CHAPITRE VI
COLLEGE DE ROUEN APRÈS L'eXPULSION DES JÉSUITES.
Les causes qui ont amené la suppression de la Compagnie de Jésus dans les différents états de l'Europe et finalement dans toute la catholicité 9 les circonstances de cet événement , Tun des plus importants du dernier siècle, sont trop connues et sont, d'ailleurs, trop intimement liées à l'histoire générale pour qu'il soit à propos de les exposer dans un mémoire comme celui-ci , qui n'a pour objet qu'un territoire restreint, le diocèse de Rouen, et, dans ce territoire, un point parti* culier , l'instruction publique. Je me bornerai donc à rappeler les arrêts du parlement de Normandie et à citer quelques pièces de la correspondance confidentielle de Miroménil, alors premier président de cette Cour, plus tard , chancelier de France , soit avec les ministres, de Louis XY , soit avec Mgr de La Rochefoucauld. Les arrêts ont été dmprimés, et les magistrats qui les rendirent s'attachèrent , dans le
(I) Voir poar la !'• partie le tome XXV et pour la U* partie le tome XXVI des Mémoiru*
temps, à leur assurer toute la publicité possible; mais les lettres sont complètement inédites , et si je ne me trompe, on y trouvera de curieuses révélations sur Tesprlt qui animait les parlements, sur la gravité de la crise que traversèrent^ à cette époque , Tancien système de rinslrnction publique et Fautorité royale elle-même.
Dès le 19 novembre 1761, le parlement de Normandie, suivant la procédure adoptée dans les autres cours du royaume , avait ordonné que les frères supérieurs des trois maisons de Rouen (le collège , le séminaire Joyeuse et le noviciat) , seraient tenus de remettre , dans trois jours, à son greffe civil un exemplaire imprimé des constitutions de leur société, notamment de Tédition de Prague, de 1757. Le compterendu en Tut présenté par M. Charles , substitut du procureur général , dans les audiences des 16, 18, 19, 21, 22 et 23 janvier 1762.
Le résultat ne pouvait être douteux. La Cour, le 12 Tévrier suivant, prononça la suppression des Jésuites dans son ressort, et donna comme motifs déterminants de celle mesure, qui eût dû légalement être réservée à Tautorité souveraine, t le zèle ardent dont elle était sans cesse animée pour la sûreté de la personne du Roi et pour le salut de TÊtat,... Thorreur et l'indignation dont elle avait été saisie en considérant renseignement constant et non interrompu de la doctrine meurtrière et régicide de la Compagnie de Jésus. » Elle rappelait, à titre d'exemples de cet enseignement sanguinaire, atroce et horrible, deux faits dont nous avons parlé, sans quMl nous ait été possible d'en sentir la gravité , les condamnations portées, les 23 août 1756 et 2 avril 1759, contre les frères Maxuell et Mamachi, comme défenseurs et apologistes de la morale exécrable contenue dans les livres de Busembaum et de Lacroix.
Cet arrêt fut signifié sans retard aux Jésuites, par l'abbé René-Pierre Le Frère des Maisons, conseiller-clerc en la Grand'Ghambre (1). Le père Canlers , qui pour lors était recteur du collège , accueillit ce dernier avec respect , dans la cbambre du provincial , et lui déclara que, par soumission pour l'autorité de la Cour dont il était décidé à ne s*écarler jamais, il était prêt à faire tout ce qu'on lui demanderait. Il exprima cependant sa surprise de n'avoir été ni entendu, ni appelé,
(1) n ëlait eo même temps chanoiiie de Rouen, de la chambre souTeraine du clergé de Normandie, afchidiocre de Séei. 11 décéda en sa terre des Tertres, près de Séei, le 6 novembre 1783, — Journal d€ Jihrmandie, p, 263*