I^OTICE SUR LES CLEPSYDRES
Force fut donc de les enlever ; mais le rétablissement n'en put être fait par des ouvriers de la ville, où , d'ailleurs, il n'existait pas encore de maître horloger. L'importance de ce travail ne suflSt-elIe pas pour prouver que les pièces usées faisaient partie de l'horloge primitive ? Évidemment , il n'avait pas fallu moins de deux siècles pour les détériorer au point que le remplacement en devint nécessaire.
En attendant la restauration projetée, Régnier fut obligé, par une délibération du gouverneur et des échevins, de maintenir l'horloge toujours bien réglée et de faire marquer exactement la même heure aux cadrans placés sur les deux façades de l'hôtel-de-ville. Il devait aussi s'engager à ce que « les globes ou lunes , qui étaient par ci-devant « sur lesdits cadrans et qui en sont de présent hors, après qu'elles y « auront été remises , aux frais et dépens de ladite ville , seront par i après par lui entretenues en usage pour marquer certainement la nou- « velle et pleine lune, décours-ou croissant d'icelle, comme elles fe* « saient par ci-devant , et en somme entretenir bien et dûment , à ses « frais et dépens, toutes les pièces et mouvements requis pour tenir « en droit usage lesdits horloge , cadrans et lunes. >
Cette restauration fut entreprise , en 1597 , par Loys Démarque , maître horloger à Ruffec , en Poitou ; il y ajouta la sonnerie des demies et de quarts , disposa les roues de manière que le remontage des poids ne se fît plus qu'une fois par jour , puis remplaça le carillon de Jean Labbé par huit tinterelles neuves , dont la plus grosse pesait 200 livres. Il leur fit jouer, aux heures, le premier vers de l'hymne : t Vem^ Creator Spiritus ; » aux demies : « Inviolata , intégra et casta es. Maria ; • et aux quarts : « 0 benigna. » Démarque employa deux mois à faire ce travail , avec l'aide de quatre compagnons et, reçut pour solde une sonmie de AS écus* Après lui , on confia son œuvre aux soins du sieur Dodemare, bourgeois de Caen, qui s'était fait recevoir maître horloger (1).
(1) Cette horloge fut détruite sans doute lors de la démolition de Thôtel-de-Tille « en 1750. Lorsque r Administration municipale, après un séjour de quelques années à Tliôtel d'Ëscoville» acheta le séminaire des Ettdistes et s'j installa , elle y trouva une horloge à quarts , qui est maintenant an couvent des Sœurs de la Miséricorde , mais qui n'oflEre aucun intérêt. Celle-ci fut remplacée « en i 8A5 « par Thorloge actuelle de la Bibliothèque , dont la précision est remarquable. Depuis 1869, son plus grand écart n^attdnt pas une demi-seoonde d*erreur par jour»
ET LES PilEMlÈRES HORLOGES. 537
CootinuoDs réDumération des horloges célèbres des XIY'et XY'' siècles.
Un savant de Padoae, Jacques de Dondis, médecin et astronome » acheva en lâ/i/i , après 16 ans de travail , une horloge qui fit sensation en Europe ; elle lui valut le surnom d'Horologius, qui se perpétua dans sa famille. Son fils Jean en exécuta une semblable pour la ville de Pavie.
