LA GOMPLAINGTE DES NORMANS
Quant il vera son avantaige ;
Car nostre argent prennent , sans compte y
Et prennent la clef de nostre arche ;
Aussi au conte de La Marche (1)
Et au noble conte de Clermont (2)
Supplions y en escript sans parche (3)
Que chacun d'eulx secours nous dont (4).
Les contes d'Eu et de Nevers (5), SU leur plaist vouloyr employer Car nostre fait va de travers , S'il ne leur plaist nous conforter ; Ne vous en vueillez déporter Ou perdus somes à Testac Vueillez nous secours apporter Très puissant conte d'Ârmagnac (6).
Conte d'Estampes, bel et gent (7), Aussi le conte de Rethest (8), Supplions vous et vostre gent Chacun l'espée au costé , Nous secourir, ce temps nouvel; Car chacun de nous est marry
(i) Bernard cl^Aniiag:iiae, comte de Paidiac, Ticomte de Garlat et de Murât» comte de La Marche et de Castres s fils de Bemaid VU, chef de la fiiction des Armagnacs ( 1 A6S ). ...
. (1) Charles de Bourbon ( lÂ01-iA56).
(8) Parchemin.
* [h) Noos donne secours.
(5) Chartes d*ArtoiSt comte d*Eu.— Philippe UI le Bon , duc de Bourgogne, comte de Neren (V. les Qouplets X et XVI)»
(6) Jean IV.
(7) Jehan, frère de Charles, comte de Nevers (De Barante, t* VIU, p. 109 )•
(8) Philippe UI le Bon, duc de Bourgogne , trois fois nommé (V. les couplets X et XV). Le comté de BéChel aTmt été donné par Antofaie de Bourgogne, duc de Brabant , à son frère Philippe, comte de JVevcrs, tige des comtes de Nerers ( 1415 ].
ENYOré AD ROT NOSTRB SIRE, * 557
Il y aura piteux appel
Se nous demeurons à Henry.
Et toi, puissant conte de Foix (1), Plaise toy à nous secourir , Amaine foison d'estrangiers Pour les Anglois faire mourir. En grand tourment sommes nourris ; Advance toy et ta gent S'il te plaist, par de cà venir ; Honneur gaigneras et argent.
xvm.
Très noble conte de Laval (2) ,
Nous somes tes voisins bien près.
Par tretout amont et aval ,
De cuer, de corps et de bouches
Te supplions que tu y touches
Et admaine ta puissance ,
Pour nous ester de grands repprouches
Aux mauvais ennemis de France.
De Lohéac le bon Mareschal (3) Très humblement voulons requerre , Et nostre bon voisin de Laval Qu'il secoure la noble terre.
L'on dit qu'il est bon chef de guerre Et le tient-on vaillant et saige ,
(I) Gaston IV, comte de Foix.
15) GoyXIV.
(8) André de Laral, seigneur de Lohéac (Ud9).-' Chronique de Berry , VI, 7, SI, 52, 67. - Monstrelet.
S58 * LA GOMPLAINCTE DES KORMANS.
Maint Anglais a tenu en serre Et leur a fait honte et dommaige.
Noble conte de Tancarville (1), De Saint-Pol(2) et de Harrecourt (3) , Ce vous serait chose moulte ville Nous séparer de vostre court.
Vous supplions et brief et court Que nous [vueillez donner secours ; Nul de vous ne face le sourt Venez y plus tost que le cours.
Gentil conte de Vaudemons (4) Aussi le conte de Dampmartin (5) Délivrez nous de ces félons Et veillez , soir et matin.
En françois , non en latin, Vous supplions trestous ensemble ; Au non du benoist Saint-Martin y Vueilliez nous estre secourable (6).
(i) Guillaume, ùh de Jacques d*Harcourt« comte de Tancairille (d^Escouchj, I, 5A, Sii, 280, S60)< — Monstrelet, I, 356 ; H, 53, 5i&, 56, 91 ; III, 63 1 V, i73, 295, 801, 802; VI, 9, 122, 199.
(2) Louis de Luxembourg.
(3) Jean de Lorraine, comte d'Harcourt ( d^Escouchy » I, 211, 289 )• {à) Antoine, fils de Frédéric de Lorraine, comte de VaudemonL
(5) Antoine de Chabanne.— Monstrelet, 1, 106, 110, 160 ; II, 166, 17&, 178, A02, A64; UI, &7, 108, lOA, 124, 151 ; YI, 221, 289.
(6) On peut rapprocher de cette complainte : c La complainete du povre commun et des povrts • laboureurs de France t, que M. Douet-d^Arcq a publiée, au t VI (p» 176-190), parmi les pièces justificatives de sa belle édition de la « chronique d'Enguerran de MonstreleL •
Cette complainte débute par : f Hélas I hélas 1 hélas 1 hélas ! • cri d^angoisse qui commence 18 strophes et qui en termine 19. II. y a, comme dans la complainte des Normands, un appel suppliant ihit au roi et aux seigneurs en même temps qu'une menace à peu près semblable à celle qui est répétée dans plusieurs strophes de notre complainte, dont nous devons Tindication à Tinépuisable obligeance de notre savant ami , M. Léopold Delisle.