ADDITIONS RELATIVES AU COLLÈGE DE ROUEN
Une lettre de Godefroy Henschenius, qui était venu à Rouen avec Papebrock pour la continuation de la grande œuvre entreprise par BoUand, confirme ce que nous avons dit de la population considérable du collège de Rouen au XVIP siècle:
c n y a ici une grande magnificence dans le nombre des étudiants, qu'on y compte J
jusqu'à deux mille. Le professeur de rhétorique a 250 élèves ; le P. Netterville en a, en logique, 220, et ainsi des autres. • La lettre est datée de Rouen, 14 novembre 1662. Elle a été publiée par la Semaine religieuse de Rouen, 1871 , n*» 44 , p. 1016.
Nous pourrions corroborer l'assertion de Godefroy Henschenius par beaucoup d'autres témoignages.
Nous avons oublié de citer, parmi les recteurs et les régents du collège de Rouen dont il nous reste quelques ouvrages : Jean de Berruyer , auteur d'une pièce intitulée : Illustrissimo ecclesie principi Jacobo Nicotao Colbert, arckiepiscopo Rotom. pro recuperaiâ valetudine (Bibl. de Rouen, 2933); — de La Bretonnière , auteur de vers intitulés : Illustrissimo viro Claudio Pellol, AnU de La Bretonnière y Soc. Jesu, Roth. , M. DC. LXX ; — Charles De La Rue (ses Idyllia, publiés à Rouen , chez Maurry , imprimeur , près le collège , 1669 , sont dédiés à P. Corneille par une épitre en vers latins , datée de Rouen, kal. de juin 1669. Une de ses poésies a pour but de consoler notre grand poète de la mort de son fils. On remarque, dans le même recueil , une traduction en vers français » faite par Corneille, d'une composition latine du P. De La Rue. La même année, parut à Rouen une autre pièce du P. De La Rue, intitulée: Ludovico XIV Régi pacifico Panegyricus, anno 1669 m collegio archiepiscopali Rothom. dictus à Carolo De La Rue, Rothomagi, Lallemant, 1669. Bibl. de Rouen, 2932);— Jean-Antoine Du Cerceau (sa pièce latine, Papiliones, imprimée à Rouen chez la veuve Jacques Le Boullenger, 1696, est dédiée à Yves-Marie de La Bourdonnaye, sieur de Coûetion, intendant de la généralité de Rouen) ; — J.-B.-Charles Duval (dans un recueil d'oraisons funèbres de la bibliothèque d'Alençon, il se trouve une pièce de cet auteur, in-4*, 35 feuilles, imprimée par Richard Lallemaat : Illustrissimo Luxem* burgensium duci, Normanniœ gubematori , gratiarum actio habita cum urbem Rotho^ magensem prœsentiâ suâ ornaret, Rothomagi VI idus feb. M. DCC. X., in collegio regio archiepiscopali Rorbonio.,,) ; '^le P. de Goyon, professeur de philosophie (V. Notice sur l'abbé Saas , par M. du Boullay) ; — le P. Caussin; il composa^ à Rouen, pour les élèves du collège et dédia aux conseillers modernes de cette ville (sex viris) soa Thésaurus grœcœ poeseos ex omnibus grœcis poetis collectus , publié à Paris, 1612 : Natum in urbe vestra et in vestro prope sinu fœtum vobis offero^ viri amplissimi, qui profecto tennis est ut meus , ut ducentorum ferme authorum non contemnendus : addite
jam quod vestrorum liberorum, quod vestcr est, charus, opinor, erit, et magnui
Mihi in gravioribus studiis desudanti oblita erant tôt carmina : cum ecce vestris liberté prœceptor admotus per adolescentiœ mecB vestigia reflecti cogor non invitus. Illi ut sunt ingenio salis sagaci, è situ et pulvere thesaurum meum eruunt, pauperculi hominis di" vitias non adeo invidiosas : et dum quotidianis lectionibus compilant^ rapiunt, asportantp quîd ista importunitate blandius? Petunt tamen sibi dari , et dare ipse jubeor^ quod jam vix erat meum. Nolui ego ut rogatus, utjussus, istud denegare , lis prœsertim m
quos me, et omnia lubenter amoris abundantiâ transfunderem Vos mihi, magnœ urbis
magni optimales , et non magis Patres populi quam Musarum , quœ in vestra fide et
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tuiela conquiescunf, accipite igitur quicquid est muneris, hoc enim ex Gratiarum kortis provenu, qui semper vernant quidem bonis, vobis autem maxime qui semper irrigaiis. La publication de cet ouvrage prouve , à n'en pas douter , que le grec faisait partie de l'enseignement du collège de Rouen.
Commire , connu par ses poésies latines , qui font de lui un rival de Santeuil , publia, à Rouen, chez Maurry, en 1665, un Discours latin : De arte parandœ famm oratio adversus eos qui fraudibus ac dolis gloriam aucupantur , data Rothomagi anno 1662 (Bib. de Rouen, 2930),
On doit ajouter aux noms des anciens élèves du collège de Rouen ceux de Cavelier de La Salle, Tillustre navigateur, et de Pierre-François Le Courayer, ancien bibliothécaire de Ste-Geneviève de Paris.
La correspondance de Pierre Bugard , écolier au collège de Rouen , avec son tuteur, Le Bouteiller, avocat à Caudebec (1618-1620), fournit quelques renseignements qui ne sont pas sans intérêt sur d'anciens usages scolaires. A Rouen comme à Louis-le-Grand, les élèves qui obtenaient les premières places portaient les titres de sénateur et d'empereur. Bugard écrit , le 1" septembre 1619, qu'il était le premier empereur en sa classe; et le 9 février 1620, qu'il était le premier sénateur. Les philosophes entraient en vacances au mois de juillet Les autres sortaient comme l'on voulait ; « car les régens estoient bien aises de gaigner de l'argent. C'est pourquoi ils ne donnoient que trois sepmaiines de vacances », ce que Bugard ne considérait pas comme suffisant. Il est question , dans cette correspondance , des tragédies jouées au collège ; en 1620 , Bugard dépensa 7 liv. pour le louage des habits exigés par les rôles qu'il remplit dans deux tragédies ; il est encore question d^académie faite par les régents : « Mon nepveu, Jean Bouteiller, n'a peu vous rescrire , estant pressé d'aller à l'Académie que fait son régent.... Il fait bien son debvoir. Dieu mercy. » Du 8 septembre 1619 au 11 janvier 1620, il y eut interruption dans les cours du collège, à cause de la contagion qui régnait à Rouen* Une grande partie des élèves étaient placés comme pensionnaires chez des ecclésiastiques de la ville. Le maître de pension de Bugard se nommait Thomas Blondel ; c'était un prêtre de St-Patrice de Rouen. On lui payait 41 liv. par quartier. Les jeunes gentilshommes qui allaient en classe portaient l'épée. Enfin, si nous en jugeons par notre écolier, la musique n'était pas complètement négligée, puisque, dans le mémoire des frais faits, pour lui, par Thomas Blondel, on voit figurer l'achat d'un luth et d'un flageolet d'ivoire de 30 s.
(Ârch. de la S. -lof. Pièces non classées.)