‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 117 sur 204 · APRÈS L*£XPULSION DES JÉSUITES. 2S · texte numérisé non relu

APRÈS L*£XPULSION DES JÉSUITES. 2S

et annonça son intention de se pourvoir contre toutes les voies de fait. On procéda sans retard à l'inventaire du mobilier des Jésuites, et lenrs biens Turent mis sous séquestre en attendant qu'on pût en opérer la vente (1). Le recueil intitulé Institutum Societatis Jesu fut lacéré et brûlé en la cour du palais , au pied du grand escalier , par Texécuteur des bautes-ceuvres i avec d'autres livres proscrits » notamment un ballet moral : Le Plaisir sage et réglé, qui avait été représenté, au mois d'août 17&0 , sur le théâtre du collège de Rouen.

L*arrét du 1 2 février 1762 porte, avec la signature de Le Diacre de Martinbos , celle du premier président de Miroménil , entrafoé , par faiblesse ou par condescendance , à un acte qu'il était loin d'approuver, û nous en jugeons par ces lettres que , peu' de jours après , il recevait du ministre Saint-Florentin :

A Ce 5 février 1763.

c Je pence bien comme vous, Monsieur, que nous avons perdu bien du temps et un temps précieux, mais ce n'est pas ma faute. Le Roy a, comme vous croiezbien, fort désaprouvé l'arrest du parlement de Rouen et ne peut le laisser subsister. Il vouloit mesme qu'il fut cassé tout de suite dans les termes les plus forts pour marquer son mécontentement. Mais un arrest du Conseil n'auroit peut-estre pas suffit, et le Parlement auroit sûrement fait difficulté d'enregistrer des lettres patentes, ou elles aurolent peut-estre nuy à Tenregislrement d'un édit que le Roy va envoler à tous ses parlements sur l'affaire des Jésuitïes et que vous recevrés incessament, sy il est enregistré. 11 ordonne comme non avenu tout ce qui a esté fait depuis le mois d'aoust. Ainssy Tarrest du Parlement s'y trouvera compris, au lieu que s'il n'est pas enregistré, il faudra le casser d*une autre manière. Mais plus on retarde, et plus les esprits s'écbaufent, et plus les parlemenls prennent d'engagements entre eux et le public. Il est aussy très-facbenx que vous soies sans procureur général, et je sens bien aussi combien tout devient diflScil pour vous et désagréable , surtout pensant comme vous faites. Je vous prie , Monsieur > de ne jamais doutter des sentiments

(1) La maison de Rouen se composait, en 1762 , de douce prêtres et de cinq coadjuteurs temporels dits frères lais: Canlers, recteur, Dubois, directeur, Herré, préfet. Le Roux, professeur de rbétorique, Corollere, professeur de seconde. On vendit, le Sa mai 1765, pour 900 fr. à un Anglais un tableau de Jouvenet, la Présentation au Temple, Une vente non moins regrettable fut celle d^un Christ de Girardon en cuivre bronié.— Arch. de la Seine-Inf., D. 66. D. 50.

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d^attacbement avec lesquels j'ay rbonneur d'estre votre très-humble et

très-obéissant serviteur.

t S. Florentin (1). »

« Ce 7 février 1762.

f Je ne suis point étonné que vous soiez un peu incommodé après la Tatigue que vous avez eue, jointe à la peine que vous avez ressentie de voir le parlement se porter à rendre un arrest aussi extraordinaire et aussi irrégulier et aussy contraire à Tautorité du Roy. Je vous remercie du mémoire que vous m'avez envoie. 11 est très-bon , et j*espère en faire usage sans vous compromettre , et je n*abuseray jamais de la confiance que vous voulez bien me marquer. J^avais déjà entendu parler de la brochure que vous m^avez envolée et que je vous renverray incessamment. On ne peu rien ajouter aux sentiments d'attachement avec lesquels j'ay Thonneur d'estre, Monsieur, votre très-bumble et trèsobéissant serviteur , S. Florentin (2). >

L*édit du roi , annoncé par Saint-Florentin , Tut expédié au parlement dans les premiers jours de mars ; il y fut reçu le 10. Dès le lendemain Miroménil faisait part, dans les termes suivants, de ses impressions et de celles de la Cour , à M. de Lamoignon , garde des sceaux :

c Monseigneur,

• Quoique j'aie soin de vous marquer exactement tout ce qui estarresté dans les assemblées du parlement qui ont pour objet quelque affaire publique, je crois que vous ne trouvères pas mauvais que je vous fasse part en particulier de mes observations touchant le fond des affaires, et je le fais avec d'autant plus de confiance que je suis bien sûr que mes lettres particulières ne passeront point dans d'autres mains que les vôtres.

c L'édit du Roi concernant les Jésuiltes et arrivé hier a été présenté

(1) Bibl. de Rouen.— En tête de la lettre, de récriture de Miromënil : c II me marque que Tarrest du Parlement du 3 février a déplu au roy, mais que Sa Majesté n'a pas jugé à propos de le casser, et que le Roy doit envoler un édit concernant les soi-disants Jésuittes. v

(2} En tète de la lettre : • Il me parle encore de Tarrest du Parlement contre les Jésuiltes, et me marque qu'il me renverra une brochure que je lui avais communiquée. •

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ce matin aux Chambres assemblées. A la lecture de cet édit, un grand nombre de Messieurs du parlement a été d'avis de faire sur le champ un arrôlé motivé et de refuser nettement d'enregistrer. Heureusement que quelqu'un a observé que l'usage étoit de nommer des commissaires afin d'examiner les édits avant de se déterminer soit à enregistrer, soit à faire des remontrances, soit à refuser l'enregistrement et quMl seroit peu respectueux d'en agir autrement. La pluralité a été pour nommer des commissaires. Malgré cela, il ne faut pas se flatter que l'édit soit enregistré. Les éloges que le Roy donne aux Jésuites dans le préambule , ont blessé une très-grande partie de Messieurs du parlement, et plusieurs ont dit que si Ton enregistroit nn pareil édit, il faudroit nous faire notre procès comme calomniateurs et comme indignes des fonctions de la magistrature.

c J'ay demandé à quel jour Messieurs les commissaires voudroicnt s'assembler pour examiner l'édit. Mais on m'a répondu que cela n'étoit pas pressé et qu'il falloit avoir le tems de refléchir. Je n'ai pas cru devoir insister afin de ne pas augmenter l'indisposition des esprits. « Au surplus, je suis certain qu'il n'y aura que très-peu de voix pour l'enregistrement, et je vois avec douleur que l'afiaire des Jésuites occasionnera des agitations dont assurément l'administration de la justice souflrira considérablement. Je ne suis pas éloigné de penser que Messieurs du parlement tireront peut-être en longueur afin d'attendre les événemens du parlement de Paris et de voir ce qui se passera dans les autres parlements ; mais tôt ou tard l'on refusera constemment d'enregistrer , et les suites de ce refus ne pourront être que très-fâcheuses pour la province , en suspendant peut-être totalement l'administration de la justice.

c Voilà, Monseigneur, l'état présent dans lequel nous nous trouvons et le sujet de mes appréhensions pour l'avenir. Ma confiance en vous ne me permet pas de vous dissimuler mes réflexions sur l'édit des Jésuites. 7>

Suivent des objections contre certaines dispositions de l'édit, notamment contre l'existence légalement reconnue d'un général , à l'égard des Jésuites français et l'omission de mesures à prendre pour mettre ces religieux dans l'impossibilité de secouer le joug des évêques.

Ces objections , Miroménil les expose de nouveau , et sous une

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fbrme peu dilTérente , dans la lettre que ^ le 21 marst il envoie an duc de Choiscul pour le préparer à Tarrèt que détail reodre prochaine* ment le parlement.

• Je croioîs , lui écrit-iU que Messieurs du parlement de Rouen ^ avant de s*e\pliquer sur Tédit concernant les Jésuites, vouloient attendre ce qui se passeroit au parlement de Paris, et j'avois d'autant (rius lieu de le penser que, lorsque Tédit fut présenté et que Ton eût nommé des commissaires pour en faire Texamen, je demandai pour quel jour Messieurs les commissaires voudroient que je les assem* Masse afin de commencer leur travail , et ils me répondirent qu'il n*y atoit rien de pressé et quMl falioit avoir le tems de faire des réflexions. Je m'élois bien gardé de les presser , parce que j'cspà^ois que Ton pourroit bien relarder jusqucs à Pasques, et que ce seroit donner au Boy le tems de prendre des mesures pour arranger Taffaire au parlement de Paris, dont les démarches influent toujours beaucoup sur les uôtres. Je fus surpris samedy lorsque celuy de Messieurs du parlement qui est chargé de faire le rapport de Tédit me demanda l'assemblée des commissaires. Je ne crus pas devoir la refuser parce que cela eût été contre la règle et que d'ailleurs il n'en auroit pas fallu davantage pour me rendre suspect. Je dois donc assembler les commissaires demain après midy.

« Je doute que l'on prenne le parti de faire des remontrances ; il me parolt que Messieurs du parlement sont dégoûtés d'en faire , et je suis très-porté à croire que l'on fera seulement un arrêté pour supplier le Roy de retirer l'édit. >

Du reste, Miroménil, dans sa lettre à Choiseul , proteste contre tout sentiment d'boslilité qu'on pourrait lui supposer envers les Jésuites :

c Je serois bien fâché , Monsieur , ajoute-t-il , que vous pussiez me soupçonner d'être ennemi des Jésuites. Je ne puis rien haïr dhns l'Etat. Ils sont sujets du Roy, et doivent, par conséquent, partager l'afiection et la bonté du Roy pour tous ses sujets. Mais s'il ne faut pas les détruire, il faut prendre des mesures pour les conserver. SMls sont utiles et même nécessaires, il faut les mettre à couvert pour l'avenir des malheurs qu'ils éprouvent anjourd'huy. Enfin , il faut les rendre encore meilleurs et plus utiles. Voilà ce que je désire avec d'autant plus d'ardeur que je sens qu'il est très important de mettre

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fin , sMl est possible, aux troubles que cette affaire occasioune et de préteirir ceux quitte peut occasionner dans la suitlc. »

Le 27 mars, Tarrët du parlement Ait rendu dans des termes qui rencltérissaient encore, pour la violence, sur ceux de Tarrêt du 13 février :

