV, d*beureuses applications aux rouages des montres modifiéreitf déjà beaucoup ces utiles machines. Galilée avait découvert les lois du pendule et Huygfaens appliquait au balancier de la montre )e petit ressort courbé en spirale qui en régularise les vibrations. La première idée de cette application fut revendiquée parle docteur Hook, professeur d'astronomie au collège de Gresham et membre de la société royale de Lonr dres, en 1661, ainsi queparTabbé HautefeuiUe en France; mais l'idée du premier était un ressort droit , et celle du second un ressort placé dans la même direction^ et plié en ondes sur sa longijieur. Huyghens perfectionna tout-àrcoup ces deux idées informes et même défectueuses sous certains rapports, en donnant à son ressort la forme spirale répétée par plusieurs tours , la seule parfaitement convenable , et qui a toujours été conservée jusqu'à présent dans les meilleures pièces à l'usage

Pour régulariser dans la montre le mouvement de rotation obtenu parle ressort placé dans le barillet, on a imaginé tout un mécanisme nommé échappement qui fait communiquer en le modérant , le mouvement des rouages avec celui du balaiH cier et du ressort spiral. L'échappement dit à roue de rencontre ou à palettes était le seul connu du temps d'Huyghens. Clément, horloger de Londres, lui «ibstitua le premier échappement dit à ancre.

Grafaam , horioger anglais qui naquit en 1674 , est l'inventeur de l'échappement à cylindre , employé aujourd'hui assez généralement dans les bonnes montres àl'usage civil.

Une addition utile que la montre reçut en 1676 , fut la répétition des heures à volonté sur un timbre, pour l'usage nocturne, et l'équation du temps. La première r^p^tition fut inventée concurremment par Barlow et Quarre et exécutée par Torapion.

Les montres de l'époque de Louis XIV avaient la forme d'une boule aplatie. Elles étaient en or, en argent ou en cuivre. Celles en or, destinées aux personnes riches, étaient couvertes de peintures sur émail. Les cadrans, que l'on faisait le plus ordmairement en or et en argent , étaient gravés avec soin ; les heures se détachaient souvent en relief sur un fond uQi oi|

ciselé. Les t)eintures intérieures ou extérieures de ces môlitfes représentaient presque toujours des sujets pieux , que les ar^ listes empruntaient aux tableaux de Léonard de Vinci, de Raphaël I du Pérugin, d'André del Sarte^ de Lesueur, de Lebrun » de Migtiard , etc. Les montres eu argent , destinées aux personnes de la haute bourgeoisie ^ étaient unies ou gravées ; souvent aussi on les décorait de figures sculptées en relief. Quand aux montres en cuivre, elles étalent fort épaisses et d*une rotondité presque complète ; celles-ci étaient fort rê^ pandues dans la classe des marchands, au barreau et généra-* iement daiis la petite bourgeoisie<

Pendant le 18°''' siècle le mécanisme dés montres continua à faire des progrès. Julieù Le Roy eut l'idée de faire servir les lois de h cohésion des fluides à fixer l'huile aux pivots des roues et du balancier des montres , et par là , de diminuer considé^ rablementrusUre et le frottement des parties^ En 1700, Facio, horloger de Genève, eut l'idée d'employer des rubis percés pour les pivots des mobiles de la montre^ Ce système fut bientôt généralement adopté.

Sous les règnes de Louis XV et de Lotiis XYt , les montrer se répandirent de plus en plus en France ; celles en or étaient presque toutes ornées de sujets ciselés, qui , se détachant en relief sur le fond des boites, représentaient des fruits, deâ guirlandes de fleurs , etc< Parfois aussi ces boites étaient en-> tourées de diamants ou de perles fines. Les aiguilles qui marquaient les heures et les minutes étaient souvent parsemées de petites fôseâ.

Le 18°^ siècle fut l'époque de grandes découvertes en horlo-' gerie. — Ce fut en dfet alors que Ton inventa une quantité d'outils machines et que l'on perfectionna le mécanisme des montres^ Les échappements attirèrent surtout ^attention des horlogers ; nous avons déjà cité ceux à roue de rencontre, à cylindre et à ancre, nous menticmnerons encore V échappement duplex inventé vers le milieu du siècle par Pierre Le Roy ainsi que celui k.déténte à ressort i l'échappement à virgule bientôt abandonné ; V échappement à double virgule inventé par Beau^ marchais (Caron fils) en 4783 ; l'échappement libre à force constante ; l'échappement à détente à ressort construit par Pierre Le Roy en 1748 et modifié par Arnold; etc. Enfin c'est encore pendtet lô 18"** siècle que l'on fit pour la première fois des montres à secondes indépendantes, à équation et des montres marineSé

— cependant le séjour de Voltaire à Femey , il se fonda dans cette petite ville , une colonie d'horlogers fugitifs à la suite de quelques troubles delà république voisine. Parmi ces horlogers se distinguait la famille Lépine qui la première construisit des montres plates, à boites simples et unies, où le mouvement était établi sur une seule plathie et aux quelles on adapta l'échappement à virgule d'abord , puis ensuite féchappement à cylindre lequel déjà connu depuis 1720 était encore peu employé* Un des membres de la famille Lépine vint s'établir à Paris et y tint le dépôt des ouvrages de Femey , fort goûtés des amateurs et vendus à un prix élevés , ils procurèrent une brillante fortune à leurs auteurs. Ces montres nouvelles furent dès lors connues sous le nom de calibre Lépine. Ce calibre fut ensuite adopté définitivement par Bréguet qui y apporta de nombreuses et heureuses modifications.

Pendant le commencement du 10'"'' siècle l'horlogerie conti* nua à marcher dans la voie des inventions. Abraham Bréguet imagina les montres à masse qui se remontent d'elles-mêmes par l'effet des petites secousses qu'elles éprouvent en les portant. Bréguet est aussi l'inventeur des montres dites sympathiques, de l'échappement à hélice, de celui à double balancier et de celui à tourbillon, n perfectionna les chronomètres de poche, simples ou à répétition , à quantièmes, etc. Plusieurs autres horlogers en s'occupant du mécanisme de la montre ont découvert les uns des échappements nouveaux tels que ceux à cheviUe, k patte d'écrevisse, k surprise etc; les autres des modifications aux anciens ; ceux-là des montres qui se remontent sans clef. Enfin chaque partie de la montre a été étudiée , perfectionnée de mille manières différentes, de là cette immense variété de calibres sur lesquels nous aurons occasion de revenir plus loin.

Aujourd'hui la montre est entrée dans le domaine de la grande exploitation industrielle qui s'attache surtout à produire beaucoup et à bon marché, remarquable tendance, suite nécessaire des idées démocratiques de notre époque ! Le mot montre vient suivant les uns du mot latin monstrum

S)rodige) et suivant les autres du verbe montrer. Peu importe u reste à cette ingénieuse petite machine l'origine du nom qu'on lui donne. Dans sa construction , il a fallut d'abord chercher à produire un mouvement uniforme , on y est parvenu en partie du moins par le mécanisme suivant : le moteur des rouages de la montre est un ressort ou lame d'acier mince,

trè&-flèxible, très^lastique qui s'enroule au moyen de la clef autour d'un axe ou arbre , auquel il tient par une de ses extrémités ; puis abandonné à lui-même ce ressort se déroule peuà-peu et communique alors un mouvement de rotation au tambour dans lequel il est placé et fixé par son autre extrémité. Ce tambour nommé barillet est denté et engrène avec une autre roue dentée plus petite ou pignon qui est fixé sur un arbre portant la roue de grande moyenne ; les dents de cette roue engrène avec les ailes du pignon qui est porté par l'arbre de la roue de petite moyenne ; celle-ci engrène avec le pipon de l'arbre de là roue de champ qui enfin communique U mouvement au pignon de la roue d'échappement et la roue d'échappement est mise en rapport avec le balander par l'un des mécanismes dont nous parlerons plus loin. Mais le mouvement de rotation de tous les mobiles a besoin d'être régularisé. Le ré^ gulateur dans la montre est une roue métallique ou volant « nommé balancier et qui reçoit du ressort spiral inventé par Huyghens^ un mouvement d'oscillation semblable à celui du pendule.

L'échappement est un mécanisme au moyen duquel le roua^ ge est mis en rapport avec le régulateur , de manière que les oscillations du balancier arrêtent le mouvement irrégulier du rouage et lui impriment une marche intermittente ; il en résulte que les aipillesqui servent à marquer le temps sur le cadran , au lieu de tourner avec continuité , ne marchent que par saccades , mais la quantité dont elles se déplacent à chaque fois est si faible que leur marche présente, en définitive, les apparences d'un mouvement continu extrêmement lent. Ajoutons encore que dans son mouvement progressif , le rouage restitue au régulateur la force qu'il avait perdue pendant sa vibration ou son oscillation précédente. Les échappements les plus généralement répandus sont : l'échappement à roue de rencontre, Téchai^ment à cylindre, celui à ancre ^ le duplex et Yéchappement libre à détente-ressort. (Voyez planche V.)

V échappement à roue de rencontre , le plus anciennement employé et dont l'auteur est resté ignoré, est celui de ces grosses montres nommées vulgairement osufs de Nuremberg , ognms, cloclos, et qui établies à très-bas prix ne se vendent plus guères que dans les campapes ; c'est un échappement à recul, parcequ'il fait rétrograder le rouage à toutes les oscmartions ; il est composé d'une roue dentée , dite roue de rencontre, dont les dents viennent alternativement choquer les deux

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palettes que porte ïaxe du balancier. Cet écHappement est placé dans un petit appareil composé de la potence et de la contr&fotence entre les ienx platines. Dans ce genre de montre, le barillet n'a pas de denture, mais son mouvement de rotation est communiqué au moyen d*une petite chaîne à une pièce conique nommée fusée ; la fusée a une denture qui engrène avec le mobile suivant et communique le mouvement à tout le reste du rouage. (Voyez la Planche I).

