CHAPITRE XI
ÉCOLES d'hydrographie.
La ville de Dieppe revendique depuis longtemps Thonneur d'avoir été comme le berceau de la science hydrographique.
• La preuve , dit M. Vitet , que cette prétention n'est pas vaine et que, au moins parmi les Français, ils sont bien les premiers qui aieut cultivé avec succès l'hydrographie et la cosmographie, c'est que les cartes
(1} Arch. de la S.-Iol., G. 85.
330 ÉTABLISSEMENT d'iNSTRLCTION PUBLIQUE
maouscrites les plus aociennes que possède aujourd'hui le dépôt de la marine out été tracées par des Dieppois. On peut Taire la même obser-* vation dans tous les cabinets d'amateurs de ces sortes de raretés. D'ui^ autre côté , Texistence d'une chaire d'hydrogra,phie à Dieppe , dès lesi temps les plus reculés , parait un fait incontestable. Golbert , en confie-* mant cette chaii^e en 1669, et en chargeant le sieur Denis de continuer le cours , reconnaît que la ville de Dieppe en a joui de temps îmmé^ mariai. »
l^a plupart de ceux qui ont écrit sur la ville de Dieppe sont d'accord pour rapporter à, Pierre Descheliers (1), prêtre, domicilié à Arques, le mérite d'avoir, le premier, cultivé avec succès l'hydrographie. Ils. citent comme ses élèves ou ses successeurs c le savant Prescot (2) et le capitaine Cousin* » Mais , pour tout le reste , leurs témoignages varient, et manquent d'ailleurs de précision. Desmarquest Tait naître Descheliers en llikO ; il dit que ce fut lui qui connut le premier L'absolue nécessité de la rondeur de la terre et de l'existence des antipodes , et q^ue ce> ne fut même que sur la supposition de cette vérité qu'il posa ses principes d'hydrographie au moyen de la découverte que l'on avait faite alors de la boussole. < Il devint, dit-il, le meilleuir astronome de son temps ; il com-> posa une sphère céleste et une sphère terrestre , et y désigna les côtes> d'Asie, à peu de chose près, telles qu'on les a découvertes depuis, t, Guibert, avec plus de vraisemblance, fait vivre Descaliers à la fin do XYI^ siècle. Il lui attribue la composition d'une sphère plate au milieu de laquelle on voyait un globe qui représentait toutes les parties du monde. Il ajoute qu'il dressa sur la demande du duc de Guise un plan
(i) Ou Des Celien» ou Descelien. — Asseline le nomme Pierre DesHens. Mention (en 1587) d*an nommé M* Pierre Deschelliers, prêtre, demeurant à Arques, ajant pour frères : Audou Deschelliers, arbalétrier, qui s^était retiré d* Arques & la Yille françoîse de Grâce ; Nicolas Deschelliers , qui laissa une Teuve nommée Marguerite, et pour sœur Perrette Deschelliers. ' D^«t des biens d* Audou DescheltUrs, 4547 (Arch* de la S.-Int, F. de la collégiale de GharlemesnU). — Suivant une note de M. Féret^ Hist» des Bains de mer de Dieppe, il existerait à Padoue un magnifique planisphère des plus curieux comme travail géographique, orné du grand écusson des armes de France, des éoussons du connétable de Montmorency et de Claude d*Annebaut , amiral de. France. Cette œuvre aurait été faite à Arquoi^ Paq 45{i>0, par Pierre Defceliers,, prêtre. La description en a été donnée par M. C.-A. d^ Ghallay.e,. membre de la Société géographique ; elle a été reproduite par les soins du savant M. Fabbé Cochet, dans la Vigie de Dieppe du 16 février 1858.
