‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 42 sur 204 · SUR LB PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. CXXXI · texte numérisé non relu

SUR LB PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. CXXXI

NormaDâs, mêlé à celui des Francs de Cbarlemagne, des vieux Romains et des Gaulois; et, sans s'éloigner autant, il n'est personne qui ne puisse se dire le descendant des croisés.

Aux diverses croisades, la seule province de Normandie fournit, on le sait, des milliers de soldats. Or, combien toute la province comptait-elle de ramilles au temps de saint Louis, vers le milieu du Xlir siècle?

Supposons que la population fût à peu près égale à celle d'aujourd'hui et d'environ deux millions et demi d'habitants. Chaque famille ne peut guère être estimée , en comptant tous les agnats de ses diverses branches et de leurs rameaux , à moins de quinze personnes. Le nombre des familles, tant nobles que roturières, qu'elles eussent pour souche les Gallo- Romains, les Francs ou les Scandinaves, était donc d'environ 166,000.

Or , six siècles et au moins dix-huit générations nous séparent du temps de la dernière croisade, et, au dix -huitième degré d'ascendance, il est démontré mathématiquement que chaque individu compte au moins 262,1 && aïeux I

D'un autre côté, il est évident que, pour qu'une population se main^ tienne sans décroître, il faut que, en moyenne, et tout le monde se mariant, de chaque ménage naissent au moins deux enfants, ayant euxmêmes et leurs descendants constamment une même fécondité. Autrement il est incontestable que la population décroît.

Donc , la moyenne la plus modeste de la postérité , représentant au sein de notre population chacun des contemporains de saint Louis , est d'au moins 262,l/i& individus.

Entre ces deux courants immenses, qui mélangent incessamment le sang de toutes les familles , comment imaginer une race qui y soit demeurée étrangère, et que son action n'ait pas maintes et maintes fois atteinte?— Aussi était-ce déjà un axiome du temps de Platon : « Pas de roi qui n'ait des esclaves pour aïeux ; pas d'esclave qui , pour aïeux , ne puisse compter des rois. »

En réalité, la loi providentielle impose un mélange des races tellement incessant et tellement profond, que, s'il apporte à chacun quelques gouttes du sang des rois , il lui apporte aussi le sang de tous leurs contemporains , depuis les plus glorieux jusqu'aux plus humbles parmi les sujets, et il est aussi absurde qu'impie de vouloir diviser un peuple en races

GXXXII BTUDBS GENEALOGIQUES

distinctes coexistantes côte à côte et demeorant étrangères Tune à Tauti^, sinon hostiles.

Les plus légères études sur des généalogies sincères , de quelque famille que ce soit , suffiraient à le démontrer.

L*empereur d'Autriche actuel est peut-être d'assez bonne maison et d'assez pure noblesse pour qu'on puisse le choisir comme exemple.

L'empereur François-Joseph trouverait facilement en Normandie de très-nombreux cousins, dont beaucoup dans des conditions fort modestes, si l'on établissait toute la généalogie des descendants de Tanneguy Le Veneur , premier comte de Tillières , et de Magdeleine de Pompadour , dont la fille ainée, Marie Le Veneur, épousa le comte de Sahns, qui en eut la comtesse Chrétienne de Salms , mariée à François de Lorraine , d'où Nicolas-François de Lorraine , père de Charles IV , père de Léopold , père de l'empereur François P', père de Léopold II , père de François , empereur d'Autriche , grand-père du souverain actuel , comme aussi du feu duc de Reichstadt , du comte de Chambord , de l'empereur du Brésil , etc.

Les autres enfants de Tanneguy Le Veneur, premier comte de Tillières, et de Magdeleine de Pompadour, sans parler de leur propres frères et sœurs, oncles et tantes et cousins, Tanneguy Le Veneur, deuxième comte de Tillières, et Diane Le Veneur, mariée, 1** à Jacques de Rouville, comte de Clinchamps, 2"* à Etienne de La Roque, sieur du Marais- Vernier , du Theil et de Chênedollé , ces deux frère et sœur de la comtesse de Salms , ont laissé une postérité nombreuse, que les noms des alliances directes fournies ultérieurement par la famille Le Veneur ne suffiraient pas à énoncer , en la restreignant aux de Fiesque , aux La Luzerne, aux RoncheroUes, aux Pardieu, aux Madaillan, aux Hays, aux La Chambre, etc. , mais qui fleurit et va toujours se ramifiant légitimement par toutes les autres alliances prises dans ces premières familles.

Si l'on voulait compter ceux qui ont le droit de réclamer Charlemagne pour leur ancêtre direct, quelle patience y suffirait 7

Elisabeth de Vermandois, qui descendait du grand empereur au 11" degré et l'avait pour aïeul de sa famille paternelle comme de sa famille maternelle, et plusieurs fois dans chaque ligne, Elisabeth de Vermandois, ayant épousé Robert de MeuUent, est elle-même l'aïeule de toutes les familles sorties ultérieurement de la famille de MeuUent.

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