Les échappements à cylindre et à ancre sont ceux que Ton emploie le plus habituellement dans les montres Lépine , façon Bréguet, ainsi que dans les montres *U platine , */« pi«tine, calibre S. Véchappement à cylindre inventé par Graham en 1720 , ne fut connu en France qu'en 4724 , c'est un échappement à repos , parcequ'il arrête l'action du rouage pendant chaque oscillation. Cet échappement est très simple, il se compose d'une roue dont les dents viennent alternativement buter contre la face extérieure et intérieure du cylindre ou axe du balancier éviàé et échancrédans une partie de son étendue

Véchappement duplex s'emploie dans les montres dites à la Jacot ainsi que dans certaines montres chinoises.

Pierre Leroy est l'auteur de Véchappement Ubre. Arnold en perfectionna la construction et dota l'horlogerie de Véchappement libre à détente à ressort universellement adopté pour les chronomètres et les montres marines. Dans cet échappement à vibrations libres , le balancier ou régulateur achève librement et sans aucun contact une vibration entière ou une oscillation, pendant que le dernier mobile du rouage reste arrêté sur une détente indépendante du régulateur. Le mécanisme de la montre comprend encore plusieurs petits appareils fort ingénieux tels que :

Vencliquetage composé à'nne roue à rochet, d'une masse, d'un ressort et dont le but est de permettre de remonter le ressort-moteur sans faire rétrograder le rouage et les aiguilles.

Varrêtage composé du doigt et de la croix de Malte sert à arrêter la clef quand le ressort est suffisamment tendu.

Un autre appareil placé sous le cadran et composé de roues à canon, à renvoi, de la chaussée, etc., permet de faire exécuter aux aiguilles des heures et des minutes le nombre de tours nécessaire à l'indication des divisions du temps.

Nous n'avons pas la prétention de faire ici un cours d'horl(h gerie, nous avons voulu seulement rappeler à nos lecteurs les

termes les plus employés chez les ouvriers du Jura. Quant aux détails techniques , c'est dans les ouvrages spéciaux qu'il faut les chercher , de même ce n'est que chez quelques horlogers délite , malheureusement chaque jour plus rares , qu'il faut aller admirer des chefs d'œuvre de mécanisme. Mais ces pièces remarquables ne font plus partie de la marchandise courante tefle qu'elle se fabrique dans le Jura , c'est de cette industrie seulement dont nous voulons parler , heureux si nous pouvons en faire saisir l'ensemble.

Deux systèmes de construction partagent donc aujourd'hui les horlogers dans l'exécution des montres. Le plus ancien se distingue par une cage composée de deux platines soutenues à une distance déterminée par quatre piliers également élevée , entre lesquels sont renfermées toutes les roues et les autres pièces qui constituent la machine entière c'est la montre à ^ platines, à roue de rencontre. Ce premier système a reçu de notables améliorations de la part de Ferdinand Berthoud , qui, dans son Essai sur l'Horlogerie, n'a rien laissé à désirer sur la parfaite exécution de cette montre. Voir Planche 1 .

Le second système appartient à Lépine qui en a eu la première idée , mais il doit ses plus grands perfectionnements à Bréguet ; aussi les montres construites d'après ce système sontelles désignées sous le nom de Calibre JLépine, façon Bréguet, Dans ce genre de montre on n'emploie qu'une seule platine et on supplée à la seconde par des ponts fixés avec des vis. Le rouage n'a pas de ftLsée ^V^ échappement est à cylindre ou à ancre. Voir Planche 2.

Les montres qu'on nomme à la demi-Bréguet sont construites sur le même calibre ; eUes ne diffèrent que par la forme du pont qui porte le barillet.

L'exécution de tout le mécanisme de la montre exige un grand nombre de pièces délicates que l'on est arrivé à faire à trèsr-bas prix et en quantités considérables par l'emploi de machinesoutils et par une division de travail surprenante , c'est ainsi par exemple qu'une simple montre ordinaire passe avant d'être finie entre les mains de plusieurs centaines d'ouvriers !

Pour faire une montre , l'établisseur ou fabricant commande d'abord l'ébauche de cette montre. (Voyez Planches Seti.)

L'ébauche comprend les pièces suivantes : le barillet ^ son encliquetage et arrêtage , les ponts , les roues , le coq , la raquette, le chariot, la barette, montées avec des vis sur une platine , pour la montre à système Lépine.

LebariUet, lafuséeetsonencliquetage, la potence, contre-potence, gardcH^haine y poussoir et son ressort, coq, co^ queret, coulisse, râteau, roues, barettes, disposés entre deux platines fOur h mouire à rou^ de rencontre. Vébauche en style de commerce s'appelle un blanc, L'établisseur envoie cette ébauche au finisseur qui en retouche toutes les pièces pour les ébarber et les adoucir soigneusement ; met en cage les roues et les pignons et les fait jouer après avoir arrondi les dents des engrenages , pivoté , planté et fait engrener les roues avec les pignons jusqu à Téchappement qui forme une partie distincte ; il fixe les barrettes avec les

f)Iatines et rend libres le barrillet et son arrétage. Enfin il livre 'ébauche amenée à l'état de blanc roulant.

Ce blam roulant est ensuite donné au pUinteur d'échappement qui pose Y échappement. Cette opération est certainement ce qu*il y a de plus difficile , d*abord par la petitesse des pivots et la délicatesse des pièces , et ensuite par la grande justesse que doit avoir le mécanisme.

L'établisseur achète le ressort moteur , les aiguilks, le cadran et toutes les autres pièces détachées qui se font chacune dans des ateliers spéciaux , et les remet au repasseur et remonteur qui repasse les pièces , pose le cadran et le rouage des aiguilles placé dessous, le ressort du barillet, et fait jouer tout le mouvement qu'il livre à l'état de blanc-marchatid au régleur qui pose le spiral et régularise définitivement la marche des ressorts , des rouages et des aiguilles.

Enfin le monteur de boites fixe le mécanisme dans une boite d'or ou d'argent.

L'établisseur ou fabricant de montres qui réellement ne fabrique rien , s'occupe donc uniquement de réunir tous les organes de la montre pour les faire achever et monter successivement par des ouvriers qui ont chacun leur spécialité de travail ; l'établisseur est plutôt un négociant , dont vous chercheriez en vain la fabrique qui n'existe pas ou mieux qui est partout.

Il y a par contre des fabriques où Ton ne fait que des ébauches , d'autres que des finissages ou seulement le cadran , ou le ressort, ou les aiguilles, etc...

Enfin il y a tout un peuple d'ouvriers doreurs, émailleurs , peintres en cadrans, faiseurs de secrets, graveurs, guillocheurs, sertissejurs, pierristes, polisseurs, etc. etc. La grande divisibilité du travail d'horlogerie permet d'occuper des

populations entières, pères, mères, enfants, surtout quand on fabrique des milliers de montres par année.

Le mécanisme des montres présente des dispositions variées. D*abord l'uniformité du mouvement avait été obtenue , comme nous l'avons déjà dit, au moyen du système de la fusée et de Téchappement dit à roue de rencontre. Dans ce genre de montre , le balancier est placé dans un appareil particulier nommé dessus. Le dessus comprend plusieurs pièces, le coq, le coqueret, la coulisse, le râteau, le rossÙlon et son carré ,' eic, ces pièces sont arrangées de diverses manières et composent ' des dessus différents suivant les goûts des différents peuples, c'est ainsi qu'il y a des dessus américains, anglais, suédois, espagnols, hollandais, français, etc..

Les montres Lépine façon Bréguet qui ont détrôné les montres à roue de rencontre ont un barillet sans fusée et un échappement le plus ordinairement à cylindre ou à ancre ; les mobiles sont maintenus par des ponts qui remplacent la seconde platine ; le balancier est soutenu par un coq et raquette placés sur le même plan que tout le rouage, ce qui change la forme de la montre qui n est plus haute comme la montre à roue de rencontre mais beaucoup plus mince ; on était même arrivé à en faire d'extraordinairement plates, mais on a reconnu que cela ne convenait pas à un bon mécanisme.

y a des montres construites d'après le même système que les Lépine , seulement au lieu de ponts on a conservé la seconde platine ou seulement la moitié ou le quart de cette seconde platine.

On a aussi combiné divers mécanismes de manière à produire une sonnerie ou répétition sur un timbre ; on a placé dans la montre plusieurs moteurs (ressorts dans leurs barillets) et plusieurs rouages qui font marcher plusieurs aiguilles indépendantes les unes des autres ; on a inventé un système pour remonter la montre sans clé , en tournant de gauche à droite une rondelle mobile , placée à re:ctrémité de la queue de la montre ; on a des montres qui marchent huit jours ; d'autres qui indiauent les années, les mois, les jours; etc. 11 serait trop long d énumérer toutes les combinaisons plus ou moins utiles , plus ou moins intéressantes que l'imagination des inventeurs s est phi à créer et à compliquer les machines qui nous sentent à mesurer le temps si précieux à une époque de chemins de fer et de grande vitesse comme la nôtre.

L'art de l'ornementation des montres est poussé très-loin.

on découpe , on festonne les ponts , les platines avec beaucoup de délicatesse et d'élégance ; le graveur , le doreur viennent ensuite donner le dernier cachet à ces décorations charmantes. Les montres chinoises sont surtout fort curieuses par l'originalité des ornements dont elles sont revêtues. « La plupart des pièces de leur mouvement , dit M. Dubois , sont en acier poli , damasquiné, gravé, ciselé et capricieusement découpé. Les boites sont aussi fort originalement ornées, et^ par la glace qui remplace ordinairement dans ces montres la pièce que Ton ' nomme la cuvette , on peut voir fonctionner tout le mécanisme intérieur. » Ce qu'il y a en outre de singulier, c'est que les Chinois portent deux montres au lieu d'une , souvent elles ne marquent pas la même heure , mais les Chinois n'y regardent pas de si près, l'exacte mesure du temps n'est pas pour eux d'une nécessité absolue Nous avons dit que pour faire une montre , on commençait

I)ar faire l'ébauche. Autrefois toutes les ébauches se faisaient à a main par des ouvriers travaiUant chez eux , aujourd'hui il y a plusieurs grands établissements où les ébauches de montres se font par des procédés mécaniques sur une grande échelle.

Les ébauches sont en laiton le plus habituellement ; depuis quelques temps la mode semble se porter sur le nickel. Pour faire de bonnes ébauches , il faut employer du laiton bien allié dans les proportions voulues , laminé et martiné avec soin. La Maison Oswald et Yamot de Massevaux dans le Haut-Rhin, jouit d'une juste réputation pour son excellent laiton.