(2) Ou PresoU
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universel de toutes les forêts de France. « Après lui sont venus, pour- 6uit-il , deux qui ont enseigné Thydrographie ou carte marine, sous le nom et titre de commissaires examinateura des pilotes. Cet employ rëcevoit sa commission et ses provisions de Tamiral, et n'avoit d*autre tevtetau que la reconnoissance des étudiants. On ne peut désigner ceux qui ont rempli cette fonction les premiers. On ne connoit que Jean Guérard, qui reçut ses provisions du sieur de Montmorency , amiral, lorsqu'il vint en cette ville le 26 juillet 1615 (1). Il eut pour succès-
seur le sieur Dupont ; Ttfn et l'autre avoient beaucoup de connoissance dans cet art»
4 Peu après , et vers le milieu du XY IP siècle , le sieur Adam , né en cette ville , y enseignoit cette science.
« Dans le même temps ou environ , le isieur Gaudron (2) entretenoit une école dans cette ville ; mais, non content d'exercer ^es talents, après avoir perfectionné ses connoissances spéculatives, il voulut réformer et perfectionner les anciennes cartes maritimes. Pour cet effet, il alla visiter et examiner les côtes de Guyenne, de Poitou et de Bretagne , ce qui le fit connaître au sieur de La Milleraye, gouverneur de cette dernière province. Il en fut considéré comme un habile mathématicien , et entreprit à sa sollicitation un voyage des Indes. Mais il n'alla pas loin, parce qu'il tomba dans la mer dès le commencement de la navigation et y périt. Son frère, bérititier de ses cartes et de ses planches de cuivre gravées, acquit en peu de temps assez de connoissance pour ouvrir une : école à La Rochelle et pour obtenir un poste considérable sur les navires du Roy.
« Peu après le milieu du XYII^ siècle parut le sieur Guillaume Denys, originaire de cette ville, prêtre habitué en la paroisse de St-Jacques. Il fut pourvu par le duc de Vendôme, grand matlre-chef et surintendant de la navigation et commerce de France , de l'oflice de commissaire
(i) Desmarquest ne parle pas de ramiral de Montmorency. U dit que Jean Gn^nrd fit hommage à Tamlralde Goligny d'un mémoire dans lequel il avait développé les principes de IMijdioi^raphie, qui n*était bien connue qu*à Dieppe et qui avait fiicilité les découvertes et les succès maritimes des cilo.vei{s àe cette ville. Suivant lui, Guérard reçut de cet amiral une commission de professeur d'hydrographie et fiit le premier en Europe qui ait eu ce titre.
(2) Jetfn Caudron, prêtre, comme Descheliers et Prescot;
examinateur des pilotes partout le royaume. Golbert, qui sMntéressait Tivement à tout ce qui avait pour but la gloire et la prospérité du pays, lui écrivit, le ISi mai 1665, pour le féliciter du soin qnMl prenait d'euscigner le pilotage aux jeunes gens et de les mettre en état de servir le Roi. Il lui fit passer, le 11 juin suivant, une gratification de 600 1. et, bientôt après, il lui accorda une pension de 1,200 1. En même temps, il écrivit aux officiers de la ville que le Roi voulait établir à Dieppe une école d'hydrographie et la confier aux soins de Guillaume Denys. Cette école fut ouverte le 30 septembre 1665, et, à partir de ce moment, il n'y eut pas d'interruption dans l'enseignement de cette science à Dieppe (1). M. Denys en conserva la direction jusqu'à sa mort, en 1690. »
On lui doit plusieurs ouvrages imprimés à Dieppe , chez Nicolas Du Bue, et que nous citons d'après le Manuel du Bibliographe normand de M. E. Frère : L'art de Naviger perfectionné par la coynoissance de la variation de F aiguille aimantée, 1666, in-fi*; dédié à Colbert. — Lart de Naviguer dam m plus haute perfection ou Traité des latitudes^ 1673, în-/^^ — L'art de Naviger par les nombres dans lequel toutes les règles de la Navigation sont résolues par un triangle rectiligne rec^ iangle comme dans les cartes hydrographiques , 1675, în-8° (2).
