EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL
de la séance' KtMU>raic du 23 mai 1861.
M. le pasteur Sahicr, président, après avoir déclaré la séance ouverte, adresse à l'assemblée le discours suivant :
a Messieurs,
«A mesure que Thomme se développe et croît dans sa vigueur, les traits de sa physionomie sedessinent, jusqu'à ce ' qu'il soit parvenu à la plénitude de sa vie, et que son vrai caractère puisse être lu sur sa figure, aussi bien que dans ses habitudes.
«Une société comme la vôtre est un homme collectif, qui, lui aussi, a son caractère, ses traits et sa physionomie particulière, plus ou moins semblable à toute autre, comme le visage humain, mais pourtant facile à distinguer, par une expression qui n'appartient qu'à lui.
«Si nous jetons un regard sur la carrière que nous avons déjà parcourue, et en particulier sur la marchede cette année.
il me semble que les traits de notre société se montrent toujours mieux, et qu'ils peuvent être résumés par trois mots: science, utilité, patriotisme, ou plutôt amour des clwses locales.
w Je dis science ; je peux bien le dire en considérant les nombreux travaux auxquels nous nous livrons, la part active que nous prenons, selon nos moyens, à la description scientifique de la France ; en considérant les collections importantes que nous avons déjà réunies; leur classification, à laquelle il y a certainement beaucoup à faire encore, mais qui, d'un autre côté, ne reste pas slationnaire. Ainsi, depuis votre dernière réunion, la Minéralogie a été disposée définitivement et étiquetée avec soin; V Ornithologie également; les nombreux échantillons de Malacologie générale et de celle du pays en particulier, seront, sous peu de temps, déterminés et classés.
« Après cela je dis utilité. Pour légitimer cette expression, il doit suffire de rappeler le concours sur l'importante question de l'Instruction populaire, dont nous allons connaître le résultat aujourd'hui même,' et qui, je peux le dire d'avance, a réussi bien au delà de nos espérances.
<( J'ai dit enfin^ amour des choses locales. Est-il besoin de rappeler que c'est une suite de la situation particulière dans laquelle s'est trouvé notre pays, situation qui l'a rendu, pendant longtemps, indépendant des grands Etats européens, et qui lui a donné ses traditions et son histoire particulières. Aussi quelques membres de la société s'occupent avec zèle et avec amour, de faire revivre notre passé et de tracer enfin notre histoire , plusieurs fois déjà commencée, mais jamais achevée.
ce Tels me paraissent les traits principaux de la Société, pendant l'année qui vient de s'écouler. Il dépend de vous. Messieurs , de les accentuer plus nettement encore pendant la période qui commence aujourd'hui; il dépend de vous d'en ajouter de nouveaux et d'aussi précieux à ceux qui viennent d'être indiqués. Permettez-moi d'exprimer le vœu que personne ne refuse son concours à cette œuvre, que chacun y travaille selon ses moyens et selon les occasions qui lui seront offertes.
«Au début de cette séance, je suis heureux de vous signaler un des enfants de votre ville qui se fait un nom dans la science, et qui se fait citer avec honneur dans plusieurs
journaux scientifiques, français, hollandais et anglais. Cette lumière est sans doute encore modeste, mais elle peut devenir brillante.
«Il s'agit d*Alexandre-Henry Mouhot, né en 1826. — Après avoir passé quelques années en Russie, en Hollande, à Paris, en Angleterre, où il s'est toujours mis en relation avec des dessinateurs et des naturalistes , il est parti pour Siam et le Cambodje , avec une mission de la société zoologique de Londres. Depuis trois ans déjà il explore ces riches contrées, dans lesquelles il restera probablement trois ans encore. — 11 y recueille, avec un zèle infatigable, de nombreuses collections d'antiquités, de curiosités locales et d'histoire naturelle.
« J'ajoute avec une très-vive satisfaction, que M. Mouliot écrit dans ses lettres qu'il n'oubliera pas la société d'cmulation de sa ville natale.