Les fabriques qui s'occupent spécialement des ébauches sont celles de Beaucourt , de Seloncourt , de Fontaine-Melon , de la Vallée du Lac de Joux , de Genève , de Sonceboz , Lagrange , Malleray , Moutiers , Reconvilliers , Courtailloud , et du Val de Travers.

L'établissement de Beaucourt , placé sur les derniers gradins du Jura sur les limites du département du Haut-Rhin et de la Suisse, fut fondé en 1770, par Frédéric Japy , fils d'un maréchal de village, lequel, après avoir été travailler, comme apprenti, pendant deux ans, chez un habile horloger du Locle nommé Perrelet , revint à Beaucourt son endroit natal où il forma quelques ouvriers, et établit un petit atelier chez son père. Comme il avait le génie de son art et un grand zèle pour le travail, le nombre de ses ouvriers augmenta promptement, et le local qu'il avait d'abord choisi devint bientôt insufiisant

pour ses projets. Il quitta donc Beaucourt avec les travailleuRi qu'il avait formés et vint s'établir à Grange-la-Dame près de Montbéliard, d'où après un séjour de deux ans, il revint de nouveau à Beaucourt. 11 par\ int , à force d'économie et de travail , à faire construire un bâtiment contenant des ateliers et l'emplacement nécessaire pour loger sa nombreuse famille qui se composa bientôt de seize enfants. Les besoins que nécessitaient une aussi lourde charge forcèrent Frédéric Japy à employer toutes les ressources de son esprit industrieux. Il inventa des imachines pour confectionner habilement et à bon marché les ébauches de montre. Son établissement se fit bientôt connaître par ses bons produits , et prit peu-à-peu une très-grande extension. En 1806, Frédéric Japy partagea ses avoirs entre ses enfants et plaça ses fils à la tête de son industrie horlogère. Alors commença cette société si connue dans le monde industriel sous le nom de Japy frères. Lors de l'invasion ennemie de 1815, la manufacture de Beaucourt fut réduite en cendres, les outils, les machiaes, les matières premières et les produits manufacturés furent anéantis. Ce sinistre n'ébranla pas le courage des frères Japy et dans l'espace de huit mois, Beaucourt fut reconstruit sur une échelle plus large encore qu'auparavant : de nouvelles et plus puissantes machines prirent place là où les premières avaient fonctionné pendant si long- temps.

Pendant bien des années on ne fabriqua à Beaucourt que les ébauches ordinaires à deux platines ou à roue de rencontre. C'est après 1830 que l'on y joignit la fabrication des ébauches Lépine.

En 1857 Beaucourt a fabriqué et livré au commerce : 640, 416 Ebauches de montres, dont 335001 ébauches système Lépine et 305412 à deux platines et à roue de rencontre.

Le nombre d'ouvriers employés à cette fabrication spéciale est de plus de 1000.

Ces chiffres si considérables nous rappellent les modestes débuts dont se plaisait à nous entretenir M. Fritz Japy. Dans sa jeunesse, nous disait-il, c'était lui que son père chargeait d'aller à pied , une petite sacoche sur le dos, vendre en Suisse les produits de l'industrie de Beaucourt !

L'industrie horlogère est en possession de nombreux procédés mécaniques et à ce titre la fabrique de MM. Japy frères occupe sans contredit le premier rang. Dans leurs vastes ateliers on voit fonctionner des découpoirs , des tours à burins fixes , fies machines automates pour tailler les dents des roues et les

ailes des pignons, des machines à ébaucher, à pivoter, à polir et à faire les carrés des arbres, des tours à tarauder, fendre, rouler les vis, toutes les machines les plus ingénieuses de Tart de rhorlogerie et dont la plupart ont été inventées par MM. Japy.

H. Ingénu Japy qui avait hérité du génie de ses pères a construit les machines automates pour tailler les ailes des pignons, un va-et-^ient pour les polir , la machine à tourner les doigts, apercer, des machines à ^fraucA^, h pivoter, h polir les arbres et une quantité d'autres appareils qui ont apporté de grandes améliorations dans la fabrication. Il a perfectionné les calibres des ébauches, inventé des encliquetages parmi lesquels nous citerons l'encliquetage J.

Sous la direction aussi habile qu'intelligente de HH. Japy , se sont formés des chefs d'atelier et des ouvriers d'élite. Il est juste de citer les Schley, Plain, Dormoy, Barbier, Cometet, Péquignot, Coulon, etc.

H. Schley , chef d'atelier a imaginé un calibre qui porte son nom (Voyez Planche 9) ; l'encliquetage B noyé ; il a avec son neveu Fritz apporté des perfectionnements heureux aux machines à pivoter.

Le festonnage des ébauches est exécuté avec un rare talent par Cornetet.

Tout concourt en un mot pour assurer aux produits de Beaucourt , calibres courants , une réputation justement méritée.

Après Beaucourt , c'est la fabrique de Fontaine-Melon , dans le Valde Ruz, appartenant à Messieurs Robert , qui produit le plus d'ébauches. Cet établissement fut fondé en 1815 à la suite de l'incendie de Beaucourt. En 1857 , MM. Robert ont livré au commerce 259,^00 ébauches de montres ; ils emploient 500 ouvriers. (1) Ils font tous les genres d'ébauches ainsi que les finissages.

L'établissement qui par son importance occupe le troisième rang est celui de Sonceboz. Sonceboz est un village placé près de la Pierre-Pertuis , à l'entrecroisement des routes de Bâle à Bienneetde la Chaux-de-Fonds, il possède une bonne fabrique d'ébauches fondée en 1838 à Corgémont par MM. Rosselet et

(I) C'est avec beaucoup de peine que nous nous sommes procuré ces chiffres que nous croyons suffisamment exacts ainsi que les suivants pour donner une idée approximative de la fabricatioki des ébauches ; nous aocepterous du reste avec empressement toute rectification qu'on voudra bien nous faire.

Chalande et transportée à Sonceboz en 1849. Ces Messieurs s'occupent uniquement des ébauches Lépine dont ils produisent 418,200 par année avec 200 ouvriers.

La fabrication des ébauches s*était beaucoup étendue durant ces dernières années dans les cluses pittoresques du Jura , mais plusieurs des fabriques qui s*y étaient montées ont déjà succombé sous la concurrence. Celles qui restent produisent encore plus de 100,000 ébauches par année ; ce sont les fabriques de MM. Rossé frères, Blanchard à Malleray ; de la Société industrielle de Moutiers; de MM. Buèche, Boillat et C^ à ReconviUiers ; de M. Girard à Lagrange.

A Courtailloud , village célèbre par ses excellents vignobles, au bord du lac de Neuchatel , se trouve une petite fabrique occupant 80 ouvriers où se font environ 118S0 ébauches chiiimes par an ; ces ébauches bien faites et finies sont vendues aux établisseurs de Fleurier et de Besançon .

La fabrication des ébauches est à Genève entre les mains de plusieurs horlogers parmi lesquels nous citerons MM. Patek et Philippe, Morhardt frères , GundinaetC", Vacheron, etc... Les montres de Genève étant des pièces soignées , d*un prix très-élevé , les ébauches sont faites à la main. Les établisseurs de cette ville employent surtout les ébauches et finissages de la Vallée du Lac de Joux.

Dans le Val de Travers, MM. JaccoUet fabriquent 28800 ébauches par an qu'ils vendent en grande partie à Besançon.

« La Vallée du lac de Joux, dit M. Dubois, (1) est de toutes « les communes 4e la Suisse celle qui rend les plus grands serve viœsà Tfaorlogerie ; car c'est de cette vallée que sortent les « plus belles ébauches et les meilleurs blancs-roulants si néces- « saires pour la fabrication des montres d'une qualité supérieure. « .^Genève en fait une consommation considérable, et c'est grâce *< à l'excellence de ces produits qu'elle s'est fait une réputation * universelle. Cette vallée dans laquelle sont les villages du Sen- « tier, duBrassus, de Pont, de l'Abbaye, de Lieu, etquicon- « tientenoutre une grande quantité de hameaux, n'était, avant « le seizième siècle, qu'un désert rempli de petits lacs, defon- « drières, de marais pestilentiels et de forêts impénétrables. Ce « fut seulement en 1 554 que quelques familles allèrent s'établir k « la tête du lac, et commencèrent à défricher. Vers la fin du dix- "< septième siècle, on comptait à la Vallée plusieurs petits villages,

il) p. Dubois. Lettres sur Tborlogerie.

« et déjà les habitants devenus industrieux, fabriquaient de pe- « tites horioges en bois , puis bientôt apr^ des horloges en fer « et en laiton. En 1748 , un individu nommé S. 0. Heylan , « vint se fixer à la Vallée , dans le hameau de Chenit , et il y fa- « briqua les premières montres que Font ait \iies dans le pays. « Cette nouvelle industrie y fit des progrès rapides , notamment « pendant la révolution française, et enfin, en 1834, la Vallée « occupait déjà 600 ouvriers; aujourd'hui, on en compte plus « de 1200. KM. Audemars frères au Brassus, et M. Lecoultre au « Sentier, sont les deux fabricants qui occupent le plus d'ou- « vriers à la fabrication des ébauches de montres de tous les gen- « res, de puis les plus petites jusqu'aux plus grandes, simples « ou à répétition, à secondes fixes, à cylindre, à ancre, à « duplex, à détente à ressort ou sur pivots. » Citons encore HH. Aubert, etc.

Nous avons déjà parlé de la fabrique de Beaucourt , le Pays de Montbéliard en possède encore d'autres , ce sont celles de M. Villequieretde H. BumieràSeloncourt. M. Burnier produit 87,600 ébauches par année et H. ViHequier 21 ,600.

Nous avons cité toutes les fabliques les plus connues de mouvements de montres ; beaucoup d'établisseurs emploient cependant des ébauches qu'ils font exécuter à la main par des ouvriers spéciaux.

On peut évaluer à 1 ,500,000 le nombre des ébauches livrées au commerce en 1857 , sur cette quantité un quart est destinée à des montres en or et le reste à des montres d'argent. Les ébauches ou mieux les pièces dont eUes sont composée se font en grande partie avec des machines-outils qui en rendent t'éxécution plus régulière et moins coûteuse ; tels sont les découpoirs, les scies mécaniques, les tours à pointer, à percer, à ci'euser à burin fixe , les plates-formes propres à tailler 4es dents des roues , etc.

