ANNÉE ACADÉMIQUE 1868-1869. XLI
La Sicotière , le conseiller Renault , Quénault , Tabbé Le Beurier, Joret des Closières et M. Frère, bibliothécaire de la ville de Rouen.
Mais les choses ont , ici-bas , le pire destin ; au moment même où ces succès jetaient sur notre Compagnie un rayon de joie , de gloire et d'espérance, de bien tristes préoccupations dominaient et assombrissaient nos cœurs; car iious apprenions la perte de quatre de nos confrères titulaires non-résidants et de trois correspondants de Rouen et de Gand.
Cette année , la mesure a été comble. La mort a Trappe et frappé sans relâche ni pitié , tout autour de nous. En moins de trois mois, nous avons vu tomber, coup sur coup , cinq de nos confrères. Et lesquels ! M. Trolley, le i6 juin; M. Latrouette, le 20 juillet ; M. Windesheim, le SA juillet ; le 5 aotkt, notre secrétaire, M. Antoine Charma. Et comme si ce n'était assez de tous ces deuils, après nous avoir frappés dans notre passé, frappés dans notre présent, elle nous a encore frappés dans notre avenir, en nous enlevant, le 18 septembre, M. Henri Chrétien, Tune de nos meilleures et de nos plus chères espérances.
M. Félix Bourquelot, professeur à l'École des Chartes , succombait au moment même où nous venions de lui accorder, de grand cœur, le titre de correspondant, qu'il nous avait témoigné le désir d'obtenir; nous n'avons donc pas à lui consacrer dans notre notice nécrologique la place réservée à ceux qui nous ont longtemps appartenu, ou qui ont rendu à notre patrie normande des services archéologiques, comme l'ont fait, à divers titres, ceux de nos confrères dont nous avons à vous entretenir.
Sa Grandeur Mgr Blanquart de Bailleul, chanoine de premier ordre au chapitre de St*Denis, ancien évêque de Versailles, et ancien archevêque de Rouen, né le 8 septembre 1795 à Calais, mort à Versailles le 30 décembre 1868. On a dignement célébré les grandes vertus de ce prélat et rappelé tout ce qu'il a fait pour les enfants, pour leur éducation, pour les vétérans et invalides de la milice sacerdotale, pour l'édification de ses paroissiens; enfin, son inflexible fermeté, s'alliant à une douceur exceptionnelle, dans la lutte si vive alors en faveur de la liberté d'enseignement ; nous ne devons rappeler ici que son zèle, aussi ardent qu'éclairé, pour que la restauration des monuments religieux s'opérât avec intelligence et avec goût: témoin cette belle circulaire qu'il écrivait à son clergé, le 26 mars 1 835» et qui décèle dans le pieux évêque l'artiste et l'an-
nu HISTOIBB DE LA G0VPA6NIB.
tiquaire. Citons un fragment qui ne saurait être trop lu et relu dans toutes les églises et dans tou5 les temps. Nous rempruntons à la Revue de ta Normandie, VHP année, nouvelle série, tome I :
« Rien de plus fréquent que de voir des ouvriers inhabiles porter U hache et le marteau dans des portions d'édifices ou dans des ornements d'un mérite réel. Des monuments entiers sont tirés d^s églises^ des sculptures encore belles sont converties en décombres, des tombes sont nivelées» dies inscriptions efiacées. Ici, ce sont des sculpteurs adroits qui obtiennent à vil prix la cession d* objets précieux ; là , ce sont des vitriers qui , par calcul ou par ignorance , substituent des verres blancs à des vitraux peints et les fabriques se réjouissent (t avoir ainsi procuré plus de Jour d r édifice. Ailleurs, ce sont d'anciennes boiseries que l'on sacrifie impî*toyablement à le mesquinerie des formes nouvelles ; on les change, on les mutile, ou, saus respect pour les siècles qui les ont rembrunies, ott les charge de grossières couleurs (I) et d'ornements qui les déshonorent Et que dire des tableaux qu'on laisse pourrir contre des murs humides ou qu'on échange contre de mauvaises copies , tandis qu'avec un peu de soin , on conserverait aux églises des ouvrages dont le moiq^re mérite est ordinairement de réunir à un sentiment vrai de piété un grand naturel d'exécution? // faut que ces abus soient bien communs ^ pour que les faiseurs de collections et les revendeurs de la capitale possèdent un si grand nombre d'objets, dont le caractère religieux et antique décèle Torigine. »
