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ÉTAT DES MAISONS D'INSTEUGTION PUBLIQUE A L'ÉPOQUE DE LA RÉVOLUTION

Pour rendre les comparaisons plus faciles, nous allons nous restreindre, dans ce chapitre, à la partie du diocèse de Rouen dont a été formée la Seine-Inférieure. Voici quelle était, dans cette circonscription, la situation des établissements d'instruction publique en 1789 :

Collège de Rouen. — 12 professeurs, 800 élèves. En 1791 , le cbiJOTre tomba au-dessous de 200, y compris /i5 internes. Chaque externe ne payait encore que 38 sous par an pour tout droit. Le nombre des professeurs était resté le même. Mais le personnel avait changé. On ne comptait plus que trois ecclésiastiques : M. Bignon, principal ; M. Lhoste, sous-principal, et M. La Gorsse. Le total des recettes du collège, en 178/1, s'était élevé à 109,3â0 liv. ; celui des dépenses à 98,137 liv.

Collège de Dieppe. — 1 supérieur et 7 professeurs enseignant les humanités, le français, l'histoire et la géographie ; de 150 à 200 élèves. Revenus: 3,398 liv. sur les octrois de la ville, 752 liv. de rente, l,2/i3 liv. de fermages, de 1,800 à 2,000 liv. de loyers de maison; le tout formant un total de 7,99& liv. (1).

Collège d'Eu. — 1 supérieur et 8 professeurs ; de 150 à 200 élèves. Deux classes de théologie (2) et de philosophie faites par le même professeur et peu suivies. Les revenus étaient de 17 à 18,000 liv. (3).

(1) Trois oratoriens de Dieppe , les frères Rouillé et Baadelique, après la sappression de leur oommunauté, se placèrent dans dÎTerses administrations.

(S) La chaire de théologie fut supprimée par arrêté du Département, sous prétexte qu*elle faisait double emploi avec celle du collège de Rouen , et que d*ailleurs le professeur était non assermenté. Cette décision lui fut signifiée le 6 novembre 1791.

(8) Après la suppression du collège d'Eu deux professeurs, Le Bert et Saunier, restèrent dans cettte ville comme Instituteurs primaires.

DANS L* ANCIEN DIOCÈSE DB ROUEN. S&l

Collège du Havre. — 150 élèves. Eoseigoement de la langue latine de la cinquième à la rhétorique; 3 professeurs ecclésiastiques, Taveau, Dubois, Trupel, recevant de la ville de 300 à 500 liv. de traitement. Les deux premiers, ayant refusé de prêter le serment prescrit par la loi du 26 décembre 1790, furent destitués et passèrent en Angleterre (1). Le troisième continua d'exercer les fonctions de | professeur jusqu*à la suppression du collège. Il se fit autoriser, par délibération du Conseil général du 8 avril 1791, à s'adjoindre provisoirement, avec Tagrément de la municipalité, deux collaborateurs. L'un fut Dessoles, qui enseigna les humanités; Tautre fut Louis Delisle, qui enseigna les mathématiques. Leurs traitements à tous trois étaient de 1,880 liv. en janvier 1792. Le revenu du collège n'était que de 530 liv, La classe de mathématiques avait été fondée par la ville en 1783.

Collège cTAumale. — 1 principal et 2 professeurs. Enseignement des humanités, du latin et du français ; 100 élèves. Revenu 770 liv. ; bois pour le chauffage fourni libéralement par le duc d'Aumale. Un document administratif nomme comme derniers professeurs de ce collège quatre ecclésiastiques : Dansse, Boule, Loisel et Le Febvre.

Collège de Neufchâtel. — 2 professeurs ecclésiastiques, enseignant les humanités, payés à raison de 80 liv. par an, et recevant en plus 3 liv. par mois de chaque écolier. Les classes se faisaient à THôtel-de- Ville. Les derniers professeurs, Delestre et Hédou, moururent dans la déportation.

Collège de Pavilly. — Trois professeurs ; de 45 à 50 élèves. Collège du Val-au^-Grès , près de Bolbec. — Une centaine d'élèves.

Collège de Goumay. — Un professeur , chanoine de la collégiale ; enseignement presque nul.

Séminaire de Joyeuse, à Rouen. — 16 boursiers au lieu de 12, et de plus 50 pensionnaires, y

(i) TtTeau y mourut en Tao VI ; Dubois y Tiyait encore après la chute de la République.

Séminaire ShNicaise , d Rouen. — .180 élèves et 50 écoliers sai?aDt les répélitioDs. Un supérieur » M. Maraiue , et 5 directeurs ^ tous prêtres séculiers , recevant : le supérieur, 1 ,000 1. de traitemeot ; les directeurs, 5001. Beveuus , 38,511 L; charges, 80,169 L; revenu net, 8,/iOO 1., sur quoi il fallait payer les honoraire des professeurs et les gagea des domestiques. En 1790, le clergé du diocèse, qui payait 6,000 L sur les décimes, cessa de les payer , les décimes étaut supprimées , et Mgt de La Rocbefoucauld se trouva, d'un autre côté, par les circoQStances de la Révolution , bors d*état de continuer le paiement de la gratification de 2,000 \. qu'il avait Fbabitude de faire au séminaire. Il n'y avait plus , dès cette époque (80 octobre 1790), que && jeunos gens aspirant à la prêtrise, dont 3 théologiens , 6 physiciens , 6 logiciens» /t rhétoriciens , 6 élèves de seconde, 7 de troisième, 6 de quatrième^ h de cinquième et 2 de sixième; le nombre des boursiers était réduit à 5. Quand on voulut exiger le serment ecclésiastique, tous les boursiers se retirèrent ; ils furent remplacés par d'autres, que désigna le dépar-* tement.