Aussi peut-on livrer au commerce les ébauches à des prix qui paraissent extraordinairement bas quand on considère ces petits mécanismes et qu'on en compte toutes les petites pièces si bien travaillées. Voici du reste quelques uns de ces prix qui ont été fixés en 1858 par le commun accord des divers fabricants en prenant pour bases la valeur des matières premières et celle des raainsr<l'œuvres :

Ebauches Lépincs de 12 à 13 lignes de diaibëtre à francs 82 la douzaine,

id. id. iih 20 id. id. à fr. 27 id.

id. id. 21 à 22 id. id. k th. 29 50 id.

id. id. 23 à 24 id. id. à fr. 31 50 id.

id.

id.

id.

id.

Ebauches à deux platines pour montres à roue de rencontre ; Genre français , se vendent fr. 17 ko la douzaine!

id. suédois^ hollandais^ ) «. 1^

id. anglais^ espagnol, j

id. turc

id. améncain Ebauches chinoises ordinaires

id. id. festonnées

Ainsi vous avez une excellente ébauche Lôpine pour moins de 2, fr. 65 c. et une ébauche pour roue de rencontre pour fr. 1,50c, ! Résultat admirable de la division du travail et de remploi ingénieux des outils-machines ! Ces prix du reste iront encore en diminuant grâce à la concurrence et aux progrès de Tart mécanique.

Les ébauches de montres passent ensuite entre les mains des ouvriers finisseurs. Nous avons déjà expliqué ce qu*était le finissage et comme ce travail n'exige pas de machines importantes, un grand nombre d'ouvriers s'en occupent dans leurs foyers, au sein de la famille. 11 existe cependant des grandes fabriques qui s'occupent spécialement d'amener l'ébauche à l'état de blanc roulant , c'est du reste un travail qui exige les plus grands soins , car les bons finissages font les bonnes montres.

Berne et Seloncourt dans la verte vallée qui s*ouvre à Audincourt pour aller se fermer au pied des abniptes du Lomont , sont le centre de la fabrication des finissages dans le pays de Montbéliard. Nous citerons en première ligne l'important établissement de M. Louis Japy en Berne. M, Uftiis Japy fournit à la Suisse et à Besançon plus de 80,000 finissages par an ; il reçoit les ébauches de Beaucourt , il fait lui-même ses roues et ses pignons ; ses produits sont très-estimés. M. Louis Japy est le premier qui ait monté en France une fabrique de finissages. MM. Japy de Beaucourt et lui établissent maintenant les ébauches finies , bon genre courant , lépîne à cylindre et à ancre , au prix de 40 francs la douzaine.

n existe à Seloncourt et dans les viUages environnants plu^ sieurs petites manufactures de finissages créées par des habitants du pays qui après avoir fait un apprentissage en Suisse , se sont établis au foyer paternel et peu-à-peu à mesure que leurs affaires prospéraient ont pris des ouvriers et les ont formés euxmêmes. Ces petits établissements tendent à se multiplier beau* coup dans cette région du Jura que nous habitons et mériteraient d'être encouragés afin de doter aussi la France d'une industrie restée pendant long- temps presqu'exclusivement Suisse. Nous

voyons avec satisfaction se développer dans notre contrée un peu de cet esprit d'entreprise qui en Suisse et en Amérique a enfanté tant de prodiges.

Seloncourt est devenu un petit centre industriel ; il renferme sept petites fabriques. Disséminés au milieu des vergers et des habitations, ces ateliers qui occupent plus de 300 ouvriers donnent un aspect manirfacturier très-animé à tout le village.

Nous avons déjà parlé des fabriques d'ébauches de MM. Bur-« nier et YiUequier. Ces Messieurs font aussi des finissages.

M. Gondelfinger, ancien contre-mattre de M. I/)uis Japy de Berne, a monté à Seloncourt une fabrique de pignons qu'il expédie surtout à Besançon. D vient d'associer son gendre à ses travaux et fait aujourd'hui non seulement des pignons mais des finissages, des échappements et même des montres en entier.

MM. Migot père et fils ont un atelier de pignons , de finissages et d'échappements.

M. Guinand fait le finissage, l'échappement, repasse, remonte et envoie ses blancs marchant à Besançon.

M. Baudroy a aussi un atelier de finissage.

A Hérimoncourt sont les petits ateliers de pignons de M. Jambe et d'échappements de M. Coulon.

AVandoncourt, MM. Marchand, Laigle, Mériot, etc. font des finissages et des échappements dans leurs ateliers domestiques.

Messieurs Japy frères ont à Beaucourt des ateliers où ils finissent leurs ébauches ; leurs finissages courants sont trèsrecherchés , mais jusqu'à présent ils n'ont pas donné à cette partie de grands développements.

En Suisse , on finit l'ébauche à peu-près partout où se font les montres, à Genève, auLocle, àlaChaux-de-Fonds, etc. Cependant , comme dans le Jura Français , quelques fabricants en ont fait aussi leur spécialité : en première ligne, il faut placer d'abord les blancs roulants de la Vallée du Lac de Joux dont nous avons déjà parlé. A Crémine M. Gobât ; à Villars , M. Coulery; àPorrentruy MM. Froté et Challet ont des fabriques de finissages.

Les établisseurs qui achètent seulement des ébauches, sont obligés de faire exécuter par d'autres ouvriers le finissage , l'échappement et successivement toutes les parties de la montre jusqu'à son achèvement complet ; on conçoit qu'ils préfèrent de beaucoup acheter l'ébauche finie avec l'échappement planté à une seide Maison, leur tâche est alors bien simplifiée, puisqu'ils

ne leur reste plus qu'à demander à un fournisseur de pièces détachées, le cadran, lesaiguiUes, etc., et avec quelques ouvriers monteurs , repasseurs et régleurs ils achèvent leurs montres. Qu'arrive-t- il aujourd'hui? C'est que les fabricants d'ébauches en présence de cette disposition des établisseurs se mettent à finir leurs ébauches et à planter des échappements, comprenant qu'il est de leur intérêt d'agrandir ainsi le cercle de leurs travaux pour pouvoir écouler plus facilement leurs produits ; telle est la transformation générale qui a lieu maintenant dans l'industrie hoiiogère.

Près de Genève se trouve, au milieu de la vallée que l'on parcourt pour aller à Chamouny , la petite ville de Cluses oii se fabriquent des rôties et des pignons très-estimés, mais laissons parler M. Dubois qui dernièrement a visité cette localité et a rendu compte de son excursion dans la Patrie :

« Autrefois, il y a à peine vingt ou vin^cinq ans, les « Savoisiens , dans les montagnes qui avoisinent la France , « s'occupaient à fabriquer toutes sortes de pièces de montres « communes, de celles que l'on nomme à roue de rencontre. « Ces villageois venaient vendre le produit de leurs jardias et « celui de leurs manufactuies dans la petite ville de Cluse. « C'était une chose des plus curieuses que d'entendre ces jar- « diniers fabricants de pièces de montres , crier, sur la place « du marché :

« Achetez des poireaux, des navets, des oignons, des « coquerets, des roues et des pignons. » Ou bien : Venez « voir des artichauts, de la salade et des capucines, des « balanciers, des barillets et des platines , elc. etc.

« Ces pauvres habitants des montagnes se livraient ainsi à d'in- « nocentes plaisanteries ; mais, au total, ils vendaient avanta- « geusement les fruits et les légumes qu'ils récoltaient pendant * l'été, etlespetitespiècesd'horlogeriequ'ilsavaientfabriquées « dans leurs chaumières quand la neige en recouvrait les toits.

« Cette industrie, qui occupait les hommes, les femmes et les « enfants, ne tarda pas malheureusement à leur manquer, car, « peu de temps après la révolution de Juillet 1830, les montres « à roue de rencontre tombèrent en discrédit , et elles furent « remplacées presque généralement, par les montres dites à cy- « lindre, dont la forme est plus commode et le mécanisme meil- « leur. Depuis cette époque, les industrieux montagnards sardes « ne trouvèrent que très-diflBcilement à vendre leur marchan- « dise , et beaucoup de familles en souffrirent cruellement. »

« Cependant le roi de Sardaigne , qui ne néglige pas les in»

« téréts de ses sujets , a, dans ces dernières années, fait des

« tentatives pour faire fructifier dans ses Etats des manufac^

<« tures d'horlogerie appropriées aux besoins actuels. Ces ten-

« tatives ont réussi en partie. Une école d'horlogerie a été fon-^

« dée à Cluse , et c'est à un Français, à M. Benoit, que sa

« Majesté sarde en a confié la direction. Cette école a déjà

« produit de bons ouvriers , et aujourd'hui , grâce à la protec^

«< tion dont jouissent les ouvriers horlogers qui s'établissent en

« Savoie , ce pays exporte à l'étranger des ébauches de mon-

<" très à cylindre d'un prix excessivement réduit. La fabrique

« de Cluses réussit surtout dans la fabrication des pignons de

« montres , et elle eo envoie pour des sommes importantes à

« Genève, au Lode, à la chaux-de-Fonds, à Besançon et

« dans presque toutes les contrées de l'Europe où l'on fabrique

« de l'borbgerie. Ce p'est pas seulement Cluse qui fournit au

« commerce des pièces d'horlogerie , il s'en fait aussi dans plu-

« sieurs villages ou hameaux situés sur les montagnes voisines.

« Cluse est simplement l'entrepôt général , le marché où se

« vend la marchandise. J'ai grimpé , armé de mon bâton fer^

« ré , sur le sommet de plusieurs des montagnes environnant

« Cluse , et j'ai été surpris de l'adresse avec laquelle certains

« hommes, aux mains grossières, travaillentle cuivre et l'acier.