« La Cour, toutes les Chambres assemblées , constamment pénétrée des motifs qui ont déterminé Tarrest rendu en ycelle le douze février dernier , considérant que Tinstltut , le régime et la conduite persévérante de ceux qui se disoient cy-devant de la Compagnie de Jéstts ^ militent essentidfement contre les véritables maximes du gouverner ment et le droit public des nations, quMI n^est aucun tempérament capable de donner une consistance régulière à un corps dont les^ constitutions, différentes de celles de tous les ordres admis dans PEtat» sont attentatoires aux constitutions mêmes de FEtat, et que les mesures prises par Tédit donné le présent mois de mars ne pourroient, même dans aucun cas , assurer une fidélité que n'ont pu procurer jusquMcy la foy des engagements, la religion du serment , Tautorité des loix et rimpérieuse disposition des clauses irritantes consacrées, en J561, par le concours de Tune et de l'autre puissance, également alarmées à la vue des premiers éléments d'un institut et d'un régime dont les règles politiques, les ambitieux privilèges et les effrayantes maximes Yoilées sous des expi*essions religieuses, semblent préparer des fers au monde entier, ladite Cour, faisant droit sur les conclusions du procu» reur général du Roy , dans Timpossibilité de concilier les sentiments d^amour, de respect et de Gdélité dont elle est sans cesse animée pour ledit seigneur Roy avec l'enregistrement d'un édit qui porte tous les caractères d'une surprise faite à sa religion , a déclaré et déclare qn^elle ne peut y procéder sans manquer à son devoir et à son ser- BWDt ; en conséquence , ordonne que l'arrest de la Cour du douze février dernier sera exécuté , selon sa forme et teneur ; et sera ledit seigneoF Roy très-humUement supplié, en tous tems et en toute occa-» sion , de considérer que les loix , les maximes les ptus constantes de Tordre public, Hutérest mesme de la religion ne permettent aucune tolérance même provisoire d'un institut abusif en lui*mème , de vœux aussi nuls , dangereux et abusifs que les constitutions qui en sont Fobjet et la règle et déclarés tels dans ta forme légale. »

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Seraeivcore représenté audit seigneur Roy qu'il n*est point de motir, point de considération qui puissent jamais favoriser le rétablissement d'une société où Ton enseigne et tolère par principes Tbomicidc en touts genres et le meurtre des Rois, qui porte Tatrocité et le pbanatisme jusqu'à Taire uu dogme catholique de renseignement de ce genre d'attentats et qui ne rougit pas de préconiser comme saints ceux qui en sont les autbeurs et les instigateurs , que la nécessité seule de s'armer de précaution contre un corps prétendu religieux est une accusation publique contre son régime , un jugement aulbenlique de sa perversité 9 un scandale dans l'Eglise et dans l'Etat, et une raison déterminante pour le proscrire que nulle autre ne sauroit balancer , quelque poids qu'on lui supposât et de quelque crédit qu'elle pût être apuyée. Que si ledit seigneur Roy , distrait par un sentiment de bonté du soin de sa sûreté personnelle, pouvoit perdre de vue cet objet capital , il est du devoir indispensable de son parlement de lui représenter que sa précieuse vie n'appartient pas moins à ses peuples qu'à lui-même , que toute faiblesse ou fausse complaisance des magistrats sur cet article si essentiel ne pourroient que leur être imputées à crime dans le siècle présent et dans ceux qui doivent suivre : que la conservation de la personne sacrée dudit seigneur Roy ne peut admettre ny surséance ny retardement : que la tendre solicitude de son parlement, l'amour des peuples auquel ledit seigneur Roy no peut estro insensible, la sûreté commune de tous les roys entre lesquels il tient le premier rang et dont l'intérest lui est cher, les droits de l'Eglise dont il est le fils afné, le bien de la Chrétienté, si précieux à un roi très-chrétien, le vœu de Tunivers dont il est l'ami, enfin , le cri de la religion et de l'humanité s'oposent et s'oposeront à jamais à ce qu'aucune autorité puisse réintégrer ,- valider , légitimer l'impiété radicale , reconnue, jugée et désormais nottoire d'un régime et d'un vœu qui ne blessent pas moins la majesté divine que toutes les majestés humaines. » Devant l'opposition des parlements, le Gouvernement de Louis XV céda ; il se détermina à retirer l'édit concernant les Jésuites. Ce résultat était prévu. Le garde des sceaux s'excusant de n'avoir point répondu à la lettre de Miroménil du 11 mars, lui écrivait, à la date du 6 avril: • Au train que je voyois prendre à cette aflairc , je n'ay pas douté que les choses n'allassent plus loin et plus vite que

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TOUS ne le pensiés , et que par conséquent tout ce que je pourrois vous mander à ce sujet ne fût absolument en pure perte. •

Par Tarrêt du 12 février 1762, la Cour avait enjoint « aux pères et mères et autres ayant charge de Téducation des étudiants, de les retirer ou faire retirer des collèges des Jésuites et de concourir à leur égard à Texécution dudit arresl comme de bons et fidèles sujets du Roi , zélés pour sa conservation , le tout à peine d'être fauteurs de la doctrine impie et attentatoire à Tautorité et sûreté de la personne du Roy et comme tels punis suivant la rigueur des ordonnances. »

Mais, en même temps, « désirant pourvoir suffisamment à l'éducation de la jeunesse » , elle avait ordonné que « dans six semaines pour toute préfixion et délai, les maires et échevins des villes du ressort de la Cour, les bailliages et autres sièges, ensemble Tuniversité de Gaen, seroient tenus d'envoyer au procureur général , chacun séparément, des mémoires contenant ce qu'ils estimeroient convenables à ce sujet pour, ce fait ou faute de ce faire, être par la Cour, toutes les Chambres assemblées , ordonné , sur les conclusions du procureur général , ce qu'il appartiendrait. *

Par là , le Parlement annonçait clairement son intention de mettre la main sur l'éducation publique , de l'organiser à sa gnise , et si quelque chose doit surprendre, c'est qu'une usurpation aussi manifeste sur l'autorité royale n'ait pas été immédiatement réprimée. Miroménil et Saint-Florentin s'en alarmaient; et dans les lettres qu'ils échangèrent à ce sujet , ils se faisaient part de leurs inquiétudes pour l'avenir , en accusant l'inertie du chancelier et la faiblesse du gouvernement. Il leur paraissait indispensable à l'un et à l'autre que le Roi s'attachât à maintenir ses prérogatives et n'abandonnât pas les rênes de l'État aux parlements.

« Il est nécessaire, écrivait Miroménil (26 avril 1762) , que le Roy se rende maître de l'établissement des nouveaux collèges et que S. M. fasse seule le choix des personnes auxquelles elle voudra confier les places de professeurs, et il faut aussi que les évêques soient seuls chargés de pourvoir aux séminaires sous l'autorité du Roy. Voilà la règle , et il faut bien se garder de souffrir que Ton y couti*evienne

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sauf au Parlement à punir dans la suite le$ particuliers qui contre^ viendront aux loix Uuit Texécution luy est cosifiée suivant Texigcnce des cas.

« Le Roi approuve la dissolution des Jésuites et permet que lès arrêts du Parlement à cet égard soient exécutés^ 11 est le maître , et nos arrêts eu cette matière reçoivent leur force de l'approbation qu'il veut bien y donner. Mais ce n'est point au Parlement seul k former de nouveaux établissements, ni à nommer les principaux, les professeurs, les régents, ni ceux auxquels l'éducation de la jeunesse sera confiée.

« Chaque établissement doit être fait par de nouvelles lettres patentes que le Boy adressera à son Parlement pour les enregistrer.

c Le Boy doit se réserver la nomination de toutes les places afin que les enfants de ses sujets ne soient élevés et instruits publiquement que par des hommes dont il soit assuré (1). * — • Je pence, comme vous, lui répondait Saint-Florcntiu. 11 est absolument nécessaire que le Boy prenne un party sur la conduite des parlements , et je ne peux qu'estre charmé de vos réflcctions et de ce que vous me marquez. Mais M. le chancelier que cela regarde ne propose rien au Boy, et est sur toutte cette aflaire, qui est la plus importante, d'un froid et d'une inaction qui m'étonne, et qui a déjà causé et qui causera encore de grands maux. » ( Letti*e du 30 avril 1762.)

(9) La lettre de MifXMténll, à laqaelle cette eilatioD est empruntée, fat adressée ft Sahit-FIorciKin , eD lépoose à une lettre de cdoi-o, du 33 avril précédent : • L*alBiire des Jésiiîles est toornée diAérameut que je croiois, et je Toy qu*on a trop difléré Teavoy de Fédlt aui parlements et après les diffôients arrests qui avoient été rendus , il auroit été à désirer qu*on ut suivy ce que vous me proposées par vos lettres particnMères ; mais anjourd^huy, anpaint oh sont les choses, Je eroy qu*on doit sVcuper de rinstniclion de la jeunesse et de ceux qui y sont préposés , et que les parlements ne disposent pas seuls des places de celte importance, v Saint-Florentin, par la même lettre, lui demandait des renseignements sur les maisoiiH de Jésuites supprimées dans le ressort du parlement de Normandie. Personne ne paraissait plus en état qu'un premier président de répondre à cette demande , et pourtant les reiiteignements que celui-ci transmit sont insignifiants ou erronéSi U parle de fondations faites, au coUége de Bouen par les cardinaux de Bourbon et d'Étouteville, d'un hospice que les Jésuites de Bouen avaieni à Falaise. ete. Ce qui est plus remarquable, c*est Taveu qull fait au ministre de Pimpossibililé où il se trouve dé le satisfiilie. c L'autorité du Bogr est si peu soutenue que ceux qui ont rkonneur d*6tre chargés de ses ordres ou de le représenter voient de jour en jour diminuer leur considération, et je ne puis vous dissimuler que je ne serois pas assuré que ceux auxqueh je m'adresserois gardas^nt le secret comme ils le derroient. U est donc à craindre, si je fais quelque infermation, que Messieurs du Parlement n^en soient iifamét H que je ne leur cleneniie suspect »

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La lettre de Miroménil, «n réponse à celle-ci, mérite d'être rapportée OH entier. Il y envisage avec effroi la révolution qui se prépare ; ce n'est plus des Jésuites quMI s'agit ; les bommes de parti , que les parlements renTcrmcnt dans leur sein , lui paraissent à présent les plus dangereux ennemis de la royauté , et c'est contre eux surtout qu'il voudrait la voir se prémunir.

t A Monsieur de S. Florentin , ie 16 may 4762.

« MoNSiBua,

« Vous m'avés Tait l'honneur de me marquer, par votre lettre parti* ailiëre du 30 avril, de vous instruire si, dans les endroits où les Jésuittes sont établis en Normandie, il y a d'autres collèges. Il n'y a dans la province que trois collèges de Jésuittes , un à Rouen , un à Caen , un à Alençon. Â Caen , l'université qui y réside a deux collèges , dont l'un se nomme le collège des Arts, et l'autre le collège Du Bois. Ainsi l'on pourroit, je crois, se passer d'un troisième, à moins qu'il ne fût conservé pour entretenir plus d'émulation.

• Quant à Rouen , il n'y a d'autre collège que celuy des Jésuittes , et il n'y en a point d'autre non plus à Alençon. Je ne sacbe même pas qu'il y en ait dans les environs de ces deux villes.

c Je conviens. Monsieur, qu'il est surprenant que M. le chancelier garde le silence sur une affaire aussi importante que celle qui nous occupe aujourd'huy. L'éducation de la jeunesse est un objet auquel on ne peut donner trop d'attention , et il n'est pas indifférent de savoir à quels personnages l'on confie le soin de former le cœur et Tesprit des sujets du Roy et des membres de l'État.