M. Denys était aussi désintéressé quMnstruit. J'en trouve le témoignage dans un récit manuscrit composé par Jean-François Doublet, de Ilonfleur, commandant de vaisseau sous Louis XIV. Ou voit que cet oflîcier, à la veille d'obtenir un brevet de lieutenant de frégate, se rendit de Dunlcerque à Dieppe pour se mettre en pension chez M. Denys, au prix de 501. par mois. Pendant une demi--année, il étudia sous sa direction les principes de la sphère, les marées, les hauteurs, le quartier de réduction, l'échelle anglaise, les logarithmes, les triangles sphériques , les éléments d'Euclide et les calculations. Il se fit recevoir
(i) Varrèt du conseil (PEtat du Roi, portant attribution à Chôtel-de-^ville de Dieppe de la polie^ générale et particulière (27 octobre 4667), contient, dans TarL xxvii, la disposition suivante :
« Fait Sa Majesté très expresses deffenses à tous pilotes et lamaneurs de faire aucunes fonctions Jusqu*à ce qu*i)s ayent été examinez et trouTCz capables par le sieur Denis, prêtre, commis par S» M^ pour enseigner et tenir école de pilotage dans ladite Tillet à peine de 50 L d'amende. »
(3) M. E. Frère fait remarquer que Denjs prenait les titres de t prêtre, pilote, hydrographe de S. M» , examinateur des pilotes par tout le royaume de France et professeur royal d'hydrographie à Dieppe, t
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pilote à Tamirauté à la suite d'un examen passé devant quatre pilotes et quatre anciens capitaines (1).
De l'école de M. Denys sortirent : M. Voutremer , prêtre , chargé, vers l'an 1685, de l'école d'hydrographie de Bayonne; M. Gaulette, du PoUet , qui , vers la même époque , alla ouvrir à Toulon , par ordre du Roi , une école pour les officiers de la marine royale.
M. Denys eut pour successeur, à Dieppe, M. Nicolas Le Gordier, du Havre, ancien officier delà marine, qu'une blessure avait contraint à quitter le service. Il a publié le Journal de la Navigation ou la manière (Rappliquer toutes les règles du cercle ou quartier de proportion avec leur usage solidement démontré, Havre-de-Grâce , 1683, in-12, réimprimé en 1748. — h^ Instruction des pilotes ; la Construction des vaisseaux ; les Prières de la mer, etc., imprimées au Havre de 1683 à 1703 (2). Ges divers ouvrages furent estimés dans le temps où ils parurent. On lui doit encore une carte hydrographique de la côte de France, de Galais à la rivière de Bordeaux , où la qualité des fonds et l'effet des sondes sont marqués.
De ses trois fils, F un devint oratorien et se distingua par ses talents pour la prédication , à laquelle il se livra jusqu'à une extrême | vieillesse. Le second, Denis Le Cordier, remplaça son père, en 1709, en vertu d'un brevet qu'il avait obtenu dès 1707. Mgr d'Aubigné, croyant voir de l'incompatibilité entre ses fonctions et le caractère ecclésiastique , refusa de lui conférer les ordres. Mgr de Bezons se montra plus tolérant et l'admit à la prêtrise en 1721. L'abbé Le Cordier a retouché V Instruction des pilotes de son père et l'a fait réimprimer en 1748 et 1754.
La survivance de la chaire d'hydrographie fut donnée à M. Fouray, de Dieppe , qui fit enregistrer son brevet à l'Hôtel-de- Ville en 1752. Il fut reçu à l'académie de Rouen en août 1758 , et fit hommage à cette société, en 1783, d'un mémoire sur les signaux pour assurer l'état de la marée dans les ports. Il était encore en fonctions en 1785.