« J'ai vu des enfants qui n'avaient pas dix ans faire des pièces

« d'horlogerie dont l'exécution est réellement très-diflBlcile. » [i )

Nous ajouterons quelques détails à ceux donnés par M. Dubois. Les Savoyards travaillent chez eux et non en fabrique ; ils n'employent que des outils très-grossiers ; toutes leurs pièces d'horlogerie se font à la main et à un bas prix surprenant. Habituellement ils livrent tous leurs produits à un commissionnaire qui se rend en Suisse ou à Besançon pour les placer le plus avantageusement possible. Ce qu'ils vendent le plus, ce sont des roues et des pignons ; leurs roues sont bonnes , bien dentées et bien croisées ; leurs pignons sont faits avec de l'acier cannelé ; il y a dans ces pignons un choix à faire , il y en a d'excellents , mais mélangés avec une qualité inférieure. Une douzaine de eages de pignons ne coûte que 6 fr. !

En sortant de Cluse prenons le chemin de Genève et entronsy. Voilà bien la viBe horlogère par excellence , ses rues , ses quais sont bordés de hautes maisons dont le rez-de-chaussée

il) Dubois* Lettres sur Thoriogerie.

est occupé par de splendides magasins de bijoux et de montres; i tandis que sous le toit brillent les mille fenêtres des ateliers et contre la façade d*imraenses écritaux qui portent gravés en lettres d'or ou émaillécs sur un fond bleu les noms des fabricants Patek et Philippe, Soldano, Vacheron, Lecoultre-Soldano, Rochat, Lutz, Darier, etc. etc.

Les ouvriers horlogers de Genève sont remarquables par leur habileté et leur intelligence \ ils ont un cachet tout particulier , un entrain, un brio qui n'appartient qu'à eux. Aussi les montres qui sortent de leurs mains sontrclles excellentes, d'un bon mécanisme et d'un goût exquis. Il suffit de dire d'une montre qu'elle est de Genève pour en faire l'éloge. L'ouvrier genevois se livre exclusivement à une branche de l'art dans laquelle il devient très-habile ; il est blantier (faiseur d'ébauches à la main), finisseur, faiseur d'échappements, cadraturier {hmur des pièces qui se trouvent sous le cadran) f repasseur, remonr teur, régleur, monteur de boites , etc.*. L'horlogerie occupe à Genève 3000 ouvriers aujourd'hui. En 1790 la fabrique de Genève exportait 14,000 montres d'or et 40,000 montres d'argent. Ces chiffres furent les mêmes, à peu près, jusqu'en 1 802, époque à laquelle l'exportation s'éleva à 15,000 montres d'or et à 45,000 montres d'argent ; ces montres étaient presque exclusivement à roue de rencontre ; celles en or revenaient Tune dans l'autre à 80 fr. , et celles en argent à 18 fr. tout au plus* L'exportation decesmontresproduisaitdonc environ 3,000,000. En 1818, l'exportation monta à 3,000,000. Aujourd'hui Genève fournit de 70 à 80,000 montres d'or par an ; il en passe annuellement en France pour 12,000,000 ; l'Angleterre en reçoit pour plus de 4,000,000 ; le surplus est exporté dans les autres contrées du monde.

L'administration municipale de Genève a créé une école d'horlogerie destinée à former de bons ouvriers et à maintenir ainsi les vrais principes de l'art. Cette école, placée dans l'ancienne Grenelle, est composée de plusieurs classes à la tête de chacune desquelles est un professeur. Dans la première classe les élèves apprennent à faire les ébauches à la main ; dans la seconde ils apprennent les finissages ; dans la troisième la cadran ture ; dans les quatrième et cinquième les échappements ; et enfin le repassage et le réglage dans la sixième. Les élèves suivent en outre les cours de dessin , de physique, de géométrie et de théorie mécanique de l'école industrielle. Chaque année, à la suite d'un concours ils reçoivent des médailles , prix

— Bide leur bonne conduite et de l'exécution irréprochable de leur travail. Nous avons trouvé dans cette école des élèves anglais , français , allemands , etc. envoyés des pays étrangers pour y étudier rhprlogerie.

Nous n'essayerons pas de faire l'historique des progrès de l'horlogerie à Genève ; ces progrès sont du reste intimement liés au développement du protestantisme dans la cité de Calvin ; la révocation de l'édit de Nantes , la révolution française vinrent ensuite favoriser ces progrès , faciles du reste au milieu d'une population active , lanorieuse, pleine de goût et d'esprit naturel. Si Genève a produit des hommes éminents dans tes sciences, dans les beaux-arts, dans les lettres, elle a donné aussi le jour à des hommes distingués dans l'horlogçrie.

Les principales maisons d'horlogerie de Genève sont celles de M. Bautte qui occupe près de 200 ouvriers à fabriquer une grande variété de montres de luxe ; de M. Georges Roch qui fabrique de bons cAronomètre^; de M. Sigismond Mercier qui a imaginé un échappement libre qui porte son nom ; de MH. Golay-Leresche, AUiez et Berguer, Dutertre, Meynadier et G'* , Descombes ; de M. Lutz , réputé pour ses exceUents ressorts spiraux en acier pour les balanciers de montres , ces ressorts sont les seuls qui jouissent d'une élasticité parfaite que M. Lutz obtient par un procédé connu de lui seul ; la maison Fognietti Weiss produit aussi de bons ressorts mais inférieurs à ceux de M. Lutz. MM. Patek et Philippe ont inventé un système de remontage sans clé; M. Chenevière est un horloger renommé pour ses chronomètres de.bord; Léchaud pour ses échappements à détente à ressort ; MM. Reverdin , Lecoultre- Soldano , Blanc , Marinet et Dermini pour leurs petites montres microscopiques ornant les bracelets, les bagues, les lorgnons des dames ; ces petits bijoux exigent un merveilleux talent de la part des ouvriers qui les exécutent. Citons encore M. Rochat qui fabrique des oiseaux mécaniques chantant, ouvrant et refermant les ailes , remuant le bec et la queue ; Darier fabricant de defs de montres, et tant d'autres que les expositions de Londres , Paris et Berne ont couronnés.

Les bijoux et les montres produits de l'industrie suisse paient un droit d'entrée en France , ainsi pour entrer une montre d'or on paie 5 francs ; pour une montre en argent , système Lépine 1 fr. 50 ; pour une montre en argent à roue de rencontre fr. 76c. ; en outre ces montres sont contrôlées et poinçonnées. Quoique ces impôts ne soient pas bien élevés , cependant l'hor-

logerie suisse est un des articles qui font vivre les contreban^ diers. Alexandre Dumas raconte dans son voyage en Suisse une anecdote piquante que nous reproduisons parcequ'elle est histo^ rique:

« Un des plus fashionnables magasins de bijouterie de Genè-' ve , dit-il , est sans contredit celui de Beautte ; il est difficile de rêver en imagination une collection plus riche de ces mille merveilles qui perdent une âme féminime ; c'est à rendre folle une Parisienne, c'est à faire tressaillir d'envie Clédpàtre dans son tombeau. Ces bijoux paient un droit pour entrer en France ; mais f moyennant un courtage de cinq pour cent , M. Beautte, se charge de les faire prvenir par contrebande ; le marché entre l'acquéreur et le vendeur se fait à cette condition , tout haut et publiquement , comme s'il n'y avait point de douaniers au monde. Il est vrai que Monsieur Beautte possède une merveilleuse adresse pour les mettre en défaut : une anecdote sur mille vien-' dra à l'appui de ce que nous disons. »

« Lorsque H. le Comte de Saint-Cricq était directeur-général des douanes , il entendit si souvent parler de cette habileté , grâce à laquelle on trompait la vigilance de ses agents, ^u'il résolut de s'assurer par lui-même si tout ce qu'on en disait était vrai. U alla en conséauence à Genève , se présenta au magasin de M« Beautte, acheta pour 30,000 fr. de bijoux et de montres, à la condition qu'ils lui seraient remis sans droit d'entrée à son hôtel à Paris. M. Beautte accepte la condition en homme habitué à ces sortes de marchés ; seulement il présenta à l'acheteur une espèce de sous-seing privé par lequel il s'obligeait à payer , outre les 30,000 fr. d'acquisition , les cinq pour cent d'usage ; celui-ci sourit , prit une plume , signa de Saint-Cricq directeur-général des donanes françaises , et remit le papier à Beautte , qui regarda la signature , et se contenta de répondre en inclinant la tête : Monsieur le directeur des douanes , les objets que vous m'avez fait l'honneur de m' acheter seront arrivés aussitôt que vous à Paris. »

« M. de Saint-Cricq , piqué au jeu , se donna à peine le temps de diner , envoya cnercher des chevaux à la poste, et partit une heure après le marché conclu. »

« En passant à la frontière, M. de Saint-Cricq se fit reconnaître des employés qui s'approchèrent pour visiter sa voiture , raconta au chef des douaniers ce qui venait de lui arriver , recommanda la surveillance la plus active sur toute la ligne , et promit une gratification de cinquante louis à celui des employés

qui parviendrait à saisir les bijoux prohibés ; ^as un douanier ne dormit de trois jours» »

« Pendant ce temps, M. de Saint-Cricq arrive à Paris, descend à son hôtel ^ embrasse sa femme et ses enfants , et monte à sa chambre pour se débarrasser de son costume de voyage. »

« La première chose qu*il aperçoit sur la cheminée est une boite élégante dont la forme lui est inconnue, n s*en approche , et lit sur Técusson d'argent qui Torne : Monsieur le Comte de Saint-Cricq, directeur-général des douanes : il l'ouvre , et trouve les bijoux qu'il a achetés à Genève. >•

« Beautte s'était entendu avec un des garçons de l'auberge, qui , en aidant les gens de M. de Saint-Cricq à faire les paquets de leur maître , avait glissé parmi eux la boite défendue. Arrivé à Paris, le valet de chambre, voyant l'élégance de l'étui ^t l'inscription particulière qui y était gravée , s'était empressé de le déposer sur la cheminée de son maître. Monsieur le directeur des douanes était le premier contrebandier du royapme. (1) «

A deux lieues de Genève est le village français de Femey auprès duquel s'élève dans un parc séculaire le château de Voltaire , aujourd'hui propriété qui appartient à un horloger bijoutier de Paris , H. David qui possède aussi une fabrique de trous en rubis pour les montres dans la petite vallée de Mijoux au pied de la Ddie et du passage de la Faucille. Pendant son séjour à Femey , Voltaire s'occupait d'horlogerie , il attira dans son village des ouvriers genevois et français et fit fabriquer des montres ornées d'un médaillon peint sur émail qui représentait soit un buste de femme, soit un sujet pastoral. Il existe encore une assez grande quantité de ces montres , qui sont fort recherchées des amateurs.

