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DES RACES ET DE LEURS MÉLANGES

L'esprit d'exclusivisme, la sélection, la crainte des mésalliances ont beau faire, il sera toujours vrai de dire avec La Bruyère : ^ Il y a peu de ramilles dans le monde qui ne touchent aux plus grands princes par une extrémité, et par l'autre au simple peuple. >.

C'est qu'incessamment les races se mêlent,. et, si l'on réfléchissait à l'immense croisement de toutes les familles qui constituent les peuples»

CWVIII

lâTUDBS Gl^N^ALOGIQCES

on arriverait à comprendre la saisissante et très-exacte expression qui appelle les traditions de la patrie : l'bistoire de nos pères.

Osons dire des choses naïves, mais auxquelles on réfléchit peu. — SMl est une chose certaine , c'est que tous les vivants d'aujourd'hui ont tous une série continue d'ancêtres qui traverse toutes les époques. Quelles longues et belles généalogies, si les registres de l'État civil ne s'ai^rétaient sitôt^ et si les papiers de famille étaient plus au complet I

Donc que le plus humble se lève hardiment , et que, loin de regarder les grands noms de l'histoire avec envie , et les glorieux souvenirs avec l'ironie du renard de la fable , qu'il y prenne sa part de grandeur et de fierté. — En vérité : c'est son droit. Car non-seulement il a les pères de ses pères parmi les ancêtres de la patrie , mais il y compte une quantité d'aïeux tellement considérable , qu'elle égale le nombre de tous les contemporains des croisades qui ont laissé postérité , et qu'il descend certainement de la plupart des croisés.

Pour en demeurer convaincu» il suffit de réfléchir un peu au nombre d'aïeux qu'un homme vivant aujourd'hui compte en ces temps héroïques.

Fils d'un homme et d'une femme qui avaient chacun aussi un père et une mère, il est le fruit de l'union de deux familles dont les membres qui l'ont produit descendaient eux-mêmes chacun de deux autres familles.

En sorte qu*au 1*' degré il compte deux auteurs, et au 2* quatre, qui sont : 1** le père de son père ; 2* la mère de son père ; 5* le père de sa mère ; b!" la mère de sa mère.

Mais chacun de ces individus descendait lui-même d*un père et d'une mère, de sorte qu'au degré suivant il y avait huit familles :

Au

k* degré. .

XVIIP siècle

XVIP siècle.

XVP siècle.

SDR LE PRINCIPE ARISTOCRàTIQUE.

AU 13* degré.

XV siècle.

XIV siècle.

Xlir siècle.

Xir siècle.

XI* siècle.

£o comptant seulement trois générations par siècle , pour les femmes comme pour les hommes , et l'on reste ainsi bien au dessous de la Térité , il est donc d'une certitude mathématique que chaque individu yi. vant aujourd'hui compte plus de seize millions d'aïeux vivant au Xlle siècle.

C'est indéniable et, on peut le dire, certain comme il est certain que deux et deux font quatre.

Il est vrai que les mariages entre parents ont pour efiet de faire figurer plusieurs fois certains individus et leur ascendance dans la généalogie d'une même personne.

Ainsi, le fils né d'une union entre un cousin et une cousine-germaine descend, par son père comme par sa mère, des ancêtres communs à ses deux auteurs immédiats.

Dans l'ancien blason, on représentait sur l'écusson écartelé les races diverses qui s'étaient ainsi fondues dans la même postérité. Chaque quartier y reproduisait en un rang méthodique les armes des familles ascendantes. — Le père et la mère fournissaient deux quartiers ; mais, au degré suivant, il y avait les armes : 1* du grand-père paternel ; 2* de sa femme , grand'mère maternelle ; 3* du grand-père maternel ; 40 de sa femme, grand'mère maternelle.

CXXX ÉTDDES GENEALOGIQUBS

Si , pendant cinq générations , il n'y avait eu aucune mésalliance parmi Tascendance d'un individu , celui-là pouvait charger son écussou de 32 quartiers.— C'était loin d'être commun.

L'écusson écartelé de Monseigneur le comte de Chambord porterait ainsi 8 fois l'écu de France , A. fois celui d' Autriche , /j. Farnèse , 3 Saxe , 2 Savoie , 2 Bavière , 2 Leczinski , i Opalinski « 1 Brandebourg , 1 Hanovre, 1 Hesse, 1 Lowenstein, 1 Brunswick (1).

Cette multiplicité de rôles fournis par certains individus était inévitable , mais elle ne se produisait qu'exceptionnellement dans les degrés rapprochés.

Les prohibitions de mariage entre parents en diminuaient , jadis surtout , considérablement la fréquence , et avaient pour effet de diversiGer les alliances, c'est-à-dire de rendre plus large et plus inévitable le mélange de toutes les races.

D'un autre côté, les habitudes autrefois très-casanières des familles que le système des fiefs attachait presque toutes très-fortement au sol , la difficulté des relations avec les contrées un peu éloignées compliquaient l'effet de cette influence , et finalement amenaient au même résultat , pour renouveler le mélange .des races de chaque contrée.

Les lignées étaient nombreuses et fécondes; la vie, surtout la vie de famille, était loin d'être nomade comme aujourd'hui. Les très-grands seigneurs s'alliaient aux familles royales et étrangères , mais souvent leurs filles et leurs cadets se mariaient daus le pays. Les nobles familles où elles entraient étaient apparentées dans la contrée , et , sans prétendre que jamais les rois aient , d'habitude , épousé des bergères » on peut dire qu'au travers des gradations de l'échelle sociale un mélange incessant s'opérait du haut au bas de la nation.

Car chaque individu est le centre de deux courants immenses , Tua venu à lui de tous ses ancêtres , et l'autre qui part de lui pour se répandre sur un nombre incessamment multiplié de générations descendantes.

Le sang des compagnons de Rollon coule dans les veines de tous les

(1) Les 33 quartiers, ne remontant qa*au 5** degré d'ascendance, impliquent une parenté au iO* degré entre les descendants, en comptant selon leîCode civil. — La parenté héréditaire, selon ce Gode, remonte jusqu'au 12* degré, et normalement on y trouverait 6& quartiers*

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