((Je suis convaincu que vous vous joindrez tous à moi pour souhaiter santé, illustration et succès à ce hardi voyageur. »
Après la lecture et l'adoption du procès-verbal de la dernière séance, et la communication de la correspondance, le secrétaire-général lit son rapport sur la situation e^lcs travaux de la Société pendant l'année écoulée.
Deux nouveaux membres titulaires sont admis à l'unanimité des voix des membres présents.
Sur l'invitation de M. le président, plusieurs membres qui s'étaient chargés de diverses parties des travaux demandés par le Ministère de l'Instruction publique et des Cultes pour la Description scientifique de la France , déposent leurs mémoires sur le bureau. Ceux dont les travaux ne sont pas encore terminés sont priés de les faire tenir à M. le président le plus tôt possible.
M. Meltetal , directeur de l'Ecole-Modèle de Montbéliard, rapporteur de la commission appelée à juger le concours ouvert par la Société sur l'instruction primaire obligatoire, présente son rapport. Il en résulte que , sur les vingt-cinq mémoires soumis à la commission, et dont plusieurs sont des travaux de mérite, la commission a particulièrement distingué, et unanimement jugé digne du prix proposé, le mémoire coté N"". 6, et portant pour épigraphe ces paroles de Napoléon T : ail n'y a que ceux qui veulent tromper le peuple qui puissent vouloir le retenir dans l'ignorance» [Mé'
mor. de Ste-Hélène),^ En conséquence^ le prix de cent francs est décerné A l'auteur du dit mémoire. M. le président ouvre alors le pli cacheté sur lequel se trouve répétée répigraphc du mémoire couronné, et proclame le nom de M. Julc» ParoZs directeur de la Nouvelle-Ecole des filles à Berne (Suisse), auquel sera adressé le prix du concours.
Sur l'invitation de M. le président, M. X. Kohler, de Porrenlruy, président de la Société jurassienne d'Emulation , lequel se trouve présent à la séance avec deux autres délégués de la Société qu'il préside , donne à l'assemblée quelques renseignements sur M. Paroz, qu'il connaît personnellement, et qui déjà s'est fait un nom en Suisse par diverses publications sur des sujets pédagogiques, dont l'une a été couronnée à la suite d'un concours ouvert par le gouvernement de Berne.
L'ordre du jour appelle les différentes communications littéraires ou scientifiques annoncées.-
M. Wetzel, architecte, donne lecture, par extrait, de deux lettres de L. E. Berdot^ physicien de la principauté de Montbéliard , écrites en 1748 à M. de Faber, conseiller d'Etat d# S.A. S. le Duc régnant deWurtemberg. Elles sont relatives au passage du prince à Montbéliard au moment de son voyage à Paris, où il se rendait pour complimenter Louis XV. Ces lettres sont ducs à Tobligeancc de M. Berdot, docteur à Colmar et petit-fils de leur écrivain.
M. Berger, libraire, récite une pièce de vers de sa composition %\xvYldée de Dieu,
M. Cl. Duvemoy, professeur, donne lecture d'une pièce de vers envoyée à la Société par M. Curie, du Havre, membre correspondant. Ensuite, il donne également lecture d'un mémoire adressé à la Société par le même M. Curie, et contenant un projet d'Asile agricole pour les enfants abandonnés. La Société décide que ce projet intéressant , mais pour lequel les moyens d'exécution lui manquent complètement, sera présenté et recommandé à l'Association pour le patronage des enfants indigents de l'Inspection ecclésiastique de Montbéliard.
M. Wetzel, pasteur, donne communication d'un mémoire sur la situation agricole de l'arrondissement de Montbéliard ; cette communication fait partie d'un travail plus étendu , préparé par M. Wetzel pour le ministère de 1 In-
struction publique et des Cultes.
M. le docteur Gucuel Ut une note sur les eaux minérales de l'arrondissement de Montbéliard.
Pendant la séance, ouverte à neuf heures trois quarts, et levée à une heure et quart, plusieurs dons sont offerts à la Société, et déposés sur le bureau, entré autres quelques publications scientifiques de la Société d'Archéologie de Zurich, déposées par M. X. Kohler, de Porrentiuy ; et une magnifique médaille moderne en bronze (grand module ), donnée par M. Eug. Boigeol d'Héricourt.