Parmi les artisans de Femey se trouvait la famille Lépine dont le nom est resté attaché au genre d'ébauches aujourd'hui le plus répandu. Des ponts à la place de deux platines , des échappements à cylindre ou à ancre au lieu de celui à roue de rencontre, c'en était assez pour donner le signal d'une révolution complète dans la fabrication de la montre. A la mort de Voltaire l'industrie qu'il avait tenté de faire prospérer autour de son château disparut en grande partie avec lui. Les Lépine

Îpittèrent Femey pour Paris où les attendait une brillante OTtune.

(1) Alexandre Dama». Impressions de yoyage en Suisse.

Quittons Genève à laquelle est réservée un si grand avenir. Nous allons conduire nos lecteurs dans les hautes régions Jurassiennes oii s'est implantée Tindustrie horlogère ; il faut en effet gravir le Jura jusqu'à 3040 pieds au dessus de la mer ; ici la végétation change d'aspect , ce ne sont plus les riches coteaux couverts de vignobles , mais les pâturages , les forêts de pins et d'épicéas , les tourbières et quelques champs de chous. En hiver de vastes et d'épaisses couches de neige et 20 R. au dessous de 0. Aussi rien n'est plus saisissant, quand on arrive sur ces plateaux élevés , que de se trouver toot-à-coup au milieu de villes populeuses , animées ; de voir des rues magnifiques, des trottoirs , de grands magasins, de nombreux cafés , un brillant éclairage ^u gaz et d'entendre le sifflement des locomotives ! C'est là cependant le spectacle inattendu que présentent la Chaux-de-Fonds et le Locle que relie un chemin de fer. C'est de là que partent ces quantités de montres qui se vendent dans les pays les plus lointains. Ce n'est pas sans un vif intérêt que l'on recherche les commencements d'une telle prospérité. Je dois à H. X. Kohler de Porrentruy , la communication d'un vieux livre intitulé : description des ilontagnes et des Vallées qui font partie de la Principauté de Neuchatel et Valangin, par Osterwald, 1766, dans lequel j'ai trouvé les curieux détails suivants :

« C'est dans les villages du Locle et de la Chaux-de-Fonds, qui forment deux juridictions séparées, que se trouve le centre de l'industrie des Montagnes. Par le dernier dénombrement , on a compté au Lode 3095 âmes , parmi lesquelles 331 horiogers ; 726 ouvrières en dentelles ; 56 négociants ; 78 orfèvres ou monteurs de boites et 15 fabricants de bas. Pour ce qui concerne l'horlogerie , qui fait la principale occupation des habitants de ce lieu, les uns s'appliquent aux branches multipliées de cet art , d'autres se bornent à acheter ce que le travail jour* nalier produit et en font commerce , des troisièmes enfin s'occupent à fabriquer tous les différents outils dont les horlogers ont besoin. Ils en ont même inventé plusieurs qui contribuent également à la perfection de la main d'œuvre et à l'économie du temps. Mais rien ne peut donner une plus juste idée des talents de ces peuples qu'une histoire abrégée de l'étabUssement de l'horlogerie parmi eux , comparée avec la rapidité étonnante des progrès qu'elle a fait au Locle et à la Chaux-de-Fonds. Le premier fondateur de cet art dans les montagnes a été le Sieur Daniel Jean Richard dit Bressel , père de M. Jean Jacques

Richard, dont on parlera dans la suite et à qui Ton doit les détails suivants :

« Il naquit à la Sagâe en 1 665. Un nommé Peter, marchand de chevaux apporta en 1679, à son retour dans ^ patrie, une montre faite à Londres , meuble absolument inconnu aux montagnes. Elle s^était dérangée pendant son voyage, cethom-* me fut voir le père de Daniel Jean Richard , remarqua divers petits ouvrages du fils et le jugea assez habile pour racommoder sa montre , qu'il voulut bien lui confier. Ce jeune homme se ihiten tête d'en faire une pareille. Ilfallait auparavant imaginer et fabriquer tous les outils nécessaires de même que les ressorts, la boite et les autres assortiments , sans avoir dans sa position aucun secours qui pût lui faciliter le succës. Mais par son géniOt soutenu d'un travail opiniâtre, il parvint au bout d'une année à avoir assez d'outils poyr commencer sa montre qui fut achevée six mois après. Cette pièce , jointe à plusieurs autres parties nécessaires de son établissement , attira chez lui les plus curieux de ses voisins qui lui commirent des montres. Il les travailla avec la plus grande activité , et n'interrompit ce genre d'occupation que pour enseigner l'orfèvrerie à deux de ses frères. Il s'appliqua aussi à la gravure dont il avait besoin pour l'horiogerie. Il a fabriqué la première machine à fendre les roues qui ait paru en Suisse et sans en avoir jamais vu de pareilles. Un étranger lui apprit qu'il y en avait une à Genève , il s'y rendit exprès pour l'examiner , son voyage fut infructueux parcequ'on en faisait un mystère , mais il vit des roues fendues et il comprit

Sue cette opération devait se faire au moyen d'une roulette et 'une plate-forme chargée de nombres pour déterminer celui des dents et en rendre les intervalles parfaitement égaux. De retour chez lui il se mit à travailler et parvint enfin à construire cette machine si utile pour l'horlogerie. Favorisé par cette heu* reuse découverte , le Sr. Richard reprit ses occupations ordinaires et réussit à faire de petites pendules et même des montres à répétition dans le goût de ces temps là. Il fut pendant quelques années le seul horioger des montagnes et eut pour premier confrère le Sr. Jacob Brandt, dit Gruyerin de la Chaux-de- Fonds, qui fit sous sa direction un apprentissage de quelques mois, pour l'horiogerie, la gravure et la dorure. On ne doit pas être étonné si cet homme de génie se rendit bientôt célèbre et s'il forma un nombreux atelier, de sorte qu'on peut le regarder comme le premier mobile des talents de ses compatriotes, n quitta enfin la Sagne au commencement de ce siècle

et vint s'établir au Locle où il est mort en 1741 . Ce fut là qu'ît enseipa rtiorlogerie à ses cinq fils , lesquels y exercèrent seuls cette profession jusqu'à ce que quelques jeunes gens curieux de s'y former se mirent en apprentissage chez eux et devenus maîtres à leur tour ont formé de nouveaux artistes. Tels ont été les premiers et faibles commencements d'une fabrique devenue en peu de temps si florissante. Pour connaître sa force actuelle il'sufiSt de dire que selon l'estimation modérée de diverses personnes bien instruites sur ce point , il se fait chaque année au Locle et à la Chaux-de-fonds collectivement , au moins 1K,000 montres en or ou en argent , sans compter un très-grand nombre de pendules simples et composées. Tous les ouvriers dont on peut avoir besoin pour la perfection du travail se trouvent dans l'une et dans l'autre de ces deux paroisses. Finisseurs , doreurs, peintres, émailleurs, graveurs, monteurs de boites de toutes les sortes , même en or de diverses couleurs , faiseurs de chaînes , de ressorts , de cadrans , d'épilles , etc. Les femmes secondent les hommes dans ce genre d occupation , elles sont doreuses et polisseuses. »

« On y fait aussi tous les outils nécessaires aux horlogers, plate- formes , machines à fendre les roues, grammaires pour les construire avec toute la justesse possible , outils pour lés roues de rencontre et de champ , pour les roues de répétition , pour travailler les fusées au tour , machines pour finir et arrondir les dentures , de même pour tourner les balanciers , compas pour perfectionner l'engrenage, pour replanter, c'est-à-dire, placer exactement dans la direction perpendiculaire toutes les pièces d'une montre , etc. Plusieurs de ces machines ont , comme on l'a dit , les gens du lieu pour inventeurs ; ils tiraient jadis les autres de Paris et de Londres , ils les fabriquent toutes aujourd'hui et même en fournissent aux plus célèbres horlogers de ces deux grandes villes. »

« La perfection de cet art doit trop à ceux du Locle et de la Chaux-de-Fonds pour que les noms des plus distingués d'entre eux ne se trouvent pas placés dans cette description , tels qu'on a pu les connaître. Ceux que l'on omettra par ignorance pure ne seront pas moins en droit de faire partie d'une énumération , qu'on ne saurait au reste rendre exacte , sans donner nécessairement , vu leur grand nombre , dans une longueur excessive. Les Srs. Abraham Robert et Daniel Perrelet, sont les principaux ouvriers du Locle, pour la construction des outils. Le premier , habile horioger a inventé la machine oui sert

pourTengrenage en petit volume. Le second est excellent qtRrdraturier et routil à replanter perpendiculairement lui doit sa déconverte. Son fils Abraham Louis fait des montres à rochet et à cylindre. Le Sr. Abraham Robert a eu le premier l'idée de Téchappement à repos. Le Sr. Jonas Pierre Ducommun passe pour Tun des plus nabiles horlogers en gros volume , conn me le Sr. Jonas Perret Janneret en petit vdume. Le Sr. Daniel Othenin Girard est un fondeur très-«expert pour les ornements en bronze et en cuivre que Ton ajoute aux cabinets de pendules. H. te Major David Huguenin, émaillenry fait des cadrans de 18 pouces, il en envoie iusqu'«^ Varsovie et à Constantinople. M. Dubois, qui s'est rendu célèbre à Londres par ses talents , est le meilleur peintre en émail. M. Jean Jacques Richard fait le commerce d*horiogerie et occupe un grand nombre d^ouvriers. Sa complaisance pour les étrangers , que la curiosité attire dans les montagnes , égale la profonde connaissance qu'il a acquise des ouvrages de ce genre. U a fait fabriquer des montres à ré*' pétition dont la boite et le cadran sont de cristal et dans lesquelles les roues sont placées de manière que l'on peut en voir tout le mécanisme et le mouvement intérieur sans les ouvrir. *

« Le Sr . Jean Diédey est renommé pour les faux étuis de montres de poche, en chagrin , ou imitant le Jaspe et l'Agathe. Le Sr. Houriet, s'est fait la plus grande réputation dans l'art de la gravure par son goût et la délicatesse admirable de son burin. Tffie est la célébrité de tous ces artistes , que l'on trouve rarement des ouvrages finis dans leurs divers ateliers. Ceux à qui ils ùùi mis la dernière main sont vendus et livrés au moment même , ils ne travaillent que par commission et pour le compte des marchands horiogers. »