• Mais permettes moi, Monsieur, de vous observer que si cette affaire concerne particulièrement M. le chancelier en ce qui touche le Parlement, elle n'intéresse pas moins MM. les secrétaires d'état, relativement au bon ordre et à l'avantage des provinces dont l'administration leur est confiée. Il est certain que si l'on souffre que les gens de parti se rendent maîtres d'un dépôt aussi précieux que celuy de l'éducation de la jeunesse, il en résultera des maux que plusieurs siècles ne suffiront pas pour guérir. Les

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préjugés de Tenrance ne s'cflacent jamais entièrement, et un royaume, dont les principaux sujets auront été élevés dans Tamour de Tindépendance , dans la haine de Tautorité , dans Tesprit de murmure contre le gouvernement , dans le mépris des évèques et des ecclésiastiques , dans le Tanatisme , ne pourra pas manquer d'être un jour désolé par les plus terribles révolutions. Notre monarchie n'a que trop éprouvé ces malheurs. Le tems n'en est pas assez reculé pour que l'on en puisse perdre la mémoire, et ce qui est arrivé peut encore arriver un jour. 11 est donc important, Monsieur, que le Roy s'occupe essentiellement des moyens d'éviter à ses augustes descendans des malheurs dont la seule idée Tait saigner le cœur à tous ceux qui veulent y réfléchir. Quoique la mort rende tout égal, tout IndiiTérent, je sens que l'on aime sa patrie, non-seulement pour le temps que l'on y doit vivre , mais que l'on s'intéresse encore à ce qui peut luy arriver quand ou ne sera plus. D'ailleurs , le Roy est , grâce à Dieu , encore assez jeune pour espérer que Dieu prolongera les années de sou règne. Nous faisons tous des vœux ardents pour qu'un aussi bon maître parvienne à la plus longue vieillesse , mais il est nécessaire qu'il proflte du tems où il est encore dans la vigueur de l'âge pour se procurer une vieillesse trauquille.

c Je vous ai marqué , Monsieur , il y a quelques jours , que j'avais été chargé de donner l'exclusion à un fanatique nommé Âbraham-Joseph Chaumeix , qui demandait une place dans le collège de Rouen ; il était protégé secrètement. Mais le ridicule de sa crucifixion et des satires de Voltaire sur luy que je fis valoir m*aidèrent à le faire rejetter. Il peut s'en présenter d'autres qui seront aussi dangereux et peut-être davantage , et que je ne pourrais pas écarter à l'aide du même ridicule.

• Je soumets ces réflexions à votre sagesse. Le tems approche, le Parlement ne perd pas un moment ; il est important que le Roy ne néglige pas une précaution de laquelle dépend le bonheur ou le malheur de l'État pour l'avenir et peut-être même celuy de son règne. Ah l Monsieur, que r on perd par de certains retardemens (1). »

Les avis de Miroménil ne parvinrent point , vraisemblablement , aux

(1) En marge de la minute, de La main de Miroménil : « Je réponds à sa lettre da 80 aTril et lui marque qu'il est important que le Roy ne perde pas de temps et s^occuppe de rèducaUon. ■

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oreilles du Roi , ou , s'ils y parvinrent , ils furent inutiles. Placé à la tête d'une compagnie dont il déplorait , au fond du cœur , le fanatisme religieux et les tendances anarcbiques , ce magistrat eut la douleur d'être le témoin des entreprises qu'elle se permettait sur l'autorité royale , et l'humiliation de prêter son nom et sa signature à des actes qu'il désapprouvait.

Le Parlement, en supprimant les Jésuites, avait pris des mesures pour que l'exercice des collèges ne fût point interrompu. II avait enjoint aux Jésuites de Rouen de rester en fonctions et de continuer leurs classes jusqu'au 1*' juillet (1). Le 28 mai, il nomma M. Grente de Grécourt pour travailler au plan de la nouvelle administration qu'il s'agissait d'établir au collège (2). Le 9 juin , il s'occupa de prendre des arrangements pour la nomination des nouveaux professeurs, sans tenir compte de la prétention de Mgr de La Rochefoucauld , présent à la réunion , qui revendiquait le droit de les nommer , à l'exclusion de tous autres , en qualité d'archevêque et comme représentant du cardinal de Bourbon , premier fondateur et dotateur en partie du collège.

Le 15, toutes les Chambres assemblées, sur le rapport de M. de Saint-Just, conseiller commissaire, la Cour a ordonna par provision que les officiers municipaux du Bureau actuel de l' hôtel-commun s'assembleraient, sans délai , pour procéder , en présence et par l'avis des sieurs Bigot , président, de Saint-Just, du Fossé, Le Couteulx et de Sainte-Geneviève, conseillers , commissaires à ce députés , en la présence du procureur général du Roi, au choix et à la nomination des nouveaux maîtres, pour fixer leurs salaires et leurs appointements et pourvoir à l'instruction de lajennesse, en la forme et manière des collèges des universités. ^ La délibération des officiers municipaux dut être apportée à la Cour pour y être homologuée, et en attendant il fut décidé qu'elle serait exécutée par provision, à compter du l*'juillet suivant, jour auquel les nouveaux maîtres devaient être mis

(i) Ils demandèrent à fermer lears classes avant ce terme et à quitter la yille de Rouen. Cette demande fut rejetée par Tarrêt du 9 juin. — Affiches de Normandie.

Du S5 juin au 21 juillet 4762, on remboursa aui Jésuites 16,937 1. Un arrêt du Parlement avait fixé à AOO 1. le vestiaire des régents et professeurs, à 200 I. celui des frères coadjuteurs, et à 20 s. par lieue de leur résidence au lieu de leur naissance les frais de leur itinéraire.

(2) Affiches, année 1762, p. 3.

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en possession des classes. La Cour annonçait d'ailleurs qu'elle n'entendait, par Tcxéculion provisoire de ces arrêts, nuire, en aucune manière que ce fût, aux droits que Pordinaîre ou tous corps et personnes particulières pourraient prétendre, à titre public ou privé, en ce qui touchait ledit collège. • Elle se réservait, lors de la présentation de la délibé* ration , concordats et règlements ordonnés par le présent arrêt luy être apportés, de délibérer sur les mémoires ou requestes qui pourroient luy estre présentés à cet égard (1). »

Le 1" juillet tombait un jcudL La Cour craignit que ce jour étant habituellement un jour de congé, cette circonstance ne nuisit à la solennité de rinstallation des nouveaux professeurs ; elle rendit (28 juin) un arrêt remarquable par Tesprit à la fois minutieux et despotique qui Tinspirait.

II fut enjoint « aux pères, mères, curateurs, maftres de pension, supérieurs de séminaires et autres ayant charge de l'éducation de la jeunesse, d'envoyer exactement, sous les peines au cas appartenant, ledit jour premier juillet prochain, leurs enfans ou autres confiés à leurs soins, aux écoles publiques du collège de Koueu. — Le 1" juillet, jour de l'installation fixé par les arrêts de la cour, tombe le jeudi, jour auquel les écoles sont ordinairement fermées... Il n'est point de pères, mères, tuteurs, curateurs, supérieurs de séminaire, maîtres de pension ou autres auxquels le soin de la jeunesse est confié, qui ne doivent, en cette occasion , donner une preuve de leur fidélité au Roi et de leur attachement et respect pour les arrêts de la Cour , en envoyant exactement au collège leurs enfans mineurs ou pensionnaires , malgré l'usage du congé du jeudi. Il n'est point d'enfans qui ne doivent faire éclater les mouvements et transports de fidélité déjà gravés dans leurs jeunes cœurs, en accourant avec joie et docilité recevoir les instructions des nouveaux maîtres qui leur sont destinés. »

€ Ce jour-là , Jean-Robert Bigot , président à mortier du parlement de Normandie, Jacques- André Gdenet de Saint-Just, Antoine-Augustin- Thomas du Fossé , Barthélémy-Thomas Le Couteulx et Guedler de Sainte- Geneviève , conseillers du Roi au Parlement , nommés par arrct de la Cour du 15 juin dernier, accompagnés de M. Charles, substitut du

(I) Arch. do Parlemenl. — Arch. de la S.-InC, D.) 269.

APRES l'expulsion DES JÉSUITES, 239

procureur général, de Pierre-Robert Mustel, conseiller-notaire secrétaire du Roi au Parlement, précédés des huissiers de la Cour, et escortés d^un détachement de la compagnie des ciuquanteniers et d'un autre détachement des arquebusiers, se rendirent au collège où ils furent rejoints par les écbevins du Rurean actuel et par M. Durand , procureur du Roi de la ville. — M. Rigot , après un discours , annonça au public les nominations des professeurs :

C'étaient : M. Gigot , professeur de philosophie au collège des Quatre- Nations , ex-recteur de l'Université de Paris , principal ;

Morier, ancien sous-principal au collège de Reauvais, sous-principal ;

Cauchois , sous-vicaire de St-Nîcaise , prêtre ;

Chappelle , suppléant depuis 5 ans M. le recteur de TUniversité de Paris à la classe de philosophie , au collège des Grassins , professeur de physique ;

Perrîn , de Vernon , prêtre , bachelier en théologie , professeur de logique ;

Auger, de Paris, prêtre, élève de Le Reau, couronné trois fois en rhétorique à TUniversité , et ci-devant maître de quartier de rhétorique au collège des Grassins , professeur de rhétorique ;

Aubry , élève de Le Reau , maître de quartier de rhétorique au même collège , professeur de seconde ;

M. Fausset, élève de Le Reau, maître de quartier au collège de Harcourt , professeur de S* ;

Hennequier, maître de quartier au même collège, professeur de 4*;

Delaunay , ci-devant préfet au collège de Gisors , professeur de 5* ;

Guillermet , professeur de 6*.

La messe fut célébrée au collège par M. Cauchois. Un repas fcrt offert aux professeurs par M. Rigot.

Lé 5 , M. Gigot fut installé comme principal par M. de Gréconrt y eu présence du procureur général du Roi , d'un commissaire de la ville et du substitut du procureur général. Il avait annoncé son intention d*étaUir, suirant les désirs de Messieurs du Pariement et de la ville, une pension dans le collège, oh il y aurait des maîtres de quartier comoie ft P)ari9.

2&0 COLLÈGE DE AOUEiV

Un prospectus, publié dans les feuilles publiques, dous fait counaître les coudilious de la pensiou au collège royal de Rouen :

t l*" La pension est de 360 1. par an ; on paye par quartier et d'avance.

(. ^ Tous les pensionnaires doivent avoir une robe et de plus un bonnet quarrc s'ils sont en philosophie ; ils se fournissent de papier , plumes et encre, de livres de classe, draps , serviettes et d'un couvert d'argent.

« 3"" Ils paieront par an , outre la pension, 121. pour le chauffage de l'hiver, 12 1. pour la chandelle , 3 1. par quartier pour le service , et 3 L chaque année pour le portier. Ils doivent avoir un lit complet, une chaise , un pupitre , un chandelier de cuivre , un coffre ou cassette pour renfermer leurs habits , linge , etc. ; ils donneront un état exact de leurs effets en entrant au collège.