Monge et Levêque, examinateurs des écoles d'hydrographie du royaume, firent, en 1787, l'inspection de celle de Dieppe. Ils écrivent à ce sujet à M. de Maussion , intendant de la généralité de Rouen ( Granville ,
(1) Grand registre in-folio offert par Tau leur de ce Mémoire aux archives de la Seine-Inférieure. (S) M. E. Frère, Manuel du Bibliographe normand,
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24 sept. 1787): « Autrefois, la ville de Dieppe accordoit un logement au professeur , mais il ne jouit plus de cet avautage. Tout le monde reconnoît la nécessité d'entretenir l'école d'hydrographie. Cette ville fournit un très-grand nombre d'excellens marins , et est la première du royaume où il y ait eu ce genre d'instruction. Il faudrait donc que l'admi* nistration municipale pût porter les appointemens du professeur à la somme de 1,500 liv. au moins, qu'elle lui donnât un logement et indiquât un lieu pour donner les écoles publiques et gratuites; et, pour exciter l'émulation, il faudroit de plus qu'il y eût deux prix annuels consistant en instruments nautiques (1). »
Il y avait au Havre, dans le dernier siècle, une école de marine. Elle se tenait à l'arsenal (2). Je ne puis dire à quelle époque elle fut fondée. Les administrateurs du district de Montivilliers, répondant à une demande que leur adressait le directoire du département, assuraient qu'elle remontait à une date très-ancienne (3). Ce qui est certain, c'est que celte école fut dirigée par des hommes de mérite , notamment par Georges Boissaye du Bocage, père et fils, ingénieurs et hydrographes. Le premier fut chargé , en 1666 , de l'exécution du canal Yauban de Harfleur au Havre (A) ; le second a publié un ouvrage intitulé : Explication et usaffe (Tune partie du cercle universel^ de ses tables et échelles. Havre, 1683 ; — un autre , inséré dans les Mémoires de F Académie des sciences, 1719, portant pour titre : Observations sur le flux et le reflux de la mer (5). Un de leurs successeurs fut Louis*Glaude-Etienne Delisle, originaire d'ÂUouville, près d'Yvetot. Après avoir [servi dans te régiment de Berry, où il prit les premières connaissances de son état et commença l'enseignement delà géo* métrie et de Tart des fortifications, DeKsle vint suivre, à Rouen, les cours de dessin et d'architecture ; il professa les mathématiques au collège de Beaumont-en-*Auge et fut nommé , en 1774 , professeur à l'école des élèves gardes-marine du Havre. Il fit graver et publia un arbre généa*
(1) Arch. de la Seine-Inf. F. de rietendanoe, série C. 9ii.
(5) Duplessis, Description de la Baute-Normandie, (d) Areb. de la Seine-Iaf. Série L.
(6) En 1678 , t Georges Boissaye da Bocage tenant Fescolle d'bydrographîe pour le Roj gratis an Hayre • donne quittance au trésorier général de la marine de la somme de 180 li?. pour trois mois de ses appointements. Arcb. de la Scinç-Inf. F. Danquio.
(5) M. E. Frère, Manuel du Bibliograpfie normand.
logique des sciences ou tableau des mathématiques^ et soumit à TÂca* démie de Rouen un mémoire, resté manuscrit, sur la division des angles en â, 5 et 7 parties égales. L'hydrographie fut encore professée au Hayre par Louis Gleron, nommé en 1720, par brevet du Roi, aux appointements de 90 liv. par mois et de 300 liv. par an sur la ville ; par son (ils, qui lui succéda en 1776 et professait encore en 1772 , époque où nous le voyons réclamer auprès de l'intendant une augmentation de traite^ ment (1) ; par Jean-Baptiste De Gaulle, auteur de diverses cartes marines^ entr'autres, de celles de la Manche et de Tembouchure de la Seine, et de plusieurs mémoires sur le port du Havre et sur la navigation. Il inventa plusieurs instruments de navigation, tels que le compas azimutal et le sillomètre , qui lui méritèrent le brevet d'ingénieur géographe de la marine. En 1791, on retrouve M. De Gaulle comme professeur d'by* drographie à Honfleur. L'école de marine fut supprimée pendant la Révo-^ lution. Le dernier professeur de cette école , qui ne manqua pas d'une certaine réputation , fut M. Pelhaste.