« Le dernier dénombrement de la Chaux-de-Fonds fait en 1768 porte que la paroisse entière contient 2463 âmes ; on y a reconnu 390 horlogers , 897 faiseuses de dentelles , 36 négociants et 20 orfèvres ou metteurs en œuvre. Le plus célèbre de tous les artistes de ce lieu est M. Jaquet Droz , dont le nom est connu dans toute l'Europe et qui cherchant h perfectionner une science par laquelle M. Vaucanson s*est illustré est parvenu à exécuter par le mouvement des horioges tout ce que son rare génie pour les mécaniques a su imaginer. Il fait des carillons k timbra et à flûtes qiii jouent avec la plus grande précision divers airs à une et à plusieurs voix. 11 a vendu au feu roi d'Espagne pour 480 louis une pendule qui exécute tout ce qui est possible en ce genre. Elle indique les heures , les minutes et

les secondes , sonne les heures et les quarts , et répète heures « quarts et demi-quarts. Au centre du eadran on voit l'équation, un quantième annuel du jour qui s'accorde avec la durée de chaque mois, un quantième de Lune« les signes du Zodiaque qui paraissent au moment où le Soleil commence à ks parcourir, les quatre saisons de Tannée , un cadran solaire artificiel par une ombre apparente qui marque les heures selon les mêmes irrégularités que les autres cadrans de cette espèce. Au dessus de ce centre commun se voit une voûte céleste , où les étoiles paraissent et disparaissent au même instant que dans le Ciel. Le Soleil et la Lune y ont leur cours selon le système de Ptolémée. Le Soleil décline selon les saisons, la Lune a ses phases, et malgré ses diverses positions, elle parait toujours éclairée du côté opposé au Soleil. Ce même Ciel se couvre en temps de pluie de nuages artificiels qui disparaissent au moment où le Ciel redevient serein. Après l'heure sonnée, on entend un cariUon de neufs airs dont une partie est jouée en écho. Une dame assise et placée sur un balcon tenant un livre à la main , accompagne par ses mouvements la mesure de Tair que l'on joue , elle approcoe le livre de ses yeux qui suivent la musique , elle prend irrégulièrement et à plusieurs fois une prise de tabac , et elle fait une révérence avec grâce à celui qui ouvre la glace de la pendule. Après le carillon , un serin artificiel siffle huit airs avec les mouvements naturels du bec , du jabot et du corps entier. Il est perché sur le poing d'un amour qui par ses gestes semble admirer son oiseau. Le jeu de ce dernier nni , un berger automate organisé joue plusieurs airs de la flûte exprimant les coups de langue et les cadences. Pendant ce temps-là deux amours se balancent selon la mesure de l'air que joue le berger ; quoique leur mouvement se fasse circulairement leur attitude est toujours perpendiculaire et pour finir leur jeu, l'un deux se renverse pour emporter l'équilibre , et se tournant du côté des spectateurs , il montre son ami du doigt comme pour se moquer de sa légèreté. A côté de ce berger Auteur est un mouton

Saissant qui a le bêlement naturel et tout auprès un chien qui ate son maître par divers mouvements. Il garde un pâmer plein de fruits, si quelqu'un en emporte une pomme, aussitôt le chien aboyé , et ne cesse point qu'on ne l'ait remise à sa place. Telle est cette fameuse pendule qui a fait l'admiration de la cour d'Espagne , en présence de qui M. Jaquet Droz fit exécuter tous ces différents jeux avec le plus grand succès. Une eirconstance assez singulière de son voyage dans ce pays là.

c'est qu'il reconnut parmi les ouvrages d'horlogerie rassemblés dans le cabinet du Roi la première pendule composée qu'il eut faite en sa vie. Après avoir passé par différentes mains , elle était parvenue à ce prince , qui l'estimait beaucoup à cause de sa justesse. M. Jaquet Droz a construit une autre pièce dans le goût de celle qu'on vient de décrire, elle a un jeu de flûtes et sonne les heures par le moyen d'un nègre qui les répète au simple commandement et sans qu'on y touche. Enfin , on voit chez lui , outre plusieurs curiosités dans ce genre , une pendule à longue ligne , avec un correctif pour la dilatation. Elle se remonte d'elle même et produirait les mêmes effets hors de l'action de l'air extérieur. Chaque jour le génie fécond de cet excellent artiste ajoute un nouveau de^ré de perfection à ses ouvrages , et lui fait inventer des machines utiles ou curieuses. La politesse avec laquelle il reçoit les étrangers que sa célébrité attire auprès de lui , donne encore, ce semble, plus de mérite à l'étendue de ses lumières. »

« L'horlogerie a eu à la Chaux-de-Fonds, de même qu'au Locle des commencements faibles suivis des progrès les plus rapides. Le Sr. Jacob Brandt élève du Sr. Daniel Jean Richard et dont on a parlé , y exerça le premier cet art , de concert avec Isaac Brandt son frère. Un nommé Ducommun , originaire de Boudry et domicilié à la Chaux-de-Fonds , faiseur de faux de sa profession , et homme de génie , fut tenté de se procurer une pendule, pièce alors très-rare dans ces quartiers-là ; mais trouvant le prix trop haut , il forma le dessein d'en construire une qui surpassât tout ce qu'on avait encore vu dans ce genre. En effet , 11 fit une horloge à poids , sonnant heures et quarts , indiquant heures et minutes avec la même aiguille par un artifice singulier , marquant de plus les équations , le cours du Soleil et de la Lune , de même que les phases de celle-ci et le quantième du mois pour l'un et pour l'autre. Des hussards paraissant toujours en nombre nécessaire , tenant un marteau de la main droite et le sabre nu de la gauche et traversant une galerie dont les portes s'ouvraient et se fermaient à temps, sonnaient les quarts en frappant sur un timbre. Un ai^e portant un marteau dans l'une de ses serres , paraissait après les hussards et sonnait les heures sur un timbre différent et plus élevé en ouvrant le bec à chaque coup. Cette machine , fruit du génie seul de son inventeur, simple et solide dans sa construction, existe encore aujourd'hui et fait très-bien toutes ses fonctions. Il faut ajouter que plusieurs français réfugiés qui

^'établirent dans ces montagnes après la révocation de Tédit de Nantes , y portèrent le goût pour le travail et le commerce. »

« On ne doit pas négliger de voir à la Chaux-de-Fonds Fatelier de H. le Capitaine Robert , artiste très-*distingué qui fait construire par un grand nombre d'ouvriers sous sa direction toutes sortes de pendules curieuses et soutient dans cet article un commerce fort étendu. Celui de M. Humbert Droz en montres simples et à répétition n*est pas moins considérable, Le Sr. Daniel Courvoisier Clément qui exceDe en différents genres d'ouvrages d'horlogerie et de gravure ; il estTinventeur de Tinstrument qui sert à étamper ou frapper d'un seul coup les aiguilles de montre en or travaillées à jour ; cet instrument est connu aujourd'hui dans toutes les montagnes. Le Sr. Daniel Du Commun, dit Tinon, passe pour le plus habile ouvrier do la Suisse , pour les grosses horloges en fer. H. le Capitaine Joseph Humoert Droz excelle dans la coupe des glaces de pen-^ dules. ^— Le Sr. Abraham Robert est un des plus habiles pein-* très en émail pour les cadrans de montres des montagnes, Mes-t sieurs David Frédéric et Abraliam Frédéric Dubois frères sont peintres en miniatures et font un grand commerce d*horlo-r gerie. »

Outre le Locle et la Chaux-de-Fonds , Ostèrwald parle en-r core des autres localités où l'horlogerie commençait à se déve-t lopper lors de son voyage : c'est d'abord le Val de Travers. « A Travers , dit-il , on compte 320 ouvriers en dentelles , de même que plusieurs horlogers et fabriquants de bas. Couvet est le lieu de naissance du célèbre Ferdinand Berthoud , si connu par ses talents distingués pour l'horlogerie , dont il a donné au public un excellent traité et par le succès de l'horloge marine qu'il a inventée pour la détermination des longitudes. Il fait sa résidence ordinaire à Paris et est membre de la Société royale de Londres. Plusieurs habitants de Métiers, s'adonnent à l'horlogerie en gros et en petit volume , tels sont les Srs. Jean Renaud , frères et le Sr. Clerc. On ne doit pas omettre le Sr. Rossel , orfèvre , monteur de boites et tr^-^habile dans cet art. A Boveresse , Fleurier , Buttes , il y a des horlogers en tous genres ; Le Sr. Capitaine Dupasquier , le Sr, Lieute-r nant Jequier, le Sr, Naucher, les frères Leid)a, etc. Par le dénombrement des habitants du Val de Travers , fait en 1 764 , on y a trouvé 90 horlogers, 28 négociants, 136 maçons, 736 faiseuses de dentelles et 3847 âmes en tout. »

«» Aux Verrières , l'horlogerie fleurit ; les frères Tatet se

distinguent dans cet art et en font un grand commerce , ils ont maison à Paris dans cet objet. David et Jean Pierre Guye ont acquis de la réputation par les exceUentes pendules qui sortent de leurs mains et qu'ils débitent en France et en Italie. »

« A la Brévine , à la Chaux du Milieu , on travaille en pen-* dides , en noontres et en dentelles. »

« Aux Brenets , on compte 106 faiseuses de dentelles , 26 fabriquants de bas et 27 horlogers. Panni ces derniers le Sr. Jean Pierre Giroud se distingue par son habileté. »

« Dans la partie orientale du cours du Doubs et à la hauteur de la GhauX'de-Fonds, est la Maison Monsieur, qui appar* tient au Souverain , c'est là qu'habite le Sr. Jonas Ducom* mun, dit TAllemand, habile tireur d'acier qui fait des pignons de montres et de pendules. » .