€ ly. On ne diminue pas sur la pension les absences pendant le cours de l'année, à moins qu'elles ne soient de longue durée. On ne diminuera rien non plus pour les vacances , et ceux qui resteront au collège n'auront rien de plus à payer.

« VU... Ceux qui ont une chambre parliculière paieront, outre les 360 1. de leur pension , [\60 1. pour celle de leurs précepteurs ou gouverneurs et autant pour celle de leurs valets. Les personnes qui seront auprès d'eux seront en tout soumises aux ordres et aux lois du colléq;e. Us se fourniront de bois, de chandelle et autres choses nécessaires. Ceux qui n'auront pas de domestiques paieront un écu par mois pour faire leur chambre et leurs commissions.

« yill. Ou suivra dans la pension la même règle qui s'observe au collège du Plessis , à Paris. >

Autant la Cour s'était montrée soupçonneuse à l'égard de l'enseignement des Jésuites, autant elle se montra zélée pour la défense de l'enseignement des^professeurs qu'elle avait choisis. On se rappelle la condam* nation sévère encourue par le P. Mamachi pour la dictée de deux vers latins. — Un thème du même genre , dicté par le professeur de 3**- à ses écoliers, donna lieu au soupçon de matérialisme. L'accusation pouvait tomber d'elle-même, et il n'y avait rien qui nécessitât une intervention du Parlement. Cependant on le voit, le 20 juillet 1762, sur la remontrance du procureur général du Roi , rendre un arrêt pour déclarer c fausse ^ injuste, calomnieuse et le fruit de l'ignorance, Timputatiou de matériau

APRÈS L*EXL>ULSION DES JÉSVITES. 2/il

lisme faite au professeur de 3® du collège de Rouen , à roccasion d*un thème dicté à ses écoliers , lequel se trouvait non par extraits détachés, mais tout entier et de suite dans la collection de Quintilien , faite par le fameux M. Rollin pour les études. >

Le 27 août 1762, parut un arrôt portant règlement d'études pour le collège de Rouen. — Cet arrêt fut rendu sur la proposition de M. Charles, substitut du procureur général , et à la suite d'un discours dont il suffira de citer quelques passages.

« Messieurs,

€ Vous êtes enfln parvenus à rentière consommation d'une entreprise également utile et glorieuse. Par vos soins , la province voit couler dans sa capitale des sources abondantes oii les citoyens pourront puiser , en môme temps , et le vrai goût des sciences et les principes les plus sûrs de la religion. Quinze jours vous ont suffi pour rassembler des maîtres qui ont déjà su mériter la conGance du public , et dont plusieurs viennent reverser dans le sein de leur patrie les trésors de connaissances dont ils se sont enrichis dans la première ville de ce royaume. On verra sortir de leurs mains des hommes religieux , instruits et attachés par principes aux véritables maximes de la monarchie : voilà , Messieurs , ce que nous avons droit d'attendre de leur zèle , de leur application au travail , de leur tendresse pour leurs disciples , et de la célébrité de cette école ancienne et toujours fidèle à ses rois, dans laquelle plusieurs d'entre eux ont été formés ; il ne vous reste plus , pour mettre la dernière main à votre ouvrage , que de donner à ce nouvel établissement une forme solide et durable.

• Pour remplir ces vues , nous ne vous proposerons pas , Messieurs , d'essayer un nouveau plan d'études et d'établir une nouvelle méthode d'instruction ; nous nous bornerons uniquement à appliquer à l'administration scolastique du Collège Royal de cette ville , les maximes , usages et règlements de l'université de Paris, autant que les circonstances des temps et des lieux le permettent ; le désir le plus ardent de voir fleurir la science et les mœurs dans cette capitale d'une grande province, qui

S&'i COLLÈGE DE ROCliiN

a TouiDi dans tous les temps et dans tous les genres des sujets utiles à rÉtat, et qui, tout entière à la religion et à son Roi, donne sans cesse aux yeux de l'Europe le spectacle enchanteur du plus inviolable attache* ment , excite notre zèle et guide nos démarches, i

Nous ne citerons également que quelques-unes des dispositions de ce long règlement.

t Art. 1*'. — Le collège sera composé d'un principal et de huit professeurs, savoir: de physique, de logique, tous deux fixés à leurs classes sans circuler ; rhétorique , seconde , troisième , quatrième , cinquième et sixième ; le principal et les huit professeurs oe^urront être substitués qu'en cas de décès , d*inconduite et d'incapacité ; et ce par arrêt de la Cour.

t Art. 2. — Il n'y aura d'autre autorité dans le collège que celle du principal qui déterminera les fonctions des sous-principaux.

a Art, 3. — Lors de la vacance d'une des chaires de professeur , le principal présentera un sujet à l'assemblée du Bureau de la ville convoquée, dans la forme prescrite par l'arrêt de la Cour du 20 juin dernier; lequel sujet sera reçu ou rejette par ladite assemblée , en présence et de l'avis des commissaires de la Cour.

Art. 5. — Les professeurs auront dans le collège un logement honnête et commode, et qui sera Gxé lors de la distribution des appartements dans ledit collège.

« Art. 6. — Les professeurs mariés pourront loger dans ledit collège, mais ils n'y pourront jamais avoir avec eux leurs épouses ni leurs filles.

(L^arrêt règle les congés , les jours de sermon et de confession.)

tt Art. 72. La distribution sera précédée d'une tragédie ou comédie , sans danses et sans ballet.

c Art. 75. — Les écoliers remettront au principal , ou à quelqu'un dénommé par lui à cet effet, la somme de 20 s. chaque année pour Tentretieu des bancs , vitres, lumières eu hiver et le domestique de cour, de plus 6 liards par mois pour le balayage des classes. •

Conformément à l'article 3 précité , les chaires de physique et de 3"* étant devenues vacantes, M. Gigot, principal, présenta, le 18 no* Tembre, m Bureau de Thôtel de ville, MM. Desros, licencié en

APRÈS l'bxPULSîON DES JÉSUITES. 24S

théologie à Paris et maître de quartier au collège du ^essis^ et M. Bunei, niaîlre de pension à Rouen. — Cette présentation fut acceptée par le Bureau de Tbôtel de ville auquel s'étaient adjoints MM. Bigot , de Martinbos de Beuville , Le Couteuk , de Sainte-Geneviève , conseillers , et Charles, substitut.

Peu de temps après, M. Gigot donna sa démission de principal; elle Tut acceptée le 2k décembre 1782.

Ce changement était le résultat de sérieuses difBcuItés éprouvées par la nouvelle administration. Nous ne saurions dire exactement en quoi elles consistaient. Ce qui est certain , c'est qu'on était alors au plus fort de la lutte engagée, d'une part, entre le Parlement et l'archevêque, homme modéré par humeur et fort ami de Miroménil , au sujet de l'organisation des collèges, d'autre part, entre la même cour et l'autorité royale au sujet des mesures à prendre à l'égard des Jésuites.

L'arrêt du 12 février avait réservé à ceux-ci le droit de se pourvoir par devers la Cour aux fins d'en obtenir un secours , s'il y avait lieu. — Un arrêt du 21 juin mit à ce droit des restrictions : • Le secours ne put , dans aucun cas, appartenir qu'à ceux qui, ayant atteint Tâge de 33 ans, se trouvaient privés du pouvoir de réclamer aucun patrimoine dans leur famille... ils durent encore, et leur propre honneur, disait-on, les y conviait, ainsi que leur devoir, justifier du serment par eux prêté en personne d'être inviolablement fidèles au Roy , de tenir les quatre propositions du clergé de France de 1G82 et les libertés de l'église gallicane, de détester sincèrement la morale pernicieuse contenue dans le Recueil d'assertions déposé aux greffes des parlements de Paris et de Rouen. »

De plus , fl dans la nécessité d'établir des règles générales capables de prévenir toute espèce de contravention à l'esprit de l'arrêt du 12 février, le Parlement se crut obligé d'ajouter aux conditions précédentes que les ci-devant soy-disant Jésuites, requérant pension et autres secours, seraient tenus de passer leur soumission de ne pouvoir habiter, en quelque lieu que ce fût, les maisons, séminaires, pensions de la cy-devant société, ou autres destinés à l'instruction et éducation de la jeunesse ou communautés religieuses, ni entretenir aqcune correspondance avec le général ou autres supérieurs par lui préposés, ni aucunes associations avec le$

membres de ladite ci-devant société. EoPid, il parut convenable que les Jésuites ne pussent proresser aucun enseignement public ou particulier , posséder aucun béuéGce à charge d'âmes, vicariats, emplois ou fonctions ayant môme charge, charges civiles ou municipales, offices de judicature ou autres , en quelque lieu que ce pût être , sans avoir préalablement satisfait au serment prescrit par Tarrêt du 12 février , sous les peines y exprimées , et en outre à peine de déchéance de tout droit aux pensions et secours. »

Ce serment ne fut point obtenu, et la résistance qu'elle rencontra de ce côté , non moins que l'exemple des autres parlements du royaume , engagea la Cour à de nouvelles mesures de rigueur, dont Miroménil rendit compte au chancelier dans cette lettre qu'il lui adressait à la date du 23 juillet 1762.

• Monseigneur,

< Je tous ai envoyé hyer une copie de l'arrêt du Parlement qui fixe aux Jésuittes un délay pour renoncer à toutte correspondance avec le général de la société , et , faute par eux d'y satisfaire , leur ordonne de sortir du roiaume , à peine d'être poursuivis extraordinairement.

« Quoique je me borne toujours à rendre compte au Roy par votre ministère de ce qui est arrêté dans les assemblées du Parlement , sans jamais entrer en aucun détail sur les circonstances particulières des délibérations , il me paroit indispensable de vous informer de ce qui s'est passé à l'occasion de l'arrêt dont il s'agit. Je vous suplie , cependant, d'engager le Roy à se contenter du simple récit du fait et à ne pas exiger que je luy nomme ceux qui peuvent y être intéressés.

t II a paru icy un imprimé de l'arrêt du Conseil supérieur de RoussilloD qui expulse les Jésuittes. Cet arrêt contient des deffences à touttes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, de proposer et de solliciter le retour des Jésuittes à peine d'être poursuivis extraordinairement.

« Lorsque l'on proposa au Parlement le projet de l'arrêt dont je vous ai envoie hyer une copie , l'on y avoit inséré les mêmes deffences , et d'abord la pluralité des voix éloit pour agréer le projet d^arrêt en entier.

APRÈS l'expulsion DES JÉSUITES. 245

t Lorsque j'eus recueilly les voix de tous Messieurs du Parlement et qu'il Tallut donner la mienne , je dis que je n'étois pas en état d'opiner sur Tarticle des deffences de solliciter le retour des Jésuittes , parce que je n'entendois pas assez parfaitement , et je priai ceux de Messieurs du Parlement qui étoient de cet avis de vouloir bien éclaircir mes douttes et les lever. En conséquence , je demandai sur quelles personnes dévoient porter les deflfences que l'on proposoit d'insérer dans l'arrêt. L'on me répondit que ce ne pouvoit être que sur les personnes qui vivoient dans le ressort et l'autorité du Parlement.