L'école d* hydrographie de Fécamp, si l'on s'en rapporte ant renseigne^ ments fournis par les administrateurs du district de Montivilliers, avait été fondée à une époque assez reculée* Le témoignage est vague et ne parait reposer sur rien de positif. Ce qui est incontestable , c'est que Thydro^ graphie fut professée à Fécamp par M. Boux« de 1769 à la Révolution (2}«
Nous ne faisons aucun doute qu'il n'y ait eu à Rouen , ainiû qu'à Dieppe , des professeurs particuliers d'hydrographie , aussitôt que l'im^ portance de cette science eut été reconnue et que les navigations lointaines en eurent fait sentir la nécessité. Le commerce de Honei s'étendait dans toutes les parties du monde et cette ville compta de nombreux et d'intrépides navigateurs. Nous manquons malheureusement de renseignements, et il ne faut pas trop s'en étonner. L'histoire de Rouen a été composée par un ecclésiastique qui s'est attaché principalement à l'histoire des établissements religieux, et il est assez naturel qu'un enseignement libre, comme devait l'être celui de l'hydrographie,
(1) Areh. de la Seine-Inf. F. dé Tlntendanee. G. 911.
(S) Cependant, Monge et Levèque, dans la lettre que nous ayons citée, paraissent ignorer qu'il y eftt une école d^hydrographie à Fécamp. Ils expriment à l'intendant le désir que les narigatears de St- Vakry-en-Caox et de Fécamp puissent trouver cliez eux des moyens d'instruction.
3â6 ÉTABLISSEMENTS D'iNSTRLCTION PUBLIQUE
n*ait laissé aucune trace dans nos archives. D'ailleurs , celles qui auraient pu fournir quelques renseignements , les archives de Famirauté « se réduisent à un petit nombre de documents , par suite de la négligence et du désordre qui régnèrent habituellement dans les greffes de cette juridiction. Nous noterons cependant, comme preuve de l'intérêt que la ville de Rouen attachait aux travaux d'hydrographie, le don qu'elle fît, en 157S, à Toussaint de Bessard, mathématicien, pour l'encourager à la rédaction d'un ouvrage qu'il préparait sur la navigation (1).
En 1587, Jean de Séville, dit Le Soucy, médecin et mathématicien, publiait, à Rouen, « le Compost Manuel Calendrier et almanach perpétuel recueilli et reformé selon le retranchement des dix jours avec la déclinaison du soleil reformée ; un Abrégé de la sphère et autres choses appartenant à la navigation, principalement pour la longitude de l'est et ouest. » Dans la dédicace de l'ouvrage au duc de Joyeuse, amiral de France, gouverneur pour le Roi en Normandie , Séville nous apprend qu'il avait passé « la plus part de son aage à instruire la jeunesse aux mathématiques, principalement des cartes marines, et dressé les instruments mathématiques comme astrolabes et cartes servans à la navigation (2). b Séville était évidemment un professeur privé, sans titre officiel. 11 eut probablement des concurrents et sans aucun doute des successeurs, mais leurs noms ne nous sont pas connus. Il nous faut franchir un siècle et demi pour trouver à Rouen la mention d'un professeur public d'hydrographie.
Ce fut d'abord comme simple particulier, sans brevet ni titre officiel , que Dulague, formé par les leçons de M. Bouin, enseigna l'hydrographie à Rouen. Dès l'année 1756, il se qualifiait professeur de cette science»
(i) Dernier juin 1578. — « Advisé que l*on présentera, par forme de don et gracieuseté, à Toussaint de Bessard, mathématicien, de Putot-en-Auge, la somme de 80 Iît. pour ung livre qu^il faict sur la naHgation quMl veult donner à la maison de céans. » 11 fit imprimer à Rouen, chei Martin Le Mesgissiery un livre intitulé : « Dialogue de la longitude ouest. > E. Frère, Manuel du Bibliographe normand t où. ron voit de Bessard qualifié grand voyageur et des plus renommez pilotes de France,
(S) Il y eut de nombreuses éditions de cet ouvrage. Nous en counaissons une donnée à Rouen ches Thomas Mallard, devant la porte do Palais à THomme Armé M. D. XCX. On doit à Séville la relation des ffites offertes par la ville de Rouen à Henri III, 1588 , relation réimprimée par la Société de» Bibliophiles normands, et la traduction d'un ouvrage espagnol. V. au mot Sévillk le Manuel du Bibliographe normand, de M. E. Frère.
