‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 4 sur 204 · DISCOURS D'OUVERTURE · texte numérisé non relu

DISCOURS D'OUVERTURE

raononcE Par m. PAULIN PARIS,

Directeur.

■ '--<»'s/vv\AAAAAAAAAA^'-"

Messieurs,

Quand une lettre de réminent et regrettable secrétaire, que vous avez perdu, est venue m'apprèndre que vous aviez bien voulu me convier à prendre part à vos travaux, j'étais bien loin d'être préparé à un tel honneur. Je n'étais pas accoutumé à des témoignages d'estime aussi flatteurs, et vous les aviez jusqu'à présent réservés à des noms littéraires plus dignes de les obtenir. Hais, à parler d'une façon générale , c'est une heureuse habitude de votre savante société que cet appel fait, chaque année, à ceux qui, de près ou de loin, consacrent les heures dont ils peuvent disposer à l'étude des vieux souvenirs de la commune patrie. La Normandie, sœur puînée de nos anciennçs provinces, aime à faire acte de bonne parenté en accordant souvent ainsi droit de boui^eoisie à des Français qui , n'ayant pas le bonheur d'être Normands, aiment du moins leur pays natal autant que vous aimez le vôtre , sans avoir fait autant pour lui.

Aujourd'hui, c'est un Champenois que vous appelez à ce glorieux fauteuil, et vous n'aviez pas assurément besoin de lui pour couronner l'édifice élevé par vous à l'archéologie normande., Gomme un de vos anciens correspondants, j'ai cependant toujours suivi vos travaux avec un sérieux intérêt : mais j'en ai tiré le plus grand profit sans vous avoir encore offert le moindre tribut

VI DISCOURS d'ouverture.

de reconnaissance , si ce n'est peut-être dans une étude préparée Tannée dernière pour le Collège de France, devant un auditoire assez nombreux, attiré et retenu par le sujet, en dépit de l'insuffisance du proresseur.

Il s'agissait de là tapisserie de Bayéux , un des monuments lés plus précieux de l'art du XP siècle. Dans cette longue narration au point d'aiguille, toujours en accord avec les meilleures sources historiques dont elle rejoint souvent les courants épars, le petit groupe du Clerc et Elfgym me fit hasarder une explication que je crois nouvelle, peut-être bien à tort. Je vous demande la permission de la reproduire aujourd'hui devant vous, pour lui donner, si vous la trouvez juste, l'autorité de chose jugée.

Dans la partie de la toile qui précède la mention d'Ëirgy va , on voit le duc Guillaume assis, l'épée au poing : Harold se tient debout devant lui, et semble lui parler avec animation. Il réclame, en effet, la liberté de son frère et de son neveu, livrés en otage au duc ; il confirme, en l'approuvant luimême, la promesse faite par le roi Edouard d'instituer Guillaume héritier de la couronne d'Angleterre. Pour mieux accentuer ses paroles , il lève la main droite, et de la gauche semble prendre à témoins les guerriers normands présents à l'entrevue. C'est là ce que Wace, le sage clerc de Caen, n'avait pas manqué de rappeler ; Harold, dit il,

Pour les ostages délivrer Dont il avcit moat grant pitié, Wel roi ïilwart' a pris congié...

Et 11 rois lirovaaler, Por le réaume asséurer Al duc Williame, son cosin, Ke il réust, empriés sa fin.

Il ne fut pas alors question de serment : Guillaume l'exigea plus tard, après la prise de Dinan , quand il eut, suivant la coutume française, armé chevalier le prince Anglais. ( Détails curieux et seulement révélés par la tapisserie. )

Immédiatement après cette scène, on voit un portique : sous ce portique, une femme vers laquelle un homme tend les bras , et dont il touche de sa main la joue. XJbi unus clerzcus et Aelfgyva. Je n'entends pas déjà conclure de ce mot ubi^nx lieu d'2^;'que le portique soit une dépendance du palais de

Page 1