Quelques années plus tard, Courtray eut son horloge; mais, enlevée dès 1582 par le duc de Bourgogne , elle vint orner le portail de la cathédrale de Dijon. C'était, selon Froissart, < Touvrage Tun des plus c beaux qu'on sceust trouver deçà ne delà de la mer ; et celui horloge c le duc fit tout mettre par membres et pièces sur chars , et la cloche f aussi. >
Charles Y fit établir des horloges dans plusieurs châteaux royaux ; il avait un horloger en titre, nommé Saint- Béatbe. En 1362 , il fit venir de Lorraine Henri de Yic pour construire celle du Palais de Justice. Un traitement de six sous parisis par jour lui fut accordé, ainsi qu'un logement dans la tour: ce qui, pour le temps, devait être une grande libéralité. C'était la première qu'on vit à Paris ; la pose eut lieu en 1370 , dans la tour du Palais , qui prit le nom de Tour-de-l'Horloge , qu'elle porte encore aujourd'hui. Sons Charles IX, Germain Pilon décora le cadran de statuettes en terre cuite représentant la Justice et la Force, et l'on grava sur une table de marbre cette inscription : c La machine qui divise avec tant de justesse les douze heures du jour apprend à observer la justice et les lois. >
Pierre Daimleville, « faiseur d'oreloges » , était installé à Lille en 1379 ; la comtesse de Bar lui commanda une horloge , sur laquelle un acte , qui se trouve dans les archives de cette ville, donne des détails très* curieux. L'horloge devait peser , toute terminée , 300 livres de fer , et , dans le cas où ce poids ne serait pas jugé suflBsant, Daimleville pouvait y ajouter la quantité nécessaire , moyennant un supplément de prix proportionné au poids , mais à la charge de la réparer à ses frais , s'il y existait quelque défaut. Il reçut en paiement &0 francs d'or ; pendant la pose de l'horloge , il fut logé et nourri aux dépens de la comtesse de Bar qui lui donna , en outre , une cotte du drap de ses officiers , dont il devait se servir toutes les fois qu'il viendrait y travailler.
Les horloges de ce temps n'avaient pas encore d'aiguilles mobiles ; le
638 NOTICE SUR LBS GLBPSTDRZS
cadran était divisé en vingt-quatre parties, douze pour le jonr et douze pour la nuit ; il tournait sur lui-même et Tindication de Theure se faisait au moyen d'une aiguille fixe placée en regard des cbifQres du cadran ; on ne pouvait guère s'en rendre compte à moins d'un quart d'heure près.
Dans le siècle suivant , les horloges devinrent moins rares ; on en fit même de plus petites pour mettre dans les appartements , et le prix ne s'en éleva guère , car on trouve dans le livre des dépenses de Louis XI qu'il paya 27 livres 10 sous pour le prix d'une horloge mise au château d'Amboise. Ce fut à cette époque qu'apparurent les Jacquemarts ; c'étaient des automates en fer, au nombre de deux ou trois, qui, placés au haut des befirois , frappaient les cloches de leurs marteaux , au grand amusement du peuple.
Au XYP siècle , on assemblait les roues des horloges publiques dans une cage en fer, dont la hauteur était égale aux dimensions de la base. Un des types les mieux conservés de cette époque est l'horloge qui se trouve à Rouen , dans l'ancien hôtel-de-ville , rue de la Grosse-Horloge ; elle mesure plus de 2 mètres de côté. Une seule aiguille indique les heures ; dans le bas du cadran , on remarque une ouverture par laquelle se présentent successivement les douze signes du zodiaque, se changeant d'eux-mêmes selon le mois de l'année qu'ils doivent indiquer.
L'horloge de Strasbourg , construite en 157/ii , par Conrad Dasypodlus , et celle de Lyon, en 1598, par Nicolas Lyppius, tant de fois décrites, n'ofljrent qu'un intérêt de curiosité. Leurs effets variés , si étonnants qu'ils paraissent , se produisent avec la plus grande facilité et ne font que nuire à la régularité du mouvement.
Lorsque la Corporation des Horlogers reçut des statuts, en l&SS» elle choisit pour ses armoiries , qui étaient r d'azur à la pendule d'or » , cette prétentieuse devise : < Elle convainc d'erreur le soleil lui-même. > En cela, les horlogers se montraient plus satisfaits de leurs œuvres que le Parlement de Paris, lequel rendit, en 1 552, un arrêt ordonnant que c Jehan de Presles • , ayant chaîne de l'horloge du Palais, < sera emprisonné pour ses fautes notables en la conduite dudit horloge. > Cette j urisprudence ne fut , heureusement pour les horlogers , que peu de temps en vigueur.
Les machines horaires furent construites d'après les mêmes principes ,