DANS l'ancien BIOGÈSB DE ROUEN. 337
Quelques mois auparavant, son savant protecteur, vraisemblablement dans le but de lui frayer la voie, avait lu à TAcadémie un mémoire sur la nécessité de fonder une école publique d'hydrographie. La bienveillance de cette société était acquise à Dulague ; elle avait applaudi à ses premiers travaux; elle Tavait accueilli parmi ses membres titulaires, en même temps que Ligot ; mais, sans doute, il ne dépendit pas d*elle que Futile projet dont Bouin Tavait entretenue ne reçût son exécution.
L'école publique d'hydrographie ne fut fondée qu'après la suppression des Jésuites. Profitant du moment où le Parlement s'était attribué la réglementation de l'enseignement dans les collèges, Dulague lui adressa un mémoire où il faisait valoir toutes les raisons qui rendaient dési-^ rable la création d'une chaire d'hydrographie au collège de Rouen.
f Si on avoit» disait-il, dans ce mémoire, quelque doute sur l'utilité d'une chaire d'hydrographie dans le collège de Rouen , une simple réflexion doit estre plus que suflSsante pour en convaincre. Les deux rives de la Seine ne sont peuplées que de gens qui semblent, par leur naissance mesme, destinés à la marine. Le siège général de l'amirauté de la province exige un hydrographe pour examiner la capacité de ceux qui se font recevoir pour la navigation. Un nombre considérable d'enfans trouvés et inutiles peut fournir d'excellents pilotes. La situation de cette ville sur la rivière en a fait une des plus commerçantes du royaume. Sa proximité de la mer lui a fait accorder les privilèges de port de mer pour les armements des colonies. Combien de ses négociants ont leur fortune au-delà des merst Combien sont obligés d'y envoyer leurs parents, leurs enfans ou de les traverser euxmêmes!
€ Une autre sorte de bien résulteroit de l'établissement d'une école gratuite d'hydrographie, c'est davantage qu'en retireroît le Bureau général des pauvres (1). Quelle décharge effectivement ne lui procureroit-on pas si , suivant l'Ordonnance de la marine , on envoyait à cefte école ceux de ces enfants qui ont une certaine ouverture d'esprit I Quel service ne rendroit-on pas à ces enfans en leur procu-
(1) Dès la fin du XVIl* siècle, le GouTernement avait conçu le projel de fonder à Rouen une école de marine et d'y envoyer les enfants du bureau. Arch. des Hospices de Rouen.
338 l^TABLISSEMENTS d' INSTRUCTION PUBLIQUE
rant un bon établissement à peu de frais L. Enfin, quel avantage pour la patrie que les services qu'ils seroient en état de rendre dans un tems où le mauvais succès d'une guerre malheureuse a privé l'État d'un si grand nombre de bras !
