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NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. LXXXI

suivre de si près son coUègoe dans la tombe , et laisser comme iui , au sein de la Société des Antiquaires de Normandie , des regrets qui ne se sont point effacés.

Mancel avait envoyé à Quérard des notes, malheureusement trop peu nombreuses, pour son grand ouvrage Les Supercheries littéraires dévoilées , et le long article sur Vintras (Pierre-Michel) , cette espèce de prophète , qui fit tant de bruit à Caen il y a quelques années , et dont Tilluminisme vint misérablement échouer en police correctionnelle , est entièrement de lui. MM. Pont et Trebutien, croyons-nous, Pavaient aidé de leurs communications.

On lui a attribué une brochure : Guibray au temps de Louis XII , Caen , 18/l1 , in-8% publiée sous le pseudonyme d'Edouard Réville, qui n*est pas de lui , mais d'Amédée Fauvel. Il y avait seulement fourni quelques notes (4).

En revanche , on peut lui attribuer la rédaction des Souvenirs dun Prisonnier d'État par Colombat (2). Golombat, ancien combattant du cloître St-Méry , était détenu au Mont-St-Michel. 11 s'évada , en 1835 , à force de courage, de patience et d'habileté. Ces pages renferment le récit minutieusement exact et de Tintérêt le plus émouvant des périlleux efforts à l'aide desquels il parvint à recouvrer sa liberté.

Nos diverses sociétés ne recevaient pas seulement de lui de nombreuses communications écrites ; il leur apportait le concours le plus assidu, membre ou rapporteur de leurs Commissions, habitué fidèle de leurs réunions qu'il animait de ses observations justes et fines. Vous pouvez vous souvenir qu'il avait pris une grande part aux travaux de la Commission chaînée de déterminer le type et les légendes des jetons de la Société des Antiquaires (3),

11 avait été pendant vingt et un ans vîce-secrétaire de celle d'Agriculture et de Commerce, et il avait rédigé, en cette qualité, non-seulement les procès-verbaux de ses séances mensuelles, mais le compte-rendu imprimé de beaucoup de ses expositions et de ses concours. .

(i) 5iip. Littér. dév.f Vo Réyillb*

(S) Publiés dans la Revue du Calvadoi^X, III, p. 205-221 . Il en existe deux tirnges à part, le second fort augmenté, Caen, in-8''. V. Sup» Litiér, dév, Vo Colombat. (3) Bulletin de V Instruclion publique, i868-4&» t. I, p. 197.

UXXII G£ORG£S MANCEL.

Parmi les autres Sociétés savantes de Normandie dont il était membre, on peut citer celle de Bayeux et celle de Cherbourg.

Bibliothécaire, il a rendu au magniflque dépôt qui lui était confié d'immenses services. Furetant partout, guettant toutes les occasions, suivant toutes les [ventes , il achetait à bas prix les pièces les plus rares. Il avait surtout enrichi la série qu'on peut appeler normande ou caennaise. Il avait été jusqu'à dresser un catalogue des principaux desiderata de la bibliothèque, pour mieux se guider dans ses recherches et ses acquisitions. Il avait eu la pensée de joindre un médaillicr à la bibliothèque et, pensée plus heureuse suivant nous , un musée d'autographes où les illustrations du pays auraient eu la première place.

Mais ce n'est pas seulement dans Tordre matériel que s'exerçait soq dévouement. Les visiteurs, les travailleurs, les jeunes gens surtout» pour lesquels il avait cette sympathie presque paternelle de ceux qui n'ont pas eux-mêmes le bonheur d'avoir des enfants, trouvaient en lui l'accueil le plus poli , la complaisance la plus inratigable , le concours et les conseils les plus utiles. Sa riche mémoire, ses connaissances bibliographiques, sa science curieuse et variée étaient au service de tous (1). Combien, entrés à la Bibliothèque, sans penser au bibliothécaire, y revenaient à cause de lui I

Il était poète à ses heures : non pas qu'il s'égarât volontiers dans les horizons de l'idéal , mais il aimait à résumer sous la forme délicate et correcte des vers quelques-unes de ses pensées les plus intimes» Il aiguisait le couplet malin. Il ne dédaignait pas la romance sentimentale. On a de lui quelques jolis morceaux en ce genre. Il y faut joindre les poésies éparses dans les recueils que j'ai cités ; des strophes touchantes intitulées X Orphelin (2), et qui, vendues au profit d'une œuvre de charité, obtinrent un succès d'émotion et d'argent ; enfin quelques vers à un camélia que je vous demande la permission de citer, et dont la grâce touchante me semble intercéder en faveur de celte dérogation à la sévérité de vos usages.

(1) Caen, Hardel, 1838, 8 p. iii-8«; quelques exemplaires sur papier de couleur. Elle devait dtre le premier numéro d'une série de Publications populnires, et elle a été le seuL

(2) Lettre de B. Pont dans le lâoniteur du Calvados du 80 mai 186S.

NOTICE BTOGRAPQIQUB ET LITTERAIRE. LXXXHI

A UN OAMT^TiTA.

Pleur d'hiver , vous êtes belle ; Votre corolle étincelle

De blancheur ; Mais là , sur cette fenêtre , La contrainte vous fit naître ,

Pauvre fleur I

Pour vous, fleur dépaysée , Le printemps n'eut ni rosée

Ni chaleur ; La serre, soleil factice^ Entr'ouvrit votre calice ,

Pauvre fleur !

Avant que d'être fanées ,

Les fleurs ont quelques journées

De vigueur ; Mais l'hiver est froid ; il gèle , Il pleut, le vent soufile , il grêle ^

Pauvre fleur f

Hélas I vous veniez d'éclore ; Pour vous j'espérais encore ;

Mais, malheur I Une femme vous demande :

Faut-il déjà qu'on vous vende?

Pauvre fleur I

Ce soir — c'est une coquette — Vous serez pendant la fête

Sur un cœur Que le plaisir seul agite :

Et le plaisir flétrit vite ,

Pauvre fleur I

C'est au milieu de ce noble emploi de ses facultés, qu'une maladie

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