‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 202 sur 204 · Partie centrale · texte numérisé non relu

Partie centrale

Utmoixts de /a Sociké des Antiquaires de iVormanii'e. Tome XXVJIi

MémoiresdehSoaétédesAnliipiairesde Normandie. — Tome j(XVJ]l.

qui ont biea e>Lercé la sagacité des archéologues , surtout de ceux qui, n*y voulant voir qu'une qualification donnée à l'artiste de Pouzzoles , les ont interprétés par Et Arnoris discipulus, — version dont on a fait prompte justice, — et par Et Âmorci ou Amorgi discipulus , en faisant du mosaïste un disciple d*un mosaïste appelé Amorcus, comme le croirait M. Tabbé Cochet, ou d'une école d'Âmorgos, Tune des Cyclades, où se fabriquait la pourpre (1), opinion qu'inclinait à adopter M. Léon Rénier. D'autres , au nombre desquels se rangent MM. de Longpérier , Roessler et nous-même (qui, dès notre première visite, avions, comme l'atteste le compte-rendu de la séance du 3 juin (2), reconnu que cette dernière inscription désignait un élève de l'artiste mosaïste ) , les ont interprétés par ces mots :

ET AMORCK OU AMORCUS DISCIPULUS

ET âMOR CAII OU GAII FILIUS DISCIPULUS.

Cette dernière interpréfation est celle qu*adopte M. de Longpérier» qui ajoutait , dans sa réponse à M. Roessler :

t Titus Sen... Filix était venu de Pouzzoles en Gaule , comme les c mosaïstes italiens viennent encore chez nous, fait que je m'étais permis t de faire remarquer à l'Académie des Inscriptions , dès la première « communication de M. Menant , huit jours avant toute autre notice.

c Mais il est possible qu'Amor fût natif de Juliobona (Lillebonne) » « élève de Filix , et qu'il lui ait paru complètement inutile d'indiquer « le lieu de sa naissance , alors qu'il travaillait dans sa patrie. Dans I les inscriptions antiques, il est d'usage de n'indiquer que les origines « exotiques. »

Le savant conservateur des Antiques, au Louvre, écrivait en finissant :

< Les quatre tableaux du cadre sont du style romain ; mais le mé- « daillon du centre appartient à l'école grecque , telle qu'elle régnait « à Herculanum et à PompéL II y a loin de là aux diverses écoles de a la Grèce véritablement antique. Mais Pouzzoles avait été une ville

(1) Comptes-renda5 des séances de 1870 à 1* Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. (3) Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, 1670-1871. Séance du 8 juin 1870, p. 31 et 33 et noie de la page 88.

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« grecque avant de devenir colouie romaine ; el, d'ailleurs, dans rilalie « méridionale , le style maniéré de la Grèce défaillante s*est perpétué « longtemps. >

HTPOTHÈSE.

Si , après toutes les assertions que nous n^avons avancées dans le cours de ce travail qu'appuyées de preuves évidentes, il nous était permis de hasarder une simple hypothèse , nous dirions que le travail de la bordure historiée a bien été fait sur place, à Lillebonne , par un mosaïste de Técole romaine , tandis que la mosaïque de Técole grecque du centre a été exécutée à Pouzzoles et transportée à Lillebonne pour être posée dans le sacellum consacré aux. enfants de Latone. Et cette opération n'aurait rien de contraire aux données de Thistoire , puisqu'au témoignage de Suétone (1 ) Jules César faisait transporter , dans ses expé *ditions, des mosaïques toutes préparées : c Julàmi Cœsarem in expedic tionibus tessellata et sectilia pavimenta circumtulisse » , passif que CasauboD commente en disant que le luxe des camps était si grand, que, toutes les fois quMl s'agissait de camper , iit quoties castramentandum esset , il devait toujours y avoir des artistes mosaïstes dans Tarmée et que des mosaïques faisaient partie du bagage des chefe : c Postea luxuria < etiam in castra petrapit, adeo ut inter sarcino^ ducum isia pavimenta « fiderint. »

Aussi , dans toutes les contrées où les Romains ont étenda leurs conquêtes, a-t>*on trouvé beaucoup de mosaïques ; et , comme Lilleboine était Tun des camps les plus importants et les plus considérables de la colonie ronaine implantée sur notre sol par la première légion , rien de plus naturel que de supposer que les armées romaines y aient transporté , comnie, ailleurs ,. des mosaïques et amené des artistes mosaïstes pour les poser sur place, et capables de former des élèves partout où ils pratiquaient leur art^

(i) Furietti, cap. m, p. i|S« c Cnistas mannoris, ut quoties castramentandum esset, pavimenta ex iis « in praetorio picta de musivo struereotur ; quare oportuit io suo mioisterio musivarios artifices semper c hahere. i

Il D'y aurait donc pas lieu de s'écrier, comme le fait Thabile investigateur de la Normandie souterraine : « Chose étonnante l cette belle c mosaïque parait être Touvrage d*un italien venu de Pouzzoles, localité ^ célèbre par ce genre de travail. >» — Et c*est ce qui expliquerait aussi la qualité du ciment qu'il avait pu apporter de Pouzzoles, et alors nous répéterons, avec M. Tabbé Cochet , faute de pouvoir mieux , ni même aussi bien dire, en finissant :

« On ne saurait douter que le mosaïste antique n^ait possédé un secret « particulier pour faire le ciment destiné à recevoir des cubes ; car la « dureté de cette stratification est telle, que nous avons un moment « douté si c^était une composition artificielle ou une roche naturelle. Cette <r dureté de rencaissement aura intercepté Thumidité du sol, et elle » explique en grande partie la bonne conservation du pavage. Ce qui « achève de nous en donner la raison , c'est que ce pavage n'est pas uni, « mais sur un plan incliné. Cette inclinaison n*est pas moindre de 5 à 6 « millimètres par mètre , si bien que l'eau ne pouvait aucunement séjour- « ner à la surface. Ainsi, toutes les infiltrations qui, pendant des siècles, « n'ont cessé d'inonder ce pavage se sont constamment écoulées sans t lui nuire. »

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