« Les revenus de l'Hôtel-de-Ville étant fondés particulièrement sur le commerce, les marchands sont d'autant plus en droit de demander à la ville l'enseignement des sciences qui les concernent, que, par l'art. 8 du ^ titre YIII de l'Ordonnance de la marine, le Roi semble décider que les hydrographes seront gagés par les maires et échevins. Outre tous ces motifs, la question est décidée par l'Université de Caen elle-même, qui vient de faire au ministère public la demande d'ériger dans son sein une école d'hydrographie, afin que les habitants de Caen ne soient point obligés d'envoyer au loin leurs enfants pour acquérir la connaissance de cette science (1)
ff On diroit peut-être que le nombre de ceux qui se donnent à la marine ne vaut pas la peine d'établir une chaire d'hydrographie. Cette objection a effectivement quelque apparence. Car, depuis dix ans que je professe à Rouen, je n'ai guère eu plus de 12 à 15 écoliers à la fois, et cependant je suis en état de démontrer que par an , l'un portant l'autre , j'en ai eu 25 à 30 , excepté les deux dernières années. Or , 1* la plupart des habitants ignore qu'il y a dans la ville un hydrographe, et j'ai eu connaissance que plusieurs personnes avoient envoyé leurs enfans à Dieppe et au Havre , pour y apprendre le pilotage ; 3P je suis obligé de prendre des honoraires de ceux qui ont recours à moi, ce qui fait que les tiverains de la Seine ne viennent apprendre que lorsqu'ils y sont absolument forcés , et ne le font que le moins de temps qu'Us peuvent, au grand détriment de la navigation et au risque de la fortune et de la vie des citoyens, b
Les raisons développées ^dans ce mémoire déterminèrent le Parlement à nommer Dulague professeur d'hydrographie au collège, le 23 février
(i) Dès le mois de septembre i70A, Tintendant Foucault avait fait établir au collège des Jésuites de Caen t une chaire de malbématiques et d^hydrograpliie pour rinstruction des jeunes gens qui prennent le parti de la mer. • Mémoires de Foucault, publiés par M. F. Baudry, dans la collection des Documents inédits, Paris, 186S, p. cxt.
DANS l'ancien DIOCÈSE DE ROUEN. 339
1763. — Le cours commença le 2 mars suivant. Deux ans après , le 20 juin 1765 , le Roi , en confirmant le collège de Rouen , permit à l'administration d'établir une chaire d'hydrographie , à des appointements qui ne pourraient dépasser 1,200 1. (1). La chaire fut maintenue conformément au rapport du Premier Président , et Dulague en fut nommé, à l'unanimité, titulaire au maximum du traitement, à la charge par lui d'obtenir l'attache du grand amiral.
Le 23 juin 1767 , FHôtel-de-Ville , • en vue de rendre les écoles de mathématiques et d'hydrographie plus utiles au public , arrêta , d'une voix unanime , qu'il convenait de fournir à ces deux écoles tous les instruments, livres, cartes , cartons qui seraient réputés nécessaires , comme aussi d'encourager et d'exciter l'émulation entre les élèves, par Tespérance de prix qui seraient distribués à ceux d'entr'eux qui se seraient le plus distingués dans ces classes. » La ville affecta aux prix une somme de & à 500 L, représentant l'aumône annuelle qu'elle était dans l'usage d'accorder au collège et voulut qu'ils fussent distribués dans la séance publique de l'Académie de Rouen , par les membres de cette Académie , et sur le jugement qui en aurait été porté par ses commissaires. Ce fut ainsi , et par le vœu de l'administration municipale, que la chaire d'hydrographie fut placée sous le patronage de l'Académie.
' Dulague a composé un certain nombre de mémoires manuscrits qui furent los dans les séances de l'Académie. L'ouvrage qui lui fit le plus d'honneur est celui qu'il publia sous le titre de Leçons de navigation. Ce livre fut adopté pour toutes les écoles d'hydrographie de France.
Dulague mourut à Rouen le 9 septembre 1805.— Pendant la Révolution, sa maison était devenue l'asile de son ancien maître, M. Bouin. Il protégea sa vieillesse et eut pour lui les soins les plus délicats, dans un temps où l'humanité pouvait être considérée comme un crime et punie de la prison et de la mort (2).
(i) Le tTailement était de «,S00 lif. en 1781.
(2) Notice sur Dulague, par M. Vilalis, dans le Précis de l'Académie de Kouen, 1806.
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