L HISTOIRE DB LA COMPAGNIB
si les services quMl a rendus à la science n'en sont pas moins évidents.
N'avait-il pas une merveilleuse aptitude à saisir le point propre à séduire
le public? Ne s'appropriait-il pas, en maitpe, toutes les observations et les
/ timides hypothèses des hommes compétents, qui émettaient avec circons-
ptction leurs timides conjectures. M. Charma les adoptait vivement, leur donnait la vie en les faisant siennes, quitte à les rejeter tout aussi vivement, dès qu'une autre manière de voir lui semblait offrir plus de garantie et de vraisemblance. Souvent je me suis rappelé, en le voyant ainsi modifier ses interprétations, ce mot de Fontenelle :
« Il ne faut donner qu'une moitié de son esprit aui choses de cette « espèce et en tenir une autre moitié libre où le contraire puisse être t admis. »
Sa nature compréhensive ne se pouvait immobiliser dans la gatne d'un système, il lui fallait le mouvement de la pensée ; aussi la Société lui doitelle surtout cette variété infinie de ses Mémoires et de son Bulletin. Les œuvres de Tesprit y côtoient, comme dans la vie de chaque jour, les tuiles et les grossiers débris. Le poème latin, le roman, précèdent ou suivent telle description d*un édifice gothique ou de fouilles ébauchées.
Mais il faut se borner ; nous n*avons voulu que montrer les genres de services que M, Charma a rendus à la Société qu'il aimait le plus et le mieux, parce qu'elle s*était livrée toute à lui. Nous ne terminerons pas sans rappeler qu*à tous les mérites de l'esprit , à toutes les qualités du cœur , M» Charma sut ajouter une vertu plus grande , je veux dire la sincérité qui couronne sa vie par le suprême exemple d'une mort digne de sa belle intelligence. Il avait dédié , en 1863 , sa notice sur Condorcet : f au Dieu Inconnu » , dont il se déclarait le serviteur le plus pieux et le plus reconnaissant :
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En le remerciant de l'envoi de son livre, je lui dis : « Maître, votre intelligence est faite pour comprendre ce dieu que vous dites inconnu. >
« On le verra plus tard » , reprit-il en souriant,— et grâce à notre vénéré confrère, M. le Curé de Sl-Julien, ce Dieu s'est entièrement révélé à
ANNIÎB ACADÉMIQUE 1868^1869. LI
hii , et il Ta reconnu et déclaré en homme qui Tait i>ravement son devoir; du resir, U y était préparé de longue date par les tendances esMUtielfemeal spiritoalistes de ses écrits.
Toutes ces morts, tous ces vides sont certes de nature à ébranler le courage et à faire désespérer de Tavenir de notre Société , et pourtant il n'en est pas ainsi, tant Famour du devoir et de la science peut donner de tranquillité à Tàme et lui communiquer de force morale, tant cet amour de savoir a de puissance pour nous arracher à Tempire des plus tristes préoccupations.
Notre Secrétaire» notre guide esl tombé en chemin ; et si nous avons repris^ avec chagrin, mais virilement, notre route et nos travaux, c'est que M. Charma nous a laissé l'exemple de son énergie morale et de sa uigaeur toujour» fervente au travail.
Pour emnbler tous ces vides , se sont présentés à no» suffirages , k des titres divers » et ont été admis dans nos rangs , douze nouveaux nftembres, sepi comme titulaires régnicoles :
MM. Victor Âdvielle.
Charles Blanchard , docteur en Droit , avocat à Condé-sur-
Noireau.
Le Vaillant de La Fiefie, à Rouen, auteur d'un très-consciencieux
travail manuscrit^ sur les verreries de la Normandie. Le Rouge (Edmond), propriétaire à Bayeux. Levé (Albert), juge à Domfront.
Métivier (Henri) , professeur d'histoire au Prytanée impérial de
La Flèche , auteur de Tbistoire des princes de Monaco , du
château de Marchais et d'autres travaux très-estimés. De Rampan, l'heureux organisateur du Congrès d'Isigny.
Tons nous arrivent les mains pleines et le cœur dispos.
Notons comme une bonne fortune le retour parmi nous de notre cher confrère, M. Laisné-Deshayes, agrégé à la Faculté de Droit, qui nous a promis le concours de son travail et de son assiduité à nos séances.
Comme membres correspondaMs nationaux :
MM. A. Janvier, à Amiens, auteur de quelques tournois en Picardie,