‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 13 sur 204 · XLIV HISTOIRB DE LA COMPAGNIE · texte numérisé non relu

XLIV HISTOIRB DE LA COMPAGNIE

Nous arrivons, Messieurs, aux pertes qui nous sont d'autant plus sensibles qu*elles nous touchent de plus près :

Le premier de ceux de nos confrères, qui ouvrit cette série de deuils successifs, fut M. François-Alfred iTrolley, ancien bâtonnier de TOrdre des avocats, professeur à .la Faculté de Droit, chevalier de la Légiond'Honneur, officier de TUniversité, ancien président de notre Société durant Tannée 1846-1847. - Il était né le H novembre 1808, à Nederswalen (Belgique).

D'autres voix, bien autrement. autorisées et plus compétentes que la nôtre, ont dit sur la tombe de cet homme bon entre les bons , tout ce que T École de Droit de Gaen, si riche en capacités hors ligne, et ce que le barreau ont perdu dans sa personne. Aux belles paroles prononcées par M^ FeugueroUes et par M* Bertauld, bâtonnier de TOrdre des avocats, qui Ta d'autant mieux apprécié quMl l'avait constamment vu en face de lui , sont venus s'ajouter comme un cri du cœur , les touchants adieux de ses chers élèves, dont M. Hérard s'est fait, d'un accent pénétré, le digne interprète. Heureux les maîtres de la jeunesse qui savent inspirer de tels regrets 1 G* était vraiment le langage du cœur parlant au cœur. — Et naguère encore, il y a cinq semaines, dans cette même salle, qui de nous ne s'est senti profondément ému de l'éloquent témoignage d'estime et d'affection cordiale que l'éminent doyen de cette Faculté a su rendre si touchant ? et qui de nous peut, après avoir entendu ces nobles accents du maître , ne les avoir conservés dans son cœur ? Aussi , n'ajouterais-je rien à de tels hommages justement rendus à notre excellent confrère, si je n'avais à rappeler qu'en quittant le siège de président de notre Société, il a voulu payer sa dette, en insérant dans le XYII^ volume de nos Mémoires, une spirituelle et savante esquisse historique de V Ancien droit Coutumier nor-

mand, qui témoigne parmi nous de la justesse et de l'étendue de son esprit toujours ouvert à toutes les conceptions de la science. — H écrivit plusieurs articles, un entre autres sur le livre de M. Théodore Le Cerf, intitulé : Y Archipel des îles normandes. L'article fut digne de lui, c'était la critique, ou plutôt l'appréciation de l'ouvrage d'un homme d'esprit par un autre homme d'esprit. La tâche était facile ; car M. Le Cerf est membre de la Société des Antiquaires de Normandie, et c'est à ce titre qui oblige ,

ANNÉE AGADlâuIQUB 1868-1869. XLJ

qu*il a offert son livre au public. Le livre était bon» M. Trolley en dit du bien et le dit bien.

Rappelons-nous encore Taimable facilité de son caractère toujours bienveillant, et cette grâce de Tesprit qui lui donnait le secret de cette fine plaisanterie , et de ces traits enjoués qui ne blessent pas tout en présentant la pointe. Il n*a jamais sacrifié un bon ami à un bon mot. Aussi, était-il et sera-t-il constamment aimé par-delà la tombe, car sa généreuse nature a trop prodigué de bienfaits pour qu*on oublie jamais ce qu'il fut et ce qu'il a fait.

Le 19 juin, nous rendions les devoirs suprêmes à M. Trolley, et le 19 ou 20 juillet, s'éteignait un de nos excellents confrères, M. Latrouette.

Napoléou-Maxime-Gabriel Latrouette, né le 31 octobre 1802, débute dans l'université en 1820, comme régent de sixième au collège de St- Hilaire-du-Harcouet ; dès 1821 , il est nommé régent de seconde à Domfront ; en 1823, professeur de rhétorique, aussitôt que cette chaire fut créée dans ce collège, où avant lui on n'enseignait ni le grec, ni l'histoire. En 1829, M. Latrouette obtint la rhétorique au collège de St-Lo. DisoDS à l'honneur de notre confrère , que l'administration municipale de Domfront réclama , et dans une délibération, que l'on conserve dans les archives de l'Académie , déclara voir s'éloigner avec regret de son collège un professeur, auquel il devait sa prospérité.

La manière dont M. Latrouette s'acquitte de son devoir inspire à l'administration municipale de St-Lo le désir de lui confier la chaire de philosophie, mais le recteur de l'Académie, M. Marc, la lui réservait à Bayeux , où il pensait qu'il saurait concilier les esprits , très divisés alors. L'évèque, Mgr Dancel, lui donne en effet une bien haute marque d'estime, en envoyant à son cours de philosophie les élèves de son séminaire ; la classe comptait de 38 à &0 élèves.

Reçu docteur à la Faculté de Caen, sa thèse française sur les Vicissitudes de la langue latine y fut justement remarquée.

De 1831 à 1839, suivant une marche toujours ascendante, qui honore les heureux débuts du consciencieux régent, nous le voyons appelé à la Faculté des Lettres de Caen, en qualité de suppléant du professeur d'histoire , le savant abbé De La Rue , et du professeur de littérature française, M. Yautier.

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