« A deux lieues au Nord de la Chaux-de-Fonds est la Ferrièrc où le Sr. Alexandre Perret , horioger en petit et finisseur , se voue absolument aujourd'hui à faire des mouvements en blanc et est parvenu jusqu'à pouvoir en construire quatre par semai* ne , ayant tous la verge du balancier pivotée et polie , tous les pivots finis et la roue de rencontre arf)rée. Le Sr. Jean Pierre Vuille , autrefois cordonnier et présentement horloger , s'est distingué par une montre de son invention. Elle est composée de cinq roues comme les moutres ordinaires , mais il a substitué aubarUlet, au grand ressort, àla.chaineetàlafusée, un simple ressort qui produit les mêmes effets et n'en a pas les inconvénients. Sans avoir besoin de clé , on la remonte en pressant simplement du doigt un poussoir pareil à celui des montres à répétition. U a fait une autre montre dont l'échappement esta repos et dont le grand pipon du côté de la chaussée qui porte l'aiguiDe des minutes fait son tour dans une heure pendant que le bout opposé en donne 60 , elle indique aussi les secondes. David YuiUe frère de cet artiste et tailleur de profession , dore les mouvements. Le plus habile des penduliers de ce quartier là est le Sr. Jean Pierre Droz , horloger de son Altesse le Prince Ëvéque de Bâle et de la Cour. Il a rait des pendules à carillons qui marquent le temps vrai et le temps moyen , le cours des astres , etc. , et de même une autre représentant une chasse au naturel. Le Sr. Samuel Berguier travaiDe en timbres pour les carillons. »

« Le vallon de la Sagne, comprend deux paroisses, celle de la Sagne et celle des Ponts , l'une et l'autre considérables et nombreuses puisqu'on y compte collectivement 1239 âmes. Il

y a 316 faiseuses de dentelles, 30 horlogers et un grand nombre d'autres artistes en divers genres qui fournissent aux horlogers des machines à l'aide desquelles la main d'œuvre devient plus sure et le travail moins pénible. Voici les noms de quelques uns des horlogers qui se distinguent le plus par leur génie et leurs talents pour les mécaniques. Le Sr. Louis Benoit de la Sagne est connu depuis longtemps par les cadrans de montre qui sortent de ses mains, il en fait jusqu'à 80 dans une semaine. Le meilleur noir qu'on y emploie est celui qu'il prépare et qu'il fournit aux émailleurs de Genève, du Lode et de h Cliaux-de-Fonds. Le Sr. Jean Henri Mairet, horioger en gros volume et demeu* rant aux Ponts ; digne par son génie de paraître sur un plus grand théâtre , il est aUé l'exercer dans les pays étrangers. Un troisième, le Sr. David Perrenot, peut être mis au rang des plus habiles monteurs de boites en or. On l'a engagé à quitter les Ponts et à s'établir au Locle afin d'être plus à portée des marchands horlogers qui connaissent ses talents et en tirent parti. Enfin, il se trouve aux Ponts , im artiste, leSr. Moyse Perrenod, horloger en gros et en petit volume qui ne néglige pas malgré son goût pour les arts , le soin de sa charrue lorsque la saison l'y appelle. lia inventé une machine pour égaler les ressorts , il a donné à ses enfants des instruments aussi de son invention qui servent à faire les chaines de montres sans bruit et sans force et dont ils sont les seuls possesseurs ; il fournit aux horlogers des piliers brillants, incrustés en argent et en acier. Il forge actuellement des ressorts de montres de toutes grandeurs et y réussit comme dans tous les autres ouvrages qu'il a entrepris. >•

« Les habitants du Val de Ruz s'adonnent spécialement aux travaux de la campagne , cependant plusieurs de leurs jeunes gens vont faire apprentissage d'horlogerie dans les montagnes < ils ont parmi eux des ouvriers en assez grand nombre , qui construisent des horloges en bois, à timbre et à réveil d'une justesse sinplière et dont ils font commerce dans l'étranger. »

« Osterwald ajoute : Les habitants des montagnes de la Principauté de Neuchatel tiennent de la nature un génie singulier , une aptitude frappante à tous les arts mécaniques d'autant plus extraordinaire qu'on ne trouve absohiraent rien de sem- Uable chez les peuples qui les environnent au Nord et au Sud. On voit fréquemment dans ces montagnes des gens qui exercent .certains arts dont ils n'ont fait aucun apprentissage. A la Chauxde-Fonds un mauvais cordonnier est devenu un émailleur habile

et un maître d*écoIe s*est fait graveur. Au Locle les fils d'un meunier fabriquent avec succès les outils d'horlogerie les plu$ composés. Lorsque les horlogers de ces montagnes manquent de quelque espèce d'ouvriers pour leur fabrique ils s'en pourvoient au dehors à frais communs. C'est ainsi qu'ils ont fait venir de Paris des sculpteurs pour les cabinets de pendules et bientôt les gens du lieu , instruits à leur école ont mis les horlo* gers en état de se passer de secours. Tous ces artistes sont en général spirituels , polis , prévenants , pleins de complaisance pour les curieux qui les visitent et éclairés sur beaucoup de choses étrangères à leurs professions. Ils se font un plaisir d'expliquer les principes généraux de leur art dont ils possèdent également la tnéorie et la pratique , de présenter leurs ou-* vrages , de développer le mécanisme de leurs outils et d'en faire l'essai. » (i)

On nous saura gré d'avoir rapporté tout au long ce que ra« conte Osterwald de l'horiogerie du Jura Neuchatelois , car ces détails sont d'un grand intérêt ; on y voit les commencements déjà si prospères de cette industrie qui depuis 1679 jusqu'à nos jours à transformé complètement tout le Haut- Jura. Ses forêts, ses combes, ses plateaux, étaient sans habitants, aujourd'hui des villes considérables remplissent ses vallées et de nombreux villages animent tous les coteaux.

Pendant l'été de l'année 1859 nous avons visité la contrée décrite par Osterwald , qu'on nous permette de placer nos impressions à la suite de celles de l'écrivain Suisse.

Le 21 Juillet nous partons de Beaucourt et nous montons en chemin de fer à Montbéliard, M. Contejean et moi. Â peine parti , le train s'arrête à Voujaucourt à l'entrée de la vallée d'Audincourt et au confluent de l'Alan et du Doubs. Le plateau situé entre ces deux rivières avait été choisi par les Romains pour y établir un camp retranché , dont on voit encore les fossés ; il est désigné sous le nom de camp de ChatiUon. De la gare , on voit fumer les hautes cheminées de l'usine de La Roche où se fabriquent les ustensiles de fer battu , nouvelle industrie appelée à remplacer la poterie et le fer blanc. De Vou*

(1) Osterwald. Description de la Principaaté de Neuchatel et Valan» gio. 1766.

jaucourt la voie suit les sinuosités de la pittoresque vallée du Doubs. Le chemin de fer, le canal, la rivière et la route se rapprochent ou se quittent et animent continuellement la vallée encaissée de tous côtés par les crets jurassiques. Voici Tlsle et sa grande usine où le fer se transforme en vis et en boulons. Plus loin Clerval et les Hauts-fourneaux de MM. Bouchot que vient d'acquérir la Société des Forges d'Audincourt. A partir de cette station , la vallée très-resserrée présente un aspect plus sévère. Depuis les vagons, les regards plongent dans le fonds de la vallée occupé par le Doubs. On traverse de nombreux souterrains à l'issue desquels le paysage change constamment de décors. Au sortir de l'un d'eux , la ville de Baume apparaît avec son clocher nouvellement doré , Baume renommée par ses pâtes de coings de M. Nau et par ses bains de Guillon. Plus loin Laissey avec ses mines de fer ooUtique. Toutà-coup, la vallée s'élargit, nous passons à grande vitesse auprès au château où séjourna le botaniste Girod-Chantrans et nous entrons dans la gare de Besançon.

De cette gare la vue embrasse toute la ville de Besançon derrière laquelle s'étagent la citadelle et les montagnes du Jura.

Besançon a 43,544 habitants , c'est une ville très-animée , centre d'une nombreuse population ouvrière car l'horiogerie y prend chaque jour plus d'extension. On compte aujourd'hui 7,000 ouvriers horlogers à Besançon et dans la banlieue.

« Besançon (1) n'appartient à la France que depuis 1674, époque à laquelle Louis XIV en fit la conquête. Lorsque cette ville faisait encore partie de l'Empire Germanique, elle ne possédait que quelques rares horlogers. Pendant la plus grande partie du dix-huitième siècle , elle eut des artistes en horlogerie , comme toutes les autres villes de France ; ces artistes fabriquaient des montres de toute espèce, mais elles n'étaient pas destinées à l'exportation , elles restaient généralement dans le pays. Cependant , sous Louis XVI , quelques tentatives furent faites à Besançon pour créer une manufacture de montres à l'instar de celle qui déjà florissait à Genève ; ces tentatives ne réussirent qu'en partie, et en 1794 , l'horlogerie bisontine n'était point classée parmi celles ayant quelque renom en France. A cette époque , la Convention nationale envoya en mission dans les départements du Doubs et du Jura , deux de ses membres les plus actifs : c'étaient Bassal et Bernard de

(1) Dabois. Lettres sur l'horlogerie.

Saintes. Ces députés, pendant leur séjour à Besançon , furent frappés de Favantage qu il y aurait pour la France à établir dans cette ville industrieuse une fabri(jue d*borlogerie de nature à pouvoir lutter avec celles de la Suisse , et à leur retour à Paris , ils proposèrent à la Convention de voter des fonds pour commencer cet établissement. Cette assemblée vota , en effet , la somme jugée nécessaire , et elle la mit à la (Usposition des magistrats de Besançon. Ceux-ci firent venir de Genève deux artistes distingués, Àuzière père et fils, dontTun était horloger et l'autre monteur de boites , et la fabrique fut mise en activité. Un an s'était à peine écoulé que déjà Besançon avait produit et livré au commerce 18,000 montres d'or et d'argent ; l'année suivante, elle en produisait S4,000 et l'Etat rentrait dans les fonds qu'il avait avancés . »

Ces détails historiques que nous empruntons à M. Dubois, laissent dans l'ombre un fait capital que M. Nicolet a bien voulu nous communiquer, et dont nous le remercions vivement, c'est que la tentative de Bassal et Bernard de Saintes doit en grande partie son succès au concours que lui apportèrent un grand nombre d'ouvriers neuchatelois persécutés et obligés de quitter leur patrie. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici toutes les pièces à l'appui de ce fait historique :

1** Ij arrêté de Bassal du 21 Brumaire de l'an II de la République Française , communiqué par M. C. Nicolet.

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