Ces nobles paroles avaient de l'écho dans iMxtre ville de Caen ; car c'était le moment oh M. de Caumont achevait la publication de ses lumineuses et persuasives leçons d'archéologie monumentale et qu'il dirigeait, comîne Secrétaire, les opérations de notre Compagnie. Ce n'est pas seulement à titre d'antiquaire , mais encore à titre de compatriote , que Mgr Blanquart de Bailleul nous appartenait En entrant à Rouen comme archevêque , il écrivait dans sa lettre pastorale : « Terre illustre de la t Néustrie, patrie de nobles souvenirs et de grands intérêts nationaux, • province des traditions antiques, vous êtes notre terre, vous devenez t notre patrie 1 »
C'est aussi à Rouen que naquit^ vécut et mourut à cinquante-trois ans,
(1) Peut-^tre Mgr Blanqtiart avait-il tu dans son diocèse ce que Ton peut voir dans le nôtre: des boiêeries de chêne peintes,,,», en chine ^
ANNiîB AGÂD:éM]Qi3B 1868-1869. xtm
notre «celleni et honorable confrère M. Marie- Auguste Lé vy, né en 1815. Il était le fils aîné d'un ancien cltefcTinstitution, auquel il succéda qaelques années ; mais sa passion des sciences exactes le poossa vers le professorat. Sa place se trouva marqnée à I* École supérieure des sciences et au lycée de Rouen , ainsi qu'aux diverses sociétés savantes , dont il fut tour à tour Président et Secrétaire perpétuel. 11 sut allier l'archéologie à la science dans ces quatre Études sur te territoire de la ville de Rouen , — sur les rives de la Seine et les côtes de la Manche, dans les temps les plus reçûtes^ qui pamrent dans le Précis de- f Académie de Rouen de 1860 à 1868 , et dans le Bulletin de la Société d'Émulation de la Seine-InfériemHsûe 1861-1868. C'était le chrétien, le père de famille et l'homme (te hien dans la plus digne acception ; aussi le Conseil municipal de la ville de Rouen a-t-il honoré la mémoire de M. Auguste Lévy, en accordant une pension à sa veuve. Une ville s'honore en i^compensant ainsi les services passés et elle en inspire de nouveaux.
Enfin, le quatrième de nos confrères étrangers est M. Poïydore Van der Meersch, le modeste et hborietix conservateur des archives deTÉtat et de la province de Oand. Sa vie se dépensa, s'égraina en quelque sorte, comme il arrive presque fatalement aux érudits que leurs fonctions exposent aux continuelles questions d*un public éclairé, en une série infinie de cvrieuses recherches et de petits articles, au lien de se consacrer à un monnment historiqne plus durable et plus digne de son immense savoir. Il est mort avant d'avoir vn se réaliser le plus cher des désirs d'un archi* visle, et juste au moment où allait s^ccompHr le rive de toute sa vie. Ses ardhives, que nous avons visitées, il y a une dizaine d'années, étaient aussi entassées que les nôtf^ Tétaient avant le splendide palais, dont nous remercions, chaque jour, et M. le préfet de Launay et le Conseil général. Aussi M. Yan der Meersch sollicitait-il, avec <;etle ténacité de f homme convaincu de la justesse de sa demande réitérée , ini emplacement plus vaste pour la dassification et ta conservation de ses belles collections. Le gouvernement arvait enfin cédé à ses instances et allait acquérir un vaste h6tel, oh l'henneux archiviste se Éattait de transporter et d'étendre ses trésors cadhés» qu'M connaîtrait enfin en les pouvant trier et classer, quand la mort te flrappa, connue le (lot brise le marin, en vue du port quMl loucibe presque de ses mains.