4 Alors , je dis que cette réponse ne pouvoit pas calmer entièrement mes inquiétudes, qu'il n'y avoit que le Roy seul qui pût rétablir les Jésuittes et que les parlements même ne le pourroient pas , parce que leur autborité avoit des bornes qui ne leur permettoient pas de rétracter leurs arrêts, qu'il n'y avoit par conséquent que le Roy seul auquel on pût s'adresser pour demander le retour des Jésuittes , et je priai ces Messieurs de me dire si leur intention étoit de défendre d'adresser au Roy de pareilles demandes.

c L'on me répondit que les deffences dont il s'agissoit ne pouvoient avoir lieu que pour le ressort du Parlement, et que le Conseil supérieur du Roussillon en ayant donné l'exemple, il étoit naturel de le suivre.

< Je répliquai que je respectais les décisions du Conseil supérieur du Roussillon, mais qu'elles ne pouvoient pas faire une loy indispensable pour le Parlement ni pour moy , si je prévoiois qu'il en résultât des conséquences dangereuses qui n'eussent pas été prévues par les magistrats du Roussillon.

c Et pour parvenir à tirer de ceux qui étoient de l'avis des deffences une explication entière, je leur demandai s'ils pensoient qu'en vertu d'une pareille disposition l'on pût faire le procès à un ministre qui auroit proposé au Roy de rappeller les Jésuittes, ou à un évéque qui auroit demandé à S. M. de les rétablir.

c L'on n'hésita pas à me répondre que , par raport au ministre , le Parlement de Paris seroit seul dans le cas de luy faire son procès , mais qne si un évéque de Normandie demandoit le rapel des Jésuittes , il n'y auroit nulle difficulté que le Parlement de Rouen lui Ht son procès, ainsi

2&6 COLLÈGE DE RODBN

qu'à tout autre particulier ou homme en place de la province qui feroit au Boy la même demande.

« Cette explication étoit suflisante pour me déterminer sur ce que j*avois à faire. Alors je dis que je ne pouvois être d*avis de faire des deffences capables de priver tous les sujets du Roy du droit qu'ils ont de présenter directement à S. M. telles requêtes quUls jugent à propos. JTajoutay que Ton ne pouvoit jamais punir un sujet pour avoir adressé une supplication à son maître, et que c'étoit au Roy seul quMI appartenoit déjuger si les prières que luy faisoient ses sujets étoient justes ou injustes, que des deffences de cette nature porteroient indirectement contre le Roy même , seroient attentatoires à son autborité et contraires au respect qui luy est dû.

€ L'on me répondit qu'il n'y avoit personne qui ne fût aussi pénétré que moy du respect qui étoit dû au Roy , et que c'était luy eu donner une preuve que de punir ceux qui oseroient l'importuner par des demandes contraires au bien de l'État ou luy donner des conseils dangereux.

c Je soutins que c'était se livrer à l'erreur que de recourir à des prétextes de cette nature pour attenter à l'authorité du Roy, et comme l'on me parla assez durement , je répondis que je soutiendrois l'authorité du Roy en tout tems et même au péril de ma vie , et que je résisterois avec une fermeté inébranlable à une proposition aussi contraire au respect dû à notre maître que celle que l'on faisoit. J'ajoutai que je ne voulois point d'autre juge de ma conduite à cet égard que la compagnie même, et que c'étoit à elle que j'en apellois lorsqu'elle y auroit mûrement réfléchi.

ff Un de Messieurs du Parlement me dit qu'il n'étoit pas sans exemple que le Parlement eût fait le procès à des ministres pour avoir donné de mauvais conseils au Roy. Je lui répondis aussitôt : — Monsieur , si cela est quelquefois arrivé , l'on a toujours regardé ces événements comme de grands malheurs pour l'État, et l'on ne doit jamais les citer surtout dans le Parlement. — Il insista et Fut soutenu par quelques autres ; mais je soutins avec force qu'il n'étoit pas permis à un magistrat d'oser rappeler, dans une assemblée du Parlement , des époques fâcheuses qui devroient au contraire être ensevelies dans l'oubli.

« Aussitôt , je repris les voix , et la grande pluralité revint à ne pohrt faire de deffentes ou du m^ins à attendre un autr^ tems. Un petit nombre

APRÈS l'expulsion DES JÉSUITES. 247

persistèrent cependant , et leur mécontentement de ne pouvoir remporter empêcha le surplus de Farrët d*être rédigé dans rassemblée qui fut continuée au lendemain*

< Le lendemain, Tarrêt fut rédigé et Ton ne parla plus de faire des deflences de solliciter le retour des Jésuittes; mais un conseiller fit un discours fort amer contre moy pour se plaindre de Tinsulte qu'il prétendoit que je lui avois fait la veille en l'accusant , disoit-il , de manquer de respect au Roi* Il fut soutenu par plusieurs autres.

<r Je gardai le silence jusqu'à ce que l'arrêt fut rédigé tel que je vous l'ai envoyé hier* Alors je dis avec un peu de chaleur que je n'avois offencé personne, que j'avois fait mon devoir en avertissant la compagnie des conséquences d*une disposition dans laquelle une partie de Messieurs du Parlem^t avoient reconnu les mêmes inconvénients que moy , que j'avois fait ce que mon zèle pour le service du Roy et pour l'honneur du Parlement avoit exigé de moy, que je n'avois taxé personne eu particulier, que personne n'étoit en droit de s'offenser de ce que j'avois dit, et que je le soutiendrois jusqu'au dernier de mes jours.

« Vous voyez , Monsieur , l'esprit qui commence à se faire connoitre, quelles maximes l'on s'efforce d'établir. Quelque répugnance que j'aie pour de semblables détails, je ne puis me dispenser d'avertir le Roy d'une circonstance aussi intéressante. >

On se rappelle que le collège de Rouen était , en grande partie , l'œuvre du cardinal de Bourbon et que sa dotation consistait en bénéfices ecclésiastiques qui y avaient été unis en vertu de décrets de l'autorité archiépiscopale. Se fondant sur les privilèges attachés au caractère ecclésiastique et sur son titre de représentant du fondateur, l'archevêque avait réclamé la direction du collège. — Cette prétention et la peine qu'il ressentit en voyant le Parlement de Rouen n'user d'aucun ménagement envers les Jésuites, sont clairement indiquées dans les lettres qu'il adressa à Miromènil. — On voit que pas plus que ce dernier , il n'avait le droit d'agir ni de penser librement, c J'apprends avec douleur, loi écrivait-il , le 3 juillet 1768 , qu'on me prête des discours et des propos qui font quelque impression sur des personnes dont je veux mériter l'estime et l'amitié. S'ils étoient rapportés avec fidélité, je n'en craindrois pas les suites. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien

2/i8 GOLLÉGB DE ROUEN

me donner une marque de Tintérest que vous voulés bien prendre à ce qui me regarde en priant ces Messieurs de ne croire que ce que j'avouerai. Je ne pense pas qu'on veuille m'imputer des torts que je n'ai pas. Je me flatte même que vous auriés quelque doute sur ceux que j'aurois eiTecttvement , parce que vous estes charitable et que ce principe est aussi humain que chrétien. »

GailloD, U juillet, à minuit (1762).

< Je dois, Monsieur, par l'amitié dont vous m'honores et par la confiance qu'elle m'inspire, vous faire part des ordres que je viens de recevoir. Le Roy , instruit de ce qui se passe à Rouen à l'occasion du collège, des droits que j'ay réclamé et de l'insulte qu'on m'a fait en supprimant le terme achiépiscopal qu'on voyoit au-dessus de la porte du collège, m'ordonne par le canal de M. le Chancelier, de me rendre incessamment à Versailles avec les titres , papiers et mémoires relatifs à mes droits sur le collège. En conséquence, je partirai demain après le retour de mon courrier et muni de tous mes papiers que j'ay laissés à Rouen. J'aurais voulu qu'on m'eût laissé le temps d'apprendre les dispositions du Parlement. Peut-estre auront-elles été aussi consolantes pour moy que pour les Jésuittes, mais je ne puis pas différer de me rendre aux ordres du Roy. Je vous prie, Monsieur, de les laisser ignorer ; il est tout simple que j'aille à Paris pour voir des parents qui ont de l'amitié pour moy. Ce motif seul justifie mon voyage. Je vous ferai part de ce qui arrivera.

« J'ai l'honneur d'estre. Monsieur, avec l'attachement le plus sincère votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

f f Dominique , archevêque de Rouen. »

Paris , 10 juillet 1763.

c Je commençois, Monsieur, à goûter les douceurs de la solitude de Gaillon lorsque des affaires imprévues ont troublé ma tranquilité. Je suis icy depuis lundy, et j'ignore quand je pourrai me rendre à Gaillon. Comme je ne suis pas à portée de faire des représentations sur la

APRÈS l'expulsion DES JÉSUITES. 249

destruction de l'église du collège qu'on dit décidée, trouvés bon , Monsieur, que je vous en fasse part , afin que vous vouliés bien les mettre sous les yeux du Parlement si elles sont raisonnables. Pour rendre au collège tout le lustre dont il est susceptible, je crois qu'il convient qu'on y fasse l'office public les dimanches et fêtes. Les professeurs de théologie et de philosophie , les régents et les supérieurs sont ou seront prêtres. Si on permet au séminaire de Joyeuse de joindre ses prières à celles du collège le nombre sera plus grand et formera un total assès considérable pour que l'office divin puisse se faire avec décence et majesté ; une église seroit par conséquent nécessaire. S'il étoit question d'en bâtir une, la dépense nous en dégoûteroit, mais elle est construite , elle est fort belle ; pourquoy ne pas la conserver ? J'apprends aussi qu'on vend à l'encan , le linge , les ornements et les vases sacrés de la sacristie. Il peut bien se faire que la trop grande quantité puisse souffrir quelque diminution, mais je pense que les professeurs et régens doivent trouver dans la sacristie tout ce qui est nécessaire pour la célébration de nos saints mistères. Telles sont, Monsieur, les observations que j'ay cru pouvoir et devoir faire. Je les abandonne à votre prudence ordinaire.

« J'ay l'honneur d'être, Monsieur, avec bien du respect, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.

« f DouiNiQUE , archevêque de Rouen. »

« Paris , 25 juillet 1762.

« Je vois avec douleur , Monsieur , par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en m'envoyant l'arrest du 20 concernant les Jésuites , que la tempête n'est pas encore appaisée ; vous êtes bien fait cependant pour mettre le calme partout , et il est bien nécessaire pour notre bonheur.

< Je me tiens tranquille chés moy. Je ne sors que fort tard et je ne vais que dans très-peu de maisons. Àinsy, je ne mérite pas qu'on me soupçonne d'intrigue ny de sollicitation. Je demanderai dans quelques jours la permission de retourner à Gaillon où je désire bien sincèrement

de vous posséder quelque temps, et de vous marquer à mon aise les sentiments de respect et de rattachement avec lesquels j*ay Thonnear d'être , Monsieur , votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« f Dominique , archevêque de Rouen. »

« Paris , 29 juillet 1762.