Maison de St-Yon, à Rouen.— En 1790, 58 frères ; de 180 à 200 pensionnaires libres payant par an une pension de/iOOl.; AO pensionnaires de force ou insensés. La maison payait pour la pension du supérieur général et de ses assistants 8,000 l. , aux frères de Daroétal 875 I. » à ceux de Coutances 600 1. , à ceux de Cherbourg 800 1. — Au mois d^octobre 1792, 75 frères, le frère Aventin, supérieur, 29 frères pour l'instruction , 25 pour les travaux manuels.

Frères des Écoles chrétiennes de Dieppe. — 8 frères ; de 7 à 800 élèves. Revenus , 900 1.

Nous avons eu déjà Toccasion de constater l'inébranlable fermeté des Frères de la Doctrine chrétienne au moment de la Révolution. Tous » sans aucune exception , refusèrent de prêter un serment qui répugnait à leur conscience. Us donnèrent un exemple de dignité qui contraste . singulièrement avec la conduite de la plupart des autres communautés d'hommes, même des plus célèbres. Us cédèrent à la force, mais sans rien accorder à l'arbitraire , et se retirèrent entourés de la sympathie

DANS l'ancien diocèse DE ROUEN. 3&d

et de Teslime publiques, après avoir vu monter le chiffre de leurs peDsioDoaires de 200 à près de 500 , daos le temps où il semblait que leurs classes dusseot être complèlement abandonnées. On mit alors la main sur leurs revenus et Ton put constater Tévidente fausseté de cette accusation de richesse qu'on avait exploitée contre eux pendant tant d'années. — Toutes les communautés de feaunes consacrées à renseignement se montrèrent également fidèles à leurs vœux » et les autorités locales, qui furent chargées de leur appliquer des lois injustes et^^rueUes, ne purent cependant se dispenser de.rendre homms^e à leur dévouemept. Ainsi, pour nous borner à un exemple, nous voyons le maire de Rouen» M. Destouteville , dans une lettre adressée par lui au directoire du distrîet de Bouei\, s'exprimer e& ces tennes sur le compte des Sœurs d*JSrnemont : « Yoos connoissés comme nous les luens infinis que prodoU cet établissemeat, porté aujourd'hui au plus haut point de perfecti^a par la sagesse des scBurs qui Jte gouvernent, par le zèle qu'elles savent communiquer à tous les ifldividus qui y sont employés, par Tordre ist Téconomie qui régnent dans toutes les parties. L'exiguité des revenus de cette communauté achève de montrer combien une administratiop prudente et active sait faire valoir les plus faibles ressources. Nous jqe doutons point qu'ua exposé aussi touchant ^ue celui que ces sc^urs jnons oot fiait ne remue vos cœurs comme il a affecté les ndtres, et que la nécessité de subvenir ià cet établissement précieux se vous paraisse un des objets les plqs dignes de votre sollicitude » (!)•

Les Frères dé St-*Yon fuiMit suj^rimés à la fin de Tennée 1799L Au mois de mai 1793» TAdiiiimstration mit à te disposiliou de la marive la aiaisott de St-You, pour recevoir les prisonniers de^^uerre qui étaieat détenus au port du Havre. .

A Dieppe, la uuôsm des Fri^s et celle des Sœurs d'ErnemMtt furaot

aliénées. Le collège de rOratoire servit decatserne. Ce ne fut ^u'eii l'^n V

que le ministre de la guerre eu fit tremetire une psrirtie. pour . y établir

wne école seomdaire, et une aittre pour sortir de maison d'arr^ .

Eu siéme temps fp» les maison d'instnictifMi pubUifuo étaient ou

aliénées ou appliquées à usage de casernes ou de prisons, on s'em-

(4) La lettre est signée par lei offiden municipaux. )

^lld éTABLISSEME?lTS D'iNSTRUGTION PUBLIQUB

parait des fonds qui avaient formé, peu à peu, par suite de la charité privée , la dotation de l'instruction publique et qui assuraient la gratuité de renseignement; on les vendait à vil prix comme domaines nationaux.

Une décadence dont on se ferait diflBcilement une idée se fit sentir dans rinstruction publique], et Ton rétrograda vers la grossièreté des anciens âges. Nous laisserons parler des documents peu suspects. Us nous dispenseront d'appréciations, dont il serait libre à chacun de contester la justesse ou la sincérité.

