AU ROY NOSTRE SIRE
PAR M. JLiAXJNAY,
Membre de la Société, professeur d*lilstoire au Ijroée de Gaeiu
Dans la dernière séance tenue par la Compagnie, le & décembre dénier, M« Eugène Ghatel a donné communication d'une pièce inédite, extraite des manuscrits de la Bibliothèque nationale et intitulée : Camplaincte des Normans au Roy nostre sire. Classée au nombre des documents relatif à la guerre de Cent-Anst cette complainte anonyme serait restée aussi sans date précise , si notre savant secrétaire n'avait trouvé [dans le texte même et dans ses recherches particulières des lumières précieuses , dont les explorateurs venus après lui sont heureux de recueillir les reflets.
La complainte débute par ces deux strophes, d'une facture presque cornélienne :
Très noble roy ChHrIes François , Entens la supplicacion Des Normans contre les Anglois , La désolëe et maie nation ; Vueilliez avoir compassion De la duché de Normandie, Et le fay sans dilation , Trestout le peuple si t'en prie.
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Le pins noble des chrétiens Et la fleur de^lîs pour sa part Délivre nous de ces faux chiens , De leur finesse et de leur lieppart Ny soit souldoyë nul couart Mais baille à homme loyal Et te conseille au sang royal.
Plus loin, on trcave encore :
S*il nous fault perdre le noble Roy, Nous demourrons moult esgarez.
Hélas ! Seigneurs , du sang royal Ne nous vueillez pas séparer ; Laissez mauvais flatteurs baver Qui prennent à gauche et à dextre.
Hélas I haulx seigneurs , vous savez Que nous devons vos subjetz être.
Tout le morceau n'est malheureusement pas de cette force. Le souffle poétique s'y fait très-inégalement sentir, et ce qui donne aux prières de ces Normands du XY® siècle leur caractère historique et leur autorité , c'est-à-dire l'appel - successif à tous les seigneurs de la Cour de France , est en même temps une cause de monotonie et de banalité dans la suite]; et dans Texpression des pensées ; car chaque strophe semble n'avoir plus d'autre objet que de servir d'accompagnement aux noms du roi de Sicile , des comtes de Clermont , de St-Pol ou d'Armagnac ; le vers, ainsi réduit à la double vassalité du seigneur et de la rime, perd son mouvement et la libre et fière allure des premiers pas.
Les noms de vingt-six personnages sont cités dans les vingt-et-une strophes de la complainte. Les voici dans l'ordre même où ils sont placés : le Dauphin , le connétable Ârtus de Bichemont , le duc d'Orléans , Bené le Bon , roi de Naples , le duc de Bretagne , le duc de Bourgogne , le duc d'Âlençon , le duc de Bourbon , le comte d'Angoulème , le comte du Maine , le duc de Savoie , le comte de La Marche , le comte de Clermont , le comte d'Eu, le comte de Nevers, le comte d*Armagnac, le comte d'Étampes, le comte de Béthel, le comte de Foix,