« Je croyois , Monsieur , qu'un séminaire étoit le seul endroit ou du moins le plus propre pour prendre Tesprit ecclésiastique ou pour le conserver. Je vois que le Parlement ne pense pas de même, puisqu*on en chasse ceux à qui je leur avois permis rentrée.

c Je vais passer trois jours à Pontchar train , et si on me permet de retourner à Gaillon , je m'y rendrai le plus tôt qu*il se pourra.

c J'ay l'honneur d'être , Monsieur , avec tout l'attachement possible , votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« f Dominique , archevêque de Rouen. >

« rtrig • 5 août 1762.

c Je ne saurais trop vous remercier , Monsieur , de la bonté que vou9 avés de me faire part des délibérations prises au Parlement de Rouen. Geluy de Paris doit décider demain le sort des Jésuites du ressort. On ne leur demandera pas d'abjurer l'institut , et on leur accordera des pensions , mais ceux qui pourroient avoir des bénéGces , cures et autres , seront obligés de signer une espèce de formule dont les articles peuvent être signez sans se déshonorer.

« On parle de paix plus que jamais. On en voit même les prélimi-* naires, etc. »

On voit par ces lettres que le Parlement ayant rejeté les prétentions de l'archevêque sur le collège , le prélat s'était adressé au roi auprès duquel il avait été mandé. Pendant que Mgr de La Rochefoucauld se rendait à Paris, M. le chancelier de Lamoignon écrivait à Miroménil et lui demandait son avis sur les débats survenus entre l'archevêque et le Parlement. Miroménil le lui transmit par une lettre du 7 juillet 1762.

APRÈS l'expulsion DES jiSUlTES. 251

Copie de la lettre écrite par M. de Miroménil à M. le Chancelier j

le 7 juillet i762.

Ed marge, de la main de Miromécil: «Le Parlement aiant rejette les prétentions de M. Tarchevêque de Rouen sur le collège de cette ville, je propose à Mgr le chancelier de Lamoignon un projet pour lever toutes les diflScultés. >

< Monsieur,

I J'ai reçu la lettre par laquelle vous m'avez fait l'honneur de me marquer, le & de ce mois, que le Boy a fait mander à M. l'archevêque de Rouen de se rendre à Paris afin de concerter avec luy ce qu'il y a k faire sur ce qui le regarde. L'attention que vous avez bien voulu avoir de me faire part de cette circonstance, me donne lieu d'espérer que vous me permettrez que je vous marque ce que je pense relativement au droit que M. l'archevêque réclame.

fl M. l'archevêque réclame le droit de pourvoir seul à l'éducation de la jeunesse dans te diocèse de Rouen, et de nommer par conséquent le principal, les professeurs et les autres officiers du collège, et de régler l'administration de ses biens, sauf à faire homologuer au Parlement les règlements qu'il jugera à propos d'établir.

a Le titre sur lequel il se fonde, et qu'il a présenté au Parlement , est un contrat d'acquisition d'un emplacement nommé le Grand-Maulévrier par M. le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen et abbé de S. Ouen.

« Il est dit dans ce contrat, autant que je puis m'en souvenir, que M. le cardinal de Bourbon destine cet emplacement pour y établir an collège qui sera tenu par les Jésuittes et où ils enseigneront les hûmanitez et la théologie.

t  la suitte de cet acte il y en a un autre par lequel M. le cardinal de Bourbon attache au collège iïi,000 L de rente à prendre sur la portion de la Verte-Forêt qui apartient à l'abbaîe de S. Ouen jusqu'à ce qu'il ait pu procurer à ce collège un pareil revenu par des unions de bénéfices.

et cet acte est ratifié par un acte capitulaire des religieux de Tabbaîe de S. Oueo.

c II paroit que, dans la suite, les archevêques de Rouen ont uni au collège de Rouen plusieurs bénéGces du consentement des titulaires , et qu'au moyen de ces unions il y a longtemps que Tabbaîe de S. Ouen est déchargée de la rente de &,C00 L

« Ces titres , suivant le sentiment de M. Tarchevêque de Rouen prouvent que M. le cardinal de Bourbon est le premier fondateur du collège, que c'est lui qui a acquis le premier fonds sur lequel il a été bâty, qui l'a dotté de 4,000 1, de rente, que ses successeurs ont remplacé ces /i,000 1. de rente par des unions de bénéflces, que M. le cardinal de Bourbon, de son authorité, y a placé les Jésuittes, et qu'aujourd'huy, les Jésuittes en étant sortis par les effets d'une authorité supérieure, c'est à luy, comme successeur de M. le cardinal de Bourbon, à jouir de tous les droits de fondateur et à remplacer les Jésuittes par le choix de telles personnes qu'il jugera à propos.

c II appuie ces titres particuliers de touttes les loix et de touttes les authoritez qui attribuent aux èvêques l'inspection des études et la dispo* sition de l'éducation chrétienne dans leurs diocèses.

c Le Parlement n'a pas pensé qu'il fût possible d'adjuger à M. l'archevêque le droit qu'il réclame ,

« l"" Parce que l'acquisition faite par M. le cardinal de Bourbon n'est pas faite avec stipulation pour luy et ses successeurs archevêques , mais seulement en son nom , eu sorte que si cet acte peut établir un droit de patronage , ce ne peut être qu'en faveur des héritiers de M. le cardinal de Bourbon et non pas en faveur des archevêques de Rouen ;

c 2° Parce que l'on ne voit pas précisément si les 4,000 liv. ont été payées sur la forêt de l'abbaïe dé S. Oueu, et à quelle époque cette rente a pu cesser d'être paiée ;

« 3"* Parce que en supposant que cette rente ait effectivement été paiée, ce n'a pas pu être comme archevêque de Rouen que M. le cardinal de Bourbon l'avoit donnée au collège , mais seulement comme abbé de S. Ouen : ce qui ne forme pas un titre en faveur des archevêques de Bouen ;

< 4° Parce que les unions de bénéfices qui ont pu être faites par

APRÈS l'eXPDLSION DES JiÉSUITES. 253

MM. les archevêques de Rouen ne leur donnent pas plus de droit qu'aux titulaires qui ont consenti les unions et qu'aux autres personnes qui depuis ont ajouté de nouveaux emplacemens à celuy acquis par M. le cardinal de Bourbon et fait au collège ou auxJésuittes d'autres donations ; *" "^

f S'* Parce que il ne paroit aucun contract passé entre TÛbtel de ville et M. le cardinal de Bourbon par lequel il se soit réservé la disposition des places du collège , en cas que les Jésuittes cessassent de le tenir tant pour luy que pour ses successeurs archevêques ;

c 6° Parce que les actes présentez par M. l'archevêque ne sont point homologuez ni revêtus de lettres patentes ;

t lo Parce que lorsque les Jésuittes Turent chassez du royaume en 1595, le roy qui avoit confisqué leurs biens fit donation aux maire et échevins de Rouen de l'emplacement du collège , et que cette donation fut faite par lettres patentes enregistrées au Pajtenwit et à la charge par eux d'y établir un collège ; t

« 8o Que depuis 1595 jusqu'en 1604, que les Jésuittes ont été rapellès à Rouen , il ne paroit pas que M. l'archevêque ou le chapitre pendant la vacance du siège archiépiscopal ayent pris aucunes mesures pour réclamer les droits que M. l'archevêque réclame aujourd'huy , ny qu'ils se soient opposé à l'enregistrement des lettres patentes par lesquelles l'emplacement du collège fut donné aux maire et échevins par le roy comme confisqué sur les Jésuittes ;

f 9* Enfin parce que lorsqu'en 1604 , les Jésuittes furent rapellès à Rouen , ce fut par les maire et échevins , qui obtinrent à cet efiet des lettres patentes du roy, lesquelles furent enregistrées au Parlement le 5 avril 1604 , sans aucune réclamation de M. l'archevêque de Rouen ou de ceux qui pouvoient le représenter,

« Quant à la disposition des écoles chrétiennes, le Parlement n'a point prétendu la contester à M. l'archevêque. Cependant, les sentimens ne sont pas unanimes sur cet objet. Une partie de Messieurs du Parlement pensent que les maire et échevins pourroient nommer les professeurs de théologie dans le collège, sauf à eux à se présenter à M. l'archevêque pour être examinés par luy et pour obtenir de luy le pouvoir d'enseigner. Une antre partie pense au contraire que M. l'archevêque seul a droit

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SÔ/i COLLÈGE DE ROUEN

de les nommer. Il me paroit que jusquMcy pour évitter à cet égard toutte difficulté on a pris le party de ne point nommer de professeur de théologie dans le collège , et il y a apparence que Ton ne rétablira pas celte chaire.

a Vq^ft^ conteste pas non plus à M. l'archevêque l'inspection qui luy apartient si^ tous ceux qui enseignent dans le collège, s'ils enseignoient une doctrine condamnable ou s'ils donnoient à leurs disciples de mauvais exemples.

« Voilà , Monseigneur , les raisons qui ont empêché le Parlement d'accorder à M. l'archevêque le droit qu'il a réclamé. Si vous me le permettez, je vais vous marquer à présent ma façon de penser.

« La réclamation de M. l'archevêque n'est pas absolument dénuée de fondement , et l'on ne peut , par conséquent , le blâmer de l'avoir faite. Mais aussi je ne puis disconvenir que les motifs qui ont empêché Messieurs du Parlement d'y avi^^t l'égard que ce respectable prélat auroit désiré ne sont pas non plus dénués de raison. Je considère cette affaire comme une de ces questions problématiques qui méritent d'être approfondies, et , en ce cas , il faut convenir qu'elle étoit traûttée trop superficiellement pour qu'il fût possible de la juger.

« En mon particulier je croi que le Roi est le véritable fondateur du collège aux droits de M. le cardinal de Bourbon , et que c'est à S. M. à disposer des places du ccdiége. Il est vrai que mou système peut être combattu par la donation que Henri IV a fait à la ville de Rouen de l'emplacement acquis par M. le cardinal de Bourbon comme confisqué smr les Jésuittes ; naais si le Roy a cédé à la ville cette portion de son domaine il peut la reprendre , s'il luy plaîL D'ailleurs le soin de l'éducation de la jeunesse apartienl principalement à S. M., et elle peut le confier à qui bon luy semble.

« Je suis persuadé qu'il seroil avantageux que M« l'archevêque eut la nomination des places du collège ; cependant , je ne vois pas qu'il ait sur le collège un droit assez bien étably pour que le Parlement eût pu la luy adjuger. Mais le Roy peut la luy dôoner, s'il le juge à propos.

• Les Jésuittes avoieot été rétablis dans le collée par des lettres patentes. Ils viennent d'en être; expulsez par un arrêt du Pariement que le Roy semble aprouver par son silence. Tout ce quia été Tait pour lei

APRÈS l'expulsion DES JÉSUITES. 255

remplacer n'a pu être Tait que par provistoo , afin que le cours des études ne Tût pas suspendu. Mais le rétablissement définitif du collège ne peut être régulièrement effectué que par des lettres-patentes.