A la veille d'être supprimée, TÂcadémie de Rouen écrivait au Conseil général du département de la Seine-Inférieure :

c Le Corps législatif a décrété, comme principe , que Tinstruction nationale seroit désormais à la chaîne publique ; en conséquence , la vente de tous les biens patrimoniaux des diverses maisons d'instruction est ordonnée pour le prix en être affecté aux nouveaux établissemens du même genre. Le peuple aspire après leur organisation , mais les travaux immenses de la Convention nationale ont suspendu Texécution du plan proposé , et toutes les parties de l'éducation sont dans un état de stagnation vraiment afDigeant. Quelques places de professeurs sont devenues vacantes: aucune autorité n*a pourvu à leur remplacement La plupart des professeurs conservés ne reçoivent plus les émolumens qui leur étoient attribués ; de là, le zèle des maîtres s*est refroidi, le découragement s'est emparé des élèves, et, ne nous le dissimulons pas , la génération présente gémit dans l'ignorance , celle qui la suit semble marcher à grands pas vers la barbarie. Magistrats , au nom des sciences et des arts, qui dans tous les temps ont fait la gloire et la prospérité de cette ville, hâtez-vous de recueillir les débris des écoles consacrées à l'instruction du peuple que vous administrez • (1).

Bignon, principal du collège de Rouen, écrivait aux administrateurs du département, à la date du 3 mai 1793 :

« Depuis longtemps , on promet à l'institution publique la faveur d'une vie nouvelle. Bientôt, malgré vos attentions, il ne lui en restera

(i) Signé : Néel, Tice*directeur de TAcadéniie, Hésaiie, trésorier, Fr.-Ph. Goardin, secrétaire» adjoint.— En marge de la lettre: Requête sans eflet, attendu que la GonTention a^occupe d^on plan d*édocation nationale.

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peut-être plus qu'un léger souffle de rancienne. Il s'écroule avec précipitation ce colosse gothique. Mais les fondements de l'architecture qui doit le remplacer, nous les cherchons encore. Voilà donc les arts sur le ^)oint de redevenir errans et d'être livrés à la discrétion des pirates. Déjà , l'alTreuse barbarie montre sa tête hideuse et difforme pour aider à les étouffer. Fasse le ciel qu'elle soit obligée de rentrer dans les ténèbres I... Amis de l'enseignement et des sciences, mes réflexions vous sembleront fâcheuses. L'amour sincère du bien me les arrache. Vous les pardonnerez , sans doute , à la sensibilité d'un instituteur qui , après avoir passé ses plus beaux jours au sein de l'éducation publique , craint de se voir destiné, pour ainsi dire, au triste ministère de la conduire au tombeau et de présider à ses funérailles. »

Quelques années après , alors qu'une expérience déjà longue avait permis de juger l'œuvre de la Révolution, Ghaptal, ministre de l'intérieur, adressa aux préfets de la République un certain nombre de questiens relatives aux anciens établissements d'instruction publique. Le Gouvernement ne voulait c plus rien donner à la théorie trompeuse des illusions », et sa ferme résolution était d'assurer à la jeunesse fran* çaise une instruction convenable et pourtant appropriée aux moyens , aux besoins, aux convenances, aux localités. » Tous les conseils d'arrondissement furent consultés, et c'est en grande partie d'après les renseignements qu'ils fournirent que j'ai dressé le tableau qui précède»

L'avis du préfet, M. Reugnot, fut que le rétablissement des anciens collèges était absolument impossible. Suivant lui, on manquait de trois choses indispensables pour la réussite du projet : l'argent, les maîtres et les élèves. Il ne restait que le quart des hommes adonnés à l'instruction publique en 1789 ; il n'avait point été fait d'élèves depuis 12 ans dans la carrière de l'enseignement, et l'espoir d'en faire dans la suite paraissait douteux. Il craignait qu'on ne pût trouver alors dans l'étendue de la Seine-Inférieure 100 sujets qui voulussent se vouer pendant 8 ou 10 ans de leur vie à l'étude des langues anciennes. Il déclarait, à regret, que , dans son opinion , le siècle des belles-lettres était passé : c Ne nous flattons pas, ajoutait-il, de reproduire par de vains efforts ce qui n'appartient qu'au temps. Il m'en a coûté de vous proposer mon avis» car, en vous écrivant , j'ai été constamment obligé d'imposer silence aux

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I^TABLISSBIIEXTS d'INSTRUGTION PUBLIQUB

fioovenirs les plus toiicbaots, à ceux de mon jeune âge, aux inspirations sacrées de la reconnaissance. Élève de TUniversité, je lui rapporte le peu que je vaux et je lui dois tout ce que j'aurais pu valoir. •••• Je voulais savoir si mes fils joueraient à l'ombre de ces arbres qui avaient souri à la jeunesse de leur père. Les arbres avaient été arrachés, le izoUége changé en une prison hérissée dé fer ; les bâtiments délabrés se soutenaient à peine ^ Tasile des Muses avait été changé en un séjoor de deuil et en atelier de destruction. Des larmes ont coulé de mes yeux^ J*ai désespéré de son rétablissement, et la réflexion n'a fait que vérifier pour moi Tinstinct du sentiment. »

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