• Si ïe Roy juge à propos de donner des lettres-patentes, je ne vois nulle difficulté que S. M., en considération de la première Tondatioa faite par Mgr le cardinal de Bourbon et de la dotation du collège faite par des unions de bénéfices en plus grande partie, accorde par ces lettres patentes à M. Tarchevèque et à ses successeurs la nomination du principal et de tous les officiers et professeurs du collège*

« Le Roy peut fixer le nombre de ces officiers et professeurs, donner des règlements pour la discipline du collège et pour l'administration de ses revenus , en confirmant les unions des bénéfices qui y ont été attachez.

f Enfin , comme c'est le Parlement qui donne les fonds nécessaires tous les ans pour la distribution des prix et que l'on paie , en outre , un droit à touttes les réceptions d'officiers dans les cours souveraines pour le collège ; que d'ailleurs il y a beaucoup de fondations faites par des magistrats et par des particuliers de la ville, il serait assez naturel d'éta- Uir pour l'adosinistratioB du temporel un Bureau semblable à celuy de l'administration des hôpitaux qui seroit présidé par M. l'archevêque et par un certain nombre de magistrats et dans lequel le principal auroit séance et voix dèlibérative,

« Par ce moyen , les droits de chacun seroient conservés et le bien se feroit , à ce que je croi , sans difficulté.

« Mais , pour parvenir à remplir cet objet , je croi qu'il seroil à propos que le Roy ordonnât aux maire et échevins de Rouen d'envoyer à Versailles les titres qu'ils peuvent avoir pour justifier leurs droits sur le collège ; qu'il fût pareillement ordonné à M. le procureur général d'envoyer ceux que le Parleflient peut réclamer , afin que S. M. parAt ne s'être déterminée qu'après un mûr examen de tous les différents intérêts. Il seroit même avantageux que le Roy ordonnât à M. Tarchevêque , aux maire et échevins et à M. le procureur général d'envoyer des mémoires sur les moyens d'établir une bonne discipline et une sage administration dans le collège.

I Coaune il paroit que le choix des sujets qui remplacent actuelle--

ment les Jésuitles est assez bon , le Roy pouroit le confirmer, en accordant pour la suite à M. l'archevêque la nomination de toutes les places.

€ Voilà , Monsieur , en général , mes idées par raport au collège de Rouen. Je les soumets à vos lumières et je vous suplie de ne regarder la liberté que je prens de vous les proposer que comme une marque de ma confiance dans les boutez dont vous m'honorez, ff Je suis avec respect, K Monsieur, t Votre très-humble serviteur , etc. ■

Attendre le moment où le Roi donnerait des lettres patentes , « telle est encore la réponse que Taisait Miroménil à la demande de Tarchevêque d'attribuer le logement et 1,500 livres de traitement aux professeurs de philosophie et de théologie , qui n'avaient que 1 ,200 livres comme les autres professeurs. Enfin, au mois de février 1763, parut VÉdit du roi partant règlement pour les collèges qui ne sont pas des universités , dont voici les principales dispositions :

« Les écoles publiques destinées à l'éducation de la jeunesse dans les lettres et les bonnes mœurs et à la culture et à l'accroissement des difiérens genres de connaissances que chaque sujet y peut puiser, autant qu'il convient à son état et à sa destination , ont toujours été regardées comme un des fondements les plus solides de la durée et de la prospérité des états par la multitude et la suite non interrompue des sujets qu'elles préparent aux divers emplois de la vie civile, par l'épreuve longue et assidue qu'elles font de la portée de leurs talens, enfin , par tout ce qu'elles contribuent d'avantageux à la gloire des sciences et des lettres, qui fait un si grand sujet d'émulation entre les nations policées.

tt Nous avons jugé ne pouvoir choisir de meilleure forme d'administration que celle d'un bureau formé pour chaque collège et composé de divers ordres de personnes , soit du clei^é intéressé , à plusieurs titres , à y prendre part , soit du nombre des officiers de justice , pour qui ce genre d'administration est un objet de bien public et de police , soit du corps municipal et des notables habitans du lieu, à qui surtout l'éducation des enfans des citoyens doit être recommandable , en quoi nous avons cherché à nous conformer , autant que l'objet le pouvoit comporter , à

APRÈS L*EXP13LSI0ÎV DES JÉSUITES. 257

Texemple que nous a laissé le feu roi notre très honoré seigneur et bisayeul 9 dans sa déclaration du 12 décembre 1698, donnée pour une administration d*un genre également utile au bien de ses sujets » (Déclaration relative aux hôpitaux).

f Les ordinaires des lieux continueront de jouir de l'autorité et des droits qui leur appartiennent sur tout ce qui concerne le spirituel , la célébration de Tofflce divin , Tadministration des sacrements , la représentation et censures des livres et cahiers par rapport à renseignement de la foi dans les collèges.

c Nos cours et autres juges qui en doivent connoître exerceront dans lesdits collèges Tautorité et la jurisdiction qui leur a été confiée par nous ou par les rois , nos prédécesseurs , sur tout ce qui concerne la police » régie et administration des écoles.

< ...Aussitôt après la publication et enregistrement des présentes, il sera formé en chacun collège un bureau pour y être réglé tout ce que pourra concerner la régie et administration.

« Dans les villes où il y a parlement ou conseil supérieur, ledit bureau sera composé de Tarchevèque ou èyéque qui y présidera , de notre premier président en notre cour , de notre procureur général en icelle , des deux premiers officiers municipaux , de deux notables de ladite ville choisis par ledit bureau , et du principal du collège , et en cas d'absence dudit archevêque ou évèque , il sera remplacé par une personne ecclésiastique par lui choisie qui se placera après notre procureur général.

ff Dans les autres villes ou lieux , ledit bureau sera composé de rarcheyéque ou évèque qui y présidera, du premier officier de la justice royale ou seigneuriale du lieu , de celui qui y sera chargé du ministère public , de deux officiers municipaux , de deux notables du lieu , choisis par ledit bureau , et du principal dix collège ; et en cas d'absence dudît archevêque • ou évèque , il y assistera telle personne ecclésiastique qui aura par lui été commise à cet effet, laquelle prendra place après celuy qui présidera audit bureau. »

Les assemblées devaient avoir lieu deux fois au moins par mois ^ fjans une des salles du collège. Les délibérations devaient être prises à la pluralité des suffrages ( si ce n'est qu'en cas de partage , la voix du

258 COLLÈGE D£ fiOUJBN

président obtenait la prépondérance ) , écrites et signées par ceux qui y prenaient part. La nomination aux chaires de théologie était ré^ servée aux évêques auxquels il était loisible de révoquer leur approba-^ tion en en déclarant les causes. Tous les professeurs de théologie étaieot tenus de se conformer aux dispositions de Tédit de 1682 , concernant les propositions contenues dans la Déclaration du clergé de France de }a même année. La nomination des principaux et des autres professeurs appartenait au Bureau ; et celle des sous->prindpaux et sous^mattres^ aux principaux.

On ne s'éloignait pas notablement du plan suivant qui avait été proposé an nom de Mgr de La Rochefoucauld :

« l"" M. Tarchevêque, suivant le droit incontestablement attaché au caractère épiscopal, choisira, instituera et pourra seul déposer les deux professeurs de théologie. 11 sera assigné à ces deux professeurs , sur les revenus du collège, des honoraires capables de fixer dans ces places des personnes douées de la science et des talents nécessaires pour rem* plir dignement cette importante fonction.

X ^ La philosophie ayajit un rapport essentiel à la théol<^e par les principes qu'elle établit, tant dans la métaphysique et la morale que dans la physique , la nomination des professeurs de philosophie appartiendra à M. Tarchevêque, lequel, par le devoir de sa chaîne pastorale, est spécialement obligé de veiller à ce qu'on n'introduise pas dans le collège cette philosophie antichrétienne qui se répand aujourd'hui daoa l'Europe et qui sappe par le fondement toutes les vertus chrétiennes et morales.

t 3* Quant aux professeurs de rhétorique et des autres classes d'humanités , principal , sous-principaux et autres oflSciers qu'on jugeroit à propos d'établir dans le collège, quoique M. l'archevêque pût réclamer le droit de les nommer tant en sa qualité d'évêque qu'en celle de prtiH cipal fondateur , cependant il ne refusera pas de se prester à des moyens de conciliation , en concertant le choix des dits professeurs et oflBciers avec les membres d'un bureau qui seroit étably à cet effet , et dans lequel les députés des principaux ordres de la ville seroient admis. Bien entendu que M. l'archevêque sera président-né de ce bureau , comme il l'est des administrations d'hôpitaux.

APaÈS l'expulsion des JESUITES. 259

« k^ Les professeurs d'humanités , quoique admis par le bureau , seront soumis à Texamen de M. l'archevêque pour ce qui regarde la doctrine chrétienne et catholique.

« &^ S'il arrivoit que quelqu'un des professeurs enseignât aux écoliers nne doctrine contraire à celle de l'Église catholique, apostolique et romaine, M. l'archevêque en sera seul juge et pourra interdire sur-le-champ ledit professeur*

« 6"" M. l'archevêque fera seul le règlement pour la manutention dn collège, quant au spirituel. Le règlement, quant au temporel, sera arresté dans ledit bureau et de la manière qui sera jugée la plus avantageuse ;

c T Les principal, sous-principaux et professeurs seront tous ecclésiastiques et, autant que faire se pourra, constitués dans les ordres sacrés (1). »

L'édit du mois de février 4763, inspiré peut être par Miroménil^ et qui, certainement, répondait à ses vues, causa au Parlement de Rouen autant de chagrin que de surprise. Même après qu'à Paris on l'eût enregistré sans réclamation , à Rouen , oii les passions religieuses étaient plus excitées (2), on résistait, et, comme d'habitude, on colorait la résistance de dévouement à la personne du roi. — « C'est à tort, écrivait S. Florentin à Miroménil, à la date du 15 mars 1763, qu'on répand dans le public que le Parlement de Paris est fâché d'avoir enregistré l'édit... Il en a senty la nécessité , aussy l'a-t-il enregistré purement et simplement. Le Roy désire qu'il en soit de même dans les autres parlemens et ne souffrira pas qu'il soit fait de modifications ny de changemens, et est dans l'intention d'en soutenir l'exécution avec fermeté et désire que vous en pressiez l'enregistrement le plus prompt que vous pourrez. »

(i) Ce plan est de récriture de Tabbé Terrisse et fut sans doute adressé à un [autre vicaire général. — Terrisse y avait ajouté ces mots : c Je tous envoyé une esquisse de mon plan ; vous y ferés tels changemens que vous jugerés à propos. N'oubliés pas dans votre mémoire de faire mention du titre de collège archiépiscopal que porte ce collège : Cwllegium Regium arcbiepiseopale Borbonicum» Tay écrit ce plan à la h&ie et je n'ay peut estre pas pensé à tout. »

(2) Le Parlement, dans les matières religieuses, paraît avoir subi Tinfluence de M» Du Fossé, < homraetrës-sujet à prévention surtout en matière de religion •, —et de M. Le Gouteulx, au sujet duquel Miroménil disait à s. Florentin (lettre du 15 décembre 176A} : < La lettre que m^a écrite M. Le Goulcuh, tnnt sur Taffaire des tailles que sur celle de Pédit des Jésuites et que je vous envole , vous fera voir qu*i1 porte Pinquiétude plus loin encore que Bf • Du Fossé. »

Autre lettre du même. — « J'ay rendu compte au Roy , Monsieur , de la dernière lettre que vous m*avez fait Tbonneur de m'écrire. Je l'ay mcsme lue en entier à S. M., et j'ay vu avec plaisir combien elle étoît satisfaite de votre zèle pour son service , et elle m'a permis mesme de vous en assurer de sa part. Elle a fort approuvé aussi vos réflections et est dans la ferme intention de soutenir l'exécution de ses ordres pour l'enregistrement pur et simple de son édit et de ses lettres-patentes. Elle m'a parue très-mécontente des délais qu'on y a apportés , et je vous écris par son ordre une lettre que vous pourrez montrer (1). »

Ce qui chagrinait surtout le Parlement, c'était la présidence du Bureau d'administration attribuée à l'archevêque , et la faculté qui lui était laissée d'empêcher que l'on donnât de certains livres, comme le catéchisme de Montpellier.

Cependant, afin d'éviter la lecture de lettres de jussion déjà entre les mains du procureur général , et par suite des avis que leur transmirent les autres cours qu'ils seraient les seuls à tenir une pareille conduite et à subir c tout le désagrément de cette grande affaire », les conseillers se décidèrent du même coup à l'enregistrement pur et simple de Tédit sur les collèges, et des lettres-patentes concernant les Jésuites. Miroménil leur avait fait observer que les lettres de jussion contenaient trois reproches qui lui paraissaient insupportables pour des magistrats : l"" de n'avoir pas senti que c'était par ménagement pour eux que le Roi , au lieu de casser leur arrêt du 3 mars, s'était contenté d'en ordonner la surséance ; 2" d'avoir mailqué au respect dont ils dévoient donner l'exemple aux autres sujets de Sa Majesté ; 8** d'avoir fait servir leur zèle pour la conservation dé la personne du Roi de prétexte à un attentat contre son autorité. Il ajoutait qu'il ne verrait qu'avec la plus grande douleur sur les registres de la Cour des lettres de jussion aussi dures. En entretenant les ministres des difficultés que les volontés du gouvernement rencontraient , Miroménil n'était pas sans défiance à l'égard des membres de la compagnie dont il était le chef : c Permettez , Monsieur, écrivait-il à Saint-Florentin , dans une lettre du 26 mars , que je vous renouvelle ma prière pour que mes lettres ne sortent jamais de vos

(1) Dans la même lettre, il annonçait l'envoi au procureur général d'une lettre sévère du roi pour le Parlement.

APRÈS l'expulsion DES JÉSUITES. 261

maiDS. Hyer , dans rassemblée des Chambres , un de Messieurs du Parlement dit qu'il étoit assuré que les ministres étoient informés de tout ce qui se passoit dans les assemblées , du nombre des voix qui formoient les délibérations , de toutes les dénonciations et de ceux qui donnoient les projets de rédaction. » « Je ne doute pas , ajoutait-il , que Ton ne fasse des démarches pour pénétrer les détails que je vous envoie , et quoique mes lettres ne contiennent rien que je ne convinsse volontiers que je vous marque , même en présence de Messieurs du Parlement, quoique je ne laisse rien échapper qui puisse compromettre personne , si quelqu'un d'eux avoit connaissance de mes correspondances particulières avec vous, je suis bien certain qu'ils m'en feroient un crime. •

L'édit fut enregistré le 15 mars 1763.

Le Bureau d'administration du collège formé par l'arrêt du Parlement était composé du premier président , du président Bigot , de Messieurs de Saint-Just , du Fossé , de l'abbé de Germon t , de Messieurs Le Gouteulx, de Sainte-Geneviève, de M. de Lécaude, maire de Rouen et de quatre échevins ; il avait pour secrétaire Jean-Louis Chellé, avocat au Parlement.

Ce Bureau fit place à un autre ainsi composé : l'archevêque , président, le premier président, Lesens de Folleville, de Glere, Marouard, et de plus, comme notables associés, M. Langlois de Louvres et Bordier, ancien échevin. Le secrétaire fut M. Le Breton, ancien notaire.

Usant immédiatement de son droit , l'archevêque nomma pour l'enseignement de la théologie l'abbé Cotton Des Houssayes, docteur de Sorbonne , chanoine de Rouen , et l'abbé Bourrelier , autre docteur de Sorbonne. Le Bureau, choisit à l'unanimité, pour principal (20 juillet 1763), M. Grenier, deuxième supérieur des Trente-Trois à Paris, le préférant à Charles Loisel , du diocèse de Goutances , docteur en droit de l'université de Caen , sur lequel s'étaient portés les sufirages du Parlement. Grenier, nommé, prit séance à l'assemblée du Bureau le 1*' août suivant.

Des lettres-patentes , portant confirmation pour le collège de Rouen (Yersailles, 10 juin 1765), fixèrent ainsi la composition de cet établis* sèment et les traitements des professeurs : un principal , 1,800 livres ; un

sous-princîpal, 1,200 livres; deux professeurs de théologie, 1,500 livres; deux professeurs de mathématiques , 1 ,200 livres ; un professeur de rhétorique, 1,200 livres; des professeurs de seconde, troisième, quatrième et sixième, 1,100 livres. Le Parlement, dans le temps où il avait mis la main sur le collège, y avait établi une chaire d*une incontestable utilité, la chaire d'hydrographie , qu'il avait confiée à Dulague. — Les lettrespatentes de 1765 permettaient à l'administration , mais ne lui en faisaient pas une loi, d'établir une chaire d'hydrographie aux appointements qu'elle jugerait convenables, à condition qu'ils ne pourraient dépasser 1,200 livres, avec faculté de la supprimer ultérieurement, si l'utilité n'en paraissait pas démontrée. Les mêmes lettres proclamaient la gratuité de l'enseignement et portaient qu'après vingt années de services les professeurs auraient droit à une pension de &00 livres comme émérites.

Un pensionnat continua d'être établi au collège de Rouen (1765) , par le principal , au prix de 330 livres par an ; plus tard par le même , auquel s'étaient adjoints Berthelot , professeur de seconde , et Hennequet , professeur de quatrième , au prix de AOO livres. Des chambres particulières étaient réservées pour les élèves qui voulaient amener avec eux leurs précepteurs. Les premières réclames en faveur du collège sont de cette époque. Nous croyons intéressant d'en rapporter le texte.

1765. « L'établissement du collège royal de cette ville étant confirmé par les lettres-patentes enregistrées au Parlement et à la Chambre des comptes, il n'y a aucune révolution à craindre dans l'administration.

t La réunion de plusieurs bénéfices faite par le roi au collège, l'érection de deux chaires, l'une de mathématiques, l'autre d'hydrographie, si utiles dans une ville commerciale , les bons règlements faits par le gou* vernement et conformes à ceux de Paris , le sort du principal assuré , sont autant de motifs qui doivent déterminer nos concitoyens k envoyer leurs enfants aux instructions publiques, toujours préférables à l'éducation privée.

€ Le choix des maîtres de quartier fait par M« Grenier, principal au collège, bien connu par ses succès en licence, et la bonne discipline qu'il a toujours maintenue dans la maison à la tête de laquelle il s*est trouvé à Paris , nous font désirer que les pères et mères préfèrent leur pensionnat à leurs maisons particulières. Les allées et venues des en-

APRÈS l'bXPULSION DES JIÉSDITES. 263

iiiDtSt l'air de dissipation qu'ils contractent toujours au milieu de la vie tumultueuse du monde, leur occasionnent une perte de leçons cousidé-* rable , retardent les heureuses dispositions qu'ils ont reçues de la nature et souvent afEsiiblissent leur tempérament loin de le FortiQer. »

177/|. « M. Grenier, principal du collège, M. Berthelot, professeur de seconde, et M. Henneqaet» professeur de quatrième , instruits par des ex^nples malheureusement trop fréquents des dangers auxquels expose un jeune homme une trop grande liberté, persuadés d'ailleurs que les parents seroîent charmés de mettre les enfants dans une maison où Ton veillât es même temps à la propreté, à la santé, aux études et aux mœurs des jeunes gens, donnent avis que , pour répondre aux vœux des parents et procurer le plus grand bien de la jeunesse, ils se sont réunis pour tenir k pension du collège royal de cette ville.

ff l"* La pension sera de &00 liv. par an ; on ne diminuera rien pour le temps des vacances ;

« 2^ On se fournira de lit, de serviettes et d*un couvert d'argent ;

t â<> Ceux qui voudront se servir d'un perruquier le paieront ;

c &*" Les parents seront chargés de tous les frais de maladie.

c Nota. Il y a dans le collège des chambres particulières pour des précepteurs avec leurs élèves. »

Après comme avant la suppression des Jésuites, des solennités scolaires marquaient la fin et la reprise des travaux de Tannée. On joua La M&rt de César à la distribution des prix, en 1772; Nadir e et le monde démasqué, en 1775 ; La Mort de César et Le Joueur, en f776 ; Le Ugataire wUversel de Regnard , et V Avare de Molière , en 1785.

Mais te goût n'était plus le même pour ces sortes de spectacles. — Le sieur Hamel, professeur de rhétorique, fut obligé de foire une démarche aiq)rè6 du BureMi d'administration du collège pour lui demander de prendre à son coœpite les frais de la tragédie qui précédait la distribution des prix, aUéguant que les acteurs, qui d'ordinaire les payaient, s^y refusaient depuis quelques avnées.

Plusieurs prix étaient oflTerts par Tacadèmie de Rouen, plusieurs autres par le Parlement ; ils con^stalent en livres reliés aux armes de ces eompagnies. Des membres de la Cour honoraient de lenr présence les stances de clôture et de rentrée des classes. A Ift rentrée de f année 176il,

26ft GOLLIÊGB DE ROUEN

un des professeurs, Bunel, prononça Téloge du Parlement. Un siècle plus tôt, un Jésuite du collège de Louis le Grand avait de même pris pour sujet de discours latin Téloge du Parlement de Paris.

Les prix de la ville étaient réservés aux lauréats des cours de mathématiques et d'hydrographie, et représentaient comme valeur la quantité de blé que, chaque année, les conseillers municipaux aumônaient aux Jésuites.

Le renom du collège se soutint, grâce à Theureux choix des professeurs dont plusieurs furent des hommes distingués. Citons dans le nombre : Cotton Des Houssayes , Baston , Tuvache , pour la théologie ; Athanase Âuger , Formage , Hamel , pour les lettres ; Dulague et Ligot pour les sciences. — Malgré la capacité des professeurs et les efforts du Bureau d'administration , le collège ne put toutefois se maintenir au degré de prospérité où il était parvenu sous les Jésuites. — Et pourtant on y avait adjoint un pensionnat , et on y avait créé deux chaires fort appréciées , les chaires de mathématiques et d'hydrographie. Le nombre des élèves, qui pouvait être de 1000 vers 1764, n'était plus que de 800 au moment de la Révolution.

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